Ambient : tous les billets consacrés à la musique ambient. Electro douce, musique à contempler.- Lire aussi la petite histoire de l'ambient - Consultez le who's who de l'ambient sur l'Encyclo Musique Du minimalisme à l'ambient : Minilogue![]()
S'il fallait chercher la logique inhérente à la techno minimale, il faudrait peut-être regarder du côté de l'ambient. Bien sûr c'est un paradoxe, puisque la minimale des origines (Robert Hood, Daniel Bell, Richie Hawtin, Thomas Brinkman) était principalement basée sur le rythme justement. Rythme qu'avait en grande partie abandonné l'ambient. En grande partie, mais pas complètement. Preuve en est des pièces ambient-dub de certaines formations des années 90 signées sur les labels Chain Reaction (Monolake, Vainqueur, Substance) ou Mille Plateaux (Gas, Reinhard Voigt, le frère du précédent). Pourtant, nous ne sommes pas étonnés de voir qu'au bout du long chemin emprunté par la techno minimale, un plateau, arrive un moment où le rythme s'assoupit et puis s'abstient. C'est en tout cas l'illustration qu'en donne les Suédois de Minilogue avec leur double album Animals. A ce propos, ne chercheZ plus le chef-d'œuvre de l'electro cette année, c'est Animals. Double CD, "dance" d'un côté (enfin, "dance", narcotic groove plutôt) et ambient de l'autre. Un sommet d'ambient électronique, riche en paysages, en texture et en mélodies subliminales, comme le genre est capable d'en pondre tous les dix ans. De fait, la face ambient d'Animals malgré son humilité, vient enrichir la discothèque idéale aux côtés de, au hasard, Irrlicht de Klaus Schulze, A Huge Ever Growing Pulsating Brain That Rules From The Center Of The Ultraworld de The Orb, Chill Out de KLF et Microgravity de Biosphere. Rien que ça ! Quand aux tracks "dancefloor" du CD1, c'est à de petites perles ondulantes aux milles facettes que l'on a droit. Prenez le clignotant "Hitchhiker's Choice" (ici en vidéo), ou "33 000 Honeybees", le dubby "Cow, crickets and Clay" ou encore "Jamaica". Tous illustrent cette puissance de l'esprit incarné (ou plutôt désincarné) par les musiques électroniques, relançant l'idée de psychédélisme en plein 21ème siècle. Tout n'y est que mesure, élégance et poésie. Deux CD pour deux univers, qui partagent l'hypnose, l'allongement de la durée, la distorsion des sons, les rythmes répétitifs, les nappes synthétiques propices à la méditation et aux dérives de l'esprit... Qui a dit "psychédélique" ?!
Siestes Electroniques 2008 - Laidback in the sun #4 : Isan Antony Ryan et Robin Saville forment Isan depuis 1996. Duo résolument electronica, ils s’aventurent également dans le domaine de l’ambient, du psychédélisme et parfois de la pop. Si l’on voulait comparer leur musique tendre et savante toujours un poil abstraite, on pourrait les comparer à Autechre, mais des Autechre mélodiques et doux. Le duo se produit le samedi 28 juin à la Prairie des Filtres (concert gratuit !) en compagnie de John Tye de Milky Globe. Ils ont bien voulu répondre à notre questionnaire estival :
A suivre, le reste de nos interviews "laidback in the Sun" Site des Siestes Electroniques Albums cultes des géants du bizarre #41 : Tipsy - Trip Tease
A ce propos, un titre comme "El Bombo Atomico", sa guitare qui balance doucement sur un rythme de calypso et ses riffs de saxo idiots accompagnant chaque mesure laisse entrevoir un certain (haut) degré d'ironie, évoquant autant la bande son d'un Walt Disney particulièrement allumé (au hasard Les Trois Caballeros) - ou une B.O. de dessins animés de Spike Jones (celui qui illustrait Tex Avery) - que celle d'un reportage de propagande de la dernière guerre sur les premiers essais nucléaires dans le Pacifique. On imagine aisément des GI's en quasi-coma éthyliques, dansant mollement sur la plage tandis qu'un magnifique champignon atomique se déploie en arrière-plan (pensez au fameux film Atomic Café !)
Entièrement instrumental, The seductive sounds of Tipsy fait le grand écart entre post-rock et collage. Pourtant, si l'album doit beaucoup au sampling (nous sommes dans les années 90), c'est un sampling discret, relevé d'effets analogiques dont les bribes sont de toute façon empruntées aux classiques de l'exotica de Martin Denny, Glenn Baxter ou Yma Sumac. Emprunts qui confèrent à l'ensemble un aspect vintage de trip psychédélique et surréaliste sur la lune. Le cosmos est, entre autre thème, très en vogue dans les années 40 et 50, âge d'or de la conquête de l'espace, ce qu'a très bien compris Tipsy (voir "Space Golf", "Nude On The Moon"). Sur "Cinnabar" par exemple, résonne une guitare hawaïenne et un ukulélé, tandis que "Mr. Excitement", "Tuatara", "Liquordelic", "Something Tropical", semblent déplacer les thèmes exotiques sur une autre planète. Une ambiance que l'on doit aussi à l'usage de bruitages rigolos. Les "chtouing !" et autres "plop !" crétins, qui animent des titres comme "Fuad Ramses" ou "Oops ! ", font irrémédiablement penser aux petits bijoux du Français Jean-Jacques Perrey (par ailleurs créateur de la musique de la Grande Parade de Disneyland dans les années 50).
Trip Tease, The seductive sounds of Tipsy est donc un nouvel ovni sonore qui a atterri on ne sait trop comment en pleine fièvre trip-hop sur la label san fransiscain Asphodel (celui-là même qui héberge également les pointures de la vague illbient des 90's, soit DJ Spooky, feu-Sub Dub, We, Byzar, mais aussi des personnalités de la musique expérimentale comme Thomas Dimuzio ou Taylor Deupree, des platinistes (Rob Swift, Christian Marclay & Otomo Yoshihide), ainsi que des œuvres de Zeitkratzer (voir notre chronique de Metal Machine Music) ou de John Cage.
