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Loin de l'histoire officielle du rock, de la pop et des musiques électroniques, se cachent des artistes atypiques et des oeuvres uniques, parfois ratées, parfois sublimes, souvent très drôles et quelque fois sinistres, mais toujours hors-normes et passionnantes. Cette rubrique leur est dédiée.

I Was a Teenage Werewolf, moi aussi

Posté par Maxence le 05.02.09 à 22:41 | tags : cimetière, punk, rock, culte et bizarre

Rien d'autre à dire, la vidéo parle d'elle même, R.I.P Lux Interior (des Cramps):

 




Rayon Alien : La TV de Psychic TV

Posté par Maxence le 30.01.09 à 17:10 | tags : psychédélique, youtube, culte et bizarre

 

La reine Genesis P-Orridge, leader transgenre de PTV (Psychic Tv pour les intimes) revient avec un album plus lysergique que jamais. Certains pourraient s'étonner, voir s'offusquer de constater l'abandon des machines, de la transe électronique et industrielle (trip vaudou, yeux blancs retournés dans les orbites, bras en l'air et cris d'orfraie) ou de l'electro pop extatique de "Roman P", pour un concept rock plus proche de The Black Angels, ou des Spacemen 3.

Composé après la disparition brutale et traumatisante de Lady Jaye Breyer, la compagne du gourou anglais, Mr. Alien Brain vs The Skinwalker est un album au psychédélisme rampant dans la veine immémoriale d'un Rocky Erickson ou d'un Captain Beefheart qui jammerait avec Syd Barrett et le Velvet Underground (cet album de PTV3 reprend d'ailleurs le "Foggy Notion" des New Yorkais, un track caché de "Reverberation" du Thirteen Floor Elevators et propose une adaptation libre du "No Good Trying" du Pierrot Lunaire de la pop anglaise des 60's). Mais après tout, il fut déjà dit que nulle véritable séparation (autre que celle qui règne dans l'esprit des puritains) n'existe entre électronique et psychédélisme, voire entre psyché et techno. PTV en son temps fut également une histoire de trip, fut-il électronique. L'important ici, étant de retenir que ce nouvel opus de PTV est absolument stupéfiant, indispensable.
L'autre information d'importance, c'est bien évidemment la présence sur ce CD d'un deuxième disque DVD de 30 minutes. Support sur lequel le groupe de sauvages réunis par notre diva post-indus, donne toute la mesure de son talent d'hypnotisme. Filmés sur scène, en tournée, ou pendant les répétitions, P-Orridge et ses amis donnent l'impression d'atterrir tout droit des 60's. On peut aussi y retrouver Lady Jaye Breyer, juste avant son ultime départ vers d'autres cieux. Mr. Alien Brain vs The Skinwalker, en somme, c'est "la TV de PTV".

 

Et en bonus, le "No Good To Trying" de Barrett revu et corrigé en live à Barcelone :

 







Top des futurs albums "cultes et bizarres" de 2008

Posté par Maxence le 29.12.08 à 15:39 | tags : electro, pop, rock, punk, funk, culte et bizarre

La rubrique "culte" (et bizarre) n'est plus, mais la tradition des albums et des artistes voués à la création de disques ovnis perdure. Retour sur ce phénomène en 10 albums étranges mais souvent très recommandable, de cette année 2008 décidement riche en expériences :

 

10.NLF3 - Ride On A Brand New Time (Prohibited Records/Differ-ant)
L'étrangeté française de 2008. Juste après un EP remarqué dans nos pages sur lequel plane l'influence de Fela, du post-rock et de l'electronica (Echotropic), le trio NLF3 revient juste avant la fin de l'année et enfonce le clou avec un album, Ride On A Brand New Time. Toujours aussi bizarre et future culte !

 

 

 

9.Dominique  - More Love Now (Dial/Nocturne)
L'album oublié de l'année, et pour cause : Collectif de musiciens né en Allemagne à Kreuzberg, Dominique et sa musique acoustique sur laquelle flotte une atmosphère étrangement fin de siècle, sort début 2008 sur Dial, fameux label electro !! Les amateurs de rythmes ne sauront que faire de ces références folk rock arides et grises mêlées d'aura urbaine à la Velvet Underground. Culte et bizarre, peut-être pas, mais en tout cas totalement hors du temps.

 

 

 

8.D.Lissvik - 7 TRX + Interdimension (Information/La Baleine)
Transe urbaine électronique, trip balearic vaudou, exotisme inquiétant et cérémonie occulte sur fond de folk californien, avec 7 TRX + Interdimension, D.Lissvik, moitié des suédois de Studio, signe une œuvre entre deux mondes qui déstabilisera même les fans hardcore du duo.

