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Festifs, ensoleillés, moîtes, happy, survitaminés ou ressourcants, les disques de l'été de Flu sont à glisser dans ses bagages entre la crème solaire et les tongs. Sélection d'albums/titres pour passer un été musical.

Black Devil Disco Club : Le diable se confesse

Posté par Maxence le 03.07.08 à 15:55 | tags : disques de l'été, électro, disco

Initialement crédité comme l'œuvre de Joachim Sherylee et Junior Claristidge en collaboration avec le producteur Jacky Gordiano, Black Devil Disco Club est en fait le fruit du travail de deux français et seulement deux ! Bernard Fevre d'une part, et Jacky Gordiano de l'autre. Tout simplement. Et si cela paraît simple en effet, cela ne l'a pas été pour nos deux défricheurs à l'époque (1978 !). Tombé dans l'oubli, Disco Club le premier mini-album du duo, a été re-découvert par Richard D. James, aka Aphex Twin, qui réédita celui-ci sur son label Rephlex en 2004. Réduis à Bernard Fevre aujourd'hui, Black Devil Disco Club étonne autant qu'hier. C'est le moins que l'on puisse dire à l'écoute de ses audaces et ses trouvailles. De la résurrection incarnée par 28 After en 2006 à Black Devil In Dub comprenant une poignée de remixeurs de génie, en 2007, en passant par le tout nouveau Eight Oh Eight, l'auditeur navigue sans boussole dans ce "disco club" hanté, ampli d'échos démesurés, d'hymnes vaudous, de riffs de synthés blafards, d'envolés lyriques et spatiales. Un voyage épique au cœur de la transe, une musique sans âge, sans partie, et donc totalement intemporelle.

A lire, notre chronique de Eight Oh Eight et notre interview de Bernard Fevre


Siestes Electroniques 2008 - Laidback in the sun #8 : Lindstrom

Posté par Maxence le 27.06.08 à 15:46 | tags : disques de l'été, disco, électro, siestes électroniques

Hans-Peter Lindstrom, le gourou novo-disco, le pape du cosmic made in Norway dont nous avons déjà beaucoup parlé dans nos pages, se produira aux Siestes Electroniques de Toulouse samedi 28 juin. Attention, le spectacle se déroulant au Bikini le même soir que Sébastien Tellier, Turzi et Damian Lazarus (excusez du peu !), il sera demandé 20€ à l’entrée. Un cadeau étant donné la qualité et la dimension iconoclaste du plateau ! Imaginez un peu : le krautrock envapé et enfiévré de Turzi, le glamour 70 italo kitsch de Tellier, le space disco de Lindstrom et l’hypnose turbide de Lazarus le même soir ! Prévoyez des bouteilles d’eau pour accompagner les aspirines !


Toujours est-il qu’Hans-Peter Lindstrom, très simplement, a bien voulu faire comme tout le monde, et se prêter au jeu pour répondre à notre questionnaire estival :

 

Quelle est pour toi la meilleure définition du terme laidback ?
Un certain titre du groupe danois Laid Back, appelé "White Horse" !

La vidéo du clip de "White Horse"


Quels sont tes meilleurs souvenirs de soirée estivale ?
A Oslo, un barbecue avec de bons amis et de bons vieux albums que l'on passait sur un lecteur portable.


Es-tu un habitué du sud de la France ? Que t'évoque cette partie du monde ?
Je n'y suis jamais allé, j'ai assez hâte d'y être. Beaucoup d'attentes...alors sud de la France, ne me déçoit pas, hein !


La majorité du festival Les Siestes Electroniques se déroule en plein-air, dans des parcs ou des cours d'hôtels particuliers : jouer en plein-air représente pour toi un plaisir/une contrainte/t'est égal ?

C'est bien sûr un plaisir. Jouer en extérieur en plein été, avec des gens qui se relaxent sur l'herbe...rien de mieux. Je suis plutôt pour les concerts en plein air que pour le cadre habituel et enfumé des clubs. Avec un bon équipement sonore tout de même, le son doit être nickel aussi !


Cite ton top 5 des albums idéaux pour l'été
Sans ordre de préférence :

Shuggie Otis - Inspiration Information

Barbra Streisand - Guilty

The Beach Boys- Light Album

Bohannon - Summertime Sroove

Fleetwood Mac - Rumours

 

Site des Siestes Electroniques 


Siestes Electroniques 2008 - Laidback in the sun #6 : A Mountain Of One

Posté par Maxence le 24.06.08 à 17:51 | tags : disco, psychédélique, disques de l'été, siestes électroniques
Suite de nos interviews Laid back in the sun avec A Mountain of One, soit, la réunion d’une poignée de pionniers de la nouvelle vague freak folk psychédélique et soft rock britannique, à l’origine avec Collected Works, d’un premier album qui réunit tous leurs EP’s. A Mountain Of One offre une production léchée pleine de bonnes vibes, au service d'une musique à la fois fervente et dansante, mêlant avec bonheur électronique et analogique. Du psycho disco ?

 

Le groupe, qui se produira aux Siestes Electroniques de Toulouse le samedi 28 juin à la Prairie des Filtres, a bien voulu se prêter au jeu et répondre à notre questionnaire estival.

 

Quelle est pour vous la meilleure définition du terme laidback :
Etre relaxe, confortablement installé, à l’écoute de son espace intérieur.

 

Quels sont vos meilleurs souvenirs de soirée estivale ?
Les soirées en extérieurs, à admirer un sublime couché de soleil et être toujours debout quand celui-ci se lève.

 

Etes-vous des habitués du sud de la France ? Que vous évoque cette partie du monde ?
J’ai passé quelques temps à Cannes et j’ai beaucoup aimé. Très bonne cuisine, temps magnifique et plages géantes !

 

La majorité du festival Les Siestes Electroniques se déroule en plein-air, dans des parcs ou des cours d'hôtels particuliers : jouer en plein-air représente pour vous un plaisir/une contrainte/vous est égal ?
Hé bien, nous aimons jouer partout du moment que le son (et les cablages) sont bons. C’est généralement agréable, tout est question d’atmosphère.

 

Citez votre top 5 des albums idéal pour l'été
Beach Boys – Feel Flows
Neil Young - Down By The River
Jimi Hendrix - Angel
Richie Havens - Here Comes The Sun
Spiritualized - I Think Im In Love

 

Retrouvez le site des Siestes electroniques


http://www.myspace.com/amountainofone


L'été sera... COSMIC !!

Posté par Maxence le 12.06.08 à 15:23 | tags : psychédélique, disco, électro, disques de l'été

Ecoute petit homme, tend tes antennes vers le ciel ou ce qui t'en tient lieu, tes cheveux quoi, et capte les ondes qui parcours l'univers. Entends-tu le message ? Il est pourtant clair, toutes les conjonctions planétaires sont réunies mes amis : l'été sera COSMIC !

 

Libre à vous de ne pas me croire, libre à vous aussi de passer à côté des merveilles qui vont bientôt atterir chez votre disquaire pour célébrer ce nouvel été de l'amour, à commencer par le nouveau mix album de Daniele Baldelli (accompagné ici de Marco Dionig), et judicieusement intitulé Cosmic Disco ?! Nah... Cosmic Rock ! Même si l'idée du rock selon le fameux DJ italien inventeur et promulgateur du cosmic disco dans les années 80 est pour le moins iconoclaste, reconnaissons que sa sélection réunissant les fabuleux Fra Lippo Lippi (grand oublié de la pop new wave des 80's), Martha & The Muffins (dans une version échevelée de "Danseparc"), Positive Noise ou Thompson Twins (inoubliable "Beach Culture" précurseur du "The Beach" la mythique face B du "Blue Monday" de New Order) a de quoi faire carrément pousser les cheveux !

 

Tout aussi "kosmische" comme dirait les Allemands qui n'en sont pas à leur premières barbes, la sélection de remixes des Suédois de Studio. En plein trip laid-back sur Yearbook 2, les nordiques réhabilitent une belle poignée de titres non moins planants de leurs confrères psychédéliques, dont le "Brown Piano" des Anglais de A Montain Of One (en concert gratuit, les pieds dans l'herbe aux Siestes Electroniques de Toulouse le 28 juin !), "Love on a Real Train" par Williams, "Escape from Chinatown" de Brennan Green, "Turn The Radio Off" des adorables Love Is All et enfin "Room Wihtout a Key" des Rubies. Ambiance west coast 70 garantie, les pieds dans le sable, bandeau dans les cheveux et tee-shirt de Dennis Wilson obligatoire.