Un ovni donc, mais posé sur une plage des tropiques en plastique, à l'ombre d'un parasol en papier, lui-même plongé dans un grand verre de martini. A déguster (complètement) frappé !
Tipsy - "Trip Tease, The seductive sounds of Tipsy " (Asphodel, 1996) Nine Inch Nails : Ghosts In the Web
Ca s'appelle "Ghosts I-IV" Vous pouvez théoriquement télécharger "Ghosts I-IV" sur ce site officiel mais celui-ci The Orb : Je rêvais d'un autre mondePosté par Maxence le 18.02.08 à 15:11 | tags : vidéos musicales, youtube, électro, dub, ambient, myspace
Sur ce The Dream annoncé comme le retour du messie, The Orb perd Thomas Fehlmann, membre fondateur du projet qui va et vient depuis le précédent, Okie Dokie It's The Orb On Kompakt. L'album n'ayant pas trouvé son public, on ne peut pas vraiment dire que The Orb perde réellement au change. Il faut croire que les expériences minimales techno de ce dernier n'entraient pas dans la ligne surréaliste et foncièrement mouvante, insaisissable même, des cyber-hippies de The Orb. Trop rigide, la recette de Okie Dokie n'avait pas plus convaincue les critiques qu'elle n'avait séduite la fan base. C'est peut-être la raison pour laquelle, dès l'ouverture de The Dream, on se prend à rêver d'un vrai retour du duo phare de l'ambient tel que nous le connaissions il y a 20 ans. Dès l'intro de "The Dream", qui en rappelle une autre, le fameux "Little Fluffy Clouds" de The Orb Adventures Beyond the Ultraworld, on retrouve ce qui fit de ce duo d'extraterrestres la machine à rêver chill out que nous adorions. Les voix fantomatiques, les clochettes et autres gri-gri new age, les mélodies planantes portées par une rythmique imperturbable de pères tranquilles. Sur "Lost & Found" et "Katskills" Paterson et Youth reviennent aux racines de ce qui faisait leur son, les échos et la basse lourde du dub. Les somptueusement cool "High Noon" et "Something Special" les voient même renouer avec la magie des débuts, incluant guitare à la Robert Fripp et invocations psychédéliques et tribales ("Phantom Of Ukraine"), hélas tout n'est pas parfait loin de là "au pays des merveilles de The Orb". On regrette par exemple les vocaux féminins indigestes ("Vuja De", "A Beautifull Day" ou le détestable "The Truth is...") qui parsèment l'album en alourdissant les compositions. On est même déçu par "DDD [Dirty Disco Dub]", un titre qui aurait pu être une expérience passionnante d'ambient disco dub et qui ne s'avère finalement qu'un mélange bâtard de rythme 4x4 et de circonvolutions boursouflées. Des faux pas qui, s'ils ne gâchent pas vraiment les bons moments, donnent l'impression que le duo se perd, ne sachant plus quelle piste exploiter. Malgré l'ambition affichée et quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, The Dream n'est malheureusement pas le disque de The Orb dont nous rêvions. La prochaine fois peut-être...
En attendant, pour les nostalgiques, retour en vidéo sur le "Little Fluffy Clouds" quintessence de l'art de The Orb :
The Orb - The Dream (Stereo Deluxe/La Baleine) Biosphere : Geir Jenssen pionnier du voyage intérieur
La réédition de ses trois disques précieux est justement occasion de constater l'évolution des travaux au fil du temps, d'une techno éthérée (Microgravity) à la musique répétitive (Patashnik) puis à l'ambient immobile des moments en suspend d'Insomnia. Aujourd'hui, Geir Jenssen s'adonne sous son nom propre à la création de pièces electroacoustiques, voir concrètes, à base de field recordings (enregistrement de sons "naturels" in situ), généralement sur le très pointu label Touch, également responsable de la réédition du magnifique Cirque en 2006.
Biosphère - Microgravity, Patashnik et Insomnia (Beat Service/La Baleine) Albums cultes des géants du bizarre #25 : Scorn - Gyral
Aujourd'hui parlons de Gyral, troisième opus de Scorn, qui est peut-être celui qui relie le plus Harris à la forme de drum'n'bass ralentie matinée de dub qui nous intéresse. Resituons d'abord ce monolithe dans le contexte. Nous sommes en 1995 et le dub est omniprésent. De Kingston, sa ville natale à Munich (Kruder & Dorfmeister), en passant par Washington (Thievery Corporation) ou Berlin (Pole, Mille Plateaux, Chain Reaction, Basic Channel) sans oublier Lyon (Jarring Effect et tout sa crew), les échos enfumés de cette musique fantômatique font vibrer tous les floors de la planète. Le drum'n'bass se porte également très bien, il a même pignon sur rue (ce qui n'est plus le cas aujourd'hui). Avec Scorn, Mike Harris se place en héritier de la fusion ambiant, musique électronique, dub et musique industrielle initiée par Bill Laswell, John Zorn ou Kevin Martin. Plus subtilement il fait directement partie de ces pionniers puisqu'il entame son projet Scornien avec Vea Solis aux côtés de Nic Bullen (fondateur de Napalm Death) en 1992. Mais c'est avec Colossus et Evanescence qu'il trouve réellement sa voie, abandonnant progressivement l'industrial music lourde et saturée pour une forme de trip hop ambiant sombre et pesant.
