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Festifs, ensoleillés, moîtes, happy, survitaminés ou ressourcants, les disques de l'été de Flu sont à glisser dans ses bagages entre la crème solaire et les tongs. Sélection d'albums/titres pour passer un été musical.
Black hole sun, won't you come ?
![]() L'été n'est pas encore fini les amis, et ceux qui ne virent pas d'actualité durant la période estivale qui nous tourne bientôt le dos doivent faire leur mea-culpa et se l'avouer : ils sont passés à côté de pas mal de choses, particulièrement du côté du rock et de la pop psychédélique de nos amis "corbacks". Car, en plus d'être "cosmic" et "lent", cette année l'été fut également "black" !
Pas question cependant de passer en revue tous les groupes s'affublant de l'adjectif « black » durant l'été, nos confrères de Magic l'ont déjà fait. Pas question non plus de lister tous les groupes utilisant « Black » dans leur patronyme (Black Sabbath, Black Rebel Motorcycle Club, etc.) mais juste de parler des « black bands » qui firent le buzz cet été, les bons et les moins bons, en tout cas les plus spectaculaires. En l'occurrence les Black Lips, Black Kids, The Black Ghosts, The Black Angels, méritent tous d'entrer au palmarès des men in black, pour diverses raisons, pas toutes recommandables comme nous le verrons par ailleurs.
Idem pour The Black Ghosts, soit un ex-membre de Simian et Simian Mobile Disco (dont vous pouvez lire la critique du FabricLive ici). Rien à dire sur un premier album éponyme de brit pop fadasse qui n'a pas résisté à l'écoute de plus de 5 morceaux. Compositions molles, voix ternes, mélodies inexistantes, grosses rythmiques new rave pouèt pouèt, bref, ces fantômes insipides (et non pas « noirs » contrairement à ce qu'ils voudraient nous faire croire) ont tout pour déplaire et une apparition de Damon Albarn des Blur n'y change rien. Les Black Ghosts font bien de choisir l'anonymat d'un tel patronyme, dans le noir il resteront et ne risquent pas de voir la lumière bien longtemps. Verdict : Sans intérêt.
Black Lips - Good Bad not Evil (Vice Records)
http://www.myspace.com/theblackangels "Lights and Music" de Cut Copy, l'hymne dance de l'été 2008Posté par LovelyRita le 28.07.08 à 18:09 | tags : disco, disques de l'été, électro, vidéos musicales, youtube
Après les Midnight Juggernauts, l'Australie et le label Modular nous envoient encore une fois un groupe, Cut Copy, qui semble avoir été nourri du même lait que les auteurs de très beau Dystopia. Disco, french touch et new wave, les mêmes ingrédients que les Midnight, mais avec un mélange et une cuisson différente, et un résultat qui l'est aussi. La nuance est certes mince (si vous appréciez les Midnight, il en sera de même avec les Cut Copy) et c'est sûrement un argument de journaliste qui cherche à tout prix à bien distinguer le blanc, du noir, même si tout est gris, mais Cut Copy se démarque des premiers. Un penchant pour la dance (eurodance, même) que leur compatriotes ont moins exploré. Pour résumer et ce de manière assez pragmatique et naïve, Cut Copy et leur album In Ghost Colours sont à écouter sous un ciel ensoleillé, les autres sous les étoiles. Prière de ne pas inverser ! En clip, le titre "Lights and Music" machine à faire danser et à faire perdre la tête, imparable...ce qui ne s'applique pas au clip en lui-même, qui lui, a de fortes vertus paralysantes. L'été 2008 sera... LENT !
Wouééé, cooool, en fait je ne vous ai pas tout dis la dernière fois les amis. Les astres (et l'herbe qui fait rire que papy met dans sa pipe) sont formels encore une fois, l'été ne sera pas seulement COSMIC, il sera LENT aussi ! Tous les signes sont là, nul ne peut se tromper : il fait chaud, le vent pousse tranquillement les nuages dans le ciel, l'herbe et les cheveux poussent de concert, ainsi que la mousse qui s'accumule entre les doigts de pieds de ceux qui se trimballent en tongues tout l'été.
Tu devrais me faire confiance petit homme. D'ailleurs, l'actualité musicale le confirme. En témoigne le deuxième volume doucettement funky de la collection Elaste, qui nous avait déjà régalé l'an dernier des élucubrations cosmic et low disco de DJ Mooner, digne descendant du fondateur du genre Daniele Baldelli, DJ résident du fameux club Cosmic ("Cosmic Discoteca" en V.O. transalpine). Drivé par Tom Wieland, cette année, Elaste vol.2 fait la part belle au côté obscur du disco des année 80, electro-funk et italo. On y retrouve Zodiac (l'enjoué "The Other Side of Heaven"), le bien nommé "Take Time" de Jagg, le fameux "Que Tal America" de Two Man Sound, le vibrant "Feeling Love" de LEB Harmony (inspiré du "I Feel Love" de Moroder), l'alien "Glückskugel" de Panoptikum ou encore le "Star Trek" des hilarants Vulcans. Tous ça plein de bonnes vibes estivales et globalement nettement supérieur au premier volume.
