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1968, c'était hier pour moi aussi...

Posté par 2goldfish le 01.05.08 à 15:48 | tags : egographie, pop, vidéos musicales, youtube, funk

Je contemplais l'idée d'honorer l'esprit de 68 en renonçant à tous mes idéaux pour m'installer dans un pavillon avec femme et enfants quand j'ai commencé à réfléchir. On reproche souvent aux baby-boomers d'idéaliser leur jeunesse et d'avoir imposé l'idée dans notre culture des années 60-70 comme pinacle de la musique pop et rock, comme une époque où on aurait tout inventé et qu'on ne ferait que copier aujourd'hui. Le pire c'est qu'ils ont été si convaincaints qu'aujourd'hui on se retrouve avec des groupes comme The Kooks qui jouent une musique résignée à ce soi disant état de fait. Peut-on évaluer l'évolution de la musique populaire depuis quarante ans ? Voilà un petit exercice : depuis 1968 il s'est passé autant de temps qu'il s'est passé autant de temps qu'entre ça...

 

 

(Bertold Brecht qui chante "Die Moritat von Mackie Messer" ou "Mack The Knife" ou "La Complainte de Mackie le Surineur", chanson de son Opéra de Quat'Sous dont la première a été donnée à Berlin en 1928)

et ça..

(Sly & The Family Stone qui jouent "Dance To The Music" et "Higher" a un concours de talents en Ohio)

On en est où aujourd'hui ? 

Dossier Mai 68 sur Flu 


James Brown était un indien

Posté par 2goldfish le 18.04.08 à 13:00 | tags : funk, rnb, soul

Sur le site de GQ (je suis aussi étonné que vous de ce lien) Gloria Daniel, une des dernières ex de James Brown raconte cette petite anecdote :

 

"Une nuit de l'été 2001, après qu'il l'ait recouverte de vaseline ("Il vous aimait complètement graissée",d it-elle. "Comme une côte de porc") et épuisée en essayant de jouir, il abandonna et quitta la pièce et Gloria s'est endormie. Quand elle s'est réveillée, M. Brown était debout au pied du lit, un long manteau de vison sur son torse nu, un chapeau de cowboy noir et un pantalon de pyjama en soie dont une jambe était fourée dans une botte de cowboy et l'autre pendait. Il avait un fusil à l'épaule et une bande blanche de crème sous chaque opeil. "Je suis un indien ce soir, bébé" annonça-t-il. "Viens, on va leur en donner." Puis il a laissé tomber un bocal de pièces sur le sol, lui a dit d'attraper une machette et est parti vers le garage. Il a pris la Rolls, conduit dix miles vers Augusta en zig-zaguant tout le long de la route, shootant des boites aux lettres, fumant encore plus de dope et criant qu'il était un indien."

 

 

J'ai hate de voir comment ils vont édulcorer ça dans le biopic. James Brown a été élevé dans un bordel. il considérait les femmes commes des objets, laissait même des "assistants" s'occuper des préliminaires. Il a aussi passé sa vie défoncé, se faisait régulièrement arrêté pour possession ou pour les comportements violents qu'entrainaient ses abus. Dans les biopics hollywoodiens de ces dernières années, l'idée principale est que ces types dont on nous parle ont le droit d'avoir plus de talent et plus de succès que nous parce qu'ils ont beaucoup souffert, ce qui leur donne aussi le droit de se droguer un peu et d'être un peu un salaud avec leur femme... du moment qu'ils finissent clean et gentils. James Brown ressemblait plus à un personnage de Scorcese. Aux dernières nouvelles Spike Lee devait faire le film, on peu espérer qu'il ne nous livrera pas une version trop expurgée du film mais avec toutes les personnes qui risquent de poursuivre le studio si elles n'aiment ce qu'elles voient d'elles à l'écran, on peut parier que les avocats du studio regarderont de près le scénario. Il va falloir marcher sur des oeufs.