Avec Gyral, Harris passe une frontière. Il est attentif aux échos de la drum'n'bass en temps que genre dominant de l'époque (au milieu des années 90, qu'il s'agisse du post-rock, du trip hop, de l'electronica ou du jazz, tous font au moins une fois l'expérience de cette musique) et tente lui aussi l'hybridation avec le dub tout en gardant ses sons hypnotiques d'une profondeur inouïe. La lenteur de ses break beats et le ronronnement surpuissant de ses basses font de Gyral un album pionnier en matière de dubstep. C'est particulièrement évident sur des morceaux comme "Six Hours One Week", "Far in Out" ou la jungle au ralenti de "Hush", quand celui-ci s'accompagne de gazouillements électroniques et de notes de piano éparses ("Stairway") qui viennent animer ses rythmes tourbillonnants, répétitifs et syncopés. Enfin, comment ne pas penser à Memories of The Future des tenants du dubstep actuel, Kode 9 and Spaceape, à l'écoute du complexe et subtil "Trondheim - Gävle", un must d'hypnose qui relie d'un coup le Consumed de Plastikman et l'electrodub minimaliste des productions de Chain Reaction avec la drum'n'bass mécanique et futuriste du label Metalheadz de Goldie. Une fusion que Mike Harris continuera d'explorer avec Logghi Barogghi en 96 puis avec Zander, en 97. Assurément culte et bizarre dans sa volonté de mixer des cultures antagonistes (le dub et la musique industrielle, mais aussi le hip hop et la jungle/drum'n'bass) Gyral est de ces albums intense et novateur qui marque leur époque d'une manière indélébile.
Scorn - Gyral (Scorn Recordings/Hearache) http://www.mickharris.net/ & http://www.myspace.com/mjhscorn Albums cultes des géants du bizarre #20 : My Bloody Valentine – Loveless
Pourtant, par delà la légende, nul ne peut nier qu'il reste un pur chef-d'œuvre, une œuvre phare, d'une intensité unique, comme si ses auteurs en connaissaient déjà l'épilogue. Alors forcément, pour les fans de par le monde, cet album s'accompagne également d'un petit arrière goût d'amertume, incarné dans une question récurrente : Que nous aurait offert MBV si ses membres avaient su surpasser les épreuves et les affres de la création ? En ce sens, Loveless fait aussi un peu figure d'album maudit, malgré sa beauté formelle et l'incroyable actualité de ses ritournelles hypnotiques. Car on l'aura peu dit (enfin si, un peu), mais en 2007 peu d'albums sonnent aujourd'hui aussi actuel. Un bon signe d'ailleurs, celui du renouveau de la pop et du rock expérimental, celui d'un retour aux bonnes références, les Brian Eno, Phil Spector, Martin Hannett ou Joe Meek (qui ça ?), des producteurs qu'adorait (et adore certainement encore, il n'est pas mort !) Kevin Shields, visionnaire en chef de ce Loveless d'exception. Finalement, qu'est-ce qui fait de cet album monstrueux, un disque majeur et incontournable ? D'abord, c'est un condensé de ce qu'il s'est fait de meilleur dans la pop du 20ième siècle : intransigeance de ses créateurs, qualité de ses mélodies, originalité totale et paradoxalement, emprunts multiples (la batterie répétitive et monolithique de Colm O'Ciosoig doit beaucoup à Can, le mur de guitares à Spector, la production électronique et l'usage de samples, à Brian Eno (dont Kevin Shields explique régulièrement l'influence, particulièrement de l'album Here Come The Warm Jet). Ensuite, bien que parfaite incarnation de la pop britannique du début des années 90, Loveless incarne aussi son total dépassement. Ses mélodies entêtantes et hypnotiques préfigurent l'acid house (à ce titre le morceau "Soon" qui clôt l'album, remixé plus tard par Andrew Weatherhall, est imparable) et parlent tout autant aux amateurs de musiques de dance (de transe ?) qu'aux aficionados de rock expérimental et psychédélique. La production proprement stupéfiante de Shields, lui permet de plonger dans un même bain d'ondes vibrantes noyées d'échos et de réverbs, attaques de fuzz sauvage ("Only Shallow", "When You Sleep", "What you Want"), pop songs éthérées jusqu'à l'inaudible ("Loomer", "To Here Know When", "Blow a Wish"), ballade dub ("Come in Alone") où fleure toujours une profonde neurasthénie ("Sometimes") et sons inouïe, voir inaudibles, donnant à ces morceaux des teintes étranges dans lesquelles certains entendront des violoncelles ("I Only Said", "Touched"), des cuivres ("Blow a Wish") et d'autres instruments subliminaux. Il aura donc fallut trois ans à Shields et son groupe pour accoucher d'une production d'une rare cohérence, dans un album surpassant aisément tout ce que l'on a pu entendre à l'époque. Mais à quel prix ? Les fans de My Bloody Valentine ne s'en sont encore jamais remis... Et vous ?
My Bloody Valentine - Loveless (Creation, 1991) M83 : La Californie rêve en allemand
Anthony Gonzales de M83 a toujours écouté ces musiques. Pour lui c'est même l'essence de l'art, ou, pour être plus précis, "l'essence de son art". Du coup, ce Digital Shades Vol. 1 composé de 10 plages de pure musique ambient minimaliste et dépouillée se présente en fait comme le plus vaste des continents. Un pays à visiter les yeux fermés. Mieux, Digital Shades Vol. 1 s'appréhende logiquement dans la lignée des précédents albums de M83. D'autant plus logiquement que ce travail, proposé comme une pause, une respiration, dans l'ensemble de la discographie et la carrière du groupe, porte en lui les germes (et les "gemmes" aussi, écoutez bien) des mélodies déjà présentes dans les murs de bruit blanc lumineux, l'electronica contemplative et les envolées vocales d'un Before The Dawn Heals Us, par exemple, même si l'album pouvait sembler foisonnant en comparaison. Pour en être sûr, il suffit de se laisser aller et de tendre l'oreille aux mini-symphonies synthétiques que viennent habiter de discrètes variations. Chaleureux, vivant, le son de Digital Shades Vol. 1 doit plus aux pionniers de l'ambient des 70's qu'aux travaux aseptisés expérimentaux des petits maîtres des 90's qui suivirent. En digne héritier d'un vaste continuum ambient analogique, Anthony Gonzales de M83 compose principalement sur de vieilles machines. Il se fit complètement à la magie de l'union synthétiseurs et guitares. Nous ne sommes pas loin du M83 que nous connaissons donc, toujours une histoire d'harmonie et de magie, l'ultime alliance. Et ça marche, la preuve, de 1967 à 2007, la Californie rêve toujours en allemand.
