Remote, Shonky : l'anti-minimal syndrome![]() Pour beaucoup, et à raison, la techno minimale correspond aux années 90. Etrangement à l'époque personne n'en parlait alors qu'aujourd'hui se trouve taxé de "minimal" toute musique dancefloor un tant soit peu dépouillée. Pour retrouver les racines du genre il faut pourtant revenir à l'époque où des gens comme Robert Hood, Daniel Bell et plus tard, Richie Hawtin, ont décidé d'épurer complètement les productions techno et house de la fin des années 80, la débarassant des influences new wave, funk et disco qu'elle contenait. Alors que de nombreux DJs de l'époque étaient influencés par Kraftwerk, Human League, Depeche Mode, la brit pop, etc. des producteurs comme Bell sont arrivés et ont élagué ces influences, pour ne garder que le rythme. Créant ainsi une musique strictement ascétique mais avec un groove soutenu. Il y a une évidence à l'écoute des productions d'un Robert Hood, par exemple. Malgré l'épure totale du son, l'afro-américain garde un sens du rythme incroyable, un funk froid et complètement pur. En ce sens, le minimalisme des origines, musique exigeante s'il en est, est authentiquement et beaucoup plus funk que ce que l'on veut nous vendre aujourd'hui sous ce nom, dans la house ou la techno.
Cependant, à force de cataloguer le tout venant de "minimaliste", ou au contraire, de reproduire la recette de ces deux pionniers de manière toujours plus mécanique, le public comme les producteurs ont fini par se lasser. Normal. Aujourd'hui, on taxe de "minimal" tout et son contraire. Le son Kompakt en est le parfait exemple. Les productions du label de Cologne sont généralement tout, sauf minimalistes. Kompakt sort des choses plutôt variées, plus souvent proches de la pop que du minimalisme. C'est ce minimal syndrome (titre original de mon billet) qui participa à ce que j'aime appeler aujourd'hui l'anti-minimal syndrome. Des producteurs comme les Français Seb Fouble et Eric Guillanton de Remote, sont par exemple à l'origine d'un son certes épuré, mais qui, par se touffeur et sa densité, ne correspond absolument pas aux canons du minimalisme des 90's (et tant mieux). Sur l'excellent Dark Enough, le premier album à paraître chez Kill The DJ ce mois, le duo explore toute la noirceur d'une techno rigoriste, qui fait parfois penser aux expérimentations jansénistes d'un Plastikman sur Consumed, ou des Finnois de Pan Sonic, mais reste l'aspect cosmique de leur musique, l'usage de synthétiseur, la profondeur de champ en fait tout, sauf un disque minimaliste. Ce qui, soyons en sûr, n'empêchera pas les « spécialistes » de le cataloguer comme tel.
C'est aussi le cas de Shonky, un autre français, dont le spatial et brillant (mais sévère) Time Zero doit tout à la science-fiction et aux visions froides de Detroit et autres lieux mythiques de l'imaginaire electro. Comme ses compatriotes de Remote, la musique de Shonky est, à priori bien loin des émanations filtrées de la French Touch des 90's, reste que le feeling a beau être plutôt straight, le rythme répétitif, le pied rigoureux, l'ensemble propice au headbanging vigoureux et à l'hypnose, Time Zero s'approche plus volontiers d'une musique de transe, pas au sens de "techno-trance" bien sûr, mais plutôt au sens de dérèglement "des sens" justement, de transe dans la répétition. Celle de la junky music pour beat junky, acidulée de ci, de là, de fulgurances laser et de défonce subliminale en réalité complètement virtuelle. Et ça, évidemment, c'est ce qui rapproche la musique de Shonky et Remote de la techno minimal d'origine, cet aspect druggy et transcendant, mais c'est bien la seule caractéristique que ces artistes partagent avec ce que l'on appelait il y a 18 ans, la "minimal techno". Reste que ces deux albums sont bien évidemment, chaudement recommandés !
