Playlist : blog musique

Permanent Vacation : Le retour de l'été sans fin

Posté par Maxence le 31.12.07 à 14:48 | tags : disco, électro, label, myspace, soul

"Le retour de l'été sans fin", quel drôle de titre pour une chronique écrite au cœur de l'hiver ! Et bien justement, oublions un peu l'hiver et profitons des moments que nous passons tous un peu plus longtemps sous la couette pour nous remémorer les merveilleux instants d'oubli et de détente vécus cet été. Il faut dire que l'invitation ne vient pas de moi mais de Permanent Vacation le sympathique label autrichien à qui l'on doit Miss Diamond To You, le bel album de Kathy Diamond produit par Maurice Fulton en juin dernier (encore un que vous aviez oublié, allez, avouez !). Pas très loin des émanations psychédélico-balnéaires de Lindstrom ou Prins Thomas, nos vikings disco favoris, assez proches aussi des arômes italo 80 de Glass Candy ou The Chromatics du label Italians do it Better, ce volume 2 de Permanent Vacation s'amuse avec les clichés nostalgiques souvent attachés à la fin de l'été, et mieux encore, aux souvenirs que l'on en garde les premiers froids venus. Ici les bribes de synthétiseurs nous parviennent de loin, comme portées par le vent, tandis que le rythme se fait nonchalant, comme alangui après une trop longue exposition à l'astre du jour. Un voile de brume s'élève, on peut y aller, car cette compilation est une vraie invitation au voyage.

 

Tout commence par des vagues bien sûr, un ressac qui introduit le très pop et romantique "On the Beach" (rien à voir avec Neil Young ici, quoique) de l'Anglais Nick Nicely, promoteur d'une pop psychédélique largement influencée par le modèle The Beatles/The Byrds/Syd Barrett. Si ces tendances clairement affichées sur son profil myspace sont évidentes à la première écoute, Nicely qui porte décidément bien son nom, nous offre pourtant avec "On the Beach" un morceau aérien beaucoup plus électro, qui évoque autant Dennis Wilson (le "Beach Boys maudit") qu'une version beaucoup plus 80 d'un été sans fin vocoderisé. Si je m'étends un peu sur ce morceau c'est qu'il introduit merveilleusement cette compilation nonchalante toute de douceur et de groove balearic. Et de fait, suivent une douzaine de morceaux languides au groove liquide, ou gazeux c'est selon, portée parfois par un accord de guitare ou un pied house un peu plus énergique ("Flamingo" de Tomboy, "Losing The Will to Survive" de Findlay Brown, sont de bons exemples) mais l'ensemble reste toujours rêveur et estival (Michoacan - "Walk Away", Home Video - "Penguin", Only Fools and Horses - "Spectacle Wins") pour ne pas dire caribéen (Bostro Pesopeo - "Bisogna"), tandis que certains morceaux vocaux viennent ajouter une touche italo new wave (les désormais incontournables Glass Candy et leur "Rolling Down The Hill", "In The Morning" de Junior Boy remixé par Hot Chip) ou electro pop, du meilleur effet à l'ensemble ("Coming Up For Air" de Parker Lewis). Le plus étonnant étant ce remix de "Kindling For The Master" de l'ex-Pavement Stephen Malkmus* par Hot Chip, décidément très présent. Une incontestable réussite et un pur moment de bonheur, Permanent Vacation 2, c'est vraiment l'été en plein hiver !

 

*Malkmus dont on apprend qu'il sort donc un maxi de nu electro disco aux côtés de The Empereur Machine, Hot Chip et Polmo Polpo !

Permanent Vacation 2 selected and mixed by Tom Bioly & Benji Frölich (Permanent Vacation/Nocturne)

http://www.myspace.com/permanentvacationrecords




DJ Hell dans l'enfer de l'italo

Posté par Maxence le 21.12.07 à 18:02 | tags : disco, électro, label, myspace

2007 année italo ? On dirait bien, et ce n'est certainement pas près de s'arrêter. Dernier exemple en date, l'incontournable DJ Hell qui, rappelons-le, fut l'un des plus fervents défenseurs du genre depuis ses débuts (et ceux de son label International Deejay Gigolo). Au rayon "X" de l'histoire de l'electro, il est d'ailleurs impossible de passer à côté de la structure d'Helmut Geier, alias DJ Hell. Fondé en 1997, Gigolo Records incarne un non-conformisme trashy-punky qui trouve sa source dans la jeunesse mouvementée de son fondateur. Punk de la première heure et provocateur né, Hell est un peu l'équivalent techno d'un mélange de John Waters, le cinéaste américain couronné roi du trash, et génial auteur de Pink Flamingos, Hairspray et autres Polyester et d'Andy Warhol. Là où Waters et Warhol cartographient la beauferie et le consumérisme d'un pays dont l'esthétique semble à la fois les horrifier et les amuser, Hell affiche avec bonheur tous les symboles de cette kitscherie, mulette et santiags au vent, tout en retournant l'idée comme une chaussette. La simplicité et l'art populaire peuvent aussi exprimer des idées d'avant-garde, semble ainsi dire la Gigolo Crew et son saint patron.

 

Nul étonnement donc, à voir DJ Hell réunir ces classiques surannés et retro-kitsch de l'italo disco, genre "simplissime et populaire" par excellence, sur ce Hellboys Mixed d'anthologie. L'Allemand se fait plaisir et nous contente avec près de 80 minutes de sucreries synthétiques, au glamour aussi dégoulinant et riche en calories que le glacis pur sucre d'un gâteau d'anniversaire (ou d'une belle bûche au beurre, c'est de saison). On y retrouve tous les classiques : "Take a Chance" de Mr. Flagio, "Chase" de Giorgio Moroder, Alexander Robotnick et ses "Problemes d'amour (Ah Ou Ah version)" ou Trans-X qui rêve de "Vivre sur vidéo". La part belle est faite à l'italo italien, bien sûr, mais pas seulement puisqu'on croise également le Canadien Gino Soccio, les Japonais d'YMO, le Français Cerrone ("Supernature"). Particulièrement inspiré par ce qui doit lui rappeler des souvenirs de jeunesse munichoise, DJ Hell suit sa "disco route" sans dévier, de "Livin' Up" de B.W.H au "Spacer Woman" de Charlie, en passant par "Magnifique part 1" de Magnifique, "Dirty Talk" de Klein & M.B.O et autres titres typiques de toute une époque, groove synthétique, soul glacée, voix blanches vocoderisées et paroles idiotes mais tellement plaisantes. On s'extasie surtout devant cet étalage d'harmonies intemporelles, toutes de pulsations de synthé spatial et de boites à rythme séquencées (l'italo étant l'un des rares styles musical où la mélodie est tenue par la rythmique !) Dans le genre la version du "I Feel Love" de Moroder/Summer proposée par Hell est exemplaire. Ici remixée par Patrick Cowley dans une version de 7 minutes délirantes, Cowley y essaye TOUS les effets disponibles sur son synthétiseur grande marque en tentant le grand écart entre hymne disco international et séance de vaudou electro ! Et que dire des mélodies pop et naïves d'Hypnosis sur le space disco "Pulstar" !? A noter que, loin d'être uniforme le mix de Hell commence italo pour finir subtilement electro (les deux écoles étant profondément liées). L'Allemand réussi donc à nous caser un "Control" de son cru, ainsi que l'electro élastique de "Transeurpa Express" de PL, en guise de clin d'œil à Kraftwerk. Pour finir? ajoutons que même si la nostalgie joue en plein dans cette sélection, l'auditeur curieux et ouvert y trouvera certainement son plaisir. Et qui sait, c'est peut-être même le début d'une grande passion ?!

 

Hellboys mixed by DJ Hell (International Dee Jay Gigolo/Nocturne)







Soulwax : ça gratte ou ça tape ?

Posté par Maxence le 20.12.07 à 18:20 | tags : disco, électro, myspace, rock

Un peu des deux mon Colonel ! Les frères Dewaele, en effet, ne sont pas spécialement connus pour leur délicatesse et leurs petits pieds. Dans la famille electro-rock, ce serait plutôt les jumeaux brise-fer vous voyez ? Ceux qui dérangent et qui démangent. Attention, on parle quand même des types qui révolutionnèrent un temps l'art du mix avec leur projet 2 Many DJ's en inventant la bastard pop, tout en chamboulant la conception que nous avions des rapports qu'entretiennent rock et techno avec leur projet Soulwax, et ce, bien avant Mr.James Murphy et DFA ! On effectuera donc une révérence devant Most of The Remixes..., un double CD bourré jusqu'à la gueule d'hymne à danser et de remixes désormais mythiques. Parmi ceux-là on retrouve évidemment le bouillant "Standing In The Way Of Control" de Gossip. En tant que morceau d'ouverture, il faut avouer que c'est bluffant. Le trio emmené par la forte en gueule Beth Ditto est littéralement balancé cul par-dessus tête par les deux frangins et leur acolytes à grand renfort d'effet "hélicoptère", une saccade rythmique très particulière dont les frangins usent et abusent dans quasiment tous leurs remixes. Et de fait c'est... tuant ! Il faut bien l'avouer, le procédé peut parfois sembler répétitif, mais quelle efficacité. Pour ma part, j'ai vu des danseurs mourir sous le coup d'une rupture d'anévrisme sur ce morceau ! Votre serviteur a d'ailleurs eu du mal à s'en remettre lui-même, lors de ladite soirée.

