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Liquid Liquid réédité par Domino
En pleine vague no wave, Liquid Liquid (chez qui le guitariste Eliott Sharp, ami et collaborateur des Sonic Youth, jouait de la clarinette !) s'exprimait aux côtés de DNA, Mars, Glenn Branca, Del Byzantine (le groupe du cinéaste Jim Jarmusch) ou encore James White & Black (aka James Chance), mélangeant groove en boucle sous influence sud américaine (leur leader et chanteur Sal Principato, alias Sal P, est d'origine salvadorienne), tension post-punk, effets dubby et proto-hip hop.
Signé chez 99 Records légendaire label new-yorkais (découvreur d'ESG entre autre), Liquid Liquid ne devait connaître qu'une courte carrière (3 ans) et une discographie qui ne l'est pas moins (uniquement trois EP) mais fut à l'origine de concerts fulgurants et de titres emblématiques de la scène mutant disco de New York dont "Optimo" (qui donna son nom au fameux duo de DJ écossais), "Cavern", ou "Lock Groove" (versions in & Out). Initialement réédité par Grand Central le label des Beastie Boys et par Mo Wax pour l'Angleterre, l'œuvre de ce combo délirant est aujourd'hui disponible en vinyl et en CD chez Domino, histoire de nous rappeler que, s'il est un découvreur et un initiateur du revival disco underground actuel, James Murphy de LCD Soundsystem n'a rien inventé (ce qu'il n'a jamais prétendu d'ailleurs).
En attendant, découvrons ensemble cette vidéo de "Cavern" et allez faire un tour sur notre chronique de Danse Gravite Zero dernière compilation en date de Salvatore Principato.
Liquid Liquid - Slip In And Out Of Phenomenon (Domino/PIAS) Dubstep sans frontières
C'est ce que vient nous rappeler, très à propos, la nouvelle compilation de la papesse du dubstep, la britannique Mary-Anne Hobbes. Sur Evangeline, somptueuse collection de tracks urbains pour bass addict, celle qui fait partie des pionnières du genre s'impose une discipline sans pareil (comprendre beat martiaux, boucles acides, nappes plombées et gribouillis électro-bruitistes) tout en osant les mélanges les plus incongrus, dans une sélection transversale alignant des futurs classiques dubstep d'obédience ambient, electronica, dancehall, reggae classique, jungle ou techno. Une manière de rappeler que, par delà ses origines UK Garage, 2Step et dub bien sûr, le dubstep est plus que jamais une musique vivante, mutante et en devenir. Un argument que ne devraient pas démentir David Lollia et greg G, respectivement webmestre du site dubstep.fr, référence française en la matière et animateur de l'emission dubstep FM, tous deux organisateurs de soirées dubstep au Nouveau Casino, qui ont bien voulu élaborer pour nous sa playlist commentée des dix albums incontournables du genre : V/A "Dubstep Allstars Vol 1" (Tempa) 2003
Albums cultes des géants du bizarre #42 : Pole - CD1
Avec CD 1 de POLE, Stefan Betke explore les confins de la musique électronique en composant des pièces hybrides, synthèses étranges d'ambient techno et de dub urbain, parcouru de craquements, d'échos fantômes et de souffles. Stefan Betke est, on le sait aujourd'hui, un indécrottable fan de dub. Les vieilles dubplates qu'il assène en concert à un public ébahi, en sont la preuve. Désormais connu comme le patron du fameux label ~Scape, il officiait auparavant sur le très pointu label allemand Din affilié à Basic Channel, soit, tout un pan de l'histoire de la musique électronique allemande. C'est aussi ce qui fait que dès la première écoute la musique de POLE est inclassable. Il émane de chaque morceau de CD1, une ambiance à la fois feutré et POLaire. Non pas que l'utilisation de souffle ou de craquement dans la composition même du morceau soit spécialement originale, d'autre l'ont fait avant, citons Jim O' Rourke, Mouse On Mars ou Oval & Microstoria, mais POLE le fait avec tant de grâce, et surtout, amalgame cette technique à un dub si étrangement futuriste, qu'il est difficile de ne pas être dérouté.
Avec CD1, Stefan Betke pousse définitivement le dub vers de nouveaux horizons. Utilisant les vieilles recettes de cette musique mystique originelle, il les met à l'épreuve des outils technologiques manufacturés de son temps tout en détournant ceux-ci de leur usage courant. Ainsi il pousse ses effets à bout, saturant les banques de données jusqu'à l'agonie des logiciels et des disques durs chauffés au rouge. En réduisant métaphoriquement la technologie en cendre, POLE donne naissance à un genre nouveau, mais qui doit tout, pourtant, aux vieux maîtres jamaïcains. Car, qu'est-ce que le dub finalement ? Un fantôme de musique, un écho du passé qui résonne. Dans toutes les productions electro dub des années 90, il semble flotter ces fantômes, ceux de King Tubby, Prince Jammy, Bunny Lee, mythiques producteurs de dub 70's. C'est peut-être pour cela que la musique de Stefan Betke semble à la fois si nouvelle et si familière, si lointaine et si proche.
Avec CD1, POLE impose un nouvel équilibre entre electronica et roots, glissant aussi, ça et là, des éléments censés évoquer les origines de cette musique de façon subliminale. Parfois, on croit même entendre une guitare crachouiller au loin, un écho de caisse claire, et puis non, c'est une voix ou... quoi ?! On ne sait pas vraiment. POLE décline sa propre vision numérique et décalée du dub, transportant véritablement le genre dans une dimension architecturale sonore proche des visions mystiques de certains écrivains de science-fiction ou des délires de Lee Perry. Avec CD1 et ses trois successeurs (y compris un album de remixes) POLE invente ni plus ni moins le dub roots du XXIème siècle !
POLE - CD1 (Kiff SM, 1998) Lee "Scratch" Perry : le biopic qui démange![]() Lee Scratch Perry, celui que son compatriote, le chanteur et poète du reggae, Linton Kwesi Johnson, appelait à juste titre "le Salvador Dali du dub", se voit enfin honorer d'un biopic retraçant sa carrière.
