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Tous les billets consacrés au folk (power to the people) sur le blog Playlist.



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Live: Beck déçoit à l'Olympia

Posté par Slick Rick le 08.07.08 à 13:41 | tags : folk, pop, rock, live

 

 

Dire "j'ai vu Beck à l'Olympia" en 2008, c'est un peu le truc consensuel par excellence. Oui, Beck, le petit génie adulé par la critique depuis plus de 15 ans, jouait hier dans cet antre feutré et voué à la musique "respectable", devant un parterre de trentenaires cools en costard.

 

Après une excellente première partie assurée par les Yeasayer, nouvelle sensation punk/afro-beat de Brooklyn (a croire que NYC les produit au baril), Beck Hansen fait son apparition dans la salle mythique. Sapé comme un rustaud bucheron grunge, le slacker chaussé de grosses rangos ressemble beaucoup à Kurt Cobain ce soir, avec sa tignasse blonde, sa chemise trop large et ses lunettes de soleil roses. Sans dire bonsoir ni rien, le Californien démarre tête baissée par "Devils Haircut", pépite tirée d'Odelay, puis enchaîne cinq tîtres (dont une "Girl" plutôt fréquentable et l'aguicheur et funky "Sexlaws") sans interruption, comme pressé de passer à ses nouveaux morceaux. "Thank you", marmonne Beck sans entousiasme, après cette salve introductive.

 

Fosse apathique

 

La salle applaudit poliment, à moitié convaincue. On passe à Modern Guilt, le nouvel album. La jolie "Gamma ray", avec sa rythmique lourde façon Queens Of The Stone Age (en soft, hein) et ses choeurs à la légèreté très sixties, réveille l'intérêt de la foule, également charmée par "Modern Guilt" très belle ballade pop. Techniquement, rien à dire, Beck chante comme un Beach Boy, ses quatre musiciens assurent, la sono frise la perfection...Manque quelque chose quand même : Beck ne semble pas à l'aise, regarde dans le vide, n'échange presque rien avec la salle pourtant bondée et acquise d'avance: à 40 euros minimum la place, l'assemblée est forcément fan - ou riche. Rien à faire, la fosse reste apathique.

 

Pourtant "Youthless", agrémenté d'une jouissive production de Danger Doom (évoquant autant Gorillaz que le gimmick de "The Message" de Grandmaster Flash), donne envie de balancer son popotin contre son siège de velours, "Soul of a man" carbure à la même came sexuelle et dirty-bluesy que The Kills, "Chemtrails" contient bien des saveurs dream-pop et psyché (voire post punk, cf le squelletique riff de basse à la Young Marble Giants !), "Walls" réussit l'alliage parfait entre violons country et power pop mélancolique tandis que l'afro-beat stylé de "Black Tambourine" fonctionne toujours. Bref, quel talent...Mais quelle frustration de le voir si peu exploité sur scène par un Beck étrangement emprunté, presque absent.

 

Le rappel change la donne, notamment avec un "E-Pro" vigoureux à souhait, applaudi par un public soudainement sorti de sa torpeur, puis complètement emballé par le classique "Where it's at", dont le "Na-na-na-na-naaaaaaaa...Na" résonne encore en sortant, Boulevard des Capucines. Joli final, mais qui vient un peu tard, et nous fait regretter la tiédeur appliquée de ce qui a précédé.


 


Siestes électroniques 2008 de Toulouse #3 : je me souviens...

Posté par Maxence le 02.07.08 à 11:25 | tags : folk, électro, siestes électroniques, pop

Séquence émotion : je me souviens. Nous sommes en 1989, j'ai 21 ans et je découvre un tout jeune groupe américain dont le second album On Fire, me stupéfie. Ce groupe, c'est Galaxie 500, composé de trois Bostoniens, Dean Wareham, Damon Krukowski et Naomi Yang. Leur musique à la fois douce et fiévreuse hante mes nuits d'étudiant. Leur psychédélisme pop plane tous les soirs dans le F1 que je loue alors. La guitare de Wareham tisse des motifs torsadés à la manière de fumerolles après un incendie de forêt, tandis que les voix haut perchées de Damon & Naomi survole cette chaotique plénitude. A l'époque, je range ce disque entre les deux premiers Yo La Tengo, les Feelies, Jonathan Richman et le Velvet Underground. Plus tard, je découvre que le groupe reprend le monumental "Don't Let Our Youth Go to Waste" du même Jonathan Richman, "Victory Garden" de Red Krayola et "Ceremony" de Joy Division sur un somptueux ep. Hélas, Galaxie 500 dans sa perfection, splitte pour des raisons d'humeur et d'ego. Wareham part fonder Luna (très bon aussi quoique plus classique) et Damon & Naomi n'usent que de leur prénom pour sortir More Sad Hit un album de folk baroque, paru chez Shimmy Disc. De nouveau, je suis ce duo jusqu'à aujourd'hui, ou presque.

 

Bref, vous l'avez compris, ce groupe de "rock indé" comme on l'appelait alors, fait partie des mythes fondateurs de la pop des 90's. Alors qu'elle n'est pas ma surprise de voir le groupe programmé aux Siestes, dites "électroniques". Le duo n'ayant rien d'electro, mais un feeling sieste, ça c'est certain. C'est donc avec émotion que l'on débarque ce dimanche 29 juin à la Prairie des Filtres de Toulouse pour assister au concert de ces deux ovnis folk rock. Damon, guitare sèche, Naomi, basse électrique, m'offrent tout simplement un voyage de 20 ans en arrière. Une rétrospective paradoxalement parfaitement à sa place dans un parc, encore une fois baigné de soleil malgré leur musique crépusculaire. En un mot je m'ouvre à ce que j'étais il y a quelques années. C'est ce qu'on appelle une épiphanie.

 

Evidemment après, difficile de plonger tête baissée dans la minimal house charnelle, voir carrément moite, de Dapayk & Padberg. Un gars et une fille là aussi, mais dans un autre genre. Une véritable invitation à la luxure (ai-je rêvé ou ai-je vraiment aperçu quelques mecs en imper ??), portée par un groove organique et vibrant comme de la booty basse en cure d'amaigrissement. J'avoue n'avoir jamais entendu ce duo auparavant. En en discutant avec les précédents Damon & Naomi, restés pour le show, je leur demande si c'est ce qu'ils feraient s'ils appartenaient à cette génération. Ils rient et me disent, "pourquoi pas, mais pas avec les même paroles". Et Damon se met à sauter les bras en l'air sous le regard amusé et attendri de sa compagne. Les Siestes clôturent donc sous les vibrations électros comme il se doit, avec l'apparition d'Error Smith moitié du duo Smith n Hack. Alors que le binôme est certainement à l'origine d'un des meilleurs maxis de l'année passé, il est dommage d'apprendre que Soundhack, malheureusement malade, ne pourra pas assister au set. Du coup ce final a un petit goût d'inachevé, Error Smith n'arrivant pas à mobiliser les foules avec un simple DJ set. Ce qui est finalement une bonne chose : les Siestes, cette année, donnent l'impression de n'être pas finies et on attend l'année prochaine avec d'autant plus impatience !

 

(Merci à Yasmine pour les sourires, à Guillaume pour la même chose et à Samuel pour tout le reste.)


Fête de la musique 2008: Paris rappe, rocke et folke place Denfert

Posté par Slick Rick le 20.06.08 à 13:10 | tags : youtube, fête de la musique, folk, agenda, rock, hip hop
Hey Hey My my - Too much Space

Sans aucun doute, une des meilleures affiches parisiennes de ce cru 2008 de la Fête de la musique, et variée avec ça. Où ça? Place Denfert-Rochereau les cocos. Avec qui? On vous dit, on vous dit, et par genres en plus.

 

-Vous voulez du folk sympa aux mélodies imparables, dont le nom est celui du héros d'un roman de Kerouac? Moriarty- "Jimmy Jimmy, Jimmy..." - sera dans la place (Denfert-Rochereau, toujours).

