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Luke Solomon : Freak out !
The Difference Engine tout d'abord c'est le titre d'un fameux roman steampunk (pour faire court, "du cyberpunk à l'époque des machines à vapeur", ou de la "science-fiction victorienne", si vous préférez) écrit à quatre mains par deux maîtres de la SF contemporaine, Bruce Sterling et William Gibson. Luke Solomon avoue s'être livré à une lecture assidue de l'œuvre, y piochant d'édifiantes leçons pour un premier album solo qui restera comme l'un des trucs les plus dingo qu'il nous ait été donné d'entendre dans le champ de la "house music". Attention, ce projet ne manque pas pour autant de cohérence, au contraire. Solomon se livre ici à une exploration en règle de plus de 30 années, de patrimoine électronique, saluant la fin des 70's, surfant sur les 80's et appliquant ça et là les idées retenues durant les 90's. On y retrouve donc des clins d'œil à l'acid house made in Chicago ("Skins"), des accents disco et italo bien sûr, de l'electro funk très moite également, sans oublier des hybrides inclassables, fruits de divers d'expériences inavouables. C'est en quelque sorte le lègue panoramique électro global de Mr. Solomon aux futures générations. "This record is a message to young people, to people under the age of 25", annonce-t-il d'ailleurs sur "The Beat Goes". Entièrement mixé, l'album s'aborde comme un vaste continuum électro house baroque et déjanté. Pour le coup c'est vraiment "A Weird and Wonderful Trip into the Mind of Mr. Solomon" !
Côté "weird" d'abord, l'Anglais s'est clairement donné pour mission de révéler la face tordue de la house. C'est le cas sur "Junkies And Whores", parfaite bande son pour coma éthylique ou abus de GHB, borborygmes inaudibles, boucles acides et "conscious, so conscious" répété comme un mantra afin de conjurer l'évanouissement qui nous guettera immanquablement sur le dancefloor. Autre sommet de groove bizarroïde, "Martin, A Cello And Me" évoque les déconstructions new wave arty du early Tuxedomoon, peu de funk, beaucoup de punk donc. Côté "wonderful", Solomon prouve qu'il est aussi capable de pondre de langoureux moments d'electro house vocale ("Top, Bottom", "People, places Thoughts And Faces"), hypnotique et presque pop ("The Different Engine"), des pièces minimales étranges ("The Darkest Secrets", une batucada éthylique et enjouée) suivies d'envoûtantes ballades electros vrillées, comme ce "Spirits" aux accents balearic délicieusement pervertis. Tout au long de The Difference Engine, Solomon reste maître d'une musique libre, intelligente et respectueuse. Libre quand il se permet un saxophone sur "The Beat Goes", intelligente quand il inclut un sample de l'écrivain William Burroughs sur "Open Fire", respectueuse dans son hommage au mutant disco de Liquid Liquid sur l'éponyme "Liquid" qui clôt le disque. Avec Solomon, le message est clair : à l'instar de la science-fiction rétrofuturiste du roman de Gibson et Sterling, il y a du bon à regarder par dessus son épaule et à jeter un œil dans le rétroviseur pour envisager la culture - et la musique - de l'avenir.
Luke Solomon - The Difference Engine (Rekid/Nocturne, janv 2008)
Solomon ne présente malheureusement presque aucun des morceaux de The Different Engine sur son profil myspace. Kasper Bjørke : Electronic voodoo land
In Gumbo a tout de l'ovni. Sorti de nulle part sous une pochette réellement intrigante, ce premier album solo de Kasper Bjørke (il est également membre du groupe Filure. Qui ça ? Ok, oubliez...) est la carte de visite plutôt salement emballante d'un artiste polymorphe au charisme certain. Je sais, ça sent la formule, mais croyez-moi, c'est totalement sincère. Ce Danois filiforme d'une trentaine d'années que l'on imagine raisonnablement aussi fan de Prince que d'electro classique, accouche avec du genre d'album jouissif que l'on garde par devers soi. Pas par égoïsme, mais avec un peu de honte, de peur de se heurter à l'incompréhension de ses amis. Il faut dire que cette grande bringue frisée ne nous mâche pas le travail. Comme beaucoup de ses compatriotes (au hasard, Oh no Ono), Bjørke flirte constamment avec les limites du
Si vous aimez le gumbo, cette soupe de la Nouvelle-Orléans dans lequel marine un peu de tout, vous y serez ici à votre aise. C'est chaud, épicé, varié, il y a plein de truc bizarre dedans et on ne s'ennuie jamais.