De sa naissance dans la Jamaïque rurale à la création de son studio, le Black Ark, à Kingston, puis son exil en Suisse, le film retrace la carrière et la vie de Lee Perry, né Rainford Hugh Perry à Hanover, Jamaïque en 1936. On y suit l'excentrique producteur durant sa jeunesse, une période où Lee Perry travaillait pour l'important producteur Clement "Coxsone" Dodd, repérant et enregistrant de nouveaux chanteurs pour son label Studio One. Lui-même chanteur, Perry enregistra un certain nombre de singles pour Dodd et d'autres producteurs. Suite à de nombreux désaccords et une sévère dispute, Lee Perry pas encore "Scratch", se sépare de Studio One et forme son propre label, Upsetter ("L'emmerdeur", "le fâcheux"), d'après cette anecdote.
Il occupa longtemps une place centrale dans l'évolution du reggae en s'occupant, entre autre de la carrière d'un jeune chanteur du nom de Bob Marley. Scratch Perry, qui hérita de ce surnom grâce à sa facilité à déranger, démanger et gêner dans le petit monde du reggae, connaît un large succès, à la fois en Jamaïque et sur l'île britannique, et il ouvre son propre studio d'enregistrement, le Black Ark Studio, dans les années 70, où il continue de produire. Avec King Tubby, Lee Perry invente la technique du "dub" (voir notre dossier) et en enregistre des plus extravagants. À la fin des années 70, il passe par une période psychologiquement agitée, alimentée par les frustrations de l'industrie du disque jamaïcaine, les abus de drogues, et la perte (après un incendie volontaire) du Black Ark. Après quoi celui-ci fuit la Jamaïque pour l'Europe et s'installe en Suisse.
Il continue un temps à sortir des disques explorant les musiques électroniques (entre autre avec les musiciens de Yellow), les relations entre la folie, les voyages spatio-temporels, la religion (l'ancien testament) et l'identité africaine. Aujourd'hui malgré sa relative discrétion, Lee Perry est toujours une institution. Après le livre "People Funny Boy" de David Katz, un film était le moins que l'on puisse faire pour rendre hommage à cet extra-terrestre de la musique.
http://www.theupsettermovie.com Jah Division : Unknown Treasures
Retrouvé au détour de la toile grâce au réseau social myspace, il est étonnant de constater à quel point, après l'aridité post-punk des Mancuniens, il est plaisant de visiter les paysages de hautes pressions du collectif de Brooklyn qui adapte de manière à la fois révérencieuse et audacieuse la mélancolie britannique des années 80 aux réverbérations écrasante d'une musique initialement née en Jamaïque. Etonnant mais pas inconvenant, ayant moi-même tenté, avec succès dans des soirées, l'hybridation de la violence contenue sur fond de basse martelée du groupe de Ian Curtis avec le dub de Yabby Yu ou Mickey Dread (RIP), je peux attester de la parfaite compatibilité de ces deux genres supposés antinomiques. Les voix de la musique sont décidément impénétrables !
En attendant, allez visiter le myspace de Jah Division sur lequel est présent leur seul et unique production discographique à ce jour, dont "Dubmission" ("Transmission"), "Dub Disorder" ("Disorder"), "Heart and Soul Dub" ("Heart and Soul") et l'imparable "Dub Will Tear Us Appart" ("Love Will Tear Us Appart" ).
(Dub)step is everywhere !
Nous parlions récemment du devenir global du dubstep. Mouvement typiquement anglais et plus encore, londonien (de l’Est de Londres même), le dubstep est véritablement en train d’infecter les derniers foyers de résistance qui n’avaient pas encore compris l’importance du mouvement. Du coup, on reparle aussi du dub, et de son avatar electro, qui s’était fait plutôt discret ces temps-ci. Un constat particulièrement évident sur nos terres où le dub était plus largement décliné sur le mode roots avant de reprendre une teinte plus technologique courant 2000. Le dubstep, avec son mélange de sons industriels et ravey, de break beat jungle-drum’n’bass, de saccade electronica y est bien sûr pour beaucoup. A cet égard, on remerciera le mystérieux producteur se cachant derrière le pseudo Burial, puisque c’est son Untrue qui a littéralement submergé la planète (sans oublier le confidentiel Benga, auteur d'un non moins exceptionnel album, Diary of An Afro Warrior). Au détriment des autres serait-on tenté de dire, même si la lame de fond du tsunami londonien se fait bel et bien sentir, ici comme ailleurs (voir les fameuses soirées dubstep parisiennes des créateurs de dubstep.fr, dont nous publierons le top 10 sous peu).
Autres symptômes, l’implication dans le champ dubstep des anciens, et même pour certains, similis précurseurs du genre. C’est le cas de Jack Danger de Meat Beat Manifesto, qui revient aujourd’hui avec Autoimmune, un album autoproduit et paru sur le label phare du dubstep déviant, Planet Mu. Album qui est tout simplement l’une de ses meilleurs livraisons à ce jour. Il est vrai qu'à l'écoute de "Children of Hearth" à "Return to Bass" ou "Hellfire" sur ce nouvel opus, on se souvient que le bonhomme avait, bien avant la vague UK Garage et Cie et plus encore que Mick Harris de Scorn, que nous créditions du genre dans une récente chronique, posé les bases d’un mélange déjà judicieux de dub, d’electro, d’industrielle et de drum’n’bass (sans oublier une pointe de jazz). Aussi, pour une fois, l’auditeur est ravi de voir l’un des mythes fondateurs de l’electro britannique, revenir et s’attacher, un peu tard il est vrai, à un des nouveaux genres moteur de la perfide Albion.
En Allemagne aussi, le dubstep fait des ravages et impose ses canons. Le label ~Scape, fer de lance du dub évolutif, propose à ce titre Round Black Ghost, une excellente compilation qui, en plus de rendre hommage à la techno dubby des 90’s (Basic Channel/Chain Reaction en tête) avec des artistes comme 2562 ("Channel Two"), Syncom Data ("Beyond The Stars") ou Pinch ("136 Trek"), présente de nouvelles têtes proches du dubstep à leur manière (Martyn, Untold ou même Pole, projet du boss de ~Scape) ou plus proprement dubstep encore, comme Ramadanman, Pangaea). Sans oublier le click’n’dub qui a fait les beaux jours de la structure berlinoise (Peverelist) ou l’acid-dub vrillé d’Elemental.