 

Le pire c'est que forcément, Most Of The Remixes... comme son nom l'indique, regorge de ce genre de bombes pour dancefloor imparables. Prenons "Daft Punk is Playing in My House" de LCD Soundsystem. Un pur moment de transe urbaine et frénétique, porté par une sirène hurlante, sa montée torride qui part en vrille à la troisième minute et des poussières, la voix de Murphy utilisée à profit pour vous faire goûter la progression démoniaque du morceau !! C'est simple, que ce soit à la première ou à la 100ème écoute, on a des frissons sur les bras et on est déjà malade rien qu'à l'idée du headbanging qu'on va se payer. C'est le syndrome heavy metal qui resurgit dans l'electro. Passé ces deux exemples, la culture musicale des Dewaele brothers est assez vaste pour varier les ambiances. Ainsi, sur le CD 1, ils triturent merveilleusement le "Gravity's Rainbow" des Klaxons, oscillant entre bitch disco tout de strass et paillettes et acid house revival Madchester 90's, tout comme ils affinent la grosse electro de Justice. C'est simple dans leurs mains, même les palichons Robbie Williams et Kylie Minogue ("Can't Get You Out Of My Head" pour l'une et "Lovelight" pour l'autre), se transforment en implacables machines à danser. Vous imaginez alors aisément ce dont ils sont capables avec le "Robot Rock" de Daft Punk (orgasmique), le "Make It Happen" de Playgroup (break break break) ou le "Seventeen" de Ladytron (obsessionnel) ! Signalons aussi que les fans de bastard pop trouveront leur bonheur avec le "Six Days" de DJ Shadow qui croise le fer avec les B-52's.

 

Sur le CD2, Soulwax propose ni plus ni moins qu'une soirée Soulwax chez vous. "Soulwax is playing in your house" en somme, mixant tous leurs remixes dans un grand mouvement circulaire et trépidant. Comme le disait un collègue récemment, sur la longueur "on peut se lasser de l'effet tambour d'une machine à laver" mais force est de constater aussi que leurs versions survitaminées sont dotées d'une force centrifuge dont on ne ressort par indemne et l'ensemble clôt opportunément une année électro décidément très "rock" !

 

Soulwax - Most Of The Remixes... (Parlophone/EMI, oct 2007)

http://www.myspace.com/soulwax




Bat for Lashes : T'es in, t'es Bat (for Lashes)

Posté par Maxence le 06.12.07 à 18:13 | tags : disco, électro, pop, vidéos musicales, youtube

Bath for Lashes ça s'appelle, le morceau c'est "Whats a Girl To Do". C'est simple, je suis tombé amoureux sur la foi d'un titre. Il y a un clip, la pochette à l'aérographe est immonde et le clip est... génial ! On dirait que c'est tourné par David Lynch, les bestioles en vélo font penser à Animal Collective, en mieux ! Ça sonne italo disco, mais pop aussi. C'est magnifique... Bat for Lashes ça s'appelle !

Bat For Lashes - Fur and Gold (Import/2007)

http://www.myspace.com/batforlashes




Deezer : Selection Winter / Fall 2007 - 2008

Posté par Maxence le 25.11.07 à 15:30 | tags : disco, électro, pop, rock, web 2.0

Alternative sympa à la goinfrerie généralisée du P2P (la plupart des usagers n'écoutent pas 10% de ce qu'il download) Deezer (ex-blogmusik.net) propose un lecteur flash capable de générer des playlist. Ce sont les utilisateurs eux-même qui alimentent le site mais dans une parfaite légalité puisque les ayants droits sont rémunérés au forfait à la Sacem par les recettes publicitaires du site.

Vous pouvez ainsi écouter de la musique toute la journée (pas sur votre ipod par contre, sauf en l'achetant au morceau) et créer votre propre jukebox gratuitement. Evidemment, réouvert depuis avril pour des raisons légales, l'aventure Deezer ne fait que commencer et le choix est encore restreint, mais vous pouvez vous inscrire et participer. Alimenter Deezer pour le bien de la communauté. En attendant, voici ma playlist du week-end. Bonne écoute.

http://www.deezer.com




Soutenez la Belgique : Belgique United, jeudi soir au Triptyque

Posté par Maxence le 13.11.07 à 18:08 | tags : agenda, disco, électro

La Belgique va mal ! Certains s'en sont peut-être aperçus, le pays va droit vers la scission. Histoire de rappeler que la patrie d'Hergé et de Franquin (bordel !) est aussi celle de soirées et de clubs qui n'ont rien à envier aux plus grands dancefloor européens, le Triptyque organise sa première grande soirée consacrée à la Belgique. Afin de vérifier que mes assertions sont justifiées, les représentants des excellents labels Dirty Dancing et Eskimo (The Glimmers, Headman, Optimo, Prins Thomas, etc.. ) se succéderont aux platines le jeudi 15 novembre à partir de minuit.

Au programme (merci Traske) :

COZY MOZZY (Dirty Dancing)
AEROPLANE (Eskimo)
FREDO & TANG (Make Up)
Et DIRK (la patron d'Eskimo et resident Make Up)

A ne rater sous aucun prétexte si vous êtes dans les parages histoire de soutenir les artistes de ce petit pays voisin (entrée libre !)




La gâterie du week-end : Prins Thomas - Resident Advisor Mix

Posté par Maxence le 11.11.07 à 10:00 | tags : disco, électro

Le fameux site Resident Advisor nous propose un mix exceptionnel de Prins Thomas. Pour ceux qui auraient loupé Cosmo Galactic Prism (les malheureux !) et ceux qui se demandent encore "mais qu'est-ce donc que ce néo disco dont on nous rebat les oreilles ?" Epoustouflant, rien à redire !

Resident Advisor

ou direct Mp3 link

Tracklisting
01. Lindstrøm - Contemporary Fix (Bjørn Torske Remix) - Smalltown Supersound
02. Blackbelt Andersen - Cock O Steel (Full Pupp) - cdr
03. Aeroplane - Caramellas - Eskimo
04. Metro Area - Miura (Maelstrom Edit) - white
05. LCD Soundsystem - 45.33 Part 2 - DFA
06. LCD Soundsystem - 45.33 Part 3 (Prins Thomas Miks Diskomiks) - cdr
07. Matthew Dear - Elementary Lover - Ghostly
08. Karou Inoue - Secret Field (Todd Terje Remix) - Mule Electronic
09. Giorgios Gatzigristos - Boggling About The Future (Jussie Pekka Goes Bongo remix) - Channels Records
10. Worthy - Irst Te? - Dirtybird
11. Cole Medina - Red Hot - cdr
12. Paul Lewis - Inner City Blues (Edit) - cdr
13. Osibisa - Move Your Body (Edit) - cdr
14. Ron Trent - Altered States - Djax-Up-Beats
15. Osibisa - Move Your Body (Edit) - cdr
16. Jasper Street Company - A Feeling (After Midnight mix) - Outland
17. L.I.F.E. - All Played Out (Club Mix) - Dance-Sing Records
18. Neal Howard - The Gathering (Joey Negro edit) - NRK
19. Kenlou - Bounce - MAW Records
20. Jean Luc Ponty - Open Skies (Todd Terje edit) - cdr
21. Isoleé - Beau Mot Plage (Mental Overdrive remix) - cdr
22. Billy Cobham - Pleasant Pheasant (Edit) - cdr
23. Robin Trower - The Fool And Me - Chrysalis
24. Prins Thomas - Morning Dew (Edit) - Mindless Boogie
25. Glass Candy - Miss Broadway - Italians Do It Better
26. Sheila B Devotion - Spacer - Carrere

Bon dimanche !




LCD Soundsystem : l'heure du bilan ?

Posté par Maxence le 08.11.07 à 17:52 | tags : disco, électro, funk, punk

Et si le vrai talent de LCD Soundsystem était finalement la propension innée de son leader à savoir décliner, toujours à propos, ses albums en singles et vidéos (quand ce n'est pas l'inverse, à l'instar de son premier album qui réunissait tous les premiers maxis du groupe) ? Après "North American Scum" et "All My Friends", voici "Someone Great", le petit dernier. A sa manière décomplexée, LCD Soundsystem rappelle ainsi immanquablement l'époque où les albums de New Order, Grace Jones, Police, The Human League, Depeche Mode ou Peter Gabriel étaient ainsi découpés en tranches, transformés en chair à maxis et en bêtes à dancefloor. Malgré les références pointues que l'on a constamment collé à Sound of Silver (on a évoqué tour à tour Moroder, Brian Eno, Steve Reich, E2-E4 de Manuel Göttsching...) impossible de nier que James Murphy et sa bande jouent de main de maître la carte commerciale du mainstream, pour un album qui réussit clairement à réunir fanatiques de l'electro pointue, indie kids, fluo kids, vieilles barbes disco punk (ou vieilles folles disco tout court) et novices. Pensé du point de vue de Warhol, qui voyait dans l'objet marketing l'oeuvre d'art ultime, cela ne fait que prouver une fois encore l'immense talent de Murphy et son implication totale dans la génération des producteurs-musiciens-entertainer de l'ère post-moderne et numérique.

