Les oubliés de la pop : I'm Free ou le charme des Soup Dragons
Pour la plupart des gens, The Soup Dragons aura été le groupe d'une seule chanson, un "I'm Free" venu de nulle part en 1990, psychérock accommodé sauce baggy et totalement effondré sur lui-même, comme si le chanteur Sean Dickson avait avalé un plein panier d'ecstasy avant de se mettre au micro. La chanson démarrait impeccablement sur une voix vocoder "Don't be afraid of your freedom", relevée d'un soupçon d'écho qui évoquait immanquablement le son des Happy Mondays, et plus largement ce qu'on entendait alors dans tous les clubs du Nord de l'Angleterre. Le refrain était génial "Freedom / I'm free / To do what I want / Any old time / I said I'm free / To do what I want / Any old time" suffisamment idiot et entêtant pour qu'après une ou deux écoutes on ne puisse plus s'en détacher. Le message (être free, sans trop réfléchir à ce que cela pouvait vouloir dire) était, à sa façon, emblématique du grand mouvement acid qui se mettait alors en place en Angleterre. Les Soup Dragons, d'abord un petit groupe indie passé inaperçu, avait à l'époque déjà jeté un bel album dans la mêlée, This Is Our Art, riche de belles plages de guitares, entre le punk et le rock et qui aurait pu avoir son importance, si tout le monde n'avait décidé par la suite de faire tout à fait autre chose. Car en 1990, il faut bien l'avouer, l'Ecosse commençait à se moquer sacrément du rock à l'ancienne, des Buzzcocks et de tout le reste. Les dealers mancuniens avaient débarqué avec leurs pilules et faisaient le siège des clubs. Les Primal Scream, le grand groupe emblématique de la scène future, étaient en studio pour amorcer la grande révolution sonore. Screamadelica n'arriverait pourtant qu'en octobre 1991. Les Soup Dragons avaient à ce moment précis, et pour quelques mois, une longueur d'avance sur leurs collègues nationaux, même si, à quelques centaines de kilomètres de là, et près de deux ans auparavant, Shaun Ryder avait déjà lancé son classique Bummed et quelques autres missiles à tête dansante. Les Mondays, aidé par Martin Hanett, inventèrent le son Madchester, le baggy par le versant des percussions. Les Soup Dragons et les Primal Scream allaient l'inventer par les guitares. Les uns venaient par la soul. Les autres arrivaient par l'indie rock. C'était toute la différence. "I'm Free" annonçait une nouvelle ère qui, ironie de l'histoire, ne viendrait jamais vraiment pour la bande de Dickson, Paul Quinn et Jim Mc Culloch. Leur nom, emprunté à une série d'animation pour les enfants, les Clangers, évoquait un puits volcanique sur une planète bizarre qui servait de la soupe énergétique aux créatures héroïnes du dessin animé. Tout un symbôle. Le problème est qu'évidemment la chanson n'était pas des Soup Dragons mais une reprise des Rolling Stones, dernier titre de l'album Out of Our Heads, de 1965, composée par Jagger et Richards. Il y a toujours une frustration à n'être connu que pour des chansons qu'on a pas écrites, d'autant plus que les Soup Dragons, groupe écossais, originaires de la région de Glasgow, avaient à leur actif quelques belles compositions. L'album Lovegod, sur lequel le groupe replaça habilement "I'm Free", et sa pochette psychédélique, ouvrirent pour les Soup Dragons un succès qui ne devait malheureusement pour eux durer que deux petites années. Lovegod est un album impeccable et qui ne vaut pas que pour le single : "Backward Dogs" est un titre solide, tout comme "Beauty Freak", un peu plus loin (qui évoque avant l'heure le Beautiful Freak d' Eels), "Kiss the Gun" et bien sûr "Mother Universe". Dickson est alors un frontman assez charmant. Ses cheveux tombent en mèche grasse sur le haut de son front et ses chemises froissées font un malheur. Les Soup Dragons ont de l'attitude, un mélange de majesté et de relâchement, une forme de dignité dans l'abandon au dance-floor qui n'est pas si fréquente dans le mouvement. En 1992, ils sortent un troisième album, Hotwired, à la pochette hideuse, qui entretient, sur le succès de son single "Divine Thing", la magie pendant quelques mois supplémentaires. Sean Dickson évoque à ce moment précis un Kurt Cobain qui se serait mis à la dance music. Il danse comme un pantin, a la voix qui s'écrase et se charge d'un mélange poisseux de tabac, d'alcool et d'on ne sait trop quoi. Les Soup Dragons incarnent le retour de flammes de l'esprit baggy, encore incandescents mais déjà dans l'outrance et le n'importe quoi. Après un ultime album (jamais écouté), le groupe éclate. Paul Quinn retourne en terre indie avec le Teenage Fan Club, tandis que Sean Dickson se fait un nom dans le monde de la nuit et devient DJ pour prolonger la nuit qui danse. Il monte un autre groupe, The High Fidelity, qui se fait, pour ainsi dire, damer le pion à nouveau par les Flaming Lips alors qu'il était sur le point d'inventer un mélange de rock psyché, d'électro et d'indie. Pas de veine.
Commentaires
De martine, posté le 27.08.08 à 10:50
![]() Je ne me souvenais plus que ce groupe avait existé. Merci pour cette balade nostalgique. I'm FREE bougeait bien et je me suis apercue que je en savais pas que c'était une chanson des Rolling Stones !! Les autres titres me parlent moins. C'est trop psychédélique pour moi. Ajouter un commentaire |
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