 

Autre sommet du funk blanc, des oubliés de l'histoire du rock cette fois, il s'agit de la réédition des Talking Heads belges, j'ai nommé Allez Allez. Redécouvert fort à propos par Dirk, boss du label Gantois Eskimo (également découvreur de Lindstrom, The Glimmers, Aeroplane, et j'en passe), ce combo des Marolles (fameux quartier bruxellois) mélangeait influence afro, new wave, electro pop et disco de 1981 à 1983. Comme tout groupe de joyeux j'en-foutistes, Allez Allez a disparu dans une des ruelles de l'histoire de la musique après que sa chanteuse d'origine anglaise soit partie convoler avec un East 17 (quelle honte !), mais le groupe réapparaît heureusement aujourd'hui avec Best Of, vrai disque pour l'été, compilant "African Queen" (un hommage à Grace Jones), "She's Stiring Up", "Valley of The King" ou "Flesh & Blood", tous menés de main de maître(sse) par la voix blanche et désinvolte de Sarah Osbourne. Cerise sur le space-cake, quatre remixes sont proposés par Quiet Village, Aeroplane, le duo écossais Optimo et... Lindstrom & Prins Thomas themselves ! Grandiose !

 

Finissons sur deux bonnes nouvelles, la parution en juillet-août des nouveaux albums de Hans-Peter Lindstrom (également présent aux Siestes Electroniques de Toulouse), Where you Go, I Go (mais on va où tu veux Hans !), soit 3 morceaux space disco oscillant entre 28,39 pour le premier et plus de 10 minutes pour les deux autres, de The Greatest Tits, vol. 1 un double CD mixed, unmixed de son compère Prins Thomas et du nouveau Black Devil Disco Club dont on reparlera sous peu dans nos pages. Autant dire qu'on n'est pas près de redescendre !

 

Daniele Baldelli & Marco Dionig - Cosmic Disco ?! Nah... Cosmic Rock ! (Eskimo/La Baleine)
Studio - Yearbook 2 (INF/La Baleine)
Allez Allez - Best Of (Eskimo/La Baleine)

 

http://www.myspace.com/djdanielebaldelli
http://www.myspace.com/sstudio
http://www.myspace.com/eskimorecordings
http://www.myspace.com/feedelity
http://www.myspace.com/prinsthomas


Italians Do It Better : C'est ce qu'on va voir !

Posté par Maxence le 17.08.07 à 16:01 | tags : disques de l'été, label, disco, électro, culte et bizarre

Je ne sais pas vous, mais moi je ne lis plus Pitchfork. Du moins plus comme avant. Et plus pareil. Je jette un œil, je parcours quelques rubriques et basta. De fait, le site "star" du journalisme musical indépendant (qui ne l'est plus tant que ça) ne m'a jamais vraiment fasciné. Ce n'est pas du snobisme, exception faite de quelques chroniqueurs je n'ai simplement jamais eu rien à foutre de leurs avis et je ne me retrouve pas trop dans cet amas de références pop-rock indés, produites au kilomètre. Déjà vu, déjà lu, avant, ailleurs. C'est pourtant à Pitchfork que je dois la découverte de cette compilation d'Italians Do It Better records, et pour cause, le label est tout jeune et pas distribué de ce côté de l'Atlantique. Rendons donc à César ce qui lui appartient, cette chronique, pour une fois, n'existerait pas sans le flair des renards de Pitchfork.

Concernant After Dark soyons clair, il s'agit encore de disco. D'italo pour être précis, et c'est important ici car il faut bien séparer les choses. Au milieu du vaste continent disco qui n'en finit plus de remonter à la surface comme un Atlantide inespéré de la musique électronique, d'un côté nous avons l'italo et de l'autre le cosmic (ou space) disco. Le tout faisant actuellement un grand retour comme vous le savez si vous lisez régulièrement le fil disco de ce blog, au sein de la nébuleuse nu-disco. Cousin germain du cosmic, l'italo disco est plus porté sur les machines et leurs effets (rétro)futuristes. Alors que le cosmic disco aime les percussions tribales, les rythmes alanguis du balearic, les ambiances exotiques, le funk et la soul, l'italo aime la synth pop, les hymnes 80, la pose "camp" et le kitsch un rien ébouriffé de la new wave de garçons coiffeurs d'Heaven 17 ou d'Ultravoxx (celui avec John Foxx, notez les deux X). Faire l'historique du genre prendrait trop de place ici, mais on peut déjà dire que le genre refait surface en 1997, quand le DJ hollandais I-F sort son fameux dj mix, Mixed Up in the Hague, Vol. 1. Citons également Unclassics par Morgan Geist, qui fait aujourd'hui figure d'incontournable compilation de raretés.

Ainsi After Dark ne pourrait être qu'une compilation italo de plus si ce n'était véritablement celle du nouvel étalon italo. Réunissant une pelleté de morceaux uniquement trouvable sur des 12" et de nombreux inédits des poulains du label Italians do it Better, Glass Candy, Chromatics, Mirage, Professor Genius et Farah, After Dark s'impose comme une vision nouvelle du genre, plus 80 que jamais. Mirage propose par exemple un remix du fameux "Last Night a DJ Save My Life" de Indeep, tout en nappes de synthé spatial et en basses compressées, et quand Glass Candy reprend le "Computer Love" de Kraftwerk c'est pour le faire sonner comme un morceau de Blondie sous tranxene. L'obsession des artistes d'Italians do it Better pour les années 80 se traduit aussi par les adaptations de Dark Day, obscur groupe post-no wave de l'ex-DNA Robin Crutchfield (que l'on retrouve sur le volume 3 des mythiques compilations New York Noise), dont Chromatics reprend le "Hands in the Dark" et Glass Candy "The Chameleon". La mélancolie urbaine et l'expression du növo spleen de cette décennie réactionnaire placée sous le signe du fric facile, de la magouille politique et de l'absence de scrupule sont également omniprésentes dans des ballades mélancoliques comme "In The City", ou le futur morceau culte de Farah, "Law of Life". Originaire du Texas, Farah est à l'origine d'une descente aux enfers vraiment unique dans l'histoire de l'italo. Sur une base rythmique monotone et hypnotique proche du "I Feel Love" de Summer/Moroder, la chanteuse pose sa voix spectrale dans un spoken word mêlant l'anglais et une mystérieuse langue orientale, tandis que les synthés serpentent et que l'auditeur se laisse embarquer sur les pentes savonneuses de la transe la plus noire. Mais After Dark regorge aussi de perles électros vintages digne des B.O. de John Carpenter ("La Grotta" de Professor Genius), de space disco envoûté ("Miss Brodway" de Glass Candy), de cosmic sound dilaté ("Lake Of Dreams" et "Lady Operator" de Mirage), le tout animé des infinies pulsations du funk synthétique tridimensionnel de la fin des 70's. Clairement, After Dark oscille entre hommage et pastiche ("Pegaso" de Professor Genius), tendresse et distance post-moderne, qui font de lui un excellent prétendant au double titre d'album "culte et bizarre" et de "disque de l'été" à ranger aux côtés de Kathy Diamond, du Cosmo Galactic Prism de Prins Thomas ou du White Magic de Sorcerer.

Du coup, il faut relativiser. "Oui, c'est peut-être les Italiens qui le faisaient le mieux, dans les années 80". Aujourd'hui, force est de constater que les Américains se débrouillent plutôt bien aussi.

VA After Dark - Italians Do it Better (Italians Do it Better/Import)


The Coral : Somewhere beyond the sea

Posté par Kris le 16.08.07 à 10:24 | tags : rock, folk, uk, pop, disques de l'été
Je n’ai jamais été réellement accroc à The Coral, musique toujours appréciable certes, mais jamais épris, jamais emmené au-delà de leurs classieuses compositions, jamais transcendé à l’écoute de l’un de leur trois albums. Mais ça fait toujours bien d’aimer The Coral, surtout si on aime les La’s, si on aime Oasis, si on aime The Divine Comedy, car les Liverpuldiens sont les BCBG du rock, comme les Strokes un peu. Toujours posés et aux influences respectables et variées, aimer The Coral est « in ». Pas de chance, leurs albums m’ont toujours paru bancals, un peu trop et en même temps pas assez. Trop fouilli parfois et allant trop n’importe où pour n’arriver véritablement nulle part. Pas assez de conviction souvent, c’est joli, c’est mignon mais pas assez vigoureux pour que l’on y croit réellement, exceptions faites de "Dreaming Of You" et "In The Morning" (ou comment ne pas se mouiller). En revanche, ce qui fait la force des Anglais, c’est bien la finesse et l’incroyable présence de leurs textes accompagnés de compositions aux mélodies amples et bien construites. Le chant de Skelly, jamais résigné, jamais dépréciateur, mais toujours expressif joue également beaucoup à la plus-value sans pareil de la plume lyriciste de The Coral. Cette qualité n’était – superbement – entrevue que par moments sur les opus précédents, mais de quelle manière "When I’m dreaming of you, oh what can I do ? / I still need you but I don’t want you now" sur "Dreaming Of You", "Don’t put your hands in careless hands / Those careless hands they don’t understand" sur "Careless Hands".

