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Variations expérimentales sur matière musicale. Cordes et cuivres sur un lit de machines, tempo fugit, la musique contemporaine voyage sur Playlist.

Thurtson Moore présente la No Wave

Posté par Maxence le 25.06.08 à 17:35 | tags : électro, contemporaine, punk

Dans son premier long métrage, Permanent Vacation, Jim Jarmush capte un New York aujourd'hui disparu. Des façades lépreuses, des ruelles sordides, un champ de ruines qui est le théâtre des déambulations désœuvrées d'Aloysious Parker. Dandy nucléaire, impassible et anémique, "Allie" balade son flegme et sa banane de squats improbables en institutions psychiatriques. Zonant dans des rues désertes que l'on croirait filmées à Dresde ou à Berlin après-guerre, il croise John Lurie des Lounge Lizard, tripote sa copine et casse des disques. Etre humain spectral et indigent, il est l'héritier de la génération perdue de Scott Fitzgerald, T.S. Eliot et Gertrude Stein. A l'instar de Richard Hell ou Lydia Lunch, autres figures de la scène new yorkaise de l'époque, il est friand des théories surréalistes de Man Ray, Breton ou Duchamp, illustrant l'engouement pour la culture française revendiquée, un temps, par quelques Américains refusant le confort et l'hypocrisie d'une société matérialiste et égoïste.


Amateur de lectures sérieuses, parmi lesquelles figure la triade des poètes maudits, Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, il est l'incarnation même de la No Wave, cette scène de New York, née avec le punk, ses clubs miteux, pardon, mythiques (le CBGB'S, le Mudd Club, le Max's Kansas City) et ses groupes qui ne l'étaient pas moins, (The Ramones, Talking Heads, Blondie, The Dictators, Wayne County). Qu'ils s'agissent de James Chance & The Contortions, D.N.A., Mars ou Teenage Jesus & The Jerk, tous ont vu ces groupes, ont connu ces salles et se sont dit un jour "Je veux faire ça !" Certains sont devenus des musiciens, d'autres des graphistes, comédiens, réalisateurs ou photographes d'avant-garde. Car, au contraire du punk, ils cultivaient tous la volonté de faire de l'avant-garde, d'expérimenter, de repousser les limites de ce qui était connu, en musique comme dans toutes les formes d'art.

 

C'est cette scène du Lower East Side au sein de laquelle évoluait les Bush Tetras, Liquid Liquid, ESG, Lounge Lizards, Ike Yard, Don King, Glenn Branca, Rhys Chatham, Theoretical Girls, Lizzy Mercier Descloux, The Static, UT, Dominatrix, Blue Humans, Judy Nylon, James Blood Ulmer, Tone Death, Rhys Chatham, The Del-Byzanteens (avec Jarmush), Dinosaur L. et de nombreux autres groupes plus ou moins officiels se revendiquant des influences du Velvet Underground, de Captain Beefheart, de The Godz ou de Cromagnon (mais également du free jazz d'Ornette Coleman, Cecil Taylor et Albert Ayler ou du funk de James Brown et Fela Kuti) que présente le guitariste des Sonic Youth, Thurston Moore et Byron Coley dans leur livre à quatre mains No Wave : Post-Punk. Underground. New York. 1976-1980. Receuil d'interviews exclusifs et livre d'images rares, "No Wave" est un hommage à ces formations qui passèrent à la moulinette, codes, genres et scènes, accouchant de versions extrêmes de punk free, de jazz épileptique, de new wave ascétique et de disco mutant concassé et martelée. Une scène à la richesse unique, concentrée sur une très courte période, qui a aujourd'hui sa bible.

 

 

No Wave: Post-Punk. Underground. New York. 1976-1980 par Thurston More et Byron Coley

Musicareaction : découverte ludique de la musique contemporaine

Posté par Maxence le 24.06.08 à 10:21 | tags : news, copinage, électro, contemporaine, médias

 

La musique contemporaine c'est une école sans en être une. Il s'agit plutôt d'une discipline élargie au sein de laquelle on trouve une foule de pratiques et de techniques différentes : le sérialisme, l'aléatoire, le minimalisme, la musique spectrale, la musique générative, l'électroacoustique, etc. Tous ces courants sont à l'œuvre dans de nombreux et différents domaines de la musique dite "actuelle", les musiques électroniques bien sûr, mais aussi le rock progressif et alternatif, le jazz, les musiques improvisées, la scène anti-folk et même certaines formes de disco !

Ceci étant, si l'on ne peut décemment pas coller n'importe quoi dans la case "musique contemporaine", on peut cependant l'envisager comme une musique vivante, curieuse, ouverte et avide de transversalité. C'est ainsi que Musicareaction, le blog du fameux Ensemble intercontemporain fondé en 1976 par Pierre Boulez, envisage la musique aujourd'hui.

Avec des sujets comme "La musique contemporaine est elle encore contemporaine ? ou L'improvisation pense plus fort", des extraits vidéos, des interviews de personnalités de la musique ou d'autres domaines (Hubert Reeves sur la musique contemporaine), des chroniques et des annonces ainsi qu'une foule de news sur des artistes pluridisciplinaires aussi variés que Wolfgang Voigt, Steve Reich, Björk, Pascal Dusapin, Arthur Russel, ou Pierre Jodlowski, Musicareaction inscrit la musique contemporaine dans son époque de manière vivante et dynamique, invitant au débat et au partage. A découvrir !

 


His Name is Krautrock, Alain Finkielkrautrock

Posté par Maxence le 13.05.08 à 17:55 | tags : médias, électro, contemporaine, rigolo, rock

Avouons le, il fallait l'inventer ! Jouer avec le nom d'un des plus antipathique philosophe de notre nation, observateur paranoïaque de notre société et douteux militant pro-israelien de surcroît, pour donner un nom à son blog, seul la fine équipe de l'ex-site D.I.R.T.Y pouvait oser. Sur google, Alain Finkielkraut et aujourd'hui tout aussi connu pour son avatar Alain Finkielkrautrock, que pour ses thèses affligeantes. Qui n'a pas éclaté de rire en tombant par hasard sur ce qui est désormais la base de données de références de tous les musiques junkies de France et d'ailleurs ? Personnellement j'adore, et c'est toujours un plaisir de parcourir les pages sous-titrées "Elegance et Oppression. Power To The Pipeau !" animées par de brillants iconoclastes parmi lesquels on retrouve Pilooski, "l'éditeur" bien connu, mais aussi Clovis Goux (Trax, Technikart), Philippe Azoury (Libération, Tsugi), Joakim ou Guillaume Sorge (Uovo), entre autre.

 

Sur Alain Finkielkrautrock c'est simple, on trouve de tout ! C'est la caverne d'Ali qui vous rendra baba (au grand dam du vrai Finkielkraut) en matière de sons inouïs, de mixes inédits, de podcast délirants (sont invités Quiet Village, Aeroplane, Pilooski bien sûr, et j'en oublie), de chroniques marrantes, de reportages gonzo (actuellement "Turzi en Corse pour l'enregistrement de son nouvel album") ou de flashback d'utilité public. Car côté musique, les membres d'Alain Finkielkrautrock ne s'embarrassent pas de barrières, dans ce domaine, le blog est même un cas d'école : BO de film porno italien des 70's, Giallo, bande son science-fictionnesques de série Z, italo disco, exotica psychédélique, psychédélisme exotique, tout y passe. Dernier délire en date, célébrer Mai 1968 en exhumant le document Groupement Culturel Renault, dont le 45 tours "Cadences" (voir notre illustration), à la fois expérimental, revendicatif et dansant, s'arrache aujourd'hui sur Ebay. D'utilité public on vous dit !

 

http://alainfinkielkrautrock.blogspot.com/

Egalement sur myspace : http://www.myspace.com/alainfinkelkrautrock


Teo Macero et Miles Davis à nouveau réunis au studio "Heaven"

Posté par Maxence le 29.02.08 à 10:46 | tags : contemporaine, électro, jazz, cimetière, news

Teo Macero est décédé le 19 février dernier à l'âge de 82 ans. Pour beaucoup, Teo Macero restera le petit homme rondouillard derrière Mile Davis. Celui avec lequel l'autoritaire prince du jazz s'enfermait des heures durant dès que les musiciens avaient le dos tourné. Celui qui bricola comme un dieu sur Sketch of Spain, coupant, collant, raccordant à la sauvage, inventant l'échantillonnage et le cut-up sonore, à partir de bandes magnétiques (la technologie électronique high-tech d'alors !) pour un disque sur lequel l'usage de l'électronique justement, ne sera même pas créditée ! Et pourtant, ce disque doit tout aux outils techniques de son époque, aussi artisanaux soient-ils aujourd'hui, et il doit beaucoup plus encore à Macero, tout comme plus tard les fantastiques déconstructions influencées par Sly Stones et Jimi Hendrix de In A Silent Way, On the Corner et Bitches Brew.

 

Ce talent d'innovateur, le producteur, également saxophoniste et compositeur experimental, l'entretenait depuis les années. Déjà à l'époque de Porgy & Bess, en 1958, il copiait-collait des bandes, redonnant vie aux sons, transformant déjà la musique en flux d'information, s'investissant malgré lui précurseur des méthodes qu'utiliseront 40 ans plus tard, les musiciens et producteurs de house et de techno. Jusqu'à la fin, dans sa maison de Long Island, il fut le gardien du temple de la période électrique de Davis, couvant ses archives avec passion et donnant volontiers des interviews sur le sujet. Evidemment, Miles Davis est un grand du jazz, mais il serait injuste d'oublier les travaux de Macero avec Charles Mingus , Duke Ellington, Dave Brubeck, Thelonious Monk, Dave Brubeck, Leonard Bernstein, et j'en oublies, des années 50 jusqu'au début des années 70.