Black Devil Disco Club : Le diable se confesseInitialement crédité comme l'œuvre de Joachim Sherylee et Junior Claristidge en collaboration avec le producteur Jacky Gordiano, Black Devil Disco Club est en fait le fruit du travail de deux français et seulement deux ! Bernard Fevre d'une part, et Jacky Gordiano de l'autre. Tout simplement. Et si cela paraît simple en effet, cela ne l'a pas été pour nos deux défricheurs à l'époque (1978 !). Tombé dans l'oubli, Disco Club le premier mini-album du duo, a été re-découvert par Richard D. James, aka Aphex Twin, qui réédita celui-ci sur son label Rephlex en 2004. Réduis à Bernard Fevre aujourd'hui, Black Devil Disco Club étonne autant qu'hier. C'est le moins que l'on puisse dire à l'écoute de ses audaces et ses trouvailles. De la résurrection incarnée par 28 After en 2006 à Black Devil In Dub comprenant une poignée de remixeurs de génie, en 2007, en passant par le tout nouveau Eight Oh Eight, l'auditeur navigue sans boussole dans ce "disco club" hanté, ampli d'échos démesurés, d'hymnes vaudous, de riffs de synthés blafards, d'envolés lyriques et spatiales. Un voyage épique au cœur de la transe, une musique sans âge, sans partie, et donc totalement intemporelle. A lire, notre chronique de Eight Oh Eight et notre interview de Bernard Fevre Siestes Electroniques 2008 - Laidback in the sun #8 : LindstromPosté par Maxence le 27.06.08 à 15:46 | tags : disco, disques de l'été, électro, siestes électroniques
Toujours est-il qu’Hans-Peter Lindstrom, très simplement, a bien voulu faire comme tout le monde, et se prêter au jeu pour répondre à notre questionnaire estival :
Quelle est pour toi la meilleure définition du terme laidback ? Un certain titre du groupe danois Laid Back, appelé "White Horse" ! La vidéo du clip de "White Horse"
Shuggie Otis - Inspiration Information Barbra Streisand - Guilty The Beach Boys - Light Album Bohannon - Summertime Sroove Fleetwood Mac - Rumours
Site des Siestes Electroniques Siestes Electroniques 2008 - Laidback in the sun #6 : A Mountain Of OnePosté par Maxence le 24.06.08 à 17:51 | tags : disco, disques de l'été, psychédélique, siestes électroniques
Suite de nos interviews Laid back in the sun avec A Mountain of One, soit, la réunion d’une poignée de pionniers de la nouvelle vague freak folk psychédélique et soft rock britannique, à l’origine avec Collected Works, d’un premier album qui réunit tous leurs EP’s. A Mountain Of One offre une production léchée pleine de bonnes vibes, au service d'une musique à la fois fervente et dansante, mêlant avec bonheur électronique et analogique. Du psycho disco ?
Le groupe, qui se produira aux Siestes Electroniques de Toulouse le samedi 28 juin à la Prairie des Filtres, a bien voulu se prêter au jeu et répondre à notre questionnaire estival.
Quelle est pour vous la meilleure définition du terme laidback :
Quels sont vos meilleurs souvenirs de soirée estivale ?
Etes-vous des habitués du sud de la France ? Que vous évoque cette partie du monde ?
La majorité du festival Les Siestes Electroniques se déroule en plein-air, dans des parcs ou des cours d'hôtels particuliers : jouer en plein-air représente pour vous un plaisir/une contrainte/vous est égal ?
Citez votre top 5 des albums idéal pour l'été
Retrouvez le site des Siestes electroniques L'été sera... COSMIC !!![]() Ecoute petit homme, tend tes antennes vers le ciel ou ce qui t'en tient lieu, tes cheveux quoi, et capte les ondes qui parcours l'univers. Entends-tu le message ? Il est pourtant clair, toutes les conjonctions planétaires sont réunies mes amis : l'été sera COSMIC !
Libre à vous de ne pas me croire, libre à vous aussi de passer à côté des merveilles qui vont bientôt atterir chez votre disquaire pour célébrer ce nouvel été de l'amour, à commencer par le nouveau mix album de Daniele Baldelli (accompagné ici de Marco Dionig), et judicieusement intitulé Cosmic Disco ?! Nah... Cosmic Rock ! Même si l'idée du rock selon le fameux DJ italien inventeur et promulgateur du cosmic disco dans les années 80 est pour le moins iconoclaste, reconnaissons que sa sélection réunissant les fabuleux Fra Lippo Lippi (grand oublié de la pop new wave des 80's), Martha & The Muffins (dans une version échevelée de "Danseparc"), Positive Noise ou Thompson Twins (inoubliable "Beach Culture" précurseur du "The Beach" la mythique face B du "Blue Monday" de New Order) a de quoi faire carrément pousser les cheveux !
Tout aussi "kosmische" comme dirait les Allemands qui n'en sont pas à leur premières barbes, la sélection de remixes des Suédois de Studio. En plein trip laid-back sur Yearbook 2, les nordiques réhabilitent une belle poignée de titres non moins planants de leurs confrères psychédéliques, dont le "Brown Piano" des Anglais de A Montain Of One (en concert gratuit, les pieds dans l'herbe aux Siestes Electroniques de Toulouse le 28 juin !), "Love on a Real Train" par Williams, "Escape from Chinatown" de Brennan Green, "Turn The Radio Off" des adorables Love Is All et enfin "Room Wihtout a Key" des Rubies. Ambiance west coast 70 garantie, les pieds dans le sable, bandeau dans les cheveux et tee-shirt de Dennis Wilson obligatoire.
Autre sommet du funk blanc, des oubliés de l'histoire du rock cette fois, il s'agit de la réédition des Talking Heads belges, j'ai nommé Allez Allez. Redécouvert fort à propos par Dirk, boss du label Gantois Eskimo (également découvreur de Lindstrom, The Glimmers, Aeroplane, et j'en passe), ce combo des Marolles (fameux quartier bruxellois) mélangeait influence afro, new wave, electro pop et disco de 1981 à 1983. Comme tout groupe de joyeux j'en-foutistes, Allez Allez a disparu dans une des ruelles de l'histoire de la musique après que sa chanteuse d'origine anglaise soit partie convoler avec un East 17 (quelle honte !), mais le groupe réapparaît heureusement aujourd'hui avec Best Of, vrai disque pour l'été, compilant "African Queen" (un hommage à Grace Jones), "She's Stiring Up", "Valley of The King" ou "Flesh & Blood", tous menés de main de maître(sse) par la voix blanche et désinvolte de Sarah Osbourne. Cerise sur le space-cake, quatre remixes sont proposés par Quiet Village, Aeroplane, le duo écossais Optimo et... Lindstrom & Prins Thomas themselves ! Grandiose !
