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On se passionne souvent, à juste titre, pour les artistes hors normes, les excentriques et les fous. Par une étrange inversion il devient parfois plus difficile de se faire remarquer quand on n'est qu'un honnête et gentil musicien qui cherche à faire de la musique qui plaît au plus grand nombre. Honneur aux musiciens normaux qui font de la musique banale mais ô combien culte. 

Q : Are We Cats ? A : We Are Devo

Posté par éèëê le 04.06.08 à 15:18 | tags : culte et normal, live, rock, villette sonique

 

Foule extatique, en transe sous les coups de butoirs de "Uncontrollable Urge" ou "Whip It", choeurs brouillons du public sur la plus célèbre reprise des Rolling Stones… Egarés dans un couloir temporel, les fans hardcore (45 euros la place tout de même) et gentillets de Devo ont agités leur crête rose fluo, comme si rien n’avait changé en 25 ans. Il y avait du vieux et beaucoup du jeune, on a vu du parisien attentiste perché sur les gradins et ma voisine, une anglophone d’à peine la vingtaine, qui m’a enivré de ces longs cheveux fraîchement shampouinés et détruit les oreilles de ses glapissements stridents.



Mêmes costumes kitsch d’éboueurs astronautes qui finissent en haillons – le concept de Devolution, rien à voir avec un strip tease –, coiffés de l'éternel chapeau rouge concentrateur d’énergie sexuelle (j’ai pas testé), les cinq Américains barjos ont livré un show proto punk / no-wave / new wave propre et pro, avec chorégraphie et tout le touin touin. Si ça ravageait sec dans les rangs pendant leurs inestimables tubes ("Girl U Want", un "Mongoloïd" au final explosif et l’incontournable "Jocko Homo" qui a bien duré 7 minutes), on s’est aussi un peu fait chier dans les digressions rock ricain lourdaudes, façon B.O. de Rocky (je cite mon compagnon de dévolution). On va pas faire la fine bouche devant la légende, mais ça n’est jamais que lorsqu'ils sont vraiment énervés qu’ils sont rigolos et charismatiques !



Rentré avec le chapeau magique chèrement gagné, j’ai expliqué à Scarlett les vertus de la Dévolution, les malheurs du Reaganisme et pourquoi Alizée ne sera jamais Mylène Farmer. J’ai failli oublier de lui parler de Marvin, la première partie venue de Montpellier, qui nous a fait un concert ébouriffant, une sorte de math-rock-vocoder-Moog hypra dansant, entre Battles et Polysics. Mais elle était déjà partie chier un coup manger des croquettes.

 




Albums Cultes des Géants du Normal #6 : Janet Jackson - Control

Posté par 2goldfish le 06.03.08 à 14:55 | tags : culte et normal, pop, rnb

Bon, c'est son nom sur la pochette et c'est elle qui chante. Elle est même sans doute pour quelque chose dans l'excellence de l'album, qui sait, alors on va commencer par parler un peu de Janet Jackson.

 

 

Control est son troisième album mais on peut le compter comme le premier pour pas mal de raison. Déjà, c'est le premier à être bon. Le premier aussi, ce n'est pas une coïncidence, qu'elle enregistre après s'être libérée de l'emprise de son père (personne n'a besoin que je lui explique que papa Jackson était un peu "sévère") et le premier qui lui permet de sortir de l'ombre de Son Frère et de celle de ses autres frères et soeur même, c'est dire si elle partait de pas bien haut. D'où le titre "control" qui veut dire "contrôle" et le thème de l'émancipation joyeuse qui parcourt le disque. Si j'écrivais pour une émission musicale de M6, je raconterais certainement que Control est une étape majeure de l'émancipation de la femme dans la musique pop à une époque où elle était encore attachée à ses fourneaux (le disque est sorti en 1986) mais en dehors de quelques neuneus persuadés que les Spice Girls ont inventé le féminisme, personne ne devrait entendre ce disque comme plus que l'innocente et adorable affirmation d'une gamine.

 

Voilà, c'est fait... On peut maintenant parler des auteurs, ceux qui ont conçu cet écrin pour la personnalité de la chanteuse : Control est l'oeuvre avant tout des producteurs Jimmy Jam et Terry Lewis, deux anciens protégés de Prince (on ne reste jamais longtemps le protégé de Prince) dans le groupe The Time. Ils ont bien retenu les leçons de Prince et concocté un album de R&B funky et pop presque entièrement joué au synthé. De bons vieux synthés eighties qui perdraient leur temps à tenter de sonner "naturel' et qui repousseront plus d'un auditeur d'aujourd'hui. Ils sont partout, de l'ouverture funk robotique de la chanson titre à la sensualité de papier glacé du R&B des derniers morceaux en passant par la pop plastique du milieu. Car en plus le disque est véritablement séquencé aussi simplement et clairement que ça et, curieusement, ça marche.