 

Grand ami des compositeurs d'avant-garde Edgard Varèse, Otto Luening et Vladimir Ussachevsky avec lesquels il fonde ce qui deviendra le Columbia-Princeton's Electronic Music Center, Teo Macero était de ces esprits curieux pour qui le jazz n'était qu'une ouverture parmi d'autre dans le vaste océan de sons offert par la musique. Pour preuve, au crépuscule de sa vie, ce fan de rock (il adulait Jimi Hendrix) collabora avec Prince Paul, Bill Laswell, DJ Spooky, DJ Logic et bien d'autres outsiders du dub et du hip hop. Autant dire que son lègue dépasse le cadre étroit des puristes jazz, et des autres. Respect.


Marcus Schmickler : un artiste à Babylone

Posté par Maxence le 21.02.08 à 18:46 | tags : rock, contemporaine, myspace, électro

Il n'y a pas de justice en ce bas monde. S'il y en avait, des artistes comme Markus Schmickler seraient reconnus à leur juste valeur, et ce n'est pas le cas. On ne peut pourtant pas reprocher à l'Allemand d'être inactif, ou de se contenter d'un domaine de création restreint puisque cela fera dix ans cette année que ce musicien, producteur et manager se démène comme un beau diable pour faire exister une musique "autre". Avec son label A-Musik, il est le premier à signer Microstoria, Holosud, FX Randomiz, Schlammpeitziger, Data Politic et Felix Kubin. En temps que musicien il se fait connaître sous différents pseudos et différents projets incluant l'ethno électronique de Wabi Sabi, la techno primitive et tribale de Pol (sans "e") ou le néo-krautrock de Pluramon qui nous intéresse ici. Sous son nom propre, il signe également Amazing Daze que nous chroniquions l'an dernier, et aujourd'hui le centrifuge Alter of Science. Vous l'avez compris, Schmickler est un artiste curieux, ouvert, hors de toute chapelles et c'est ce qui fait tout son intérêt.

 

Sur The Monstruous Surplus, il revient sous le nom de Pluramon avec le même line up que son précédent album (Dreams Top Rock), incluant la chanteuse Julee Cruise et ses vocaux ultra smooth. Au sommet d'une complicité qui ne cesse de surprendre, les deux interprètes semblent réellement se fondre l'un dans l'autre pour nous offrir une belle tranche de post-shoegazing aérien dont les mélodies subtiles demandent pourtant une certaine qualité d'écoute. En effet, il serait facile de passer à côté des merveilles de cet album de pop toute simple au premier abord. Les arrangements de Schmickler et la voix de Cruise fusionnant souvent dans un wall of noise mélodique, l'ensemble donne parfois à The Monstruous Surplus un air de Mazzy Star enfiévrée (même si Julee Cruise bénéficie d'une gamme vocale beaucoup plus large que sa consoeur Hope Sandoval). Quant à la guitare tour à tour écumante ("Fresh Aufhebung") et étincelante ("The Kids Are United") de l'Allemand, elle offre à l'ensemble une quantité infinie de variations subliminales réellement psychédéliques.

 

Dans un tout autre registre, celui de la computer music pure et dure, Markus Schmickler sort quasi simultanément Altar of Science, un puits bouillonnant de musique informatique en fusion. Composé entièrement sur ordinateur et conçu pour la diffusion multicanal (en version 5.1 disponible sur DVD audio), Altar of Science oscille entre performance bruitiste electroacoustique, musique contemporaine et stoner numérique d'une densité hallucinante. Hallucinations (sonores) qui ne manqueront d'ailleurs pas d'assaillir l'auditeur de cette œuvre difficile, mais salvatrice, en ces temps de musique électronique "tagadatsointsoin". Si "surplus monstrueux" il y a, ne cherchez plus, c'est bien ici que vous le trouverez.

 

Pluramon - The Monstruous Surplus (Karaoke Kalk/La Baleine)
Markus Schmickler - Altar of Science (Edition Mego/La Baleine)

 

http://www.myspace.com/marcusschmickler

http://www.myspace.com/pluramon


Richard Swift : musique pour androïdes et moutons électriques

Posté par Maxence le 13.02.08 à 17:47 | tags : contemporaine, électro, youtube

S'il est un artiste actuel qui mérite le statut de culte et bizarre c'est bien Richard Swift. Pop folk song singer, réalisateur de courts métrages expérimentaux et DJ à ses heures, l'Américain a récemment défrayé la chronique avec la réédition de deux albums somptueux sur l'excellent label Secretly Canadian. A l'écoute de The Novelist ou Walking Without Effort, on aurait tôt fait de classer ce chanteur amoureux des harmonies célestes dans la catégorie des bardes psychédéliques inspirés par le panthéon des grands mythes 60's, les Tim Buckley, Nick Drake et autres Syd Barrett. C'était sans compter sur son goût pour les explorations musicales surréalistes et l'illustration sonore de miniatures filmiques non identifiées d'obédience électronique. Evidemment avec son aspect de bande son pour films imaginaires Instruments Of Science & Technology, Music for Films of R/Swift a de quoi déconcerter les fans, mais pas tant que ça. On retrouve finalement les mélodies fantomatiques de The Novelist et de son précédent opus, Dressed Up for the Letdown, dans les harmonies bancales et bricolées, les textures râpeuses et l'aspect lo-fi de Music for Films... Reste que cet univers musical stéréoscopique hautement psychédélique s'approche avec circonspection et ne s'apprivoise pas à la première écoute, mais patience est mère de persévérance, et pour le coup, cela en vaut la peine.

 

"The best way to relax is to lie down on your bed and stretch out", l'album a beau commencer par cet avertissement énoncé d'une voix apaisante, on avouera qu'il est difficile de réellement se détendre sur ses saynètes electroacoustiques oscillant entre krautrock et proto-ambient expérimental, car R/Swift, comme l'exprime parfaitement l'aspect usé de son CD, c'est surtout la science de la vieille technologie. Le souvenir d'une utopie technologique qui nous a fait rêver dans les années 70 et qui nous semble insignifiante et désuète aujourd'hui. Entièrement composé à l'aide de synthétiseurs analogiques, Music for Films of R/Swift s'aborde comme un hommage au Moog et à son plus grand interprète, le génial compositeur du fameux "Switched on Bach", Walter Carlos, musicien né en 1941, qui deviendra Wendy Carlos après son opération en 1968. On pense aussi à Brian Eno et ses premières expériences ambient, quand ce n'est pas Kraftwerk pour le parfait "Inst" qui ouvre l'album. "Inst" qui est par ailleurs une nouvelle preuve des qualités de compositeur de Swift, tout en étant le seul morceau à gimmick de ce disque ovni. Le reste n'est que sourdes vibrations, brumes de mélodies, percussions abstraites et micro-saturations. En un sens, Richard (Swift) fait penser à un autre Richard, D. James celui là (aka Aphex Twin). Hésitant entre electronica downtempo désossée (l'excellent "Shooting a Rhino Between The Shoulders", "Ghost of Hip hop"), ambient désincarné ("Subplot"), musique contemporaine lo-tech et déconceptualisée ("Plan A & Plan B", "Theme 5") et kosmische musik du pauvre ("War / Unwar", "Theme 3"), Music for Films of R/Swift s'affirme au fil des écoutes comme le genre de disque improbable qui ne vous quittera plus. Etonnant.

 

 

 

Instruments Of Science & Technology, Music for Films of Richard Swift (Secretly Canadian/ Differ-Ant)


Albums cultes des géants du bizarre #30 : Autechre - Chiastic Slide

Posté par Maxence le 30.01.08 à 18:20 | tags : culte et bizarre, contemporaine, électro, myspace

La parution d'un nouvel album d'Autechre en mars prochain est l'occasion rêvée de se pencher sur ce projet culte et bizarre emblématique de la musique électronique des 90's. Si Chiastic slide n'est pas forcément mon favori dans la passionnante et ardue discographie d'Autechre (le must restera pour moi éternellement Tri Repetae), c'est sans conteste un album charnière, un moment phare, dans la carrière du duo de Manchester émigré à Sheffield. Le moment où Rob Brown et Sean Booth décident de quitter complètement les sentiers balisés par la techno d'hier, de larguer les amarres pour s'enfoncer au cœur des territoires inexplorés de la musique expérimentale, et pour tout dire à l'époque, de l'inconnu le plus total. Nous sommes en 1997 et en neuf titres pour un peu plus de soixante minutes, Autechre écrit un nouveau chapitre de l'histoire des musiques électroniques, ni plus ni moins ! En matière de comparaison disons que le duo ose plus et va plus loin qu'Aphex Twin, pourtant grand amateur de déconstructions transgressives. A ce niveau d'abstraction, on ne voit d'ailleurs que les Allemands d'Oval pour rivaliser. Afin d'illustrer le son de cet album, je me permettrais cette métaphore : si Tri Repetae était un minéral, ce serait un galet posé sur le rivage près d'un port industriel, Chiastic Slide, quant à lui, serait plutôt du verre finement pilé sur le plan de travail d'une cuisine immaculée, entre l'aluminium et la pierre à aiguiser. Alors que la froideur et l'aspect légèrement rugueux des compositions profondément mélancoliques de Tri Repetae ne reflètent pas, ou peu, la lumière, elles rassurent cependant par la surface lisse et plus ou moins prévisible des sons numériques utilisés. De son côté, Chiastic Slide aurait tendance à briller très fort, mais aussi à déchiqueter les mains trop curieuses, où les oreilles trop sages tout en laissant un goût de métal dans la bouche. Et pourtant, cet album est un trésor de complexité, une mine d'idées à ciel ouvert recouvert d'un voile étincelant de mélodies subliminales et subtilement contrariées.