 

 

 

7.Flaming Lips - Christmas on Mars (WEA)
Noël sur Mars ? Rien de bien extraordinaire pour la fameuse bande d'allumés de Wayne Coyne. Reste un film (paru en DVD fin novembre) et un album conduit par le délirant Dave Friedmann qui s'annoncent tous deux comme des futures monuments de culte et bizarre. On envierait presque les archéologues qui découvriront ça dans 300 ans !

 

 

 

6.Grouper - Dragging A Dead Deer Up A Hill (Type/La Baleine)
Passé totalement inaperçu, cet album sublime de Grouper (le troisième de Liz Harris originaire de Portland) fut pourtant l'un des sommet folk expérimental et lysergique de l'année 2008. Souhaitons que par les voies de cette rubrique, justice lui soit enfin rendue.

 

 

 

5.Yeasayer - All Our Cymbals (We Are Free/Differ-ant)
Nouvel avatar néo-tribal tout droit débarqué de la grosse pomme, Yeasayer reprend le flambeau de leur collègue Gang Gang Dance avant que ceux-ci ne signe chez Warp. Quand Peter Gabriel et les Talking Heads jamment avec Panda Bear et sa clique, cela donne All Our Cymbals.

 

 

 

4. The Fall - Imperial Wax Solvent (Castle Music/Import)
Dernière bizarrerie en date pour les champions toutes catégorie confondues du culte et bizarre. Sur cet Imperial Wax Solvent monumental, Mark E Smith et sa bande font de la techno crunchy, du rock'n'roll bancal et de la pop tordue, tout en hululant à la lune qu'il est bon d'avoir cinquante ans ! Imbattable même si tout le monde s'en fout !

 

 

 

3.Neon Neon - Stainless Style (Lex/La Baleine)
En Angleterre et en Allemagne, Gruff Rhys et Boom Bip ont fait un tabac avec leur mélange de crunk, d'electro et de pop millésimé 80. En France, rien pour cet étrange album hommage à Zachary DeLorean, constructeur malheureux et play boy floué de la voiture du même nom. Alors Stainless Style, ovni de l'année ?

 

 

 

2.The Chap - Mega Breakfast (Lo recordings/La Baleine)
Injustement oublié de tous les top 10, le complexe Mega Breakfast regorge pourtant de chansons incroyable, d'audace, de trouvailles et de bonnes idées, malheureusement il semblerait qu'il faille attendre 10 ans pour que le public s'en aperçoive. Déjà culte et bizarre !

 

 

 

1.Majhongg - Kontpab (K Records/Differ-Ant)
A cheval entre expérimentations électroacoustiques low fi, musique africaine à l'os et avant-rock à la Pere Ubu, les américains de Majhongg réinventent le funk de l'homme blanc tout en proposant un des sommet culte et bizarre de l'année 2008.

 

 

 

Retrouvez tous les top de la rédaction




Le top 10 des meilleurs albums oubliés de 2008

Posté par Maxence le 12.12.08 à 09:57 | tags : culte et bizarre, électro, top

Ces albums et ces groupes n'intéressent personne, ou juste une poignées d'aficionados. Personne n'en parlera ou presque, pourtant ils sont souvent bien plus riches que ceux dont on parle à longueur de colonnes dans les revues musicales et sur les sites internet culturels. Ce top 10, majoritairement électro puisque c'est globalement la musique que je gère sur Fluctuat, leur est dédié :

 

01. Hatchback - Color of The Sun (Lo Recordings/La Baleine)
Moitié du duo Windsurf, Samuel Milton Grawe, offre avec son projet Hatchback, une version synthétique du rêve californien des Beach Boys.

 

 

 

02. Optimo - Sleepwalk (Domino/Pias)
Le duo culte de l'undergound punk funk écossais compile pour nous le meilleur de l'electro et de la new wave 80, sur un mix sous xanax à écouter sous la couette.

 

 

 

03. Dominique Leone - Dominique Leone (Stromland/Import)
Prodige de la pop electronique (pas de l'electro pop !) foutraque et surréaliste, Dominique Leone est le grand oublié de l'année 2008. Il aurait pourtant pu nous aider à avaler le retour très mou de Brian Wilson...

 

 

 

04. Padded Cell - Night Must Fall (DC Recordings/La Baleine)
Autre duo emblématique du punk funk anglo-saxon, Padded Cell signe en 2008 un parfait album de creepy disco.

 

 

 

05. Excepter - Debt Dept (Paw Tracks/La Baleine)
Les trublions de la scène néo-tribale new-yorkaise passe encore une fois inaperçu malgré "Burger", un parfait single tordu de dub electro psychédélique et rampant.

 

 

 

 

06. Skatebaard - Cosmos (Digitalo/Modulor)
Le Norvégien exploite la fibre cosmic disco avec humour et distance, entre hymnes disco pop pour fluokids et envolées à la Vangelis, Cosmos valait pourtant son pesant de paillettes.