 

Ceci étant dit, DFA et sa clique ont beau multiplier les supports, à l'heure ou EMI réédite 45:33 en CD et double vinyles (tous ensemble : Wouéééé !) accompagné de bonus énormes comme les titres "Freak Out / Starry Eyes", "North American Scum", "Onastic Dub by James Murphy & Eric Broucek" et "Hippie Priest Bum-Out", trois morceaux préalablement édités sur des 12" uniquement commercialisés aux Etats-Unis, et au moment où Murphy et Mahoney nous offrent un volume 36 de la collection Fabriclive, force est de constater que les marchands du temple, pour une fois, ne se foutent pas du monde ! Prenons le très beau "Someone Great" pour exemple. Sous une pochette minimaliste digne du mouvement De Stij, c'est pas moins de 69 minutes de musiques pour 6 morceaux (+ une vidéo), que nous offre le combo new yorkais. Au programme deux excellents remixes, un "Sound of Silver" electro et grondant par Carl Craig et un "Get Innocuous" salement giflé par Soulwax. Une version clinquante et un peu bitch de "Time To Get Away" par Gucci Soundsystem assez excitante également. Légère déception par contre concernant la relecture molle du genou (pour ne pas dire d'autre chose) de "Us Vs Them" par Windsurf, rapidement rattrapée par la version live du même, enregistrée à la console sur KCRW dans l'emission "Morning Becomes Eclectic". Globalement toutes ces relectures, sauf une, décalottent sec et dépassent les 8 minutes, c'est l'extase !

 

A noter que ces titres n'étaient auparavant trouvables que sur A Bunch of Stuff, une compilation en édition digitale qui inclut la reprise de "All My Friends" par Franz Ferdinand. Au moment où vous lisez ces lignes le 7" LCD Soundsystem/Arcade Fire, est lui aussi dans les bacs, en ligne, bref, partout (!) avec côté LCD, une reprise du "No Love Lost" de Joy Division et côté Arcade, "Poupee De Cire" de Serge Gainsbourg. Aujourd'hui, on a beau dire, on peut aimer ou pas LCD Soundsystem, difficile de nier pourtant que le groupe est sur tous les fronts et qu'il aura largement marqué l'année 2007. Sound Of Silver est pour ma par en bonne place dans le palmarès des "disques de l'année."

 

Nous reviendrons très bientôt sur le mix Fabriclive 36 de James Murphy et Pat Mahoney (aka "DJ Tyrant et Disco Dad") dans nos pages, so stay tuned !

En attendant, comme un bonheur ne vient jamais seul, ne ratez pas la winter 2007 edition des DFA free mix !


LCD Soundsystem - Someone Great (EMI/Labels)




Singles of Ze ...Wiiii Hiiiiik ! Mais, il a rayé mon disque ce ... !

Posté par Maxence le 23.09.07 à 20:01 | tags : disco, électro, myspace

Mes imparables chouchoux du moment : Smith'n Hack et leur "Space Warrior" (en face b) et le non moins excellent "Falling Star" (en face a). Reverso 68 et son "Tokyo Disco" (malheureusement rien en écoute pour l'instant) Ces deux là sont suivis de près par Rub n' Tug et leur monstrueux remix Roxy Music, "The Main Thing" !! Tout simplement énorme. N'oublions pas MelodieduKronk, improbable groupe new yorkais et leur cavalcade electro disco kraut "Raagini Demo" (genre Neu! meets Chris & Cosey meets Moroder), ainsi que l'incroyable "I Feel the Love" de Manthraxx (compagnon de route d'Eric "Dunks" Duncan de Rub n' Tug sur leur très bon projet commun Still Going) et le très soft "Aeroplane" par... je vous le donne en mille, Aeroplane ! Putain et tout ça en écoute gratuitement, c'est pas beau le 21ième siècle !




Eskimo Vol.5 : Le cabinet des curiosités des Glimmers Twins

Posté par Maxence le 17.09.07 à 19:07 | tags : disco, électro, label, myspace

Avec l'avalanche actuelle de productions étiquetées mutantes-néo-növo-italo-cosmic et space disco, on pouvait raisonnablement craindre de voir la source se tarir. C'était sans compter sur l'inépuisable vitalité du genre (des genres même !) et c'était oublier, aussi, qu'en la matière nous avons bien une trentaine d'années à rattraper. Certes, aujourd'hui tout le monde connaît l'histoire du disco et de ses multiples rejetons abâtardis, cela n'empêche en rien la passion de perdurer, ni la matière première de continuer à s'écouler. Finalement, entre ses dérives transalpines, new yorkaise, parisienne, new wave, post-punk, ou encore pop et krautrock, non seulement le disco n'a jamais cessé de hanter les nuits underground de la planète clubbing, mais on commence seulement à comprendre qu'il était logique que par son incroyable diversité, ce son à la fois spatial, trippant, cérébral, sensuel et futuriste (parfois retro, souvent kitsch) révèle forcément surprises, vibrations positives, joies et engouements, même auprès des auditeurs et des populations les moins concernés.

En l'occurrence, cette nouvelle livraison du label Belge Eskimo collectée et mixée par The Glimmers, illustre parfaitement mon propos. Ce volume 5 Série Noire vol.2, dévoile une nouvelle fois la légendaire vivacité des formes de vies croissant dans l'obscurité. Si ce n'est pas forcément celui que l'on préfère, force est de constater que le disco des Glimmers est foncièrement une affaire de cœur. Difficile de le nier après les fameux Série Noire vol.2, The Glimmers, un volume de la série DJ-Kicks et un autre de Fabriclive (le 31), les jumeaux disco savent de quoi ils parlent, leur idée du genre étant par ailleurs celle qui se rapproche le plus des origines. Cela explique leur enthousiasme pour des classiques comme "Slave to the Rhythm" de Shirley Bassey, ou "Ma Foo Bey" de Cultural Vibe. Cela n'empêche, les twins balancent aussi une pelleté d'electro funk de haute tenue, vrillée et hypnotique comme on aime, avec entre autre "I Don't Mind" du mythique Eugene Record, "Love to Fly" de Venus Gang, ou encore des perles d'acid disco oubliées (Dachambo "Conga La Gotta","Fantasize Me" de Pleasure Pump - quel nom !) quand ce n'est pas eux qui les composent (voir le trippant "Kiss Me" signé The Glimmers themselves) sans oublier les sucreries disco rock ("Loaded" de Primal Scream et un "J'aime regarder les filles" de Patrick Coutin un peu... heuu, lourd), mais aussi mutant ("All of My Friends (Harvey's Mix)" de LCD Soundsystem, "Warning" de Tussle) ou electro (Das Etwas). Décidemment, le disco selon The Glimmers, c'est un peu la caverne d'Ali Baba. Pour un peu, on y trouverait même les 40 voleurs, représentés ici par le revival orientaliste kitsch des Allemands Dissidenten et l'incroyablement cosmic "Somewhere in Arabia" de The Caravan, qui clôt ce mix agréablement. Dans le vaste champ d'étude du disco contemporain, The Glimmers feraient facilement figures d'archéologues, doublés de conservateurs et de vulgarisateurs de génie. Et même si les dix premiers titres de ce volume 5, ne sont pas totalement convaincants, les jumeaux se rattrapent en faisant décoller tout ça à partir de la seconde moitié. A passer en début de soirée, quand tout le monde est encore au buffet.

Eskimo Vol.5 selected & mixed by the Glimmers (Eskimo/La Baleine)

http://www.myspace.com/eskimorecordings




Fujiya & Miyagi : Humour du week-end

Posté par Maxence le 15.09.07 à 19:32 | tags : disco, électro, en jpeg, rigolo, rock

COMBIEN FAUT IL DE FUJIYA & MIYAGI POUR CHANGER UNE AMPOULE ?

TROIS

DEUX POUR PRENDRE LE THE ET UN POUR VISSER L'AMPOULE

Bon, partant du principe que cette notule est écrite vendredi soir tard, après une visite sur le profil myspace du groupe de Brighton qui (entre parenthèse) continue de tourner dans toute l'europe, forcément vous m'excuserez. Forcément.




Italians Do It Better : C'est ce qu'on va voir !

Posté par Maxence le 17.08.07 à 16:01 | tags : culte et bizarre, disco, disques de l'été, électro, label

Je ne sais pas vous, mais moi je ne lis plus Pitchfork. Du moins plus comme avant. Et plus pareil. Je jette un œil, je parcours quelques rubriques et basta. De fait, le site "star" du journalisme musical indépendant (qui ne l'est plus tant que ça) ne m'a jamais vraiment fasciné. Ce n'est pas du snobisme, exception faite de quelques chroniqueurs je n'ai simplement jamais eu rien à foutre de leurs avis et je ne me retrouve pas trop dans cet amas de références pop-rock indés, produites au kilomètre. Déjà vu, déjà lu, avant, ailleurs. C'est pourtant à Pitchfork que je dois la découverte de cette compilation d'Italians Do It Better records, et pour cause, le label est tout jeune et pas distribué de ce côté de l'Atlantique. Rendons donc à César ce qui lui appartient, cette chronique, pour une fois, n'existerait pas sans le flair des renards de Pitchfork.