 

-Vous voulez du hip-hop US d'Atlanta classe, anti-blingbling, jazzy et soulful mais jamais soupe-ful? Yo, Beat Assailant assurera le show.

 

-Vous voulez du rock Français chanté en Français, dans la lignée de Noir Désir, mais avec un nom de club de foot basque? Deportivo sera là pour vous servir le pogo.

 

-Vous voulez du rock Français chanté en Anglais, du bon indie-folk-rock mélodique qui se vend même un peu à l'étranger, aux influences bétons genre The Beatles-Neil Young? Vous êtes donc plus exigeant que les autres, bravo, et Hey Hey My My vous comblera certainement les tympans.

 

-Vous n'êtes toujours pas contents? Ce n'est pas possible. Si? Attendez le prochain post, alors.

 

 

Concert Ricard S.A Live Music & Le Fair Musicien:

Moriarty + Deportivo + Hey Hey My My + Beat Assaillant. A 20h, Place Denfert Rochereau 75014 Paris



Moriarty - enjoy the silence (Depeche Mode cover)

Fête de la musique 2008: Paris s'évade avec Thomas Dutronc, Catherine Ringer, Goran Bregovic et Mariee Sioux

Posté par Slick Rick le 20.06.08 à 12:00 | tags : chanson française, folk, jazz, fête de la musique, youtube, agenda
Adeptes de nouveaux horizons musicaux, de ciné, de chanson française pas gnan-gnan et de fanfare déglinguée, bref, gens ouverts, vous voilà servis pour la Fête de la musique 2008.
Goran Bregovic, l'homme des halluciantes BO de Kusturica, sera présent avec son Orchestre des Mariages et des Enterrements. Oui, car pour ceux qui n'étaient pas au courant, la musique de film est à l'honneur pour ce 21 juin. En plus de ce cher Goran, un invité de marque à cette chouette soirée. Pas Iggy Pop, avec qui le compositeur yougoslave avait collaboré sur l'immense "In the death Car" (video ci-dessus), dans Arizona Dream du maître Emir. Non, ce sera - surprise! - Catherine Ringer. L'univers poético-déluré de l'ex Rita Miksouko devrait coller à l'ambiance foldingue de la soirée. Elle chantera dans la nouvelle création de Mauro Gioia, "Rendez-vous chez Nino Rota".

Si vous êtes plus calmes, moins fantasques, une sympatique soirée s'offre à vous, à l'Olympia. Fans de jazz manouche, sachez que Thomas Dutronc donne un concert gratuit. Il sera suivi de Bernard Lavilliers, mais aussi de l'electro latine de Zuco 103 et surtout de l'excellente folkeuse Mariee Sioux (video ci-dessous), qui n'a pas grand chose à envier à sa collègue (et amie) Alela Diane. Attention, pour avoir une chance d'assister à la représentation, il faut foncer retirer son billet samedi 21 juin, à partir de 18h30. Bonne chance.

 

 

Thomas Dutronc + Bernard Lavilliers + Mariee Sioux, à partir de 20h à L'Olympia - 75009 – Paris

Goran Bregovic et l'Orchestre des Mariages et des Enterrements + Catherine Ringer, à partir de 20h sur la Cour d'Honneur du Palais Royal - 75001 – Paris


Fete de la musique 2008: Strasbourg entre folk pastoral et black métal

Posté par Slick Rick le 19.06.08 à 13:37 | tags : folk, rock, rigolo, fête de la musique, metal, news
Lauter - "A walk will take my mind off things"
 
Strasbourg, ville des extrêmes! Parmi les meilleurs concerts proposés pour la fête de la musique, le public aura le choix entre deux ambiances contrastées: le folk pastoral et le black metal.
 
Commençons par les folkeux (nos préférés), petites douceurs avant la grande frayeur. Le Parisien Boris Kohlmayer aka Lauter, n'a rien inventé en matière de folk, mais ses chansons sensibles et délicatement boisées convoquent les banjos de Calexico, la douceur d'Iron and Wine et la mélancolie lo-fi de Bonnie Prince Billy avec un talent certain. On s'incline tout autant devant les comptines pop-folk de T, son acolyte samedi soir. T, c'est Thomas Walter, cofondateur du jeune et prometteur label Hertzfeld, sur lequel Lauter est également signé. Leur mélodies raffinées méritent qu'on s'y attarde, ces deux garçons valent le détour.
 
A moins, forcément, d'être allergique au calme et à la subtilité! Et dans ce cas vous serez servis, copieusement même. En entrée, les lyonnais Where is my flesh, dont le noise rock épicé aux larsens ravira sans doute les amateurs de Sonic Youth. Voilà pour l'échauffement. Après, grand Dieu, c'est le plat de résistance: la Soirée métal. Du black métal, du death métal, du goth-metal...Ca va saigner sévère. Un conseil, ne loupez pas Kaos Frequenz. Projet solo d'un obscur teuton, le "groupe" marie les genres les plus féroces avec une violence peu banale. Recette du poison: de la hard-tek vraiment hard avec quelques cris en Allemand, le tout mis en valeur par des éclairages apparamment inspirés de l'Apocalypse Sur Terre. Une fois dans sa vie, il faut avoir vu en live des chansons aux noms trognons comme "never ending torture" (voir la saisissante video), "When the angels burn", "killer dog" ou "terror night".


Kaos Frequenz - "Never ending torture"

PROGRAMME:

T et Lauter, au BMS - Robertsau - 67000 - Strasbourg

Where's My Flesh - à la La Perestroïka - 67000 – Strasbourg

Kaos Frequenz (+ Arts of Erebus et Désidéria) - à la Place de Zurich - 67000 – Strasbourg

Le MySpace de Lauter

Le MySpace de T

Le MySpace de Where is my Flesh

Le MySpace de Kaos Frequenz



Tahiti Boy and The Palmtree Family en concert

Posté par Maxence le 28.05.08 à 19:18 | tags : agenda, psychédélique, folk, pop, live

On a du mal à s'en rendre compte ces derniers jours mais l'été approche. J'en parle de manière transversale dans ma rubrique culte et bizarre apportant une touche d'exotisme kitsch à cette période météorologiquement (et socialement) perturbée avec ma chronique de Tipsy et j'en rajoute une couche avec cette annonce du concert de Tahiti Boy and The Palmtree Family.

 

Si l'envie vous prend de vous évader quelques heures et de goûter aux joies simples des compositions du pianiste barbue, mariant avec bonheur les Beatles et les Beach Boys 70's ("1973", "Not Only For The Weekend", "Sparkle") avec le soft rock californien de la même période (The Eagles, America, Randy Newman) et les outsiders magnifiques que sont (ou furent) Tim Buckley ou Kevin Ayers, n'hésitez pas, il joue au Point Ephémère le 29 mai à 20h00. L'occasion de découvrir Good Children Go To Heaven, un premier album, enregistré par le français entre New York et Paris, aux envolées lyriques et psychédéliques vraiment troublantes. En espérant qu'il jouera l'aérien "Blood in Your Eyes" et le contemplatif "That Song" (feat Tunde Adebimpe de TV On The Radio, sur l'album) aussi poignant qu'un titre solo de Dennis Wilson, le Beach Boys maudit, c'est dire la hauteur du propos. A noter que The Palmtree Family est aussi une sorte de supergroupe puisqu'il réunit Jonathan Morali (Syd Matters), Didier Perrin (Tanger) et Antoine de Poney Poney.

 

Ne vous attendez pas pour autant à du spectaculaire, si ce n'est qu'une bonne chanson, une belle mélodie et des arrangements à vous faire passer des frissons sur la nuque (pensez "Grizzly Bear meets Michel Legrand") ne le soit pas, mais attendez vous certainement à passer un bon moment, Good Children Go To Heaven étant un des meilleurs remèdes à la morosité actuelle.