Finissons sur deux bonnes nouvelles, la parution en juillet-août des nouveaux albums de Hans-Peter Lindstrom (également présent aux Siestes Electroniques de Toulouse), Where you Go, I Go (mais on va où tu veux Hans !), soit 3 morceaux space disco oscillant entre 28,39 pour le premier et plus de 10 minutes pour les deux autres, de The Greatest Tits, vol. 1 un double CD mixed, unmixed de son compère Prins Thomas et du nouveau Black Devil Disco Club dont on reparlera sous peu dans nos pages. Autant dire qu'on n'est pas près de redescendre !
Daniele Baldelli & Marco Dionig - Cosmic Disco ?! Nah... Cosmic Rock ! (Eskimo/La Baleine)
http://www.myspace.com/djdanielebaldelli Italians Do It Better : C'est ce qu'on va voir !Posté par Maxence le 17.08.07 à 16:01 | tags : culte et bizarre, disco, disques de l'été, électro, label
Concernant After Dark soyons clair, il s'agit encore de disco. D'italo pour être précis, et c'est important ici car il faut bien séparer les choses. Au milieu du vaste continent disco qui n'en finit plus de remonter à la surface comme un Atlantide inespéré de la musique électronique, d'un côté nous avons l'italo et de l'autre le cosmic (ou space) disco. Le tout faisant actuellement un grand retour comme vous le savez si vous lisez régulièrement le fil disco de ce blog, au sein de la nébuleuse nu-disco. Cousin germain du cosmic, l'italo disco est plus porté sur les machines et leurs effets (rétro)futuristes. Alors que le cosmic disco aime les percussions tribales, les rythmes alanguis du balearic, les ambiances exotiques, le funk et la soul, l'italo aime la synth pop, les hymnes 80, la pose "camp" et le kitsch un rien ébouriffé de la new wave de garçons coiffeurs d'Heaven 17 ou d'Ultravoxx (celui avec John Foxx, notez les deux X). Faire l'historique du genre prendrait trop de place ici, mais on peut déjà dire que le genre refait surface en 1997, quand le DJ hollandais I-F sort son fameux dj mix, Mixed Up in the Hague, Vol. 1. Citons également Unclassics par Morgan Geist, qui fait aujourd'hui figure d'incontournable compilation de raretés. Ainsi After Dark ne pourrait être qu'une compilation italo de plus si ce n'était véritablement celle du nouvel étalon italo. Réunissant une pelleté de morceaux uniquement trouvable sur des 12" et de nombreux inédits des poulains du label Italians do it Better, Glass Candy, Chromatics, Mirage, Professor Genius et Farah, After Dark s'impose comme une vision nouvelle du genre, plus 80 que jamais. Mirage propose par exemple un remix du fameux "Last Night a DJ Save My Life" de Indeep, tout en nappes de synthé spatial et en basses compressées, et quand Glass Candy reprend le "Computer Love" de Kraftwerk c'est pour le faire sonner comme un morceau de Blondie sous tranxene. L'obsession des artistes d'Italians do it Better pour les années 80 se traduit aussi par les adaptations de Dark Day, obscur groupe post-no wave de l'ex-DNA Robin Crutchfield (que l'on retrouve sur le volume 3 des mythiques compilations New York Noise), dont Chromatics reprend le "Hands in the Dark" et Glass Candy "The Chameleon". La mélancolie urbaine et l'expression du növo spleen de cette décennie réactionnaire placée sous le signe du fric facile, de la magouille politique et de l'absence de scrupule sont également omniprésentes dans des ballades mélancoliques comme "In The City", ou le futur morceau culte de Farah, "Law of Life". Originaire du Texas, Farah est à l'origine d'une descente aux enfers vraiment unique dans l'histoire de l'italo. Sur une base rythmique monotone et hypnotique proche du "I Feel Love" de Summer/Moroder, la chanteuse pose sa voix spectrale dans un spoken word mêlant l'anglais et une mystérieuse langue orientale, tandis que les synthés serpentent et que l'auditeur se laisse embarquer sur les pentes savonneuses de la transe la plus noire. Mais After Dark regorge aussi de perles électros vintages digne des B.O. de John Carpenter ("La Grotta" de Professor Genius), de space disco envoûté ("Miss Brodway" de Glass Candy), de cosmic sound dilaté ("Lake Of Dreams" et "Lady Operator" de Mirage), le tout animé des infinies pulsations du funk synthétique tridimensionnel de la fin des 70's. Clairement, After Dark oscille entre hommage et pastiche ("Pegaso" de Professor Genius), tendresse et distance post-moderne, qui font de lui un excellent prétendant au double titre d'album "culte et bizarre" et de "disque de l'été" à ranger aux côtés de Kathy Diamond, du Cosmo Galactic Prism de Prins Thomas ou du White Magic de Sorcerer. Du coup, il faut relativiser. "Oui, c'est peut-être les Italiens qui le faisaient le mieux, dans les années 80". Aujourd'hui, force est de constater que les Américains se débrouillent plutôt bien aussi. VA After Dark - Italians Do it Better (Italians Do it Better/Import) The Coral : Somewhere beyond the sea Je n’ai jamais été réellement accroc à The Coral, musique toujours appréciable certes, mais jamais épris, jamais emmené au-delà de leurs classieuses compositions, jamais transcendé à l’écoute de l’un de leur trois albums. Mais ça fait toujours bien d’aimer The Coral, surtout si on aime les La’s, si on aime Oasis, si on aime The Divine Comedy, car les Liverpuldiens sont les BCBG du rock, comme les Strokes un peu. Toujours posés et aux influences respectables et variées, aimer The Coral est « in ». Pas de chance, leurs albums m’ont toujours paru bancals, un peu trop et en même temps pas assez. Trop fouilli parfois et allant trop n’importe où pour n’arriver véritablement nulle part. Pas assez de conviction souvent, c’est joli, c’est mignon mais pas assez vigoureux pour que l’on y croit réellement, exceptions faites de "Dreaming Of You" et "In The Morning" (ou