Concernant After Dark soyons clair, il s'agit encore de disco. D'italo pour être précis, et c'est important ici car il faut bien séparer les choses. Au milieu du vaste continent disco qui n'en finit plus de remonter à la surface comme un Atlantide inespéré de la musique électronique, d'un côté nous avons l'italo et de l'autre le cosmic (ou space) disco. Le tout faisant actuellement un grand retour comme vous le savez si vous lisez régulièrement le fil disco de ce blog, au sein de la nébuleuse nu-disco. Cousin germain du cosmic, l'italo disco est plus porté sur les machines et leurs effets (rétro)futuristes. Alors que le cosmic disco aime les percussions tribales, les rythmes alanguis du balearic, les ambiances exotiques, le funk et la soul, l'italo aime la synth pop, les hymnes 80, la pose "camp" et le kitsch un rien ébouriffé de la new wave de garçons coiffeurs d'Heaven 17 ou d'Ultravoxx (celui avec John Foxx, notez les deux X). Faire l'historique du genre prendrait trop de place ici, mais on peut déjà dire que le genre refait surface en 1997, quand le DJ hollandais I-F sort son fameux dj mix, Mixed Up in the Hague, Vol. 1. Citons également Unclassics par Morgan Geist, qui fait aujourd'hui figure d'incontournable compilation de raretés.

Ainsi After Dark ne pourrait être qu'une compilation italo de plus si ce n'était véritablement celle du nouvel étalon italo. Réunissant une pelleté de morceaux uniquement trouvable sur des 12" et de nombreux inédits des poulains du label Italians do it Better, Glass Candy, Chromatics, Mirage, Professor Genius et Farah, After Dark s'impose comme une vision nouvelle du genre, plus 80 que jamais. Mirage propose par exemple un remix du fameux "Last Night a DJ Save My Life" de Indeep, tout en nappes de synthé spatial et en basses compressées, et quand Glass Candy reprend le "Computer Love" de Kraftwerk c'est pour le faire sonner comme un morceau de Blondie sous tranxene. L'obsession des artistes d'Italians do it Better pour les années 80 se traduit aussi par les adaptations de Dark Day, obscur groupe post-no wave de l'ex-DNA Robin Crutchfield (que l'on retrouve sur le volume 3 des mythiques compilations New York Noise), dont Chromatics reprend le "Hands in the Dark" et Glass Candy "The Chameleon". La mélancolie urbaine et l'expression du növo spleen de cette décennie réactionnaire placée sous le signe du fric facile, de la magouille politique et de l'absence de scrupule sont également omniprésentes dans des ballades mélancoliques comme "In The City", ou le futur morceau culte de Farah, "Law of Life". Originaire du Texas, Farah est à l'origine d'une descente aux enfers vraiment unique dans l'histoire de l'italo. Sur une base rythmique monotone et hypnotique proche du "I Feel Love" de Summer/Moroder, la chanteuse pose sa voix spectrale dans un spoken word mêlant l'anglais et une mystérieuse langue orientale, tandis que les synthés serpentent et que l'auditeur se laisse embarquer sur les pentes savonneuses de la transe la plus noire. Mais After Dark regorge aussi de perles électros vintages digne des B.O. de John Carpenter ("La Grotta" de Professor Genius), de space disco envoûté ("Miss Brodway" de Glass Candy), de cosmic sound dilaté ("Lake Of Dreams" et "Lady Operator" de Mirage), le tout animé des infinies pulsations du funk synthétique tridimensionnel de la fin des 70's. Clairement, After Dark oscille entre hommage et pastiche ("Pegaso" de Professor Genius), tendresse et distance post-moderne, qui font de lui un excellent prétendant au double titre d'album "culte et bizarre" et de "disque de l'été" à ranger aux côtés de Kathy Diamond, du Cosmo Galactic Prism de Prins Thomas ou du White Magic de Sorcerer.

Du coup, il faut relativiser. "Oui, c'est peut-être les Italiens qui le faisaient le mieux, dans les années 80". Aujourd'hui, force est de constater que les Américains se débrouillent plutôt bien aussi.

VA After Dark - Italians Do it Better (Italians Do it Better/Import)




Compost présente Elaste Vol. 1 : Cosmic Discoteca

Posté par Maxence le 13.08.07 à 19:30 | tags : à lire, disco, disques de l'été, électro, label

Cosmic again ! Cette fois c'est d'un vrai polaroïd historique qu'il s'agit. Un cliché pris sur le vif de l'ambiance qui régnait dans le club qui a vu la naissance du "cosmic sound" entre 1977 et 1979 : la Discoteca Cosmic. Comme nous l'expliquions il y a une semaine, le cosmic disco est une congruence de styles parfois disparates, mixés de façon extrêmement créative par un fameux DJ italien, Daniele Baldelli. Le club lui-même devait son nom à sa décoration futuriste inspiré de la science-fiction des années 70. La cabine du DJ était par exemple incrustée dans une structure de type casque de spationaute, etc. C'est cette atmosphère que veux nous faire revivre le label Compost et DJ Mooner avec cette fabuleuse compilation Elaste Vol.1. Sous-titré "Slow Motion Disco", ce premier volume d'Elaste propose des classiques instantanés joués par Baldelli et les DJ du Cosmic Club, comme The Rah Band, Clive Steven's & Brainchild, Love International, Logic System, Chris & Cosey ou Peru. Comme l'indique son sous-titre, cette version "cosmic" du disco d'origine était fortement lymphatique, plus baignée de psychédélisme qu'investit de beat, même si celui-ci comme dans toute musique de "dance" constituait bien sûr la structure de base autour duquel tournaient percussions tribales, effets synthétiques et bruitages étranges. 95 et 100 bpm était alors un maximum.

Cette prédisposition à l'évasion et à la transcendance, son côté cérébral et "trippé" devait bien entendu attirer les freaks et les dealers de tout poil. Le cosmic sound a rapidement gagné la réputation de musique "de drogués", qui en fit un peu la bête noir de la musique électronique de l'époque (ça, et la tendance affichée par les médias, pratiquant l'amalgame entre "disco des origines" avec ses excès, tant artistiques que commerciaux et sa version cosmic plus underground). Evidemment, l'usage de stupéfiants et en particulier d'héroïne joua donc un grand rôle dans la saga cosmic mais c'est malheureusement aussi ce qui causa la perte du club et provoqua sa fermeture en 1984. Cette musique et ses DJ emblématiques n'eurent pas le temps de s'exporter et l'art du "cosmic mix" tomba dans l'oubli... jusqu'à aujourd'hui, puisque, comme vous le savez si vous lisez régulièrement Playlist et sa rubrique "Disco", ainsi que la bonne presse musicale ou les blogs avertis (ici, ici ou ici), cette école fait de nouveau la une. En Allemagne (Compost), en Norvege (Lindstrom & Prins Thomas, Rune Lindbæk, Todd Terje, etc.), en Angleterre (DC Recordings) en Belgique (Eskimo records, le mail order Flexx) et en France (Dirty Crew, Tigersushi, Black Devil Disco Club, etc.), on ne compte plus les labels et artistes rééditant perles cosmic, mais aussi Italo, un proche parent plus kitsch 80, et "mutant disco", encore une variation plus rock, parfois même punk venant de New York. Même Robert Wyatt s'y met (merci David F), en compagnie de Bertrand Burgalat de Tricatel avec le single "This summer night" (en écoute sur la page d'accueil du label). Gageons que cette musique n'a pas fini de nous passionner.

Nous parlerons d'ailleurs prochainement de l'excellente compilation du tout jeune label américain Italian do it Better, qui réactive le genre italo en nous offrant une nouvelle compilation digne de I-F Mixed Up In The Hague Vol. 1 ou du Unclassic de Morgan Geist, et qui nous viens cette fois du New Jersey ! En attendant n'hésitez pas à vous rendre sur le profil myspace d'Elaste où pour une fois, vous trouverez du contenu avec toute l'histoire du Cosmic Club. Idem pour le fameux magazine Discopia proposant interviews et chroniques des cadors de la constellation nu-disco et des autres, et last but not least, checkez cette page en italien proposant des photos unique des abords et l'intérieur de la Discoteca Cosmic. Pour finir ruez vous également sur ce très bon mix de Trakse, ambiance space disco garantie, qui s'accordera très bien avec les images (merci à lui) !

Compost présente Elaste Vol. 1 - Slow Motion Disco (Compost/Nocturne)




Dirty Space Disco : Dirty Dancing

Posté par Maxence le 07.08.07 à 17:59 | tags : disco, disques de l'été, électro, label, myspace

En 1978 le disco c'était la peste. Comme toute mode, l'hystérie disco conduisit les artistes créatifs et intègres à se détourner des projets dévoyés, à renoncer à la gloire et à l'argent, pour retrouver le plaisir qu'ils avaient connu naguère. Le disco devait redevenir underground et effectuer un retour sur soi, écrit Ulf Poschardt dans son anthologique DJ Culture, publié aux éditions Kargo en 2002. Etonnemment c'est en Europe que la folie disco retrouve une nouvelle jeunesse, et tout particulièrement en Italie où une paire de DJ américains, Bob et Tom, investit un luxueux club au bord de l'Adriatique, le "Baia degli Angeli" (La baie des Anges en V.O.). Bob et Tom sont de l'école new-yorkaise, celle du Loft, club mythique qui vit la naissance du disco. En 1979, il initie un jeune italien, Daniele Baldelli, à l'art du DJing. Celui-ci devient résident au Club Cosmic et lance à la manière de Larry Levan et son mélange de funk, de punk et de disco, un nouveau genre : plus lent, plus planant et cérébral, misant sur les basses et non plus sur les cordes synthétiques, ce style sera nommé "cosmic disco" en référence au club où il fut inventé. Reparti pour New York, Bob et Tom savent que leur héritage est entre de bonne main. Baldelli développe le style, accompagné de Claudio Rispoli, un autre DJ local.