 

Tahiti Boy and The Palmtree Family au Point Ephémère, 20h00.

 

Tahiti Boy and The Palmtree Family - Good Children Go To Heaven (3RD Side/Discograph)

 

http://www.myspace.com/tahitiboyfamily

 


Musique environnementale

Posté par 2goldfish le 03.05.08 à 13:41 | tags : folk, vidéos musicales, youtube
Jusqu'à quel point la géographie d'un endroit détermine-t-elle la musique qu'on y crée ? Difficile à dire : on enregistre des albums qualifiés de "californien" un peu partout dans le monde : souvent la Californie est dans l'oreille de l'auditeur plutôt que dans l'enregistrement. Pourtant le jour où j'ai lu que Modest Mouse produisait la musique d'une région forestière et pluvieuse, j'ai eu l'impression de comprendre quelque chose. Pourquoi je n'écoutais leurs disques (les premiers en tout cas) que quand il pleuvait. Et puis ce n'est sans doute pas très originale, mais quand j'écoute London Calling je pense à Londres et Sigur Ros m'évoque l'Islande (alors que Björk, non, pas vraiment).
 
 
Une des choses qui m'intéresse à propos de la Finlande, c'est la façon dont historiquement elle s'est construite par opposition à la Suède. Sans l'avoir demandé, au XIXème siècle la Finlande s'est retrouvée séparée du royaume suédois et forcée de découvrir sa propre identité. Un peu comme deux frères élevés ensemble forgent généralement leur caractère en opposition, on peut résumer aujourd'hui la musique populaire des deux pays grâce à l'Eurovision : la Suède a eu ABBA, la Finlande Lordi. Les premiers sont célèbres pour leur pop ensoleillée, les seconds pour leur métal outrageux. Les deux ont pourtant un climat et une géographie assez proche et on aurait bien du mal à trouver dans ces musiques un quelconque rapport à la nature du pays qui les produit. Les deux sont des produits 100% culturels et historiques.
 
 
Depuis quelques années cependant il y a en Finlande un mouvement freak-folk qui n'a rien de métalleux, qui retourne un peu aux sources de la musique traditionelle locale mais qui produit des chansons abstraites, souvent bourrées de drones. On est très tenté de rapprocher ça des paysages naturels finlandais : les grands lacs et les forêts immobiles, le désert lapon... C'est le rapprochement qui est fait dans ce clip de Lau Nau (prononcez "laou naou"), jeune folkeuse dont le second disque sort chez Fonal Records très prochainement.
 
 

MOTOGIGZ à la FLÈCHE D’OR samedi 26 avril

Posté par Maxence le 26.04.08 à 10:01 | tags : folk, pop, électro, agenda

Sympathique soirée ce soir à La Flèche D'Or. Comme à son habitude l'association Mymotomusic nous a préparé un line-up de rêve ("super super, good, good, brilliant" comme dirait les Chap dans leur dernier tube "Fun & Interesting" qui ne dépareraient pas au programme... je dis ça, je dis rien). Jugez plutôt : de l'electro psychédélique et décontractée de Yacht (Live), de l'indie folk pop de Make Model (Live), du néo-disco laid back teinté de pop de Junior Boys (Dj set) en passant par l'electro vrillée mais mélodique de Thieve Like Us (Live), rien ne manque.  

A savoir qu'un soir par mois, les soirées MOTOGIGZ de La Flèche D'Or sont l'occasion de passer une excellente soirée tout en découvrant de nouveaux talents venus des scènes françaises, européennes et nord-américaines, ou d'autres confirmés, mais que l'on a peu souvent l'occasion de voir dans un lieu aussi intimiste et surtout en France. Avec son cadre privilégié, La Flèche d'Or, reste de toute façon un des endroits où l'on se sent bien quelque soit l'humeur dans la capitale. Et, ce Samedi 26 avril, tous les éléments semblent en tout cas bel est bien réunis pour que la votre soit bonne ! Enjoy et passez sur le blog nous raconter !

 

MOTOGIGZ
En partenariat avec le magazine Trax .
Entrée Libre 20h >> 6h

Live : MAKE MODEL (Electric & Musical Industries Ltd/Uk)
Live : THIEVES LIKE US (USA/Kitsuné)
Live : YACHT (ERR/Uk)
Dj : JUNIOR BOYS (Domino/Ca)
Laptop Live : FRED FREDZE (Fr)
Djs : FDO All Stars

 

http://www.mymotomusic.com


Concert : Après l'échappée belle, Cocosuma revient à la maison

Posté par Maxence le 22.04.08 à 14:49 | tags : agenda, live, folk, pop

Force est de constater que, si la France n'a rien inventé excepté la tektonik et la french touch (je passe volontairement sous silence les formes contemporaines et "académiques" de musiques, comme l'acousmatique, entre autre), la pop n'a pas à rougir dans nos contrées. Je sais, on va dire que je me répète, mais il est bon parfois de ressasser les fondamentaux.

Tout ça pour dire que nous aussi nous avons nos Yo La Tengo, nos Notwist et nos Shins. Preuve en est encore une fois avec la pop toute simple, sincère et merveilleusement candide, de Cocosuma. Le trio parisien qui vient de changer de chanteuse après le départ de Kacey, nous offre un nouvel album, We'll Drive Home Backwards qui, s'il a perdu son côté soul blanche, n'en retient pas moins le meilleur du groupe : les mélodies rêveuses, le parti pris poétique, l'onirisme détaché. Tout cela, on le doit bien sûr à Chab et Michel, les Cocosuma's d'origine, mais également à Amanda, londonienne et nouvelle égérie du groupe.

Moins electro, plus pop, pourrait être le résumé facile de ce nouvel album qui, à n'en pas douter prendra toute sa dimension en live (on pense en particulier à "Charlotte'son Fire" ou le psychédélique "Oh Ruby Sun". Et le mercredi 23 avril prochain sera donc l'occasion de découvrir tout cela à la Maroquinerie en compagnie des premières parties Domingo et Jay Jay Pistolets, à partir de 19h30. L'occasion de découvrir un de nos bons groupes francophones ne se refuse pas, on vous attend !

 

COCOSUMA en concert le mercredi 23 avril a la Maroquinerie (Paris)

Guests : Domingo / Jay Jay Pistolets

19h30 - 14 euros

http://www.myspace.com/cocosuma

 

Réserver vos places pour Cocosuma en concert 


Pourquoi écouter Charles Manson

Posté par 2goldfish le 22.04.08 à 10:44 | tags : mp3, folk, rock, rigolo

Je ne sais pas pourquoi les gens n’aiment pas Charles Manson. Avec Shine A Light dans les salles, tout le monde parle de la merveilleuse énergie que les Rolling Stones ont gardé à leur âge et à quel point l’autre là, celui des pubs Louis Vuitton, est incroyablement cool. Les gens aiment ceux de leurs semblables qui se font du mal. Dois-je rappeler à votre mémoire qui va s’attirer l’ire des spectateurs de Rock En Seine cet été en arrivant, si seulement elle arrive, dans un état second, incapable de faire autre chose que marmonner vaguement "no, no, no" ? Un indice : ce n’est pas R.E.M..

 

Le public adore ça, mais parlez lui d’un type qui a ordonné la mort d’une poignée de bobos californiens et d’un fœtus qui a eu la malchance de se trouver dans l’un d’eux et voilà, le public est outré, il ne veut pas entendre une note de la musique de cet homme. C’est différent, dit le public, X ou Y n’ont jamais fait de mal qu’à eux-même. Le public n’a sans doute jamais eu un junky comme ceux qu’il admire dans son entourage.

Qui sait de toute façon avec certitude si son artiste favori n’a pas ordonné quelques morts dans ses années de galère ? Il y avait tellement de pop stars et tellement de Kennedy assassinés dans les années soixante que la coïncidence de ces deux populations est plus que probable. Entre sa victoire à Roland Garros et "Saga Africa", Yannick Noah aurait eut le temps de faire bien des choses.