Kasper Bjørke - In Gumbo (Plant Music/Discograph, oct 2007)
James Brown, c'était il y a un an...Noël 2006, on découvrait nos cadeaux au pied du sapin et en allumant la télé ou la radio on apprenait cette triste, trop triste nouvelle. James Brown, the Godfather of Soul venait de mourir. Il avait 73 ans et est mort le jour de Noël, le jour de la naissance de Jésus. Une date de mort hautement symbolique pour ce chanteur qui était, avant même son décès, culte. Des albums à en pleuvoir, des standards plein le tiroir-caisse pour ce chanteur de soul-funk aimé de tous (ou presque ?!). A plus de 60 ans, James Brown avait encore la patate sur scène à en rendre jaloux les plus jeunes artistes. Aujourd'hui 25 décembre 2007, Fluctuat vous souhaite un Joyeux Noël et rend un hommage à JB ! Pour en savoir plus sur le Godfather, sa jeunesse, sa carrière, son succès et son influence dans le rap, lire la bio de James Brown. The Motorik sound of Pilooski Edits
Ce rythme si particulier, c'est justement celui qu'affectionne le Français Pilooski, "l'éditeur venu de l'est" comme le nommait à juste titre, Philippe Azoury, mon collègue de Tsugi, le mois dernier (Cédric Pilooski, puisque c'est son vrai nom, ayant des origines polonaises). De fait, qu'il s'agisse de Prince ou d'Alan Parsons Project, chaque morceau approché par Pilooski semble soudain avoir été écrit et composé par Can, ou Suicide. C'est particulièrement évident sur cette compilation à tirage limitée (1000 exemplaires en tout et pour tout) qui réunit une partie des maxis collectors du Français. Sur Dirty Edits vol. 1, on retrouve sa version du "Send Him Back" joyeusement frénétique des The Pointer Sisters, quelques interludes poétiques et étranges. Un cut de la "La Nuit du Chasseur" en intro, classe. "Le Petit Chevalier" une comptine parfaitement glaçante, ou l'inénarrable reprise de "Black Hole Sun" de Soundgarden, "Franck Sinatra-isée" par Steve and Eydie, mais surtout, des edits cultes du signor Pilooski, comme son travail sur "The Brain of Oscar Panizza" de Michael Bundt, un morceau rendu véritablement cosmique dans une total défonce krautrock, tout comme le "I Robot" d'Alan Parsons ou le "Get Up" du funkateer Edwin Star où l'on croirait entendre Alan Vega jammant avec James Brown ! Bien évidemment, Pilooski ne pouvait pas ignorer Can, et quand il s'attaque à "Mothersky", ses guitares suraiguës (la cinquième minute, gniiiiii !!), ses toms en furies, c'est véritablement l'heart attack qui nous guette ! Pour finir, l'album offre une version à la fois émouvante et hilarante de "The Wicked Game" de Chris Isaac par Les Reines Prochaines. Si vous ne connaissiez pas, c'est le moment de vous y mettre. Bref, il n'y a rien à jeter sur ce volume 1 des Dirty Edits et ceux qui s'étaient rués sur les maxis vinyles avant tout le monde le savent bien. Les autres devraient se dépêcher, il n'y en aura pas pour tout le monde. Quant à nous, on attend la suite avec impatience...
A propos, surveillez avec attention le profil myspace du bonhomme pour écouter ses nouveau travaux souvent proposés en ligne en avant première, et taper "Pilooski" sur le site Hype Machine qui répertorie tous les blogs musicaux qui proposent gratuitement ses édits.
Pilooski - Dirty Edits Vol.1 (Tigersushi/Discograph) Le thé au Harem de Guillaume & The Coutu Dumonts
Normal, puisque si Guillaume & The Coutu Dumonts est un nouveau projet, ce transfuge du fameux festival Festival Mutek de Montréal et protégé de son directeur artistique, Alain Mongeau, n'est pas moins à la tête d'un nombre étonnant d'initiatives, dont Egg (avec Julien Roy), Luci (avec David Fafard), Chic Miniature (avec Ernesto Ferreyra), Flabbergast (avec Vincent Lemieux) et j'en oublie. Sur Face à l'Est, l'exotisme des influences moyen-orientales ou africaines a beau être présent, le producteur privilégie constamment la subtilité. Ces influences sont plutôt là en filigrane, comme un souffle, uniquement audibles à celui qui sait écouter. Une exception pourtant sur "Les Gans", largement inspiré par la musique éthiopienne, où Coutu Dumonts réunit minimal house et jazz, et qui est une vraie réussite. Sa musique est à la fois très organique et très précise, presque mathématique, mais de ces mathématiques du chaos à la Villalobos (qui joue d'ailleurs régulièrement les maxis du Canadien). Elle joue sur les échos, la polyrythmie et les sons microscopiques. Sur ses morceaux les plus hypnotiques, Coutu Dumonts crée des espaces en apesanteur et des mélodies sous forme de nappes ou de bleep electronica. Des variations qui utilisent également les voix, donnant une teinte housey à des compositions qui gagnent alors en chaleur et surtout en sens, même si c'est souvent de manière subliminale. A ce propos, le Québécois m'expliquait récemment en interview : "L'Occident a les yeux rivés sur l'Orient (et le Moyen-Orient). Pour plein de raisons, je crois que nous courrons vers une confrontation si la machine ne se renverse pas. Parfois je crois que la musique électronique est un peu trop dépourvue de sens. Il n'est pas facile de passer un message lorsqu'il n'y a pas de paroles (quoique l'on retrouve du texte sur l'album). Sans vouloir passer un message politique... j'aime penser que le titre donne le ton à l'album. Pose une question en sourdine...Pour moi les artistes ne doivent pas faire de la politique mais une de leur fonctions est de poser des questions. Sagesse et transcendance, intelligence et goût du risque, réunis sur un même album, décidemment ce Coutu Dumonts est un cas ! Meilleur espoir 2007, pas moins.
A écouter sur son profil myspace "Don't Cheet With Concrete", "Yenon" et "They Only Come Out, tous trois tirés de Face à l'Est.
Guillaume & The Coutu Dumonts - Face à l'Est (Musique Risquée/Nocturne) Roxy Music vs Talking Heads : The same (good) old sceneDimanche en mode nostalgie ? Non, juste le (mon) petit revival Talking Heads annuel, mis en perspective cette année avec le Roxy Music de 1980, "The Same old Scene" (d'ailleurs excellement remixé par The Glimmers cette année) et "Life During Wartime" (1979) dans sa version live sur Stop Making Sense. Guitares, basses en avant, synthés, funky feeling avec du sens, les années 80 quoi. "Old is but good is". Deux fois 5 minutes (et des poussières) de bonheur pur. On reparle de Talking Heads très bientôt.