 

On n'a pas fini de s'émerveiller devant le paradoxe que représente Chiastic Slide. Un disque sur lequel Brown et Booth semblent avancer en terrain accidenté, donnant l'impression de trébucher à chaque pas, labourant les mélodies naissantes tout en faisant naître d'autre images plus saisissantes encore. Des visions de territoires désolés sur lesquels règne en apparence le plus profond chaos. En apparence seulement car en vérité, le duo sait très bien où il va. Fini les clins d'œil à Detroit généralement utilisés par les inventeurs de ce que l'on appelait alors "l'intelligent techno", exit les gimmicks electro trop faciles, il ne reste ici que les visions post-apocalyptiques et futuristes de la musique industrielle du début des années 80, mais ce n'est pas tout. En créant cette musique à la fois puissante et fragile, basses lourdes et nappes éphémères sur cliquetis cristallins et craquements microscopiques, Autechre s'approche de la musique contemporaine, oblitérant les répétitions de rigueur dans la musique électronique de la seconde moitié des années 90, cassant la structure des morceaux en utilisant les breaks pour créer de nouveaux passages et lancer des passerelles inédites. Sur Chiastic Slide, Autechre est en chantier. Le duo agit un peu comme un rouleau compresseur doublé d'une foreuse, il aplanit et fore dans un même élan, tout en construisant des ponts. Pas de doute, on est à Sheffield, ville post-industrielle en ruine, et rarement environnement aura eu une telle influence sur la musique. Pourtant l'auditeur attentif et courageux finira par repèrer les mélodies minimalistes rapidement démontées de "Cipater" ou "Hub", les éclats brisés de boîte à musique sur "Nuane", les réminiscences hip hop, la passion originelle des deux Anglais, qui s'imposent malgré tout dans le martèlement de grosse caisse de "Recury". Et que dire de "Cichli", une presque pop song à la ritournelle electro pop tournoyante et optimiste qui semble vouloir éclairer le chemin de l'auditeur au milieu d'un album ? Ce n'est plus de la musique, c'est de l'architecture.

 

Avec Chiastic Slide, Autechre donnera ses lettres de noblesse à la musique électronique. Nul ne pourra plus accuser le genre de légèreté, et pourtant, grâce à ses structures minérales en expansion, sa finesse et sa complexité, la musique d'Autechre ne se contente pas d'abstraction, au contraire, rares sont les albums electro aussi organiques et vivaces.

 

Autechre - Chiastic Slide (Warp, 1997)


Mahjongg : Le funk de l'homme blanc

Posté par Maxence le 25.01.08 à 17:58 | tags : contemporaine, électro, rock, punk
Où se cache la pulsion primitive aujourd'hui ? Est-il encore possible de créer une musique de manière simple et instinctive, à la fois authentique et sincère, puissante et prenante, au milieu de toute la technologie, du confort (et du conformisme) qui nous entourent ? Pour Mahjongg, la réponse est claire : Oui ! C'est même vital semble-t-il. Mystérieux collectif originaire de Columbia, récemment émigré à Chicago, les membres de Mahjongg assument leur obsession pour une certaine idée primitive de la musique, le rythme, la répétition, la transe, fusse-t-elle moderne. "Tropical industrial", telle est l'étiquette un rien provocate dont s'affublent ces quatre résidents de l'Illinois, cela n'empêche, Mahjongg cultive un respect évident pour l'afro-beat et plus généralement pour tout ce que l'Afrique des 70's a produit comme musique libre et funky depuis 30 ans. Signé pour un second album sur K Records, le fameux label de Calvin Johnson, Mahjongg nous offre ici un album qui réunit dans un même élan libérateur post-punk et funk blanc.

Sur Kontpab, ce collectif de multi-instrumentistes nord-américains se la joue donc sauvages urbains, noyant basse, guitare, batterie et casio keybords maltraités sous un déluge de percussions et de polyrythmies indigènes. Le quatuor accouche ainsi de pièces répétitives et obsédantes qui incarnent le pendant rachitique, mais tout aussi convaincant, des tambours du Burundi ou des gamelan balinais, joués dans une cave de la banlieue de Chicago (voir le prenant "Pontiac" qui ouvre l'album). Avec un naturel de ceux qui savent où ils vont, Mahjongg mélange musique post-industrielle (le mélancolique "Problems"), new wave afro ("Mercury"), jeu de guitare highlife (style original, principalement rythmique, prenant sa source au Ghana), pop arty ("Teardrops") et punk ("Tell The Police The Truth", "Those Birds are Bats" visiblement composé sous l'emprise de quelque stupéfiante substance), le tout dans l'improvisation la plus sauvage. On pense parfois à Liars unplugged, à Battles sans les maths, à Excepter en version acoustique, ou à certain "Collectif d'Animaux" de Brooklyn qui préfèrerait le béton aux sous-bois, si vous voyez ce que je veux dire. Au sommet de leur art ("Kottbusser"), Mahjongg va jusqu'à évoquer Talking Heads dans ce qu'ils ont de meilleur, la complexité des mélodies et des instruments qui s'entrechoquent en rythme dans un funk blanc joué à l'os, aussi exubérant que mélancolique. Le sommet de l'album étant "Rice Rise", une cavalcade post-rock de plus de 8 minutes qui plonge aussi bien ses racines dans l'Afrique ancestrale et tribale, que dans tout ce que la musique occidentale a fait de bon ses trente dernières années. Après les éloquents albums de C.O.C.O. et Dub Narcotic Sound System, Kontpab est donc une excellente surprise. C'est aussi une nouvelle preuve de la vitalité de K Records, l'un des fleurons de la musique indé des 90's, qui poursuit ici brillamment sa route.

 

 

Mahjongg - Kontpab (K Records/Differ-Ant, janv 2008)

A noter que tout l'album est en écoute sur la page dédiée au groupe sur le site de K Records, ainsi que quelques uns de leurs meilleurs morceaux, sur leur profil myspace.


Albums cultes des géants du bizarre #29 : John Zorn - Naked City

Posté par Maxence le 16.01.08 à 17:07 | tags : jazz, punk, culte et bizarre, contemporaine

Réalisé en 1989 après (déjà) une floppée d'albums perturbants (au hasard, Locus Solus en 83), Naked City explose au sein de la scène jazz, free et rock de l'époque avec la soudaineté vicieuse d'une grenade à main lancée dans une basse cour de volailles transgéniques. Sa pochette déjà montrait une scène de violence urbaine somme toute banale à l'époque où Weegee, photographe freelance, traquait le sordide dans les rues de New York (les années 30 et 40). Un homme abattu dans la rue, mais est-ce encore un homme ? Un corps en tout cas, une enveloppe désormais vide. Le décor est posé. Au saxophone alto, John Zorn c'est un peu Fred Madison, le joueur de jazz atteint de jalousie paranoïaque de Lost Highway de David Lynch. Animé d'une rage qui ne dit pas son nom, Zorn défigure le Batman Theme et celui de James Bond (originalement écrit par John Barry), s'en prend au score du Clan des Siciliens d'Ennio Morricone (d'une façon presque respectueuse), attaque celui de Chinatown (un des meilleurs morceaux de l'album, quasiment zen) et s'inspire du Reanimator de Brian Yuzna, film gore culte des années 80. Bénéficiant du soutient logistique de Fred Frith à la basse, Bill Frisell à la guitare, Wayne Horvitz aux claviers et surtout de l'exubérant Yamatsuka Eye* au "chant" (hurlements conviendrait mieux), ce commando de choc s'inspire de tout ce que la culture américaine peu offrir de mauvais (violence, bruit, fureur) comme de meilleur (audace, créativité, liberté), en un mot, on assiste là, à une réhabilitation du jazz mais également à un hommage au roman noir.

 

Bien sûr une bonne partie de l'album tient plus du hardcore école Fugazi/Cop Shoot Cop (même si ces groupes n'existent pas encore à sa parution) que de ce qu'il reste du cadavre jazz réanimé de force sans respect aucun par ces suppôts de satan. Les âmes sensibles zapperont certainement l'album de "Reanimator" à "Speedball" le bien nommé, mais ce serait dommage de passer sur ces chef-d'œuvres bruitistes de quelques secondes, des titres comme l'incroyablement funky "Snagglepuss", "You Will Be Shot" rock'n'roll en diable, "Igneous Ejaculation" qui vous ramone les oreilles jusqu'au cervelet ou "A Shot in The Dark", d'Henry Mancini en version cartoon de Tex Avery. Tout ce bruit ne vient pas de nul part et Zorn contrairement à ce que laisse penser son disque a encore du respect pour le jazz, il le montre en reprenant l'incontournable "Lonely Woman" d'Ornette Coleman, son maître à penser. Finalement, ce qu'on retient de ce disque, après le plaisir, c'est son incroyable virtuosité, c'est l'aisance avec laquelle Zorn et sa bande passent de la noise music la plus impitoyable aux mélodies les plus divines comme sur ce "Saigon Pickup", beau à pleurer qui passe du piano solo à la country, au rock et au dub dans le même morceau, ou encore "Den of Sins" convoquant ambiant et free jazz hystérique, "Contempt" la reprise poignante de George Delerue, ou le metal bouillonnant mêlé de jazz saignant de "Graveyard Shift". Une succession de chaud et de froid, de douceur et de brutalité qui sied si bien à John Zorn, adepte des jeux sadomasochistes, en musique comme dans le privé. Et on finit par se demander si par delà l'impertinence, Naked City n'est pas aussi un hommage transversal d'un des plus grands saxophonistes de l'histoire du rock à la culture américaine. Ancêtre du fameux The Director's Cut de Fantomas (un autre grand disque de score cinématographique torturé) et album culte et bizarre indispensable, Naked City remet tout simplement le jazz à sa place dans la grande histoire des musiques populaires, l'imposant à nouveau comme une musique libre, urbaine et sauvage, profondément subversive et enfin, excitante !