 

 

Alors que Janet est en pleine tentative de retour après le nipplegate et quelques albums calamiteux, ce n'est pas forcément une bonne idée de réécouter Control : il nous rappelle des temps plus innocents (dans "Control" elle chante "prenons notre temps", aujourd'hui elle chante qu'elle est "massive comme le premier jour des règles") et une réussite qu'on répète une fois (l'album suivvant Rhythm Nation 1814), pas deux.







Albums Cultes des Géants du Normal #5 : The Shins - Chutes Too Narrow

Posté par 2goldfish le 22.02.08 à 10:36 | tags : culte et normal, pop

Les Shins, c'est en un seul groupe tous les pires aspects du rock dit "indie" américain : quatre mecs aux airs de nerds, trop de pilosité faciale, des paroles consacrées à leurs sentiments, une base guitare/basse/batterie sans la moindre imagination, des chansons qui parlent de leurs sentiments... Dans leur dernier clip ils imitent mal Wes Anderson ! Ils utilisent des mots compliqués et déconstruisent des vers en pensant justifier ainsi le total manque d'originalité de leurs propos ! Ils vendent énormément de disques aux Etats-unis à cause du film "indie" d'une star de sitcom ! Les mp3blogueurs les adorent ! Aaargh, n'en jetez plus, je les hais ! Je voudrais les voir mourir écrasés sous une pile de CD de Pavement ou de My Chemical Romance !

 

Ah oui, sauf que... Ils ont enregistré UN très bon album. Chutes Too Narrow, le seul de leurs trois disques à ne pas être plombé par une aspiration à l'originalité dans sa production. Musicalement, The Shins est le groupe le plus ennuyeux du monde en presque tous points et sur ce disque ils ont décidé de ne pas essayer de le masquer. Heureusement, parce qu'ils sont encore pire quand ils tentent des effets de manches avec des nappes de synthés et plus de réverb' que dans un hangar à bateau en tôle. Sur Chutes Too Narrow on entend juste le groupe jouer, tout juste accompagné de l'occasionnel violon ou xylophone. Ca veut dire qu'on entend mieux les paroles terriblement emo et que même le fan d'indie rock avec le plus gros cache oreilles critique est forcé de reconnaître le manque total d'imagination du groupe mais ça veut dire aussi qu'on a une chance de juger ces chansons pour elles-mêmes et pas juste pour les barbes de ceux qui les jouent.

 

Or donc, elles sont plutôt bonnes ces chansons. Plutôt très bonnes même. James Mercer, songwriter et chanteur du groupe, a un sens de la mélodie proprement hallucinant. Il développe des thèmes complexes et subtils, promène sa voix autour d'eux avec une aisance apparente qui masque la complexité de ses mélodies et compose des structures alambiquées qui tiennent debout avec l'évidence de la plus simple des chansons pop. Mercer est un songwriter purement américain, qui mérite toutes les comparaisons à Burt Bacharach qu'il reçoit. Le groupe derrière lui fait preuve d'efficacité et de subtilité, se mettant totalement au service des chansons avec des arrangements un peu folk-rock qui évoquent auss bien Nick Drake et les Byrds que Big Star et Left Banke.

 

Avec un tel travail d'orfèvre, un classicisme aussi séduisant, on pardonne bien des paroles comme "After all these implements and text designed by intellects / So vexed to find evidently there's just so much that hides / And though the saints of us divine in ancient feeding lines/ Their sentiment is just as hard to pluck from the vine" qui veulent dire dieu sait quoi et ressemblent au blog d'un étudiant américain inscrit en cours d'"écriture créative". Pour dix chansons comme ça, on veut bien pardonner toute l'esthétique du groupe.




Albums Cultes des Géants du Normal #4 : De La Soul - Three Feet High and Rising

Posté par 2goldfish le 04.01.08 à 10:47 | tags : culte et normal, hip hop, psychédélique, rigolo

Les gars de De La Soul n'étaient pas du tout "normaux" dans le hip hop de la fin des années 1980 et sorti aujourd'hui, leur premier album resterait certainement dans la marge mais, pendant une courte période, ces garçons ont cartonné et semblaient partis pour changer le cour de l'histoire du hip hop. Ce qu'ils ont fait, bien sûr, mais pas vraiment dans le mainstream. En 1989 si vous faisiez du hip hop vous étiez soit un Public Enemy, "conscient", aggressif, soit un Nigger With Attitude : inconscient, aggressif. De La Soul était "conscient" mais ni moralisateur ni trop sérieux et surtout n'aurait pas fait de mal à une mouche.