 

 

 

07. Rod Modell - Incense & Black Light (Plop/Differ-ant)
Digne héritier de la vague tech'n'dub des années 90, Rod Modell propose avec Incense & Black Light ce qui restera un des albums techno les plus envoûtants de l'année 2008.

 

 

 

 

08. Fuck Buttons - Street Horrrsing (ATP/La Baleine)
Paysages électros psychédéliques aux couleurs saturées, entre Boards Of Canada, Pink Floyd et Autechre, les Anglais de Fuck Buttons sortiront le dancefloor de sa torpeur, malheureusement, il y retombera dès qu'ils auront le dos tourné.

 

 

 

09. Syclops - I've Got My Eyes On You (DFA/Differ-ant)
Nouvelle incarnation d'un des producteurs les plus barrés de sa génération, avec Syclops, le grand Maurice Fulton endosse le costume de gourou de l'electro funk punk, tout le monde s'en fout, même si cela lui sied à merveille.

 

 

 

10.Quantec - Unusual Signals (Echocord/Nocturne)
Ultime (?) retour au signal étouffé des années 90, sa techno chuintante et vombrissante à la Chain Reaction, Basic Channel, Quantec rejoint les légendes du genre, Maurizio, Monolake, et des petits nouveaux : Mikkel Metal ou Rod Modell.




Albums cultes des géants du bizarre #49 : Throbbing Gristle - 20 Jazz Funk Greats

Posté par Maxence le 31.07.08 à 17:32 | tags : culte et bizarre, électro, new wave, punk

Bien évidemment, le choix de cet album culte et éminemment bizarre prête à discussion, j'en conviens. Encore une fois, choisir un album parmi les sommets d'étrangeté proposés depuis plus de 30 ans par Throbbing Gristle (qui jouait encore, en juin dernier à Paris pour Villette Sonique) est une gageur. Pourtant, j'ai choisi de jeter mon dévolu sur 20 Jazz Funk Greats, parce que c'est mon préféré d'une part, le meilleur à mon sens également et celui qui permet d'ouvrir les portes de la perception de l'auditeur moyen à l'univers torturé de ce groupe/collectif britannique mythique.

 

Fondé en 1975 sur les cendres encore chaudes de la machine à performance COUM Transmissions, Throbbing Gristle est composé de Genesis P-Orridge, Cosey Fanni Tutti, Peter "Sleazy" Christopherson et Chris Carter. Jusque là, rien que wikipedia ne puisse vous apprendre. Reste que ces individualités sont importantes, pour ne pas dire incontournables, au sein de la musique de la seconde moitié des années 70 et de toutes les années 80, voiree 90. Qu'il s'agisse de P-Orridge avec son projet Psychic TV et son implication au sein de la scène acid house anglaise puis américaine, ou de Peter Christopherson et Coil, ou encore des expériences proto-techno et electro de Chris Carter et Cosey sous le nom de Chris & Cosey, tous les membres de Throbbing Gristle et leurs activités annexent eurent un impact considérable sur la création musicale de ces 30 dernières années (et je ne parle même pas de l'art contemporain, ou plus concrètement encore de la fondation de leur label Industrial Records qui accueillis des outsiders terroristes comme Cabaret Voltaire, Monte Cazazza ou William S. Burroughs et dont la devise "industrial music for industrial people" devait influencer et essaimer une bonne partie des musiques électroniquesf d'alors et à venir !)

 

Autant dire que nous n'avons pas affaire à de l'anecdotique ici. Et pourtant, 20 Jazz Funk Greats se prête bel et bien à l'anecdote. La légende veut en effet que ce soit pour faire plaisir à sa maman que le leader du groupe, Genesis P-Orridge, ait composé ces 11 vignettes électroniques tantôt rêveuses, tantôt malsaines, tantôt ondulantes comme de minuscules asticots qui danseraient sous votre peau. C'est vrai qu'à l'écoute de cet album, on s'étonne d'y entendre les mêmes personnnes qui balançaient les traumatiques Music From The Death Factory By Throbbing Gristle en 1976 (sur cassette uniquement) ou les reports de D.O.A. (non, ce n'est pas Dead Or Alive), soit The Second Annual Report Of Throbbing Gristle et D.o.A. The Third And Final Report entre 1977 et 1978. Qu'il s'agisse des cotonneux "Beachy Head" et "Exotica" (Boards of Canada aurait pu les composer), du fameux "Hot On The Heels Of Love" ou de l'hypnotique et pervers "Persuasion", rien ici ou presque ne vient rappeler les abominations bruitistes, les saturations et les performances post-fluxus et proto-actionnistes des origines, si ce n'est, les textes de P-Orridge. Cela ne veut pas dire pour autant que 20 Jazz Funk Greats est un album inoffensif. Au contraire. Et ceux qui pensent encore que 20 Jazz Funk Greats est l'album favori de ceux qui n'écoutent pas Throbbing Gristle, ont à la fois tort et raison. Raison car, oui en effet, cet opus est plus facile d'accès que les précédents (et les suivants), tort car s'il existe un disque auquel convient le terme de "venimeux", c'est bien celui-là.

