D'emblée le groupe entre dans le vif du sujet, avec un Stories from the street enlevé, sec, nerveux, où les accents hispaniques défient les riffs d'un guitariste déchaîné... Running Out of Time va calmer le jeu, mais ne se défait pas d'un choix scénique résolument rock, à tel point que je me demande quand le fan typique va lancer son cri légendaire, ce « rock and roll ! » post-coïtum musical, qui intervient parfois juste après le dernier accord de guitare. Pour ma part, j'ai du mal à suivre le groupe dans ces errances sauvagement électriques, préférant les arpèges aériens à la Chris Isaak, l'âme morrisonienne, et les visions crépusculaires dopées au Peyolt qui peuplaient Industrial Silence. The Deep End, sorti en mars 2005 sur le label Capitol, continuait le chemin fantasmagorique ouvert par ce premier opus, sublime. J'attendais donc avec impatience de m'étourdir à nouveau de cette transe mélancolique. Peut-être est-ce pour cela que je n'ai pas su rentrer dans ce numéro de rockeurs endurcis (que j'avais déjà trouvé navrant sur leur album Grit, sorti en 2002), que le porte-micro balancé par le chanteur contre la grosse caisse m'a paru à la limite du ridicule. Je n'imaginais pas Madrugada casser avec désinvolture leurs instruments contre les amplis, et j'ai regretté hier leur dernière prestation scénique dans la même salle en 2001, où ils avaient su transmettre sans chichi leurs sonorités voyageuses, dignes d'un road-movie à la Paris, Texas.
Madrugada, en concert lundi 16 mai, au Café de la Danse, Paris.