L'histoire continue. En 1980, Stefan Egger un jeune Allemand qui passe ses vacances dans le coin, fréquente assidûment le Club Cosmic, il tombe fou amoureux de cette musique et la ramène dans ses bagages. Il propagera le virus cosmic en Allemagne. Ainsi naît la connexion italo-germanique qui se développera plus précisément à Munich, patrie du pape de la disco, Giorgio Moroder. Cette union n'a rien d'étonnant finalement. Le krautrock et les musiques électroniques des Kraftwerk, Tangerine Dream, Klaus Schulze et consort se marient très bien avec les effets électros du cosmic disco, son emphase, son aspect répétitif et hypnotique et son amour immodéré des longues durées. C'est ainsi que le cosmic disco devint ce que nous connaissons aujourd'hui : un mélange de synth-pop, d'avant-garde électronique, de motifs répétitifs purement krautrock, de percussions afros ou sud-américaines et de funk froid venu d'Europe. En ce sens, la compilation Dirty Space Disco, initiée par les Français du Dirty Sound System et le label Tigersushi est emblématique du genre. Entre les minauderies 80 de John Forde (le balnéaire "Atlantis") ou Risqué ("Starlight") et les krautrockeries de Roedelius, Conrad Schnitzler, la fine équipe glisse de surprenant edits du fameux Pilooski, pourvoyeur français d'incredible strange music. Des titres comme "Die Drachentrommier" de Clara Mondshine ou l'hilarant "Stranger in the City" de John Miles, qui clouent irrémédiablement le bec aux moqueurs tant leurs développements sont inattendus : cavalcade de percussions, vagues de synthé pulsées, utilisation éhontée de la chambre d'écho, rythme métronomique et forcément, hypnotique, sont ici de rigueur mais sans ardeur ! Tout ici est leeeeent, car "Slow is the new fast" indique avec humour le sticker de pochette. Le plus étonnant reste cet edit disco du funk spatial et lascif de Undisputed Truth, réellement cosmic, sans oublier l'indispensable version vocale d'"I Need Someone to love tonight" de Sylvester. Un must de l'été en somme, à déguster au casque au bord d'une piscine en s'imaginant revenu au temps de Club Cosmic !

Dirty Space Disco - s/t (Tigersushi/Discograph)

A noter qu'une interview des responsables de cette compilation est disponible sur le site Poptronics.




Youtube de l'été #23 : Lipps Inc - Funkytown (1980)

Posté par Kris le 07.08.07 à 17:26 | tags : disco, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube

Nous sommes en 1980 et la pente est incertaine pour le monde de la musique qui vit une époque d'entre-deux. Le sale garnement punk est définitivement allé voir ailleurs, les Pistols implosés avec Sid mort et Rotten qui roule sa bosse désormais avec le post-punk froid de Public Image Limited, ou encore les Clash s'orientant désormais plus clairement vers le reggae et le ska avec la sortie notamment de Sandinista!. Le disco en parrallèle va connaître quelque peu le même destin bien que né dans un tout autre contexte. Le disco né d'un désir de s'oublier lors de périodes historiques difficiles, palliatif à l'insécurité sociale, va finalement perdre de sa fraîcheur face à la rage du mouvement punk et à son descendant la new-wave.

Bien que le disco continuera à exister inconsciemment ("I Was Made For Loving You" de Kiss en 1979 par exemple) et influencer toute une génération de musiciens au point de faire partie du patrimoine musical, partie importante et intégrante de la new-wave synthétique et dansante des années 80, le disco glam d'ABBA, des Bee Gees ou de Boney M va s'estomper et perdre très nettement de sa verve. Lipps Inc est en quelque sorte la dernière relique d'un mouvement mourant, le dernier acte d'une comédie musicale tout en excès et en hédonisme, le rideau qui se ferme sur un spectacle enthousiasmant et haut en couleur. Dernier n°1 disco des charts, "Funkytown" célèbre la mort du disco tel qu'il l'a toujours été : en dansant.




Youtube de l'été #21 : Boney M - Rasputin (1978)

Posté par LovelyRita le 05.08.07 à 12:39 | tags : disco, tubes de l'été, youtube

Boney M de chanter "Ra Ra Rasputin, Russia's greatest love machine" et Playlist de répliquer "Bo Bo Boney M, One of greatest dance machine". Avec la hausse récente et soudaine des températures à Paris, Flu perd totalement le contrôle de ses rédacteurs qui depuis quelques jours parlent de funk et de disco à gogo ! La série : Abba, The Bee Gees, aujourd'hui Boney M et d'ici quelques jours, on cloturera note escapade disco avec un dernier bon gros tube pour boules à facettes.

Si vous avez Nightflight to Venus de Boney M sorti en 1978, passez à la piste 2 et let yourself go. C'est tout de même bizarre d'être Boney M et d'avoir composé et centré un de ses titres sur une personnalité comme Rasputin. Tout comme Abba qui, dans "Waterloo", s'inspire de la bataille du même nom et de la défaite de Napoléon pour témoigner des relations amoureuses d'une femme ("Waterloo, finally facing my waterloo"), Boney groupe de variét-disco-pop y va de son petit tube sur fond de cours d'histoire. Raspoutine, de son vrai nom Grigori Iefimovitch Novykh-Raspoutine, était un moine entré dans les faveurs de la famille de Nicolas II en raison de ses pouvoirs de guérisseur. Après avoir sauvé le fils du tsar, la femme de Nicolas II et la famille toute entière lui vouent un culte, Raspoutine deviendra un proche et un conseiller. De cette position, il abusera et profitera en tombant dans la débauche et l'excès. Assassiné en 1916 par un membre de la cour, Raspoutine fait une étrange réapparition en 1978 chez Boney M, qui en font, dans leur chanson, un personnage dragueur, aux pouvoirs de guérison incroyables et à l'influence politique évidente : "But to Moscow chicks he was such a lovely dear"




Youtube de l'été #20 : The Bee Gees - Stayin' Alive (1977)

Posté par Kris le 04.08.07 à 11:29 | tags : disco, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube

Hier on défendait l'étendard de la pop mélodieuse avec ABBA. Aujourd'hui la tâche risque d'être plus ardue avec les Bee Gees...

Episode 2 / 2 : les Bee Gees. Ces frères Gibb qui auront fait danser des générations entières de simili-Travolta, ces chansons typées seventies qui ouvraient immanquablement les compils disco fêtes suivies des Village People puis de Boney M. Que sont pour vous les Bee Gees, pourrait-on demander à quelconque gens dans la rue ? "Pattes d'éph, paillettes, barbes, voix de castrats, Ha ha ha Stayin Aliiiiiiiiiive". Vrai ? Faux. Faux ? Hmmm... Vrai quand même. Car oui les Bee Gees sont ce monolithe blanc au bas moulant et à la hanche hasardeuse, oui les Bee Gees ont su faire danser pendant la vague disco tout ceux qui n'avaient pas plongé dans le punk. 1977 marquera une scission évidente du monde musical occidental comme peu souvent dans l'Histoire, chacun choisissant plus ou moins son camp. D'un côté le nihilisme du raz-de-marée punk avec les Sex Pistols sortant leur incontournable Never Mind The Bollocks, et de l'autre, l'avènement des trois frères avec la bande originale du film Saturday Night Fever, et la chanson phare "Stayin' Alive".

A la fois la meilleure chose qui leur soit arrivée et leur pomme empoisonnée, ce succès mondial plombera une bonne fois pour toutes les Bee Gees pré-disco. Encagés dans leur prison dorée, les Gibb savent que l'on ne retiendra d'eux, dans la mémoire collective, que ça : "Pattes d'éph, paillettes, barbes, voix de castrats, Ha ha ha Stayin Aliiiiiiiiiive". Et pourtant, il y a bien eu d'autres Bee Gees, ceux que l'on a occulté, ceux qui se sont fait ensevelir sous la vague, virés sans remerciements. Et pourtant... A une époque, les Bee Gees étaient ces virtuoses compositeurs, à la plume fine et à la mélodie volubile. A cette époque, les Bee Gees n'avaient presque rien à envier aux Beatles, aux Beach Boys ou à Love. A cette époque les Gibb chantaient des chefs-d'oeuvres comme "Massachussets", "To Love Somebody" ou "I Started A Joke". A l'époque, les Gibb n'avaient ni barbe, ni pantalons blancs, ils avaient le cheveu long et non brushé, ils n'étaient pas très beaux, portaient des badges sur leurs vestes en jeans, et Robin Gibb, chanteur principal d'alors, ressemblait à Joey Ramone. A cette époque, on pouvait dire sans une pointe de culpabilité qu'on aimait les Bee Gees et que "I Started A Joke" pouvait être une chanson d'une vie. Cette époque, c'était les Bee Gees d'avant 1976, avant "You Should Be Dancing", avant les vélléités de titiller les sommets des charts américains.