Pour finir, un peu plus loin du genre saccadé, avec "plus de dub et moins de step", on remarquera le très bon album electro-techno-dub de Fenin, alias Lars Fenin, sur le label d’Apparat (et de Marko Haas, alias T. Raumschmiere bien sûr), Shitkatapult. Been Through, deuxième album du Danois ravira les amateurs de click’n’dub grésillant mais vigoureux (voir l’excellent "Miles and More", dub motorick et mécanique accompagné d’une guitare slide , ou le très 90, "Dub Eraldo". Bonne pioche encore une fois pour le label allemand, et preuve que le dub électronique, step ou pas, a encore de beaux jours devant lui.
Au passage, pour clore ce tour d'horizon dub et dubstep, revenons rapidement sur le cas Jack Danger et rappelons que Meat Beat Manifesto c'était ça (entre autre), inoubliable :
Meat Beat Manifesto - Autoimmune (Planet Mu/La Baleine) Benga : dubstep aquatiquePost pas fatiguant de fin de semaine, juste avant la déferlante dubstep annoncée : je remonte ce clip aquatique et hypnotique des profondeurs de youtube, l'océan de pixels global, offert par l'immensité du cyberespace. "Night" featuring Coki sur l'excellent Diary of an Afro Warrior (chronique), est certainement l'un des meilleurs morceaux du genre depuis "Raver" de Burial sur Untrue. Noir comme le fond des océans, profond comme les abysses, tout en saccade, il a l'élégance maladroite de ce poulpe bionique et gigotant. Les poulpes sont décidément des animaux très intelligents !
Excepter : The Last Dance
Ainsi, quand la morosité vous gagne, faites-vous donc prescrire un peu d'Excepter. Un conseil avisé, faites-moi confiance. D'autant que pour leur seconde signature sur Paw Tracks le label d'Animal Collective (la première étant un split single avec Panda Bear, l'inénarrable "Carrots - kkkkk"), le collectif de Brooklyn s'est adjoint la compagnie de deux charmantes jeunes femmes qui viennent pimenter l'electro déglinguée d'Excepter d'une touche d'hystérie féminine bienvenue et donne à ce Debt Dept un faux air de B-52's en mode freestyle. A l'origine Excepter est plus connu pour ses performances mi-tribales, mi-industrielles au kilomètre. On peut d'ailleurs en trouver de nombreux exemples distribués gratuitement en podcast sur le net. Si leur musique hypnotique est connue pour emprunter à toute la gamme de musique expérimentale, du krautrock au punk en passant par la techno ou le dub (impossible de ne pas penser à Faust, PiL période Metal Box ou au mythique "Cave Rock" de Cromagnon - obscur projet rock improvisé brut de décoffrage - à l'écoute d'Excepter), on ignore souvent ce qu'elle doit à la pop. John Fell Ryan, leader du combo new yorkais est d'ailleurs grand fan de girls bands (Shangri-La's, Silly Sisters ou Sandy Bull), mais aussi de rock saccadé (Bo Diddley) et de funk (James Brown). Il distribue d'ailleurs fort à propos un mix de ses 10 albums à emmener sur une île déserte que vous trouverez ici.
Des références "pop" donc, qui servent en quelque sorte de justificatif à un Debt Dept nettement plus calibré que leurs précédentes productions. Si la folie demeure (thèmes frappadingues, voix démentes, hurlements de chouettes sous la lune, distorsions psychédéliques, rythmes répétitifs, chamanisme urbain), Excepter réconcilie en quelque sorte la frénésie infernale de leurs prestations scéniques ("The Last Danse", "Shots Ring") avec les constructions plus formatées de la pop ("Sunrise"), ou du post-punk ("Entrance", "Kill People"). Attention, les productions du groupe restent belles et bien folles à lier ("Walking Trough the Night", "Greenhouse/Sttetch") même quand le combo, qui excelle dans l'expression décalée d'un dancefloor hors-normes toujours hilarant, nous offre avec "Burger" (uniquement sur la version CD), un exercice dub désarticulé et vrillé qui vient prendre la relève de l'impeccable "Rock Stepper" éthylique de leur précédent album Alternation. Du grand art dans la déviance.
Excepter - Debt Dept (Paw Tracks/La Baleine, avril 2008) Benga : Messe afro-futuriste pour le temps présent
Partant de l'idée initiale selon laquelle il existe beaucoup plus de liens qu'on ne le croit entre science-fiction et musique noire (volonté de surpasser et de subvertir la technologie, sentiment d'être "en dehors" de la société américaine lié au mythe science-fictionnesque de l'enlèvement par les extra-terrestres, incarnation du noir américain comme un héros underground, éternel rebelle en lutte contre le système, etc.), Eshun écrit "une étude des visions successives de l'avenir de la musique noire, de Sun Ra à 4 Hero". De la naissance de la science du breakbeat (Grandmaster Flash, Kool DJ Herc et tous les visionnaires hip-hop) jusqu'au moment où la mélodie et l'harmonie s'effacent pour laisser place aux rythmes (le scratch et l'electro) et que le son des pionniers de la techno de Detroit rencontrent le minimalisme répétitif de Kraftwerk, Eshun produit une mythologie moderne pour la diaspora africaine. Ces thèmes afro-futuristes sont aujourd'hui largement repris par les ténors du dubstep, et particulièrement par Kode 9, qui diffusait ses idées il y a peu sous forme de manifestes pour guerriers urbains, sur son site internet. A ce titre, des labels 90's underground comme Wordsound, Liquid Sky et Asphodel ne s'y sont pas trompés qui, dès 1992, produisaient déjà des hybrides de dub industriel, de hip hop et de techno dub, sous l'égide des théories afro-futuristes d'Eshun, annonçant ainsi sans le savoir le Grime et le Dubstep actuel.