Albums cultes des géants du bizarre #24 : Pylon - Gyrate (Plus)
Avec Gyrate Plus, Pylon réussit l'exploit de vous faire effectuer les contorsions les plus sauvages tout en restant parfaitement rigide ! La dance du zombie quoi ! C'est la quintessence du disco punk américain, à la fois dansante et désossée, tel qu'entendue chez les tenants de la no wave new yorkaise, comme James Chance, DNA ou Bush Tetras, et dont le slogan pourrait clairement être : "Contort Yourself !". On peut aussi oser une autre comparaison en déclarant que, tout en cultivant le même sens du rythme monolithique et en jouant dans la même cour, celle du punk funk, Pylon c'est un peu ESG à l'os, sans les rondeurs et sans la soul. Deux groupes exécutant le même genre de musique à la fois funky et janséniste, mais dont les origines diamétralement opposées aboutissent au final à un résultat aussi totalement différent qu'étonnamment proche. C'est ce que j'appelle le paradoxe du funk blanc. Sur Gyrate Plus, le combo interprète donc une forme parfaitement froide et minimaliste du funk, mais il l'exécute avec une frénésie communicative et jouissive. Un peu à la manière de Talking Heads période Stop Making Sens, sans les apports ethniques "kora, sanza, balafon et blablabla" ! Musicalement on pense aussi au Wire de Colin Newman, si les Anglais avaient jamais su (et surtout voulu !) nous faire danser, ou encore à une troupe de robots répétant les tubes de Gang Of Four. Soutenu par la voix de félin famélique de Vanessa Briscoe Hay qui nous déchire littéralement le cœur sur "Feast on My Heart", Pylon balance ses bombes dancefloor disco punk avant l'heure, avec une telle facilité qu'on finit par se dire qu'il y a des chances pour que ce soit eux qui aient inventé le genre ! Leur musique aussi répétitive et saccadée soit-elle ("Cool", "Volume") n'en est pas moins rageuse et engagée (écoutez "Human Body", "Driving School" ou "Read A Book" !). Le groupe pond aussi de véritableS tubes en puissance, comme l'hypnotique "Dub", ou "Danger", le morceau que LCD Soundsystem aurait rêvé signer, et c'est ce qu'il a fait en quelque sorte puisque grâce à cette magnifique réédition tout le monde va pouvoir écouter Pylon. Loué soit DFA et son saint patron (on ne le dira jamais assez !)
Une fois n'est pas coutume, de nombreux morceaux (dont les excellents "Cool", "Stop it", "Volume" et "Danger 2", la version dub de "Danger", sont disponible à l'écoute sur leur profil myspace. PYLON - Gyrate Plus (DFA/Differt-Ant) Prince n'aime pas ses fans
La semaine dernière il envoyait ses avocats menacer les sites de fans www.housequake.com, www.princefams.com et www.prince.org de poursuite pour violation de copyright, demandant que soit retiré de ces sites toute musique, vidéo, parole de chanson ou image de Prince ou représentant Prince (jusqu'aux photos des tatouages à son efigie que se sont fait faire quelques fans). Non seulement il n'a pas légalement le droit d'obtenir tout ça mais ce qui choque c'est surtout que Prince s'en prenne ainsi à ses propres fans. Les fans, persuadés que le véritable but de Prince était de les faire taire et d'étouffer toute critique, ont créé le site Prince Fans United pour expliquer leur décision. Ils seraient en pourparler avec les avocats de Prince, tout devrait s'arranger selon eux... Sauf que Prince vient de créer le site Prince Fams United (la différence est dans le M) qui consiste en une simple page sur laquelle vous pouvez écouter le morceau "PFUnk", une espèce de longue diatribe à moitié incompréhensible adressée à ses fans : "La seule raison pour laquelle vous dites mon nom c'est pour avoir vos quinze secondes de célébrité, personne ne sait ce que vous faites vraiment" puis finalement "J'vous aime tous mais ne m'emmerdez plus jamais". Une série d'insultes ("big fat punk") et de menaces est réservée à un dénommé "Weemolicious". Les forums de fans débattent de son identité, plusieurs sont même persuadés d'être Weemolicious. Tout ça serait pathétique - Que dis-je ? C'est pathétique. - Tout ça serait uniquement pathétique si la chanson "PFUnk" n'était pas plutôt excellente, un vrai morceau de P Funk avec une méchante guitare funkadélique, des trompettes façon JB's et, parce que Prince est Prince, de l'hélium dans la voix et d'amusantes cochonneries jazzy sur la fin. C'est le genre de morceau que le nain pourpre est capable d'écrire et enregistrer d'une main en se curant le nez de l'autre et c'est pour ça qu'on l'aime toujours. Il a toujours été capable de ça, son problème aujourd'hui, c'est surtout que la plupart des morceaux sur lesquels il se donne de la peine ne sonnent pas aussi bien que ça. Albums cultes des géants du normal #1 : Stevie Wonder - Fulfilingness' First Finale
La question que vous vous posez peut-être, c'est "pourquoi Fulfillingness' First Finale?". Personne ne cite jamais cet album perçu (avec de bonnes raisons) comme un remake de Talking Book ou un brouillon de Songs In The Key Of Life. Je suis peut-être le seul qui vous dira que Fulfilingness' est le meilleur mais peu importe, c'est moi qui écrit. Cet album contient tout : l'intro pop parfaite "Smile Please" qui contrairement à d'autres ne vous fait pas penser à Cofidis malgré vous, le gospel spacial avec "Heaven Is 10 Zillion Light Years Away", un précoce et rare reggae américain réussi en "Boogie On Reagge Woman", un morceau samba, des chansons d'amour à pleurer et un sens de la mortalité rassurant (je ne sais pas vous, mais moi c'est plutôt les gens qui chantent des "never get old" et des "live forever" qui me font froid dans le dos). Ce qui fait la force des disques de Wonder des seventies et en particulier de celui ci, c'est que Stevie Wonder nous aime. Qu'il chante sur sa mort dans le sombre gospel "They Won't Go When I Go" ou qu'il pousse Nixon hors de la Maison Blanche avec le furieux funk "You Haven't Done Nothing" (avec les Jackson Five aux choeurs), Stevie garde toujours au coeur son indéfectible foi en la nature humaine. Je suis un pécheur et vous aussi et au moment de l'Ecstase ou de Ragnarok nous prendrons tous cher. Nous ne nous en sentons pas forcément pas digne mais Il nous aime. Cet amour, qui aurait chez un être moindre viré amer, aura donné à la suite de la carrière de Stevie Wonder des accents sirupeux mais peu importe, en 1974 cet amour a trouvé son expression parfaite. Je n'écoute jamais Fulfilling en été (qui est plutôt la saison d'Innervisions et Music Of My Mind) parce qu'en hiver il me tient littéralement chaud. LCD Soundsystem : l'heure du bilan ?
