Les oubliés du... blues : Tony Mc Phee et les Groundhogs Ce n'est pas parce que Mark E. Smith et The Fall reprennent sur leur nouvel (et excellent) album, un titre des Groundhogs ("Strange Town"), qu'il ne faut pas en parler. Ceux qui aiment et n'aiment pas le blues (Steve Vai joue-t-il du rock ou du blues d'ailleurs) sauront de qui on veut parler rien qu'à les écouter : les Groundhogs sont peut-être l'un des secrets les mieux gardés de la planète blues, l'un de ces groupes légendaires toujours à la limite du supportable et de l'enchanteur qui hantent le circuit depuis maintenant près de 40 ans. Beach Boys du blues pour les uns ou stade ultime du catastrocapitalisme musical selon les autres, les Groundhogs sont un mystère pour le bon goût et la poésie. Si leur chanteur et guitariste en chef, Tony Mc Phee, et son ancienne section rythmique (Ken Pustelnik et Peter Cruishkank) se disputent aujourd'hui le droit de porter le nom du groupe originel, c'est parce que, sur scène, la simple évocation du groupe qui joua avec John Lee Hooker ou Champion Jack Dupree, mais aussi qui ouvrit pour les Rolling Stones (en 1971), suffit à faire entrer la money. Il se raconte même que, depuis leur création en 1963, Tony Mc Phee n'a pas pris un jour de congés, s'assurant concert après concert qu'une majorité d'êtres humains l'ont vu sur scène un jour. Si l'homme a pris un coup de vieux depuis qu'il a récupéré la serpillière qui servait de chevelure à Jay Mascis depuis la séparation des Dinosaur Jr, Mc Phee n'a pas tellement changé depuis leur premier album Scratching the Surface en 1968. Les Groundhogs n'ont cessé d'explorer les possibilités de la guitare électrique et les limites humaines au solo de guitares (de qualité). Bizarremment, c'est leur troisième essai, le bien nommé Blues Oblituary, qui reste aujourd'hui leur disque le plus fréquentable. Sur Light Was The Day, le dernier morceau de 7 minutes et quelques, Mc Phee n'est pas loin d'égaler la virtuosité psychédélique de Jimmy Hendrix. Son slide est monumental, se déployant dans l'espace comme une longue vague (très très longue) d'accords qui vous tombe sur la tronche, fait passer votre surf pour une péniche ailée et prend vite des allures hypnotiques. Heureusement Mc Phee sait aussi chanter et réussit entre Neil Young et... Marillion, à créer de splendides moments de grâce. C'est grâce à ce genre d'enregistrements et à d'autres délires moustachus que les Groundhogs sont devenus au fil des années l'un des groupes pré-progressifs et blues rock les plus célèbres des Iles Britanniques. Ceux qui ne sont pas prêts à franchir le pas du tout expérimental pourront aller faire un (petit) tour du côté de Thank Christ for the Bomb, album concept dont est tiré le "StrangeTown" de The Fall, et qui reste, peut-être leur album le plus accessible. Les chansons sont plus courtes qu'à l'accoutumée et mettent en valeur le jeu de guitares d'un Mc Phee étrangement sobre et peu volubile. Commentaires
De Hugues, posté le 28.03.08 à 10:58
![]() Tiens? On parle de blues sur Playlist. Je n'ai jamais écouté les Groundhogs, mais j'en ai entendu parler. Faudra peut-être que je m'achète le Hooker & the Hogs (1965) de John Lee Hooker, dont je n'ai lu que du bien. Aux lecteurs indé réfractaires au blues, il faudrait expliquer que ce genre n'est ennuyeux que lorsqu'il est mauvais, et que les (bonnes) compiles des pionniers (Muddy Waters, Sonny Boy Williamson, Hooker, etc) sont délicieuses et uniques. Rien à voir avec Ry Cooder, J.J. Cale, John Mayall, Eric Clapton et bien d'autres, qui sont profondément ennuyeux. Rien de pire que les puristes du blues revival, en fait.De éèëê, posté le 28.03.08 à 11:26 ![]() Mark E Smith.... + 3000 ![]() De vento, posté le 28.03.08 à 11:31 ![]() J'ai été très longtemps réfractaire au blues et il y a deux ans, j'ai découvert le blues du Delta et je ne m'en suis pas remis; le blues du Delta est bien plus proche de la forme expérimentale du rock que tout le reste du blues à solo -- les plus grands mécréants du blues étant les solistes, les shreders qui n'ont rien pigé au blues dans sa forme primitive. Le blues du Delta est âpre, sec, aride, hypnotique -- un riff suffit, un bottleneck rajoute un peu de couleurs -- et ne se moule pas dans la forme classique des 12 mesures. Je conseille d'aller jeter un oeil sur Youtube à Robert Pete Williams -- lequel a été repris par Captain Beefheart. Je conseille aussi Mississippi Fred McDowell, dans sa période acoustique -- sa période électrique ne m'intéresse pas tellement; dans les primitifs, Charley Patton, le Reverend Gary Davis -- sur une pochette de Godspeed, il y a un train dessiné sur lequel on peut lire son nom, petit clin d'oeil. Voir aussi les sorties de Fat Possum, label qui recense toute cette histoire du blues qui n'est pas glamour, qui n'est pas démonstratif -- pas ou peu de solo --, qui parle juste d'hommes, de prisons, de gueules cassées, de misère et qui est, à mes yeux, est LA base du rock'n'roll -- et non pas toutes ces mécréants du rhythm'n'blues. Il existe en DVD une espèce de docu-fiction réalisé au début des années 70 par un français, 'Le blues entre les dents', dans lequel on peut entendre Robert Pete Williams jouait sur sa guitare, dans sa maison, sa femme derrière lui qui allume des clopes. Robert Pete Williams est devenu ferrailleur, après avoir passé 20 ans en prison. Et la ferraille, elle s'entend dans sa musique. J'veux pas vous prendre la tête, mais là, faut foncer sur ce type. Et aussi Freddy Mc Dowell. Le blues du Delta est le chaînon manquant entre l'Afrique et le (free) jazz d'Albert Ayler. De Maxence, posté le 28.03.08 à 14:35 ![]() Bin oui on parle de blues. On parle de Beefheart, on parle de rythmes primitifs... of course.
Merci Vento pour tes pistes ; ) De GINO, posté le 28.03.08 à 14:56 ![]() JJ CALE pas confondre avec roger gicquel celui ka une grosse bite De Hugues, posté le 28.03.08 à 15:12 ![]() A écouter absolument aussi, les Cobra Recordings d'Otis Rush, ainsi que de bons Best Of d'Elmore James et de Lightnin' Hopkins. C'est que du feeling, rien de démonstratif. Du blues sans pathos, qui transcende. De l'or en barre, quoi. De johnny haliday, posté le 28.03.08 à 15:55 ![]() Oui plus de blues et de blues français. Sortez les vestes western, les tiags et les banjos. Ajouter un commentaire |
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