Ce qui nous ramène à Benga, de son vrai nom Beni Uthman. D'ores et déjà, sachez que dans un monde normal cet album devrait faire autant de bruit, si ce n'est plus, que le Untrue de son confrère Burial. Annoncé comme le messie par la presse spécialisée en Angleterre, Benga représente déjà la relève du dubstep. D'une production nettement plus complexe et sophistiquée que celle du deuxième Burial, la musique de Benga ne se contente pas d'empiler les couches de sons sous protool. Fin musicien, l'Anglais originaire de Croydon dans le sud est de Londres, mêle habillement instruments classiques et éléments électroniques, tout en dégageant les mêmes émotions brutes. Urbain, souvent glacial et bien sûr, futuriste, Diary of An Afro Warrior est d'un intérêt qui ne s'émousse pas au fil des écoutes. Pour l'exemple, des titres comme "Zero M2" et son beat enlevé sur grosses basses inquiétantes se pare de piano, d'ondulations orientales et d'une contrebasse, "Night" est un riddim synthétique et entêtant qui ne vous lâche plus une fois écouté, "B4 The Dual" évoque un hybride de dub et de jazz produit à Detroit, mélancolique, romantique et science-fictionnesque en diable. "E Trips" propose un sorte d'acid-dubstep angoissant et répétitif plus proche d'une techno ralentie que de son homologue londonien. Bref, vous l'aurez compris, avec Diary of An Afro Warrior, non seulement Benga dépasse les attentes les plus folles de l'auditeur de dubstep moyen, mais son album est une torpille qui ouvre une brèche de plus dans la coque du genre oeuvrant dans la continuité du dubstep en tant que genre au devenir global.
Benga - Diary of an Afro Warrior (Tempa/La Baleine)
http://www.myspace.com/bengabeats (1) Par commodité je reprends ici l'introduction d'un article précédemment écrit par mes soins pour le webzine La Spirale. Ceux que le concept intéresse pourront ainsi s'y reporter plus longuement. The Orb : Je rêvais d'un autre mondePosté par Maxence le 18.02.08 à 15:11 | tags : vidéos musicales, youtube, électro, dub, ambient, myspace
Sur ce The Dream annoncé comme le retour du messie, The Orb perd Thomas Fehlmann, membre fondateur du projet qui va et vient depuis le précédent, Okie Dokie It's The Orb On Kompakt. L'album n'ayant pas trouvé son public, on ne peut pas vraiment dire que The Orb perde réellement au change. Il faut croire que les expériences minimales techno de ce dernier n'entraient pas dans la ligne surréaliste et foncièrement mouvante, insaisissable même, des cyber-hippies de The Orb. Trop rigide, la recette de Okie Dokie n'avait pas plus convaincue les critiques qu'elle n'avait séduite la fan base. C'est peut-être la raison pour laquelle, dès l'ouverture de The Dream, on se prend à rêver d'un vrai retour du duo phare de l'ambient tel que nous le connaissions il y a 20 ans. Dès l'intro de "The Dream", qui en rappelle une autre, le fameux "Little Fluffy Clouds" de The Orb Adventures Beyond the Ultraworld, on retrouve ce qui fit de ce duo d'extraterrestres la machine à rêver chill out que nous adorions. Les voix fantomatiques, les clochettes et autres gri-gri new age, les mélodies planantes portées par une rythmique imperturbable de pères tranquilles. Sur "Lost & Found" et "Katskills" Paterson et Youth reviennent aux racines de ce qui faisait leur son, les échos et la basse lourde du dub. Les somptueusement cool "High Noon" et "Something Special" les voient même renouer avec la magie des débuts, incluant guitare à la Robert Fripp et invocations psychédéliques et tribales ("Phantom Of Ukraine"), hélas tout n'est pas parfait loin de là "au pays des merveilles de The Orb". On regrette par exemple les vocaux féminins indigestes ("Vuja De", "A Beautifull Day" ou le détestable "The Truth is...") qui parsèment l'album en alourdissant les compositions. On est même déçu par "DDD [Dirty Disco Dub]", un titre qui aurait pu être une expérience passionnante d'ambient disco dub et qui ne s'avère finalement qu'un mélange bâtard de rythme 4x4 et de circonvolutions boursouflées. Des faux pas qui, s'ils ne gâchent pas vraiment les bons moments, donnent l'impression que le duo se perd, ne sachant plus quelle piste exploiter. Malgré l'ambition affichée et quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, The Dream n'est malheureusement pas le disque de The Orb dont nous rêvions. La prochaine fois peut-être...
En attendant, pour les nostalgiques, retour en vidéo sur le "Little Fluffy Clouds" quintessence de l'art de The Orb :
The Orb - The Dream (Stereo Deluxe/La Baleine) Cloture du Tilt Festival : le reggae dub fait bang bang![]() Grosse, grosse soirée hier, pour la deuxième partie des "Nuits Musicales" du Tilt Festival de Perpignan. A son habitude, la capitale Catalane s'emballe pour les volutes enfumés du dub et ses basses pesantes. La salle du centre-ville connu sous le nom de Mediator, était littéralement pleine à craquer, soulevée par l'énergie des barcelonais de Radio Chango Soundsystem, leurs riddims énergiques accompagnés de percussions et soutenus par les MC's survoltés du crew. Suivirent P18, le projet world cubano dub de l'ex-Mano Negra Tom Darnal qui fit souffler "son vent chaud" sur le barrio Perpignanais. Cavalcade de percussions, light show énervé, style connoté Amérique du sud, rythme chaloupé et chaleureux, chanteuse sexy, le public - hyper chaud - est totalement conquis. P18 fut donc la parfaite introduction pour le son dur de Mark Iration et Dennis Rootical aka, Iration Steppas, le fameux crew Londonien acteurs majeurs du courant "hardcore dub". Un show original qui clôt la soirée en beauté devant une remplie et en délire. Big up et à l'année prochaine !
(merci Sarah) Dubstep : Skull Disco au Nouveau Casino jeudi !