comment ne pas se mouiller). En revanche, ce qui fait la force des Anglais, c’est bien la finesse et l’incroyable présence de leurs textes accompagnés de compositions aux mélodies amples et bien construites. Le chant de Skelly, jamais résigné, jamais dépréciateur, mais toujours expressif joue également beaucoup à la plus-value sans pareil de la plume lyriciste de The Coral. Cette qualité n’était – superbement – entrevue que par moments sur les opus précédents, mais de quelle manière "When I’m dreaming of you, oh what can I do ? / I still need you but I don’t want you now" sur "Dreaming Of You", "Don’t put your hands in careless hands / Those careless hands they don’t understand" sur "Careless Hands". Alors on n’attendait que modérément ce Roots & Echoes. Et même s’il ne nous fera pas profondément changer d’avis sur The Coral, c’est probablement l'album qui résume le mieux leur œuvre. Forcément, il ne sera pas parfait. Forcément, j’entends déjà les bâillements. Il n’empêche que comme toute la discographie du groupe, Roots & Echoes a ses grands moments comme ses moins bons moments. Lyriquement, c’est encore du tout bon, même s’ils sont encore loin d’un Neil Hannon ou d'un Jarvis Cocker, et le plus étonnant c’est que les compositions tiennent bien la route. Plus cohérent sur la longueur que ses prédécesseurs, Roots & Echoes est surtout mieux construit. On reprochera cependant à The Coral cette sempiternelle inconstance à ne pouvoir délivrer à chaque fois la chanson parfaite, celle dont on se souviendra dans des décennies, malgré leurs capacités évidentes et les lueurs apparentes. Il suffit de prendre "Put The Sun Back" avec son premier couplet fracassant de vérité, d'innocence et d’empathie, tandis que le refrain massacre tout par la convenance de son rythme et de ses mots. Mais plus on écoute l’album, plus des choses se révèlent, et plus The Coral semblent en savoir plus qu’il n’en paraît. Chaque chanson est une expérience, une tranche de vie à vif, prise sur le moment, en flagrant délit d’omniscience. Chaque titre respire une certaine spiritualité, prenant compte de tous les éléments alentour pour en créer un condensé, un pot-pourri d’émotions. Alors Roots & Echoes sonne mieux qu’on ne pouvait s’y attendre amalgamant le bon et le mauvais, pour n’en retirer que l’essentiel et le véritable, la vie et ses travers, ses sentiments qui gravitent et nous échappent constamment. En cela "Who’s Gonna Find Me" est triste et "Jacqueline" est belle, "Rebecca You" est lyrique et "Cobwebs" est sublime. Ainsi The Coral s’écoute et puis s’oublie avant de peut-être se voir redécouvert dans cinquante ans comme relique d'un passé intemporel, témoin anachronique d'une époque inconnue au côté de ses contemporains des Shins et de Neutral Milk Hotel. The Coral, Roots And Echoes (Deltasonic/Sony BMG, juillet 2007) Compost présente Elaste Vol. 1 : Cosmic Discoteca
Nous parlerons d'ailleurs prochainement de l'excellente compilation du tout jeune label américain Italian do it Better, qui réactive le genre italo en nous offrant une nouvelle compilation digne de I-F Mixed Up In The Hague Vol. 1 ou du Unclassic de Morgan Geist, et qui nous viens cette fois du New Jersey ! En attendant n'hésitez pas à vous rendre sur le profil myspace d'Elaste où pour une fois, vous trouverez du contenu avec toute l'histoire du Cosmic Club. Idem pour le fameux magazine Discopia proposant interviews et chroniques des cadors de la constellation nu-disco et des autres, et last but not least, checkez cette page en italien proposant des photos unique des abords et l'intérieur de la Discoteca Cosmic. Pour finir ruez vous également sur ce très bon mix de Trakse, ambiance space disco garantie, qui s'accordera très bien avec les images (merci à lui) ! Compost présente Elaste Vol. 1 - Slow Motion Disco (Compost/Nocturne) Dirty Space Disco : Dirty Dancing
L'histoire continue. En 1980, Stefan Egger un jeune Allemand qui passe ses vacances dans le coin, fréquente assidûment le Club Cosmic, il tombe fou amoureux de cette musique et la ramène dans ses bagages. Il propagera le virus cosmic en Allemagne. Ainsi naît la connexion italo-germanique qui se développera plus précisément à Munich, patrie du pape de la disco, Giorgio Moroder. Cette union n'a rien d'étonnant finalement. Le krautrock et les musiques électroniques des Kraftwerk, Tangerine Dream, Klaus Schulze et consort se marient très bien avec les effets électros du cosmic disco, son emphase, son aspect répétitif et hypnotique et son amour immodéré des longues durées. C'est ainsi que le cosmic disco devint ce que nous connaissons aujourd'hui : un mélange de synth-pop, d'avant-garde électronique, de motifs répétitifs purement krautrock, de percussions afros ou sud-américaines et de funk froid venu d'Europe. En ce sens, la compilation Dirty Space Disco, initiée par les Français du Dirty Sound System et le label Tigersushi est emblématique du genre. Entre les minauderies 80 de John Forde (le balnéaire "Atlantis") ou Risqué ("Starlight") et les krautrockeries de Roedelius, Conrad Schnitzler, la fine équipe glisse de surprenant edits du fameux Pilooski, pourvoyeur français d'incredible strange music. Des titres comme "Die Drachentrommier" de Clara Mondshine ou l'hilarant "Stranger in the City" de John Miles, qui clouent irrémédiablement le bec aux moqueurs tant leurs développements sont inattendus : cavalcade de percussions, vagues de synthé pulsées, utilisation éhontée de la chambre d'écho, rythme métronomique et forcément, hypnotique, sont ici de rigueur mais sans ardeur ! Tout ici est leeeeent, car "Slow is the new fast" indique avec humour le sticker de pochette. Le plus étonnant reste cet edit disco du funk spatial et lascif de Undisputed Truth, réellement cosmic, sans oublier l'indispensable version vocale d'"I Need Someone to love tonight" de Sylvester. Un must de l'été en somme, à déguster au casque au bord d'une piscine en s'imaginant revenu au temps de Club Cosmic ! Bright Eyes : Comment aimer Conor Oberst pour les mauvaises bonnes raisons