 

Ecoutez bien les mélodies minimalistes, tristes et glaçantes de "Convincing People", "Walkabout", ces boucles étranges, ce beat squelettique. Ecoutez les paroles de "Convincing People" ou de "Persuasion", gigotez sur la danse macabre de l'éponyme morceau d'ouverture ou sur "Still Walking", vibrer sur "Tanith" ou le post-punk de "Six Six Sixties". Tout ici, par son apathie, frise l'angoisse, frôle l'hystérie avant l'explosion de rage démente. 20 Jazz Funk Greats est la petite musique qui tourne dans la tête du serial killer juste avant qu'il n'abatte sa hache sur la tête d'un innocent. C'est la mélodie morbide de l'enfant qui berce dans ses bras sa mère morte depuis une semaine. Froid, vicieux, annihilant toute résistance, 20 Jazz Funk Greats réussira sa mission. Aujourd'hui, pas un mix sans "Hot On The Heels Of Love", pas une rétrospective des années 80 sans "Convincing People", un blog renommé consacré au post-punk s'appel même 20 Jazz Funk Greats. Et le groupe continu sa croisade... ça fait peur non ?

 

Throbbing Gristle - 20 Jazz Funk Greats (Industrial Records, 1979)

http://www.myspace.com/throbbinggristle




Albums cultes des géants du bizarre #48 : Can – Tago Mago

Posté par Maxence le 24.07.08 à 17:40 | tags : contemporaine, culte et bizarre, électro, rock

Ce disque fut pour moi une révélation (et pour qui ne le fut-il pas d'ailleurs ?) Il fut aussi pour beaucoup dans ce que je suis aujourd'hui : un auditeur éclectique. A la manière du ciel qui se déchire sur les premières mesures introduisant "Oh Yeah", Tago Mago est un satori, le disque de l'éveil. Il y en eu d'autre avant et il y en aura certainement d'autres après, mais celui-ci, par son mélange de rock, de psychédélisme, de transe, de musique électroacoustique et concrète, correspond à une étape, un moment clé de l'histoire de la musique et de ma vie d'auditeur. C'est celui de l'ouverture tous azimuts, non plus à la musique, mais "aux musiques", et ce, sur un seul et même album.

 

Can s'appelant initialement Inner Space puis The Can, patronyme sous lequel ils produirent les morceaux réédités en 1981 sur le titre Delay 1968 sous le nom simplifié de Can) Tago Mago est le second album du groupe après Monster Movie (Soundtracks paru un an avant, étant une compilation de scores et d'inédits). Double album mutant pour musiques hybrides, Tago Mago mêle habilement avec vingt ans d'avance, break insensés, ambiant, rythmes pré-techno et même chant proto-hip hop. A la manière d'un Miles Davis électrique sur les sessions de Bitches Brew (influence revendiquée par les Allemands), Holger Czukay (basse) Irmin Schmidt (synthétiseur), Michael Karoli (guitare et chant) et Jaki Liebezeit (batterie), le line-up originel, auquel il faut ajouter David Johnson à la flûte, l'Afro-Américain Malcom Mooney au chant, auquel succède le Japonais Damo Suzuki, poursuivent leur exploration d'une musique nouvelle, sortant du format rock-pop anglo-saxon. Un enthousiasme et une volonté qui seront l'occasion d'initier des méthodes d'enregistrement et de production révolutionnaires. Sur Tago Mago le groupe utilise le bruit (le souffle des bandes comme son environnemental), le cut-up, le collage ou le mixage de prises live et de sons électroniques. Extrêmement impressionnés par le surréalisme sauvage du "l Am The Walrus" des Beatles, ces quatre élèves de Karlheinz Stockhausen y explorent toutes les facettes de l'avant garde et de la pop.