Alors certes, pour ceux qui ont écouté First, leur premier album de 1967, ils opineront du chef quant au talent des Anglais (oui les Bee Gees sont anglais). Mais pour les autres qui ne voient toujours en ces trois frères que "Ha ha ha Stayin Aliiiiiiiiiiive", il est compréhensible que de voir affirmer que les Bee Gees furent à un moment l'équivalent des Beach Boys. On n'en aura jamais assez fini de tenter de réhabiliter les Bee Gees, mais on peut tout de même prendre le risque. On ne sait jamais, sur un malentendu.

 




Youtube de l'été #19 : ABBA - Dancing Queen (1976)

Posté par Kris le 03.08.07 à 10:42 | tags : disco, pop, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube

Il y a de ces groupes ou artistes qu'il sera toujours facile à enfoncer. Trop cool. Trop vendeur. Trop gniangnian. Trop sirupeux. Trop volatile. Trop pop. Hérésie. Cependant l'époque semble être plus propice à accepter et avouer ses petits pêchés mignons qui ne sont plus passibles de jets de petits cailloux ou de regards moralisateurs criant sans peine des compatissants "Pauvre vieux, tu n'as vraiment aucun goût". Car oui aujourd'hui, la pop est enfin acceptée comme genre à part entière sans avoir à se faire flouter le visage. Aujourd'hui, on peut sans peine - enfin presque - affirmer que l'on aime Rihanna pas que pour ses formes et que Fatal Bazooka nous fait rire et tout de même rester crédible lorsque l'on parle de Blitzen Trapper. Combien d'entre vous il y a 10 ans, auriez affirmé haut et fort (et sans snobisme mais juste par goût) que vous aimiez les Spice Girls et trouviez Alliance Ethnik rigolo tout en criant votre amour pour Fugazi ? Levez la main, combien ? Non sûrement pas autant...

La pop a longtemps été l'ennemi du "bon goût", les gros vendeurs vus comme des soumis et des traîtres, la simplicité et la futilité comme des marques de faiblesse. Et quand tout est réuni aïe aïe aïe...

Episode 1 / 2 : ABBA. Avatar disco lisse par excellence, l'un des plus gros vendeurs de disques de l'histoire derrière les Beatles, Elvis, Michael Jackson et Frank Sinatra aura eu du mal à se défaire de l'image immaculée si facile à salir. Björn, Benny, Agnetha et Frida ou les Suédois les plus connus de l'histoire. Traînés dans la boue car trop gentils, trop bons donc trop cons, ABBA n'a pas toujours (et n'est pas forcément encore) été cette blanche colombe pop que la bave du snob crapaud n'a pu atteindre. Révélé en 1974 par leur victoire à l'Eurovision à l'époque avec "Waterloo", ABBA connaîtra la consécration avec l'album Arrival sorti en 1976 sur lequel figure le mythique "Dancing Queen". Figure ingénue aux canons vocaux de Frida et Agnetha et au clavier malicieux de Benny, ce "Dancing Queen" résonnera pour longtemps comme ces chefs-d'oeuvres pop intouchables, qui demeurent au faîte de la créativité, ces petits plaisirs qui à chaque fois nous émerveillent par cette capacité à nous faire sourire. Comme les Beatles. Comme les Beach Boys. Comme les La's. Comme Belle & Sebastian. Comme les Pipettes. Comme Camera Obscura. Comme ABBA. Alors dansons et sourions. Tant qu'il est encore temps.




Aidan Moffat, la honte sur lui et la compagnie Shirley

Posté par Myosotis le 02.08.07 à 10:40 | tags : disco, pop, youtube
 
Je me suis toujours demandé ce que faisait Aidan Moffat, le leader écossais des disparus d'Arab Strap, sur ce clip de Shirley & Company, imparable tube disco de 1975.
Shirley Goodman, morte il y a deux ans dans l'indifférence générale, n'a jamais rien fait d'autre que reprendre cet unique titre, année après année, de plateau télé en plateau télé. "Shame, shame, shame" avait pourtant eu, peu après, un successeur baptisé opportunément "Cry, Cry, Cry" et qui malheureusement ne décolla jamais dans les charts. Certaines personnes ne connaissent jamais le succès. D'autres ont le malheur d'y goûter et d'en perdre aussitôt la saveur et la recette. Honte à eux.
Moffat prépare, quant à lui, 32 ans après cette prestation, sans doute réalisée à l'aide d'une quelconque porte temporelle, un nouvel album avec son nouveau groupe : les Best-ofs. Il s'est aussi payé un nouveau site internet sur lequel on peut trouver de quoi patienter : quelques titres rares de l'ancien duo et sottises enregistrées depuis.
En attendant... c'est disco pour tout le monde, en mémoire de la belle Shirley !



Prins Thomas : Galactic Disco Prince

Posté par Maxence le 28.06.07 à 17:51 | tags : disco, disques de l'été, électro, funk, myspace

Prins Thomas est le comparse désormais bien connu du fameux gourou nu-disco Hans-Peter Lindstrom. En plus d'être l'un des producteurs les plus courus du moment, ce dont entre parenthèse je me fous royalement, la hype étant la dernière de mes préoccupations, c'est aussi une encyclopédie musicale vivante. De la musique d'ascenseur rigolote ("muzak" pour les intimes), en passant par les B.O. italiennes de série Z, la musique de film de cul, les productions disco underground des 70's, le funk blackploitation, l'electronica délétère, le space-rock allemand ou anglais, le groove martien, le soft rock californien ou l'electro contemporaine, rien ne lui échappe, ou presque. Ses goûts, pour ce qu'ils ont d'éclectiques restent pour autant très cohérents, puisque l'ensemble des connaissances musicales de ce norvégien barjot se placent toutes sous le signe du bizarre. Pour faire court, quand Prins Thomas place une track du mythique groupe space-heavy rock Hawkwind, il choisit comme par hasard le proto-ambiant new age ultra-kitsch de "City Of Lagoons" et non pas une des effroyables cavalcades électriques dont les Anglais avaient le secret (prendre au hasard "Silver Machine"). Idem pour l'introduction de ce nouveau mix de plus de deux heures (!) follement nommé Cosmo Galactic Prism, Thomas y balance d'emblée "I Hear A New World", un morceau du producteur extra-terrestre Joe Meek, qui trafiquait le studio en l'utilisant comme un instrument dès 1959, se plaçant ainsi dans le peloton de tête des grands pionniers allumés de la pop musique aux côtés des Brian Wilson, Lee Perry, King Tubby ou autre George Martin.

Pour le reste, sur Cosmo Galactic Prism, ce magnifique objet afro-psychédélico-disco-pop, Prins Thomas laisse de côté sa science des basses et du rythme néo-nu-növo-disco pour accoucher de deux heures de mix mutant à en avoir les oreilles qui saignent. Ça commence plutôt tranquillement avec Joe Meek donc, mais aussi des raretés dont les noms et titres parlent d'eux-mêmes. Des choses comme le Crue-L Grand Orchestra ("Candymoutains In The Rainywoods", wouah !), Glissandro 70 ("Bolan Puppets"), Uusi Fantasia ou tout simplement Musique ("Summer Love Theme"). Du côté des personnalités, on retrouve Holger Czukay de Can pour un morceau "kraut disco" synthétique hilarant "Cool In The Pool", Parliament et leur "Night Of The Thumpasorus Peoples" (quand je vous disais pour les titres !!), le pape néo-disco norvégien Bjorn Torske et même les abominables Finzy Kontiny dans une version instrumentale (ouf !) de leur tube "Cha Cha Cha" ! S'agissant des contemporains, Thomas convie Boards of Canada, Closer Muzik (le fabuleux "Maria") et le nouveau projet de Matias Aguayo ("Radiotaxi"), Recloose, The Honeymoon Killers et bien sûr Lindstrom lui-même. Pas les plus pourris donc. L'ensemble résonne de nappes de synthés vintage, de bongos et percussions diverses, relevés des claquements d'un implacable 4x4 plus ou moins disco et dispense parfois ses envolées de cordes ou ses crescendos de guitare kitch dans l'espace. Mais ne vous y trompez pas, Cosmo Galactic Prism s'écoute irrémédiablement affalé dans un transat en chemise hawaïenne de mauvais goût, les doigts de pied en éventail avec un cocktail décoré d'un petit parasol à la main. Ou encore "cool in the pool" et "hot on the dancing spot", comme le chantonne Holger Czukay sur le morceau éponyme, parfait manifeste de cette sympathique monstruosité. Carrément l'album de l'été, pas moins !