 

On les a souvent taxé de hippies à leur corps défendant et c'est vrai que ce premier album sent beaucoup l'herbe qui fait rire. Posdnuos, Trugoy et le DJ Pasemaster Mase ont truffé l'album de petits sketches absurdes et leurs raps parlent d'amour, de paix, des conseils de Mr Crocodile et Mr Ecureuil, du besoin d'utiliser du savon et de trous dans la pelouse. Même quand ils parlent du ghetto et des ravages du crack, ils gardent un ton léger, ludique et poli qui laisse les idiots croire qu'ils ne peuvent pas être sérieux. Pire que tout ça, ces mecs sont positifs : ils ne peuvent qu'être complétement défoncés, non ?

 

Au moins aussi iconoclaste, la production de Prince Paul et Mase a tout simplement révolutionné le sampling. Là où les autres n'utilisaient encore les samples que pour poser un beat ou un hook, 3 Feet... est parsemé de mini-samples de quelques secondes, très souvent utilisés pour une simple blague. Ces samples viennent véritablement de partout : Kraftwerk, Johnny Cash, Bill Cosby, Funkadelic... Le résultat est un véritable collage psychédélique, surréaliste, post-moderne et tout ce que vous voulez d'autre. Sur "Potholes In My Lawn" le hook est un mix de yodel et de guimbarde, tandis que "Transmiting Live From Mars" réunit de vieilles leçons de français et "You Showed Me" des Turtles.

 

Ce dernier sample causera malheureusement beaucoup d'ennuis au groupe et la fin de l'âge d'or du sampling : suite à un procès fait par les Turtles à De La Soul, il est désormais nécessaire aux USA comme en France de demander l'autorisation d'un artiste avant de le sampler. Les licenses Creative Commons étaient encore loin. Ces problèmes judiciaires et les accusations de "hippie" ont mené à la sortie plus de deux ans plus tard de De La Soul Is Dead, un album qui riait très jaune, un autre chef d'oeuvre, sans aucun doute, mais plus un chef d'oeuvre du bizarre.




Albums Cultes des Géants du Normal #3 : The Zombies - Odessey & Oracle

Posté par 2goldfish le 20.12.07 à 11:17 | tags : culte et normal, pop

On en fait beaucoup aujourd'hui de la british invasion et des débuts des Beatles, Stones ou The Kinks. Sans la suite cependant, seuls les lecteurs de Rock'n'Folk discuteraient encore de cette courte période où par un curieux concours de circonstances les Etats-Unis se sont mis à écouter des gamins anglais qui les imitaient. Un phénomène pop à peine moins anecdotique que le succès de Jean Reno au Japon.

Ces groupes anglais des sixties n'ont commencé à être véritablement intéressants que quand ils se sont éloignés du blues américain qu'ils copiaient religieusement et qu'ils ont commencé à incorporer des influences européennes : le clavecin de "In My Life", la flûte à bec de "Ruby Tuesday"... Les Zombies ont toujours eu une longueur d'avance sur leurs contemporains puisqu'au R&B ils ont toujours préféré le jazz, la musique de chambre et la pop pré-Beatles la plus classique.

 

On s'étonne encore aujourd'hui que, malgré quelques succès dont celui de leur incroyable premier single "She's Not There", les Zombies n'ont jamais vraiment cartonné. Contrairement aux Turtles, un groupe assez comparable, ils n'ont pas un single immortel comme "Happy Together" pour les rappeler à nos esprits via la pub ou le cinéma et ils sont restés dans un oubli relatif des années durant. Aujourd'hui encore, malgré des redécouvertes successives d'Odessey And Oracle par plusieurs générations de journalistes enthousiastes, ils n'ont toujours pas obtenu la même réhabilitation post-mortem qu'un groupe comme Love. Les Zombies errent dans les limbes de la reconnaissance, ni tout à fait oubliés ni largement célébrés. Tout juste entendrons nous un peu plus parler d'eux au printemps lorsqu'ils se reformeront pour jouer leur album en intégralité lors de quelques dates à Londres.