James Murphy & Pat Mahoney : Funky Homosapiens

Posté par Maxence le 25.02.08 à 18:22 | tags : funk, disco, électro

Le destin du volume 36 de la collection Fabriclive est vraiment désolant. Adulé par la moitié de la planète pour son Sound Of Silver et jalousé/détesté par l'autre moitié pour la même raison, le leader de LCD Soundsystem doit pleurer des larmes de cires chaudes à la vue des réactions (aucunes) et des ventes (bien peu) engendrées par la réalisation de ce "mix album" amoureusement bricolé en compagnie de son compère de toujours Pat Mahoney. Alors pourquoi parler aujourd'hui de cet album sorti l'an dernier dans l'indifférence la plus totale ? Justement parce que s'il ne figure visiblement dans aucun classement annuel, ce volume de la fameuse collection Fabric mériterait au moins d'être au sommet du top des "albums ignorés et mésestimés de 2007". La cause ? Fabriclive 36 est un trou noir, une faille spatio-temporelle dans laquelle l'auditeur à la recherche de beats énervés, de guitares samplées et de pop qui danse, erre hébété et ne se retrouve pas. Pas plus d'ailleurs que les autres semble t'il, pourtant plus exigeants mais tout autant en mal de sensations, aussi disco et funly punky soient-elles, et criant à tue-tête : "mais où est la hype !!??"

 

Evidemment, James Murphy qui ne fait rien comme personne, prend ici des libertés avec l'image que la plupart des gens se font de lui. Murphy encore une fois, tourne le dos aux rumeurs qui font de lui un opportuniste uniquement motivé par la reconnaissance et la hype. Secondé par son comparse, le boss de DFA choisit d'exhumer une sélection impeccable de funk d'outre tombe et de disco gay obscur sur lequel flotte encore une odeur musquée de backroom mal ventilée. Pas de punk funk facile ici, pas d'electrorock bas de front, pas de velléités fluo qui piquent les yeux ou de titres vus ou entendus sur toutes les compilations mutant disco actuelles, non, rien que de la bonne vieille musique de dance (to the) underground, la vraie, celle qui sévissait sur les dancefloors de New York de 1976 à 1980. Murphy et Mahoney dégotent par exemple les trépidants "Beginning of the Heartbeat" et "Don't Don't", fameux titres du Love of Life Orchestra parus uniquement sur un single 12", sur lequels s'expriment entre autres, Arto Lindsay, Peter Gordon et David Byrne des Talking Heads, dont la guitare rythmique funky et sèche comme un coup de trique, accompagnée des distorsions géométriques de Lindsay, donnent tout son relief au morceau. Minimal electro funk (un "Primetime (Uptown Express)" pre-Detroit de Baby Oliver, "I Got My Mind Made Up" d'Instant Funk, "Adventures In Bickett Wood" de Mudd), funk à paillette ("Love Has Come Around" de Donald Byrd & 125th St, NYC, , "Lies", GQ), classiques indémodables ("I Feel Your Love Comin' On" de Chic, "Tell Me That I'm Dreaming" de Was (Not Was), tout ça fait à la main, avec en prime ce son compressé et approximatif généré par une bonne vieille Bozak, console analogique mythique et quasiment introuvable. Alors évidemment, on peut reprocher à cet album ses titres enchaînés comme une compilation plutôt que véritablement mixés par un James Murphy et un Pat Mahoney qui s'y connaissent visiblement autant que moi en matière de Djying, mais ce serait injuste, et surtout, hors-propos, Fabriclive 36 étant avant tout un effort de vrais fans de musique qui nous offrent et partagent tout simplement ce qu'ils aiment. Comme dirait Herbert Leonard, "pour le plaisir" et rien de plus". ; )

 

James Murphy & Pat Mahoney - Fabriclive 36 (Fabric/Pias)


Strange Breaks & Mr Thing : American Boogie

Posté par Maxence le 22.02.08 à 20:40 | tags : funk, soul, hip hop, label, rock

Sur le site de BBE Music, le musicien et label manager Peter Adarkwah s'explique, "Mon idée avec BBE, c'est de fournir une plate-forme créative à mes producteurs favoris. La série existe grâce à une suite de coïncidences - une combinaison de hasards et de rencontres qui doivent beaucoup au pouvoir de la culture hip-hop. Cette initiative a été couronnée de succès car elle m'a permis d'intégrer au sein d'un même label les différentes influences qui m'ont inspiré jusqu'ici. La plupart des producteurs que j'admire ont de vastes collections de disques, de musique brésilienne, de rock, de jazz, de disco, de house etc. Avec BBE, j'ai décidé de donner à ces producteurs et musiciens, la possibilité d'exprimer toutes les facettes de leur talent". Et en effet, avec BBE Music (pour "Barely Breaking Even Records", soit "des disques qui dépassent à peine le seuil de rentabilité", en VO) Adarkwah illustre depuis maintenant 12 ans, une certaine idée de la culture black et de la musique en général. Celle du métissage et de l'ouverture, qui reste pourtant en constante connexion avec ses origines.