Nous oublions trop facilement qu’on ne peut et doit juger que l’œuvre, pas l’artiste. Il n’y a aucune raison de ne pas prêter une oreille à l’album que Charles Manson a enregistré en 2005 dans sa celulle et qui vient d’être mis en ligne sous license Creative Commons. Il y a aussi plein de raisons d’écouter l’œuvre de l’ancien gourou d’une secte hippie meurtrière qui vit enfermé depuis quatre décennies. Elles ne sont pas toute bonnes, bien sûr, et l’album non plus.


Merz à la Flèche d'Or, le 17/04

Posté par LovelyRita le 16.04.08 à 15:29 | tags : agenda, folk, pop, live

 
Qui se souvient de Merz et de son titre "Lovely Daughter" ? On l'avait découvert à la fin des années 90 avec son mélange assez bizarre de pop et d'électro dansante. Le chanteur revient après des années d'absence en 2006 avec son album Loveheart. Après le succès du premier album, Merz a changé de bord et délaissé sa pop baroque pour une folk mélancolique. L'homme revient en 2008 avec Moi Et Mon Camion et continue sa transformation. Il sera sur scène le jeudi 17/04 à la Flèche d'Or, aux côtés de Maison Neuve et de Broadcast 2000.
 
Jeudi 17/04 à partir de 20h
à la Flèche d'Or

 

Interview Les Femmes S'En Mêlent 2008 #1 : Poney Express

Posté par LovelyRita le 16.04.08 à 12:51 | tags : folk, live
Les Femmes S'En Mêlent, 11ème édition du nom, c'est le jour J. Le coup d'envoi sera donné ce soir simultanément à Paris, Grenoble et à Barcelone. Le festoche accueille cette année Robots In Disguise, El Perro Del Mar, Moriarty, Mai, Duchess Says et many others. A l'occasion de cet évenement, Flu vous permet de découvrir chaque jour une artiste LFSM à travers une série de questions. Même interview pour tout le monde, quelques mots pour répondre et pour vous convaincre d'aller les voir ou du moins d'aller faire un tour aux Femmes S'En Mêlent.
Elle sera sur scène le 22/04 à Paris (La Maroquinerie) et le 24/04 à Lausanne (Le Bleu Lézard) et c'est elle qui ouvre la marche, c'est Anna de Poney Express.
 
Quelle est ton actu en ce moment ?
L'album vient de sortir... donc on commence les concerts doucement... on démenage en Bretagne aussi !

LFSM en trois mots ?
festival d'utilité publique

Les femmes et la musique en 2008, ça t'évoque quoi ?
Gossip, Electrelane, Amy Winehouse, Duffy, Babet, Isobel Campbell, The Do, Moriarty, Les France Cartigny...des univers différents, mais une classe commune.

Quelles sont les artistes féminines qui t'ont marquées ?

Ta dernière découverte musicale ?

Que feras-tu, où seras-tu après le festival ?
Après Paris et Lausanne on sera à Montpellier, Bruxelles, Metz... la tournée se monte petit a petit...on a hate de jouer un peu partout !
 
Voir la prog des Femmes S'En Mêlent
Et gagner vos places pour le festival : concours Les Femmes S'En Mêlent

Les Femmes S'En Mêlent, 11ème édition

Posté par LovelyRita le 11.04.08 à 12:58 | tags : folk, concours, rock, pop, agenda, live

Chaque année en avril, le Festival Les Femmes S'En Mêlent propose une programmation 100% féminine. Du 16 au 29 avril en France et du 16 au 26 à Paris, ce sont les femmes qui portent la guitare, domptent les claviers et font résonner leur voix. L'événement existe depuis 1997 et pour sa 11ème éditon LFSM se propose encore une fois de réunir le meilleur de la scène musique indé représentée par les femmes. Cette année on pourra voir Moriarty, Robots In Disguise, Les France Cartigny, Phoebe Killdeer, Peaches, El Perro Del Mar, Laura Marling, Promise And The Monster... Féminine, mais pas commune, la prog fait cohabiter folk, pop, rock, électro... Le festival est aussi itinérant puisqu'il passera en province à Strasbourg, Grenoble, Bordeaux, Amiens et en Europe à Berlin, Madrid, Lausanne et Bruxelles.

Vous voulez des places pour LFSM ?

- Réserver vos places de concert
- Concours Les Femmes S'En Mêlent sur Flu

 

Et les nénettes chez Flu, elles chantent quoi, elle disent quoi ?

- Retour des soeurs Deal : chronique de Mountains Battles des Breeders
- Quand la musique soul envahit les ondes : tout savoir sur les phénomènes Amy Winehouse, Duffy and co avec le dossier Nu Soul Music
- Voix féminine de la contestation hip hop soul, c'est la chronique de New AmErykah d'Erykah Badu

 

Pour voir la prog complète, c'est sur le site de Les Femmes S'En Mêlent


Prenons The Mountain Goats en marche

Posté par 2goldfish le 18.03.08 à 10:58 | tags : pop, folk, rock, myspace

Notez la police très De loin, la discographie des Mountain Goats est belle comme un train dans une ville pourrie : imposante, attirante, porteuse d'espoir mais difficile à attraper en marche. John Darnielle (monsieur Mountain Goats) est de ces artistes dont on vous dit le plus grand bien mais dont l'œuvre est si pléthorique qu'elle intimide : on ne sait par quel bout la prendre et puis l'idée de devoir écouter depuis le début tous les albums d'un type qui a passé les années quatre-vingt dix à sortir des brouettes d'albums sur cassette audio... c'est épuisant rien que d'y penser. Je suis heureux de n'avoir jamais entendu parler de Neil Young avant qu'on m'ait mis Harvest dans les mains. Aurais-je encore le courage aujourd'hui de me lancer dans la découverte complète d'un Bob Dylan en sachant que j'ai aussi un millier d'autres artistes encore à découvrir à portée de clic ?

Heureusement pour nous, Heretic Pride, le dernier album des Mountain Goats, arrive avec tous les signes annonceurs du train qui entre en gare pour faire monter un maximum de passagers et cette fois j'ai décidé de prendre mon siège. Si la carrière des Mountain Goats est sur les mêmes rails que celle de la plupart des artistes, cet album sera aussi le dernier bon : l'album où ils rassemblent leur forces une dernière fois pour un disque plus poli et travaillé, une œuvre moins personnelle dans l'émotion que dans le style et qui montre un peu tout ce que Darnielle a accompli dans sa carrière. Sauf que ce récapitulatif donne à entendre un artiste beaucoup trop singulier pour suivre une trajectoire prévisible.

 

Avec une voix nasillarde difficile à avaler aux premières écoutes et une guitare acoustique traitée avec une délicatesse de bucheron, Darnielle joue des chansons pleines de trop de mots, de solitude, de colère, d'ironie, d'amertume et de beauté. Quelques violons ou chœurs viennent parfois les adoucir ou au contraire des guitares électriques sont rudoyées et des tambours sont battus pour ajouter du poids aux menaces de la guitare de Darnielle. Au cœur pourtant, toutes ces chansons restent avant tout des pièces de folk lettré interprétées avec une intensité pugnace jusque dans les moments les plus doux.

"Lovecraft In Brooklyn" est pleine d'une paranoïa à la hauteur de son titre tandis que "Tianchi Lake" est aussi sereine et revigorante que les quelques brassées évoquées dans les paroles, l'étrangeté en plus. "So Desperate" est trop touchante pour être saine pour nous, "Sax Rohmer #1" est sur le papier trop écrite pour être possiblement délivrée avec l'intensité primitive avec laquelle elle ouvre pourtant bien l'album et le final "Michael Myers Resplendent" trop ironique et amer pour que son auteur en reste là très longtemps.

