Chet Baker Barclay Sessions 1955 : le coffret magique Huit CD rien que ça, c'est ce qu'il a fallu à Universal pour monter cette intégrale splendide des sessions parisiennes de 1955 de Chet Baker et son quartet. Déjà en partie connues par un assez récent disque sélectif (qu'on conseille à ceux qui n'ont pas les 100 euros à investir dans l'intégrale), les sessions Barclay présentent un Chet jeune, fraîchement débarqué des Etats-Unis qui n'a évidemment encore rien à voir avec l'homme fantôme qui hantera le vieux continent 20 ans plus tard. Chet jeune comme Chet vieux parcourt pourtant l'Europe à un rythme de possédé, écume les salles et les bars pour jouer sa musique miellée, démontrant à l'Europe entière qu'il n'est pas que le nouveau James Dean mais possiblement le nouveau Bix Beiderbecke, le cornettiste maudit qui aura été le seul à opposer au jeu enfiévré d'Armstrong un jeu ralenti et aux notes flottantes. Invité par Barclay en étape parisienne, Chet s'associe tout au long de ces enregistrements à des jazzmen relativement peu connus et en devenir, français ou belges, (Jean-Pierre Chautemps, Pierre Michelot ou Bobby Jaspar) mais aussi au pianiste bostonien prodige Dick Twardzick qui décédera d'ailleurs entre deux sessions d'une overdose. Les collaborations incroyables entre les 2 hommes sont reprises en CD depuis longtemps et un titre hommage composé par Baker, In Memory of Dick, est repris ici.Les morceaux rassemblés valent autant par leurs qualités musicales que par leur enveloppe : le coffret est tout bonnement superbe, agrémenté de textes et commentaires en anglais et français qui nous racontent cette époque bénie où l'esprit de Paris pouvait changer un artiste en or. Quelques photographies (jamais vues jusqu'ici ?) relèvent le tout et soulignent la grâce et la poésie du jeune Chet jusqu'à en faire un peu trop. N'oublions pas qu'en bon Dorian Gray, Baker a presque toujours dissimulé sous ses airs d'angelot un personnage assez peu recommandable, certes ultrasensible mais surtout très autocentré et capable de sacrifier à peu près n'importe qui (famille ou amour) à ses intérêts du moment. Toujours est-il que la musique n'en dit rien et est ici d'une luminosité et d'une fluidité étonnantes, quelles que soient les configurations. "Sad Walk" reste un grand morceau, "Cheryl" d'un romantisme à se tailler les veines au couteau à huitres et "These Foolish Things" un sommet de l'oeuvre du trompettiste. On regrettera toutefois, et comme souvent dans ce genre de coffrets "complets", que certains CD soient gorgés de versions alternatives ou cuts qui n'amènent pas grand chose à l'affaire : le CD 6 est à cet égard caricatural qui nous met "Dear Old Stockholm" à 5 versions d'Exitus et à 6 prises du moyen "Chik-Eta". Rebelote en CD 7 où on doit se farcir pas moins de 8 prises de "Anticipated Blues" et autant de "Cheryl". Il faut aimer beaucoup Chet Baker ou être un vrai spécialiste de son travail pour apprécier les nuances, les fautes de doigt qui émaillent ces enregistrements et ne pas regretter (infamie) que ce bel ensemble ait été ramassé sur 3 ou 4 CD et son prix diminué d'autant.
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Reste que ces sessions Barclay sont un bel objet et un bel objet musical et méritent tout à fait de se faire acheter sur ebay ou sur ces nouveaux sites de revente de cadeaux de Noël. Il faudrait être un bon blaireau pour vendre ce coffret mais impossible n'est pas français. Commentaires
De robertocaliente, posté le 04.06.08 à 17:12
![]() Merci pour cette critique qui s'achève sur une belle note d'espoir. De Caroline-Christa , posté le 02.08.08 à 19:29 ![]() "Let's Get Lost", beautiful film on Chet Baker. Caroline-Christa Bernard Ajouter un commentaire |
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