Fantaisie mémorielle ou pas, les initiatives continuent de se mettre en place à l'approche de Noël autour de la disparition d'Alain Bashung. Alors que Jean-Claude Gallotta a dévoilé en avant-première à Grenoble son spectacle L'Homme A Tête De Chou, avec les voix du disparu, un double CD live enregistré à Paris vient de faire son apparition dans les bacs.
L'album posthume, capté à l'Elysée Montmartre sur la tournée Bleu Pétrole en novembre et décembre 2008, est un excellent témoignage des audaces et de la maîtrise du dernier Bashung, ce malade qui s'oublie. Entre "Angora" en solo et les majestueux "Comme un Lego" (en ouverture) ou "Samuel Hall", la prestation de Bashung, principalement capturée lors de son dernier concert en date, est impressionnante et confine à l'émotion brute. L'homme qui chante ne fait pas seulement son travail, il offre la dernière part valide de son corps aux personnes qui sont dans la salle. Les fines bouches diront qu'il y a un petit quelque chose de morbide à laisser une telle place à une ultime performance, peut-être un peu en deçà de certaines dates de la tournée démarrée plus de six mois plus tôt. On ajoutera que l'Elysée Montmartre est rarement choisie pour capter des concerts. Le son est correct mais sans plus. Il ne faut pas faire la fine bouche. Ecouter ce concert est un enchantement, même si on n'y était pas. Les vieux titres sont revisités avec une cohérence sonore qui les élèvent parfois de plusieurs divisions. Les nouveaux sont imposants et lugubres à souhait.
Parallèlement à ce disque, Patrick Amine, auteur du très bon Monsieur Rêve Encore et qu'on avait rencontré il y a quelques mois, prolonge son travail de mémoire avec un passionnant coffret reprenant pas moins de 10 heures d'interview avec Alain Bashung. Le coffret qui sort le 30 novembre aux Editions Pop Action Writing est un investissement sûr pour Noël et embarque également quelques suppléments et bonus de choix comme une interview de Gallotta justement, dont Fluctuat se fait le relais. Comme sur le livre, Amine pose les bonnes questions, pousse Bashung à mener une analyse très approfondie de ses mécanismes créatifs, à détailler ses goûts, ses influences, son amour de la musique. La voix de Bashung qui parle est d'une vivacité assez surprenante et n'a pas la même pesanteur ou solennité que lorsqu'il chante. C'est l'un des aspects intéressants de ce travail : retrouver la voix de l'homme de tous les jours plutôt que la voix de scène d'un monument national. A la différence de Johnny (entre autres phénomènes), on sent ici dans le dialogue la machine à penser autant que la belle mécanique à l'oeuvre derrière le songwriter. Ce n'est pas une révélation mais cela donne encore plus d'épaisseur au personnage, plus de faiblesse et d'humanité aussi, lorsqu'on l'entend aménager des silences et réfléchir, s'interroger ou sourire intérieurement. La pratique des interviews en CD est devenue aujourd'hui assez marginale. On lui préfère les interviews filmées pour agrémenter les bonus des DVD. C'est presque dommage car faire disparaître le visage reste une expérience intéressante s'agissant de chanteurs-acteurs comme Bashung. La voix seule, au casque ou en chambre, a son intérêt, comme si on avait Bashung au téléphone ou assis dans son salon. C'est beau et ça emplit de tristesse.
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