La réputation solidement ancrée du Festival Art Rock, tient aussi certainement à la qualité de ses soirées au forum de la Passerelle. On peut s’y ressourcer à des concerts plus intimistes, qui tranchent avec les prestations musicales place Poulain Corbion, dont l’agencement ne permet pas toujours d’apprécier les live à leur juste valeur. A la Passerelle, tout est propice pour une immersion totale, la petite jauge favorisant l’émulation et l’énergie abrasive du public. Du rock au sound system, de la chanson française au jazz, ces concerts du Forum ont toujours fait partie des meilleurs moments du festival. La soirée du 3 juin en était encore un bel exemple. C'est Nosfell, sorte d'être évanescent descendu d'on ne sait quelle planète, qui a ouvert le bal. Difficile de coller une étiquette à cet artiste tant sa musique semble n'avoir jamais été entendue. C'est au fin fond de la Kloklochazia que Nosfell nous convie. Une contrée sortie tout droit de son imaginaire dont il a même ramené une langue, le kloklobetz. Un dialecte, entre douceur et colère, fait de mots parfaitement incompréhensibles. Nosfell impressionne par sa voix, par ses voix plus exactement. Capable de passer des très aigus aux très rauques, il excelle aussi dans la pratique du beat box. Accompagnment limité à un violoncelle et à une superposition de guitares et de boucles de voix. Mais Nosfell, c'est, bien plus qu'une simple expérience sonore, un spectacle visuel totalement ensorcelant. Torse nu et tatoué, il investit l'espace scénique comme personne, allant jusqu'à descendre de la scène, le public s'écartant sur son passage telle la Mer Rouge s'ouvrant devant Moïse. Divin.
Puis, tout en costume dandyesque, Thomas Dybdhal et sa clique débarquent sur la scène du Forum, pour nous envelopper de morceaux chatoyants et sophistiqués, qu'il semble avoir médités pendant 20 ans, ce qui pour un jeune-homme de seulement 24 printemps, est une sacrée performance. Son lyrisme et sa voix vertigineuse, nous plongent avec grâce des graves vers l'aigü, ce qui n'est pas sans nous rappeler le chant sacré de Jeff Buckley ; or d'après le jeune song-writer, c'est surtout de Buckley père qu'il s'inspire. Une belle découverte pour se ressourcer l'âme.
Ensuite, c'était au tour de Rubin Steiner et de ses joyeux drilles du Neue Band (basse, laptop, trombone, etc), qui nous ont encore une fois prouvé leur parfaite qualité scénique. Dotés d'une bonne humeur contagieuse, ils ont clôturé cette soirée avec le brio qu'on leur connaissait déjà. On a retrouvé avec eux cette ambiance fiévreuses des nuits Passerelliennes. C'est un forum motivé et ne demandant qu'à danser jusqu'au bout de la nuit qui les a accompagnés jusqu'à un bon trois heures du mat' sur des rythmes très colorés, mêlant hip hop, rock, électro et autres sonorités plus farfelues.