Alors on n’attendait que modérément ce Roots & Echoes. Et même s’il ne nous fera pas profondément changer d’avis sur The Coral, c’est probablement l'album qui résume le mieux leur œuvre. Forcément, il ne sera pas parfait. Forcément, j’entends déjà les bâillements. Il n’empêche que comme toute la discographie du groupe, Roots & Echoes a ses grands moments comme ses moins bons moments. Lyriquement, c’est encore du tout bon, même s’ils sont encore loin d’un Neil Hannon ou d'un Jarvis Cocker, et le plus étonnant c’est que les compositions tiennent bien la route. Plus cohérent sur la longueur que ses prédécesseurs, Roots & Echoes est surtout mieux construit. On reprochera cependant à The Coral cette sempiternelle inconstance à ne pouvoir délivrer à chaque fois la chanson parfaite, celle dont on se souviendra dans des décennies, malgré leurs capacités évidentes et les lueurs apparentes. Il suffit de prendre "Put The Sun Back" avec son premier couplet fracassant de vérité, d'innocence et d’empathie, tandis que le refrain massacre tout par la convenance de son rythme et de ses mots. Mais plus on écoute l’album, plus des choses se révèlent, et plus The Coral semblent en savoir plus qu’il n’en paraît. Chaque chanson est une expérience, une tranche de vie à vif, prise sur le moment, en flagrant délit d’omniscience. Chaque titre respire une certaine spiritualité, prenant compte de tous les éléments alentour pour en créer un condensé, un pot-pourri d’émotions. Alors Roots & Echoes sonne mieux qu’on ne pouvait s’y attendre amalgamant le bon et le mauvais, pour n’en retirer que l’essentiel et le véritable, la vie et ses travers, ses sentiments qui gravitent et nous échappent constamment. En cela "Who’s Gonna Find Me" est triste et "Jacqueline" est belle, "Rebecca You" est lyrique et "Cobwebs" est sublime. Ainsi The Coral s’écoute et puis s’oublie avant de peut-être se voir redécouvert dans cinquante ans comme relique d'un passé intemporel, témoin anachronique d'une époque inconnue au côté de ses contemporains des Shins et de Neutral Milk Hotel.

The Coral, Roots & Echoes (Deltasonic/Sony BMG, juillet 2007)


Compost présente Elaste Vol. 1 : Cosmic Discoteca

Posté par Maxence le 13.08.07 à 19:30 | tags : à lire, électro, disques de l'été, disco, label

Cosmic again ! Cette fois c'est d'un vrai polaroïd historique qu'il s'agit. Un cliché pris sur le vif de l'ambiance qui régnait dans le club qui a vu la naissance du "cosmic sound" entre 1977 et 1979 : la Discoteca Cosmic. Comme nous l'expliquions il y a une semaine, le cosmic disco est une congruence de styles parfois disparates, mixés de façon extrêmement créative par un fameux DJ italien, Daniele Baldelli. Le club lui-même devait son nom à sa décoration futuriste inspiré de la science-fiction des années 70. La cabine du DJ était par exemple incrustée dans une structure de type casque de spationaute, etc. C'est cette atmosphère que veux nous faire revivre le label Compost et DJ Mooner avec cette fabuleuse compilation Elaste Vol.1. Sous-titré "Slow Motion Disco", ce premier volume d'Elaste propose des classiques instantanés joués par Baldelli et les DJ du Cosmic Club, comme The Rah Band, Clive Steven's & Brainchild, Love International, Logic System, Chris & Cosey ou Peru. Comme l'indique son sous-titre, cette version "cosmic" du disco d'origine était fortement lymphatique, plus baignée de psychédélisme qu'investit de beat, même si celui-ci comme dans toute musique de "dance" constituait bien sûr la structure de base autour duquel tournaient percussions tribales, effets synthétiques et bruitages étranges. 95 et 100 bpm était alors un maximum.

Cette prédisposition à l'évasion et à la transcendance, son côté cérébral et "trippé" devait bien entendu attirer les freaks et les dealers de tout poil. Le cosmic sound a rapidement gagné la réputation de musique "de drogués", qui en fit un peu la bête noir de la musique électronique de l'époque (ça, et la tendance affichée par les médias, pratiquant l'amalgame entre "disco des origines" avec ses excès, tant artistiques que commerciaux et sa version cosmic plus underground). Evidemment, l'usage de stupéfiants et en particulier d'héroïne joua donc un grand rôle dans la saga cosmic mais c'est malheureusement aussi ce qui causa la perte du club et provoqua sa fermeture en 1984. Cette musique et ses DJ emblématiques n'eurent pas le temps de s'exporter et l'art du "cosmic mix" tomba dans l'oubli... jusqu'à aujourd'hui, puisque, comme vous le savez si vous lisez régulièrement Playlist et sa rubrique "Disco", ainsi que la bonne presse musicale ou les blogs avertis (ici, ici ou ici), cette école fait de nouveau la une. En Allemagne (Compost), en Norvege (Lindstrom & Prins Thomas, Rune Lindbæk, Todd Terje, etc.), en Angleterre (DC Recordings) en Belgique (Eskimo records, le mail order Flexx) et en France (Dirty Crew, Tigersushi, Black Devil Disco Club, etc.), on ne compte plus les labels et artistes rééditant perles cosmic, mais aussi Italo, un proche parent plus kitsch 80, et "mutant disco", encore une variation plus rock, parfois même punk venant de New York. Même Robert Wyatt s'y met (merci David F), en compagnie de Bertrand Burgalat de Tricatel avec le single "This summer night" (en écoute sur la page d'accueil du label). Gageons que cette musique n'a pas fini de nous passionner.

Nous parlerons d'ailleurs prochainement de l'excellente compilation du tout jeune label américain Italian do it Better, qui réactive le genre italo en nous offrant une nouvelle compilation digne de I-F Mixed Up In The Hague Vol. 1 ou du Unclassic de Morgan Geist, et qui nous viens cette fois du New Jersey ! En attendant n'hésitez pas à vous rendre sur le profil myspace d'Elaste où pour une fois, vous trouverez du contenu avec toute l'histoire du Cosmic Club. Idem pour le fameux magazine Discopia proposant interviews et chroniques des cadors de la constellation nu-disco et des autres, et last but not least, checkez cette page en italien proposant des photos unique des abords et l'intérieur de la Discoteca Cosmic. Pour finir ruez vous également sur ce très bon mix de Trakse, ambiance space disco garantie, qui s'accordera très bien avec les images (merci à lui) !

Compost présente Elaste Vol. 1 - Slow Motion Disco (Compost/Nocturne)


Dirty Space Disco : Dirty Dancing

Posté par Maxence le 07.08.07 à 17:59 | tags : disques de l'été, myspace, label, électro, disco

En 1978 le disco c'était la peste. Comme toute mode, l'hystérie disco conduisit les artistes créatifs et intègres à se détourner des projets dévoyés, à renoncer à la gloire et à l'argent, pour retrouver le plaisir qu'ils avaient connu naguère. Le disco devait redevenir underground et effectuer un retour sur soi, écrit Ulf Poschardt dans son anthologique DJ Culture, publié aux éditions Kargo en 2002. Etonnemment c'est en Europe que la folie disco retrouve une nouvelle jeunesse, et tout particulièrement en Italie où une paire de DJ américains, Bob et Tom, investit un luxueux club au bord de l'Adriatique, le "Baia degli Angeli" (La baie des Anges en V.O.). Bob et Tom sont de l'école new-yorkaise, celle du Loft, club mythique qui vit la naissance du disco. En 1979, il initie un jeune italien, Daniele Baldelli, à l'art du DJing. Celui-ci devient résident au Club Cosmic et lance à la manière de Larry Levan et son mélange de funk, de punk et de disco, un nouveau genre : plus lent, plus planant et cérébral, misant sur les basses et non plus sur les cordes synthétiques, ce style sera nommé "cosmic disco" en référence au club où il fut inventé. Reparti pour New York, Bob et Tom savent que leur héritage est entre de bonne main. Baldelli développe le style, accompagné de Claudio Rispoli, un autre DJ local.

