Dans son premier long métrage, Permanent Vacation, Jim Jarmush capte un New York aujourd'hui disparu. Des façades lépreuses, des ruelles sordides, un champ de ruines qui est le théâtre des déambulations désœuvrées d'Aloysious Parker. Dandy nucléaire, impassible et anémique, "Allie" balade son flegme et sa banane de squats improbables en institutions psychiatriques. Zonant dans des rues désertes que l'on croirait filmées à Dresde ou à Berlin après-guerre, il croise John Lurie des Lounge Lizard, tripote sa copine et casse des disques. Etre humain spectral et indigent, il est l'héritier de la génération perdue de Scott Fitzgerald, T.S. Eliot et Gertrude Stein. A l'instar de Richard Hell ou Lydia Lunch, autres figures de la scène new yorkaise de l'époque, il est friand des théories surréalistes de Man Ray, Breton ou Duchamp, illustrant l'engouement pour la culture française revendiquée, un temps, par quelques Américains refusant le confort et l'hypocrisie d'une société matérialiste et égoïste.
Amateur de lectures sérieuses, parmi lesquelles figure la triade des poètes maudits, Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, il est l'incarnation même de la No Wave, cette scène de New York, née avec le punk, ses clubs miteux, pardon, mythiques (le CBGB'S, le Mudd Club, le Max's Kansas City) et ses groupes qui ne l'étaient pas moins, (The Ramones, Talking Heads, Blondie, The Dictators, Wayne County). Qu'ils s'agissent de James Chance & The Contortions, D.N.A., Mars ou Teenage Jesus & The Jerk, tous ont vu ces groupes, ont connu ces salles et se sont dit un jour "Je veux faire ça !" Certains sont devenus des musiciens, d'autres des graphistes, comédiens, réalisateurs ou photographes d'avant-garde. Car, au contraire du punk, ils cultivaient tous la volonté de faire de l'avant-garde, d'expérimenter, de repousser les limites de ce qui était connu, en musique comme dans toutes les formes d'art.
C'est cette scène du Lower East Side au sein de laquelle évoluait les Bush Tetras, Liquid Liquid, ESG, Lounge Lizards, Ike Yard, Don King, Glenn Branca, Rhys Chatham, Theoretical Girls, Lizzy Mercier Descloux, The Static, UT, Dominatrix, Blue Humans, Judy Nylon, James Blood Ulmer, Tone Death, Rhys Chatham, The Del-Byzanteens (avec Jarmush), Dinosaur L. et de nombreux autres groupes plus ou moins officiels se revendiquant des influences du Velvet Underground, de Captain Beefheart, de The Godz ou de Cromagnon (mais également du free jazz d'Ornette Coleman, Cecil Taylor et Albert Ayler ou du funk de James Brown et Fela Kuti) que présente le guitariste des Sonic Youth, Thurston Moore et Byron Coley dans leur livre à quatre mains No Wave : Post-Punk. Underground. New York. 1976-1980. Receuil d'interviews exclusifs et livre d'images rares, "No Wave" est un hommage à ces formations qui passèrent à la moulinette, codes, genres et scènes, accouchant de versions extrêmes de punk free, de jazz épileptique, de new wave ascétique et de disco mutant concassé et martelée. Une scène à la richesse unique, concentrée sur une très courte période, qui a aujourd'hui sa bible.
No Wave: Post-Punk. Underground. New York. 1976-1980 par Thurston More et Byron Coley
De Oli, posté le 25.06.08 à 20:04 
Il y a de magnifiques photos dans ce bouquin, en attendant que je lise les mots... ;-)
De Oli, posté le 08.07.08 à 16:21 
Les mots sont aussi tres tres interessants!
L'intro de Lydia Lunch sur le New York de l'epoque est d'une justesse rare.