Benga : Messe afro-futuriste pour le temps présent
Partant de l'idée initiale selon laquelle il existe beaucoup plus de liens qu'on ne le croit entre science-fiction et musique noire (volonté de surpasser et de subvertir la technologie, sentiment d'être "en dehors" de la société américaine lié au mythe science-fictionnesque de l'enlèvement par les extra-terrestres, incarnation du noir américain comme un héros underground, éternel rebelle en lutte contre le système, etc.), Eshun écrit "une étude des visions successives de l'avenir de la musique noire, de Sun Ra à 4 Hero". De la naissance de la science du breakbeat (Grandmaster Flash, Kool DJ Herc et tous les visionnaires hip-hop) jusqu'au moment où la mélodie et l'harmonie s'effacent pour laisser place aux rythmes (le scratch et l'electro) et que le son des pionniers de la techno de Detroit rencontrent le minimalisme répétitif de Kraftwerk, Eshun produit une mythologie moderne pour la diaspora africaine. Ces thèmes afro-futuristes sont aujourd'hui largement repris par les ténors du dubstep, et particulièrement par Kode 9, qui diffusait ses idées il y a peu sous forme de manifestes pour guerriers urbains, sur son site internet. A ce titre, des labels 90's underground comme Wordsound, Liquid Sky et Asphodel ne s'y sont pas trompés qui, dès 1992, produisaient déjà des hybrides de dub industriel, de hip hop et de techno dub, sous l'égide des théories afro-futuristes d'Eshun, annonçant ainsi sans le savoir le Grime et le Dubstep actuel.
Ce qui nous ramène à Benga, de son vrai nom Beni Uthman. D'ores et déjà, sachez que dans un monde normal cet album devrait faire autant de bruit, si ce n'est plus, que le Untrue de son confrère Burial. Annoncé comme le messie par la presse spécialisée en Angleterre, Benga représente déjà la relève du dubstep. D'une production nettement plus complexe et sophistiquée que celle du deuxième Burial, la musique de Benga ne se contente pas d'empiler les couches de sons sous protool. Fin musicien, l'Anglais originaire de Croydon dans le sud est de Londres, mêle habillement instruments classiques et éléments électroniques, tout en dégageant les mêmes émotions brutes. Urbain, souvent glacial et bien sûr, futuriste, Diary of An Afro Warrior est d'un intérêt qui ne s'émousse pas au fil des écoutes. Pour l'exemple, des titres comme "Zero M2" et son beat enlevé sur grosses basses inquiétantes se pare de piano, d'ondulations orientales et d'une contrebasse, "Night" est un riddim synthétique et entêtant qui ne vous lâche plus une fois écouté, "B4 The Dual" évoque un hybride de dub et de jazz produit à Detroit, mélancolique, romantique et science-fictionnesque en diable. "E Trips" propose un sorte d'acid-dubstep angoissant et répétitif plus proche d'une techno ralentie que de son homologue londonien. Bref, vous l'aurez compris, avec Diary of An Afro Warrior, non seulement Benga dépasse les attentes les plus folles de l'auditeur de dubstep moyen, mais son album est une torpille qui ouvre une brèche de plus dans la coque du genre oeuvrant dans la continuité du dubstep en tant que genre au devenir global.
Benga - Diary of an Afro Warrior (Tempa/La Baleine)
http://www.myspace.com/bengabeats (1) Par commodité je reprends ici l'introduction d'un article précédemment écrit par mes soins pour le webzine La Spirale. Ceux que le concept intéresse pourront ainsi s'y reporter plus longuement. Commentaires
De Ghostdog1000, posté le 14.03.08 à 00:14
![]() Ce que je comprends pas, c'est qu'il y a déjà au moins 30 commentaires sur le concert de the cure alors que je suis le premier à répondre sur cette baffe qu'est l'album de benga. Même les gens de plus de 30 ans (dont je fais partie) doivent reconnaître que le futur de la musique est là et non dans d'hypothétiques vieilleries. Sans vouloir être méchant, les gens qui s'intéressent aujourd'hui aux Cure plutôt qu'a Benga, s'ils avaient vécu en 1978, auraient préféré le glam et un led zeppelin vieillissant à la scène punk émergente et à une remise en cause de tous les standards de la musique... Crypto=mer (très bon résumé de l'impression qui me submerge à l'écoute de benga, même si ça dure pas 4 heures...) De Maxence, posté le 14.03.08 à 07:52 ![]() Ghostdog1000 je ne dirais qu'une chose : Merci ! Et oui, il faut bien reconnaître que c'est comme ça aujourd'hui... (en passant magnifique pseudo ; )) De BK, posté le 14.03.08 à 10:46 ![]() Je me pourlèche les babines d'avance sur cet album que je vais voler plus vite que ça ! Miaaaam ! De BK, posté le 17.03.08 à 11:11 ![]() Il sonne vraiment bien cet album (E-trips et Crunked up notamment même s'il est difficile de sortir des titres de la masse) ; me fait penser parfois à Photek. De cyrille, posté le 19.03.08 à 08:01 ![]() Salut les gars, Oui ce disque est super mais je trouve qu'on parle peu des edubbers français qui a peu de choses près font ce genre de truc depuis le milieu des années 90, avec un succès certain sur les scènes européennes....Autrement, si vous aimez le genre, tentez Peverelist, un jeune de Brighton pas mal du tout... Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur le forum musique :
|