 

Pochettes classieuses, sélections impeccables, pointures incontournables (DJ Spinna,Kenny Dope, Keb Darge and Cut Chemist, j'en oublie), autant le dire tout de suite, BBE Music est LE label des fans de musique dont les racines plongent dans la black culture. Ainsi sur Strange Break & Mr Thing, sous-titré avec justesse "Rock, Funk, Soul, Jazz & Soundtrack Breaks for Modern Living", le funky homosapiens qui nous habite redécouvre avec bonheur le pouvoir du funk, au sens large du terme. A l'origine Mr Thing est un membre respecté du fameux crew de turntablistes connu sous le nom de Scratch Perverts. Aujourd'hui son travail de producteur dans le domaine du hip hop lui donne l'occasion d'explorer la musique sous tous ses angles. Sur Strange Break & Mr Thing, il nous offre surtout une rétrospective brillante et chaleureuse du son des 60's et des 70's. Celui de la blackspoitation et des relectures hilarantes de Quentin Tarantino. De Sky King à Steve Smith en passant par The Discoettes, Strange Break & Mr Thing est un trip enfiévré sur la route du groove, une vision américaine du boogie des origines (The Crystal Mansion - "Boogie Man"), métissé avec l'ambiance hyperactive et trépidante de notre époque. Une musique enfin, dont les fondations sont allègrement recyclées et samplées aujourd'hui et dont vous retrouverez certainement les vibrations, rien que des bonnes vibrations, dans les musiques actuelles.

 

 

Dans le même esprit et sur le même label, ruez-vous sur Better Days, de The Million Dollar Orchestra. Réalisé et enregistré à l'ancienne dans un luxe de son chaud et soyeux, Better Days est la biographie musicale funky et imaginaire, d'Al Kent, DJ écossais organisateur des fameuses soirées Million Dollar Disco. Ici, il s'invente une histoire fabuleuse dans laquelle, exilé à New York, il devient "ami de Nicky Siano à l'époque mythique du "Loft" et se retrouve victime d'une expulsion pour cause de trafic de stupéfiants. Ce projet rétro funk full groove pourrait être le manifeste du label BBE. Un parfait pont entre l'imagerie disco funk des 70's (incarné par Salsoul, Prelude, Sugarhill) et notre époque, dans une orgie soul cuivrée qui atteint parfois une dimension extatique et frénétique peu commune.

 

 

A suivre, puisque c'est promis, nous reparlerons de ce label riche et passionnant...

 

Mr Thing - Strange Breaks & Mr Thing
The Million Dollar Orchestra - Better Days
(chez BBE Music/Pias)

 

 

http://www.myspace.com/bbemusic


Erykah Badu de pochette en pochette

Posté par 2goldfish le 18.02.08 à 10:46 | tags : vidéos musicales, funk, rnb, youtube

 

 

Fin Février, Nu Amerykah Part One : Fourth World War sera le premier album d'Erykah Badu depuis Worldwide Underground en 2003 (et encore, il n'était pas censé compter comme album, juste comme Ep malgré ses 50 minutes). J'ai entendu les premiers leaks par la fenêtre d'une voiture voilée qui est passée devant moi à toute allure sans que j'ai le temps de relever son numéro, et le disque s'annonce plutôt bien. Dans le clip du premier single "Honey", produit par 9th Wonder, on la retrouve en plein délire soul-funk 70's comme d'habitude mais avec un côté plus léger, chaleureux et ludique qu'à l'accoutumée dans la voix, les mots et les images. Ce n'est pas déplaisant du tout.

Bon, maintenant, avez-vous reconnu toutes les pochettes pastichées ?