A noter que ces titres n'étaient auparavant trouvables que sur A Bunch of Stuff, une compilation en édition digitale qui inclut la reprise de "All My Friends" par Franz Ferdinand. Au moment où vous lisez ces lignes le 7" LCD Soundsystem/Arcade Fire, est lui aussi dans les bacs, en ligne, bref, partout (!) avec côté LCD, une reprise du "No Love Lost" de Joy Division et côté Arcade, "Poupee De Cire" de Serge Gainsbourg. Aujourd'hui, on a beau dire, on peut aimer ou pas LCD Soundsystem, difficile de nier pourtant que le groupe est sur tous les fronts et qu'il aura largement marqué l'année 2007. Sound Of Silver est pour ma par en bonne place dans le palmarès des "disques de l'année."
Nous reviendrons très bientôt sur le mix Fabriclive 36 de James Murphy et Pat Mahoney (aka "DJ Tyrant et Disco Dad") dans nos pages, so stay tuned ! En attendant, comme un bonheur ne vient jamais seul, ne ratez pas la winter 2007 edition des DFA free mix !
Rock et Racisme
L'article de Frere-Jones commence très mal en prenant l'exemple d'Arcade Fire. Certes, la musique des Canadiens ne comporte que très peu des signifiants traditionellement associés à la musique "noire". On pourrait s'arrêter là et dire "et alors ?". Y-a-t-il beaucoup d'artistes blacks qui prennent la peine d'essayer de sonner comme Arcade Fire ? Ce n'est pas pour faire mon Jean-Pierre Pernaud mais pour qu'il y ait la "fusion" à laquelle Frere-Jones aspire, il faut bien tout d'abord des courants musicaux distincts, un terroir qu'on doit entretenir et laisser évoluer indépendament. On pourrait aussi remarquer qu'Arcade Fire est largement influencé par les Talking Heads et Bruce Springsteen, et que même si en dehors du saxophoniste du E Street Band tous ces gens sont blancs comme neige, ils s'inspiraient du rythm & blues, du funk et des polyrythmies africaines. Et puis Frere Jones n'a pas du entendre Haïti.
Jahcoozi : Move your ass, and your mind will follow
Sur Blitz'n'Ass Robot Koch et Oren Gerlitz, pratiquent en effet de subtils (et radicaux) décalages r'n'b (on n'est pas à Pop Star ici !), technoïdes et noirs, en usant d'instruments sans pour autant négliger les dérapages numériques impromptus et les moments de pures transes industrielles ("Double Barrel Name"). De son côté, Sasha Perera, un improbable mélange de Grace Jones (voir la pochette rappelant le Slave to The Rhythm de la Jamaïcaine) et de Nina Hagen période African Reggae, cultive une sensualité de tigresse et un sens de la syncope à vous faire tomber à la renverse. Ce qui ne l'empêche pas de s'engager aussi, en relevant discrètement le niveau du booty originel. Car, contrairement à ce que son titre laisse penser Blitz'n'Ass (en fait un clin d'œil au classique stéreotype du "tits'n'ass"), l'album ne se contente pas d'aligner les tracks dansants au groove malsain comme "BLN", le très dubstep "Style", "Disposable" (feat. Stereoptyp) et "Gameboy", le quarté gagnant de cet album, il fait également étalage du talent de songwriting de sa chanteuse. Celle-ci défend par exemple la cause gay sur "Rainbow Colored Rizzla" ou dénonce la dictature d'une certaine image de la "plastique" féminine sur "Collagen". Le groupe excelle également dans la composition de morceaux baroques et insolites comme le provocateur "Getyoshitout", une track non dénuée de mélancolique, le mélodique et sombre "Your hand in your pocket", l'imparable "Chill Jill" ou l'inquiétant "Takin' Your Street". A noter que des invités de marque sont également présents sur l'album, parmi lesquels MC Sayid, l'ex-Antipop Consortium et actuel Airborn Audio, et rien que pour ça, il faut poser une oreille attentive sur Blitz 'n' Ass "tropical grindcore" !