Retrouvez notre interview d'Anthony Gonzales de M83 sur Flu' le mag, ainsi que le site Eyeka (la plateforme communautaire ouverte à tous les passionnés d'images numériques et partenaire du concours organisé autour de l'album) M83 - Digital Shades Vol.1 (Gooon/EMI/Labels) Détendez vous et instruisez vous avec The Orb
Sur The Art of Chill #4, c'est donc à une large rétrospective de l'ambient que vous aurez droit. Alex Paterson retrace pour nous la saga de The Orb, à une époque où les salles de repos dites "Chill Out" (les salles de "refroidissement" comme on disait à l'époque à cause de la surchauffe MDMesque, on ne parlait pas encore d'ambient) éclosaient comme des fleurs de lotus au soleil de l'aurore après de longues nuits passées à danser. Ce double CD est aussi un hommage au Land of Oz, la salle du DJ Paul Oakenfold qui fut l'un des premiers à importer la house d'Ibiza et ses sons inouïs en Grande-Bretagne. Dans le livret, Paterson raconte même comment Jimmy Cauty de KLF et lui-même, jouaient parfois durant sept heures d'affilée sans s'arrêter avec juste un "pot" de thé corsé à l'anglaise (ne pas confondre avec le "pot" correspondant à cette herbe merveilleuse offert par mère nature) et bien sûr quelques spliffs, quand même, pour faire bonne mesure. Clairement pédagogique The Art of Chill # 4 est scindé en deux parties distinctes. Le CD 1 regroupe les pionniers de l'ambient selon Paterson et sa bande, et le second CD présente la nouvelle école, celle qui est apparue dans les années 90. Signalons qu'en bons spécialistes, les membres de The Orb ont une vision "élargie" du genre. Le premier CD présente par exemple le fabuleux "Warszawa" de Bowie et Eno, pièce fondatrice tirée de la face deux de LOW et "Taking Tiger Mountain" de l'album éponyme de Brian Eno. On retrouve aussi le pendant dub de l'ambient avec "Dub Power" de Mad Professor. Plus classiquement, The Orb propose "Garden of Paradise" de leur ami Steve Hillage ou "Narcissist" une pièce de leur complice de longue date, Nina Walsh. Mais ce CD contient aussi des surprises comme le fameux "Duck You Sucker" d'Ennio Morricone que Paterson avoue être le morceau favori de sa mère. Et pourquoi pas ? Quant il s'agit de "chiller" Alex Paterson et Jimmy Cauty savent de quoi ils parlent. Preuve en est sur le second CD qui propose l'ambient nouveau de "Gas 1" de Gas (aka l'Allemand Wolfgang Voigt) à Kaito, en passant par Thomas Fehlmann (autre compagnon de route de The Orb), Ulf Lohmann, Schneider TM ou Andrew Thomas. Ce CD 2 fait la part belle à Kompakt bien sûr, The Orb ayant rejoins le label depuis 4 ans. Au final ce volume 4 de The Art of Chill qui succède au mythique System 7 (soit Steve Hillage et sa femme Miquette Giraudy), possède toutes les qualités d'une excellente introduction à l'univers de l'ambient, des origines à aujourd'hui, tout en participant au plaisir de l'auditeur averti qui retrouvera quelques-uns des titres emblématiques du genre réunis dans un même album. The Art of Chill # 4 Mixed by The Orb (Platipus/La Baleine, septembre 2007) Japan dream pop over the Rainbow
Penchons-nous donc tout d'abord sur le cas Gutevolk, aka Hirono Nishiyama, une demoiselle que nous avions croisée il y a quelques temps sur Happy, le label que Taylor Deupree dédie à la pop japonaise contemporaine. Son électronique luxuriante et rêveuse réunit avec bonheur ritournelles pop, complaintes folk, electronica gracile, bossa languide ou jazz mélancolique, tout en donnant à l'ensemble un moelleux inégalable que l'on doit, comme souvent dans les productions de l'archipel, à la perfection de la production. Heureusement pour Gutevolk, c'est le compositeur et producteur Kazumasa Hashimoto qui a chapeauté l'enregistrement de cet album hors du temps, et a veillé à ce que l'ensemble trouve son équilibre entre électronique et acoustique sans sonner trop "évaporé". Sur Tiny People Swinging over The Rainbow les comptines laptop succèdent aux hymnes légers comme des bulles de savon et c'est bon. Hirono Nishiyama, semble s'inspirer des petits bonheurs simples : un rayon de soleil au milieu d'un jardin d'enfants, quelques souvenirs privilégiés, une atmosphère d'intimité partagée. Mais ne vous y trompez pas, sous cette fausse candeur on retrouve également le plaisir de l'exploration ludique et la complexité qui caractérisent souvent l'exercice du folk, et surtout de l'electronica cérébrale.
Piana - Eternal Castle Albums cultes des géants du bizarre #12 : cLOUDDEAD – st
Tout d'abord, malgré sa parution chez Big Dada, cet album de cLOUDDEAD fut certainement l'occasion pour beaucoup, de ce côté de l'Atlantique, de découvrir la clique du label Anticon, leurs pléthoriques productions et la tripotée d'artistes qui la compose, soit Why?, Dose One, Odd Nosdam, les fondateurs de cLOUDDEAD justement, mais aussi Alias, Sole, Pedestrian, Jel, Martin Dosh et bien d'autres. D'autre part, ce disque est aussi pour beaucoup dans l'avènement de ce que l'on nommera par la suite, les "hip hop backpackers", une congrégation de vrais fans de hip hop, souvent blancs, portant barbes, bonnets et chemises de bûcherons, plus au fait des sorties de labels obscurs comme Mush, Lex, Definitive Jux ou Anticon, et de celles de figures officieuses comme Sage Francis, Buck 65 et Sixtoo, que des dernières bouffonneries d'Eminem, Jay-Z ou Puff Daddy. Pour finir, et comme tout bon disque culte à sa sortie, cet album de cLOUDDEAD réussit à la fois à passer totalement inaperçu du grand public et à être largement célébré par une critique enthousiaste.