 

Tago Mago s'ouvre sur le narcotique "Paperhouse", une balade chamanique et spatiale de presque 8 minutes qui quitte rapidement le sentier hippie pour emprunter des chemins moins prévisibles, ceux d'une transe analogique qui deviendra la marque de fabrique du groupe. Une chevauchée krautrock tourbillonnante menée tambour battant par la batterie polyrythmique d'un Liebezeit au sommet de son art et la guitare d'un Karoli en transe tandis que le chant de Suzuki prend des intonations magiques et chuchotées. Une recette que reprennent les scotchants "Oh Yeah" et "Halleluhwah", après l'étrange et arythmique "Mushroom" qui inspirera la scène punk comme, plus tard, la new wave. "Oh Yeah", morceau phare de Tago Mago, hypnotique et répétitif, est introduit par l'orage. Une électricité rendue folle et libre par l'anti-conformisme de ce groupe hors normes qui semble à ce moment clé de l'histoire de la musique, parfaitement conscient du bon en avant qu'il impose au rock d'alors. Le chant joué à l'envers de Suzuki n'est pas sans évoquer le kobaïen, langue imaginaire inventée par le leader des Français de Magma, Christian Vander. La musique elle, oscille entre répétition krautrock, improvisation jazz et influence asiatique, le tout est bien évidemment fortement psychédélique, tout comme son successeur "Halleluhwah", un brin plus posé et plus jazzy malgré son final acid rock.

 

Puis viennent les aspects les plus difficiles de ce diable d'album. C'est la longue dérives ambiant électroacoustique de "Aumgn". Presque vingt minutes dans l'espace infini des sons, entre improvisation, musique ethnique, musique contemporaine et dérives psychédéliques hantées. Tago Mago se clôt enfin sur "Peking O", la suite de  "Aumgn" sur lequel la voix du Japonais Damo Suzuki vient ajouter une touche de magie primitive inquiétante et "Bring Me Coffee or Tea", morceau du retour sur terre. Une ballade imaginaire tout à fait folk et pourtant littéralement transformée par le voyage entrepris par le groupe. L'auditeur, quand à lui, s'il est un temps soit peu sensible, revient également transformé. Things 'll Never be the Same Again.

 

Can - Tago Mago (Spoon, 1971)




Albums cultes des géants du bizarre #47 : The Wolfhounds - Blown Away

Posté par Maxence le 17.07.08 à 18:39 | tags : culte et bizarre, pop, punk

Parlons un peu de "guitares acérées"... Une métaphore facile, souvent utilisée par les critiques fatigués. J'ose le dire ici et maintenant, ce terme va pourtant comme un gant aux guitares qui occupent (presque) tout l'espace de ce fabuleux album des Wolfhounds, groupe culte et bizarre s'il en est ! Des guitares coupantes au tranchant de lame de rasoir effectuant des figures dignes du plus virtuose film de sabres chinois ou japonais, c'est ce à quoi s'expose l'auditeur innocent quand il pose ses deux oreilles (comptez les bien à la fin du disque, on ne sait jamais) sur Blown Away, avant dernier album de ce groupe injustement ignoré des années 80.

 

On parle souvent de Mark E. Smith, le fulminant leader de The Fall, comme l'un des pires caractères que l'Angleterre ait connu, pourtant, s'il est un autre atrabilaire intraitable de la brit-pop et du rock anglais des années C86 (du nom de la fameuse compilation offerte cette année-là par le NME), c'est bien Dave Callahan, leader des Wolfhounds. Fondé, justement, en 1986, The Wolfhounds traverseront bien des orages, des changements de line-up et des mésaventures diverses, au milieu de l'indifférence quasi générale du public jusqu'en 1990, date de la séparation, malheureusement annoncée, du groupe. Annoncée, parce que leur leader trop sensible, trop intelligent et trop aventureux, ne su jamais se plier aux canons de la brit-pop d'alors, refusant tout formatage pour accoucher d'une œuvre multiforme, comportant pourtant des pics fait de ballades nauséeuses ("Another Hazy Day on The Lazy A", "Restless Spell"), de brûlots enragés ("L.A. Juice", "Rent Act"), de pop songs venimeuses ("Happy Shopper", "Torture"), qui toutes, pourtant, dépassaient le simple cadre de ce que la pop s'imposait masochistement à elle-même. C'est un fait, les Wolfhounds devaient plus aux Sonic Youth d'Evol, aux expériences de PiL sur Metal Box ou à la mélancolie toute britannique d'un Nick Drake, ainsi que celle, bercé d'embruns californiens, du Lorca de Tim Buckley qu'aux têtes de charts de l'époque. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, dégoûté du music business, Callahan partira fonder Moonshake, autre exemple d'intransigeance musicale avérée, qui subira le même sort que son prédécesseur.