Thriller, le mythique album de Michael Jackson fête ses 25 ans

Posté par LovelyRita le 11.02.08 à 11:31 | tags : soul, funk, pop, anniversaire, news, radioflu
 

Après les anniversaires, les anniversaires de mort, nos calendriers doivent maintenant compter avec les dates-anniversaires d'album. L'année dernière, on fêtait les 10 ans de l'album Ok Computer de Radiohead et les 20 ans de Joshua Tree de U2. Aujourd'hui très précisément c'est l'anniversaire de Thriller de Michael Jackson. Anniversaire qui est marqué par la réédition de l'album dans une vesion enrichie. Après 25 ans d'existence, on ne cesse de souligner ses qualités et les chiffres records qui y sont associés.
 
En 1982, quand l'album sort il s'agit d'une petite révolution. Produit par Quincy Jones, Thriller est un déclic pour la musique noire américaine. Pop, funk, soul mais aussi disco, Thriller est clairement un album ancré dans les années 80. Les collaborations et les tubes que contient le disque en font un album impressionnant. Paul McCartney présent sur "The girl is mine", Eddie Van Halen, des membres du groupe Toto et aussi Vincent Price, acteur de films d'horreur. "Beat It", "Thriller", le fabuleux "Billie Jean" et le "Wanna be startin something" que Rihana ne s'est pas privée de sampler pour son single "Please don't stop the music". Thriller est dopé de tubes et arrive sur le marché du disque au moment opportun où le vinyle est à son apogée. A sa sortie, l'album a passé 80 semaines dans le top 10 aux Etats-Unis, a été certifié 27 fois disque de platine ; en 1984 lors de la cérémonie des Grammy Awards Jackson remporte 12 récompenses dont 7 rien que pour cet album. Il reste encore aujourd'hui l'album le plus vendu au monde. Les chiffres varient de 55 millions à 104 millions d'exemplaires.
 
Disque de tous les records, disques aux influences multiples, Thriller et son single du même nom révolutionnent aussi le monde du clip. Pour ce titre, le chanteur fait appel à John Landis pour réaliser pas seulement un clip, mais un court-métrage célébrissime pour avoir fait danser des morts-vivants. Petit bijou, le clip sera largement diffusé à la télévision et parodié par la suite.
 
Pour cette occasion, sort le 11 février 2008, une réédition avec 7 titres supplémentaires et autres bonus. Des remixes signés par des artistes de la jeune génération (Kanye West, Akon, Fergie et Will.i.am), un inédit issu de la session d'enregistrement originale et les clips de "Thriller", "Beat it" et "Billie Jean" sur la partie dvd. Cette ressortie va-t-elle doper les ventes et va-t-elle momentanément détourner l'attention que les fans portent à l'éventualité d'un nouvel album pour 2008.
 
Bon anniversaire Thriller ! Pour ses 25 ans, Flu vous propose de découvrir cette nouvelle édition de Thriller en écoute spéciale cette semaine sur Radio Flu !

Luke Solomon : Freak out !

Posté par Maxence le 23.01.08 à 18:14 | tags : myspace, funk, disco, électro

Parlons funk ! Le cœur de l'hiver est la meilleure période pour aborder l'anti-house déglinguée et exubérante de Luke Solomon. Quand on dit, Solomon on pense "Freaks" bien sûr. Tout le monde, ou presque, devrait se souvenir du projet housey et punky qu'il menait avec son compère Justin Harris. Hé bien non, tout le monde ne s'en souvient pas, justement ! Malgré un succès d'estime le dernier album du duo ne s'est malheureusement pas vendu, ce qui a fortement découragé notre producteur. Qu'à cela ne tienne, grâce au soutien inconditionnel de Damian Lazarus et de Matt Edwards, aka Radio Slave, l'Anglais s'est remis sérieusement au travail et accouche ces jours-ci de l'épatant The Difference Engine. Freak out !