C'est ça, l'album accessible des Mountain Goats sur lequel les angles ont été arrondis ? Dois-je avoir peur d'écouter les autres ? Certainement, mais maintenant ça ne suffira plus à me retenir.

 

The Mountain Goats - Heretic Pride (4AD) 

www.myspace.com/themountaingoats 


Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band sort 13 Blues For Thirteen Moons

Posté par éèëê le 12.03.08 à 11:38 | tags : rock, folk

Vous l'avez certainement remarqué, nous avons tous nos chouchous et nous pensons que le monde de la musique ne peut tourner sans eux. Pour certains, ce sera Mark E. Smith... Mon obsession à moi c'est Constellation. Et cette semaine, je ne suis pas en reste car ce sont deux disques qui sortent, le sixième album d'A Silver Mount Zion et le second disque de Carla Bozulich (pour l'écurie Montréalaise), avec toujours un lourd renfort musical de Silver Mt Zion.

Si c'est dans un post-rock obscur et aphone que Constellation s'est d'abord fait connaître dans les années 90, le label a par la suite produit une série d'artistes qui poussent la chansonnette désespérée ou font bouger, à l'occasion, le monde entier (Arcade Fire et Wolf Parade sont passés dans leur locaux). Ainsi, l'évolution du son de Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band porte en creux ce tournant esthétique.

 

 

L'adulation vouée à Led Zeppelin par la bande à Efrim vous avait jusqu'alors complètement échappé ? Alors vous devriez tendre une oreille à 13 Blues For Thirteen Moons. Car ce coup-ci, ils sortent les crocs. Oubliées, les parties rythmiques étranges de Scott Levine-Gilmore, qui parcouraient l’échine tortueuse de Horses in The Sky. Eric Craven prend désormais les commandes du drum-kit et bucheronne tout ce qu’il sait.

Le Mount Zion Crew sort les crocs, dégaine un blues crasseux, des riffs incessants, des violons saturés. 13 Blues For Thirteen Moons parvient enfin à capter totalement l’énergie brute des lives des 7 Montréalais, et ne surprendra pas ceusses qui auront croiser la route de leur tournée épique (3 ans et 150 concerts).

 

L'entame est âpre, et "1,000,000 Died To Make This Sound" rompt un choeur simple et envoûtant par un interminable tunnel de guitares kraut-rock râpeuses. On voit les images désespérées d'un monde inique, que les volutes inquiètes de cordes ne parviennent pas à faire oublier. Le second morceau, l'éponyme, enfonce le clou avec une intro à fleur de peau, où la voix blanche d'Efrim réclame : "I Just Want Some Action", un cri de ralliement auquel tout le groupe répond avec les tripes. Puis le chef d'oeuvre du disque peut se déverser pendant une (grosse) dizaine de minutes : un blues en 9/4 à la mélodie imparable et aux explosions salvatrices, mené par une section rythmique impériale et des guitaristes inspirés.

 

La moitié du disque s'achève et l'apaisement n'est pas encore à l'ordre du jour. Les arrangements de cordes d'hier semblent bannis, les violons transformés en écorchures. "Black Waters Blowed" s'épanche dans un free rock toujours à la limite et s'échoue dans un autre mouvement bluesy, grandiose et lent. Adepte des morceaux trois-en-un, Silver Mount Zion sort alors le grand jeu et tire les larmes avec leur "Broke Engine Blues", une suite de moments plus mélodiques et mélancoliques les uns que les autres. Violoncelle, contrebasse et violons peuvent alors produire toute la beauté d'un jeu subtil et évocateur, tandis que le chant s'aventure vers de nouveaux horizons, dans une montée sincèrement émouvante. L'album clôt sur un "BlindBlindBlind" impeccable et tourné vers les expériences passées du groupe, période Born Into Troubles.... Arrangement répétitif et alangui, pizzicati presque moqueurs lorsque le texte évoque la cécité de policiers en rangs parallèles, ce quatrième titre évolue doucement vers une catharsis incontournable : le choeur somptueux entonne l'espoir et répète à l'infini que "Some ! Hearts ! Are ! True !".

 

Pour les plus tamponnés, on ne peut qu'encourager l'écoute du groupe Evangelista, menée par la chanteuse Carla Bozulich. Dans la veine de son précédent album mais moins expérimental, Hello Voyager aligne une poignée de chansons bizarres et inquiètes, tantôt folk, tantôt rock mais toujours bardées d'émotions. Ceux qui, comme moi, regrettent un peu le côté jusqu'au-boutiste du précédent disque, ceux-là exulteront au long des 12 minutes d'un "Hello Voyager" qui ferme la marche neurasthénique. Un spoken word se déchaîne contre une armada de percussionnistes (sept). Si l'Amour semble bien être la conquête la plus chère pour Carla, on sent que ce combat est quotidien et qu'il maintient dans un état d'éveil angoissé son personnage-chanteuse...

 

www.cstrecords.com

 


Bonnie Prince Billy se donne en spectacle

Posté par Myosotis le 05.03.08 à 13:08 | tags : folk, youtube, rock
La critique a donné l'impression ces dernières années (depuis le séminal I Am A Darkness en gros) de se fatiguer du talent de Bonnie Prince Billy, comme si celui-ci devait payer pour son omniprésence et son extraordinaire prolixité. Albums, collaborations, best of acoustique, singles en tous genres, apparitions au cinéma ou encore production de jeunes talents : le natif du comté d'Oldham continue d'être de tous les bons coups et surtout de ceux où on ne l'attend pas. Sa frénésie cède rarement sur la qualité, même si on a parfois eu l'impression avec tous les autres, que ce qu'il faisait aujourd'hui ne l'emportait pas toujours sur ce qu'il avait donné la veille. Avec Ask Forgiveness, album de 8 reprises (7 reprises et un original en fait, le très bon "I Loved The Streets") sorti fin 2007, et son premier enregistrement live (en import, depuis quelques jours), il est temps de rendre à Will Oldham ce qui appartient à César ou à Bob Dylan : la couronne de l'artiste country rock américain le plus important de la décennie. Ave Bonnie. Ask Forgiveness est un bel exemple de ce que peut donner un Bonnie Prince Billy en liberté. Là où Cat Power joue la carte (gagnante) et chère à la Star Ac de l'appropriation des chefs d'œuvre, Bonnie Prince Billy ne se contente pas de ramener les titres originaux dans son univers de proximité mais s'invente un genre et des manières pour servir son projet. Les 8 titres sont traités de manière homogène et atteignent, par la grâce du dispositif (un soupçon de guitare picking, un faux rythme ralenti, des chants contrepointés, des arrangements soyeux), une cohérence et une cohésion rarement atteintes dans ce genre d'exercice. Les chansons, à l'image du très épuré "I've Seen It All" de Björk et Yorke ou du fringant "I Am Demon de Danzig", sont non seulement sublimées comme une explication de texte musicale par la simplicité de la mise en harmonie ("My Life" de Phil Ochs ) et par l'absence d'apprêt de la voix ("The Way I Am")- jamais on avait entendu le barbu chanter aussi bien - mais surtout investies d'une charge émotionnelle qui transporte l'auditeur dans un climat onirique qui évoque les chansons de marin du début du siècle. Ask Forgiveness n'est ni rock, ni blues et dégage une impression de liberté, de sérénité et de sincérité qui en fait un compagnon de réconfort miellé incomparable.
 

