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Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band sort 13 Blues For Thirteen Moons

Posté par éèëê le 12.03.08 à 11:38 | tags : rock, folk

Vous l'avez certainement remarqué, nous avons tous nos chouchous et nous pensons que le monde de la musique ne peut tourner sans eux. Pour certains, ce sera Mark E. Smith... Mon obsession à moi c'est Constellation. Et cette semaine, je ne suis pas en reste car ce sont deux disques qui sortent, le sixième album d'A Silver Mount Zion et le second disque de Carla Bozulich (pour l'écurie Montréalaise), avec toujours un lourd renfort musical de Silver Mt Zion.

Si c'est dans un post-rock obscur et aphone que Constellation s'est d'abord fait connaître dans les années 90, le label a par la suite produit une série d'artistes qui poussent la chansonnette désespérée ou font bouger, à l'occasion, le monde entier (Arcade Fire et Wolf Parade sont passés dans leur locaux). Ainsi, l'évolution du son de Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band porte en creux ce tournant esthétique.

 

 

L'adulation vouée à Led Zeppelin par la bande à Efrim vous avait jusqu'alors complètement échappé ? Alors vous devriez tendre une oreille à 13 Blues For Thirteen Moons. Car ce coup-ci, ils sortent les crocs. Oubliées, les parties rythmiques étranges de Scott Levine-Gilmore, qui parcouraient l’échine tortueuse de Horses in The Sky. Eric Craven prend désormais les commandes du drum-kit et bucheronne tout ce qu’il sait.

Le Mount Zion Crew sort les crocs, dégaine un blues crasseux, des riffs incessants, des violons saturés. 13 Blues For Thirteen Moons parvient enfin à capter totalement l’énergie brute des lives des 7 Montréalais, et ne surprendra pas ceusses qui auront croiser la route de leur tournée épique (3 ans et 150 concerts).

 

L'entame est âpre, et "1,000,000 Died To Make This Sound" rompt un choeur simple et envoûtant par un interminable tunnel de guitares kraut-rock râpeuses. On voit les images désespérées d'un monde inique, que les volutes inquiètes de cordes ne parviennent pas à faire oublier. Le second morceau, l'éponyme, enfonce le clou avec une intro à fleur de peau, où la voix blanche d'Efrim réclame : "I Just Want Some Action", un cri de ralliement auquel tout le groupe répond avec les tripes. Puis le chef d'oeuvre du disque peut se déverser pendant une (grosse) dizaine de minutes : un blues en 9/4 à la mélodie imparable et aux explosions salvatrices, mené par une section rythmique impériale et des guitaristes inspirés.

 

La moitié du disque s'achève et l'apaisement n'est pas encore à l'ordre du jour. Les arrangements de cordes d'hier semblent bannis, les violons transformés en écorchures. "Black Waters Blowed" s'épanche dans un free rock toujours à la limite et s'échoue dans un autre mouvement bluesy, grandiose et lent. Adepte des morceaux trois-en-un, Silver Mount Zion sort alors le grand jeu et tire les larmes avec leur "Broke Engine Blues", une suite de moments plus mélodiques et mélancoliques les uns que les autres. Violoncelle, contrebasse et violons peuvent alors produire toute la beauté d'un jeu subtil et évocateur, tandis que le chant s'aventure vers de nouveaux horizons, dans une montée sincèrement émouvante. L'album clôt sur un "BlindBlindBlind" impeccable et tourné vers les expériences passées du groupe, période Born Into Troubles.... Arrangement répétitif et alangui, pizzicati presque moqueurs lorsque le texte évoque la cécité de policiers en rangs parallèles, ce quatrième titre évolue doucement vers une catharsis incontournable : le choeur somptueux entonne l'espoir et répète à l'infini que "Some ! Hearts ! Are ! True !".

 

Pour les plus tamponnés, on ne peut qu'encourager l'écoute du groupe Evangelista, menée par la chanteuse Carla Bozulich. Dans la veine de son précédent album mais moins expérimental, Hello Voyager aligne une poignée de chansons bizarres et inquiètes, tantôt folk, tantôt rock mais toujours bardées d'émotions. Ceux qui, comme moi, regrettent un peu le côté jusqu'au-boutiste du précédent disque, ceux-là exulteront au long des 12 minutes d'un "Hello Voyager" qui ferme la marche neurasthénique. Un spoken word se déchaîne contre une armada de percussionnistes (sept). Si l'Amour semble bien être la conquête la plus chère pour Carla, on sent que ce combat est quotidien et qu'il maintient dans un état d'éveil angoissé son personnage-chanteuse...

 

www.cstrecords.com

 

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