Prins Thomas Presents - Cosmo Galactic Prism (Eskimo Records/La Baleine, juin 2007)




Strategy oblique vers un Future Rock

Posté par Maxence le 05.06.07 à 17:57 | tags : disco, disques de l'été, électro, funk, myspace, pop, rock
Kranky, le label post-rock/électronica qui figurait parmi les meilleurs à la fin des 90’s (avec Thrill Jockey), reprend régulièrement du poil de la bête après de longues périodes de somnolence lysergique. Cette fois c'est avec Strategy et son Future Rock totalement allumé, que la structure de Chicago nous surprend. Etrange objet dub porté sur le funk en apesanteur bordé de ritournelles pop au vocoder, Strategy fait dans l'abolition des barrières de genre, d'école et de style. Sur les compositions remarquables de ce projet transgenre, l'Américain Paul Dickow aka Strategy, nous livre ici un passionnant moment de divagations sonores, en dehors du temps et des sentiers battus. Les neuf tracks de Future Rock sont essentiellement bâties autour de longs instrumentaux à base de laptop, basse, guitare, batterie, piano et orgues électriques, synthétiseurs et boucles électroniques, qui s'envolent rapidement vers les contrées de plus en plus explorées, du funk spatial, du dub et d'une forme alanguie de transe urbaine et d'ambiant. Ce qui différencie les travaux de Dickow de "l'armée des clones" généralement proposée par le label de Chicago, c'est cette assise rythmique implacable carrément groovy, qui le rapproche largement de la scène ambient-techno et electronica, plutôt que de l'ambient-molle-du-genou et drones ordinaires. Et puisque Dickow utilise également beaucoup d'enregistrements d'atmosphères capturées live (rues, enfants, hall d'aéroport...) comment ne pas évoquer Brian Eno et ses stratégies obliques, que l'on pourrait facilement rapprocher de la démarche de Strategy. Vous me suivez toujours ?

Les "stratégies obliques" font partie d'une sorte de tarot divinatoire destiné à l'artiste contemporain. Inventées par Brian Eno, il s'agit d'un jeu de cent dix cartes comportant une idée par carte, sensée aider le créateur dans son travail, lui glisser de nouvelles idées et l'orienter vers de nouvelles voix, à la manière de l'art divinatoire du Y-King, il a largement influencé et aidé les artistes contemporains. Strategy invente donc humblement un futur pour le rock, qui laisserait de côté la légende trash et glamour, pour insister sur l‘improvisation, le plaisir et l'élan provoqué par sa transe spatiale dans un joyeux foutoir, où le funk de Parliamente, le dub de Lee Perry, le post-punk bordélique du Metal Box de PiL et la techno se rencontrent, pour former une mixture sonore totale. Une vision toute personnelle d'un hypothétique "rock" qui ne se dément pas à l'écoute des hypnotiques "Can't Roll Back", "Future Rock" ou de l'incroyable "I Have To Do This Thing (Planete Sauvage Mix)". En ce sens, on pourrait rapprocher les efforts de Dickow sur Strategy des trips hallucinés de Out Hud, également signé chez Kranky (même si le projet semble être aujourd'hui à court de participant pour cause de !!!-queries) sur leur album S.T.R.E.E.T. D.A.D., avec ses basses dubby qui répondent aux boucles synthétiques, le tout soutenu par une rythmique bancale rappelant les meilleurs moments de Pole ou de Tortoise en plus dynamique. L'ensemble reste tout à fait abordable et on pourrait même dire cinématique, tant son univers sonore est personnel et imagé. Dans le genre transe urbaine et psychédélique, nous devions déjà à Kranky la découverte de Loscil, de Out Hud et de Bird Show, avec Strategy le label récidive dans l'univers des musiques "dansables" déglinguées et c'est un coup de maître. C'est pourquoi je me permettrais de vous conseiller une petite visite sur la page de Dickow/Strategy sur le site de kranky afin de vous en mettre plein les oreilles.

Strategy - Future Rock (Kranky/Differ-ant, mai 2007)

http://www.myspace.com/strategymusic




Lindstrom, Prins Thomas et Compost Black Label : Get down for the (növo) disco

Posté par Maxence le 31.05.07 à 16:30 | tags : disco, dub, électro, funk, label

Alors que l'on ploie sous les nuées néo (nu, növo, néo, ce que vous voulez) disco venu des quatre coins de la planète, difficile de croire qu'il fut une époque où le disco était le genre oni par excellence de tout ce que l'intelligentsia musicale comptait d'esthètes à la petite semaine et de spécialistes auto-proclamés du bon goût. Difficile aussi de se rendre compte à quel point nous avons été bouché pour ne pas nous rendre compte du potentiel contenu en germe dans ce genre roi des années 70. Mélodies foldingues et souvent imparables, roulement de basses, ouverture aux musiques du monde, rythme implacable, usage de tout ce que la technologie de l'époque comptait d'effets et d'instruments délirants, usage du studio comme instrument, passion de l'expérimentation, digressions incontrôlables et dilatation temporelle, le disco contenait pourtant l'essentiel de ce qui fait la saveur de la (bonne) musique de club actuelle, drivée par Playhouse, Kompakt, Deep Space, Italic, Dial, Compost et consorts.

De nuées justement, il est question à propos de Reinterpretations, fabuleux album d'edits et remakes du premier album des papes du néo-disco Norvégiens Lindstrøm et Prins Thomas, initialement sorti sur Eskimo en 2005. Dès l'ouverture, c'est une véritable tornade space disco de plus de dix minutes qui s'abat sur l'auditeur avec la puissance d'un bon dub ("Turkish Delight"). Des circonvolutions spiralées que l'on retrouve sur "Claudio", avec ses échos disloqués, ses basses compressées au maximum et ses volutes orientaux. Habités d'une sincérité qui ne laisse aucune place au doute, Lindstrøm et Prins Thomas peuvent d'ailleurs tout se permettre, même nommer un morceau "Boney M Down" (sic), ou jouer des contraires dans un dialogue chaud et froid comme sur "Tempo Tempo", une pointe de synthé glacée et obsédante, contrebalancée par la langueur d'une guitare aux accents baléariques. Mais hormis ces recettes éprouvées de grands artisans de la transe, les nordiques savent aussi trousser une mélodie pop enjouée sur rythme 4x4 et pondre une vraie déclaration d'amour arrangée d'accords de piano, de cordes synthétiques et d'harmonie exprimant le lyrisme à fleur de peau du disco originel ("Mighty Girl"). Pourtant ce qui excite le plus dans l'art de Lindstrøm et Thomas c'est l'orientation clairement kosmische et krautrock de certaines de leurs compos. Des tracks comme le poignant "Vrang og Vanskelig", pure kosmische planante et poignante, lardée de coup de boutoir kraut (la basse !) et de riffs de synthé bien ventilés, sans oublier "Nummer Fire En" et "Nummer Fire To", le diptyque fatal ! Deux maxis inédits qui forment un authentique continuum space et kraut (plus de 32 minutes à eux deux ! Bishop, c'est pour toi !), une véritable saga psyché rock bâtit autour d'un duo basse batterie implacable que n'aurait pas renié Holger Czukay et Jaki Liebezeit de Can. Soyons lapidaires, Reinterpretations est une pure merveille !

Aussi savoureuses soient-elles, difficile après ça de passer aux sucreries des Munichois de Compost sur leur Black Label Series. Dans la même lignée que l'excellent mix de Jazzanova, Computer Incarnation For World Peace, les Black Labels Series sortent le label de l'ornière nu-jazz insipide dans laquelle il s'était enlisé à la fin des années 90. On oublie souvent que son fondateur Michael Reinboth est un fan de new wave à tendance world, d'italo et de cosmic disco de la fin des années 70 et du début des années 80. Des styles musicaux déjà insolites à l'origine, que Compost hybride avec succès avec la dance music dégénérée des années 80, 90 et 2000 : électro-house, dub spatial, techno-disco, hip hop trancey et baléarique. Ce volume 2 des Black Label Series, qui ravira les amateurs de curiosité comme les masos du dancefloor, propose de véritables bombes du genre, comme l'ultra-efficace "A&R (Llorca remix)" de Studio R. feat Capitol R., un hymne sur lequel on a envie de hurler des vocaux gospel qui n'existe même pas (!), ainsi que des classiques instantanée de géant comme Move D et Patrick Pulsinger. Mention spéciale à "The Clap" du-dit Pulsinger, "Lazise" de DJ Enne, "Lazer Rock" de Phreek Plus One et "Start to Fly" de Wagon Cookin. Une série qui s'annonce active et très riche puisque de nouveaux titres, qui sortiront préalablement en vinyls, sont déjà prévus pour les mois qui viennent. So, stay tuned !