 

The Difference Engine tout d'abord c'est le titre d'un fameux roman steampunk (pour faire court, "du cyberpunk à l'époque des machines à vapeur", ou de la "science-fiction victorienne", si vous préférez) écrit à quatre mains par deux maîtres de la SF contemporaine, Bruce Sterling et William Gibson. Luke Solomon avoue s'être livré à une lecture assidue de l'œuvre, y piochant d'édifiantes leçons pour un premier album solo qui restera comme l'un des trucs les plus dingo qu'il nous ait été donné d'entendre dans le champ de la "house music". Attention, ce projet ne manque pas pour autant de cohérence, au contraire. Solomon se livre ici à une exploration en règle de plus de 30 années, de patrimoine électronique, saluant la fin des 70's, surfant sur les 80's et appliquant ça et là les idées retenues durant les 90's. On y retrouve donc des clins d'œil à l'acid house made in Chicago ("Skins"), des accents disco et italo bien sûr, de l'electro funk très moite également, sans oublier des hybrides inclassables, fruits de divers d'expériences inavouables. C'est en quelque sorte le lègue panoramique électro global de Mr. Solomon aux futures générations. "This record is a message to young people, to people under the age of 25", annonce-t-il d'ailleurs sur "The Beat Goes". Entièrement mixé, l'album s'aborde comme un vaste continuum électro house baroque et déjanté. Pour le coup c'est vraiment "A Weird and Wonderful Trip into the Mind of Mr. Solomon" !

 

Côté "weird" d'abord, l'Anglais s'est clairement donné pour mission de révéler la face tordue de la house. C'est le cas sur "Junkies And Whores", parfaite bande son pour coma éthylique ou abus de GHB, borborygmes inaudibles, boucles acides et "conscious, so conscious" répété comme un mantra afin de conjurer l'évanouissement qui nous guettera immanquablement sur le dancefloor. Autre sommet de groove bizarroïde, "Martin, A Cello And Me" évoque les déconstructions new wave arty du early Tuxedomoon, peu de funk, beaucoup de punk donc. Côté "wonderful", Solomon prouve qu'il est aussi capable de pondre de langoureux moments d'electro house vocale ("Top, Bottom", "People, places Thoughts And Faces"), hypnotique et presque pop ("The Different Engine"), des pièces minimales étranges ("The Darkest Secrets", une batucada éthylique et enjouée) suivies d'envoûtantes ballades electros vrillées, comme ce "Spirits" aux accents balearic délicieusement pervertis. Tout au long de The Difference Engine, Solomon reste maître d'une musique libre, intelligente et respectueuse. Libre quand il se permet un saxophone sur "The Beat Goes", intelligente quand il inclut un sample de l'écrivain William Burroughs sur "Open Fire", respectueuse dans son hommage au mutant disco de Liquid Liquid sur l'éponyme "Liquid" qui clôt le disque. Avec Solomon, le message est clair : à l'instar de la science-fiction rétrofuturiste du roman de Gibson et Sterling, il y a du bon à regarder par dessus son épaule et à jeter un œil dans le rétroviseur pour envisager la culture - et la musique - de l'avenir.

 

Luke Solomon - The Difference Engine (Rekid/Nocturne, janv 2008)

 

Solomon ne présente malheureusement presque aucun des morceaux de The Different Engine sur son profil myspace.


Kasper Bjørke : Electronic voodoo land

Posté par Maxence le 09.01.08 à 15:10 | tags : funk, myspace, rock, électro

Que se passe t'il en Scandinavie depuis quelques années ? Les talents se cachaient-ils dans les caves et les discothèques underground, ou étions nous simplement trop aveugles (ou trop indifférents) pour voir ce qui était évident depuis toujours ? Passé Gus Gus, Björk ou Royksopp, comment se fait-il que la Norvège, la Finlande, la Suède et l'Islande semblent se réveiller aujourd'hui, affichant une forme étonnante dans des domaines musicaux aussi divers et variés ? Le fait est que, de la pop au néo disco (je passe sur la scène doom et black metal des plus... hum, "vivante") ces pays regorgent de talents et d'artistes des plus ébouriffants. Ahurissant aussi le nombre de formations excentriques aux œuvres dignes d'alimenter pour 10 ans notre rubrique culte et bizarre. Je vous épargnerai la liste complète, mais impossible de faire l'impasse sur Lindstrom, Rune Lindbæk, Prins Thomas, Oh No Ono, Studio, Mari Boine Persen, Bjorn Tørske, 120 Days, Skatebaard ou Todd Terje (et j'en oublie volontairement). Comme je l'écrivais il y a quelques mois, est-ce le soleil de minuit qui leur tape sur la tête ? Les nuits trop longues qui les rendent tous dingues ? Toujours est-il qu'encore une fois, c'est l'extrême nord de l'Europe qui nous offre une belle tranche de funk electro mâtiné d'italo disco et de pop déviante en la personne, très étrange et totalement inconnu dans nos contrées, de Kasper Bjorke.