L'album live de Bonnie Prince Billy opère dans un registre sensiblement différent. Enregistrés sur une seule date, les 14 titres de Wilding in the West mettent à jour la complexité d'un homme qui ne ménage pas ses efforts pour proposer une musique vivante et qui ne supporte pas de rester en place. A une relecture très rock, chargée en électricité et en tension, de son ancien et classique "O Let It Be" succède une version arythmique d'un "Ohio River/ Little Small Song", sorte de chanson deux en un, qu'on peut préférer sur sa version studio. A l'image d'un Dylan qui transcende ou massacre ses compositions sur scène pour le plaisir (sadique parfois) d'opposer l'art à la routine, Bonnie Prince Billy offre ici une version brute et tâtonnante de sa méthode. "Then The Letting Go" se déploie sur 5 minutes entre chant partagé, arrangements minimaux et belles envolées. Le très beau "The Gator" est donné très en dedans et met en valeur, sur son squelette, la force de son architecture. C'est dans ce registre dépouillé de l'offrande naturiste que Bonnie Prince Billy reste le plus impressionnant au fil des années ("No Such As What I Want"). "Master & Everyone" sonne aussi violent et menaçant que le "Tupelo" de Nick Cave. "Naked Lion" joue la carte de la bizarrerie, avant qu'un nouvel enchaînement ultraclassique ("No Bad News", "Wai" et un "Three Questions" tout bonnement exceptionnel) ne nous ramène dans le champ d'un rock qui souffle avec autant de facilité et de bonheur le chaud et le froid. Il fallait bien l'hillbilly "Weaker Soldier" pour lancer la dernière ligne droite, clin d'œil aux premières années et sublime chanson de fatigue existentielle ("I've not been feeling the same/ I'm not fit to carry your name / I'm not fit and i am not willing to go home /go on"). "Everybody's doomed", entend-on Oldham confier à la foule avant d'entamer un "I Called You Back" rédempteur et apaisé. Le set se referme sur 10 minutes épiques et bêtement belles d'un "Is It The Sea / My Home Is The Sea" qui vaut à lui seul le déplacement. Il y a assez peu de choses qui valent Bonnie Prince Billy à ce niveau d'intensité. Rien en vérité qui ne soit mort et conservé dans le formol.

 


Scoop : la musique ne peut pas changer le monde

Posté par 2goldfish le 19.02.08 à 14:44 | tags : news, folk, rock, rigolo

Ah, Neil Young... J'ai beau l'adorer, ce mec ne doit pas être facile à vivre. Tous les six mois, il change complétement d'avis sur la politique et sur la vie et tient à le faire partager au monde. Dans les années 1970 il a été hippie-folk béat et rockeur alcoolique pro-Nixon. Dans les années 1980 il a joué aux avant-gardistes electroniques et au reaganien homophobe, il a été le plus va-t-en guerre des même pas américains après le 11/09 et le plus virulent des anti-bush avec l'album caricatural Living With War. Il s'emporte pour un rien, il est "à fleur de peau", il est complétement émo, quoi. C'est pour ça qu'on l'aime sans doute, parce qu'un type moins sensible n'aurait jamais enregistré Tonight's The Night, mais on s'étonne qu'après le nombre de fois où il s'est complétement ridiculisé en interview il n'a toujours pas appris à se taire et à réfléchir un peu avant de l'ouvrir.

 

Neil Young a donc déclaré récemment lors d'une conférence de presse pour le film de Crosby, Stills, Nash And Young qu'il était venu présenter à la Berlinale : "Je crois que le temps où la musique pouvait changer le monde est passé, je crois qu'il faudrait être très naïf pour croire le contraire de nos jours". Oh, Neil, tu rends les choses si faciles aux journalistes. Au moins, ça fait les gros titres et on parle un peu de ton film. Tu avoues aussi l'inutilité du dit film consacré à la tournée "freedom of speech" des vieux hippies en 2006. Il a ajouté "Je crois que le monde est aujourd'hui dans une autre disposition et qu'il est temps pour la science, la physique et la spiritualité de faire une différence dans ce monde et d'essayer de sauver la planète." Parce que bien sûr, dans les années 1960 voyez vous, la musique d'une poignée de hippie avait plus d'impact sur la société que la bombe atomique, la télé et l'Eglise. Et il essaie de faire passer ça pour de la modestie !

 

Je me méfie toujours de ceux qui disent que leur art change le monde et je me méfie encore plus de ceux qui disent que l'art ne change rien à rien : les Beatles n'ont pas stoppé la guerre du Vietnam, l'exposition de la plus grande partie de la population mondiale depuis quarante-cinq ans à la musique des Beatles ne peut pas avoir été sans conséquence.

 

Toujours dans la catégorie scoop, Beck a récemment révelé que les paroles d'Odelay n'ont aucun sens. Par la coupe de cheveu du diable !


Le concours de cadeaux

Posté par 2goldfish le 21.12.07 à 12:54 | tags : noel, mp3, pop, folk

Avec la saison des fêtes, il semble que tous les artistes du monde ont décidé d'offrir au moins une chanson sur internet. C'est ce qui se fait maintenant, on aurait tort de se plaindre, non ? Nous avons donc à ma droite un mini album de Sounds Familyre avec Danielson, Woven Hand et Sufjan Stevens, un EP d'Atlas Sound (nouveau projet du leader de Deerhunter) et tout un tas d'autres cadeaux dont Stereogum a gentiment dressé une liste dont on retiendra surtout le noël italo-disco de Sally Shapiro.

 

C'est vraiment généreux et tout. Quand votre gamin vous offre un collier de nouilles pour la fête des pères, c'est touchant. Sauf quand il a vingt-sept ans. Or il faut bien le dire, la plupart de ces artistes sont capables de beaucoup mieux et plutôt que de nous confectionner un beau cadeau, ils ont été cherché au fond de leurs tiroirs les vieux morceaux dont ils ont décidé que finalement ils ne feraient rien. Est-ce ce genre de cadeaux qu'ils offrent à leurs proches ? Pourquoi donc les fans n'auraient droit qu'a un cadeau au rabais ? On leur demande pas de nous enregistrer un double album mais avant de lâcher une nouvelle chanson sur le net, de la soumettre au public, même gratuitement, on devrait se demander si ça en vaut la peine, non ?

 

Les seuls qui semblent s'être véritablement donné de la peine, ce sont les excellents Okkervil River qui offrent sur leur site une mixtape d'une dizaine de titres, presque exclusivement des reprises, certes, mais pas bâclées du tout. Le choix des reprises est impeccable en plus : il y a du John Cale , du Randy Newman, du Serge Gainsbourg... Là, d'un coup, on se sent bête : leur a-t-on fait un cadeau, à Okkervil River, nous ?

 


Bob Dylan n'est pas là

Posté par 2goldfish le 13.12.07 à 14:58 | tags : folk, rock, pop

Avant tout, je dois vous dire que je n'ai pas encore vu I'm Not There et que je ne vais vous parler ici que de la bande originale en toute ignorance de cause. Cette bande originale, c'est deux CD bourrés à ras bord de reprises de Dylan par tout un tas d'artistes extrêmement cools (ou qui font un effort honorable pour l'être). A l'échelle de ce que nous avons été habitués à attendre de ce genre de disque (deux trois bons morceaux, beaucoup de choses moyennes, quelques horreurs incompréhensibles et finalement un oubli très rapide) I'm Not There est une réussite absolue, un chef d'oeuvre inespéré. A l'échelle des disques sortis cette année, il est dans les "plutôt sympathiques".

 

I'm Not There, c'est le nom d'une chanson de Dylan, une des nombreuses Basement Tapes enregistrées avec le Band en 1968. Elle clôt cette compilation et c'est la première fois qu'elle paraît officiellement, qui plus est dans une version plus "pure" que celle qui circulait en bootleg depuis toujours, retrouvée dans les archives de Neil Young. Musicalement c'est un morceau typique de ces enregistrements, assez proche du plus célèbre "Tears Of Rage". Les paroles par contre sont parmi les plus énigmatiques du répertoire de Dylan, et ce n'est pas peu dire. Que veulent dire ces vers disjoints, indéchiffrables, ces phrases à moitié terminées, ces marmonnements incompréhensibles ? Cela pourrait être juste un passionnant coup d'oeil qui nous est offert sur un travail en cours, une simple esquisse jamais finie d'une chanson d'amour amère. Ca pourrait bien aussi être une chanson sur l'incapacité à communiquer, sur un blocage artistique et mental. Sur le désengagement, sur le détachement, sur la drogue... Dylan le blagueur qui se fout une fois de plus de nous ou le voleur qui a encore piqué les paroles de vieux blues que lui seul connaît. Il doit y avoir une voie de sortie. Lui s'en fout, il n'est pas là.