L'histoire continue. En 1980, Stefan Egger un jeune Allemand qui passe ses vacances dans le coin, fréquente assidûment le Club Cosmic, il tombe fou amoureux de cette musique et la ramène dans ses bagages. Il propagera le virus cosmic en Allemagne. Ainsi naît la connexion italo-germanique qui se développera plus précisément à Munich, patrie du pape de la disco, Giorgio Moroder. Cette union n'a rien d'étonnant finalement. Le krautrock et les musiques électroniques des Kraftwerk, Tangerine Dream, Klaus Schulze et consort se marient très bien avec les effets électros du cosmic disco, son emphase, son aspect répétitif et hypnotique et son amour immodéré des longues durées. C'est ainsi que le cosmic disco devint ce que nous connaissons aujourd'hui : un mélange de synth-pop, d'avant-garde électronique, de motifs répétitifs purement krautrock, de percussions afros ou sud-américaines et de funk froid venu d'Europe. En ce sens, la compilation Dirty Space Disco, initiée par les Français du Dirty Sound System et le label Tigersushi est emblématique du genre. Entre les minauderies 80 de John Forde (le balnéaire "Atlantis") ou Risqué ("Starlight") et les krautrockeries de Roedelius, Conrad Schnitzler, la fine équipe glisse de surprenant edits du fameux Pilooski, pourvoyeur français d'incredible strange music. Des titres comme "Die Drachentrommier" de Clara Mondshine ou l'hilarant "Stranger in the City" de John Miles, qui clouent irrémédiablement le bec aux moqueurs tant leurs développements sont inattendus : cavalcade de percussions, vagues de synthé pulsées, utilisation éhontée de la chambre d'écho, rythme métronomique et forcément, hypnotique, sont ici de rigueur mais sans ardeur ! Tout ici est leeeeent, car "Slow is the new fast" indique avec humour le sticker de pochette. Le plus étonnant reste cet edit disco du funk spatial et lascif de Undisputed Truth, réellement cosmic, sans oublier l'indispensable version vocale d'"I Need Someone to love tonight" de Sylvester. Un must de l'été en somme, à déguster au casque au bord d'une piscine en s'imaginant revenu au temps de Club Cosmic !

Dirty Space Disco - s/t (Tigersushi/Discograph)

A noter qu'une interview des responsables de cette compilation est disponible sur le site Poptronics.


Bright Eyes : Comment aimer Conor Oberst pour les mauvaises bonnes raisons

Posté par Maxence le 07.08.07 à 10:27 | tags : pop, rock, country, disques de l'été, myspace

Conor Oberst alias Bright Eyes, est un sale gosse trop doué, par définition. Propulsé petit génie trop vite, il a enchaîné les disques à une vitesse affolante. Doué d'un bon goût évident, il en use avec le plus mauvais goût justement. Un exemple ? Il sort des albums de folk lo-fi mais avec le vibrato de rigueur dans la voix, pour faire triste et romantique. Un album d'electro-pop et il pèche par les même tics, etc. Le gosse tête à claque par excellence. Une sorte d'anti-Sufjan Stevens quoi. Mais quand S.Stevens se compose une image de boy scout premier de la classe, Conor Oberst choisit plutôt l'image du jeune génie "torturé-vachement-triste". Au moins les choses sont claires : le but c'est bien de faire craquer les filles ou d'emballer un max. Et donc ces disques sont très énervant, justement à cause de ce bon goût omniprésent. Il est de la génération d'après celle de Will Oldham, il ne fait pas de la nu-folk en toute innocence, il en a écouté, il en connait les codes et les attributs, et reproduit habilement la carrière idéale du "folkeux du 21ème siècle". L'album lo-fi folk enregistré sur 4 piste k7 avec plein de souffle, le truc plus orchestré et ambitieux, l'album de rock teigneux etc., etc. Et toujours ce trémolo énervant dans la voix pour faire tristouille.

En résumé, le mec est énervant. Immature (mais il a commencé très jeune), touche à tout, et logiquement snobbé par tout ce que le rock compte d'esthètes, pour son côté "groupe à midinette" (il est beau comme un dieu et son public est avant tout centré sur "la petite adolescente romantique"). Au final, je trouve qu'on s'est trop arrêté sur cette image, et on n'a pas entendu que ce type, malgré tout, est un vrai songwriter américain. Derrière tous ses tics, la folk est l'univers dans lequel il a grandi, il a vraiment du mal à écrire des morceaux mal torchés. La preuve encore une fois avec son nouvel album (que dis-je L'ALBUM !) Cassadaga. Un bon gros disque d'americana ringarde. Une espèce de Graham Parson folk, qui fait le grand écart entre les orchestrations pompeuses de Randy Newman et le Phil Ochs orchestral. Le bonhomme a enfin arrêté de mettre son tremolo à toutes les sauces (dommage, je m'y étais habitué, comme à une marque de fabrique). Les morceaux sont tous des standards folks, avec hautbois, orgue Hammond et l'indispensable violoneux country. On imagine parfaitement le batteur intermittent, le stetson vissé sur le crâne, qui bat mollement - mais parfaitement - son charley en attendant la fin de la session. Conor Oberst a une voix qui rappelle tantôt L.Cohen, tantôt Daniel Johnston. Cassadaga Est donc un bon disque franc du collier, pas original pour 2 sous, américain, comme je les aime. Pour l'anecdote, le brio et l'audace du mec s'entendent au détour des morceaux, en particulier dans l'intro du premier, qui commence par une partie atonale pour orchestre symphonique, digne des meilleurs Xenakis, pour déboucher sur une folk song.

A noter également son projet "desperacidos", un groupe de power rock noise qu'il monte le temps d'une session studio, et qu'il splitte juste après. Genre les Posies qui joueraient sur le matos de Dinosaur Jr des morceaux du Vs Helmet de Sebadoh ! Avec le trémolo énervant dans la voix bien sûr !

Bright Eyes – Cassadaga (Saddle Creek, juillet 2007)

http://www.myspace.com/brighteyes

[sujet proposé par Frz, et appuyé à 100% par Maxence]


Justin Martin: The Fugitive

Posté par Maxence le 02.08.07 à 13:00 | tags : électro, myspace, disques de l'été, techno
Maxence m’inspire. Rien de sexuel je vous rassure (ouf ! NDMax), mais plutôt l’envie de vous faire partager quelque chose suite à sa proposition de nouveau tag : les disques de l’été. Tag qui semble s'être créé spécialement pour ce maxi de Justin Martin, DJ et producteur west-coast, nous livrant ici avec The Fugitive, une petite perle d’electro-pop solaire, cheesy mais pas trop. Sorti sur le label anglais de Ben Watt, Buzzin’ Fly records, ce maxi qui date tout de même de la fin 2006, mais que personnellement je n’ai dégôté qu’il y a un mois en boutique, à de quoi séduire même les plus réticents à la house et aurait sa place entre un Metro Area et un Luomo (ou un Uusitalo, autre projet de Vladislav Delay, mais qui semble moins convaincre notre grand timonier électro, Maxence). "The Fugitive", morceau éponyme en face A, est donc de ces titres qui vous collent aux basques ou aux slaps tout l’été, celui qu’on met dans le poste en rentrant de la plage, faisant un détour par la corniche (parce que c’est plus beau), lorsque l’on se permet de conduire pieds nus, les cheveux en pétard, avec le t-shirt qui gratte à cause du sel et que l’on est fatigué de cette bonne fatigue d’avoir passé sa journée à ne pas faire grand chose sauf se baigner, crapahuter un peu dans les rochers et les dunes, feuilleter un des livres de l’été et que l’on sait qu’une bière fraiche nous attend à la maison. Bon j’espère vous avoir donné envie d’aller faire un tour dans son espace, pour une écoute des deux faces de ce maxi à l’artwork tout aussi réussi que le reste.

[Sujet proposé par CF]


La classe 3000

Posté par 2goldfish le 01.08.07 à 10:25 | tags : hip hop, disques de l'été, rigolo
 
Arrivé à un certain stade dans une carrière, le mieux que vous avez à faire est souvent de rabaisser les attentes de votre public. D'Outkast on attend tout depuis au moins Atliens et on se sent d'autant plus justifié dans nos espérances que deux fois au moins, on a effectivement reçu plus encore que ce qu'on était en droit d'espérer. Certains artistes travaillent mieux sous la pression, sans doute, mais même ceux-là finissent à un moment par craquer et les deux derniers albums du duo d'Atlanta souffraient d'un curieux mélange entre une volonté de rester les meilleurs, les premiers et un désir de réduire la pression. Ca nous a donné la tentative solo ratée de Speakerboxxx/The Love Below (c'est rare, tout de même, d'entrer en studio pour un album solo et d'en sortir avec une oeuvre "de groupe") et le cafouillage Idlewild (oh, regardez, c'est un nouvel album d'Outkast ! Et un retour au rap ! Et une comédie musicale ! Et une machine à singles ! Et un album de jazz rétro !).

Pendant que son comparse Big Boi est parti fricotter avec un ballet, Andre 3000 semble enfin avoir trouvé un moyen de sortir sa musique sans que personne ne lui mette aucune pression en s'investissant dans le dessin animé. "Class of 3000" a été diffusé dans l'année sur Cartoon Network aux Etats-Unis et raconte, selon wikipedia, les aventures d'une bande de gamins qui étudient à l'école de musique d'Atlanta sous la houlette d'un certain Sunny Bridges, vieille gloire du jazz doublée par Andre 3000. Pour chaque épisode Dre fournissait une chanson et celles-ci sont aujourd'hui compilées sur un disque.