Bright Eyes – Cassadaga (Saddle Creek, juillet 2007) http://www.myspace.com/brighteyes
Justin Martin: The Fugitive![]() Maxence m’inspire. Rien de sexuel je vous rassure (ouf ! NDMax), mais plutôt l’envie de vous faire partager quelque chose suite à sa proposition de nouveau tag : les disques de l’été. Tag qui semble s'être créé spécialement pour ce maxi de Justin Martin, DJ et producteur west-coast, nous livrant ici avec The Fugitive, une petite perle d’electro-pop solaire, cheesy mais pas trop. Sorti sur le label anglais de Ben Watt, Buzzin’ Fly records, ce maxi qui date tout de même de la fin 2006, mais que personnellement je n’ai dégôté qu’il y a un mois en boutique, à de quoi séduire même les plus réticents à la house et aurait sa place entre un Metro Area et un Luomo (ou un Uusitalo, autre projet de Vladislav Delay, mais qui semble moins convaincre notre grand timonier électro, Maxence). "The Fugitive", morceau éponyme en face A, est donc de ces titres qui vous collent aux basques ou aux slaps tout l’été, celui qu’on met dans le poste en rentrant de la plage, faisant un détour par la corniche (parce que c’est plus beau), lorsque l’on se permet de conduire pieds nus, les cheveux en pétard, avec le t-shirt qui gratte à cause du sel et que l’on est fatigué de cette bonne fatigue d’avoir passé sa journée à ne pas faire grand chose sauf se baigner, crapahuter un peu dans les rochers et les dunes, feuilleter un des livres de l’été et que l’on sait qu’une bière fraiche nous attend à la maison. Bon j’espère vous avoir donné envie d’aller faire un tour dans son espace, pour une écoute des deux faces de ce maxi à l’artwork tout aussi réussi que le reste.
La classe 3000![]() Arrivé à un certain stade dans une carrière, le mieux que vous avez à faire est souvent de rabaisser les attentes de votre public. D'Outkast on attend tout depuis au moins Atliens et on se sent d'autant plus justifié dans nos espérances que deux fois au moins, on a effectivement reçu plus encore que ce qu'on était en droit d'espérer. Certains artistes travaillent mieux sous la pression, sans doute, mais même ceux-là finissent à un moment par craquer et les deux derniers albums du duo d'Atlanta souffraient d'un curieux mélange entre une volonté de rester les meilleurs, les premiers et un désir de réduire la pression. Ca nous a donné la tentative solo ratée de Speakerboxxx/The Love Below (c'est rare, tout de même, d'entrer en studio pour un album solo et d'en sortir avec une oeuvre "de groupe") et le cafouillage Idlewild (oh, regardez, c'est un nouvel album d'Outkast ! Et un retour au rap ! Et une comédie musicale ! Et une machine à singles ! Et un album de jazz rétro !).
Il n'y a aucun "gros single" sur ce disque, ni aucun morceau épique semi-expérimental, aucun constat sur l'état du hip hop actuel et aucun souci de le changer. Toute velléité de Dre dans ce sens serait de toute façon court-circuitée par les gamins (ou plutôt les doubleurs des gamins) du dessin animé qui chantent ou rappent sur chaque morceau et sont parfaitement insupportables la plupart du temps. Le disque est assez difficile à écouter d'une traite, du coup, mais n'en comporte pas moins pas mal de bon moments : le funky "Throwdown", la girl-pop de "Cool Kitty" ou "UFO Ninja" qui rappelle les moments de mysticisme golri d'Aquemini. L'air de rien il y a pas mal de bonnes petites idées dans ce disque, dont certaines auraient sans doute été bien utiles sur Idlewild. Malgré de gros défauts, donc, et une totale inconsistance, on s'attache facilement à ce disque. Andre 3000 semble s'être rendu compte qu'on ne peut pas faire que des chefs d'oeuvres et ça tombe bien parce que, de toute façon, on ne peut pas non plus n'écouter que ça. Les Auteurs libres de droits... : foncez Cela ne doit pas faire oublier que l'auteur de Lenny Valentino est un activisme forcené de la la scène indie rock depuis près de 15 ans maintenant, un fabuleux compositeur de pop rock à qui l'on doit, sous ses diverses incarnations (Black Box Recorder, Baader Meinhof, les Auteurs, Das Capital ou en solo) une bonne cinquantaine (centaine ?) de purs joyaux. Comme l'homme qui n'aime pas l'Angleterre, la Reine, la vie moderne, les cons, la presse rock, les gens, n'aime pas non plus les maisons de disques, comme son dernier album Off My Rocker At the Art School Bop (très bon) n'a recueilli aucune sorte d'écho nulle part et qu'il vous emmerde, Luke Haines propose en ce moment un live en ligne, daté de 1999, gratuit et qu'on peut télécharger en un tour de mains. Le concert en question, donné à la très chic London School of Economics (LSE) de Londres, reprend non pas l'album How I Learned to Love the Bootboys mais une excellente série de titres qui ont précédé et qui font un effet boeuf, qu'il s'agisse des chansons tirées de Baader Meinhof ou du sublime album concept After Murder Park (mon préféré). Le concert se termine évidemment par l'hymne The Future Generation, en acoustique, qui, pour le prix, est d'une valeur inestimable. People Press Play : La filière germano-scandinave