 

Leur seul véritable album (les autres ne sont que des compilations de singles), Odessey And Oracle aurait été enregistré par un groupe qui savait sa dernière heure venue. Pourtant la chanson "Care Of Cell 44" est l'introduction la plus exaltante qui soit, notamment grâce à un génial plan choral façon The Beach Boys (qui s'y connaissait en exaltation) et d'autres morceaux comme "Friends Of Mine", "This Will Be Our Year" communiquent une joie irrésistible. Même les chansons tristes comme "A Rose For Emily" sont d'une beauté précieuse et délicate beaucoup trop affectée pour susciter plus grave émoi qu'une exquise mélancolie. On pourrait facilement exagérer une veine sombre qui parcourt l'album : "Cell 44" parle de la joie... de sortir de prison, l'optimisme pour l'année à venir d'Our Year laisse penser que celle qui vient de passer n'était pas des plus heureuses et puis le narrateur de "Friends Of Mine" qui célèbre le bonheur de ses amis en couple, ne serait-il pas secrètement aigri, d'abord ? En fait, seule "Butcher's Tale" (une chanson qui a du beaucoup impressionner Colin Meloy des Decemberists) est réellement sombre. Vraisemblablement, les Zombies étaient juste conscients comme tout un chacun que la vie n'est pas toujours rose.

Les Zombies étaient cinq jeunes hommes bien éduqués qui n'ont eu aucun problème pour trouver de bons jobs à la mort du groupe. Ils ne s'étaient pas formés avec de grandes ambitions de toute façon : ce n'est qu'après avoir gagné un concours du type "battle of the bands" qu'ils ont commencé à prendre leur carrière au sérieux. Odessey & Oracle a donc sans doute été enregistré par des types décidés à donner le meilleur d'eux-mêmes non pas parce qu'ils savaient que c'était là leur dernière chance mais bien leur dernière fois. Ils ont donné le meilleur d'eux même, sans arrière pensée, et ont pondu un chef d'oeuvre de pop 60's optimiste et aventureuse qui mérite sa place parmi les meilleurs albums d'une époque où tout le monde semblait sortir un disque historique..




Albums Cultes des Géants du Normal #2 : Marit Larsen - Under The Surface

Posté par 2goldfish le 26.11.07 à 12:52 | tags : culte et normal, myspace, pop

Il faudra pardonner à l'auditeur non averti qui écouterait Under The Surface de Marit Larsen d'une oreille distraite de croire avoir à faire à une chanteuse de pop sucrée mais tiède à la Natalie Imbruglia, Alanis Morisette ou n'importe quelle autre de ces filles interchangeables qui chantent sur RTL 2 pour les gens ennuyeux. C'est vrai que Marit chante avec une voix de gamine et un léger accent norvégien adorable. Pire, sur les vidéos ou les photos elle apparait comme une femme-enfant tout ce qu'il y a de plus mignonne et souriante.

Si on va faire un tour sur Wikipedia, on apprend qu'elle a fait partie d'un horrible duo de teen-pop au début du siècle, M2M dont les titres de gloire sont une apparition dans un épisode de Dawson (la saison 5 en plus, quand ils sont à la fac) et sur la BO américaine de Pokémon, le film.

Tout ça c'est vrai, malheureusement. La jeune femme a beau avoir publiquement renié son ancien groupe, son travail solo n'a pas l'air tellement plus brillant, de loin. L'album s'appelle Under The Surface et je vous inviterais bien à regarder sous la surface mais... il n'y a pas grand chose à y trouver. Marit Larsen fait de la pop légèrement folk, elle écrit des chansons sur sa vie amoureuse et les enregistre avec un peu de piano, de guitare (acoustique hein, attention) et rajoute quelques violons, harmonica ou trompette dessus. Pour expliquer en quoi ce disque est brillant, on pourrait en faire un peu trop à propos de l'instrumentation et des arrangements, faire croire que les envolées de cordes sur la chanson titre relèvent de l'excentricité symphonique ou bien que le banjo sur "Only A Fool" évoque Sufjan Stevens ou Neil Young.

La verité est que bien qu'elle change un peu de l'aridité de la pop adulte la plus standardisée, Marit Larsen n'invente rien, tout juste fait-elle preuve de personnalité. C'est déjà pas mal si on l'imagine sur RTL 2 mais ça ne nous suffira pas à nous, auditeurs exigeants. On peut plutôt considérer Larsen comme une traditionaliste de la pop scandinave, dans la lignée d'ABBA. Ce qu'il y a de vraiment exceptionnel chez elle, en fait, c'est le talent avec lequel elle fait vivre cette pop ancestrale, comment chaque inflexion de sa voix exprime avec une puissance, une clarté et une justesse les sentiments soit disant simples que ses consoeurs cherchent en vain à communiquer. Chacune de ses compositions s'impose avec l'évidence d'un vieux tube qu'on aurait toujours connu sans jamais l'avoir entendu. Si la trompette qui clôt "The Sinking Game" n'est pas la première à nous faire ce coup-là, dieu qu'elle est bien amenée !