 

*Eye, qui s'exprime aujourd'hui dans l'univers du neo disco en signant des édits stupéfiants sur le label Smalltown Supersound

 

John Zorn - Naked City (Nonsuch, 1989)

Plus d'infos sur Weegee, le photographe du sordide des rues new yorkaises, ici.


Philippe Robert sur les musiques expérimentales et transversales

Posté par Maxence le 04.01.08 à 18:26 | tags : électro, jazz, contemporaine, à lire, rock

Notre collègue Philippe Robert est un veinard. Journaliste et critique (les Inrockuptibles, Vibration, Coda, Jazz Magazine...), infatigable explorateur des marges, le bonhomme sait pourtant prendre le temps. Le temps d'écrire (Rock - Pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels en 2006, bientôt une histoire de la black music, chez le même éditeur très bientôt...), le temps d'écouter (sa discothèque est exceptionnelle), le temps de jouer (il enregistre avec les Sonic Youth ou une bande de copains, des albums freeform freak out sous le nom de Magic Band Of Gypsys), bref, le temps de vivre. Praticien de l'anthologie musicale comme certains pratiquent l'entomologie (sa culture lui permet d'aborder sans peur les plus improbables bêbêtes de l'histoire de la musique), il nous offre aujourd'hui Musiques expérimentales, une anthologie transversale d'enregistrements emblématiques. Un livre présenté comme le précédent, sous forme de fiches richement détaillées des artistes abordés et de leurs œuvres majeures, superbement préfacé par Noël Akchoté. A elle seule, la préface et la quatrième de couv' du musicien vaut l'achat de ce livre ! C'est bien simple, cette introduction du fameux guitariste français, chantre de l'improvisation, est un des meilleurs textes jamais écrit dans ce domaine. Par delà la présentation du "genre" expérimental, qui par essence n'en est pas un bien sûr, puisque l'existence même de ces musiques est due à "d'indomptables réfractaires à toute forme d'académisme", Akchoté fait la part belle à la contradiction qui réside dans le fait même de parler de musiques expérimentales dans le cadre d'écoles ou de "styles". L'expérience étant par son fait même, totalement libre, et l'approche de l'auditeur, comme il l'écrit si bien, totalement subjective, contextuelle, historiographique et même biographique.

 

"Une anthologie comme celle-ci c'est un peu comme une cour de récréation. On n'est pas là pour faire ami-ami avec tout le monde. C'est le moment de vérité, en tête à tête avec l'autre. Au pire, on pourra toujours se faire son album perso des douloureuses, des impossibles et des mochetés. Au mieux, on se sera fait des petites listes et des notes de disques à trouver, que personne n'a chez soi." écrit-il en quatrième de couverture. Et c'est cette simplicité, cette sincérité qui séduit dans la démarche de Philipe Robert, loin de toute prétention et de d'académisme (forcément !), l'auteur échafaude sa petite histoire, tout en en respectant la nécessaire chronologie. D'où, certainement, le choix de présenter ces artistes hors-normes (au sens propre comme au figuré) dans l'ordre chronologique sans parti pris de genres artificiels. De fait, ce livre très complet, reprend où le Experimental music, Cage et au-delà de Michael Nyman, s'étaient arrêtés, puisque Philipe Robert, en plus de recenser les grands "classiques" de l'expérimentale (Russolo, Schaeffer, Isou, Varèse, Scott, Stockhausen, Lucier, etc), fait appel à ses plus "actuels" défenseurs. Citons par exemple Merzbow, Keiji Hano, Phill Niblock, Charlemagne Palestine, Loren Mazzacane Connors, DJ Spooky, Mimeo, Jim O'Rourke, Dean Roberts, Dominique Petitgand, Nurse With Wound, sans oublier l'aspect historique : du psychédélisme pré-ambiant (La Monte Young) à la no wave (DNA), en passant par le krautrock (Damo Suzuki), le post-punk (Throbbing Gristle, Public Image Ltd), les platinistes (Otomo Yoshihide, Martin Trétreault), l'improvisation (Derek Bailey, Joëlle Léandre) et les inclassables (Alan Licht, AMM, Musica Elettronica Viva, Taku Sugimoto). Une bible donc, une somme, allègrement écrite, dans un style fluide et plein de vie par un auteur tout à sa passion, la musique et rien que la musique. On a envie de dire, "exemplaire" ! C'est les fêtes il n'y a pas longtemps, offrez-le !

 

Philipe Robert - Musiques expérimentales, une anthologie transversale d'enregistrements emblématiques, éditions Le Mot et le Reste, avec le concours du GRIM.


Albums cultes des géants du bizarre #27 : Cabaret Voltaire – Voices of America

Posté par Maxence le 15.12.07 à 12:17 | tags : contemporaine, culte et bizarre, électro, punk
The "Cab", un terme dont les plus jeunes d'entre vous ignorent le sens. Et pourtant, que serait la musique électronique aujourd'hui sans Cabaret Voltaire ? "Nag Nag Nag", "The Set Up", "Yashar", "Here To Go", autant de morceaux cultes et d'hymnes entêtants qui préfigurent la musique industrielle des 80's, puis la techno. Mute, le célèbre label à la Grey Area, ne s'y est pas trompé et réédite régulièrement albums et compilations rétrospectives de ce trio légendaire. Toujours actifs, ces pionniers de la musique électronique - et même, de l'électroacoustique - continuent à produire séparément des œuvres passionnantes et originales. Le prolifique Richard H. Kirk propose une musique électronique matinée de dub, d'industrial, de world et de punk sur son propre label ou chez ses très pointus confrères, Warp, Cocosolidciti, Soul Jazz, et bien d'autres. Le discret Chris Watson, s'engagera un temps dans The Hafler Trio et propose aujourd'hui des documents sonores ethnographiques sous forme de field recordings (enregistrements live, pris sur le vif) et de l'ambient. De son côté, Stephen Mallinder, l'ex-préposé aux vocaux scandés, puis au chant dans la période "mainstream" du groupe, émigre en Nouvelle Zélande après le split dans les 80's et formera, entre autre, un groupe avec Dave Ball (de Soft Cell). Chaotique et créative, c'est ainsi que se présente cette "généalogie du désordre", à laquelle ont largement participé Stephen Mallinder, Richard H. Kirk et Chris Watson sous le nom emblématique de Cabaret Voltaire.

 

Difficile de faire un choix dans l'œuvre plus que complète des trois de Sheffield, mais c'est sur Voices of America que je jette mon dévolu sans hésiter. Pourquoi ? Simplement parce qu'il s'agit de leur premier véritable album et que c'est principalement sur ce disque complexe que Cabaret Voltaire croise le fer avec la musique industrielle tout en incluant des réminiscences rock. Définissant ainsi ce que devrait être le post-punk et plus tard, la new wave. Soit une musique expérimentale, profondément imbibée de conscience politique et sociale. Les échos de la fin de l'ère industrielle sont particulièrement retentissants, en effet, dans le nord de l'Angleterre. Sheffield vit au rythme des licenciements, de l'inflation et du chômage. Dans ce contexte social chaotique Cabaret Voltaire propose une réflexion sur ce que doit être l'art en général, et la musique en particulier, à l'orée des 80's. Dès le début Cabaret Voltaire se situe dans la mouvance expérimentale, usant des technologies de leur époque, trafiquant les bandes audios, pratiquant le collage et le détournement d'actualités enregistrées en ondes courtes sur leur radio. L'usage de documents sonores les place dans l'héritage direct de personnalité comme l'écrivain outsider William S. Burroughs, manipulateur de mots et de sons, co-inventeur du concept de cut-up et d'Electronic Guerrilla.

 

Toutes ces idées et ces techniques sont présentes sur Voices of America "The Voice of America / Damage is Done" et "Obsession" sont des dubs industriels lents, portés par une basse élastique glissant sur les éclats de verre pilée de la guitare de Kirk, jouée d'une manière à la fois délicate et bruitiste. "Décharnée" serait le mot juste. "Stay Out of It" et "Messages Received", sonnent comme des reprises garage rock anémiées et annoncent des morceaux comme le mythique "Nag Nag Nag". "This Is Entertainment" se présente comme un funk bancal, basse en avant et cris de clarinette presque free jazz, accompagnés des vocaux scandé d'un horrible accent du Yorkshire par Mallinder qui répète : "This Is Entertainment, This Is Fun" d'une voix tendue qui en dément complètement l'optimisme idiot, tandis que "Premonition" s'abandonne dans la mélancolie non sans une certaine inquiétude. "If The Shadows Could March?" et "Partially Submerged" l'aspect le plus expérimental de Cabaret Voltaire, sonnant comme une electronica electrocutée, saturée de percussions rouillées et de grésillements de machines en déroute. Culte mais franchement bizarre...

