Detroit - Berlin : L'ultime pélerinage des hommes-machines![]() On a tous une théorie sur la techno de Detroit, cette musique de l'âme humaine communiant avec la machine, celle-là même qui la soutient, l'aide, pourvoit à son confort et la détruit dans un même mouvement. Cette musique dont les racines plongent loin dans le blues, le jazz, mais aussi la musique répétitive et minimaliste américaine et les musiques électroniques européennes. Dans cette optique, l'axe Detroit-Berlin en a fait rêver plus d'un. Et même si ses prophètes ne sont pas originaires de Berlin mais de Düsseldorf, cela commence certainement avec ce refrain, "Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn, fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn". Une unité de ton se créait donc, fin des années 70 et début des années 80, entre l'Allemagne industrialisée et les Etats-Unis en pleine crise économique. Et cette unité s'incarnait dans l'automobile. D'un bout à l'autre de l'Atlantique, la présence des usines automobiles, des chaînes de montage, des gestes répétitifs, des pistes d'essais de vitesse, annonçaient l'avènement des rythmes machiniques envoûtants de la musique Techno, créant un pont entre l'Europe et le nouveau monde, ainsi qu'un "mood" psychologique et musical particulier, comme le dira Jacqueline Caux dans son fameux reportage sur Detroit et les origines de la Techno, The Cycle of The Mental Machine.
L'imaginaire n'a pas fini de se nourrir de cette imagerie largement utilisée par les producteurs et les labels de ces deux pays (remember Eddy Flashin Fowlkes, sur Detroit-Berlin, l'album éponyme paru chez Tresor, mythique label techno berlinois, ou encore Basic Channel/Chain Reaction, célébrant dix ans durant l'union de la techno métronomique allemande et de l'ambiance suburbaine évoquée par cette musique, sans oublier le son à la fois mathématique et emphatique de Richie Hawtin, le Landcruising de Carl Craig qui s'ouvre justement sur un véritable hommage à l'Autobahn des Allemands de Kraftwerk, etc. J'en oublie volontairement tant les exemples sont nombreux). A ce titre, et pour prouver que ses influences sont bien vivaces, même au-delà des frontières de l'amitié américano-allemande (Deutsche Amerikan Freundschaft) The Dash de l'Anglais James Ruskin est emblématique du pèlerinage qu'effectuent encore les producteurs contemporains.
Mais les producteurs de la capital du Michigan ne sont pas en reste, puisque de son côté, Osborne, aka Todd Osborn, rejeton de Spectral, sous-label de Ghostly International, sort lui aussi un album sous influence Detroit évidente, avec des titres comme "Downtown", "L8", "Ruling" ou "Afrika", sans oublier ce que le genre doit au hip hop tendance technologique "à la Dabrye" ("Our Definition of Breakdown" ou l'electro-pop inspirée par Kraftwerk ("16th Stage"). Le tout sur un album hétérogène et visionnaire ou, encore une fois, les douceurs rêveuses de l'electronica la plus fine côtoient les rythmes martiaux de la Motor City.
En Allemagne enfin, c'est cette fois au tour d'un compatriote de rendre hommage au Beach Boys de Düsseldorf (aka Kraftwerk) et Saint-Patrons de la techno des origines, sous la forme d'un mix album drivé de main de maître par la moitié du duo Wighnomy Brothers, Robag Wruhme, sur son propre label Freude am Tanzen. Un pur moment de bonheur, hors du temps et des contraintes du dancefloorisme (comme c'est souvent le cas chez Wruhme) où Lisa Gerrard de Dead Can Dance rencontre False (aka Matthew Dear), où Trentemoller croise le fer avec Stewart Walker et où Bugge Wesseltoft jamme avec DJ Koze dans un exemple imparable de groove autoroutier pour rouler (ou danser) jusqu'au bout de la nuit sur l'autobahn imaginaire qui relie Detroit à Berlin et retour ! Commentaires
De Trakse, posté le 29.04.08 à 11:01
![]() Je me suis toujours senti attiré par la musique de ces deux villes, et ce depuis la seconde où je me suis réellement intéressé à la musique électronique. Ca paraît évident comme ça, tant l'influence des deux métropoles est immense. Aujourd'hui, l'Allemagne reprend le flambeau, allumé à Detroit. Et ce n'est pas que de Berlin dont je parle. Düsseldorf ou Cologne sont également deux villes très inspirées (et inspirantes). La minimal se "dé-minimalise" (il suffit de tendre l'oreille à l'écoute du nouvel album de Booka Shade) et la techno se réchauffe encore un peu plus. L'avenir de la musique électro passe définitivement par là. De MrMeuble, posté le 02.05.08 à 04:47 ![]() Ca c'est de l'article ! Un grand bravo. De loc173, posté le 07.05.08 à 12:41 ![]() Effectivement, bel article sur ce judicieux parallèle entre deux des villes phare de l'électro. Quant à Carl Craig, il viendra cet été souffler les aficionados de toutes les musiques électroniques au Bois de Keroual à Brest dans le cadre du très bon festival Astropolis. Et la prog est l'avenant : en plus du vétéran de Detroit, on aura le droit d'assister aux prestations d'autres ténors de la Motor City comme Daniel Bell et Derrick May. Aussi sur la prog : Dave Clark, Surkin, Sébastien Tellier, M83, les excellents Midnight Juggernauts, la Ed Banger team avec Busy P, DJ Feadz et DJ Mehdi, ou encore les lives de Birdy Nam Nam, Boys Noize, Yuksek, The Micronauts, Danton Eeprom ainsi que les deux meilleurs DJ Hip Hop que sont DJ Muggs et Mix Master Mike (Cypress Hill et les Beastie). Alléchant programme, et tout ça sur le superbe site du bois de Keroual à Brest... Ajouter un commentaire |
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