Il n'y a aucun "gros single" sur ce disque, ni aucun morceau épique semi-expérimental, aucun constat sur l'état du hip hop actuel et aucun souci de le changer. Toute velléité de Dre dans ce sens serait de toute façon court-circuitée par les gamins (ou plutôt les doubleurs des gamins) du dessin animé qui chantent ou rappent sur chaque morceau et sont parfaitement insupportables la plupart du temps. Le disque est assez difficile à écouter d'une traite, du coup, mais n'en comporte pas moins pas mal de bon moments : le funky "Throwdown", la girl-pop de "Cool Kitty" ou "UFO Ninja" qui rappelle les moments de mysticisme golri d'Aquemini. L'air de rien il y a pas mal de bonnes petites idées dans ce disque, dont certaines auraient sans doute été bien utiles sur Idlewild.

Malgré de gros défauts, donc, et une totale inconsistance, on s'attache facilement à ce disque. Andre 3000 semble s'être rendu compte qu'on ne peut pas faire que des chefs d'oeuvres et ça tombe bien parce que, de toute façon, on ne peut pas non plus n'écouter que ça.


Les Auteurs libres de droits... : foncez

Posté par Myosotis le 27.07.07 à 10:30 | tags : live, uk, disques de l'été, rock, pop

Dans un monde meilleur (et avec un soupçon de voix en plus), Luke Haines aurait été le Morrissey des années 80 ou serait le Pete Doherty des années 2000, un fin analyste de la société britannique et une sorte de monument national, partie non négligeable du patrimoine, en dehors des frontières d'Albion. Au lieu de ça, le leader des Auteurs passe régulièrement pour l'atrabilaire de service, un rockeur hargneux anti-système et fâché, depuis la fin de la Brit Pop et la relative déception de Now I'm A Cowboy, leur deuxième album (1994), avec le succès de masse.

Cela ne doit pas faire oublier que l'auteur de Lenny Valentino est un activisme forcené de la la scène indie rock depuis près de 15 ans maintenant, un fabuleux compositeur de pop rock à qui l'on doit, sous ses diverses incarnations (Black Box Recorder, Baader Meinhof, les Auteurs, Das Capital ou en solo) une bonne cinquantaine (centaine ?) de purs joyaux. Comme l'homme qui n'aime pas l'Angleterre, la Reine, la vie moderne, les cons, la presse rock, les gens, n'aime pas non plus les maisons de disques, comme son dernier album Off My Rocker At the Art School Bop (très bon) n'a recueilli aucune sorte d'écho nulle part et qu'il vous emmerde, Luke Haines propose en ce moment un live en ligne, daté de 1999, gratuit et qu'on peut télécharger en un tour de mains. Le concert en question, donné à la très chic London School of Economics (LSE) de Londres, reprend non pas l'album How I Learned to Love the Bootboys mais une excellente série de titres qui ont précédé et qui font un effet boeuf, qu'il s'agisse des chansons tirées de Baader Meinhof ou du sublime album concept After Murder Park (mon préféré). Le concert se termine évidemment par l'hymne The Future Generation, en acoustique, qui, pour le prix, est d'une valeur inestimable.

http://www.lukehaines.co.uk/shop


People Press Play : La filière germano-scandinave

Posté par Maxence le 26.07.07 à 18:33 | tags : disques de l'été, électro, pop, ambient

Les amateurs d'electronica fine parmi vous se souviennent peut-être de Future 3, le groupe de Anders Remmer, Thomas Knak et Jesper Skaaning, grâce à qui on doit également System (les trois mêmes), Dub Tractor (Anders Remmer), Acustic (Jesper Skaaning) et Opiate (Thomas Knak). Vous l'avez compris nous sommes dans le domaine de l'electronica post-rock de Morr Music et City Center Office. Une musique usant des ficelles de l'électronique millésimée IDM 92-96, pour accoucher de ritournelles un brin nostalgiques, souvent planantes et répétitives, avec plus ou moins de bonheur selon les moments et l'inspiration des artistes en question. Sur "Future 3" l'éponyme et sa pop immatérielle, c'est splendide, sur Dub Tractor, idem, même si parfois un brin ennuyeux, sur System, ça fonctionne parfaitement et sur People Press Play le nouveau projet des trois Scandinaves accompagnés de la chanteuse Sara Savery, et bien, c'est selon.

Car ces artistes ont tous été bercés dans leur jeunesse par les échos de la dream pop de Cocteau Twins et du shoegazing de Slowdive, Whirlpool ou autre My Bloody Valentine. D'ailleurs, c'est bien à My Bloody Valentine, joué au ralenti, auquel on pense en écoutant "Girl", le morceau d'ouverture, mais c'est surtout à un autre groupe, oublié celui-là, de la vague post-shoegaze-post rock qui revient à notre mémoire dès que les basses arrivent. Il s'agit des Américains de Bowery Electric. Même rythme downtempo, mêmes lyrics noyées dans la reverbe, même tendance electro-dubby & glitch. Mais ce portrait de famille serait incomplet sans une petite référence à Seefeel, parrain underground de tout ce que la pop planante d'aujourd'hui compte d'adeptes de la chambre d'écho, des loops et des mélodies. La filiation est particulièrement évidente sur "Before Me", "Everything", "Stop", le tiercé gagnant qui conclut l'album. On y retrouve les mêmes distorsions électroniques apparemment infinies, les mêmes spirales bienheureuses et langoureuses bordées de la voix douce de Savery.

Malgré toute cette sérénité et ce bonheur affiché, on reprochera tout de même à People Press Play, sa facilité à jouer dans le registre facile de la "popounette", vous savez, cette pop gentillette et parfois insipide ("Always Wrong", "Frail") qui évoque encore, à quarante ans passé, les démons et les émotions de l'adolescence, affichant ainsi une fâcheuse tendance à cultiver la persistance du syndrome de Peter Pan dans le milieu pop international (celui dont souffre certainement Stephen Pastel, Stuart Murdoch de Belle And Sebastian et bien des amis à moi). Heureusement des morceaux quasi-instrumentaux comme "Studio", répétitif et Reichien sans pour autant exclure la mélodie, ou encore "These Days", frôlent la perfection en matière de bande son pour journées indolentes. Comme quoi l'ennui peut aussi avoir du bon.

People Press Play - st (Morr Music/La Baleine)


Dans la chaleur du soleil avec les Beach Boys

Posté par Myosotis le 26.07.07 à 10:44 | tags : rock, disques de l'été, pop

Difficile d'envisager un été, même le plus pourri, sans les Beach Boys tant leur musique aura, depuis cinquante ans maintenant, nourri l'imaginaire des amateurs de plage, de soleil, de surf, de filles et de sable fin (soit à peu près tout être humain qui se respecte). 2007 n'échappe pas à la règle avec la sortie d'une énième compilation chez Capitol qui, une fois n'est pas coutume (il y a eu quelques exceptions comme Sunshine Dream ou Ten Years of Harmony qui ne font pas oublier la kyrielle de best-of x,y,z), ne se contente pas d'égréner les tubes historiques mais choisit de s'arrêter sur des titres moins connus. Exit donc les titres des albums phares, Pet Sounds et le ressuscité Smile (ou sa version dégénérée Smile Smiley), très peu représentés ici et bonjour les pépites de fonds de tiroir et autres chansons dont seuls les spécialistes s'échangeaient les repères dans une discographie qui, si elle passa par la case chef d'oeuvre pendant quelques années, a principalement consisté à caviarder de joyaux mélodiques des albums vendus dans les supermarchés américains. The Warmth of the Sun est bâti dans un ordre qui n'est pas vraiment chronologique mais semble répondre à quelques velléités d'ordonnancement thématique : on y retrouve quelques séquences homogènes consacrées aux automobiles ("Little Honda", "409"), au surf (le sublime "Surf's Up", "Hawaï", l'indépassable "Catch A Wave") puis plus loin des séries étranges, sentimentales ("The Little Girl I Once Knew", "Wendy"). C'est dans ces titres isolés et presque inconnus que s'apprécie le génie, tantôt embryonnaire, tantôt mature, de Wilson et sa clique (au passage, la compilation rend un hommage aux accolytes qui ont fait tourné la boutique la majeure partie du temps, Mike Love, Al Jardine, etc). Entre le superbe "Disney Girls" de 1957 et les titres sans Wilson, remarquables entre pop et rock, tels que le simplissime et divin "Forever" (l'un des titres à découvrir de cet album), "Cool Cool Water" et "Feel Flows", la franchise Beach Boys est au mieux de sa forme. "Till I Die" et le titre éponyme ("The Warmth of The Sun") illustrent à eux seuls l'art d'un groupe qui survit sans son leader et répand une musique aérienne, débarrassée de ses ambitions démesurées, libre comme le vent. Les Beach Boys sont à cette époque (les années 70) ce que Fitzgerald aura été des décennies plus tôt en littérature, ce que Chet Baker aura cristallisé dans le jazz : une image quasi parfaite de l'Amérique en marche, insouciante, belle comme le jour, des musiciens d'exception aux dents blanches qui portent le soleil sur eux et savent faire ce qu'il faut pour offrir à leur public de masse un artisanant solide, bien produit, bien chanté, bien exécuté. On sent, presque sur chaque composition, et sur les titres post-Smile, la respiration d'un groupe qui récupère de s'être brûlé les ailes mais apprécie de redescendre en planant loin au dessus des nuages.

