Playlist : blog musique

Nick Cave : "Dig !!! Lazarus Dig !!!", un chef d'oeuvre... sans surprise

Posté par Myosotis le 17.03.08 à 15:22 | tags : pop, rock

Ceux qui avaient trouvé le Nick Cave de Grinderman un peu trop sauvage à leur goût seront enchantés par ce Dig, Lazarus, Dig!!!, soutenu par les fidèles et virtuoses Bad Seeds et qui, musicalement parlant, est plus proche du classicisme rock de Let Love In que des outrances des premières années. Nick Cave semble aussi revenu définitivement du crooning vieillot et des formations légères qui avaient figé ses dernières créations dans un temps académique. On peut s'en réjouir. Dig, Lazarus se pose en compromis efficace entre l'énergie des débuts et le raffinement pop rock de sa meilleure période. Le titre éponyme est chanté depuis le point de vue bizarroïde et mid-tempo d'un Lazare américain, new-yorkais d'origine, qui rappelle certains caractères posés, en leur temps, par Lou Reed. Nick Cave y entame, accompagné d'un riff de guitare répétitif et d'une batterie cuivrée, son portrait d'une Amérique écartelée entre ses pôles d'attraction originels : le sexe et la foi, le tout mâtiné par la force de suggestion du conteur d'une dimension spatiale (on bouge beaucoup ici) propre à l'espace américain.

 

"Today's Lesson" est à lui tout seul un résumé de cette approche mythologique où la corruption s'impose comme le meilleur moyen de se payer du bon temps. Le chant de l'Australien est sublimé par des arrangements aussi serrés que variés. Le groupe et le chanteur se répondent note à note comme dans un dialogue jazzy, usant de toutes les ficelles disponibles (claquements de mains, yeahs sonores) pour battre la mesure et nous donner l'impression que l'auditeur se tient au milieu de la salle de bal, du saloon ou de la paroisse. Cette sensation d'assister à une grande messe païenne, à une leçon de choses sexy et hillbilly qui avait fait des Murder Ballads un album si envoûtant, se retrouve sur le classique et dépouillé "Moonland". La poésie de Cave est à la fois plus directe et suggestive que jamais. "The snow provides a silent cover. I am not your favourite lover.", chante-t-il joliment. Les choses s'enveniment sur "Night of The Lotus Eaters" : les personnages se multiplient comme des sardines, hauts en couleur et armés de pétoires à l'ancienne, comme si le groupe prolongeait le travail réalisé l'année dernière pour la bande son de l'L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et allait s'amuser, en seulement 4 minutes et demie, sur le territoire hypnotique et post-rock de The Doors un peu moins tocs. Les guitares remplacent l'orgue pour jouer au train électrique avant que "Albert Goes West" n'alourdisse un peu le propos. "We Call Upon the Author" est un morceau irréprochable dans la veine des précédents, déchiré par d'étranges saillies expérimentales mais qui, au final, manque un peu d'impact. Nick Cave y interpelle ironiquement Dieu afin de demander des comptes pour tout ce qui nous pourrit le monde (maladies infectieuses, tempêtes, etc). "Hold On To Yourself" est un bel hymne apaisé et crépusculaire à l'individualisme. "Lie Down Here (And Be My Girl)" ramène tout le monde aux dures réalités du sexe, dont Cave ne semble pas se lasser. "Jesus of The Moon est une belle chanson angoissée et romantique qui donne le frisson, "Midnight Man" une autre séquence où Cave consolide sa position de Sinatra underground ou de lover gourou, servi par des Bad Seeds au sommet de leur art. Dig Lazarus se referme sur les 8 minutes passionnantes de "More News From Nowhere", nouvelle plongée impressionnante de maîtrise dans une Amérique perdue entre Faulkner et Steinbeck. Cave y déambule, enfermé dans sa chambre, dans un paysage où apparaissent un à un des fantômes personnages venus le hanter, l'amuser ou le provoquer. Le narrateur finit seul hypnotisé par le défilé de freaks, de gens normaux et d'âmes perdues. Cave semble contenu entier dans cette clôture qui ressemble à une expédition coloniale. Il referme cet album "à la manière de Nick Cave" par une série de GoodByes émouvants qui appellent, parce que le classique et le manque de surprise dans l'excellence ne tuent pas, une suite dans la même veine et aussi bonne.

 

 

Nick Cave and The Bad Seeds - Dig !!! Lazarus Dig !!! (EMI, mars 2008)

 

Retrouvez Nick Cave and The Bad Seeds en concert en avril et juin 2008 sur la billeterie de Flu.

Ecoutez Dig !!! Lazarus Dig !!! sur Radio Flu et Radio Pop Rock.

 

Commentaires

De Stoun, posté le 22.03.08 à 16:52 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'est peut-être le meilleur album depuis Murder Ballads et c'est surtout un album de très bon augure pour le concert à venir.

Ajouter un commentaire

Prénom/Pseudo :
URL/blog :
Votre message :
Crypto
Recopie crypto :


  Discussions en cours sur le forum musique :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources & Friends
. David F (FR)
. La Blogothèque (FR)
. Interprétations Diverses (FR)
. Superette (FR)
. Fluokids (FR)
. Get the Curse (FR)
. Music Thing (EN)
. Pitchfork (EN)
. Said the Gramophone (EN)
. ClipTip (EN)
. I guess I’m floatting (EN)
. WFMU Blog (EN)