 

Cabaret Voltaire - Voices of America (Rough Trade, 1980)


Stockhausen est mort, la musique contemporaine perd le Kontakt

Posté par Maxence le 08.12.07 à 12:36 | tags : cimetière, contemporaine, électro

Coïncidence macabre, mercredi 5 décembre dernier alors que je rédigeais un post fustigeant les tenants prétentieux de l'avant-garde à "œillères", Karlheinz Stockhausen, véritable outsider de la musique contemporaine, s'éteignait dans sa maison de campagne de Kürten. De quoi se sentir coupable... Plus sérieusement, au vu de l'importance de l'œuvre de ce compositeur incontournable sa disparition ne pouvait pas passer inaperçu sur Flu' et c'est avec modestie et respect que nous lui rendons hommage.


Stockhausen étudia avec les plus grands, Frank Martin et les français Olivier Messiaen et Darius Milhaud. En 1953, il participe à la fondation du Studio de musique électronique expérimentale de la Westdeutscher Rundfunk. Profondément influencé par l'œuvre d'Anton Webern, Stockhausen est de toutes les avant-gardes. Il évolue rapidement du style pointilliste au sérialisme extrême ("Kontra-Punkte", "Klavierstücke I-IV"). Entre 1955 et 1956 il réalise les premiers chef-d'œuvres de la musique électronique. C'est "Gesang der Jünglinge" ou "Kontakte", premier morceau sur 4 pistes jamais enregistré. Des pièces qui illustrent les fulgurances d'un esprit curieux si ce n'est aventurier. L'anecdote veut que pour cette pièce, c'est Stockhausen lui même qui bricola un système de speaker rotatif passant régulièrement devant les 4 micros disposés en cercle. C'est je crois, à la lumière de ce genre d'inventions, de celles qui dénotent d'une passion qui va plus loin que la recherche de la simple perfection technique, que l'on reconnaît le génie visionnaire. Une assertion qui vaut aussi bien pour la musique contemporaine ou électronique que pour le rock et la pop.

Des musiques "populaires" que le compositeur allemand ne renie d'ailleurs pas, lui qui s'avouait fasciné par le Jefferson Airplane, et à qui les Beatles rendront hommage sur Sgt Peppers en glissant son visage parmi les nombreuses personnalités qui figurent sur la célèbre pochette. Franck Zappa se réclamera lui aussi de l'oeuvre électronique de Stockhausen. Et tandis que celui-ci explore les possibilités de l'indétermination et de l'usage du hasard et de l'improvisation (un voyage qui l'emmènera jusqu'aux confins d'une musique dite "intuitive") Stockhausen s'implique parallèlement toujours plus dans la diffusion de ses idées auprès des plus jeunes. On retrouve d'ailleurs Irmin Schmidt et Holger Czukay, parmi ses anciens élèves. Ceux là même qui formeront plus tard, un des groupes emblématique du krautrock allemand : Can. Par ailleurs, à partir des années 1960, les œuvres de Stockhausen prennent de l'ampleur sur la durée et se font volontiers méditative, dans le sillage des compositeurs minimalistes Terry Riley, Steve Reich ou La Monte Young. C'est l'époque de "Stimmung" (1968) et plus tard, "Mantra" (1970), une œuvre de 70 minutes, construite sur différentes sonorisations d'un même accord.


Le paradoxe veut que ces compositeurs, qui eux aussi ont une importance extrême dans le développement de la musique contemporaine, étaient d'anciens disciples de Stockhausen. On peu alors dire que le maître ne figure plus réellement dans le peloton de tête des grands découvreurs mais qu'importe, il a déjà défriché le terrain pour une cinquantaine d'années et n'a plus rien à prouver. A ce propos, Holger Czukay dira : "C’est sans doute le plus grand inventeur musical. Il a développé tellement de pistes qui sont aujourd’hui récupérés par les artistes de l’électronique. A l'heure actuelle, beaucoup de musiciens travaillent comme lui, mais Stockhausen allait bien plus loin que la plupart d’entre eux, et c’était il y a quarante ans !" Plus qu'aucun autre compositeur contemporain, c'est certain, Stockhausen et sa musique complexe ont influencé la jeune génération de producteurs électronique. Il n’y a qu’à écouter Aphex Twins, Oval, Microstoria ou Autechre, pour s’en rendre compte. Une nouvelle génération qui laissait cependant papy Stockhausen un peu sceptique. Il déclarerait dans Art Press en 1998 : "Je regrette qu’ils ne soient pas plus expérimentateurs"

Quoiqu'il en soit, le grand homme nous a donc quitté, laissant derrière lui tout un pan de la création contemporaine encore à explorer et une œuvre profondément originale et novatrice, qui a marqué la création musicale pour toujours. Aujourd'hui, celui qui déclarait "Et maintenant, chaque compositeur est fier de demander au public de vivre des moments de silence, jusqu'a deux ou trois minutes, dans un morceau de musique" (voir notre fiche) va être satisfait, durant les semaines à venir les minutes de silence vont être innombrables.

La Chute de Venetian Snares

Posté par 2goldfish le 16.11.07 à 11:02 | tags : électro, contemporaine

Le Docteur C, auteur de renom, nous a fait la grâce d'une analyse du dernier Venetian Snares, champions de la drum'n'bass extrême et de la lutte contre Rondo Veneziano. Vous aussi, comme lui, vous pouvez nous proposer un billet.

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On pourrait croire à la première écoute que My Downfall (Original Soundrack) constitue une suite molle au plus célèbre des albums de Venetian Snares, Rossz Csillag Alatt Szueletett (ou l'album au pigeon). La réalité est plus complexe : tandis que le premier album utilisait allègrement des samples de violons et de musiques orchestrales, le second utilise des violons et des chœurs synthétiques dont je ne saurais expliquer la miraculeuse invention tant ils sonnent vrais. De ce fait la quasi-totalité des constructions mélodiques sont l’œuvre d'Aaron Funk, tour de force qui rend l'album bien plus palpitant.

Disons-le tout net : My Downfall devrait figurer parmi les albums les plus déprimants jamais enregistrés. Il s'ouvre sur le terrifiant "Colorless" aux nappes pathétiques qui introduisent des choeurs synthétiques éteints - choeurs qui renvoient au morceau central de l'album, "If I Could Say I Love You". "The Hopeless Pursuit of Remission" suit avec la première incursion de l'Amen Break violenté qui fait la réputation de Venetian Snares et qui semble ne jamais pouvoir s'annihiler ou exploser comme il est d'usage en musique électronique. La rythmique hoquète, échoue, et finalement abandonne sur des nappes d'instruments à vent mêlés à un clavecin.

Plus tard "Integraation" commence comme un quatuor à cordes désespérant dans lequel l'Amen Break particulièrement bien séquencé s'introduit avec le plus de légèreté possible, se fait même pizzicato avec quelques violons avant une magnifique envolée quasi-symphonique. A la moitié du titre, l'Amen Break se fait plus agressif et une basse saturée enragée va boucler et sursaturer l'espace sonore jusqu'à la destruction totale. Une merveilleuse métaphore de la rage de l'impuissance. Second meilleur titre de l'album, "My Half" mêle ambition symphonique, instruments rocks - guitare wah wah - et rythmiques endiablées. Le morceau frôle la destructuration, mais retombe toujours sur ses pieds mélodiques particulièrement solides.

Le disque est parcouru par une série de quatuor à cordes "Hollò Utca" (2, 3, 4 et 5) tristes comme un Chostakovitch et s'achève presque avec le terrible "If I Could Say I Love You", au choeur d'enfants poignant et au violon synthétique au bord du dégoulinant. C'est le plus triste et le plus beau morceau jamais produit entièrement par ordinateur. L'album s'échoue comme il devait s'échouer sur une mélodie disharmonique au piano solo accompagné d'un vague instrument à vent.

My Downfall est à mon sens parmi les albums les plus brillants de Venetian Snares. En tout cas c'est de loin le plus atypique, car le travail de composition et de programmation qu'il représente est terrifiant, fou, impossible. C'est sans doute ce qui fait qu'Aaron Funk surpasse tous ses prédécesseurs en musique électronique contemporaine. Sa musique dépasse l'entendement. On peut apprécier ou pas le talent d'un créateur, on ne peut que constater un génie.


Venetian Snares - My Downfall (original Soundtrack) - (Planet Mu, oct 2007)

http://www.myspace.com/venetiansnares 


John Zorn fait son Malin

Posté par Myosotis le 08.11.07 à 15:00 | tags : contemporaine, classique, jazz
 

A 54 ans, John Zorn règne sur le jazz avant-gardiste et multiplie depuis quelques années les enregistrements, solo ou en groupes, les productions, les compositions, les projets sur un rythme qui ne permet plus au suiveur amateur de l'accompagner. Rien qu'en 2007 et avec ce From Silence to Sorcery, le pape du déconstructivisme a dû livrer 4 ou 5 disques qui auraient tous mérité un petit mot et qui, l'un chassant l'autre, ont rendu tout commentaire superflu. Bizarremment et alors qu'il aurait sans doute mieux valu parler du beau Astronome (2006) ou des Six Litanies for Heliogabalus (2007), c'est avec From Silence to Sorcery qu'on se remet à parler de Zorn.