Jahcoozi - Blitz'N'Ass (A-Sound/PIAS, octobre 2007) Burnt Friedman : Future Funk
C'est donc sous la houlette des Sun Ra, Lee Perry, James Brown, Parliament Funkadelic et autres Sly And the Family Stone, qu'il échafaude le groove profond qui parcourt First Night Forever de bout en bout, comme un fil rouge. De "Where Should I Go" (feat Steve Spacek), une track qui rendrait verte de jalousie même sa seigneurie The Artist alias Prince himself, en passant par l'étrange "Machine in The Ghost" porté par la voix grisante de Barbara Panther, tout en saccades africaines et collages rythmiques, sans negliger l'ambient funk de "Walk With Me", le skank spatial de "Need is all you Love", le blues funk de "The Healer" ou le jazz transcendant (et funk toujours) de "Western Smoke, feat Enik", ce nouvel album conceptuel mais crédible, toujours accompagné d'un backing-band fictif mais d'invités bien réels eux (une habitude depuis Burnt Friedman & The Nu Dub Player) impose le plus groovy des producteurs allemands comme un outsider - et un modèle - de l'electro contemporaine. Son album gorgé de funk du troisième type, jette une nouvelle fois un pavé dans la mare des habitudes et des clichés de la scène electro actuelle en nous offrant les effluves d'un air plus pur que celui auquel nous sommes ordinairement habitués, celui des cimes de la création. C'est tout du moins ce que l'on se dit à l'écoute attentive de sa production si particulière sur "Thumb Second" ou "Chaos Breeds" 1 & 2, qui clôturent l'album. Deux morceaux manifestes ("Chaos Breeds" égale "les dompteurs de chaos" en VF) pour celui qui apprivoise manifestement si bien les échos bondissants folâtres et imprévisibles du dub électronique depuis plus de 20 ans déjà. Virtuose ! Burnt Friedman - First Night Forever(Nonplace/Nocturne, oct 2007) DC Recordings : Dancing astro zombies from outer space part. 1Welcome freaks, mutant, subhumans, monsters, clones, robots, evils, vampires, zombies, hybrids, pinheads, halfdeads, men machines, cyclops, siamese, android, mummies, psychos, martians, undead, creatures, demons, entombed, skeletons, etc, c'est la rentrée des joyeux mutants de DC Recordings. J'en profiterai d'ailleurs pour présenter deux maxis parus cet été dans une deuxième partie, ça fera un compte rond.
Giallos Flame - Live From Dunwich Youtube de l'été #42 : Beck - Mixed Business (1999)Derrière sa pochette toute suintante avec ce fond vert et cet affreux pantalon moulant en latex, Midnite Vultures de Beck, dissumule bien ses tubes de l'été, oui ses, car en plus de "Mixed Business", "Sexx Laws" avait aussi toutes ses chances. "Mixed Business" et son potentiel funk évident...malheureusement pas de clip officiel, alors je vous ai balancé une vidéo amateur. Albums cultes des géants du bizarre #9 : James Chance & The Contortions - Buy
La première mouture de son groupe se nommait Flaming Youth et les "contorsions" de son saxophoniste inspirèrent un critique pour finir par en devenir le nom. C'est donc James Chance & The Contortions qui apparaît aux côtés de D.N.A., Mars et Teenage Jesus & The Jerk (conduit par Lydia Lunch) sur No New York, la mythique compilation réunie par Brian Eno en 1978. La musique des Contortions est violente, chaotique et totalement frénétique. C'est un funk tout droit sorti des entrailles du Lower East Side de la fin des 70's, le dernier cri d'agonie du jazz. Le lyrics ne sont pas en reste. Au programme, violence conjugale, bondage, addiction aux drogues et obsessions morbides en tout genre. C'est pourquoi James Chance choqua tout le monde en sortant Buy. A l'époque, le disco était une musique indigne pour les punks. Comme l'écrit Simon Reynolds dans Rip it Up and Start Again (éditions Allia) : "Les punks ignorant pour la plupart que le disco était né dans l'underground gay, ne voyaient en elle que la bande son d'une vie de fuite et de complaisance, une musique d'ascenseur à laquelle on avait ajouté un beat et qui ne s'adressait qu'aux esclaves des apparences et autres nantis du New York uptown. Il y avait la culture disco du Studio 54 et il y avait eux." Comprenez, le disco allait jusqu'à dominer les ondes des radios new wave, et pour un punk virer disco était une abomination. C'est pourquoi à la sortie de Buy, personne ne comprit le choix de Chance et de sa troupe. Pour le musicien, l'idée était avant tout une provocation qu'il entérina par ces propos : "J'ai toujours été intéressé par le disco. D'accord cette musique a quelque chose de dégueulasse, mais il y a aussi quelque chose qui m'a toujours intéressé : c'est sa monotonie. C'est une sorte de jungle music qu'on aurait blanchie et pervertie". Et "perverti", le disco allait l'être encore plus avec cet album. Présenté tout d'abord sous le nom de "Contortions" sous une pochette représentant Terry Sellers en maillot de bain arty, futur auteure d'un livre sur la domination sexuelle, Buy contient des perles de barjerie comme "Design to Kill", "I Don't want to be happy", l'hymne SM "Bedroom Athlete" et bien sûr l'incontournable "Contort Yourself", morceau manifeste de la "James Chance Attitude" récemment remixé par le duo écossais Optimo pour Tigersushi. Sur "I Don't Want To Be Happy", Chance declare : "I prefer the ridiculous to the sublime". Tout est dit ! Mais par delà la provocation ("My Infatuation"), Buy est avant tout un fabuleux album de punk funk. Tout à fait plaisant, il est