Playlist : blog musique

Albums cultes des géants du bizarre #35 : Suicide – St

Posté par Maxence le 02.04.08 à 17:20 | tags : culte et bizarre, rock, électro, punk

Suicide est l'ultime incarnation du romantisme new yorkais des mid-70's. C'est aussi l'une des premières tentatives d'accouplement homme-machines de l'histoire du rock (je dis bien "du rock"). Le New York de Suicide, c'est le CBGB, club punk "d'avant le punk" (New York Dolls, Talking Heads, Television), le Bowery (le quartier des clochards) et ses bas-fonds. C'est William Burroughs, l'écrivain renégat tapi dans son bunker. C'est le poète urbain Elliot Murphy qui écume les bars de l'East Side. C'est Richard Hell qui déchire ses tee-shirts et invente une esthétique nouvelle. Une époque, une ambiance, qui préfigure le punk, la new wave et plus tard une bonne part des musiques électroniques actuelles. Si la première galette du duo date de 77, le concept "Suicide" lui, existe depuis bien plus longtemps. Suicide c'est Alan Vega (de son vrai nom Bermowitz) et Martin Rev (Martin Reverby). Originaires des entrailles de New York, ces deux pionniers étaient destinés à se croiser. Vega, personnalité extravertie, artiste à la petite semaine, "sculpteur" à ses heures et poète électrique, a ouvert une petite galerie dans l'East Side. Il y expose ses "Neon Trash", des sculptures à base de lampes trouvées dans la rue. C'est le Duchamp des caniveaux diront les critiques. Martin, plus discret, bricoleur de génie et pianiste de formation fait partie de Reverend B. Les deux artistes font connaissance en 1974 et décident de monter un "groupe". Suicide est né.

 

Avec un tel passif et un tel parcours, facile de deviner que Suicide est un projet culte et bizarre. Forcément leur discographie ne l'est pas moins. Pour illustrer cette chronique, je choisirais pourtant la première éjaculation électrique, le fameux album sanglant, celui que l'on connaît désormais sous le nom de Suicide l'album. Paru en 1977 ce disque est un choc pour l'industrie du disque et le public. Une électrocution. Tous les morceaux emblématiques joués live par le duo depuis 76 sont présents, sous une pochette digne du nom que se sont choisi ces deux mutants : une scarification ensanglantée sur fond "blanc lavabo". Plus qu'un disque, Suicide est le manifeste d'une ville malade mais libre, celle du No New York de Lydia Lunch, de James Chance, de DNA et Mars, des premières expériences de Jim Jarmush (Permanent Vacation), bref, celui de la No Wave à venir. Suicide sur scène est plus proche de la performance que du véritable concert. Alan est vêtu de noir, uniquement muni d'un micro et Martin arborant ses célèbres lunettes de ski géantes, se tient raide, en retrait, derrière un orgue électrique bricolé, voire parfois une simple boite de sa fabrication équipée de quelques touches. Il ne "joue" qu'avec une main, l'autre servant à rejeter les débris que le public lance sur la scène. La musique du duo fait immanquablement penser au célèbre tableau du peintre expressionniste Edward Munch, "Le Cri". Et le cri, c'est Vega bien sûr.

 

Sur l'éponyme Suicide, Alan Vega éructe, geins et hulule des textes parlant de motard fantôme ("Ghost Rider"), de chômeur désespéré exécutant toute sa famille avant de mettre fin à ces jours ("Frankie Teardrop") ou de bombes nucléaires frappant les Etats-Unis ("Rocket U.S.A"). Hypnotique. Envoûtant. Effrayant. De son côté, Martin Rev fait bourdonner ses machines, attise les infrabasses et développe des boucles hypnotiques pour une musique répétitive et robotique, qui annoncera avec 5 ans d'avance la scène industrielle et, plus loin encore, la techno. Je n'ai jamais rien entendu qui soit de l'avant-garde, déclare Alan Vega en 1980, en parlant de Suicide. Pour moi, c'était seulement le blues de New York City. Un blues urbain perverti par les machines, qui s'assagit malgré tout dés le deuxième album sobrement intitulé Alan Vega - Martin Rev. Avec des titres comme "Diamonds, Fur Coat, Champagne", "Shadazz" ou "Dance", Vega et Rev célèbrent les fêtes underground de New York et mélangent sans complexe l'esprit disco du Paradise Garage et du Studio 54 avec les remugles du punk et le désespoir de la new wave naissante. Encore un must, mais c'est une autre histoire...

 

Suicide - St (Ariola, 1977) + de multiples rééditions, dont une en double CD accompagnée d'un live.

Commentaires

De Hugues, posté le 02.04.08 à 20:19 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
De mémoire, je préfère nettement Suicide à Silver Apples.

De Bishop, posté le 03.04.08 à 11:57 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'est très différent aussi, mais Suicide c'est tellement bon, j'adore ce groupe. La pochette de ce premier disque est extraordinaire, c'est une sorte de négatif pervers de celle du premier Neu!

Par contre beaucoup de gens ont critiqués leur American Supreme qui bien que d'une certaine manière assez propet possède néanmoins quelques morceaux de bravoure comme son  Death Machine hypnotique.

(ps: pas la peine de te dire que c'est une bien belle Notule des géants du bizarre Maxence)

De gigaD, posté le 04.04.08 à 02:17 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
... un coup de poignard bien mérité ce first rehearsal tapes

Ajouter un commentaire

Prénom/Pseudo :
URL/blog :
Votre message :
Crypto
Recopie crypto :


  Discussions en cours sur le forum musique :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources & Friends
. David F (FR)
. La Blogothèque (FR)
. Interprétations Diverses (FR)
. Superette (FR)
. Fluokids (FR)
. Get the Curse (FR)
. Music Thing (EN)
. Pitchfork (EN)
. Said the Gramophone (EN)
. ClipTip (EN)
. I guess I’m floatting (EN)
. WFMU Blog (EN)