Malcolm Middleton souffre toujours du coeur Les anciens comparses d' Arab Strap n'en finissent plus, depuis leur séparation, de se tirer la bourre par disques interposés. Aucune rivalité affichée ici ou expression de rancoeurs passées, juste une saine activité qui nous veut la multiplication à un rythme quasi-infernal selon les standards d'aujourd'hui (un album en 2007 et celui-ci côté Malcolm Middleton, un L. Pierre et un spoken word érotique pour Aidan Moffat, dont on a parlé il y a peu) d'albums solo et de tentatives pour exister en solitaire.Si ce nouvel album du guitariste de l'ancien duo écossais n'est (toujours) pas suffisamment décisif pour nous faire regretter le passé, Sleight of Heart s'écoute avec autant de bonheur triste que le précédent. Collection de seulement 9 titres (dont quelques reprises fameuses), l'album est nettement plus optimiste et apaisé (mou, diront ceux qui n'aiment pas) que le cru 2007. Middleton y évolue, sans rupture avec ses premières tentatives solo, dans le registre embouteillé mais toujours agréable des songwriters à guitare. La guitare est mélodique (12 cordes sûrement), la structure plutôt légère pour l'occasion (quelques cordes, une batterie rudimentaire mais lourde) et la voix "grain moyen" rarement ennuyeuse, d'un chanteur qui fait honnêtement son boulot. Emmené par un violon capricieux, "Week Off" donne le ton, introduisant un rythme faussement allègre autour des thèmes qu'on retrouvera tout au long du disque : la fatigue existentielle, les charmes et fardeaux du quotidien, l'amour et sa fragilité, le besoin de surnager avec sa liberté. "Total Belief" démontre une belle virtuosité et installe Middleton dans la lignée des folk singers des années 70, quelque part entre un Nick Drake avec les pieds sur terre et un Billy Bragg apolitique.
L'autodépréciation pointe le bout du nez sur le beau "Just Like Anything", emprunté à Jackson C. Frank, servie par des images particulièrement abouties "if i had a penny, i'd throw it in the sea to see if it would flow away and grow away a penny tree". "Follow Robin Down" est bouleversante de noirceur et d'espoir confondus sur la seule force de ses textes. Middleton cultive jusqu'à plus soif son image d'outsider malheureux dont la vie ne tient qu'à une corde de guitare. Le tempo ralentit encore un peu plus sur le classique et amoureux "Stay", repris chez... Madonna. "Love Comes In Waves", avec ses 7 minutes, constitue le morceau de bravoure de l'album. "Love is a battlefield", chante le rouquin qui ne dit pas autre chose que le gros Moffat. "Love is for boy racers and their cars. Love is a lie. I am a Liar. Love is a lie. You are a liar. Did you lie to me ?". La révolution ne sera pas pour cette fois mais on se contente de cette simplicité apparente d'ambitions et de moyens pour se lover dans un disque qui donne envie de se lamenter et d'être triste. Sleight of Heart est un compagnon de misère modeste mais estimable, une sorte de sécurité sociale pour les âmes en peine et les cœurs brisés. On ne lui demandera pas plus que ce qu'il peut nous procurer : une demi-heure de réconfort et de pop exemplaire. "Hey you. Dont ever leave and i'll never leave. Dont be scared of the universe. You are right. You come here and I hold you tight." C'est beau comme c'est con, le rock.
Malcolm Middleton - Sleight of Heart (Full Time Hobby/PIAS, mars 2008) CommentairesAjouter un commentaire |
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