Que vous soyez aficionado où juste curieux des nouvelles tendances de la musique urbaine vous ne pouvez manquer ce rendez-vous dubstep de grande qualité. Le label Skull Disco et ses deux producteurs emblématiques Shakleton et Applebim, adulés par les dubstepers ainsi que découvert par les amateurs de techno minimale à travers l'épique remix réalisé par Ricardo Villalobos du "Blood in my hands" de Shakleton. Tablas et grosse basse seront au rendez vous ce jeudi soir, le tout encadré par l'un des premiers représentants français de la scène dubstep : Subrider ! Jeudi 20 Décembre : Melting Point présente SKULL DISCO (Dubstep) au Nouveau Casino - 8€ - minuit Soul Jazz Singles : Radio Babylon
Imaginez la radio idéale compilée sur deux CD de plus de 77 minutes chacun (mode random conseillé) et vous avez, peu ou prou, une idée juste de ce que donne Soul Jazz Singles. Une sélection hyper éclectique donc, qui relie le post-funk d'ESG (le fameux "Insane") à l'electronica de Kit Clayton, le space disco tout en arpegiatos de Subway (le tunnel motorick de "Sattelites" et la saga cosmique de "44110"), l'incroyable reprise de "I Will Survive" malicieusement glissée au sein du ragga "Dem a Bomb We" par les filles Ladybug, les clicks et les cut housey de Sutekh ("Kill The Monkey"), le trip hop jazzy de Soul 223, l'acid house de Capracara (excellent "Opal Ruch"), l'electro classic de Private Lives, le funk'n'dub de Mathias Aguayo ("Uno"), etc. Comme la passion originelle de Soul Jazz est avant tout le reggae et le dub (le label tourne d'ailleurs dans le monde entier sous le forme d'un sound system), il était évident de voir Stuart Baker, son patron, se pencher sur le cas dubstep. C'est pourquoi on retrouve également ici la crème du genre, Digital Mystikz, Kode 9 et Skream. Soul Jazz s'est d'ailleurs fendu de deux fameux volumes explorant le sujet, Box of Dub (sous titré "dubstep and future dub") mais c'est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons bientôt. Stay tuned !
V/A - Soul Jazz Singles (Soul Jazz/Discograph) Pole : Steingarten reloaded
D'emblée, on est séduit par la relecture d"Achterbahn remix" par le prince du dark dubstep Shackleton. Un morceau sombre, entêtant et hypnotique sur lequel on revient continuellement sans se lasser. Si les meilleures relectures, comme le "Sylvenstein" de Deadbeat dont le remix polyrythmique est un des grands moments du disque, ou le ragga dancehall obsédant du Canadien Ghislain Poirier sur "Winkelstreben", sont signées par des artistes proches du son dub abstrait de Stefan Betke, d'autres personnalités tirent remarquablement bien leur épingle du jeu. C'est le cas du producteur Colin de la Plante, plus connu sous le nom de The Mole, qui balance "Pferd" sur le dancefloor et revisite le track façon clubbing underground inspiré. Inspirée, Gudrun Gut la patronne du label electronica et electropop Monika Ent, l'est également, elle qui reprend admirablement "Mädchen" en y ajoutant des vocaux de son cru. De son côté Mike Huckaby déshabille "Düsseldorf" et produit une track minimaliste en forme de clin d'œil aux productions Basic Channel/Chain Reaction auxquelles on a souvent rapproché Betke, tandis que le boss de Perlon, Dimbiman, assèche radicalement "Achterbahn", le transformant en une déambulation electro funk à mille lieux de la vision dark ambiant dub de Shackleton. On le sait, l'exercice du remix peut souvent s'avérer lassant, pourtant ce Steingarten Remixes est globalement une réussite. Peut-être même l'un des meilleurs album electro dub de l'année aux côtés du Untrue de Burial, et certainement beaucoup plus marquant que l'original.
Pole - Steingarten Remixes (~Scape/La Baleine)
Albums cultes des géants du bizarre #25 : Scorn - Gyral
Aujourd'hui parlons de Gyral, troisième opus de Scorn, qui est peut-être celui qui relie le plus Harris à la forme de drum'n'bass ralentie matinée de dub qui nous intéresse. Resituons d'abord ce monolithe dans le contexte. Nous sommes en 1995 et le dub est omniprésent. De Kingston, sa ville natale à Munich (Kruder & Dorfmeister), en passant par Washington (Thievery Corporation) ou Berlin (Pole, Mille Plateaux, Chain Reaction, Basic Channel) sans oublier Lyon (Jarring Effect et tout sa crew), les échos enfumés de cette musique fantômatique font vibrer tous les floors de la planète. Le drum'n'bass se porte également très bien, il a même pignon sur rue (ce qui n'est plus le cas aujourd'hui). Avec Scorn, Mike Harris se place en héritier de la fusion ambiant, musique électronique, dub et musique industrielle initiée par Bill Laswell, John Zorn ou Kevin Martin. Plus subtilement il fait directement partie de ces pionniers puisqu'il entame son projet Scornien avec Vea Solis aux côtés de Nic Bullen (fondateur de Napalm Death) en 1992. Mais c'est avec Colossus et Evanescence qu'il trouve réellement sa voie, abandonnant progressivement l'industrial music lourde et saturée pour une forme de trip hop ambiant sombre et pesant.
Avec Gyral, Harris passe une frontière. Il est attentif aux échos de la drum'n'bass en temps que genre dominant de l'époque (au milieu des années 90, qu'il s'agisse du post-rock, du trip hop, de l'electronica ou du jazz, tous font au moins une fois l'expérience de cette musique) et tente lui aussi l'hybridation avec le dub tout en gardant ses sons hypnotiques d'une profondeur inouïe. La lenteur de ses break beats et le ronronnement surpuissant de ses basses font de Gyral un album pionnier en matière de dubstep. C'est particulièrement évident sur des morceaux comme "Six Hours One Week", "Far in Out" ou la jungle au ralenti de "Hush", quand celui-ci s'accompagne de gazouillements électroniques et de notes de piano éparses ("Stairway") qui viennent animer ses rythmes tourbillonnants, répétitifs et syncopés. Enfin, comment ne pas penser à Memories of The Future des tenants du dubstep actuel, Kode 9 and Spaceape, à l'écoute du complexe et subtil "Trondheim - Gävle", un must d'hypnose qui relie d'un coup le Consumed de Plastikman et l'electrodub minimaliste des productions de Chain Reaction avec la drum'n'bass mécanique et futuriste du label Metalheadz de Goldie. Une fusion que Mike Harris continuera d'explorer avec Logghi Barogghi en 96 puis avec Zander, en 97. Assurément culte et bizarre dans sa volonté de mixer des cultures antagonistes (le dub et la musique industrielle, mais aussi le hip hop et la jungle/drum'n'bass) Gyral est de ces albums intense et novateur qui marque leur époque d'une manière indélébile.