 

Reste qu'entre 1986 donc, et 1990, The Wolfhounds, les "chiens-loups" de la brit pop, veillent au grain, et veillent bien. Sur ce Blown Away emblématique, mini-album d'une densité hallucinante, Callahan crache sa haine du conformisme culturel et social avec une classe d'autant plus britannique qu'elle est purement et simplement dirigée contre son pays. Emaillant ses compositions de samples colériques (le fameux : "You Children, with your goddamn Brooks & Brothers suit, you sons of a bitch" à la fin du morceau éponyme de l'album), l'anglais bâtit des échafaudages de verre coupant (on aurait pu dire des cathédrales, mais les cathédrales sont appelées à perdurer alors que les édifices de The Wolfhounds sont irrémédiablement voués à la destruction par leur propre créateur) s'envolant vers le ciel pour rivaliser avec les anges et défier leur "Divin Patron". Là-haut, les Wolfhounds engagent des combats de guitares minimalistes dignes du Marquee Moon de Television ou du Pink Flag de Wire. Sur "Rite Of Passage", ou "Tropic Of Cancer", les Wolfhounds découpent leurs compositions proprement, et à sec, à coup de riffs étincelants, éblouissants même, tant la clarté des guitares est violente, jusqu'à l'incandescence. Et on le sent bien, Callahan brûle tout sur son passage, conscient de la faillite du groupe. Plus loin ("Living Fossil"), il se lamente d'une manière poignante sur l'état de la planète, à la fois aux mains de fossiles vivants (les dirigeants) et bientôt réduite à l'état de fossile tout court. Cela n'empêche pas le groupe de rebondir sur les morceaux sans concessions que sont "Dead Sea Burning", le cinglant "Blown Away" et "Skycrapers", épique morceau de punk rock porté sur trois minutes par la voix étonnement lyrique cette fois, de Callahan. L'ensemble se clôt sur "Personal", une étrange ballade électronique minimaliste, qui annonce avec quelques années d'avance les expériences proto-dub et free-rock de Moonshake.

 

The Wolfhounds - Blown Away (Midnight Music, 1989)

 

Et n'oubliez pas de visiter cet excellent site posthume dédié au groupe 
http://www.thewolfhounds.com/index2.htm




Albums cultes des géants du bizarre #46 : Maurizio - M

Posté par Maxence le 10.07.08 à 17:48 | tags : culte et bizarre, électro, techno

1997, le CD est roi, au grand dam de certains ! Débarque dans les rayons, M Series, un étrange objet en aluminium brossé recouvert d'un sticker reproduisant des rondelles de EP et doté d'un discret autocollant collé au dos qui clame : Buy Vinyls ! Tout est dit, ou au moins, à ce qu'il paraît, car le boîtier métallique renferme en fait une autre surprise : sa conception vicieuse est telle que toute personne tentant plus ou moins brutalement de retirer le CD qu'il abrite de son support de fixation risque de le casser proprement en deux ! Un piège cruel en forme de pied de nez ironique de la part du plus mystérieux avatar de la techno berlinoise des 90's au musique business tout puissant et au totalitarisme numérique d'alors.

 

Car Maurizio, sous ce pseudo évoquant plus une des monstruosités italo disco transalpine, qu'une entité incontournable de la techno cérébrale allemande, n'est pas un projet electro comme les autres. C'est le fruit de la rencontre et du travail de Moritz Von Oswald et de Mark Ernestus, figures emblématiques de la new wave germanique des 80's sous le nom de Palais Schaumburg, devenus accros au dub et à la techno au début des années 90. Dès 1992, Von Oswald et Ernestus s'engagent dans la production électronique sous le nom de Maurizio, devenant rapidement un mythe au sein de cette scène. Profondément respectueux des canons de la techno de Detroit (anonymat, militantisme politique et artistique) et des rythmes profonds, narcotiques et répétitifs du dub jamaïcain (echo, delay, reverb, souffle et craquements de vieux vinyls), ils élaborent un mix de ces deux tendances et créent le label Basic Channel. Quelques années plus tard, ils délaisseront cette structure et fonderont Chain Reaction, la suite logique de leur aventure. Sous cette étiquette, ils produiront le meilleur de la techno allemande des années 90, à tendance expérimentale et monomaniaque.

 

Mais revenons à Maurizio. Sous ce nom nos deux Allemands anonymes (personne ne les a jamais pris en photos, ils exigent de ne pas être cités en interview, etc.), développent une techno entièrement analogique (le combat contre le numérique continue !), et déploie sur le label du même nom, une douzaine de EP mythiques, un son hypnotique, amniotique et asthmatique. La musique se devant d'être écoutée, Maurizio cède aux sirènes de la production CD et M Series incarnera la réunion de leurs meilleurs morceaux sur le support sacrilège du CD. Une bonne idée puisque cette édition en CD en scotchera plus d'un. Cette non-techno attirera même de nombreux auditeurs auparavant totalement réfractaires à ce genre de musique. Car l'electro de Maurizio, jusqu'alors peu accessible en vinyl, est à la techno ce que les Spacemen 3 furent au rock psychédélique : un cas extrême, mais aussi un épigone minimaliste comportant assez de mystère et cultivant assez d'espace intérieur pour fasciner toute une frange d'amateurs cherchant le dérèglement des sens, qu'il soit rock ou totalement autre.