bourré de trouvailles et de clins d'oeil ("Throw Me Away", "Twice Removed"). Enthousiaste, Buy célèbre en quelque sorte la rencontre (rêvée) de Sonic Youth et de James Brown ("Roving Eyes", "Contort Yourself"). A conseiller à ceux qui n'ont jamais pu écouter un album de funk de leur vie. James Chance & The Contortions - Buy (ZE/Discograph, 1979) Le funk dans l'ère quadra![]() Le funk est né il y a 40, ce serait James Brown qui lui aurait donné naissance en composant "Cold Sweat", morceau considéré comme le 1er titre funk de l'histoire. La plupart des pères fondateurs de ce courant musical sont aujourd'hui morts et pour célébrer l'anniversaire d'un genre encore ignoré des grandes institutions, 2007 a été décrété année funk. A cette occasion le site bien nommé, 40 ans de funk, associé à d'autres acteurs médiatiques (Fonkadelica, Wegofunk, Muziq...), propose une série d'événements et de contenus en ligne pour témoigner de la vivacité du funk et de son patrimoine. Dans la rubrique A la découverte du funk, plein de topos sur le funk (sa définition, les sous-genres du funk, une bibliographie...). Côté événements : concerts de Maceo Parker, Little Barrie, Amp Fiddler... Une programmation, tout de même assez pauvre, qui aurait mérité d'être agrémentée de quelques conférences histoire de fêter comme il se doit "un style fait pour ceux qui veulent danser et s'amuser, un style permettant de lever d'emblée toute inhibition." Albums cultes des géants du bizarre #8 : Ui - Sidelong
Ceci étant, il a fallu un certain temps au groupe de Sasha Frere-Jones pour s'extirper du carcan rock et devenir l'ovni sonore expérimental que l'on sait. Créé au début des années 90 dans la grande vague post-rock, le groupe sort une tripoté de maxis étonnants et méchamment barrés, avant de signer un véritable premier album. Après ce Sidelong paru en 1996, sortiront donc Lifelike en 98, The Iron Apple en 99 et enfin Answers en 2003. Au même titre que, disons, Tortoise, Ui explore le vaste champs des musiques populaires, country, folk, rock, en y ajoutant là une pincé de dub, là une référence krautrock, une pointe de jazz. Pourtant, on se demande si le groupe a réellement "pensé" sa musique de cette manière, si les effets dub ne sont pas simplement là par hasard, si l'étiquette "krautrock" ne leur a pas été collée de force. La musique d'Ui semble trop naturelle pour être inscrite au sein d'une quelconque filiation. C'est particulièrement évident sur Sidelong, où le groupe est à l'origine d'une musique à la fois profondément marquée par le folklore américain, tout en étant totalement avant-gardiste. Pourtant, le terme "arty" leur va très mal. Alors comment décrire leur americana-krautrock ? Leur dub post-rock ? Leur country funk ? Sur des morceaux envoûtants comme "Golden Child", on jurerait entendre le batteur de Can, Jaki Liebezeit. Sur "Panted Hill", le groupe oscille entre jazz et free rock contemplatif pour finir en ballade de cowboys avinés. Et que dire du dub urbain de "Butterfly Who" et du funk invertébré mais pourtant entraînant de "The Piano" ? Quant à "Johnny", le morceau qui clôt si superbement cet étrange album, on le jurerait extrait d'une session improvisée extirpée des répétitions du Unknown Pleasure de Joy Division, tout en basses (Ui en comptait deux!), motifs rythmiques répétitifs et guitares rappeuses. La folie d'Ui, sa totale liberté, ses montées psychédéliques en font toujours, 4 ans après leur explosion, un groupe unique. Comment, après ça, voulez-vous écouter sereinement Animal Collective ? En attendant de trouver la réponse à cette question, vous pouvez vous rendre sur la courte page officiel de Ui sur le site de Southern Records et regarder des extraits du documentaire que leur a consacré Christopher Wilcha juste avant leur séparation. Youtube de l'été #33 : Deee Lite - Groove Is In The Heart (1990)Posté par LovelyRita le 18.08.07 à 11:16 | tags : funk, gro, pop, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
Après les Beatles qui nous assènent que "All You Need Is Love", voilà que Lady Miss Kier se donne corps et âme pour nous faire comprendre que "Groove Is In The Heart". Lady Miss Kier, c'est la voix de Deee-Lite et la crevette rousse qui ondulait si psychédéliquement dans le clip de "Groove Is In The Heart". Deee-Lite fait partie de ces groupes one shot (un tube sinon rien !), bien qu'ils aient sorti 2-3 albums, on les associera ad vitam eternam à ce seul et unique titre. La recette de ce succès ne tient pas seulement à la présence de Bootsy Collins et de Q-Tip de A Tribe Called Quest mais aussi à ce mélange jouissif de funk, disco et groove, de fun et merci à ce refrain aux paroles facilement mémorisables et chantables à 4h du matin, bourré ! Spektrum : Funk à large spectrePosté par Maxence le 07.08.07 à 15:10 | tags : électro, funk, myspace, punk, vidéos musicales, youtube