 

Pour ceux qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents, Zorn est un multi-instrumentiste (saxophoniste de prédilection) qui s'est attaqué dans sa longue carrière à à peu près tous les genres musicaux. Les seuls points de convergence dans son oeuvre sont à chercher autour de la notion de déconstruction qui lui permet de varier les travaux (jazz, punk, rock, compo de films) et les formes (voix qui tuent, orchestres qui pleurent, guitares saturées, objets en tous genres), sa fascination pour l'occulte (option kabbale) mais aussi une forte imprégnation juive (Zorn est le fondateur du label Tzadik records et son seul vrai directeur artistique). Au milieu de tout cela, trônent des projets comme Masada, cycle d'interprétation de la culture juive qui reste indépassable sur le plan musical, ou la série horrifique (pour les oreilles) des Painkiller, où l'avant-garde touche au supplice génial. From Silence to Sorcery consiste en une introduction en demie-teinte à l'univers incroyablement riche et varié mais peut consituer une porte d'entrée comme une autre vers une découverte plus approfondie de Zorn. Le disque qu'on peut découper en 3 sous-ensembles est entièrement dédié à l'occulte et plus spécialement à la kabbale qui semble obséder les productions solo de Zorn depuis 3 ans, et après l'album Magick notamment. Le premier ensemble appelé "Goetia" (numéroté de I à VIII) est une sorte de caisse de résonnance interprétée au violon solo pour des ensorcellements, des sorts et des formules magiques qui ne viendront pas. On entend sur ces séquences de quelques secondes à quelques minutes, la mise en place d'une ambiance lugubre, entre le vieux film d'horreur et les couloirs sordides traversés par des créatures mi-comiques, mi-effrayantes. Le rythme s'accélère de temps à autre ("Goetia III"), se fait plus solennel parfois ("Goetia IV") comme si une messe noire allait bientôt être célébrée. Rappelons, pour mémoire, que le violon est l'instrument du Diable par excellence et celui dont le cri de cordes est le plus susceptible de faire rappliquer le Malin. Les pièces restent assez en deça de ce qu'a l'habitude de servir Zorn mais ont le mérite d'amener rapidement aux deux plats de résistance que constituent les séquences suivantes. "Gris-Gris", inspirée (d'après ce qu'on peut en comprendre) par le vaudou africain ou d'Haïti, le chamanisme coréen et une scène du Port de l'Angoisse d'Howard Hawks, est une superbe composition interprétée uniquement par des percussions, soit une légion d'une douzaine de tambours. De longs passages quasi-silencieux viennent perturber l'organisation du morceau et créer une atmosphère à la fois envoûtante, confortable et inquiétante. Là encore, "Gris-Gris" est à inscrire dans la veine morne et expérimentale de Zorn et ne donne pas une juste image de son extrême dynamisme habituel. Le dernier ensemble, "Shibbolethis" est plus classique (clavecin, cordes et percussions) et rend hommage, sur fond de Shoah (récurrente chez Zorn) à la poésie de Paul Celan. Il faut évidemment pas mal d'imagination pour filer les liens entre Celan et ce qu'on écoute, mais l'influence biblico-poétique est opérante et suffit à nous projeter dans un Ailleurs qui est visé par ce nouvel opus.

 

C'est bien le talent de Zorn, quels que soient les moyens qu'il emploie pour y parvenir, de nous projeter chaque fois dans un univers sonore nouveau et presque tout le temps déconcertant. Si From Silence to Sorcery n'est (et de loin) pas son travail le plus intéressant, il constitue un jalon supplémentaire dans une oeuvre cohérente, qui vise à établir des liens logiques entre ce qui s'écrit (textes, musiques) et ce qui s'entend. Zorn, en bon kabbaliste, donne à entendre une totalité qui s'adresse à tous les sens et qui, de fait, ne peut pas s'apprécier comme de la seule musique.

 

http://www.tzadik.com


Albums cultes des géants du bizarre #23 : Gastr Del Sol - Crookt, Crackt, or Fly

Posté par Maxence le 07.11.07 à 17:40 | tags : contemporaine, électro, folk, culte et bizarre

1994 est vraiment l'année du post-rock. C'est au cours de la seconde moitié des années 90 en effet, alors que la scène punk hardcore nord américaine s'essouffle et que son petit frère débraillé, le grunge, cède aux sirènes du marketing, qu'une nouvelle conscience artistique émerge à Chicago. Des musiciens indépendants, imprégnés de jazz, de dub, de krautrock et de musiques ethniques, feront sortir le rock de son carcan en lui offrant la possibilité de se frotter aux technologies numériques et aux musiques du monde. Principalement instrumental, ce genre musical flirte avec l'electronica, voire la techno et avec des musiques qui cultivent un intérêt commun pour la déconstruction, l'improvisation, les textures et l'aspect polyrythmique. Le journaliste anglais Simon Reynolds baptisera "post-rock" ce vaste ensemble d'initiatives et d'intentions. L'époque étant sous domination électro (techno, electronica, drum'n bass, dub et hip hop), il était temps pour le rock de passer à autre chose. 1994 est justement l'année de la parution du premier album éponyme de Tortoise drivé (entre autre) par John McEntire ; Tortoise deviendra le combo phare de cette scène. 1994. C'est aussi l'année de Frosh, le premier EP de Mouse On Mars, qui lorgne alors vers un néo-krautrock électronique, succédant à Quique, le premier album de Seefeel qui proposait déjà un mélange de mélodies pop et d'ambiant electronica. Pour autant, Tortoise et consorts ne sont pas les premiers à oser ce décentrage audacieux du rock. Bastro, qui comptait déjà en son sein David Grubbs et John McEntire, fut certainement l'une des premières tentatives d'affranchissement des canons institutionnels du rock au tout début des 90's. Mais Grubbs quitte rapidement le groupe pour créer Gastr Del Sol avec Jim O'Rourke (autre figure mythique du genre), emportant ses idées avec lui pour les adapter au folk.

 

C'est donc en 1994 que paraît Crookt, Crackt, or Fly, un incroyable album de folk urbain qui doit autant à l'art unique de John Fahey, qu'aux ambiances spectrales de Pere Ubu, voire aux dérives enfumées de l'ambiant électronique et du free rock psychédélique des années 60. Sur Crookt, Crackt, or Fly, David Grubbs et Jim O'Rourke sont seuls, à peine accompagnés d'un clarinettiste (Gene Coleman tout de même) et de deux discrets percussionnistes (Steve Butters et McEntire himself), pour la forme. Aujourd'hui on peine à s'en souvenir, mais la découverte d'une telle musique en pleine vague grunge fut pour beaucoup une révélation. Oui ! Alors que des musiciens s'époumonaient en jeans déchirés et en chemises de bûcherons au milieu d'un déluge de fuzz et de saturations, il était encore possible de produire une musique d'avant-garde, pourtant intimiste et accessible, qui touchait l'âme et le cœur. Au sein de cet univers dépouillé, résonne le fingerpicking (ou technique des cordes pincées) inimitable du guitariste David Grubbs, tandis que les interventions mutiques de Jim O'Rourke, articulées d'une voix blanche et monotone évoquent une ballade à travers les friches industrielles d'un pays en ruine. Une atmosphère auquel fait écho la back cover de l'album, exposant docks abandonnés, cargos rouillés et cheminées d'usines. Le silence omniprésent sur le disque, laisse de la place aux réverbérations du son, un peu comme si l'album lui-même avait été enregistré dans un entrepôt à l'abandon. Chaque note semblent pesée et s'épanche comme au compte goutte, tandis que l'auditeur capte en fond sonore le souffle distant des machines encore actives. Pourtant, Crookt, Crackt, or Fly, n'est pas dénué de moments lumineux, comme sur l'introductif "Wedding In The Park", avec ces chants de grillons, sur lequel la voix habituellement terne d'O'Rourke évoque ce qui semble être des souvenirs joyeux, des heures heureuses. Mais le présent reprend rapidement ses droits et le duo nous abandonne au milieu de la fumée ("Work From Smoke"), nous laisse un peu perdu au milieu de la violence de certains échanges ("The Wrong Sounding" et son final oscillant entre krautrock et hardcore à la Fugazi) dialoguant toujours en contrepoint ("Every Five Miles") sans jamais oublier de tisser d'effarantes et bizarres mélodies ("The C in Cake"). C'est totalement séduit que nous revenons du voyage. Les paysages aussi déroutants soient-ils nous donnent immanquablement envie de revenir et d'en savoir plus. Qu'il s'agisse du grandiose Mirror Repair, le mini-album qui paraîtra un an plus tard ou d'Upgrade & Afterlife (1996) et de Camoufleur (1998), c'est dit, nous ne nous quitterons plus !

 

Gastr Del Sol - Crookt, Crackt, or Fly (Drag City, 1994)


Fennesz : Hotel Amnesia

Posté par Maxence le 02.11.07 à 17:24 | tags : électro, contemporaine, label, myspace

Joie ! Les cultissimes labels Touch et Mego (aujourd'hui Editions Mego) semblent vouloir rééditer tout leur catalogue ! Après Cirque de Biosphere et Endless Summer de Fennesz, chez les premiers, c'est au tour des seconds qui honorent Hotel Parale.l, le premier album de l'Autrichien, d'une réédition de luxe avec deux bonus tracks et vidéo ! Avec Hotel Parale.l, Christian Fennesz a su capturer comme peu avant lui, l'âme de la machine. Il a su ausculter ses disfonctionnements intimes, ses processus invisibles et son inaudible dialogue intérieur. Depuis ses débuts, on peu dire de Fennesz qu'il explore avec brio "l'acoustique de l'électronique". Sa musique a une âme, celle du fantôme dans la machine, et le fait que cette mécanique soit une simple guitare (doublée d'un PC ou d'un ordinateur portable également) prouve bien que cette relation fusionnelle homme-machine ne date pas d'hier, qu'elle n'est pas apparue avec les musiques électroniques, et/oui expérimentales du 20ième siècle, mais qu'elle remonte bien plus loin que cela, même si dans notre amnésie collective, nous l'avons (volontairement ?) oublié, ou occulté.