Honnêtement, à moins d'être un incurable snob, on excusera la perplexité dans laquelle fut plongé tout auditeur hip hop à l'écoute de cet ovni sonore. Perplexité certainement partagée par le plus grand nombre sans que cela ne démente pour autant les qualités de ce drôle d'album. On pense parfois à Boards of Canada à l'écoute de "apt.A (1)", le morceau d'ouverture, mais si vous vous laissez entraîner par cette impression trop facile vous allez vite redescendre de votre nuage. Usant des ficelles du hip hop, bien sûr, avec ses batteries de samples, scratchs, beat lourds, etc. mais aussi du psychédélisme, de l'ambient, du post-rock et de l'electronica, les trois lascars de cLOUDDEAD développent une vision entièrement nouvelle du genre. Très logiquement, ils en utilisent toutes les ressources techniques et artistiques, très vastes il est vrai, abandonnant dans le même temps tous les clichés qui lui pèsent avec une telle liberté que c'en est un vrai bonheur. Il faut dire que cLOUDDEAD est le fruit de trois artistes emblématiques du hip hop alternatif de ce début de 21ième siècle. D'un côté, Odd Nosdam (David Madson), le producteur à l'origine du travail de studio proprement dit, de l'autre les deux MC's cabriolants, Why? (aka Yoni Wolf) et Doseone (alias Adam Drucker). Ce dernier est l'attraction numéro un au sein de cLOUDDEAD. Sa voix si particulière évoluant entre le strident, le nasal et le canard garrotté (selon les goûts et les appréciations de chacun) rivalise de maestria dans le domaine du MCing tandis que son compagnon, Yoni Wolf, pousse la chansonnette en contrepoint et fait les chœurs. Les textes totalement surréalistes de Dose et Why? sont incompréhensibles, qu'à cela ne tienne, Odd Nosdam nous concocte une foule de paysage évanescents se déroulant au ralenti sur une cascade de beat déroutants. L'ensemble est tout simplement magique et très enfumé ! Evidemment, sur pas moins de 74 minutes, cet album de cLOUDDEAD doit s'envisager comme un voyage. Ce qu'il est. Un voyage désorienté dans la psyché hip hop de trois petits gars blancs de la baie de San Fransisco, l'année des fameux évènements du 11 septembre. Une époque où, clairement, plus rien ne pouvait plus être comme avant. cLOUDDEAD - st (Big Dada/Pias, 2001) Fennesz – Sakamoto : Les cendres du temps
Si l'on peut généralement faire confiance à Fennesz pour nous ravir, on remarque également combien les goûts de Sakamoto s'affinent et perdent de leur clinquant avec l'âge. Ses multiples collaborations incarnées depuis plus de 10 ans par la production de fabuleux albums en compagnie de DJ Spooky, Amon Tobin, David Sylvian, Christian Fennesz, culminant avec Insen, album difficile mais passionnant réalisé avec Alva Noto dont on parle beaucoup, ont-ils eu une telle influence sur le compositeur japonais ? Il faut le croire et c'est plutôt une bonne nouvelle. Le fait est que ce Cendre ne mérite que des superlatifs. De "Oto" qui ouvre l'album, à "Abyss" qui le clôt (avec mention spéciale au psychédélique "Kokoro" où les distorsions hendrixiennes sous tranxene de l'Autrichien se nappent lentement d'un glacis de piano givré), tout n'est que calme, luxe et volupté. On a peine à croire que pareil album a réellement pu être réalisé par correspondance à des kilomètre de distance, tant les deux musiciens s'accordent parfaitement. Fennesz et Sakamoto se passent mutuellement la main, s'accompagnent ou jouent les contrepoints selon l'inspiration. Quand le guitariste dilue sa poussière de guitare aux effets sablés et moirés, les notes du Japonais quant à elles, semblent apparaître, ça et là, comme des trous de lumière à travers les nuages. C'est cliché de le dire, mais avec un tel album, on se prend à rêver à un Eric Satie de retour parmi les vivants. Le petit homme jouissant enfin de la reconnaissance de ses pairs et des plaisirs de cette terre dans de périlleux exercices de somnambulisme sonore, ou encore d'un Arold Budd débarrassé de ses oripeaux ambient new age, et rien, vraiment, ne vient gâcher notre bonheur, si ce n'est l'inévitable retour à la réalité en fin d'album bien sûr. Cendre s'avère donc un parfait exercice de combustion artistique. Un moment intense pendant lequel deux musiciens s'embrasent et incinèrent littéralement leurs ego au seul profit de la musique. Il s'avère aussi l'album idéal pour en finir avec cet été maussade au goût de cendres justement (on pense à nos voisins Grecs). "Incontournable", comme on dit. Fennesz - Sakamoto - Cendre (Touch/La Baleine, juin 2007) Markus Schmickler with Hayden Chisholm : Welcome in Droneland Où l'on reparlera de drone music, cette école usant d'une technique musicale reposant sur l'exécution de notes tenues le plus longtemps possible, afin d'atteindre une sorte de nirvana sonique ou une "transe psychoacoustique" comme l'écrivent certains. Initié par des artistes comme La Monte Young, Tony Conrad, John Cale , Jon Hassell ou Angus McLise, dans les années 60, l'art du drone, hautement psychédélique, est toujours pratiqué aujourd'hui avec autant d'assiduité par des artistes comme Phill Niblock, Eliane Radigue, Charlemagne Palestine ou encore Spacemen 3, puis Sonic Boom en solo ou avec son projet E.AR. ainsi que de nombreux musiciens post-rock américains (les label Kranky ou Thrill Jockey semblent s'en être fait une spécialité), sans oublier