Ce que je n'aime pas chez Pitchfork Tout le monde connaît Pitchfork, "the" média des popeux geeks qui chroniquent tout en 4000 signes, jusqu'à l'excès, mêlant les genres et éclatant les frontières musicales dans le même élan hyperspatial. Ne me comprenez pas mal, dans l'absolu, c'est très bien. En pratique, Pitchfork nage pas mal. Et cela en partie à cause de la pire idée imaginable pour un mag', et pourtant érigée sur le réseau en trouvaille et référence majeure : la notation sur dix. Une superbe fausse bonne idée, aussi ludique que désastreuse pour le propos. Le résumé minimaliste ultime d'une critique entièrement subjective, qui sur Pitchfork n'est définie par aucune marge ni aucun domaine. Tout juste apprendra-t-on en furetant sur le site qu'un 10 n'a jamais été donné (il me semble pourtant qu'à une époque, le premier disque de Clogs jouissait de cet extrême), et que la plus haute note, un 9,7 sert une collection de singles de la Motown, tandis qu'un 0 (avec une vidéo de singe qui boit son pipi) éclate l'album de Jet. Pour l'entre-deux, tout est permis. En floutant par un référentiel absolu les différences entre les artistes, les genres et les albums, Pitchfork infantilise les lecteurs, propage le fight du chiffre, la polémique de la décimale. Le dernier album de Nelly Furtado est-il réellement un tiers mieux que le double des Red Hot ? Le nouveau Justin Timberlake (8,1) vaut-il autant que le dernier Animal Collective, auquel cas vaut-il mieux s'acheter l'album de Lily Allen (8,3 !) ? En tout cas, évitez Beirut (7,7), ils n'ont même pas un point de plus que le Best of de Moby, d'ailleurs Devendra Banhart a un 8. Et dire qu'on vous a bassiné avec Akron/Family alors que leur Meek Warrior (7,2) vaut 0,1 de moins que l'affreux Reality de Bowie. Si Pitchfork a, au fil des ans, su se donner une réelle importance en terme de médias musicaux en ligne, le site se dévore désormais à force d'élargir son autorité. En février 2006, Ryan Schreiber déclarait en interview à JM d'Interprétations Diverses avoir lancé Pitchfork (sous un ancien nom) en 1996 pour palier à la pénurie de résultats sur les moteurs de recherche dès qu'on tapait le nom d'un artiste un peu confidentiel. Dix ans plus tard, Pitchfork est partout, distribuant ses notes aux derniers nés d'Outkast à Madonna en passant par Moby et le tube des Pussycat Dolls. Mais a oublié Père Ubu sur le quai. Ce qui pourrait n'être qu'une faille dans la machine apparaît comme un symptôme. La case Recent Highlights (mises en avant) propose 4 fois sur 5 des albums qui n'ont pas grand chose de sexy, souvent démolis par le site, mais qui font partie de ses pages les plus visitées. En prenant de l'espace et du poids sur le Web, la référence se tarit. Soyons honnêtes, au jeu de l'équilibre entre le populaire qui fait de la visite et assure une audience plus-value au site et la critique pure et dure qui lui confère sa popularité critique, Pitchfork s'en sort encore très bien. Mais il est loin le temps où La Fourche (traduction de Pitchfork) était le symbole d'un site qui distribuait les coups de piques aux mauvais élèves et se faisait l'arme des pauvres, en lutte contre les puissants déjà en place. Le site est en conversion (PAS reconversion, notez bien), et incarne de plus en plus le type même du média Web capable de survivre dans la jungle en trois W.Tous les grands magazines musicaux ont amorcé ce virage en leur temps et très peu l'ont réussi. Dans le cas des critiques pop-rock, il semblerait même que la norme soit de finir vieux con un jour ou l'autre, qu'on le veuille ou non. Reste à espérer que le Webzine à la fourche réussira à tenir sans trop se trancher les oreilles. Commentaires
De 2goldfish, posté le 13.11.06 à 18:44