The Warmth of the Sun est la bande-son idéale pour les étés moyens, ceux où l'on guette les éclaircies et les coins de ciel bleu, dans la m** ambiante.

The Beach Boys - The Warmth of The Sun (Capitol Records, mai 2007)

 


Nouveau tag : les disques de l'été !

Posté par Maxence le 25.07.07 à 14:53 | tags : news, disques de l'été

"Pop rock de plage, dub des caraïbes, néo-disco solaire, jazz lumineux, ambiant balnéaire, électro étincelante", toute l'équipe musique de Fluctuat se met en quatre pour vous préparer un été agréable et rattraper les aléas d'une météo plutôt maussade en brandissant fièrement sa nouvelle rubrique : "Disques de l'été". Une initiative honteusement pompée sur notre rubrique livres, qui elle, propose les "Lectures de plage". Qu'à cela ne tienne, faute avouée, faute à moitié pardonnée, suivez donc le tag éponyme et préparez-vous à découvrir des albums et des news qui vous éblouiront. A vos lunettes, la boule disco va étinceler comme jamais au soleil de l'été (moui, enfin, s'il se décide à briller hein... mais au moins vous aurez l'ambiance) !


Kuniyuki Takahashi : Le codex jazz de Takahashi

Posté par Maxence le 24.07.07 à 18:51 | tags : myspace, ambient, dub, jazz, électro, disques de l'été

Avant de commencer cette chronique, j'aimerais préciser combien le jazz électro me sort généralement par les oreilles. Je veux dire, il entre d'un côté et sort de l'autre. Pourtant, impossible de rester indifférent à l'écoute d'un disque comme ce We Are Together de Kuniyuki Takahashi, artiste de l'archipel nippon, dont je l'avoue, j'ignorais totalement l'existence avant novembre dernier (oui, bon ça va, comme dirait 2goldfish, "ça ne vous arrive jamais vous d'avoir du retard ?"). Sous une pochette magnifique se présente donc une musique qui ne l'est pas moins. Je sais je n'ai aucune excuse pour ne pas vous en avoir parlé plus tôt, si ce n'est celle d'une actualité 2007 particulièrement bien fournie en coups d'éclat, coups de foudre et coups commerciaux aussi. Du coup (c'est le cas de le dire) We Are Together n'a été écouté qu'une fois, et rapidement placé sur la pile "à chroniquer" pour se voir non mois rapidement - et inconsciemment - relégué au bas de cette même pile. La faute au hasard des sorties, etc. qui privilégie rarement les albums subtils nécessitant de nombreuses écoutes.

Je ne comprends donc pas pourquoi je n'y suis pas revenu plus tôt. Pourtant, ce n'est pas faute d'être resté scotché dès la première écoute (au casque) sur les morceaux de ce disque hors du temps, des modes et des futilités du quotidien. Car derrière son titre en forme de slogan naïf se cache réellement les plus belles combinaisons de musique électronique, de jazz, de dub et de musique afro que j'ai jamais entendues. Dès "People", "Sleepers", "Moonlight" et "Earth Beats", l'auditeur initié retrouvera les ambiances afro-jazz de pointures comme Ornette Coleman ou Pharoah Sanders (dont je conseille à tous l'écoute du formidable Tauhid, un classique de free jazz psychédélique de 1966 qui inspirera autant les amateurs de Liars ou Sonic Youth - pour les prestations du monstrueux guitariste Sonny Sharrock - que ceux de Coltrane, Davis ou Hancock période Headhunter), ambiances ponctuées des trames répétitives de vagues électroniques planantes et des percussions tribales africaines, convergeant dans un crescendo orgasmique totalement hypnotique. Simplement imparable, surtout si vous avez une bonne sono. A partir de "Precious Hall", Kuniyuki Takahashi nous explique à sa manière, c'est-à-dire avec la même expressivité que Jacqueline Caux dans son immense film sur la techno de Detroit, pourquoi house, techno et Afrique sont intimement liées. Ses tracks, à la fois ambient et bondissants dégagent une telle sérénité, et ont un tel impact aussi, que l'on fait évidemment le lien entre les options orientales de la pochette et la musique de Takahashi. Comme Pharoah Sanders en son temps, le jazz electro du Japonais est forcément (racines obligent) imprégné de zenitude. Une philosophie qui transparaît encore mieux sur l'ambient "The Guitar Song", beau à pleurer, avec sons de cloche et field recordings. L'ensemble se conclut sur une ballade croisant Eno et Prince, "Cascades of Colour". Sans commentaire, c'est beau, c'est tout.

Pour finir, signalons que We Are Together n'est qu'une compilation (et profitons en pour remercier en même temps le label Mule Musiq pour cette découverte), cela donne une idée de l'ensemble de l'œuvre du Japonais. Donc, si vous avez un minimum de sensibilité, vous ferez comme moi, et commencerez à chercher ses albums antérieurs (un tour sur son myspace serait bienvenu). Bonne chasse !

Kuniyuki Takahashi - We Are Together (Mule Musiq/La Baleine)


Los Campesinos : Toi ! Moi ! Danse !

Posté par 2goldfish le 23.07.07 à 10:30 | tags : pop, youtube, rock, uk, vidéos musicales, disques de l'été

Peu de gens le savent mais la seule et unique source infaillible de bon goût musical anglophone sur le net, ce n'est pas Pitchfork, ce n'est pas Said The Gramophone et ce n'est pas Stylus. Non, cette source méconnue, au débit certes très faible mais jamais prise à défaut (comprendre : je suis toujours d'accord avec elle) c'est John Allison, auteur génial de webcomic de son état et à qui je dois entre autre la découverte des Pipettes (c'est dire s'il s'agit d'un homme de goût).

Quand Mr. Allison lance donc une Best New Band In Britain Alert, je ne peux que foncer écouter Los Campesinos, groupe que j'avais ignoré jusqu'ici malgré l'insistance de mes sources habituelles. Vous me direz, ce n'est pas nécessairement très difficile d'être le meilleur nouveau groupe de Grande-Bretagne et vous n'aurez pas forcément tort. Il n'empêche qu'en sonnant comme des Arctic Monkeys qui auraient écouté Architecture In Helsinki au lieu d'Oasis, Los Campesinos n'empruntent peut-être pas un sentier moins battu (celui de la pop-rock lo-fi ludique infantilisante) mais ils le font avec un talent indéniable. Si comme on dit depuis les Sex Pistols (voire les Beatles) il faut toujours que la musique américaine (ici canadienne, surtout) passe à travers l'Angleterre (Los Campesinos sont écossais, mais arrêtez donc de chipoter !) pour rencontrer le succès des deux côtés de l'Atlantique (et là je suis certain d'avoir bon), si tout ça est vrai, donc, Los Campesinos pourrait bien rendre Islands ou Broken Social Scene très amers, d'autant plus que ces derniers leur ont prété Dave Newfeld pour produire leur EP "Sticking Fingers into Sockets", sur lequel on retrouve "You ! Me ! Dancing !", excellente chanson dotée surtout du meilleur clip que j'ai vu cette année :


Lucky Soul : un peu de candeur que diable

Posté par Kris le 15.07.07 à 11:16 | tags : myspace, uk, pop, disques de l'été

Et si l’on tenait notre petit disque pop de l’été ? Celui qui fait bouger mais pas trop, celui qui fait pleurer mais pas trop, celui qui s’écoute et beaucoup ? Il n’empêche qu'Outre-Manche, on semble cultiver une certaine culture de la théâtralisation de la mélancolie, de l’idéalisation de l’amour et de la dévotion à une certaine cause utopiste mais difficile. Entre les tribulations adolescentes de Belle And Sebastian et les souffrances élégantes de Morrissey et ses Smiths, le Royaume-Uni a toujours su faire pleurer avec classe. Dans cette lignée, avec la plume légère et inspirée et les guitares charmantes, Lucky Soul vient apposer sa petite contribution à la grande histoire de la pop romantique britonne. Si l’été dernier The Pipettes venait suer sa candy-pop sixties sur nos platines, conviant insouciance et pas de danse chaloupés et maladroits, nous inondant de pois et de bon goût kitsch, Lucky Soul vient raviver la flamme. Car on pense immédiatement Supremes, Ronettes et autres Shirelles, à cause de cette voix cristalline et fine d’Ali Howard invoquant les esprits d’un passé charmeur et charmant, à la manière d’une Nina Persson ou de Shivaree. Ce qui demeure singulier chez Lucky Soul, c’est l’écriture, dont se charge le guitariste Andrew Laidlaw, et d’où émane un situationnisme éperdu et un constat triste : le bonheur ne leur sourit pas/plus.

