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Cas à part dans l'univers de la musique, Frank Zappa s'est fait l'artisan d'une oeuvre riche et profonde, transcendant le simple rapport artiste-auditeur pour faire de sa musique le point de gravitation de son époque, de son message, de sa vie et de celle de son public... ou l'inverse.
Zappa et moi (et vous ?)Très important : finir sur une bonne note. Profiter une dernière fois de ces pages pour rendre un dernier hommage. Si la musique, sa création, ses polémiques, son marché et ses industries sont effectivement des choses qui nous passionnent, nous dépriment, nous font prendre position ou doucement marrer, ne pas oublier qu'il ne s'agit que de théâtre au fond. Si vous êtes du genre à cliquer sur tout ce qui bouge, dont le bouton "lecture" ci-dessus, vous entamez l'écoute de "Hungry Freaks, Daddy", le premier titre du premier album de Frank Zappa, Freak Out ! Toute la force du bonhomme est déjà là, sur cet air qui pastiche le "Satisfaction" des Rolling Stones, balançant des attaques dix fois plus limpides que tous les rebelles de Monoprix à l'égard d'une société - à l'époque - en plein délire de gloire. Les Mothers of invention (le groupe de Zappa) savent à peine jouer, la critique sociale et politique des paroles est soutenue par un rock monté à l'arrache, à grands renforts de kazoos et de xylophones pour gamins, le résultat final est grotesque, le résultat final n'est pas un pastiche, le résultat final est monstrueusement intelligent. Rendre la musique au peuple, non mieux, à la lie du peuple, aux crasseux, aux sales, à ceux que tout le monde évite. Chez Zappa, le freak est intelligent dans son chaos, il porte un message libertaire en faisant flipper sa guitare. Sans se soucier de la célébrité, de la hype ou de la reconnaissance, Zappa tisse son oeuvre, tapant dans le dadaïsme et le Zeitgeist pour élever sa création. De la musique et de ses stars, il est l'observateur bizarre surlignant les outrances, d'autant plus nécessaire qu'il est rare et sincère. Du moment où il abandonne son travail de publicitaire pour rentrer dans la musique, Frank Zappa prendra pour mission de contrer la connerie et la superficialité du monde. Musicien 2.0, son groupe est entièrement participatif, Zappa fait garder ses mômes par ses groupies, utilise la folie créatrice de ses fans dans des projets innombrables, et chacun de ses concerts est une grande fête barrée et libératrice, où personne n'est starifié (bien au contraire)... Zappa est aussi un compositeur habile et doué, extrêmement éclectique, et son travail incarne à mon sens tout ce qu'on peut trouver de bon et de pur dans le rock et au delà. Modeste, génial, les deux pieds ancrés dans le sol et plaçant ses valeurs loin au dessus de lui-même, il a donné une voix sincère, forte et fascinante à la révolte permanente, quant à elle n'a de cesse de se faire violer et bafouer par quelques bouffons qui se font du beurre dessus en croyant à leur sincérité de façade. Zappa et les Mothers of invention sont un cirque, une galerie de monstres à guitare, des inadaptés moqueurs, mais une fois qu'on est allé les voir, qu'on s'est baigné dans quelques uns de leurs disques et qu'on a écouté leur vérité à l'oeil torve, une barrière est franchie, un nouveau monde s'ouvre. Pas un nouvel univers musical, mais toute la dimension bienveillante, libre et horriblement rigolote qui prend source dans tous les miroirs déformants de la planète.C'est tordu, mais c'est seulement avec mon dernier post que je vous lance clairement l'invitation qui m'a toujours tenu le plus à coeur. Entre-temps, c'était la charge du tag rigolo (checkez sa description). Merci à vous, du fond du coeur, bon courage pour la suite du voyage et tous mes honneurs à Maxence, Myosotis, 2goldfish et Daveinthehay Maintenant, puisque que je deviens horriblement larmoyant, voici "Broken Hearts are for Assholes". Babaille ! Zappa contre la censure A plusieurs reprises, le très (intelligement) politisé Frank Zappa s'est positionné contre les mesures de censure des gouvernements américains successifs. Si l'oeuvre de Zappa fait polémique chez les mélomanes (on lui reproche tout et n'importe quoi musicalement), son action politique, intimement liée à sa musique (comme sa vie et sa personalité entière), a touours été irréprochable d'intégrité et de sincérité. Chose qu'on aimerait voir plus souvent chez ceux qui font la politique, mais passons...Petit retour donc sur le thème "Zappa contre la censure", d'abord avec la polémique lancée en 1985 sur les mesures de censure des "paroles explicites", demandées par une association fondée par les femmes de députés américains (!), concernant les chansons de rock, évoquant sexe, drogue ou occultisme. Dangeureusement proches du gouvernement, leurs menançantes revendications chrétiennes avaient poussé le musicien à une débauche de lettres de contestation, envoyées au président Reagan, au Congrès américain et aux médias. Toutes visibles sur un set de photos FlickR, histoire de se plonger dans la verve et les idéaux de l'immigré aux grandes oreilles. L'année d'après, en 1986, Zappa est invité à débattre contre le commentateur politique Robert Novak dans l'émission Crossfire, et se débrouille parfaitement pour faire étaler à Novak ses visions primaires de la libre expression et la censure gouvernementale, une nouvelle fois dirigée contre les chansons de rock. La façon dont Zappa débat est, en elle-même, fascinante, mêlant argumentation précise, opposition frontale, et métaphores humoristiques qui font même rire les avocats. Il tient tête sans lacheté, respecte son interlocuteur, et n'oublie pas de divertir la discussion, convainquant aussi par l'humour des théories surranées de l'adversaire. C'est brillant. L'enregistrement vidéo (50 Mo) en Quicktime (disponible ici), vient de WFMU. Que l'on aime ou pas la musique de Zappa, le monde est un peu plus triste sans lui. |
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