Flyer va encore raler, mais j'ai l'impression que tout le monde est passé à côté de l'album de Spektrum cet hiver. Normal nous étions en période de vacances scolaires. Le quatuor de Brighton n'a décidemment pas de chance, nous sommes de nouveau en vacances (enfin pas moi, vous, boouuouuh !) et c'est le moment qu'ils choisissent pour balancer le clip de leur nouveau morceau à la face du monde. Pour "Kinda New (We All Live & Die)", c'est un trip synthétique à la Tron, avec périple virtuel dans une ville du cyberespace, voitures de couleurs et affichage digital mural. Plus électro que sur leur précédent excellent album, le groupe nous offre une mélodie lancinante agaçante au début et pourtant rapidement addictive. "Na na na na naaaa, We All Live & Die". En choeur ! Ceux qui sont désireux de rattraper leur retard peuvent encore ce rendre sur le profil myspace du groupe et jeter une oreille sur Fun at The Gymkhana Club leur précédent long player. Youtube de l'été #18 : KC And The Sunshine Band - That's The Way (I Like It) (1975)Cinq ans avant les Specials se formait sur la côte Est en Floride l'un des premiers groupes mixtes de la pop. Coloré et euphorique, KC And The Sunshine Band est né tout de strass et paillettes vêtus, chantant, dansant, baignant les pieds dans le disco et les coeurs dans le funk. Groupe à singles détonnants et enchantants, KC And The Sunshine Band, créé autour de Richard Finch et du chanteur-claviériste Harry Wayne Casey, signe en 1975 deux classiques du disco "Get Down Tonight" et "That's The Way (I Like It)", présents sur leur second album éponyme. "That's The Way (I Like It)" a fait le bonheur des bootyshakers issus du baby-boom à une époque où le disco maintenait le moral de l'Amérique encore sous le choc de la Guerre du Vietnam qui vient tout juste de prendre fin. Décrié par certains pour cause d'un refrain un peu trop subversif ("Uh uh uh uh... J'aime ça !"), cela n'empêchera pas KC And The Sunshine Band de caracoler en tête de charts et de faire de ce tube de 1975 un hymne des années disco. La suite est néanmoins un peu moins glam glam avec la séparation du groupe et le déclin de leur musique au profit de l'avènement d'autres icônes de l'époque disco : les Bee Gees. Casey reformera le groupe avec des nouveaux membres à quelques occasions spéculant sur une période dorée passée, enchaînant galas et autres événements où l'on veut encore bien d'un quinquagénaire ayant été connu il y a un quart de siècle. On en connaît d'autres...
Youtube de l'été #17 : Kool and The Gang - Jungle Boogie (1974)Pour ce Youtube de l'été du jour, on a eu du mal à prendre une décision : "Vanina" de Dave, "Kung Fu Fighting" de Carl Douglas ou encore Abba avec "Waterloo"...trop de bons candidats. Finalement on les as presque tous rejetés, presque tous, car un seul d'entre eux a été sélectionné pour une autre année (Abba). Puis on a hésité entre "Rebel Rebel" de Bowie et ce titre des Kool and The Gang. Nous avouons, tout s'est joué sur le look vestimentaire et la fresh attitude des deux finalistes. On a adoré le cache-oeil couplé à la coupe de cheveu façon hermine de Bowie, mais il ne pouvait pas concurrencer avec la sape et la frime qui suintent dans cette vidéo de "Jungle Boogie". Bien avant d'apparaîte sur la BO de Pulp Fiction, on retrouve ce titre sur l'album Wild and Peaceful, "Jungle Boogie" a cartonné dans les clubs et s'est classé dans les charts en 1974. Inspiré par le morceau "Soul Makossa" de Manu Dibango et enregistré en une nuit dans un studio de Manhattan (perso, je bénis cette fameuse nuit !), "Jungle Boogie" constitue l'un des meilleurs titres du gang (avec bien d'autres !). Vidéo du passage du groupe sur le plateau de Soul Train, l'émission des années 70 consacrée à la musique soul/funk/r'n'b. Et si vous voulez encore de la funky fresh attitude, visionnez-moi cette vidéo. Youtube de l'été #16 : Stevie Wonder - Superstition (1973)Que faisiez-vous à 22 ans ? Moi j'usais mes fonds de jean sur les bancs de la fac et puis il y a un type qui à 22 piges a écrit "Superstition". Little Stevie Wonder, plus tard Stevie Wonder tout court, débute sa carrière dans les charts avec ce titre au départ écrit pour un autre ! C'est Jeff Beck qui aurait du hériter de ce tube, mais c'était sans compter sur l'intervention du manager de Wonder qui l'a finalement convaincu d'enregistrer le titre lui-même. Voilà donc Stevie Wonder avec une chanson sur les superstitions en poche : "Thirteen month old baby, broke the lookin' glass, Seven years of bad luck...". Le titre démarre sur un rythme de batterie à la cool qui ne laisse pas préssager de la suite...la suite c'est ce riff à se tapper la tête contre les murs, riff qui n'est en fait pas reproduit par une guitare mais par un clavinet (un piano électrique qui reproduit le son du clavecin et qui a été très utilisé en funk). Ensuite il y a ces cuivres qui vous donnent le tournis. Et le tout c'est une instrumentation si prenante qu'on pourrait presque en oublier le chant de Wonder. Merci à 2goldfish pour cette suggestion. Prince : Planet Earth, the most beautiful guimauve in the world Vingt-quatrième album de Prince, Planet Earth a surtout fait parler de lui pour avoir court-circuité en Angleterre les distributeurs du pays au point que les principales franchises (Virgin, Tower Records) ont décidé de ne pas le mettre en rayon. L'homme pourpre avait, en effet, choisi pour marquer une nouvelle fois ses velléités d'indépendance vis-à-vis de l'industrie du disque (rappelez-vous la période où il se faisait appeler Slave, tatouage sur la joue en appui) d'offrir son nouvel album gratuitement avec l'édition du Mail on Sunday. Gratuit, Planet Earth n'en est pas pour autant un album au rabais mais un disque surprenant et qui offre quelques bons moments entre guimauve chic et réminiscences des années Purple Rain. Pour ceux qui en ont assez d'entendre sa majesté enchaîner les titres sucrés