 

In Gumbo a tout de l'ovni. Sorti de nulle part sous une pochette réellement intrigante, ce premier album solo de Kasper Bjørke (il est également membre du groupe Filure. Qui ça ? Ok, oubliez...) est la carte de visite plutôt salement emballante d'un artiste polymorphe au charisme certain. Je sais, ça sent la formule, mais croyez-moi, c'est totalement sincère. Ce Danois filiforme d'une trentaine d'années que l'on imagine raisonnablement aussi fan de Prince que d'electro classique, accouche avec du genre d'album jouissif que l'on garde par devers soi. Pas par égoïsme, mais avec un peu de honte, de peur de se heurter à l'incompréhension de ses amis. Il faut dire que cette grande bringue frisée ne nous mâche pas le travail. Comme beaucoup de ses compatriotes (au hasard, Oh no Ono), Bjørke flirte constamment avec les limites du mauvais bon goût et pourtant, on se plonge dans cet album d'electro voodoo music avec un enthousiasme sans limite. Riffs de guitare 80 et synthés viriloïdes sur l'exubérante power pop de "Back & Spine" et son refrain entêtant (le hit de l'album), moiteur de backroom musquée sur l'incroyable "Humming Song" qui célèbre le croisement du funk le plus torride et des gargarismes traditionnels eskimos (la naissance du funk lapon ?), electro romantique et sensibilité new wave sur "Thunderstorm", cavalcade de percussions néo-disco et chœur gospel sur "Liquid Propagnosia", electronica primitive en mode Atari sur "Wombats" et "Lost Signal", punk-funk sur "Ctrl", italo sur "Igo Ugo" (autre sommet de ce disque hors normes), soul glaciale sur "Doesn't Matter", magnifique pour peu que vous n'ayez pas d'allergie à la new wave commerciale des années 80 et enfin pop psychédélique sur le mélancolique "Man My machine (The Requiem)". Sur le papier cela peut vous sembler disparate. Ne vous y fiez pas, In Gumbo est l'œuvre d'un type qui sait où il va. Il y a une logique, une unité de ton dans tous ses morceaux. Une patte, un style, une âme quoi.

 

Si vous aimez le gumbo, cette soupe de la Nouvelle-Orléans dans lequel marine un peu de tout, vous y serez ici à votre aise. C'est chaud, épicé, varié, il y a plein de truc bizarre dedans et on ne s'ennuie jamais.

 

Kasper Bjørke - In Gumbo (Plant Music/Discograph, oct 2007)

 

http://www.myspace.com/kasperbjorke


James Brown, c'était il y a un an...

Posté par LovelyRita le 24.12.07 à 11:27 | tags : cimetière, à lire, soul, funk
Noël 2006, on découvrait nos cadeaux au pied du sapin et en allumant la télé ou la radio on apprenait cette triste, trop triste nouvelle. James Brown, the Godfather of Soul venait de mourir. Il avait 73 ans et est mort le jour de Noël, le jour de la naissance de Jésus. Une date de mort hautement symbolique pour ce chanteur qui était, avant même son décès, culte. Des albums à en pleuvoir, des standards plein le tiroir-caisse pour ce chanteur de soul-funk aimé de tous (ou presque ?!). A plus de 60 ans, James Brown avait encore la patate sur scène à en rendre jaloux les plus jeunes artistes. Aujourd'hui 25 décembre 2007, Fluctuat vous souhaite un Joyeux Noël et rend un hommage à JB !    
 
Pour en savoir plus sur le Godfather, sa jeunesse, sa carrière, son succès et son influence dans le rap, lire la bio de James Brown.
 