Scorn - Gyral (Scorn Recordings/Hearache) http://www.mickharris.net/ & http://www.myspace.com/mjhscorn Burial : Le groove funèbre relève la tête
Au milieu se trouve Burial, producteur emblématique et occulte, dont l'art est certainement celui qui ouvrira toute grande les portes du succès au dubstep, qu'il le veuille ou non (le genre et ses acteurs étant obsédés par l'anonymat et la discrétion). Si son précédent album affichait une mine bien plus sombre et était presque entièrement instrumental (excepté sur le groove De Profundis de "Spaceape" scandé par le MC du même nom et quelques vocaux samplés), Untrue affiche d'office des couleurs un peu plus gais. Oh, ce n'est pas encore la Jamaïque hein, nous sommes toujours en pleine grisaille londonienne, mais on va dire qu'une faible lueur brille au bout du tunnel. La profondeur des arrangements spatiaux de son producteur est constamment contrebalancée par les mélodies hantées des vocaux féminins omniprésents. C'est sur ces climats éthérés emplis de réverbérations et de cliquetis que les ambiances se développent portées par des voix dont il est difficile de deviner les origines. Samplées ou organiques ? Le mystère reste entier, d'autant qu'une audition distraite finit par provoquer le même trouble que provoquait certains enregistrements des Cocteaux Twins, la voix ne faisant plus qu'un avec la musique. Pour faire simple, disons que sur Untrue, les voix sont utilisées comme des instruments à part entière, et c'est tout simplement magnifique. Alors bien sûr, certains regretteront peut-être l'aridité du précédent album, et lui reprocheront peut-être sa facilité. On entre en effet dans ce disque avec plaisir, et l'on en ressort de même, mais les amateurs d'expériences sonores et de voyages aux limites de l'audition se féliciteront d'avoir su trouver le bon chemin, et se donneront certainement corps et âme pour faire partager ce savoir. Avec Untrue, le dubstep devient enfin global !
Ne passez pas à côté du très beau profil d'hyperdub, son label, vous y découvrirez encore des merveilles.
Burial - Untrue (Hyperdub/Differ-Ant) Kode9 & Spaceape : Bloody Bass Music !J'ai longtemps été un bass addict de la pire espèce, un fan de dub électronique versant dark et indus, un courant représenté par des artistes comme Scorn (qui sort un nouvel album), The Bug (idem), Bill Laswell, Justin K. Broadrick ou les oubliés Sub Dub. Je collectionnais alors les productions de Kevin Martin, les deux volumes de Macrodub Infection, les parutions Illbient d'Asphodel et toutes les sorties du label Wordsound de Brooklyn (et dire que la plupart pensent que le dubstep est né à Londres !) A l'écoute de ses perles de subbasses trafiquées et torturées, il est pourtant évident que le genre est né avec Scorn (à Birmingham donc !) et qu'il ne date pas d'hier. Cela n'enlève rien cependant, au plaisir de découvrir tous ces jeunes groupes dubstep qui reprennent allègrement le flambeau de leurs aînés dans les rues de L'East London. Cela pour vous annoncer une grande semaine dub et dubstep donc, avec des chroniques du dernier Burial (une magnifique surprise, vous allez voir !), la double compilation des singles du label Souljazz, le volume 2 de la collection Boxe of Dub avec Skream, Kode 9, Digital Mystikz, Ramadanman, Cotti & more et l'énorme (New) Dub Excursion drivée de main de maître par le boss de Sounds Around. En attendant, et pour vous mettre dans l'ambiance (hum), "dégustez" ce clip magnifique (mais traumatisant) du "9 Samurai" de Kode9 and Spaceape. Attention, âmes sensibles s'abstenir, couchez les enfants...
Le groove tentaculaire de Luciano & Cadenza
Ainsi, Cadenza Contemporary 01 fourmille de découvertes et de surprises, incarnées par les producteurs directement importés de Bucarest que sont Rhadoo et Petre Inspirescu, dit "Pedro", deux prodiges roumains à qui l'on doit les meilleurs moments du premier CD, comme le spot pour subwoofers "Woa Ovuls", ou le tourneboulant "Racakadoom" et la montée ascensionnelle intergalactique de "Galantar". Sur Contemporary 01, ceux qui connaissent le label reconnaîtront immédiatement la house très deeeeep et toute en finesse des productions Cadenza. Les autres découvriront un son minimal mais toujours organique et subtilement hypnotique ("Amplified" d'Argenis Brito, "Honolulu" de Digitaline), avec une propension à cultiver les basses rondes et dubby ("L Delay" de Audomat 3000 & Jan). Une musique naturellement enfumée, aux structures souples et aux géométries variables. Parfaitement addictive (à ce propos, matez attentivement la pochette), cette sélection mixée par le boss himself vous laisse immanquablement béat et ravi, le nez en l'air noyé sous un déluge de percussions, un sourire idiot aux coins des lèvres ("Honolulu" Digitaline & Luciano mix). Côté, Cadenza Classics, on retrouve les arrangements innovants et les séquences polyrythmiques virtuoses qui font la réputation du label depuis 5 ans. Luciano réunit sur la même galette le "hit", "Orange Mistake" où il s'accompagne de Quenum, le soyeux "Amael" avec Pier Bucci, la randonnée groove de plus de 12 minutes de "Funk Excursion" par Luciano & Serafin et nous achèves avec l'énorme "Bomberos" (qui porte bien son nom, une bombe pour dancefloor terrassante) qui nous laisse sur les genoux. La feuille d'info parle de groove flexible et instable, on ne pouvait pas dire mieux !
