L'année 2008 commence bien. Une flopée de nouveautés alléchantes (Justus Köhncke, Hot Chip, Neon neon, Zombie Zombie, etc.) et des rééditions croustillantes à la pelle, bref de quoi s'occuper durant les longs mois d'hiver. Commençons par les travaux du Suédois Geir Jenssen sous le nom de Biosphere. De 1991 à aujourd'hui Jenssen produit sous le nom de Biosphere des pièces si singulières que certaines n'ont pas pris une ride malgré les 13 ans qui nous séparent de leur création. Réédités aujourd'hui chez Beat Service, Microgravity, Patashnik et Insomnia sont d'ailleurs symboliques de toute une époque, celle des prémices de l'electronica, quand les compositions entièrement synthétiques d'artistes comme The Black Dog, Bola, Autechre ou B12 faisaient encore rêver. Initialement parus sur Apollo, sub-label ambient du mythique label belge R&S fondé par Renaat Vandepapeliere & Sabine Maes, Microgravity, Patashnik et Insomnia sont l'occasion de découvrir une nouvelle fois l'art de Jenssen, ses nébulosités (é)mouvantes, ses tempêtes au ralenti, son univers unique en constante expansion. Un art souvent imité (voir la série Pop Ambient de Kompakt dont nous parlerons bientôt) mais rarement égalé.
Au cours d'un long voyage immobile dans les grands espaces - espaces géographiques (l'arctique avec Cirque) ou espaces intérieurs (Insomnia), quand ce n'est pas l'espace profond (Microgravity aujourd'hui, Dropsond en 2006) - ce pionnier de l'ambient suédois déroule ses obsessions : Les terres désolées, le mythe de la conquête spatiale soviétique (Patashnik) et les interstices labyrinthiques de l'inconscient (Insomnia). Sur ces trois disques on retrouve ses mélodies ambients tellement belles et élémentaires (la plupart du temps de simples nappes) qu'elles donnent tout bonnement envie de pleurer (l'éponyme "Microgravity", "Cloudwalker II", "Cygnus-A" sur Microgravity, "Phantasm", "Startoucher", "Decryption" sur Patashnik). Notez qu'avec Jenssen, ambient ne veut jamais dire ennui; le producteur est aussi capable de morceaux plus enlevés flirtant avec une techno au ralenti (au hasard "Baby Satellite", "The Fairy Tale" sur Microgravity, la cavalcade dans le grand nord de "Novlety Waves" ou "Seti Project" sur Patashnik). L'ajout de voix sur la plupart de ses morceaux enregistrés entre 1992 et 1994 évoque l'influence qu'avait encore la musique industrielle sur l'électro du début des 90's. La rythmique downtempo quant à elle rappel les apports du dub, un courant omniprésent dans le vocabulaire musicale de l'époque (voir "The Shield" sur Patashnik, par exemple). Par la suite, ses travaux tendront vers l'épure, pour ne pas dire le minimalisme. Avec Insomnia, B.O. du film du même nom, sa musique sonne à la fois plus abstraite et apaisé.
La réédition de ses trois disques précieux est justement occasion de constater l'évolution des travaux au fil du temps, d'une techno éthérée (Microgravity) à la musique répétitive (Patashnik) puis à l'ambient immobile des moments en suspend d'Insomnia. Aujourd'hui, Geir Jenssen s'adonne sous son nom propre à la création de pièces electroacoustiques, voir concrètes, à base de field recordings (enregistrement de sons "naturels" in situ), généralement sur le très pointu label Touch, également responsable de la réédition du magnifique Cirque en 2006.
Biosphère - Microgravity, Patashnik et Insomnia (Beat Service/La Baleine)
De insightproject, posté le 11.01.08 à 19:09 
Biosphere en concert à la Géode:
plus que 8 places dispos
0892 68 45 40 (la geode)
du lundi au vendredi et de midi à 20 h
18euros
www.insightproject.fr
De martian shaker, posté le 07.05.08 à 10:11 
A ajouter à cette excellente petite bio/discographie de Biosphere que le bonhomme a officié avant son sacerdoce ambient dans le groupe Bel Canto, et qu'il a réalisé un des plus beaux albums planants du tournant du millénaire : le sublîme Substrata, édité en 1997, et augmenté d'une relecture différente en 2001, à posséder d'urgence pour les amoureux d'ambient.