Albums cultes des géants du bizarre #45 : Sonic Youth - Evol
"Evol", c'est "Love" à l'envers bien sûr. C'est le grand disque de la rébellion anti-hippie de Sonic Youth. C'est aussi la vision iconoclaste de quatre blancs becs, new-yorkais jusqu'au bout des ongles des orteils et profondément révulsés par la vulgarité californienne. C'est aussi une lecture pour le moins personnelle, si ce n'est totalement lucide, de l'odyssée pop du flower-power et du soit disant "summer of love" des 60's, revu et (sévèrement) corrigé par la no wave. Pour ça, une chanson définit tout, et c'est "Expressway To Yr. Skull" (cf : les paroles en introduction de cette chronique), que les Sonic Youth composèrent comme un hymne à la destruction de la culture californienne US, ses surfeurs blonds peroxydés et ses filles en rollers les mamelles à l'air. Un passage de "Love" à "Evol" (Evil !), marquant le repli des idéaux politiques et communautaristes de l'utopie naïve des "enfants fleurs" et des années 60 (assassinat de Martin Luther King, en avril 1968), tout en étant la dernière année avant l'hécatombe (décès de Jimi Hendrix, de Janis Joplin, de Jim Morrison).
Un hommage aux parties les plus sombres du rêve américain que les Sonic Youth doivent à leur expérience traumatique sur le terrain lors du tournage de la vidéo de "Death Valley 69" pour l'album Bad Moon Rising, un an avant. Un titre qui préfigurait Evol, et fut l'un des premiers clips du groupe - réalisé par le mythique réalisateur no wave et photographe fétichiste, Richard Kern, qui signe également la pochette de l'album Evol - et qui était déjà une allusion au meurtre sanglant de Sharon Tate par les sbires de Charles Manson, au 10050 Cielo Drive dans ce que l'on appelait alors "Le Canyon", un lieu résidence retiré pour les artistes et les marginaux fuyant les centres-ville de Los Angeles. Meurtre qui eu lieu le 9 août 1969 dans "la vallée de la mort".
La Californie selon Sonic Youth c'est la fin du rêve américain, celui qui vire au cauchemar. Une remise en cause violente et très punk de la contre-culture tel qu'envisagée par les tenants de la génération précédente (les Sonic Youth sont avant tout des enfants des années 70 et 80 et le disent) ainsi qu'une conception très "Surf nazis must die", de la culture californienne (cf : l'hilarant et débiloïde "Bubble Gum", pastiche power-rock dopé aux amphétamines). En parallèle, Sonic Youth signe ses plus beaux et troublants morceaux : "Shadow of A Doubt", "Green Light", "Tom Violence", "Secret Girl" et "Marilyn Moore" hommage du groupe à la chanteuse de jazz du même nom. Droit dans ses Doc. Martens, Evol fait honneur à sa thématique et plonge l'auditeur dans une sombre mélancolie, de celle que seul un orage ou une crise de nerf pourrait apaiser, et c'est bien de ça dont il s'agit sur le bruitiste et crashé "Death To Our Friends". Evol reste incontestablement l'incarnation de la rage rentrée de la jeunesse des années 80, celle qui a pris conscience que contrairement à ce que disaient leurs parents et leur grands-parents, l'heure de l'éveil ne viendra pas, d'une part, et d'autre part, malheureusement, "future il y aura" (contrairement à ce que prédisait les punks). Kill your idols !
Sonic Youth - Evol (SST ou Blast First, 1986) Commentaires
De Hugues, posté le 30.06.08 à 06:25
![]() EVOL était mon Sonic Youth préféré. Je le trouvais moins sombre que les deux précédents (que dire de The Confusion Is Sex??). Avec EVOL, l'expérimentation spatiale prenait une teinte légèrement "bubblegum" (délicieuse reprise de Kim Fowley), avec des titres plus concis, accrocheurs. Le son du groupe devenait plus élastique, caoutchouteux. C'est le disque où débarque le batteur Steve Shelley, ceci expliquant peut-être cela? Bon, l'ambiance n'est pas rose bonbon non plus, faut pas exagérer! Mais une sensibilité pop affleurait, et je trouvais ça plutôt bienvenu.De Maxence, posté le 01.07.08 à 08:52 ![]() Hello les amis
Désolé pour l'erreur. La raison en est toute bête : en effet, Evol exprime bien leur haine (de l'époque) pour la californie, la dictature des blondes à gros nichons en rollers et les mythes fondateurs de la contre-culture soit-disant "Love" (evol donc) hippie, MAIS également de ce que les Sonic Youth ont connu durant le tournage de Death Valley 69 pour BAD MOON RISING (vous avez tout à fait raison) dans la Death Valley avec Richard Kern. De cette expérience ils ont ramené à NY city des impressions, qui sont devenus le propos d'EVOL. Voilà pourquoi je me suis trompé, principalement dans le troisième paragraphe. Que je corrige de ce pas...
Merci à tous pour votre lecture attentive De Max, posté le 02.07.08 à 18:28 ![]() Au passage, Sonic Youth sera en concert à Saint Nazaire (44) en août. De Billy HP, posté le 06.07.08 à 23:36 ![]() Allons y tout net, je considère pour ma pomme qu'Evol n'est autre que le chef d'oeuvre de SY. Aucun mauvais titre et une ambiance plus intègre encore que le précédent (Bad Moon Rising suscité). Pas de locked grrove sur la vinile et pas non plus cette décadente reprise de Bubblegum rajouté pour célébrer (!) le passage au CD (pour des admirateurs du Lo-Fi, on notera le grincement de dent). Toutefois, amusant préjugé, je trouve l'album assez cohérent et finalement plutôt accessible au public : Evol contient tout de même un single (Starpower) que ses suites perdurent haut la main ( Schizophrenia sur Sister, Silver Rocket et Teen Age Riot sur Daydream Nation, et même l'étrange Master = Dik porte une reprise des Ramones !). Du coup je m'attendais plus à trouver Confusion is Sex ou le kraut Whitey Album des Ciccone Youth ici. Sans même évoquer la floppée de SYR. Bon papier tout de même (mais je crains de ne pas être objectif...) Ajouter un commentaire |
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