 

Onze ans après, force est de constater que la techno chuintante et filtrée de Maurizio, cette musique maniaque pour beat junkie en mal d'hypnose, nous emmène toujours aussi loin, de Berlin par Detroit en passant par Kingston, le son de Basic Channel et de Chain Reaction hantera d'ailleurs toutes les années 90, et revient même aujourd'hui sur le devant de la scène avec des projets comme Deepchord, Quantec, Rod Modell, Pole ou Mikkel Metal. Les puristes resteront pour leur part sur ce M Series qui incarne encore aujourd'hui, tout ce que cette musique a de fascinant.

 

Maurizio - M Series (Maurizio, 1997)




My Bloody Valentine au Zénith : les boules (Quiès)

Posté par Slick Rick le 10.07.08 à 12:41 | tags : live, culte et bizarre, rock, reformation

 

 

Quadras cools, trentenaires branchés, indie-rock fans, geeks, curieux et ingénieurs du son en mal de sensations attendaient ce moment depuis plus de 15 ans. Aaah, le retour de My Bloody Valentine. Historique, incontournable, culte et tout ce que vous voulez, l'évènement s'est finalement produit hier, au Zénith de Paris. Et ce fut un pétard, que dis-je, une dynamite...mouillée.

 

Beaucoup de "vieux" de 40 ans dans la salle quasi-comble, souvent mal rasés ou avec un reste de cheveux longs, une boucle d'oreille, des pattes un peu rebelles ou quelque chose, un petit détail attestant de leur (ex) rock'n'roll attitude. Je croise même un clone (= fan) de Morrissey au bar. A 21h10, l'impatience commence à poindre dans l'assistance : "Grouillez-vous My Bloody Valentine, ça fait déjà 15 ans qu'on attend !" s'exclame une rigolote.

 

21h15. Belinda Butcher, Colm Ó Cíosóig et Debbie Googe entrent en scène. Kevin Shields aussi, mais on ne le voit pas très bien: le discret sorcier shoegaze porte une tenue aussi sombre que le mur d'amplis implanté derrière lui. Ainsi camouflé, et fidèle aux principaux points de la doctrine du shoegazing ( 1/"tu ne diras pas bonsoir au public", 2/"D'ailleurs, tu ne t'adresseras pas au public avant la moitié du concert", 3/"Tu conserveras ta mine d'enterrement quoi qu'il arrive", et surtout "Tu ne quitteras pas des yeux tes baskets à moins bien sûr qu'un problème technique majeur ne se produise") Kevin Shields honore sa légende, restant imperturbable, immobile et renfrogné (presque) toute la soirée.

 

Acoustique déplorable

 

Dès la première note, le public comprend violemment pourquoi on lui a distribué des boules Quiès, d'office, à l'entrée. Une question de survie: le son, véritable maelstrom, coupe le souffle - au sens propre. Ma bière en tremble d'effroi, dans son misérable gobelet de plastique. Mais ça, l'ouragan sonique, on s'y attendait: c'est même ce qu'on était venu chercher. Non, le souci, parce qu'il y en avait un, c'était le Zénith et son acoustique déplorable. C'est simple, on n'entendait pas le chant de Kevin Shields. Ni trop d'ailleurs celui de Belinda Butcher. Le souvenir émerveillé de Loveless, des magnifiques feulements de Belinda, en sublime lévitation sur le magma de larsens telluriques propagé par Kevin Shields ont vite été rattrapés par la triste et triviale réalité de ce mercredi 9 juin...Une bouillie sonore, ennuyeuse au bout de 20 minutes pour ma part. Bouillie d'où émergeait parfois, avec peine, l'ombre d'une chanson, amorçant un début d'émotion, finalement toujours cantonnée à un état larvaire.

 

Quelle frustration, quel massacre quand on sait le soin d'orfèvre maniaque avec lequel Shields mixe et produit ses morceaux en studio. Ainsi, la somptueuse "Only shallow" portait bien son nom hier soir. Et les My Bloody Valentine n'y ont été pour rien. Si les images organico-strobosco-pouetpouet n'avaient guère d'intérêt, les musiciens quant à eux ont fait le boulôt avec classe. Colm Ó Cíosóig a laminé ses fûts sans relâche, Debbie Googe a fait souffrir sa basse avec hargne et volupté, tandis que Kevin Shields assurait avec flegme son taux vital de larsens, et que Belinda Butcher, éternelle adolescente de 47 ans, en mini-jupe, martirisait sa guitare d'un air angélique et naîf.

 

On a dû se contenter de cette pâle impression de mythe souillé (Kevin Shields ouvrant la bouche pour la première fois, au bout d'une demi heure de show, pour s'excuser de la mauvause acoustique; Kevin Shields interrompu dans son cultissime final bruitiste de "You made me realise" par...un problème technique!?), se satisfaire de ce vain déchainement noisy, pourtant amputé de ce qui constitue son complément essentiel, voire sa raison d'être chez les MVB: la mélodie pop.