 

Les trente trois autres chansons de la compilation oscillent entre tout ça : Stephen Malkmus joue à Dylan 1965 et se fout de nous et on adore parce qu'il est juste trop cool, même chose pour Cat Power qui est juste parfaite sur "Stuck Inside Of Mobile", les vieux Roger McGuinn et Willie Nelson font des merveilles accompagnés de Calexico et nous tirent des larmes. Une foule d'artistes s'occupe du reste de la playlist, excellente même si elle privilégie les morceaux relativement obscurs aux tubes (Mark Lanegan, The Hold Steady, Yo La Tengo, etc...).

 

Ceux qu'on remarque le plus cependant, ce sont les Million Dollar Bashers, groupe monté pour l'occasion composé de Stve Shelley et Lee Ranaldo de Sonic Youth, de Nels Cline de Wilco, Tom Verlaine et deux trois autres. Ils jouent derrière plusieurs de ces chanteurs, du moins surtout pour les blues les plus sauvages et ils sont pour beaucoup dans la cohésion et la qualité du disque. Certes, Eddie Vedder, Sufjan Stevens, Charlotte Gainsbourg et une poignée d'autres artistes ont complétement raté leur participation et plombent un peu ces deux disques mais, dans l'ensemble, I'm Not There et à la fois le meilleur tribute et la meilleur bande originale de film à être sorti cette année.


Mais où est Bob Dylan ? Dans la hotte de Flu peut-être...

Posté par LovelyRita le 06.12.07 à 19:09 | tags : folk, concours, rock

Bob Dylan voit sa vie adaptée en film, une fois n'est pas coutume. Le long-métrage de Todd Haynes a beau s'appeler I'm Not There, le folkeux n'a jamais été aussi présent depuis ces dernières années ! Des titres par centaines, une quarantaine d'albums, une influence majeure sur plusieurs générations de musiciens et des albums sortis récemment qui se vendent très bien. Succès critique et commercial, que dire d'autre sur Dylan, songwriter mythique de son vivant et pour le moins mystérieux. Plus de quarante ans d'activité pour le musicien, quarante ans pendant lesquels on cherche Bob Dylan à travers ce que Robert Zimmerman veut bien nous laisser entendre de lui. Avec son dernier album, Modern Times, Dylan a réalisé son plus beau succès commercial en France, et a bénéficié d'un accueil critique étonnant pour un artiste actif depuis tant d'années...increvable le Dylan ! L'occasion était trop belle avec la sortie du film de Haynes pour ne pas ressortir les trésors de Bob. Comment regrouper les meilleurs titres du meilleur songwriter sur une galette ? Le coffret Dylan, sorti en octobre dernier, a relevé le pari de sélectionner ses meilleures compo et de les réunir sur un triple CD digipack ! Si on a deux conseils à vous donner (dans le 1er cas si vous êtes riches ou que vous vous faites entretenir et dans le 2nd cas si vous êtes radins ou pauvres) : achetez tous les albums de Dylan ou faites-vous offrir le coffret 3CD Dylan par la Hotte de Flu !
Le concours La hotte de Flu, c'est un sac tombé du traîneau du père Noël, qu'on s'est empressés de récupérer et que l'on fait gagner sur Fluctuat. A gagner : le coffret 3 CD Dylan, un coffret Kubrick, des places pour le spectacle Taoub à la Villette et plein d'autres choses...

Dirty Projectors : Plagiaires imaginaires

Posté par Maxence le 04.12.07 à 18:34 | tags : électro, pop, folk, myspace

Dave Longstreth, Dirty Projectors en chef, est un gars brillant. Ça ne faisait aucun doute à l'écoute du free folk freakout lunaire de The Getty Address en 2005, c'est encore plus évident après celle de Rise Above, sa relecture radicale et folle de Damaged, premier album de l'emblématique groupe Black Flag, pionnier du hardcore américain. D'aucun doivent penser qu'il fallait du courage à ce petit gars fluet à la voix modulée, pour se cogner les compositions équilibristes et bruitistes du groupe de furieux chaperonné par le mastoc Henry Rollins. Mais Longstreth n'en a cure, d'autant que son projet est autant un hommage, hommage à la mémoire et au temps qui passe, qu'une audacieuse révérence, celle qu'un jeune homme adresse à un groupe jadis aimé et tombé dans l'oubli. Sur The Getty Address, Dave Longstreth fusionnait déjà toutes les musiques qui l'inspiraient, de Gustav Malher à Cole Porter (deux compositeurs implicitement cités dans son œuvre) en passant par Fela Kuti, Prince ou The Byrds. Produit par Chris "Grizzly Bear" Taylor, Rise Above, pousse le bouchon encore plus loin en unissant les pirouettes punk hardcore de Black Flag, ses break intempestifs, ses poussées de fièvre et ses envolées vocales, au free folk virevoltant et funky des Dirty Projectors.

 

Mais ne vous trompez pas, Rise Above n'est en aucun cas un remixe de Damaged. C'est tout au plus une évocation. Longstreth a en effet, partiellement réécrit l'album original à la lumière des souvenirs qu'il en gardait. La mémoire, et ses carences, est donc au cœur de ce processus d'appropriation virtuose d'une œuvre, dont Longstreth est à la fois l'auteur et le simple interprète. Une folie, un album concept comme presque tous les albums de Dirty Projectors, et une manière de questionner le statut de l'artiste à l'aune de la mémoire et de l'histoire. Les œuvres que nous avons aimés et que nous portons en nous pour la vie, sont-elles inscrites à jamais dans notre ADN ? Si c'est le cas, que devient l'originalité, la créativité et la personnalité ? Sur Rise Above, Dave Longstreth et sa bande semblent répondre à la manière de John Oswald, créateur du concept de plunderphonics (sortes de pillage sonore assumé réalisé à partir de bribes d'œuvres existantes) : "Pas de création possible au 21ème siècle sans emprunts". Le sampling et l'usage copier-coller dans la musique n'est pas autre chose. La mémoire ne pouvant être contrôlée, ni taxée, les musiciens actuels sont forcément influencés par ce qu'ils écoutent et ont écouté. Partant de ce postulat Dave Longstreth fait voeu de liberté, composant une musique luxuriante et ouverte à l'interprétation dans laquelle Black Flag a sa place, tout comme la musique africaine, la pop et la musique classique ou contemporaine (C'est particulièrement évident sur "Thirsty and Miserable" où l'on croirait entendre les Beach Boys jammer avec Edgar Varèse). Reste que Rise Above, le bien nommé ("S'élever au-dessus" en VF) distille tout du long un funk évident ("No More"), une musique de l'âme ("Police Story", "Spray Paint - the Wall -") tout simplement belle, un peu comme une passade entre le meilleur des Talking Heads et les Beach Boys, Prince et Animal Collective. En tout point une réussite.

