Albums cultes des géants du bizarre #32 : Miles Davis - On The Corner
Ce feeling on le doit à la trompette de Miles évidemment, ou devrais-je dire, la trompette "fantôme" de Miles en ce qui concerne On the Corner, car l'instrument fétiche de l'inventeur d'un certain minimalisme jazz, n'a jamais été autant à la fois présent et absent que sur cette œuvre au groove proprement chamanique. La trompette de Miles donc, électrifiée, branchée sur une pédale wah wah, ne se décline plus qu'en trilles hystériques, injonctions autoritaires, saillies et riffs désarticulés qui accompagnent la guitare de John Mc Laughlin quand elle ne singe pas carrément le jeu du guitariste au point que l'auditeur n'arrive plus à faire la différence entre les deux instruments. Ce qui est logique quand on sait ce qu'On the Corner doit au rock, autant qu'au jazz. Dans cette musique grouillante comme un "Maggot Brain", on sent l'influence de Sly Stones et de Funkadelic bien sûr, mais également celle de Jimi Hendrix ou de Santana, que Miles vient de découvrir par le biais de sa compagne d'alors, la chanteuse Betty Davis. Eternel curieux en quête de sons nouveaux, Miles Davis n'oubliera pas non plus d'inviter les musiques du monde, c'est pourquoi l'album résonne aussi de raggas urbains et de percussions tout droit importés du continent africain.
Mais au milieu de ce fouillis de textures et d'interventions extérieures, l'album bénéficie aussi d'étonnante plages de respiration, des pauses électroniques, qui elles, doivent beaucoup au Karlheinz Stockhausen de Mixture/Kontakt et Telemusik que Miles Davis écoutait avidement à cette époque. A propos de On the Corner les Allemands de Can diront même qu'Ege Bamyasi (1973) n'aurait jamais pu exister s'ils ne l'avaient pas écouté, et il suffit de se concentrer sur le jeu de batterie de Jack de Johnnette et Billy Hart, thème répétitif en constante mutation sur toute la première face d'On the Corner (et particulièrement sur "New York Girls") pour s'en convaincre. Injustement oublié, On the Corner restera l'un des albums les plus groovy du jazzmen emblématique qu'est Miles Davis, à des années lumières de ses expérimentations funk et hip hop des années 80, On the Corner synthétise avec brio la modernité du jazz et son aspect intemporel. Forcément culte !
Miles Davis - On the Corner (CBS, 1972) Commentaires
De Kill Me Sarah, posté le 27.02.08 à 19:04
![]() Et Teo Macero qui a produit ce disque comme d'autres de Miles, de Kind of blue en passant par Bitches Brew et In a Silent way avec leurs collages magnifiques qu'il réalisait est mort la semaine dernière. Il avait également produit Mingus ah um de Mingus et Take five de Dave Brubeck. De Maxence, posté le 27.02.08 à 19:15 ![]() Merde alors !! Honte sur moi, sur nous et tout... merci de l'info Kill Me (enfin "merci...")
Bref, une nécro s'impose là... ouh que je n'aime pas ça... : (
Bizarre, à chaque fois que je sors un "culte & b" de mes tiroirs, paf, un machin d'actualité lui colle au cul, là en l'occurence, je m'en serais bien passé... Ajouter un commentaire |
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