Hotel Parale.l donne immanquablement envie de se laisser bercer par le doux murmure mécanique des robots laborieux et aimants qui nous entourent. Un sommeil que l'on voudrait paisible, seulement troublé par quelques sourds mugissements cycliques, des vibrations, le souffle des ventilateurs, le chuintement des processeurs, le claquement des fusibles et contacteurs. Tel un impossible voyage en profondeur au cœur des ténèbres électroniques et machiniques, Hotel Parale.l est un chef d'œuvre absolu marquant encore un point en faveur de la musique contemporaine germanique de la fin du XXième siècle (l'album date de 1997 !). Edité à l'origine par l'excellent label autrichien Mego, la réédition remastérisée propose une suite de quatorze morceaux, plus deux, savamment démembrés, construits et auscultés avec ferveur et finesse. La quintessence de la guitare passée à la moulinette du laptop. Peu d'albums électroniques peuvent à ce point émouvoir l'auditeur dix ans après. Un étonnant constat toujours vivace dix ans après, surtout quand on est attentif à l'aridité du ton. Paradoxe donc, que cette musique crissante comme des ongles sur du silicium et pourtant émouvante comme un cyborg en mal d'amour. L'explication vient certainement de la façon dont Christian Fennesz aime ses machines et donne envie de leur faire confiance. L'effet est encore augmenté par une magnifique vidéo de Tina Frank. Troublante électronique... "Do Androids Dream of Electric Sheep ?"

 

Christian Fennesz - Hotel Parale.l (Edition Mego/La Baleine)

http://www.fennesz.com/
http://www.myspace.com/fennesz


Albums cultes des géants du bizarre #22 : Fantômas – Delirium Cordia

Posté par Maxence le 31.10.07 à 18:57 | tags : contemporaine, culte et bizarre, label

Attention, avec Delirium Cordia de Fantomas, nous célébrons un post culte et bizarre spécial Halloween ! De fait, il est difficile de trouver un artiste au pedigree aussi totalement extravagant (et monstrueux) que Mike Patton. Personnage insolite, ex-leader des abominables Faith No More (peut-être pas l'une de ses meilleurs références d'ailleurs), maître vocaliste, fondateur et label manager d'Ipecac Records (au catalogue : Kid 606, Numbers, The Melvins, Dub Trio, Dalek, Mouse On Mars, Unsane, Kaada, Circus Devil... etc.), chef de file des projets les plus fous (Mr Bungle, Fantomas, Tomahawk, Peeping Tom), Patton revendique la paternité d'une œuvre hybride. Il est le chantre d'un genre mutant qui doit autant au Kronos Quartet qu'à Sepultura, c'est dire ! Logiquement, tout au long de sa carrière, le bonhomme à su exciter la curiosité de personnalités aussi diverses que John Zorn, The Sparks, Boo-Yaa Tribe, Korn, les Deftones, Fennesz, Björk; ou dernièrement du compositeur contemporain Eyvind Kang. Son œuvre pléthorique, et totalement délirante, est en fait bien à l'image de ce Delirium Cordia, quatrième album de Fantômas et ce n'est pas un hasard si on le retrouve aujourd'hui dans notre rubrique dédiée au "Culte et Bizarre".

Disque monstre, Delirium Cordia est aussi un "disque monde" où se croisent sur un unique morceau de plus de 71 minutes, musique classique, ambiances de B.O. italiennes tarées pour films d'horreur de série B (ou Z), exercices électroacoustiques, bruitisme, exotica bâtarde, electronica, ambient sinistre, rituel satanique, musique industrielle, métal hors normes (deux riffs en tout et pour tout sur cet album) et chant grégorien. A ce propos il est intéressant de noter que bien qu'accompagné du guitariste et leader des Melvins, Buzz Osborne; du batteur de Slayer, Dave Lombardo et du bassiste de Faith No More Mr Bungle, Trevor Dunn; Mike Patton incarne toutes les entités vocales du disque. Quand il interprète ce qui semble être deux minutes d'un chant religieux de la fin du 8ième siècle, Patton exécute donc à lui seul les différentes parties d'un chœur grégorien de plus de 50 moines ! Autant dire que, comme le disait un ami récemment, "ce type n'est pas tout seul". Comprendre, Delirium Cordia semble bel et bien l'incarnation sonore des multiples réincarnations d'une âme damnée, ou de plusieurs, personnifiées dans le même artiste. Plus prosaïquement, on peut cependant noter qu'en ce qui concerne l'exercice de variation musicale à géométrie variable, Delirium Cordia a bel et bien un précédent. Il s'agit du morceau "Ars Moriendi" sur le California de Mr. Bungle, dans lequel Patton et sa bande exécutent peu ou prou, une douzaine de genres différents, allant de la country au chant sacré, en moins de cinq minutes ! Seul différence, le metal pour Tex Avery de Mr Bungle est souvent hilarant, ce qui n'est clairement pas le cas de Delirium Cordia, qui lui est carrément flippant. Evidemment, les puristes et les amateurs de musique aux oreilles grandes ouvertes y verront également beaucoup d'humour, reste qu'écouter Delirium Cordia au casque, dans le noir, fait toujours son petit effet. A déconseiller, peut-être, les soirs d'Halloween, mais bon, vous êtes seuls juges...

Fantômas - Delirium Cordia (Ipecac, 2004)

 

A lire aussi sur notre site, l'excellent papier de Pacôme Thiellement sur la galaxie Mike Patton (portraits des 4 artistes du crime)


Franck Bretschneider & Signal (to Noise)

Posté par Maxence le 30.10.07 à 17:30 | tags : label, contemporaine, électro

Etonnant Franck Bretschneider. En plus d'être musicien, compositeur, vidéaste et co-fondateur du prestigieux label Raster-Noton (avec Carsten Nicolai, aka Alva Noto, et Olaf Bender), cet Allemand touche à tout est un producteur hors pair. Sa particularité ? Il est un des principaux représentants d'un courant discret (mais bien vivace) que l'on nomme "microscopic-music". Le bonhomme est en effet aussi à l'aise avec les sons minuscules que d'autres le sont avec de gros pieds house. Il est même certainement beaucoup plus à l'aise dans le domaine de l'infiniment petit, il faut bien le dire, même si certaines de ses productions ne sont pas dénuées de groove (voir Balance, son fabuleux album micro-tribal réalisé aux côtés de Taylor Deupree chez Mille Plateaux). De fait, Bretschneider est maître d'un groove à la Richie Hawtin, rigoriste et sévère, mais "sévèrement" ondulatoire aussi. S'il avait été chimiste ou physicien il aurait fait twister les quarks et les électrons ! Même si sa réputation n'est plus à faire (on l'a vu sur de nombreux labels, et non des moindres, comme Mille Plateaux, Force INC, Prototype 909, 12K, et Raster Noton bien sûr) ce pionnier des musiques électroniques allemandes fan de blues et de jazz, mais aussi de science-fiction et de "musique nouvelle" du 20ème siècle telle que György Ligeti, Olivier Messiaen, Erik Satie ou Terry Riley, reste d'une étonnante discrétion malgré la qualité de ses productions.

Avec Rhythm, Bretschneider se livre une fois encore, et sur son propre label, à l'exploration des sons infimes et de leur impact en temps qu'éléments rythmiques aussi diffus et discrets soient-ils, au sein de la structure globale d'un morceau. Dès "A Soft Throbbing of Time" et ses 7 minutes bondissantes, on reconnaît les motifs et les textures au groove subliminal - et minimal - de Bretschneider. Ces cliquetis résonnants, accompagnés d'une grosse basse, se répondent continuellement, formant une étonnante écologie sonore, parfois proche du dub (un genre que l'Allemand affectionne également), du dubstep ("The Eight Day People"), de la noise music de Pan Sonic ("The Big Black and White Game") ou de la techno de M_Nus ("Other Days", "Other Eyes", "The Moon is a Hole in The Sky") ou encore des trips funky cassés d'ErrorSmith ("We Can Remember it for you Wholesale", "Construction Shack"). Un fascinant exercice de funk moléculaire !

 

De son côté, Signal annonce justement la réunion des fondateurs de Raster Noton, soit Franck Bretschneider, Carsten Nicolai et Olaf Bender ! Un "power trio" si l'on peut dire, qui s'exprime plutôt dans une veine "microscopic noise" cette fois. L'union de ces monstres sacrés de la recherche du groove micro tonal donne Robotron, un album qui porte bien son nom. Musique de flux mécanoïdes Robotron évoquera immanquablement encore une fois les Finlandais de Pan Sonic, même si dans l'ordre d'apparence historique, les trois de Signal sont certainement en avance de quelques années. Wave, sinus, ondes, vibrations, tout au long de ces sept morceaux évidemment hypnotiques ("Ermafa", "Malimo"), il est question de répétitions, de tons, de saturation, pour des titres aussi finement dubby ("Naplafa", l'éponyme "Robotron") qu'expérimentaux ("Wismut") et discrètement bruitiste ("Rawena"). Un album toujours extrêmement riche en textures et en géographie sonore. Un travail de précision drivé des mains (6 pour le coup !) de maîtres, pour un disque efficace malgré le challenge évident que représente l'évolution du courant "microscopic music" de nos jours. Si vous vous êtes lassé des jolies compositions de Fennesz, ou si vous manquez d'émotions audiophiles, n'hésitez plus, foncez découvrir le monde de sons infimes qui nous entoure.