 

Dirty Projectors - Rise Above (Rough Trade/Beggars, sept 2007)

 

http://www.myspace.com/dirtyprojectors


Albums cultes des géants du bizarre #23 : Gastr Del Sol - Crookt, Crackt, or Fly

Posté par Maxence le 07.11.07 à 17:40 | tags : contemporaine, électro, folk, culte et bizarre

1994 est vraiment l'année du post-rock. C'est au cours de la seconde moitié des années 90 en effet, alors que la scène punk hardcore nord américaine s'essouffle et que son petit frère débraillé, le grunge, cède aux sirènes du marketing, qu'une nouvelle conscience artistique émerge à Chicago. Des musiciens indépendants, imprégnés de jazz, de dub, de krautrock et de musiques ethniques, feront sortir le rock de son carcan en lui offrant la possibilité de se frotter aux technologies numériques et aux musiques du monde. Principalement instrumental, ce genre musical flirte avec l'electronica, voire la techno et avec des musiques qui cultivent un intérêt commun pour la déconstruction, l'improvisation, les textures et l'aspect polyrythmique. Le journaliste anglais Simon Reynolds baptisera "post-rock" ce vaste ensemble d'initiatives et d'intentions. L'époque étant sous domination électro (techno, electronica, drum'n bass, dub et hip hop), il était temps pour le rock de passer à autre chose. 1994 est justement l'année de la parution du premier album éponyme de Tortoise drivé (entre autre) par John McEntire ; Tortoise deviendra le combo phare de cette scène. 1994. C'est aussi l'année de Frosh, le premier EP de Mouse On Mars, qui lorgne alors vers un néo-krautrock électronique, succédant à Quique, le premier album de Seefeel qui proposait déjà un mélange de mélodies pop et d'ambiant electronica. Pour autant, Tortoise et consorts ne sont pas les premiers à oser ce décentrage audacieux du rock. Bastro, qui comptait déjà en son sein David Grubbs et John McEntire, fut certainement l'une des premières tentatives d'affranchissement des canons institutionnels du rock au tout début des 90's. Mais Grubbs quitte rapidement le groupe pour créer Gastr Del Sol avec Jim O'Rourke (autre figure mythique du genre), emportant ses idées avec lui pour les adapter au folk.

 

C'est donc en 1994 que paraît Crookt, Crackt, or Fly, un incroyable album de folk urbain qui doit autant à l'art unique de John Fahey, qu'aux ambiances spectrales de Pere Ubu, voire aux dérives enfumées de l'ambiant électronique et du free rock psychédélique des années 60. Sur Crookt, Crackt, or Fly, David Grubbs et Jim O'Rourke sont seuls, à peine accompagnés d'un clarinettiste (Gene Coleman tout de même) et de deux discrets percussionnistes (Steve Butters et McEntire himself), pour la forme. Aujourd'hui on peine à s'en souvenir, mais la découverte d'une telle musique en pleine vague grunge fut pour beaucoup une révélation. Oui ! Alors que des musiciens s'époumonaient en jeans déchirés et en chemises de bûcherons au milieu d'un déluge de fuzz et de saturations, il était encore possible de produire une musique d'avant-garde, pourtant intimiste et accessible, qui touchait l'âme et le cœur. Au sein de cet univers dépouillé, résonne le fingerpicking (ou technique des cordes pincées) inimitable du guitariste David Grubbs, tandis que les interventions mutiques de Jim O'Rourke, articulées d'une voix blanche et monotone évoquent une ballade à travers les friches industrielles d'un pays en ruine. Une atmosphère auquel fait écho la back cover de l'album, exposant docks abandonnés, cargos rouillés et cheminées d'usines. Le silence omniprésent sur le disque, laisse de la place aux réverbérations du son, un peu comme si l'album lui-même avait été enregistré dans un entrepôt à l'abandon. Chaque note semblent pesée et s'épanche comme au compte goutte, tandis que l'auditeur capte en fond sonore le souffle distant des machines encore actives. Pourtant, Crookt, Crackt, or Fly, n'est pas dénué de moments lumineux, comme sur l'introductif "Wedding In The Park", avec ces chants de grillons, sur lequel la voix habituellement terne d'O'Rourke évoque ce qui semble être des souvenirs joyeux, des heures heureuses. Mais le présent reprend rapidement ses droits et le duo nous abandonne au milieu de la fumée ("Work From Smoke"), nous laisse un peu perdu au milieu de la violence de certains échanges ("The Wrong Sounding" et son final oscillant entre krautrock et hardcore à la Fugazi) dialoguant toujours en contrepoint ("Every Five Miles") sans jamais oublier de tisser d'effarantes et bizarres mélodies ("The C in Cake"). C'est totalement séduit que nous revenons du voyage. Les paysages aussi déroutants soient-ils nous donnent immanquablement envie de revenir et d'en savoir plus. Qu'il s'agisse du grandiose Mirror Repair, le mini-album qui paraîtra un an plus tard ou d'Upgrade & Afterlife (1996) et de Camoufleur (1998), c'est dit, nous ne nous quitterons plus !

 

Gastr Del Sol - Crookt, Crackt, or Fly (Drag City, 1994)


Say what you Fink !

Posté par Maxence le 01.11.07 à 19:28 | tags : folk, rock, myspace, label
Fink ! Quand on évoque cet imprévisible artiste anglais, impossible de ne pas parler de N-Tone, la fameuse sous-division expérimentale des Anglais de Ninja Tune, au catalogue duquel apparaissaient Flanger, Journeyman, Animal on Wheel ou Neotropic. Hélas, l'aventure pris fin en 2001 avec La Prochaine Fois, l'album de l'étrange Riz Maslen à l'origine du projet Neotropic justement. A l'époque, un jeune DJ originaire de Brighton connu sous le nom de Fink figurait déjà comme jeune espoir abstract electrofunk sur ce même label N-Tone. C'est aussi ce même Fink qui réalise, il y a un an, Biscuits For Breakfast, un surprenant premier album sur lequel l'artiste opte pour un folk moderniste et un blues urbain élégamment assisté de machines et d'électro discrètes (ce qui semblait logique sur un label comme Ninja Tune). Or, si la technologie est encore présente sur Biscuits For Breakfast, Distance and Time le nouvel album de Fink, se contente pour sa part d'une production brute de décoffrage, à l'os même, ce qui n'en exclut ni la profondeur, ni la subtilité, au contraire. Une profondeur entièrement revendiquée et inscrite à la fois dans les textes et dans la musique de l'ancien DJ que le passé de musicien électro ne semblait pas satisfaire entièrement.
 

De "Trouble's What You're In" à "Little Blue Mailbox", chaque morceau de Distance and Time évoque la passion sincère et la tension intérieure d'un artiste souhaitant dépasser la superficialité d'une musique moderne peut-être un peu trop formatée. Fink semble avoir trouvé dans les racines du folk et du blues, revisitées par ses soins, les véritables vecteurs d'expression qui lui conviendraient enfin. Aussi dépouillé soit-il, le folk rock sombre de Fink résonne à nos oreilles d'une manière unique. On y retrouve par ailleurs ce rythme répétitif, hypnotique et posé, typique du blues ("If Only", "Blueberry Pancakes"), une aisance rythmique qui pourrait bien être le dernier lien formel entretenu par l'Anglais avec son passé électro. Des arrangements et un son à la fois primitif et sophistiqué donc, que l'on doit à Andy Barlow moitié du duo drum'n'bass/trip-hop, Lamb. Pas de mélodies sylvestres ici, pas de ballades hippies, ni de références passéistes, non. A la manière de Gravenhurst, qui sera l'unique comparaison de cette chronique, le folk de Fink est sourd au chant des sirènes du revival barbu, il préfère les rues sombres dans lesquelles se délitent des histoires d'amours condamnées d'avance ("This is The Thing"). Si Fink entretient la flamme du blues et du folk originel, c'est plutôt dans des textes souvent mélancoliques, soutenues par des arrangements aussi minimalistes que puissants. Nul besoin d'artifice en effet quand on bénéficie d'un tel songwriting et d'un don hors du commun pour poser les ambiances. Car vous l'avez compris, Distance and Time est avant tout un album d'atmosphères. A la fois fantomatique et chaleureux, il est un peu comme une vieille maison hantée par des souvenirs familiers et sentimentaux. Un lieu de recueillement dans une époque qui va trop vite... A essayer avant de passer à côté.

 

A noter, que (comme d'habitude) de nombreux morceaux (dont "This is The Think", "Little Blue Mailbox" et le single "Make it Good", sont disponible à l'écoute sur le profil myspace de l'a