la vague drone doom incarnée par Khanate, Sunn O))) ou KTL (electronic drone doom). Parmis les morceaux emblématiques de la drone music actuelle, citons le "Treefingers" de Radiohead, le "Corsair" de Boards of Canada, une bonne partie des Selected Ambient Works d'Aphex Twin. Kraftwerk, Brian Eno avec Robert Fripp, Tangerine Dream ou Klaus Schulze l'ont tous pratiqué un jour.La drone music est bien vivante donc, et ce disque de Markus Schmickler, fameux producteur, label manager de A-Musik et leader du groupe néo-krautrock, Pluramon (sans oublier de multiples collaborations tout au long des années 90) en est encore une fois la preuve. Accompagné du saxophoniste et compositeur Hayden Chisholm, Schmickler reprend et développe sur Amazing Daze la recette du drone sur deux titres aux pouvoirs hallucinatoires équivoques : l'éponyme "Amazing Daze" tout d'abord, en hommage à Phill Niblock et "Infinity in The Shape of a Poodle" étrangement dédié à Björk Gudmundsdottir (!) Autre détail amusant, sur Amazing Daze, Schmickler réactive la tradition de la cornemuse dans un disque de drone music. L'agaçant instrument étant l'un de ceux qui correspond le mieux au canon du genre, la note pouvant être tenu de manière quasi-infinie (pour peu qu'on en ait le souffle et la technique des "pipes"). Ici c'est donc Hayden Chisholm qui en joue, mariant sa plainte lancinante aux ondulations immobiles de la guitare de l'Allemand. Ensemble, ils accouchent d'un fascinant paysage "monotone" (au sens figuré de "mono-tonal"). Alors bien sûr, Amazing Days ne passionnera que les vrais amateurs de musiques expérimentales contemporaines, mais ceux-là trouveront certainement de quoi pavoiser durant les 23 minutes et 36 secondes du premier morceau et les 21 et quelques du second. Quand à ceux qui sont allergiques à la cornemuse, passez votre chemin. Markus Schmickler with Hayden Chisholm – Amazing Daze (Häpna/Import) People Press Play : La filière germano-scandinave
Car ces artistes ont tous été bercés dans leur jeunesse par les échos de la dream pop de Cocteau Twins et du shoegazing de Slowdive, Whirlpool ou autre My Bloody Valentine. D'ailleurs, c'est bien à My Bloody Valentine, joué au ralenti, auquel on pense en écoutant "Girl", le morceau d'ouverture, mais c'est surtout à un autre groupe, oublié celui-là, de la vague post-shoegaze-post rock qui revient à notre mémoire dès que les basses arrivent. Il s'agit des Américains de Bowery Electric. Même rythme downtempo, mêmes lyrics noyées dans la reverbe, même tendance electro-dubby & glitch. Mais ce portrait de famille serait incomplet sans une petite référence à Seefeel, parrain underground de tout ce que la pop planante d'aujourd'hui compte d'adeptes de la chambre d'écho, des loops et des mélodies. La filiation est particulièrement évidente sur "Before Me", "Everything", "Stop", le tiercé gagnant qui conclut l'album. On y retrouve les mêmes distorsions électroniques apparemment infinies, les mêmes spirales bienheureuses et langoureuses bordées de la voix douce de Savery. Malgré toute cette sérénité et ce bonheur affiché, on reprochera tout de même à People Press Play, sa facilité à jouer dans le registre facile de la "popounette", vous savez, cette pop gentillette et parfois insipide ("Always Wrong", "Frail") qui évoque encore, à quarante ans passé, les démons et les émotions de l'adolescence, affichant ainsi une fâcheuse tendance à cultiver la persistance du syndrome de Peter Pan dans le milieu pop international (celui dont souffre certainement Stephen Pastel, Stuart Murdoch de Belle And Sebastian et bien des amis à moi). Heureusement des morceaux quasi-instrumentaux comme "Studio", répétitif et Reichien sans pour autant exclure la mélodie, ou encore "These Days", frôlent la perfection en matière de bande son pour journées indolentes. Comme quoi l'ennui peut aussi avoir du bon. People Press Play - st (Morr Music/La Baleine) Kuniyuki Takahashi : Le codex jazz de TakahashiPosté par Maxence le 24.07.07 à 18:51 | tags : myspace, ambient, dub, jazz, électro, disques de l'été
Je ne comprends donc pas pourquoi je n'y suis pas revenu plus tôt. Pourtant, ce n'est pas faute d'être resté scotché dès la première écoute (au casque) sur les morceaux de ce disque hors du temps, des modes et des futilités du quotidien. Car derrière son titre en forme de slogan naïf se cache réellement les plus belles combinaisons de musique électronique, de jazz, de dub et de musique afro que j'ai jamais entendues. Dès "People", "Sleepers", "Moonlight" et "Earth Beats", l'auditeur initié retrouvera les ambiances afro-jazz de pointures comme Ornette Coleman ou Pharoah Sanders (dont je conseille à tous l'écoute du formidable Tauhid, un classique de free jazz psychédélique de 1966 qui inspirera autant les amateurs de Liars ou Sonic Youth - pour les prestations du monstrueux guitariste Sonny Sharrock - que ceux de Coltrane, Davis ou Hancock période Headhunter), ambiances ponctuées des trames répétitives de vagues électroniques planantes et des percussions tribales africaines, convergeant dans un crescendo orgasmique totalement hypnotique. Simplement imparable, surtout si vous avez une bonne sono. A partir de "Precious Hall", Kuniyuki Takahashi nous explique à sa manière, c'est-à-dire avec la même expressivité que Jacqueline Caux dans son immense film