Luciano - Cadenza Contemporary 01/Cadenza Classics (Cadenza/Nocturne) Burnt Friedman : Future Funk
C'est donc sous la houlette des Sun Ra , Lee Perry, James Brown, Parliament Funkadelic et autres Sly And the Family Stone, qu'il échafaude le groove profond qui parcourt First Night Forever de bout en bout, comme un fil rouge. De "Where Should I Go" (feat Steve Spacek), une track qui rendrait verte de jalousie même sa seigneurie The Artist alias Prince himself, en passant par l'étrange "Machine in The Ghost" porté par la voix grisante de Barbara Panther, tout en saccades africaines et collages rythmiques, sans negliger l'ambient funk de "Walk With Me", le skank spatial de "Need is all you Love", le blues funk de "The Healer" ou le jazz transcendant (et funk toujours) de "Western Smoke, feat Enik", ce nouvel album conceptuel mais crédible, toujours accompagné d'un backing-band fictif mais d'invités bien réels eux (une habitude depuis Burnt Friedman & The Nu Dub Player) impose le plus groovy des producteurs allemands comme un outsider - et un modèle - de l'electro contemporaine. Son album gorgé de funk du troisième type, jette une nouvelle fois un pavé dans la mare des habitudes et des clichés de la scène electro actuelle en nous offrant les effluves d'un air plus pur que celui auquel nous sommes ordinairement habitués, celui des cimes de la création. C'est tout du moins ce que l'on se dit à l'écoute attentive de sa production si particulière sur "Thumb Second" ou "Chaos Breeds" 1 & 2, qui clôturent l'album. Deux morceaux manifestes ("Chaos Breeds" égale "les dompteurs de chaos" en VF) pour celui qui apprivoise manifestement si bien les échos bondissants folâtres et imprévisibles du dub électronique depuis plus de 20 ans déjà. Virtuose ! Burnt Friedman - First Night Forever (Nonplace/Nocturne, oct 2007) Roots, Rock, Remixed : Bob Marley reloaded
Bob Marley & The Wailers - Roots, Rock, Remixed (Quango/Discograph) Concours Dub Pistols à l'Album de la Semaine
Maxence nous en parlait au tout début de l'été. Terry Hall, ex-The Specials, a refait surface en avril 2007 avec la sortie d'un album des Dub Pistols. Pas question de vous refaire la chronique, Maxence s'en est très bien sorti : "D'ailleurs sur Speakers And Tweeters, il faut voir comme le groupe qui se dit aussi bien influencé par Public Enemy, Andrew Weatherall (des Two Lone Swordsmen), le pape dub King Tubby ou les Clash, s'approprie le "Rapture" de Blondie (encore un exemple de fusion pionnière puisqu'il s'agit du premier morceau commercial de hip hop "blanc" joué par un groupe punk-new wave), le "Peaches" des Stranglers ou encore, reprend le fameux "Gangsters", l'incontournable hit des Specials." J'en viens au but ultime de cette notule qui est d'un de vous inviter à relire la chronique de Speakers And Tweeters et de deux, de vous proposer des places pour l'enregistrement de l'Album de la Semaine de Canal + avec les Dub Pistols, donc. Le groupe enregistrera sa session lundi 17 septembre. C'est à 19h à la Plaine St Denis et si vous souhaitez avoir des places pour deux personnes, envoyez-moi un mail avant lundi midi (avec vos nom/prénom). Albums cultes des géants du bizarre #14 : Moonshake - Big Good Angel Lassé de son expérience avec Wolfhounds, et surtout de l'indifférence du public pour ce qui était pourtant l'un des tous meilleurs groupes brit pop des années 80, David Callahan décide de laisser s'exprimer ses velléités expérimentales dans un nouveau projet au nom symbolique : Moonshake. "Moonshake", comme son nom l'indique (puisqu'il fait référence a un fameux morceau de Can sur l'album Future Days) empruntera au krautrock, mais aussi au dub, au jazz et pourquoi pas au punk, en naviguant dans le sillage incertain des expériences de PiL, Gang Of Four, les Slits ou The Pop Group. Pour cela Callahan, le teigneux (il est connu alors pour être aussi vindicatif que Mark E. Smith, c'est dire !) recrute une fine équipe d'outsiders de la pop, Margaret Fiedler à la composition et au chant, John Frennet à la basse, Mig à la batterie et l'over-coté producteur Guy Fixsen aux manettes, car, comme tout bon projet post-punk, Moonshake est avant tout un monstre de studio. Pour composer leur musique, Callahan et sa bande font feu de tout bois. Les vocaux singulièrement agressifs et geignards de Callahan répondent au chuchotement de Fielder, sur une basse rebondie typique du reggae dub, une guitare en métal froissé, des percussions tribales, un rythme souvent downtempo et surtout ce qui fait toute l'originalité du groupe dans le paysage de la pop britannique d'alors, une foule de samples dérangés (Moonshake empruntera même trois notes au sax déglingué du "Hair Pie: Bake 1" de Captain Beefheart sur Trout Mask Replica).Vous l'avez compris dès les premières lignes, un groupe entretenant un tel cahier des charges ne pouvait qu'accoucher d'albums (et de singles) cultes et bizarres. Et en effet, Eva Luna leur premier essai contient nombre de morceaux bien allumés. Mais ce premier jet porte encore l'empreinte de Wolfhounds, le précédent projet de l'intransigeant leader, Dave Callahan. C'est donc sur Big Good Angel que je jetterais mon dévolu. Avec Big Good Angel, Moonshake réussit presque à se débarrasser totalement de ses oripeaux punk-pop-rock et aborde les rives d'une musique qui restait encore à inventer en 1993. Tellement en fait, que le groupe finira par se perdre et se séparera d'un de ses précieux membres, Margaret Fiedler, en cours de route. Sur ce court album 6 titres, dont tous les morceaux dépassent tout de même les 5 minutes, la bassiste et vocaliste d'origine américaine installée à Londres et Dave Callahan batailleront ferme. Résultat, l'album sera coupé en deux. D'un côté, la demoiselle nous offre pas moins de