Car ces artistes ont tous été bercés dans leur jeunesse par les échos de la dream pop de Cocteau Twins et du shoegazing de Slowdive, Whirlpool ou autre My Bloody Valentine. D'ailleurs, c'est bien à My Bloody Valentine, joué au ralenti, auquel on pense en écoutant "Girl", le morceau d'ouverture, mais c'est surtout à un autre groupe, oublié celui-là, de la vague post-shoegaze-post rock qui revient à notre mémoire dès que les basses arrivent. Il s'agit des Américains de Bowery Electric. Même rythme downtempo, mêmes lyrics noyées dans la reverbe, même tendance electro-dubby & glitch. Mais ce portrait de famille serait incomplet sans une petite référence à Seefeel, parrain underground de tout ce que la pop planante d'aujourd'hui compte d'adeptes de la chambre d'écho, des loops et des mélodies. La filiation est particulièrement évidente sur "Before Me", "Everything", "Stop", le tiercé gagnant qui conclut l'album. On y retrouve les mêmes distorsions électroniques apparemment infinies, les mêmes spirales bienheureuses et langoureuses bordées de la voix douce de Savery. Malgré toute cette sérénité et ce bonheur affiché, on reprochera tout de même à People Press Play, sa facilité à jouer dans le registre facile de la "popounette", vous savez, cette pop gentillette et parfois insipide ("Always Wrong", "Frail") qui évoque encore, à quarante ans passé, les démons et les émotions de l'adolescence, affichant ainsi une fâcheuse tendance à cultiver la persistance du syndrome de Peter Pan dans le milieu pop international (celui dont souffre certainement Stephen Pastel, Stuart Murdoch de Belle and Sebastian et bien des amis à moi). Heureusement des morceaux quasi-instrumentaux comme "Studio", répétitif et Reichien sans pour autant exclure la mélodie, ou encore "These Days", frôlent la perfection en matière de bande son pour journées indolentes. Comme quoi l'ennui peut aussi avoir du bon. People Press Play - st (Morr Music/La Baleine) Dans la chaleur du soleil avec les Beach Boys
The Warmth of the Sun est la bande-son idéale pour les étés moyens, ceux où l'on guette les éclaircies et les coins de ciel bleu, dans la m** ambiante. The Beach Boys - The Warmth of The Sun (Capitol Records, mai 2007)
Nouveau tag : les disques de l'été !
"Pop rock de plage, dub des caraïbes, néo-disco solaire, jazz lumineux, ambiant balnéaire, électro étincelante", toute l'équipe musique de Fluctuat se met en quatre pour vous préparer un été agréable et rattraper les aléas d'une météo plutôt maussade en brandissant fièrement sa nouvelle rubrique : "Disques de l'été". Une initiative honteusement pompée sur notre rubrique livres, qui elle, propose les "Lectures de plage". Qu'à cela ne tienne, faute avouée, faute à moitié pardonnée, suivez donc le tag éponyme et préparez-vous à découvrir des albums et des news qui vous éblouiront. A vos lunettes, la boule disco va étinceler comme jamais au soleil de l'été (moui, enfin, s'il se décide à briller hein... mais au moins vous aurez l'ambiance) ! Kuniyuki Takahashi : Le codex jazz de TakahashiPosté par Maxence le 24.07.07 à 18:51 | tags : jazz, électro, dub, disques de l'été, ambient, myspace
Je ne comprends donc pas pourquoi je n'y suis pas revenu plus tôt. Pourtant, ce n'est pas faute d'être resté scotché dès la première écoute (au casque) sur les morceaux de ce disque hors du temps, des modes et des futilités du quotidien. Car derrière son titre en forme de slogan naïf se cache réellement les plus belles combinaisons de musique électronique, de jazz, de dub et de musique afro que j'ai jamais entendues. Dès "People", "Sleepers", "Moonlight" et "Earth Beats", l'auditeur initié retrouvera les ambiances afro-jazz de pointures comme Ornette Coleman ou Pharoah Sanders (dont je conseille à tous l'écoute du formidable Tauhid, un classique de free jazz psychédélique de 1966 qui inspirera autant les amateurs de Liars ou Sonic Youth - pour les prestations du monstrueux guitariste Sonny Sharrock - que ceux de Coltrane, Davis ou Hancock période Headhunter), ambiances ponctuées des trames répétitives de vagues électroniques planantes et des percussions tribales africaines, convergeant dans un crescendo orgasmique totalement hypnotique. Simplement imparable, surtout si vous avez une bonne sono. A partir de "Precious Hall", Kuniyuki Takahashi nous explique à sa manière, c'est-à-dire avec la même expressivité que Jacqueline Caux dans son immense film sur la techno de Detroit, pourquoi house, techno et Afrique sont intimement liées. Ses tracks, à la fois ambient et bondissants dégagent une telle sérénité, et ont un tel impact aussi, que l'on fait évidemment le lien entre les options orientales de la pochette et la musique de Takahashi. Comme Pharoah Sanders en son temps, le jazz electro du Japonais est forcément (racines obligent) imprégné de zenitude. Une philosophie qui transparaît encore mieux sur l'ambient "The Guitar Song", beau à pleurer, avec sons de cloche et field recordings. L'ensemble se conclut sur une ballade croisant Eno et Prince, "Cascades of Colour". Sans commentaire, c'est beau, c'est tout. Pour finir, signalons que We Are Together n'est qu'une compilation (et profitons en pour remercier en même temps le label Mule Musiq pour cette découverte), cela donne une idée de l'ensemble de l'œuvre du Japonais. Donc, si vous avez un minimum de sensibilité, vous ferez comme moi, et commencerez à chercher ses albums antérieurs (un tour sur son myspace serait bienvenu). Bonne chasse ! Kuniyuki Takahashi - We Are Together (Mule Musiq/La Baleine) Los Campesinos : Toi ! Moi ! Danse !Posté par 2goldfish le 23.07.07 à 10:30 | tags : disques de l'été, pop, rock, uk, vidéos musicales, youtube
