Albums cultes des géants du bizarre #34 : Antipop Consortium – Arrythmia
Les fans avertis, et les lecteurs de wikipédia le savent, l'aventure Antipop Consortium commence au cœur de la scène slam new yorkaise où se jouaient les joutes oratoires du Nuyorican Cafe. C'est là que, Beans, Sayyid et Priest, les trois MC's d'Antipop affinent leur flow cybernétique et découplé. Dès lors, le trio s'invente une recette unique et totalement bluffante sur fond de radicalisme et de minimalisme. Pas de samples funky-jazzy ici, pas de références au rythm'n'blues, ni de clins d'œil trop évidents à la culture black, ou alors uniquement la plus avant-gardiste. Antipop Consortium, comme son patronyme l'indique clairement, sera "anti-pop". Accompagné par Earl Blaize, leur ingénieur du son, Beans, Sayyid et Priest ajustent leur flow contrapuntique sur les découpes en pointillé d'une musique qui emprunte autant au krautrock, qu'à la techno, sans oublier la musique industrielle, la musique concrète et l'electronica. Ce n'est nullement un hasard donc, si ce Arrythmia cinglant comme l'annonce d'une crise cardiaque dans le bras gauche de sa victime, paraît chez Warp, alors label emblématique du genre electro abstrait. Cinglante, la musique d'Antipop-Consortium l'est. Pour le milieu hip hop c'est même une claque, un revers. Dans ce domaine, où règne encore à l'époque le cliché du hustler "bbco" (pour "bagnole-bitch-chaînes en or"), Beans, Sayyid et Priest font figure de punk.
Minimaliste, conceptuel, high-tech et futuriste, Arrythmia est le manifeste d'Antipop Consortium, c'est aussi malheureusement son chant du cygne. Mais avant ça, nos trois héros vont offrir au monde un album hip hop comme nous n'en avions jamais entendu. De la rythmique tendu de "Contraption" à la battle tennis de table de "Ping Pong" en passant par l'inoubliable "Mega", un morceau héroïque, stoppé en plein vol par des choeurs d'opéra reprenant le refrain, Antipop est tout simplement au sommet de sa forme. Avec Arrythmia le trio échappe au formatage hip hop mais n'oublie pas les aînés. Avec ses congas capturées live, "Bubblz" fait penser à du ESG sous amphétamine, speed et grinçant. L'ensemble sonne même un peu old school, mais c'est en hommage à une époque où le hip hop se permettait tout. La leçon de hip hop retenue par Antipop Consortium, c'est celle des novateurs et des avant-gardistes comme Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash. Les grands frères (grands-pères ?) qui n'hésitèrent pas à ce frotter au punk et à la new wave dans les années 80. Des années 80 très présentes également, sur Arrythmia, avec sa pléthore de vocoder, de basses à la fois froides et volumineuses, sa syncope judicieuse à la Erik B. & Rakim, ses dissonances. Antipop Consortium nous parle du futur, mais d'un futur tel qu'on l'imaginait dans le passé. Retro-futuriste.
Pour finir, les trois garçons s'offrent même le luxe de signer des hits en puissance avec le très electro "Dead in Motion" et l'entêtant "Ghostlawns", titre ultra efficace tout en synthés répétitifs et bondissants, dont vous aurez le bonheur de goûter ici, maintenant, en vidéo. Pour le coup, l'antipop devenait pop. Mais l'ego joue souvent des tours aux groupes et le trio devait se séparer juste avant la sortie d'un extraordinaire album posthume en compagnie de Matthew Shipp. De son côté, Beans produit plusieurs albums ébouriffant en solo, toujours chez Warp. Quant à Sayyid et Priest, ils signèrent ensemble sous le nom d'Airborn Audio, le temps d'un album plutôt réussi chez Ninja Tune. Mais tout ça c'est désormais du passé, nous sommes dans le futur, et Antipop revient !
Antipop Consortium - Arrythmia (Warp, 2002) Commentaires
De Caro, posté le 19.03.08 à 18:23
![]() Ils seront aussi présents aux Nuits Sonores et à Sonar...j'essayerai d'aller les voir De passage, posté le 20.03.08 à 04:26 ![]() J'ai jamais accroché cet album moins bon, je trouve, que l'immense tragic epilogue dans le genre Cannibal Ox avait tout retourné un an plus tot avec the cold vein (20x plus culte&bizare pour moi) De BK, posté le 20.03.08 à 16:27 ![]() Excellent album, ouaip, je m'écoute régulièrement le très sautillant (et oui, c'est pas seulement un album pour la tête, mais aussi pour les pieds) "Human Shield" et son refrain à trois voix. De éèëê, posté le 22.03.08 à 10:16 ![]() à passage, de passage ! je ne suis pas d'accord avec toi, le cannibal ox est un peu trop répétitif est épuisant, et pas tant bizarre que ça. Pour tragic epilogue, OK, c'est vraiment un disque très classe ! peut-être que ça vient du fait que j'ai jamais trop accroché à El-P (c'est bien lui qui produit the cold vein ? ou alors je me trompe et dans ces cas-là mon commentaire est juste idiiot) De Maxence, posté le 22.03.08 à 12:29 ![]() Tous les Antipop sont classe de toute façon. Shopping Car Crashing est énorme, Tragic Epilogue excellent, mais n'a pas la variété d'Arrythmia je trouve. Ni son épure electronica vraiment révolutionnaire dans le hip hop de l'époque.
Les trois premiers albums solo de Beans sont également d'un trés haut niveau d'ailleurs.
Pour Cannibal Ox, même si j'ai adoré leur album, je suis d'accord avec éèëê, pas si bizarre (des tas de samples classiques que l'on retrouve dans le hip hop, des rythmiques lourdes - la marque de fabrique de EL-P et Def Jux - que l'on retrouve dans beaucoup d'albums hip hop, etc.) Il y a une dimension "visionnaire et futuriste" dans "The Cold Vein", mais la production est vraiment trop grandiloquente (encore une marque de fabrique Def Jux) et fatiguante c'est vrai. Finalement, hormis 3 ou 4 morceaux on décroche vite et tout cela reste très "banal". Arrythmia est définitivement d'une autre trempe... Ajouter un commentaire |
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