 

 

Setlist:
1. I only said
2. When you sleep
3. When you wake
4. You never should
5. Cigarette in your bed
6. Come in alone
7. Only shallow
8. Thorn
9. Nothing much to loose
10. To here knows when
11. Blown a wish
12. Slow
13. Soon
14. Feed me with your kiss
15. Sue is fine
16. You made me realise

 

Pour plus d'infos, lire notre article sur le retour de My Bloody Valentine et notre Histoire du shoegaze

 

 

 

 




Albums cultes des géants du bizarre #45 : Sonic Youth - Evol

Posté par Maxence le 28.06.08 à 15:29 | tags : culte et bizarre, punk, rock

"We're gonna kill the California girls we're gonna fire the exploding load in the milkmaid maiden head" (Nous allons tuer toutes les filles de Californie / Nous allons foutre le feu et faire péter les mamelles de ses vaches laitières), ainsi débute le fameux "Expressway To Yr. Skull" aussi nommé "Madonna, Sean And Me" sur la pochette de ce monument culte et bizarre, mais également "The Crucifixion of Sean Penn" dans les notes de pochette. Et en effet, s'il fallait choisir un disque éminemment culte et bizarre dans le discographie des quatre New Yorkais de Sonic Youth (tache ardue, il faut bien le reconnaître) Evol fera tout de même toujours figure d'outsider dans le lot.

"Evol", c'est "Love" à l'envers bien sûr. C'est le grand disque de la rébellion anti-hippie de Sonic Youth. C'est aussi la vision iconoclaste de quatre blancs becs, new-yorkais jusqu'au bout des ongles des orteils et profondément révulsés par la vulgarité californienne. C'est aussi une lecture pour le moins personnelle, si ce n'est totalement lucide, de l'odyssée pop du flower-power et du soit disant "summer of love" des 60's, revu et (sévèrement) corrigé par la no wave. Pour ça, une chanson définit tout, et c'est "Expressway To Yr. Skull" (cf : les paroles en introduction de cette chronique), que les Sonic Youth composèrent comme un hymne à la destruction de la culture californienne US, ses surfeurs blonds peroxydés et ses filles en rollers les mamelles à l'air. Un passage de "Love" à "Evol" (Evil !), marquant le repli des idéaux politiques et communautaristes de l'utopie naïve des "enfants fleurs" et des années 60 (assassinat de Martin Luther King, en avril 1968), tout en étant la dernière année avant l'hécatombe (décès de Jimi Hendrix, de Janis Joplin, de Jim Morrison).

 

Un hommage aux parties les plus sombres du rêve américain que les Sonic Youth doivent à leur expérience traumatique sur le terrain lors du tournage de la vidéo de "Death Valley 69" pour l'album Bad Moon Rising, un an avant. Un titre qui préfigurait Evol, et fut l'un des premiers clips du groupe - réalisé par le mythique réalisateur no wave et photographe fétichiste, Richard Kern, qui signe également la pochette de l'album Evol - et qui était déjà une allusion au meurtre sanglant de Sharon Tate par les sbires de Charles Manson, au 10050 Cielo Drive dans ce que l'on appelait alors "Le Canyon", un lieu résidence retiré pour les artistes et les marginaux fuyant les centres-ville de Los Angeles. Meurtre qui eu lieu le 9 août 1969 dans "la vallée de la mort".

 

La Californie selon Sonic Youth c'est la fin du rêve américain, celui qui vire au cauchemar. Une remise en cause violente et très punk de la contre-culture tel qu'envisagée par les tenants de la génération précédente (les Sonic Youth sont avant tout des enfants des années 70 et 80 et le disent) ainsi qu'une conception très "Surf nazis must die", de la culture californienne (cf : l'hilarant et débiloïde "Bubble Gum", pastiche power-rock dopé aux amphétamines). En parallèle, Sonic Youth signe ses plus beaux et troublants morceaux : "Shadow of A Doubt", "Green Light", "Tom Violence", "Secret Girl" et "Marilyn Moore" hommage du groupe à la chanteuse de jazz du même nom. Droit dans ses Doc. Martens, Evol fait honneur à sa thématique et plonge l'auditeur dans une sombre mélancolie, de celle que seul un orage ou une crise de nerf pourrait apaiser, et c'est bien de ça dont il s'agit sur le bruitiste et crashé "Death To Our Friends". Evol reste incontestablement l'incarnation de la rage rentrée de la jeunesse des années 80, celle qui a pris conscience que contrairement à ce que disaient leurs parents et leur grands-parents, l'heure