Peu de gens le savent mais la seule et unique source infaillible de bon goût musical anglophone sur le net, ce n'est pas Pitchfork, ce n'est pas Said The Gramophone et ce n'est pas Stylus. Non, cette source méconnue, au débit certes très faible mais jamais prise à défaut (comprendre : je suis toujours d'accord avec elle) c'est John Allison, auteur génial de webcomic de son état et à qui je dois entre autre la découverte des Pipettes (c'est dire s'il s'agit d'un homme de goût). Quand Mr. Allison lance donc une Best New Band In Britain Alert, je ne peux que foncer écouter Los Campesinos, groupe que j'avais ignoré jusqu'ici malgré l'insistance de mes sources habituelles. Vous me direz, ce n'est pas nécessairement très difficile d'être le meilleur nouveau groupe de Grande-Bretagne et vous n'aurez pas forcément tort. Il n'empêche qu'en sonnant comme des Arctic Monkeys qui auraient écouté Architecture In Helsinki au lieu d'Oasis, Los Campesinos n'empruntent peut-être pas un sentier moins battu (celui de la pop-rock lo-fi ludique infantilisante) mais ils le font avec un talent indéniable. Si comme on dit depuis les Sex Pistols (voire les Beatles) il faut toujours que la musique américaine (ici canadienne, surtout) passe à travers l'Angleterre (Los Campesinos sont écossais, mais arrêtez donc de chipoter !) pour rencontrer le succès des deux côtés de l'Atlantique (et là je suis certain d'avoir bon), si tout ça est vrai, donc, Los Campesinos pourrait bien rendre Islands ou Broken Social Scene très amers, d'autant plus que ces derniers leur ont prété Dave Newfeld pour produire leur EP "Sticking Fingers into Sockets", sur lequel on retrouve "You ! Me ! Dancing !", excellente chanson dotée surtout du meilleur clip que j'ai vu cette année : Lucky Soul : un peu de candeur que diable
Empli d’une compassion débordante The Great Unwanted marque aussi l’empreinte du vide sentimental, entre la dure réalité de la solitude, entre la rupture et le manque, ce disque brille par l’absence de l’autre, d’un(e) autre, de l’absence d’un bonheur sempiternellement promis et dû. L’Amour avec un grand A semble chanter la voix belle mais résignée d’Ali Howard, dans l’urgence de la souffrance et l’appréhension du départ, de l’abandon, entre dévotion presque aveugle et clairvoyance d’une situation dont elle n’a plus les clés. Les textes n’ont même pas à parler, tant il suffit de regarder les titres évocateurs des chansons "Baby I’m Broke", "My Darling Anything", "My Brittle Heart". Mais Lucky Soul a baigné dans cette marmite anglo-saxonne, comme teinté d’un optimisme inné, ou bien avec cette capacité désarmante à chanter avec le sourire ses déboires, ses soucis et ses craintes, sans pathos, sans larmes mais avec grande compassion. On exorcise ces choses qui font mal comme on peut et on les accepte. Alors on les chante, on les accueille avec le sourire comme un ami envahissant qui vient squatter à la maison, comme la vieille dame que l’on laisse passer à la caisse avec son caddie tandis que l’on souhaite juste payer son Coca, comme le gosse insupportable qui pleure dans le bus bondé. Lucky Soul c’est ça, c’est le dur constat quotidien de ceux qui ne sont pas heureux, mais qui vivent avec, pris dans les tourments, parfois futiles, qui même au fond de la lame, sourient et chantent quelque part dans un coin de leurs têtes le refrain obsédant et jouissif de "My Lips Are Unhappy Without You". Parce que ce n’est pas parce qu’on est triste que la vie est moins belle. Lucky Soul - The Great Unwanted (Ruffa Lane, avril 2007) Pour le quatorze juillet : Animal Collective : pétard mouilléL'à propos avec lequel cette vidéo d'Animal Collective qui apparait sur ce blog le quatorze juillet ne vous aura pas échappé. Pensez bien tous à fêter la nation et prenez un peu de temps pour penser à la fête de la fédération aussi avant d'aller voir un feu d'artifice. En ce jour de fierté nationale, on vous pardonnera de ne pas avoir pigé que cette chanson s'appelle "Fireworks" et que ça veut dire "feu d'artifice". Pour le coup Animal Collective déçoit un peu : pour une chanson qui s'appelle fireworks, celle-ci manque singulièrement d'explosions. OK, y'a de jolie couleur mais où sont les cris, où est la jubilation enfantine/animale qu'on a l'habitude d'attendre de ce groupe ? Ils sonnent pourtant plus comme eux-mêmes que jamais, c'est à dire qu'ils ne surprennent guère. On se prend à attendre le moment où le rythme se cassera pour un "and you'd like to see me often"... C'est vraiment un nouveau morceau ? Bah, les quatorze juillet se ressemblent tous, faut pas trop leur en vouloir. Ca reste toujours mieux que de bosser. Deadbeat : Jet Lag Dub
"Deep In Country", "Night Train To Paris", "Melbourne Round Midnight", "Lost Luggage" : sur Journeyman's Annual comme sur beaucoup de ses disques, les titres de Deadbeat évoquent dépaysement, déracinement et surtout égarement, des sentiments qu'éprouve souvent le voyageur au long cours. Conjuguées à un vrombissement de deep-bass continu, à des échos distendus comme des élastiques, à des réverbérations incontrôlables venues d'on ne sait où, ces sensations induisent véritablement un effet de "jet lag dub". Tout est fait pour provoquer la proverbiale "perte de repères" physique et temporelle généralement induite par le dub. Si l'auditeur est rapidement débordé, Monteith, lui contrôle la situation. Au sein du précaire équilibre régnant entre rythmes, textures et mélodies, il est le maître. En bon globe-trotter (il a plusieurs fois fait le tour du monde et sa grand-mère est originaire de Trinidad), Montheit parcours la planète et prêche la bonne parole electro dub depuis plus de cinq ans maintenant. A force de parcourir la planète, il ne pouvait logiquement que s'intéresser au mouvement dubstep qui sévit actuellement dans les quartiers Est de Londres. Ainsi Journeyman's Annual passe progressivement des lentes ondulations rythmiques et cliquetantes d'obédience minimale et ambiant dub, à sa forme accéléré et urbaine, qu'elle soit grime (comme sur "Refund Me", ou "Deep In Country") ou franchement dubstep ("Turbulence", "Gimme A little slack"). De longs titres bardés de basses écrasantes et rebondies, histoire de prouver que, contrairement à son nom, la musique de Deadbeat est bien vivante. Un petit tour sur son profil myspace ne fera que donner plus de poids à mes propos, mais attention, beware of the bass ! Deadbeat - Journeyman's Annual (~Scape/La baleine) Kathy Diamond : La nouvelle créature de Maurice Fulton