 

Franck Bretschneider - Rhythm et Signal - Robotron (Tous les deux chez Raster Noton/Metamkine)


Strings Of Consciousness : Syndicat du dream

Posté par Maxence le 04.10.07 à 18:26 | tags : électro, rock, psychédélique, contemporaine, myspace

De par son line up hors-normes et son intensité inégalée Our Moon is Full, le premier album de Strings of Consciousness fait partie de ces albums inclassables à l'impact purement émotionnel, qu'il est forcément difficile de décrire et d'analyser à l'aide de simples mots. Il suffira donc de dire qu'il s'agit d'une très belle surprise, servie par une poignée de musiciens exceptionnels venant d'horizons différents, mais tous attachés à ce que l'on nommera pour faire court, le "rock bizarre". Dans le genre, on ne voit à la rigueur que le Tilt de Scott Walker, le California de Mr Bungle ou Why I Hate Women, le dernier Pere Ubu pour rivaliser avec un tel monstre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si au sein de ce big band, nous retrouvons le trompettiste Andy Diagram, soit une moitié des Two Pale Boys, qui accompagne aujourd'hui le même Pere Ubu. Signé sur Central Control, le label du Bad Seeds et de Barry Adamson (ce qui n'est pas rien en soit) String Of Consciousness est donc une forme de "supergroupe" informel, réunissant en son sein le Français Phillipe Petit (label manager du recommandable Bip_hop, au theremin, laptop et platines), Hervé Vincenti (guitare/laptop), Raphaelle Rinaudo (harpe), Nicolas Dick (guitare), Pierre Fénichel et Abdenor Natouri (contrebasse), Hugh Hopper (electric bass), Perceval Bellone (saxophone), Lenka Zupkova (violon), Alison Chesley (cello) et Stefano Tedesco (vibraphone). Onze musiciens donc, pour huit morceaux, chantés par d'autres pointures tels J.G. Thirlwell (alias Foetus), Scott McCloud de Girls Against Boys, le chanteur d'Oxbow Eugene Robinson, Lisa Smith-Klossner, Pete Simonelli (d'Enablers), Black Sifichi et Barry Adamson, que l'on ne présente plus.

 

Un casting impressionnant en forme de name dropping, mais aussi un exercice incontournable pour nous aider à situer cet étrange objet, et le niveau de son ambition. Concentré abrasif de rock libéré de son carcan de clichés divers, "objet sonore non identifié" bardé d'effets électroniques discrets, Our Moon is Full est une œuvre schizophrène dont les personnalités multiples semblent finalement très à l'aise ainsi à cheval entre musique expérimentale et primitivisme rock. A ce titre, le puissant "Cleanliness is next to Godliness" marmonné et bafouillé avec le talent que l'on sait par Eugene Robinson d'Oxbow, est exemplaire. Tout comme l'incandescent "Crystallize it" interprété par McCLoud. D'une profondeur insondable, ces deux titres présentent la face psychopathe de Strings of Consciousness. Ici, la musique puissante et cathartique de l'une, répétitive jusqu'à l'aliénation pour l'autre, répond parfaitement à la folie qui habite ses interprètes. Cela dit, les 8 titres de cet impossible album n'excluent pas les plages de détente. Comme cet étonnant "Asphodel" qui ouvre l'album, un titre easy listening tordu interprété par J.G. Thirlwell sur fond de trompette envoûtée, de crissements insectoïdes et de slide guitare hantée, ou encore, un "Defrost Oven" minimaliste et léger. A la manière du Dream Syndicate (celui de Tony Conrad, John Cale , La Monte Young et Angus MacLise, pas celui de Steve Wynne, quoique...) les huit musiciens échafaudent une anti-cathédrale, vibrante d'ambiances mystérieuses et urbaines. Des titres dépassant généralement les 8 minutes, qui doivent beaucoup au jazz, au film noir ("Sonic Glimpse" feat Barry Adamson) et à New York en général. Pas de doute, Our Moon is Full est bel est bien un album unique, au moins en ce qui concerne les productions rock et affiliées actuelles qu'elles soient free, post ou expérimentales au sens large. Strings of Consciousness y navigue les yeux fermés même si c'est souvent dans les eaux troubles de la possession au sens vaudou du terme. Futur culte et bizarre, à n'en pas douter.

 

 

Strings of Consciousness - Our Moon is Full (Central Control/La Baleine, sept 2007)

http://www.myspace.com/stringsofconsciousness


Albums cultes des géants du bizarre #18 : Scott Walker – Tilt

Posté par Maxence le 25.09.07 à 18:33 | tags : contemporaine, culte et bizarre, rock, pop

Après une longue période de réclusion allant de 1984 à 1995, Scott Walker sort du silence avec une ambition : changer le fondement même de la musique populaire, effectuer un recadrage en profondeur en nivelant non pas "par le bas", comme a pu le faire naïvement le punk, mais en associant les musiques savantes et la culture mondiale, à la pop. Sur Tilt, premier album depuis des lustres, il est loin le crooner pour jeunes filles des Walker Brothers - même si l'on y retrouve déjà un peu de "The Electrician" paru sur Nite Flights des même Walker Brothers en 1978. Un morceau qui inspira par son ambiance expérimentale et vocale, le Lodger de David Bowie. Quant au "crooner", c'est un personnage que Walker a de toute façon définitivement laissé derrière lui avec Climate of The Hunter en 1984. Un choix qui participe d'une évolution logique de sa carrière solo, depuis Scott 4 en 1969.

 

Paru en 1995 sur Fontana et réédité deux ans plus tard sur le minuscule label indépendant Drag City, Tilt fait partie de ces albums totalement unique proposant un univers à part entière ("un empire emmuré", comme a pu le dire le fondateur des Virgin Prunes, Gavin Friday). Complètement immergé dans le bruit de fond du monde, Scott Walker en a fait une oeuvre déchirante en phase avec son époque, emprunte tout du long d'un lyrisme porté à son plus haut point d'incandescence ("The Farmer in The City", "Bolivia 95'", "The Patriot"). Un peu plus haut et le chanteur se brûlait les ailes au soleil de l'affectation, mais cela n'arrive jamais. Sur Tilt, Walker innove. Dosant parfaitement pathos et orchestration révolutionnaires, il invente des harmonies, crée des tensions inédites toujours prêtes à se fracturer. En ce sens, Tilt est un impossible chef-d'oeuvre d'équilibrisme basé sur l'utilisation mesurée du silence mais aussi une vaste opération de déstabilisation bruitiste. "The Cockfighter" par exemple, relève de la deuxième proposition. Scott Walker y hulule à la lune sur fond de percussions industrielles, que doit encore lui envier Trent Reznor de Nine Inch Nails. Après une introduction à la rythmique tribale soutenue, "Face on Breast" le voit manier le chaud et le froid en unissant les nappes aériennes générées par un orgue Hammond et les trilles hystériques d'un sifflet pour un résultat aussi captivant qu'inquiétant. Plus loin le chanteur montre ce qu'il est capable de faire sur des morceaux aux mélodies plus "classiques" comme "Bolivia 95'" (même si ses textes restent cryptiques au possible) ou l'éponyme "Tilt", plus rock. Il en profite pour exploser le format académique (la plupart des morceaux dépassent les 6 minutes quand ce n'est pas 8). Walker touche carrément au sublime quand il dispense ses climats précieux et profondément troublants sur "Patriot", le morceau de bravoure de l'album. A la fois bouleversant et profondément original, "Patriot"  évoque le croisement impossible de Franck Sinatra et de Père Ubu. Clairement le genre de morceaux qui vous fait monter les larmes aux yeux et passer des frissons sur tout le corps.

 

Il faut dire que l'album bénéficie du travail de co-production incroyable de Peter Walsh, grâce à qui, chaque son acquiert une importance indicible. A ce propos, Tilt regorge d'effets électroniques inédits (voir l'intro de "Bouncer See Bouncer"), cliquetis, vibrations, chuintements, agrandis jusqu'à ce que l'auditeur soit conscient du plus infime détail de cet environnement sonore fascinant. Autour de Walker, les instruments conviés sont aussi nombreux que les émotions cultivées par le compositeur : cuivres, cordes, hautbois et clarinette (en fait tout le London Philharmonique Orchestra sur certains morceaux), électronique et emprunt aux musiques ethniques ("Manathan"), Scott Walker voulait "faire quelque chose de différent" et dans ce domaine il atteint des sommets. Inclassable et inspiré Tilt est  monument de la musique actuelle. Mariant rock et musique contemporaine avec un sens de la perspective unique et une vision toujours inédite aujourd'hui, il est le digne précurseur des expériences antagonistes de TV On The Radio ou pousse la composition dans des retranchements dont aurait rêvé Mike Patton sans jamais oser les réaliser. Totalement culte, et bizarre bien sûr.

 

Scott Walker - Tilt (Fontana, 1995 / Drag City, 1997)