![]() OK, c'est idiot de mettre Animal Collective et Justin sur un pied d'égalité, mais il est très bien futuresex/truc. Pitchfork ne fait que représenter le flou de plus en plus grand de ligne qui séparait autrefois ce qu'il fallait écouter et ce qu'il ne fallait pas. Il y aurait une grande hypocrisie, après tout, à écouter les Supremes et à snobber Beyonce. C'est difficile de marcher droit dans des sables mouvants. Et il est inutile d'essayer de baliser le chemin avec des notes. De Maxence, posté le 13.11.06 à 18:57 ![]() Bah, la mauvaise foi fait parti de la critique (rock ou littéraire) hein... Ce n'est qu'un jeu. Le genre de truc déjà revendiqué par Lester Bangs par exemple (et bien d'autres) De Maxence, posté le 13.11.06 à 19:10 ![]() A propos de Pere Ubu, et même s'ils n'ont toujours pas chroniqué le dernier, ils ont bel et bien "reviewed" les meilleurs hein... voir ici (bon, mais je SUIS un geek en musique donc...) De éèËe, posté le 13.11.06 à 21:09 ![]() Juste avant que quelqu'un te fasse la remarque. Il y a eu des 10 :
De éèËê, posté le 13.11.06 à 21:10 ![]() Tient c'est bizarre, robert pollard semble avoir eu 10.0 et 0.0 pour le même album.. je vérifie De éèËê, posté le 13.11.06 à 21:12 ![]() En fait c'est écrit comme ça : (1)0.0 voilà De éèëê, posté le 13.11.06 à 21:16 ![]() Tout ce que je dis vient de là. http://www.answers.com/topic/pitchfork-media et mon crypto.... ?? "zéro" 0.0 De jake, posté le 13.11.06 à 22:34 ![]() Ils pourraient noter au millième. (8,721 ou 4,856) on est au XXIè siècle ! De 2goldfish, posté le 13.11.06 à 23:03 ![]() Si on en est là, la meilleure critique/parodie de Pitchfork a été faite par le toujours drôle David Cross sur... Pitchfork :) De scleem, posté le 14.11.06 à 00:22 ![]() Très bien dit tout ça, Flyer! Tiens, pour la peine, j'te mets un 10. De flyer, posté le 14.11.06 à 12:09 ![]() Thanx de me corriger éèëê ! ![]() Vous aurez remarquer par vous-mêmes que je ne mets pas en question la liberté d'écriture de Pitchfork. Chose que j'apprécie sans doute le plus chez eux. Ce qui m'ennuie, en dehors du système de notes (que j'ai toujours trouvé stupide, quasiment partout où il m'a été donné d'en voir), c'est la douce déviation éditoriale que Pitch met en place, et qui pose les questions (à mon avis cruciales dans la vie d'un média qu'on apprécie) de son attachement à son premier dessein et de son positionnement à venir. De Elvis Martinez, posté le 14.11.06 à 12:30 ![]() Bah moi jdis tout simplement Pitchfork... c'est de la merde !
De Chryde, posté le 14.11.06 à 16:02 ![]() C'est marrant, j'ai l'impression de l'avoir déjà lu dix fois ce texte sur la question des notations. Le débat est aussi vieux que le système en lui même, et il est assez logique : alors qu'une critique rédigée isole l'objet étudié tout en le remettant dans son contexte, la notation aplanit tout et appelle des objets de nature différentes à cohabiter sur une même échelle. Bref. En revanche, sur la ligne éditoriale, c'est en effet un peu triste, oui. Le mon de va plus vite, les choses qu'on aime sont plus vite viciées... Ce que je trouve amusant cependant, c'est de lire ça sur un site qui a parfois les mêmes "travers" (nous les avons aussi, je ne jette pas la pierre) : on a tous tendance, à un moment ou à un autre, à perdre notre orthoxie "heureux et petits) De flyer, posté le 14.11.06 à 18:47 ![]() Oui, la question des notes est assez universelle. Elle m'est revenu à l'esprit en discutant samedi soir avec une cool future enseignante. Quant aux travers éditoriaux, à mon avis, le débat n'est pasdu tout le même entre les magazines et les blogs, même collaboratif. Ceci mis à part, tu as raison. De CF, posté le 14.11.06 à 20:16 ![]() Faut-il préferer Boomkat, plus laconique mais opérant toujours, tout de même un classement et ne s'autorisant pas la notation? Moi je suis plus client en tout cas même si leur "album of the week" n'est pas toujours à mon gout...C'est vrai qu'avec le système de notation on arrive souvent à des aberrations finalement. De John, posté le 15.11.06 à 13:09 ![]() Reprenons la liste Hilarante de la parodie de Pitchfork, Richdork (http://www.somethingawful.com/fake/richdork/ ) sur la signification des notes : 10.0: Must be Radiohead
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