Empli d’une compassion débordante The Great Unwanted marque aussi l’empreinte du vide sentimental, entre la dure réalité de la solitude, entre la rupture et le manque, ce disque brille par l’absence de l’autre, d’un(e) autre, de l’absence d’un bonheur sempiternellement promis et dû. L’Amour avec un grand A semble chanter la voix belle mais résignée d’Ali Howard, dans l’urgence de la souffrance et l’appréhension du départ, de l’abandon, entre dévotion presque aveugle et clairvoyance d’une situation dont elle n’a plus les clés. Les textes n’ont même pas à parler, tant il suffit de regarder les titres évocateurs des chansons "Baby I’m Broke", "My Darling Anything", "My Brittle Heart". Mais Lucky Soul a baigné dans cette marmite anglo-saxonne, comme teinté d’un optimisme inné, ou bien avec cette capacité désarmante à chanter avec le sourire ses déboires, ses soucis et ses craintes, sans pathos, sans larmes mais avec grande compassion. On exorcise ces choses qui font mal comme on peut et on les accepte. Alors on les chante, on les accueille avec le sourire comme un ami envahissant qui vient squatter à la maison, comme la vieille dame que l’on laisse passer à la caisse avec son caddie tandis que l’on souhaite juste payer son Coca, comme le gosse insupportable qui pleure dans le bus bondé. Lucky Soul c’est ça, c’est le dur constat quotidien de ceux qui ne sont pas heureux, mais qui vivent avec, pris dans les tourments, parfois futiles, qui même au fond de la lame, sourient et chantent quelque part dans un coin de leurs têtes le refrain obsédant et jouissif de "My Lips Are Unhappy Without You". Parce que ce n’est pas parce qu’on est triste que la vie est moins belle.

Lucky Soul - The Great Unwanted (Ruffa Lane, avril 2007)

http://www.myspace.com/luckysoulluckysoul


Pour le quatorze juillet : Animal Collective : pétard mouillé

Posté par 2goldfish le 14.07.07 à 11:13 | tags : pop, vidéos musicales, folk, disques de l'été
 
L'à propos avec lequel cette vidéo d'Animal Collective qui apparait sur ce blog le quatorze juillet ne vous aura pas échappé. Pensez bien tous à fêter la nation et prenez un peu de temps pour penser à la fête de la fédération aussi avant d'aller voir un feu d'artifice. En ce jour de fierté nationale, on vous pardonnera de ne pas avoir pigé que cette chanson s'appelle "Fireworks" et que ça veut dire "feu d'artifice". Pour le coup Animal Collective déçoit un peu : pour une chanson qui s'appelle fireworks, celle-ci manque singulièrement d'explosions. OK, y'a de jolie couleur mais où sont les cris, où est la jubilation enfantine/animale qu'on a l'habitude d'attendre de ce groupe ? Ils sonnent pourtant plus comme eux-mêmes que jamais, c'est à dire qu'ils ne surprennent guère. On se prend à attendre le moment où le rythme se cassera pour un "and you'd like to see me often"... C'est vraiment un nouveau morceau ? Bah, les quatorze juillet se ressemblent tous, faut pas trop leur en vouloir. Ca reste toujours mieux que de bosser.

Deadbeat : Jet Lag Dub

Posté par Maxence le 13.07.07 à 18:00 | tags : électro, dub, myspace, disques de l'été

Album après album, le canadien Scott Montheit alias Deadbeat, construit son identité. D'un côté, ses travaux avec Stephen Beaupré pour CrackHause et son amitié avec Stefan Betke aka Pole, du label ~Scape, de l'autre, l'impose comme une figure incontournable de la scène électronique dub mondiale. Le dub est une vraie passion pour Montheit. Une musique qu'il adapte à toutes les formes rythmiques actuelles : techno minimal ou dancefloor sur des titres comme "To Berlin With Love" ou "A Dub For Akufen", pour son premier - et brillant - album Wild Life Documentaries, plus roots sur le second, Something Borrowed, Something Blue, une tendance illustrée par des tracks comme "Steady As A Rock" ou "Fixed Elections", trip-hop et calypso sur son troisième opus New World Observer, et enfin dubstep sur Journeyman's Annual. Avec ce nouvel album, celui qui avoue "avoir éprouvé ses premières émotions musicales en découvrant les variations ambient-dub de The Orb, et plus tard, à la techno emplie d'échos de Basic Channel/Chain Reaction", se livre à l'exercice du carnet de voyage, une tradition soigneusement entretenue par le bonhomme dont les albums sont tous emprunts de conscience globale et de sons du monde depuis Wild Life Documentaries en 2002.

"Deep In Country", "Night Train To Paris", "Melbourne Round Midnight", "Lost Luggage" : sur Journeyman's Annual comme sur beaucoup de ses disques, les titres de Deadbeat évoquent dépaysement, déracinement et surtout égarement, des sentiments qu'éprouve souvent le voyageur au long cours. Conjuguées à un vrombissement de deep-bass continu, à des échos distendus comme des élastiques, à des réverbérations incontrôlables venues d'on ne sait où, ces sensations induisent véritablement un effet de "jet lag dub". Tout est fait pour provoquer la proverbiale "perte de repères" physique et temporelle généralement induite par le dub. Si l'auditeur est rapidement débordé, Monteith, lui contrôle la situation. Au sein du précaire équilibre régnant entre rythmes, textures et mélodies, il est le maître. En bon globe-trotter (il a plusieurs fois fait le tour du monde et sa grand-mère est originaire de Trinidad), Montheit parcours la planète et prêche la bonne parole electro dub depuis plus de cinq ans maintenant. A force de parcourir la planète, il ne pouvait logiquement que s'intéresser au mouvement dubstep qui sévit actuellement dans les quartiers Est de Londres. Ainsi Journeyman's Annual passe progressivement des lentes ondulations rythmiques et cliquetantes d'obédience minimale et ambiant dub, à sa forme accéléré et urbaine, qu'elle soit grime (comme sur "Refund Me", ou "Deep In Country") ou franchement dubstep ("Turbulence", "Gimme A little slack"). De longs titres bardés de basses écrasantes et rebondies, histoire de prouver que, contrairement à son nom, la musique de Deadbeat est bien vivante. Un petit tour sur son profil myspace ne fera que donner plus de poids à mes propos, mais attention, beware of the bass !

Deadbeat - Journeyman's Annual (~Scape/La baleine)


Kathy Diamond : La nouvelle créature de Maurice Fulton

Posté par Maxence le 12.07.07 à 18:12 | tags : disques de l'été, électro, soul, funk, myspace, disco

Maurice Fulton aime bien les jeunes filles. Après son projet electro-punk aux côtés de la Japonaise foldingue Mitsumi (par ailleurs sa compagne !) sous le nom de Mu, c'est au tour de l'Anglaise Kathy Diamond de bénéficier des services de l'excentrique producteur. C'est donc sous le patronage de l'électro funk le plus typé, et trippé, que Miss Diamond, qui a déjà participé à quelques sorties dont trois maxis en solo et dispose d'un titre sur le Press Play des Idjut Boys (chez Tirk records, label de Fujiya and Miyagi, et du White Magic de Sorcerer et d'autres allumés néo-disco d'envergure), se voit donc chaperonnée par le pape de la production barrée. A ceux qui ne connaissent pas Fulton, signalons qu'ils ratent véritablement quelque chose. Qu'il s'agisse de Syclops, Eddie & The Eggs, Mu ou ses activités en groupes, Hot Sauce, Moonwalkers, Watershine, etc. sans oublier ses nombreux projets et remixes sous son patronyme, Fulton fait certainement partie des producteurs les plus étranges et inclassables de sa génération. Autant dire que ce type est passionnant. Aussi à l'aise dans l'electro-disco-funk que dans la même en version punk, voir le jazz, la soul ou le dancefloor, Fulton a cependant une particularité assez rigolote : il est incapable de créer un morceau de musique qui respecte les règles du genre qu'il s'était promis d'investir initialement. Cela donne souvent des hybrides ensorcelants, même si ses "modifications" sont parfois peu spectaculaires pour le novice. Mais comme chacun le sait à l'ère des sciences de l'infiniment petit : "The Devil is in The Detail".