Lindstrom & Prins Thomas - Reinterpretations (Eskimo/La Baleine)
Compost Black Label series 2 (Compost/Nocturne)




Optimo : Glasgow electricity

Posté par Maxence le 04.05.07 à 18:07 | tags : disco, électro, psychédélique, techno

Avec Walkabout, JD Twitch et JG Wilkes continuent d'explorer les multiples facettes de l'art du mix. Un nouvel épisode de la saga Optimo avec, une fois encore une nette évolution, ou une nouvelle étape si vous préférez, dans leur façon d'aborder le mix. Sur How To Kill The DJ, Part II, nos deux Ecossais s'inspiraient de Richie Hawtin et scindaient les morceaux choisis en multiples micro-séquences sabotant par la même occasion toute notion de bastard-pop à la 2Many DJ's (les seuls à l'époque à être capable de rivaliser avec Optimo en matière de culture musicale, d'éclectisme et d'humour, trois notions indispensables dans l'élaboration d'un bon mix "bastard pop") et poussaient à l'extrême l'art du mash-up, si tant est qu'un mash-up puisse durer plus de 70 minutes. Ne reculant devant aucun extrême, les deux résidents du Sub Club de Glasgow mélangeaient allègrement les Cramps, Laibach, Carl Craig et Basic Channel. How to Kill the DJ, Part II était clairement une monstruosité, une exception, une singularité mystérieusement apparue dans la galaxie clubbing d'alors. Pourtant, sur Psyche Out, deuxième mix album paru en 2005, le duo semblait s'assagir en proposant un mix plus conventionnel. Chaque track y étant mené à son terme. Conventionnel pour la forme moins pour la sélection, qui s'affichait toujours aussi hors normes. Imaginez le space rock 70 du "Hash Cake" de Hawkinds rencontrant le remix de Carl Craig du "Hot 0n The Heel Of Love" de Throbbing Gristle. Ou le "Bear Cage" des Stranglers sur le même album que les Allemands minimalistes Andrea Dorau et Justus Kohncke. Voir encore le "Rise" de Delia Gonzales & Gavin Russom (DFA) se frottant au "Sons & Daughter" de Johnny Cash !

Depuis, nos Ecossais fous ont offert un Essential Mix de deux heures (!) en téléchargement gratuit sur Pitchfork ainsi que plusieurs sessions, ensemble ou séparément, sur Beat in Space, le podcast (et émission de radio) mutant disco de Tim Sweeney. Principalement orientés vers un maximun de plaisir (la découverte, la surprise toujours !) ces épisodes ne semblaient pas développer de pistes particulières. Ce n'est pas le cas de Walkabout (dont le titre s'inspire des anglais Throbbing Gristle, décidément présents dans tous les mix du duo) qui privilégie clairement une certaine idée analogique et électrique de la danse, tout en proposant un historique du minimalisme. La sélection offre donc quelques pistes pour ceux qui seraient désireux d'établir un panorama de l'histoire secrète du genre en vogue à l'heure actuelle. Tout commence avec un titre primitif de Throbbing Gristle, "Radiation" des pionniers Suicide, "Hapatus" du duo proto-tech Pan Sonic, "Grungerman" de Grungerman (aka, The Moderniste, aka Jörg Burger, etc.) qui présente les balbutiements du son de Cologne, "The Virus" de Lenny Dee (morceau culte de cet ancêtre du hardcore). Puis l'ensemble remonte le temps des précurseurs jusqu'aux stars incontestées que sont Herbert (l'excellent "Moving Like A Train"), Marc Houle ("Bay of Figs"), Thomas Brinkmann ou Metaboman. Le mix est par ailleurs littéralement coupé en deux par le psychédélique "My Machine" un des titres les plus mélodique des métaleux japonais de Boris.

Avec Walkabout, Optimo semble valider l'idée selon laquelle le vrai minimalisme serait principalement une question de séquence, de fréquences et d'ondes ordonnées avec talent pour être capable d'amener l'être humain dans la transe. En ce sens Walkabout est le parfait exemple du pouvoir ondulatoire, sous courant alternatif, de l'électricité. Magique !

Optimo - Walkabout (Mule/Nocturne)

Optimo Walkabout : video promo




Sunkissed : I'am on a norvegian radio

Posté par Maxence le 13.04.07 à 17:19 | tags : disco, électro, funk, psychédélique, radio

En matière de groove déviant, la réputation de la Norvège n'est plus à faire. Après le succès d'estime (voir planétaire pour certains) de Lindstrøm, Prins Thomas, Skatebaard, Todd Terje et consort, il est difficile de faire l'impasse sur la vague de chaleur qui sévit dans la partie nord de l'hémisphère. Certains mettent ça sur le compte des bouleversements climatiques subis par notre planète mais il semblerait en fait qu'une émission de radio animée par les membres du label Smalltown Supersound, basée à Oslo, soit en train de salement réchauffer la température des fjords du coin. Comme l'était le "Mexican Radio" des Californiens de Wall of Voodoo en son temps, Sunkissed l'émission (podcast inside), est devenue un point de repaires incontournable pour les fêtards perdus dans les froides nuits polaires. Managée par une bande de spécialistes en détournements sonores menée par G-HA et Olanski, Sunkissed est un peu à la Norvège ce que Beatinspace est à l'axe Glasgow/New York. Mélangeant allègrement afro-beat, rythmes baleariques, krautrock, néo-disco, soft-rock dégénéré et funk torride, ces trublions font la pluie, et surtout le beau temps, dans le pays où les nuits durent six mois. Et on se dit que si elles durent aussi longtemps, les fêtes doivent forcément, suivrent. Accrochez-vous !

Dès les premières notes d'un "Candlelighted" oscillant entre kosmische (comprendre "krautrock cosmique") et psychédélisme, ce Sunkissed CD mix annonce la couleur : nous sommes face à des extrémistes rendus fous par l'absence de clarté solaire ! Des fanatiques du groove, des malades du rythme, des hystériques de la danse en climat non-tempéré. Sunkissed est une excellente carte de visite de l'émission (et des soirées attenantes) puisqu'on y retrouve tout ce que la Norvège, la Suède et la Finlande font de mieux en matière de musiques rythmées, de Bjørn Torske à Prins Thomas, en passant par Mungolian Jet Set's (quel nom !), Mental Overdrive, Lindstrøm bien sûr et Todd Terje. Mais c'est surtout à partir de la moitié du mix que l'ensemble prend forme et que la transe s'installe. Cavalcade de bongo, pulsations primitives et cow bells sur "Kosmetisk" de Magnus International, basses hypnotiques sur "A Blast of Loser" du pape Lindstrøm (Mungolian Jet Set's remix) mais surtout orgie disco sur "Come out, Come Down, Fade Out, Be Gone" des fabuleux 120 Days (ce que le kraut-funk fait de mieux dans son genre), "Original Material" de Mental Overdrive et "Do Worry" de Telex (Lindstrøm mix). Pas prudent pour un sou, les nordiques mettent carrément le feu à la baraque ("must be the moon") ! Mais on leur a parlé de la fonte des glaces à ces gens ? Terroristes !

www.smalltownsupersound.com
www.myspace.com/smalltownsupersound

Various Artists - Sunkissed (Smalltown Supersound/Differ-Ant, mars 2007)

 

 




Jazzanova : Mutant Disco Computer Incarnation

Posté par Maxence le 07.04.07 à 11:10 | tags : disco, électro, pionnier

Un mix "mutant disco" coordonné par Jazzanova, bien sûr, ça ne sonne pas comme la même chose par James Murphy (LCD Soundsystem) ou Trevor Jackson (Playgroup). Moins punk et plus funk, la sélection d'Alex Barck (du collectif Jazzanova) et Gerd Janson (Running Back Records) fait la part belle à cette world music dégénérée des années 1981-1982, celle qui, à peine sortie de la new wave s'acoquinait déjà avec le rythme et la danse par le biais des expériences mondialistes de Brian Eno, de Malcolm Mclaren et du Remain In Light de Talking Heads. Les préférences sonores de Jazzanova amènent tout naturellement Barck et Janson à privilégier une approche mélodique et polyrythmique. Computer Incarnation For World Peace est donc plus proche des envolées mystico-transey d'Arthur Russel et de son violoncelle disco planant, que de l'ethno-punk industriel de Cabaret Voltaire. Si vous préférez, ce mix c'est un peu "Grace Jones contre Nina Hagen". De la new wave, il a la froideur, des balbutiements de la world, il garde l'hédonisme et le groove. La sélection est d'ailleurs sous-titrée "Soulful New Wave et Dubby Rock", ce qui illustre particulièrement bien le propos.

Quant à la feuille d'infos, elle indique qu'Alex Barck et Gerd Janson alignent une série de joyaux pop synthétique qui sonnent autant organique qu'électronique, et c'est bien de cela dont il s'agit. Dès l'intro de Codek, ses percussions tribales à la boite à rythme, sa basse new wave, ses cordes synthétiques, l'auditeur plonge dans ce qui faisait la musique des années 80, âge d'or de la production via les premiers sampleurs et les nouvelles technologies de créations musicales. Une excitation particulièrement palpable dans des morceaux atmosphériques comme le splendide "I Need Someone To Love Tonight" de Sylvester, "Reach the Beach" de The Fixx ou "Heartbeat" de Colored Music. Là, synthétiseurs et instruments (basses, guitares, cuivres, piano free sur "Heartbeat") se répondent à l'unisson ou encore jamment de concert à la manière du jazz fusion et du funk. On comprend mieux alors, la fascination d'Alex Barck de Jazzanova pour cette époque où feeling noir et musique blanche se rejoignaient, lui qui est plus couramment porté sur le groove chaleureux des musiques africaines et sud-américaines. Reste que pour les puristes comme pour les novices, cet album est un vrai bonheur. D'autant que la plupart des protagonistes nous sont totalement inconnus et auraient certainement rejoint les limbes de l'histoire de la musique sans cette excellente petite galette. Rendez-vous le site de Sonar Kollektiv, où vous pourrez écouter l'intégralité de ce mix en streaming. Avis aux amateurs.

Jazzanova - Computer Incarnation For World Peace (Sonar Kollektiv/Nocturne, avril 2007)






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