Remote - Dark Enough (Kill The DJ/Nocturne)
Commentaires
De frz, posté le 14.05.08 à 17:45
![]() Je mettrais le "consumed" de Plastikman à part. Je trouve que sous prétexte d'un travail d'épure et de remise à plat, il a surtout emmené la minimal et surtout la techno sur un autre terrain. Qui est justement celui du total dérèglement des sens. C'est pour moi un réel album psychédélique, et même plus : une réelle aventure psychédélique : à chaque fois que je le ré-écoute, je ne sais jamais où j'arriverais. En fait, plus je le ré-écoute, plus je me dis que l'épure est presque factice, tant justement elle génère une profondeur, des volte-faces surprenants en cascade, un peu à l'image des grands disques-aventures de Brainticket, intersystem, White Noise et même certains trucs de Nurse with Wound (?). En fait, je trouve que cet album est tout et son contraire. Qu'il a accompli la fameuse formule "minimalism is maximalism" (soit dit en passant, j'aimerais bien savoir qui est l'auteur originel de cette formule, que j'ai découverte sur un album des Spacemen3). En fait, je trouve que Hawtin n'est jamais aussi génial que quand il se retrouve (malgré lui, je pense) en terrain inconnu (quand il a pris assez de boombaka chimique ?). Enfin bref, c'était histoire de parler du Consumed, parce qu'effectivement, je suis en train d'écouter Remote, et ça sonne plus comme un mariage de Kraftwerk/pan sonic (ça me fait même penser à PWOG, pas minimal ça ;-) qu'à de la minimal pure. C'est très bien d'ailleurs. De frz, posté le 14.05.08 à 17:55 ![]() Ah ! C'est casse bonbon à la fin : pourquoi les retours à la lignes ne sont pas pris en compte sur flu', avec mon navigateur safari/apple ?!!! grrrr ! De Maxence, posté le 14.05.08 à 19:40 ![]() Mais non il est très bien ton post, lisible et tout (et surtout trèsinspiré) Aaah, va falloir que tu te trouve Audion toi !!! http://www.discogs.com/artist/Audion et False (suivre les liens sur la page Audion) De Maxence, posté le 14.05.08 à 19:45 ![]() Et pour mémoire (pour les autres) : http://musique.fluctuat.net/blog/18980-albums-cultes-des-geants-du-bizarre-7-plastikman-consumed.html De mhd, posté le 15.05.08 à 12:20 ![]() Ben plastikman dans la minimal j'sui moyennement d'accord.. mais par contre souvenez vous dans les années 90 de basic channel et de on phare maurizio. magnifique crossover tech / dubstep / minimal (terme qui n'existait pas vraiment à l'epoque. besos De frz, posté le 15.05.08 à 15:35 ![]() @mhd : tu m'étonnes que je m'en souviens !!! ;-) De Maxence, posté le 15.05.08 à 15:53 ![]() Tout ç fait d'accord mhd, mais là nous parlions plutôt du Consumed, l'album radical du bonhomme (et radicalement inspiré par les mêmes basic channel, maurizio, chain reaction... De AlexBox, posté le 16.05.08 à 00:57 ![]() J'aime toujours tes articles. A quand un spécial druggy sound! De Maxence, posté le 16.05.08 à 12:26 ![]() Arrête, tu me tentes AlexBoy ! ; )
Et merci ! Mais http://blog.boxofcookies.fr/ n'est pas mal non plus !!
Il y a quelque petite chose sur l'hypnose, la fièvre, le trip ici ou là : http://musique.fluctuat.net/blog/14625-pantha-du-prince-sur-la-piste-enfume-comme-un-renard.html
http://musique.fluctuat.net/blog/1716-audionrama.html http://musique.fluctuat.net/blog/14280-james-holden-pas-idiot-pour-un-anglais.html
http://musique.fluctuat.net/blog/3256-nathan-fake-c-est-pour-de-vrai-.html
http://musique.fluctuat.net/blog/17040-tobias-thomas-lost-the-beat.html
De spfr, posté le 18.05.08 à 22:53 ![]() Minalism is maximalism en en fait un dérivé de "Less is more", célèbre phrase sous laquelle fut placé tout le courant de l'art minimaliste aémricain des années 60 ont l'attribue généralement à l'architecte Ludwig Mies van der Rohe, qui la tira en fait d'un poème de robert browning quoi qu'il en soit c'est la divise du courant d'art plastique dit minimal De AlexBox, posté le 19.05.08 à 04:10 ![]() Thanx Maxence, je vais m'endormir connecté sur MySpace. ... et evidemment j'attends avec impatience LE Dossier :) Ajouter un commentaire |
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