Sur Miss Diamond To You, Fulton s'est donc lancé dans la création d'un nouveau personnage : une diva soul et néo-disco blanche, à la voix plutôt moyenne, mais qu'il va transcender pour l'envoyer dans l'espace, grâce à la puissance de son méga-pouvoir spectro-laser millésimé Moroder/Summer 70. De "Between The Lines" à "Another Life/Original", le bonhomme et Diamond balancent une série de pur tracks növo disco barjots, gorgés de soul dans lesquels Fulton laisse libre court à son fétichisme pour les arrangements carrément pervers (voir le plan de clavier des 4 dernières minutes du tueur "All Woman", ou la lente évolution ambient groove du planant "I Need You"), quand ce n'est pas une obsession quasi compulsive pour les instrumentaux cosmic ("I Need You Here Right Now", "Racing Thru Time") et les trips totalement hypnotiques ("Over", "Another Life/Original") évoquant un hybride de "I Feel Love" et de "Tainted Love". Miss Diamond To You est donc une vraie histoire d'amour qui se joue en direct sous vos yeux. D'ailleurs, tandis que monsieur fait des massages à ses machines, palpe ses claviers, pelote ses laptops et fait reluire ses samples, "madame rêve", ou plutôt dérive tranquillement dans les allées ombragées du psychédélisme électronique et soul de cette fin de siècle. Ne rougissez pas, comme le dit le titre, c'est pour vous ! Et puis c'est typiquement un album pour l'été, si tant est que ce genre de chose ait la moindre importance.

Kathy Diamond - Miss Diamond To You (Permanent Vacation/Nocturne, juin 2007)


Sorcerer : magie disco de l'été

Posté par Maxence le 11.07.07 à 18:53 | tags : disques de l'été, électro, funk, myspace, disco
Vous vous souvenez de "Pong", le jeux idiot composé de deux barres parallèles et d'un pixel turbulent censé nous faire éprouver les joies du tennis sur un écran de télévision ou sur un ordinateur préhistorique (pour les plus geek d'entre nous/vous) ? Et bien c'est à cela que fait penser Sorcerer, le projet solo retro-futuriste de Daniel Judd, un musicien de la baie de San Fransisco, également impliqué dans le groupe Call and Response et compagnon de jeux de l'excellent duo rétro-80, Broker/Dealer. A l'écoute de ce White Magic délicieusement hors de temps, on éprouve la même tendresse un brin embarrassée et la même nostalgie qu'après, disons... avoir visionné de vieux clips de Men At Work ou Alphaville sur Youtube (mange google, mange). Ironiquement, Judd présente d'ailleurs Sorcerer comme du "motorik George Benson", soit le parfait mélange de l'obsession répétitive, électronique et hypnotique de la musique allemande des 70's et du funk cheesy du crooner soul-jazz dont la carrière culmina dans les années 80 avec "Give Me The Night".

Je sais, ça commence mal, mais ne partez pas maintenant parce que contrairement à ce que laisse penser cette introduction plutôt foireuse, dans ses meilleurs moments Sorcerer n'est pas sans rappeler le Schneider TM de Zoomer (son meilleur album, soit dit en passant) pour ses morceaux les plus enjoués et tropicaux. D'ailleurs, de "Surfing At Midnight", "Egyptian Sunset", "Hawaïïan Island", "Surf Wax", "Bamboo Brainwave" ou "Blind Yatchman", tout dans la musique de Sorcerer, comme dans ses titres vous l'avez remarqué, évoque quelque éden artificiel et fantasmé de néons multicolores, de chemises bariolées, de houle parfumée et de farniente dans des criques (je sais, pour beaucoup c'est encore de la science-fiction, mais plaignez vous ! C'est toujours mieux qu'une canicule non ? La chaleur tue les vieux, et au rythme avec lequel je m'enfonce dans le passé, les vieux bientôt, c'est moi, c'est vous ! Mais je m'égare...)

Alors bien sûr, Daniel Judd met la dose en matière de kitscheries coca-néons-airbrush et son electro-pop-funk vintage millésimé 80. Il ne lésine pas sur les cascades de guitares réverbérées et sources chaudes caribéennes où viennent s'abreuver basses nonchalantes et rythmiques mid-tempo fatiguées de nature, tandis que des bourrasques de synthé funk progressifs tentent vainement de rafraîchir l'atmosphère. De la vraie musique de "beach boys" en somme, mais en version peroxydé et habillé de pantalon corsaire et de débardeurs blancs. Une imagerie que ne renierait pas l'auteur de White Magic, d'autant que celui-ci s'adonne quotidiennement aux joies de la planche à voile dans la baie d'Oakland, nous signale-t-on dans sa bio. Un wind surfeur donc, doté d'un solide sens de l'humour mais d'assez de talent pour nous faire voyager au son de ses vignettes néo-baléaric-disco. Je finirais en remarquant qu'il y a d'ailleurs quelque chose à côté duquel passent beaucoup de critiques et d'auditeurs dans le domaine musical (comme sur ce blog) alors que c'est parfaitement autorisé dans le domaine littéraire et plastique, c'est l'humour. Et assurément Daniel Judd et son projet Sorcerer n'en manquent pas pour flirter avec tant d'aisance avec le mauvais goût et l'ironie. Ce qui n'enlève rien aux qualités de cet album tout simplement parfait, de la pochette ultra-référencée au contenu, à ranger à côté du Cosmo Galactic Prism de Prins Thomas chroniqué dans ces pages il y a peu. Evidemment, on peut aller écouter tout ça sur le myspace du bonhomme, ne vous en privez surtout pas !

Sorcerer - White Magic (Tirk/La Baleine, juillet 2007)


Mikkel Metal : Blossom electro Dub

Posté par Maxence le 10.07.07 à 18:54 | tags : dub, électro, techno, myspace, disques de l'été

Longtemps le dub connut une version electro florissante. Cela commença au début des années 90 avec des artistes comme The Orb, Atom Heart, Banco de Gaia, Nonplace Urban Field, The Mighty Quark et bien sûr les ténors du genre, des labels comme Basic Channel/Chain Reaction et affilié (Burial Mix), Maurizio, Scion, Porter Ricks, Monolake et plus tard Vladislav Delay. Même les labels plus proprement spécialistes de bizarreries électroniques comme Sub Rosa, Mille Plateaux, Force INC, etc, donnaient au moins une fois dans le genre electro-dub. Puis, au début des années 2000, la source du genre semble s'être tarie. Disparue mystérieusement. En fait, elle subsistait, mais passait à la trappe de l'actualité au profit d'un pseudo "retour du rock" (aux alentours de 2003). Des projets comme Blue Train (minimal techno dub), Pitchblack (trance dub), Lena, Deadbeat, Beat Pharmacy, Rhythm and Sound ou Pan American, venant tous d'horizon aussi éloignées que les USA, la Nouvelle Zélande, l'Allemagne, la France, l'Angleterre ou le Quebec, continuaient de faire résonner la planète de l'écho de leur basses massives accompagnées de cliquetis, gargouillis et autres arrangements électroniques plus ou moins vrillés. Le danois Mikkel Metal est de cette école. Ou plutôt, né en 1973, il l'a connu sur le tard. Trop jeune pour réellement y participer, mais déjà nostalgique. Ce qui explique le ton général de ce magnifique Brone and Wait, à côté duquel je suis passé au printemps dernier. Un album aux teintes électro-dub sombre et minimal qui rappelle avec bonheur cette ère Basic Channel/Chain Reaction tant regrettée.

A l'origine de nombreux maxis et quelques albums sur des labels aussi variés que Kompakt, Echochord ou le confidentiel Datamusik, Mikkel, Meldgaard de son vrai nom ("Metal" étant le pseudo qu'il a gagné à la sueur des heures de répétitions passées au sein d'un groupe de noisy-pop rock à la fin des 90's) est de la génération "net label". C'est sur Thinner (certainement l'un des tout meilleurs net label actuel) que le Danois s'est fait remarqué par des pontes comme Michael Mayer ou Jürgen Paape. De retour sur Echochord avec Brone and Wait, il s'en donne à cœur joie et cultive tout ce qui faisait le son dub électronique des années 90 : digital riddim répétitifs, lignes de guitare ou de clavier en décalage constant, basses filtrées mais énormes, rythmes hypnotiques, pulsations minimal techno pour un maximum de distorsion temporelle possible. L'effet "electro-dub" quoi. Le genre de musique que l'on pourrait laisser tourner des heures durant en planant sans discontinuer, et sans ennui. Alors bien sûr, "Sala" et son souffle pulsé comme à travers la caisse de résonance d'un climatiseur, "Dromos" et sa chambre d'écho profonde et bondissante, la minimal techno dub de "Strand Gard" ou les réminiscences roots languissantes de "Krudina", n'ont plus rien de vraiment originales aujourd'hui, mais qu'importe, elles sont simplement parfaites. A la manière de Scott Monteith aka Deadbeat, un autre chantre du dub planétaire dont nous parlerons bientôt, Mikkel Metal habite sa musique avec sincérité et passion. Il offre aux amateurs de dub un grand moment d'extase pour le prix somme toute modique d'une galette de plastique, et ce moment là n'a pas de prix, lui ! En attendant l'achat, si achat il y a, un petit tour sur son profil myspace vous donnera une idée plus juste du talent de ce tout jeune et prometteur producteur qui vous fera éclore des ondes de bonheur club et dub dans la tête. Et C'est de saiso