sur la techno de Detroit, pourquoi house, techno et Afrique sont intimement liées. Ses tracks, à la fois ambient et bondissants dégagent une telle sérénité, et ont un tel impact aussi, que l'on fait évidemment le lien entre les options orientales de la pochette et la musique de Takahashi. Comme Pharoah Sanders en son temps, le jazz electro du Japonais est forcément (racines obligent) imprégné de zenitude. Une philosophie qui transparaît encore mieux sur l'ambient "The Guitar Song", beau à pleurer, avec sons de cloche et field recordings. L'ensemble se conclut sur une ballade croisant Eno et Prince, "Cascades of Colour". Sans commentaire, c'est beau, c'est tout. Pour finir, signalons que We Are Together n'est qu'une compilation (et profitons en pour remercier en même temps le label Mule Musiq pour cette découverte), cela donne une idée de l'ensemble de l'œuvre du Japonais. Donc, si vous avez un minimum de sensibilité, vous ferez comme moi, et commencerez à chercher ses albums antérieurs (un tour sur son myspace serait bienvenu). Bonne chasse ! Kuniyuki Takahashi - We Are Together (Mule Musiq/La Baleine) Lawrence : Highlights, from the past and future
Même si cette fois, Lowlights from the past and future est signé chez le japonais Mule, c'est bel et bien dans cette catégorie qu'il faut placer Lawrence, producteur allemand élevé à l'electro pop de New Order, et plus tard, à l'hédonisme des premiers clubs gay de Hambourg, ville pourtant peu réputée pour sa douceur et sa mélancolie (Hambourg, la ville de Digitalism !!) dans lequel il joua ses premiers sets. Malgré sa légendaire discrétion, Lawrence fait partie des producteurs les plus talentueux de sa génération. Un type dont Thomas Fehlmann dit : "Avec Lawrence, vous êtes entre de bonnes mains. Tous les rythmes, les lignes de basse, les chorus sont choisis pour les bonnes raisons, sans ajouts ou colorants intempestifs. Il n'y a rien à jeter dans sa musique, il s'agit juste de pure émotion et celles-ci vous donne un accès direct à la vision du monde de Lawrence." Producteur et trainspotter hyperactif qui se cache sous des airs d'éternel jeune homme, Lawrence développe sous le nom de "Sten" une musique plus précisément tournée vers le dancefloor et sous celui de "Lawrence", des ambiances mi-technoïdes, mi-electronica, parfaitement illustrées par le premier morceau de Lowlights, "Friday's Child", avec son introduction tintinnabulante et frissonnante suivie d'une longue plainte ambiante à peine parcourue des battements de cœur d'une rythmique transie et de vagues de synthé légères comme des bulles de savon. Sur Lowlights from the past and future, Lawrence réunit d'ailleurs ses meilleurs morceaux : le fameux "Spark" que l'on retrouve sur de nombreux mix actuels, le remix trancey-planant de "My Aeroplane Mania" de son ami Turner, ou celui carrément pop du "Happiness" de Superpitcher. Sur ses propres morceaux, Lawrence semble toujours hésiter entre electronica et techno. "If you can't understand" par exemple, c'est un peu Boards of Canada signé chez Kompakt. Ou Metamatics version club. Idem pour le bleepé "Further" ou "Swap", une lente déambulation dans une ville imaginaire. Quant à "Aranda" sa relecture d'Egoexpress, elle s'articule autour d'une ritournelle à la guitare sèche et finie en apothéose "acid minimal house" virtuose. Sans oublier le sublime et tempéré "Untitled" qui mériterait pourtant un titre, une track dans l'esprit de son précédent album l'ultra-mélancolique The night will last forever. Finalement de son goût originel pour l'electro-pop, Lawrence a su garder le meilleur : les envolées lyriques de la première et les mélodies de la seconde, histoire d'arrondir les angles d'un certain minimalisme. Pour caricaturer, on pourrait dire de Lawrence qu'il produit de la techno pour ceux qui n'aiment pas la techno. Mais ce serait manquer de respect au genre. Répétons plutôt qu'il s'agit d'un des tous meilleurs producteurs de sa génération. A ranger aux côtés des Pantha Du Prince, Gui Boratto, Trentemoller et dans la digne lignée de géants comme Thomas Fehlmann ou Maurizio. Lawrence - Lowlights from the past and future (Mule/Nocturne, juin 2007) Siestes du soir, EspoirPosté par éèëê le 28.06.07 à 13:51 | tags : live, interviews crapuleuses, siestes électroniques, électro, ambient
Ca y est, le Festival des Siestes Electroniques a commencé ! Supersticieusement muni d’une vingtaine de tubes de crème solaire pour faire venir le soleil dans le Sud, éèëê a enfilé son pass press et son bermuda à fleur pour bien coller à l’indolence de la Ville Rose. Il m’aura fallu réapprendre la conduite. Les jurons automobilistes. Et aussi les rues étroites, les créneaux. A pied, même changement, Toulouse se traverse en moins de trois quarts d’heure. C’est bien la première fois que je suis dépaysé dans ma ville d’adoption ; suis-je devenu un titi parisien ? Argh ! Le festival des Siestes Electroniques aussi a changé. Changé d’endroit, puisqu’il investit cette année le bel Hotel de Cocagne de la DRAC. Mais sa musique, toujours aussi pointue et alléchante, attire un peu les mêmes marioles que les éditions passées (pour ce qui est des concerts payants) : des trentenaires avec ou sans piercing, prêts à passer 2 heures assoupis dans une chaise de jardin inconfortable ou assis en tailleur à même le gravier blanc.
