Le testament New Wave de Jean-François Bizot
Extrait : Outre de nombreuses formes artistiques innovantes et foncièrement originales, l'époque a en effet vu naître une véritable philosophie (passée largement inaperçue du grand public, il faut bien le dire) : la subversion par la norme. A l'échec patent du punk et contre la léthargie baba, la new wave prêchait pour un ultra conformisme provocateur et ironique. "Conform to Deform" disait Stevo, boss du label Some Bizarre, un slogan qui disait tout. Entrer dans la norme et le conformisme pour mieux le détruire de l'intérieur, parfois en le singeant à outrance. Jamais les principes situationnistes ne furent aussi près d'être appliqués à la lettre. Alors que le punk se targuait de nihilisme en crachant par terre, la new wave célébrait l'énergie atomique et le progrès technologique, tout en fêtant joyeusement l'apocalypse nucléaire et la fin de la civilisation humaine. Quand les babas prêchaient le retour à la terre et les valeurs authentiques, la new wave oeuvrait pour un avenir urbain déshumanisé et concentrationnaire afin de hâter sa fin prochaine et bannissait tout ce qui était "authentique" au profit de ce qui apparaissait comme superficiel et clinquant, moderne et innovant, futuriste et provocant. Pour tout cela, les années new wave furent sans aucun doute les années de l'outrance et du paradoxe, mais aussi des années expérimentales par excellence. (Lire la suite) New Wave de Jean-François Bizot, Mariel Primois et Jean Rouzeaud (ed. Panama) Commentaires
De Shaleemy, posté le 10.01.08 à 11:53
![]() Très intéressant. J.F. Bizot retient évidemment une philosophie d'élite de ce mouvement. Il y avait sûrement aussi des futuristes naïfs, et des conformistes de premier degré, sans compter que le second degré peut aussi se détériorer facilement. Moi je pense qu'il faut rester naïf pour créer quelque chose de substantiel. Dès qu'on est dans le second degré, le cynisme ou l'ironie, on est essentiellement cérébral, et je pense que l'individu, l'être humain, ne peut pas se limiter à ça. Quelle que soit l'époque dans laquelle on naît, je pense qu'on prend goût à la vie d'une manière ou d'une autre, et que ce goût détermine profondément la créativité.
De Maxence, posté le 10.01.08 à 12:21 ![]() Tu as tout à fait raison sur un point, la new wave à force d'ironie et de second degré et tomber dans le mercantilisme et le clinquant, mais sans aucun humour cette fois. Pourtant, notre vision très française de la new wave vient aussi de la méconnaissance que nous avions à l'époque, des acteurs de ce mouvement et de leurs idées (souvent très engagées). des groupes un peu craignos sur disque comme ABC ou East 17, qui étaient en fait très engagé et dénonçaient à force d'exagération le système capitaliste... (ils doivent vomir chaque matin en écoutant les infos d'ailleurs, car, à mon sens, ce que nous vivons aujourd'hui n'est plus que l'aspect outrancier et carrément meurtrier, du capitalisme tel qu'on l'envisageait à l'époque de Reagan par exemple) De Trakse, posté le 10.01.08 à 14:02 ![]() Je ne connais que l'aspect "visible" de la New Wave, mais je m'y intéresserai dès que j'aurai reçu le livre que j'ai commandé à l'instant :) De dash, posté le 10.01.08 à 15:04 ![]() Le second degré, ou même le premier, ça change pas le caractère mercantile de la chose... c'est très Baudrillard touch, lorsqu'il dénonce le mythe pop alienant bati sur du flan, (le système autant que la critique morale du systeme laissant toujours l'objet au centre... on continue à alimenter le bouzin... Bref, un truc chouette à écouter plutot que mes commentaires foireux, c'est L'Opera des Dieux avec emission spéciale consacrée au bouquin et une interview de Rouzaud telechargeables ici De Maxence, posté le 10.01.08 à 15:48 ![]() Mais non, mais non Dash, c'est très intéressant. Attention cependant, cette analyse de la new wave est telle que je l'ai vécu, et que je la vit encore (en souvenir, pffffff), elle n'est pas dans le livre, hein Traske ! Le livre lui, est avant tout un très très beau livre d'images (aussi), sur l'esthétique et la philosophie d'une période de l'histoire culturelle qui sut comme aucune autre utiliser le fric et l'aspect commerciale des choses pour pervertir de systeme. "Conform to deform", donc... De Maxence, posté le 10.01.08 à 17:17 ![]() Entre paranthèse Dash, Baudrillard est bien évidemment cité dans le livre. ![]() De Trakse, posté le 10.01.08 à 17:29 ![]() Je l'entendais bien ainsi, Maxence. Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur le forum musique :
|