On peut regarder un film pour le suspense, pour le "twist" inattendu et inédit... mais non seulement on sera déçu neuf fois sur dix, mais on ne pourra le regarder ainsi qu'une fois. Under The Surface est un album qu'on n'écoute jamais pour la première fois, c'est plutôt comme un vieux film qu'on aurait à demi-oublié et dont on savoure les surprises au moins autant que les passages attendus. Un petit chef d'oeuvre qui laisse espérer les plus grandes choses de la part de celle qui pourrait bien être une nouvelle Fiona Apple, en plus heureuse et équilibrée (et, par conséquent, plus productive, on peut l'espérer).

 

Marit Larsen - Under The Surface (EMI - 2006, disponible uniquement en import)

Myspace




Albums cultes des géants du normal #1 : Stevie Wonder - Fulfilingness' First Finale

Posté par 2goldfish le 13.11.07 à 14:52 | tags : culte et normal, funk, rnb, soul

Un sourd pourrait s'étonner de me voir entamer avec Stevie Wonder cette nouvelle rubrique consacrée à la musique normale des gens normaux, qui aiment leurs parents et le monde et qui ont vendu des disques à la pelle ou, comme on dit nous les critiques, "auraient du". Sur le papier, ça ne peut pas être "normal" un gamin noir aveugle qui a connu le genre de starification infantile qui a fait péter les plombs à Michael Jackson et qui dans les années soixante-dix, à peine agé de vingt ans, a décidé de s'enfermer en studio pour enregistrer en jouant lui même de tous les instruments (personne ne faisait ça, à l'époque) et des synthétiseurs (bis) des disques à l'ambition démesurée, mêlant gospel, funk, R&B, pop et apparement tout ce qui passait à portée d'oreille. Sauf que nous ne sommes pas sourds et il est évident dès qu'on entend une note des albums de Stevie Wonder des années 1970 que nous sommes tous bizarres. Lui seul est normal. Les nombreux publicitaires qui ont profité de son talent (avant que ce soit la mode d'utiliser des groupes branchés dans les pubs) et les rappeurs family friendly qui l'ont samplé sont là pour en attester.

 

 

La question que vous vous posez peut-être, c'est "pourquoi Fulfillingness' First Finale?". Personne ne cite jamais cet album perçu (avec de bonnes raisons) comme un remake de Talking Book ou un brouillon de Songs In The Key Of Life. Je suis peut-être le seul qui vous dira que Fulfilingness' est le meilleur mais peu importe, c'est moi qui écrit. Cet album contient tout : l'intro pop parfaite "Smile Please" qui contrairement à d'autres ne vous fait pas penser à Cofidis malgré vous, le gospel spacial avec "Heaven Is 10 Zillion Light Years Away", un précoce et rare reggae américain réussi en "Boogie On Reagge Woman", un morceau samba, des chansons d'amour à pleurer et un sens de la mortalité rassurant (je ne sais pas vous, mais moi c'est plutôt les gens qui chantent des "never get old" et des "live forever" qui me font froid dans le dos).

Ce qui fait la force des disques de Wonder des seventies et en particulier de celui ci, c'est que Stevie Wonder nous aime. Qu'il chante sur sa mort dans le sombre gospel "They Won't Go When I Go" ou qu'il pousse Nixon hors de la Maison Blanche avec le furieux funk "You Haven't Done Nothing" (avec les Jackson Five aux choeurs), Stevie garde toujours au coeur son indéfectible foi en la nature humaine. Je suis un pécheur et vous aussi et au moment de l'Ecstase ou de Ragnarok nous prendrons tous cher. Nous ne nous en sentons pas forcément pas digne mais Il nous aime.

Cet amour, qui aurait chez un être moindre viré amer, aura donné à la suite de la carrière de Stevie Wonder des accents sirupeux mais peu importe, en 1974 cet amour a trouvé son expression parfaite. Je n'écoute jamais Fulfilling en été (qui est plutôt la saison d'Innervisions et Music Of My Mind) parce qu'en hiver il me tient littéralement chaud.






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