Sur Miss Diamond To You, Fulton s'est donc lancé dans la création d'un nouveau personnage : une diva soul et néo-disco blanche, à la voix plutôt moyenne, mais qu'il va transcender pour l'envoyer dans l'espace, grâce à la puissance de son méga-pouvoir spectro-laser millésimé Moroder/Summer 70. De "Between The Lines" à "Another Life/Original", le bonhomme et Diamond balancent une série de pur tracks növo disco barjots, gorgés de soul dans lesquels Fulton laisse libre court à son fétichisme pour les arrangements carrément pervers (voir le plan de clavier des 4 dernières minutes du tueur "All Woman", ou la lente évolution ambient groove du planant "I Need You"), quand ce n'est pas une obsession quasi compulsive pour les instrumentaux cosmic ("I Need You Here Right Now", "Racing Thru Time") et les trips totalement hypnotiques ("Over", "Another Life/Original") évoquant un hybride de "I Feel Love" et de "Tainted Love". Miss Diamond To You est donc une vraie histoire d'amour qui se joue en direct sous vos yeux. D'ailleurs, tandis que monsieur fait des massages à ses machines, palpe ses claviers, pelote ses laptops et fait reluire ses samples, "madame rêve", ou plutôt dérive tranquillement dans les allées ombragées du psychédélisme électronique et soul de cette fin de siècle. Ne rougissez pas, comme le dit le titre, c'est pour vous ! Et puis c'est typiquement un album pour l'été, si tant est que ce genre de chose ait la moindre importance. Kathy Diamond - Miss Diamond To You (Permanent Vacation/Nocturne, juin 2007) Sorcerer : magie disco de l'été Vous vous souvenez de "Pong", le jeux idiot composé de deux barres parallèles et d'un pixel turbulent censé nous faire éprouver les joies du tennis sur un écran de télévision ou sur un ordinateur préhistorique (pour les plus geek d'entre nous/vous) ? Et bien c'est à cela que fait penser Sorcerer, le projet solo retro-futuriste de Daniel Judd, un musicien de la baie de San Fransisco, également impliqué dans le groupe Call and Response et compagnon de jeux de l'excellent duo rétro-80, Broker/Dealer. A l'écoute de ce White Magic délicieusement hors de temps, on éprouve la même tendresse un brin embarrassée et la même nostalgie qu'après, disons... avoir visionné de vieux clips de Men At Work ou Alphaville sur Youtube (mange google, mange). Ironiquement, Judd présente d'ailleurs Sorcerer comme du "motorik George Benson", soit le parfait mélange de l'obsession répétitive, électronique et hypnotique de la musique allemande des 70's et du funk cheesy du crooner soul-jazz dont la carrière culmina dans les années 80 avec "Give Me The Night". Je sais, ça commence mal, mais ne partez pas maintenant parce que contrairement à ce que laisse penser cette introduction plutôt foireuse, dans ses meilleurs moments Sorcerer n'est pas sans rappeler le Schneider TM de Zoomer (son meilleur album, soit dit en passant) pour ses morceaux les plus enjoués et tropicaux. D'ailleurs, de "Surfing At Midnight", "Egyptian Sunset", "Hawaïïan Island", "Surf Wax", "Bamboo Brainwave" ou "Blind Yatchman", tout dans la musique de Sorcerer, comme dans ses titres vous l'avez remarqué, évoque quelque éden artificiel et fantasmé de néons multicolores, de chemises bariolées, de houle parfumée et de farniente dans des criques (je sais, pour beaucoup c'est encore de la science-fiction, mais plaignez vous ! C'est toujours mieux qu'une canicule non ? La chaleur tue les vieux, et au rythme avec lequel je m'enfonce dans le passé, les vieux bientôt, c'est moi, c'est vous ! Mais je m'égare...) Alors bien sûr, Daniel Judd met la dose en matière de kitscheries coca-néons-airbrush et son electro-pop-funk vintage millésimé 80. Il ne lésine pas sur les cascades de guitares réverbérées et sources chaudes caribéennes où viennent s'abreuver basses nonchalantes et rythmiques mid-tempo fatiguées de nature, tandis que des bourrasques de synthé funk progressifs tentent vainement de rafraîchir l'atmosphère. De la vraie musique de "beach boys" en somme, mais en version peroxydé et habillé de pantalon corsaire et de débardeurs blancs. Une imagerie que ne renierait pas l'auteur de White Magic, d'autant que celui-ci s'adonne quotidiennement aux joies de la planche à voile dans la baie d'Oakland, nous signale-t-on dans sa bio. Un wind surfeur donc, doté d'un solide sens de l'humour mais d'assez de talent pour nous faire voyager au son de ses vignettes néo-baléaric-disco. Je finirais en remarquant qu'il y a d'ailleurs quelque chose à côté duquel passent beaucoup de critiques et d'auditeurs dans le domaine musical (comme sur ce blog) alors que c'est parfaitement autorisé dans le domaine littéraire et plastique, c'est l'humour. Et assurément Daniel Judd et son projet Sorcerer n'en manquent pas pour flirter avec tant d'aisance avec le mauvais goût et l'ironie. Ce qui n'enlève rien aux qualités de cet album tout simplement parfait, de la pochette ultra-référencée au contenu, à ranger à côté du Cosmo Galactic Prism de Prins Thomas chroniqué dans ces pages il y a peu. Evidemment, on peut aller écouter tout ça sur le myspace du bonhomme, ne vous en privez surtout pas ! Sorcerer - White Magic (Tirk/La Baleine, juillet 2007) |
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