et salaces, il faudra néanmoins se détourner de quelques balades sublimement chantées en voix de tête ("All the Midnights in the World", "Somewhere Here on Earth", ou le mièvre "Future Baby Mama"), globalement sans surprise, pour s'intéresser ici aux titres qui font mouche. Entre le single "Planet Earth", au message oecuménique, puissant comme du Michael Jackson de la belle époque, tendu musicalement sur ses guitares entre le psychédélisme des années Love et la dégoulinade électrique des années 80, le sensuel "Mr Goodnight", le très funky et afro "Chelsea Rodgers", qui nous projette avec ses cuivres et ses références Black soul dans un... enterrement à Harlem ou une chorale gospel, ou encore "Lion of Judah", il y a de quoi sustenter n'importe quel fan blasé. Les morceaux de bravoure de ce nouvel opus ne manquent pas et on doit bien sûr mettre en avant le premier single monstrueux tiré de cette Planète Terre, le bien nommé "Guitar Mastered". En 3 minutes et 30 secondes, Prince, partant d'un riff indie qui rappelle le meilleur de... Placebo envoie une sauce électrique glam rock imparable qui rappelle que cet homme peut s'affranchir à tout moment de son registre de prédilection pour explorer n'importe quel territoire. Si les sceptiques diront qu'il a déjà fait ça et que Guitar s'inspire assez nettement de la mélodie de "Girls and Boys", entendre le chanteur s'acharner sur ses guitares de cette façon et se prendre au chant pour une synthèse de Jagger et de Bowie est tout à fait réjouissant. Quand en plus, il fait la leçon aux jeunes, on ne peut que suivre : "I try to warn you / It's hard to be a star / Especially when you're driving someone's else's car." Dans les dents.Côté paroles, on retiendra quelques jolies formules disséminées ça et là comme ce "it's been so long, i've been somebody" sur "Somewhere Here on Earth", justement, ode à un dieu sensuel chantée à la façon de... Christophe Willem. Sur "Mr Goodnight", impossible d'échapper à une reprise un peu fatigante, façon Sexy Motherf***, du rôle de super-amant glitter, sur fond de déplacement en jet et de mégasex baroque. "All over the world they call me Prince, you can call me Mr Goodnight", chante-t-il à sa moitié lascive. Planet Earth est caractérisé par une recherche (réussie) de la mélodie tape à l'oeil, du groove imparable, par un retour des guitares et une volonté affichée de produire des hits. Prince ne s'embarrasse, à de rares exceptions près, pas de faire avancer l'art musical. On peut trouver que l'artiste est en roue libre, tapant à droite ,à gauche dans sa propre histoire sonore (qui est aussi une histoire presque complète de la musique populaire de ces 30 dernières années), incapable d'inventer quoi que ce soit, mais il faut admettre qu'il est impossible de résister à sa musique et qu'elle s'écoute presque à regret comme la meilleure came aphrodisiaque du marché. Prince crée et recrée du désir, lit et relit chacune de ses belles années sur un album qui sonne tantôt comme un hommage inspiré à son propre génie, tantôt comme une oeuvre caricature. Sur "Lion of Judah", encore, et selon qu'on aime ou qu'on n'aime pas, on sera content ou offusqué de retrouver la ligne mélodique de "Money Don't Matter Tonight", en une variation librement foirée et de prendre ça pour un clin d'oeil ou une autocitation ridicule. C'est toute la difficulté désormais pour le kid de Minneapolis : devenu l'une des plus belles pièces du patrimoine musical mondial, il risque de n'être plus jamais écouté que comme une vieille chose, à l'image de l'un de ses héros Sly, de Sly And The Family Stone, qui fait le tour de la Planet Earth pour des concerts apparition de 20 minutes, comme une curiosité jurassique. Prince - Planet Earth (Columbia, juillet 2007)
Kathy Diamond : La nouvelle créature de Maurice Fulton
Sur Miss Diamond To You, Fulton s'est donc lancé dans la création d'un nouveau personnage : une diva soul et néo-disco blanche, à la voix plutôt moyenne, mais qu'il va transcender pour l'envoyer dans l'espace, grâce à la puissance de son méga-pouvoir spectro-laser millésimé Moroder/Summer 70. De "Between The Lines" à "Another Life/Original", le bonhomme et Diamond balancent une série de pur tracks növo disco barjots, gorgés de soul dans lesquels Fulton laisse libre court à son fétichisme pour les arrangements carrément pervers (voir le plan de clavier des 4 dernières minutes du tueur "All Woman", ou la lente évolution ambient groove du planant "I Need You"), quand ce n'est pas une obsession quasi compulsive pour les instrumentaux cosmic ("I Need You Here Right Now", "Racing Thru Time") et les trips totalement hypnotiques ("Over", "Another Life/Original") évoquant un hybride de "I Feel Love" et de "Tainted Love". Miss Diamond To You est donc une vraie histoire d'amour qui se joue en direct sous vos yeux. D'ailleurs, tandis que monsieur fait des massages à ses machines, palpe ses claviers, pelote ses laptops et fait reluire ses samples, "madame rêve", ou plutôt dérive tranquillement dans les allées ombragées du psychédélisme électronique et soul de cette fin de siècle. Ne rougissez pas, comme le dit le titre, c'est pour vous ! Et puis c'est typiquement un album pour l'été, si tant est que ce genre de chose ait la moindre importance. Kathy Diamond - Miss Diamond To You (Permanent Vacation/Nocturne, juin 2007) |
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