trois pur pop song, "Two Trains", "Girly Loop" et "Flow", oscillant entre calypso apocalyptique, dub effréné, drum'n'bass post-punk et post-rock emballé. De l'autre, le décidément tyrannique "leader" (une place que ne lui reconnaissait pas Fiedler puisqu'elle composait autant que lui) passe en force avec "Capital Letters", "Séance" et "Helping Hands", trois morceaux d'anthologie au groove hargneux et acéré malgré l'absence quasi-total de guitare. Passant outre ces problèmes d'ego, Big Good Angel paraît, radicalement assumé par les deux parties comme un album "inachevé". Les parents pouvaient être fiers, Eva Luna, leur premier bébé déjà bien entamé, avait donc son petit frère monstrueux. Et pourtant, quel album et quel trésor d'inventivité dans ses six titres qui préfiguraient avec 12 ans d'avance l'electro dub et punk-funk actuel de Out Hud, Chk Chk Chk et consort ! Après cette expérience malheureuse Margaret Fiedler partira fonder Laïka, un autre grand groupe oublié, et Callahan poursuivra l'aventure Moonshake jusqu'à la fin en 1996. A (re)découvrir absolument ! Moonshake – Big Good Angel (Too Pure, 1993) Kuniyuki Takahashi : Le codex jazz de TakahashiPosté par Maxence le 24.07.07 à 18:51 | tags : myspace, ambient, dub, jazz, électro, disques de l'été
Je ne comprends donc pas pourquoi je n'y suis pas revenu plus tôt. Pourtant, ce n'est pas faute d'être resté scotché dès la première écoute (au casque) sur les morceaux de ce disque hors du temps, des modes et des futilités du quotidien. Car derrière son titre en forme de slogan naïf se cache réellement les plus belles combinaisons de musique électronique, de jazz, de dub et de musique afro que j'ai jamais entendues. Dès "People", "Sleepers", "Moonlight" et "Earth Beats", l'auditeur initié retrouvera les ambiances afro-jazz de pointures comme Ornette Coleman ou Pharoah Sanders (dont je conseille à tous l'écoute du formidable Tauhid, un classique de free jazz psychédélique de 1966 qui inspirera autant les amateurs de Liars ou Sonic Youth - pour les prestations du monstrueux guitariste Sonny Sharrock - que ceux de Coltrane, Davis ou Hancock période Headhunter), ambiances ponctuées des trames répétitives de vagues électroniques planantes et des percussions tribales africaines, convergeant dans un crescendo orgasmique totalement hypnotique. Simplement imparable, surtout si vous avez une bonne sono. A partir de "Precious Hall", Kuniyuki Takahashi nous explique à sa manière, c'est-à-dire avec la même expressivité que Jacqueline Caux dans son immense film sur la techno de Detroit, pourquoi house, techno et Afrique sont intimement liées. Ses tracks, à la fois ambient et bondissants dégagent une telle sérénité, et ont un tel impact aussi, que l'on fait évidemment le lien entre les options orientales de la pochette et la musique de Takahashi. Comme Pharoah Sanders en son temps, le jazz electro du Japonais est forcément (racines obligent) imprégné de zenitude. Une philosophie qui transparaît encore mieux sur l'ambient "The Guitar Song", beau à pleurer, avec sons de cloche et field recordings. L'ensemble se conclut sur une ballade croisant Eno et Prince, "Cascades of Colour". Sans commentaire, c'est beau, c'est tout. Pour finir, signalons que We Are Together n'est qu'une compilation (et profitons en pour remercier en même temps le label Mule Musiq pour cette découverte), cela donne une idée de l'ensemble de l'œuvre du Japonais. Donc, si vous avez un minimum de sensibilité, vous ferez comme moi, et commencerez à chercher ses albums antérieurs (un tour sur son myspace serait bienvenu). Bonne chasse ! Kuniyuki Takahashi - We Are Together (Mule Musiq/La Baleine) Black Devil in Dub : les fantôme du disco club
Les amateurs, mais aussi les autres, retrouveront avec plaisir les "tubes" de l'album précédent, revus et corrigés par les gourous du nu-növo-néo-mutant, italo et space disco, In Flagranti, Prins Thomas, Quiet Village, Unit 4 ou Elite Technique. Ceux qui avaient trippé sur les déferlantes synthétiques de VCS-3 Putney, de Roland System 100 et autres Korg ou Moog millésimés, auront les genoux qui tremblent en découvrant ce nouveau joyau surtout qu'il est augmenté de versions dub (forcément, qui dit "version"...). Du coup, Black Devil in Dub sonne un peu comme si Arthur Russell rencontrait King Tubby dans un dancehall fantôme. Sur cet album, l'équation old technology + new technology = future roots, est la parfaite illustration de ce que le dub a toujours eu de moderne dans son archaïsme. D'ailleurs, à une époque over-technologique, il est toujours aussi paradoxal de constater que l'un des courants musicaux parmi le plus dynamique du 21ième siècle soit issu d'une technologie aussi vétuste. Aujourd'hui tout le monde sait que les studios jamaïcains des années 70, tel le mythique Black Ark de Lee Perry par exemple, étaient bricolés de bric et de broc. Ce n'est un mystère pour personne, non plus, que les premiers dub furent le fruit des erreurs des producteurs un brin enfumés, plutôt que de ceux d'un savant travail de studio. Mais cet esprit aventurier au cœur des machines, au sein du studio, est justement ce qui unit le dub et le disco. Sans le savoir, les deux genres partagent de nombreux points communs. L'allongement de la durée, la perte de repère spatial et temporel, la dictature masochiste et jouissive du groove répétitif qui entraîne les danseurs dans la transe... Autant de critères recherchés conjointement par les artistes du disco et du dub jamaïcains. Logiquement (et joliment) ficelé ici dans des morceaux comme "An Other Skin", "Coach Me" ou "On Just Foot", le dub habille, ou plutôt hante, le disco club de Bernard Fèvre de ses échos à la fois lascif et démoniaques, tout en lui offrant un supplément "d'inquiétante étra |