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Eels compile pour la gloire du songwriting

Posté par Myosotis le 26.02.08 à 15:06 | tags : youtube, rock, usa, vidéos musicales
On avait légitimement fait tout un foin à la sortie du premier album des Eels, en 1996, en portant notamment aux nues le songwriting bizarroïde de son leader Mark Everett, E pour les intimes. Il faut dire que l'album, assez bien représenté ici, reste plus de dix ans après sa sortie, indémodable et l'un des exercices de pop décalée les plus marquants de l'époque moderne. Aveuglé par cette entrée en matière puis éclipsé par les dépressions bien réelles de leur meneur, l'accueil critique des Eels est devenu au fil des années de plus en plus discret et confidentiel, même si le groupe peut se targuer d'avoir fidélisé, tout au long de sa carrière, une clique d'admirateurs inconditionnels. La sortie simultanée d'une sorte de Best-of décennal, Meet the Essentials (1996-2006), en 24 titres, et d'une ample collection (50 titres) de faces B et inédits (Useless Trinkets) vient rappeler à ceux qui l'avaient oublié que la place des anguilles DOIT absolument être réévaluée.
 

Ces trois disques chargés à ras bord sont une démonstration de force sans équivalent et amènent à la conclusion suivante : tout est bon dans l'anguille. Qu'on se replonge dans les titres les plus connus (le tryptique sacré "Susan's House", "Novocaine for the Soul", "Beloved Monster") ou qu'on réécoute des morceaux moins évidents ("Last Stop : This Town" et sa construction alambiquée, le burtonien "Flyswatter", le triste "It's A MotherFucker" et ses 2 minutes 10 de mélancolie, le sautillant et extrapur "Fresh Feeling" ou encore l'énergique "Saturday Morning"), on est frappé par la virtuosité musicale d'un groupe qui évolue dans à peu près tous les registres rock-pop sans jamais perdre son identité et son inspiration. La poésie de E est aussi habile que les meilleurs twists d'un Babybird, suscitant l'émotion autour de "petits faits vrais" qui transforment la réalité en une bizarrerie faite d'accidents, d'épines dans le pied et déceptions. Les chansons d'Eels finissent et commencent mal en général mais sont des chansons qui font systématiquement lever les yeux au ciel et toucher des oreilles un monde (musical) meilleur. L'équilibre entre le clavier omniprésent et la section rythmique (impeccable tout du long et qui donne au groupe sa dynamique si particulière, cette impression de s'épancher sans jamais s'étaler) est un miracle de positionnement sur chaque morceau. On pourrait passer trois pages à aligner les titres marquants ("Love of The Loveless", le magnifique "I Need Some Sleep") ou insister sur la présence sur Useless Trinkets de titres réellement passionnants, enregistrés sur scène ou en studio, qui montrent la capacité d'exploration et l'ouverture d'esprit d'un groupe qui n'hésite pas à servir des variations incessantes de ses propres morceaux ("Susan's Appartement", la série des "Beloved Monster"). Parmi les 50 titres présents, on citera, entre autres, le beau "Manchester Girl", le parfait "Flower", enregistré pour la BBC, ou encore la reprise aventureuse (pas si réussie mais intéressante) du "If I Was Your Girlfriend" de Prince. Parmi les raretés relatives, l'impeccable "It's Gonna Be Cool This Christmas", le sinistre "Funeral Parlor", l'incongru et sarcastique "Vice President Fruitley", l'étrange reprise tronquée de "Cant Help Falling In Love", ou encore le beau "SkyWriting". On devrait, si on était honnête (et avec un peu plus de place), citer chaque titre un par un, s'attarder sur les qualités de la voix de E, qui contrebalance son manque de puissance par un grain et une âpreté remarquables, et même dire qu'on pourrait aisément trouver sur ces 74 titres, 4 ou 5 tentatives qui ne fonctionnent pas comme il faudrait.

 

Cette double livraison place les anguilles quelque part entre XTC, Felt et les... Beatles sur la carte de la pop moderne, soit, avec Grandaddy peut-être et les Beach Boys, le meilleur groupe de vraie pop américaine jamais né et pas encore mort.

 

http://www.eelstheband.com/

Commentaires

De Billy HP, posté le 29.02.08 à 13:45 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'est vrai que E est un des songwriters les plus inventifs que le rock alternatif ait compté. Une sorte de Tom Waits du folk-rock. Vaguement torturé et lunaire, façon Sparklehorse, et pour autant parfois  puissamment simpliste dans son approche de la musique, façon PJ Harvey, ou comme (feu) son copain, Eliott Smith...
Pour ceux que ça intéresserait, j'avais déjà fait un papier sur la conception de Beautiful Freak par là. Très probablement un des meilelurs disques de cette décennie, à la même période que Beck ou Garbage, cela faisait du bien par où ça passait.

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