Crânement, les derniers rayons de soleil retiennent encore un peu la tombée de la nuit au moment où Robert Henke, alias Monolake, s’escrime avec l’équipe technique pour faire sortir en six canaux son mix. La partie comique dure bien 10 minutes, et les auditeurs, bons joueurs, applaudissent la performance (Console Yamaha : 1 / Siestes : 0). Disposés en cercle autour du gourou Henke, les deux centaines de personnes présentes s’immergent avec lui dans une longue plage synthétique parsemée de bruissements d’insectes et de bouillonnements aquatiques. Le froid nous gagne progressivement, transformant la méditation apaisée en calvaire monacal ; au moment où les lèvres ont bleuies, le chaman central a sorti de son Mac portable un beat primitif et torturé, emballant par surprise la fin de son set dans une forêt de sons percussifs. Nous, disciples de Techno devant l’éternel, avons apprécié, applaudi, vénéré. Voir notre série Les Interviews Crapuleuses Siestes Electroniques ou comment allier musique et sommeil. Thomas Fehlmann : Techno Legend
Avec Honigpumpe, son nouvel album, c'est un peu tout ce qui fait la légendaire techno "made in Berlin" qui se rappelle à notre bon souvenir : la profondeur de champ, le rotondité des rythmes, la lourdeur de ses basses jamais loin du dub, ses harmoniques à la fois chuintantes et bondissantes ("Schaum", "T.R.N.T.T.F." ) et ce que j'appelle "l'effet vent glacé sur poussière de sable jamaïcain" parfaitement illustré par le track "Bienenkönigin". En bon "nouveau vieux", Thomas Fehlmann entretien l'héritage d'une techno aussi agréable à écouter dans son salon qu'en club (cosy, le club), à la manière des mythiques Basic Channel et autres Chain Reaction. Si l'on devait décrire plus précisément la musique de ce pape de la techno rêveuse et introspective, il serait indispensable de signaler à quel point elle est fondamentalement éloignée de son homologue des stades (le privilège de la maturité sans doute), même si non dénuée de groove et même parfois franchement club (voir "Little Big Horn" ou "Dusted With Powder" sur Honigpumpe). Sa légèreté, mais aussi sa force en font un irremplaçable point de repère pour toute une génération de producteurs allemands actuels, de Superpitcher à Michael Mayer en passant par Justus Koehncke, Pantha du Prince ou Lawrence. Moins hétérogène que Vision Of Blah, son précédent album, Honigpumpe se présente comme une suite logique de morceaux ambiant-techno classieux et romantiques (voir l'épique "With Oil"), à l'image de la ville qui l'accueille aujourd'hui et de sa mythologie trans-européenne. On pourrait continuer et développer comme ça, track by track, mais il suffirait d'un mot, un seul, pour résumer Honigpumpe : "somptueux". Tout simplement. Et il suffira certainement d'un petit tour sur le profil myspace du bonhomme pour vous en persuader. Thomas Fehlmann - Honigpumpe (Kompakt/Nocturne, juin 2007) Grails : Doom Generation
Puissante, sans concession, Burning Off Impurities (c'est son titre et quel titre !) relie les expériences néo-doom d'Isis, Boris, KTL et Sunn O))) et les divagations folk-rock spatiales de Om (on pense forcément au Conference Of The Bird) ou du Kammerfliemmer Kollektief dont nous vous parlions la semaine dernière. Vous l'avez compris, il n'est point question d'électronique ici, seulement des mecs et leurs guitares, jammant chez eux par une nuit noire et interprétant le blues de l'homme blanc, le "black snake moan" du white trash. Nul besoin ici de décrire l'album track by track, c'est sensiblement la même chose tout du long et ma chronique depuis le début s'évertue à en donner une idée fidèle. Ajoutons juste que de "Soft Temple" à l'éponyme "Burning Of Impurities", la musique de Grails révèle bien des surprises et même des moments d'extase. Quand le mur de guitares et de drones se fissure, apparaît alors à travers la brèche une lumière éblouissante, quasi-divine, comme une révélation. La purification incandescente. La moindre des choses pour un album se proposant de "laver" ou du moins "d'incinérer" (chez Grails on ne fait pas dans la demi-mesure) nos impuretés. L'épiphanie dans la douleur en quelque sorte, une philosophie tout ce qu'il y a de doom. Amen. Grails - Burning Off Impurities (Temporary Residence/Differ-ant, avril 2007) Tobias Thomas Lost The Beat
Réalisé à l'ancienne, sans fioritures, avec deux platines et une platée de vinyls (qui craquent et crachouillent parfois, quel bonheur !) au studio 672 à Cologne, haut lieu du son Kompakt, Please, please, please, est le troisième volume de la trilogie entamée avec Für Dich en 99. Rivé au concept d'ambient techno et d'atmospheric house, Thomas s'élève très haut dans les sphères du groove planant. Dès les dix premières minutes ("Butterfly Girl, Pantha Lost The Beat Version" de Pantha Du Prince, et "Was Ist Zuviel Zeit ? Dub" d'Adolf Noise) l'auditeur attentif (écoute au casque ou bonne hi-fi conseillée) est emporté dans une autre dimension. Les clochettes de Pantha, les borgnonymes en allemand d'Adolf Noise, les cliquetis, les nappes, l'espace sonore qui s'ouvre autour de vous et se referme dans une pulsation infinie : tout est mis en place pour accueillir le lent mouvement giratoire qui va progressivement habiter ce mix. Et Thomas sait y faire quand il s'agit de poser une ambiance. Langoureuse et nonchalante, mais aussi inquiétante (Krause Duo, Johannes Heil), les ambiances s'enroulent les unes dans les autres à la manière d'un trip psychédélique (Ricardo Villalobos), pour finir sur la pop électronique de Brant ("Last Night Dreamt That Somebody Loved Me", Ada mix) et Stella ("Dreams"). Et si vous y regardez d'un peu plus près, vous constaterez que le premier est en fait l'incarnation de Johnny Marr des Smiths et que les seconds nous gratifient d'une reprise de Stevie Nick de Fleetwood Mac. Je vous avais bien dit qu'il y aurait des surprises. Au final Please, Please, Please se révèle addictif et totalement hypnotique. La grande classe ! Tobias Thomas - Please, please, please (Kompakt/Nocturne, mai 2007) WoO : Mobile phone secret noises
On pourrait rapprocher cela des travaux de Scanner alias Robin Rimbaud, cet arti |