The Motorik sound of Pilooski Edits

Posté par Maxence le 14.12.07 à 17:25 | tags : myspace, rock, funk, électro

Petite séance de vocabulaire. "Motorik" en allemand désigne le son répétitif, parfois hypnotique et souvent psychiquement excitant, de certaines formations du krautrock allemand des 70's. C'est par exemple le jeu de batterie caractéristique du batteur de Can, Jackie Liebezeit, ou les rythmes saccadés des compositions de NEU! ou de Faust sur leur album So Far. Vocabulaire, suite : Un "edit" désigne le résultat d'un re-editing, une technique dérivée des expériences des DJ new yorkais de la fin des années 70, qui oeuvraient au Paradise Garage ou au Loft, et découpaient méticuleusement le groove en tranches sur des morceaux funk, soul ou disco originaux pour les transformer en version extended play, ou "version longue". Assez longues en tout cas, pour faire danser le public jusqu'au bout de la nuit. Qui rallongeait la partie rythmique, qui ajoutait des effets, qui encore, rajoutait des beat. L'edit n'est donc pas à proprement parlé un "remix", rien n'est vraiment ajouté au morceau qui n'existait déjà sur le titre original. Le producteur ne fait qu'allonger la durée afin de générer une ambiance propice à la transe et la danse, tout en restant très cérébral.

 

Ce rythme si particulier, c'est justement celui qu'affectionne le Français Pilooski, "l'éditeur venu de l'est" comme le nommait à juste titre, Philippe Azoury, mon collègue de Tsugi, le mois dernier (Cédric Pilooski, puisque c'est son vrai nom, ayant des origines polonaises). De fait, qu'il s'agisse de Prince ou d'Alan Parsons Project, chaque morceau approché par Pilooski semble soudain avoir été écrit et composé par Can, ou Suicide. C'est particulièrement évident sur cette compilation à tirage limitée (1000 exemplaires en tout et pour tout) qui réunit une partie des maxis collectors du Français. Sur Dirty Edits vol. 1, on retrouve sa version du "Send Him Back" joyeusement frénétique des The Pointer Sisters, quelques interludes poétiques et étranges. Un cut de la "La Nuit du Chasseur" en intro, classe. "Le Petit Chevalier" une comptine parfaitement glaçante, ou l'inénarrable reprise de "Black Hole Sun" de Soundgarden, "Franck Sinatra-isée" par Steve and Eydie, mais surtout, des edits cultes du signor Pilooski, comme son travail sur "The Brain of Oscar Panizza" de Michael Bundt, un morceau rendu véritablement cosmique dans une total défonce krautrock, tout comme le "I Robot" d'Alan Parsons ou le "Get Up" du funkateer Edwin Star où l'on croirait entendre Alan Vega jammant avec James Brown ! Bien évidemment, Pilooski ne pouvait pas ignorer Can, et quand il s'attaque à "Mothersky", ses guitares suraiguës (la cinquième minute, gniiiiii !!), ses toms en furies, c'est véritablement l'heart attack qui nous guette ! Pour finir, l'album offre une version à la fois émouvante et hilarante de "The Wicked Game" de Chris Isaac par Les Reines Prochaines. Si vous ne connaissiez pas, c'est le moment de vous y mettre. Bref, il n'y a rien à jeter sur ce volume 1 des Dirty Edits et ceux qui s'étaient rués sur les maxis vinyles avant tout le monde le savent bien. Les autres devraient se dépêcher, il n'y en aura pas pour tout le monde. Quant à nous, on attend la suite avec impatience...

 

A propos, surveillez avec attention le profil myspace du bonhomme pour écouter ses nouveau travaux souvent proposés en ligne en avant première, et taper "Pilooski" sur le site Hype Machine qui répertorie tous les blogs musicaux qui proposent gratuitement ses édits.

 

Pilooski - Dirty Edits Vol.1 (Tigersushi/Discograph)


Le thé au Harem de Guillaume & The Coutu Dumonts

Posté par Maxence le 11.12.07 à 18:03 | tags : électro, techno, funk

Ecoutez. Ça commence par la lecture d'une sourate, un passage du Coran pour le Salaat (l'appel à la prière) et puis le rythme arrive, une grosse bourrasque de percussions légères suivies d'une ligne de basse vibrante comme le Semoun, ce vent chaud qui vient du désert et qui fait résonner le sable. Womb, womb. Une nappe enfin, vient rafraîchir l'atmosphère, et c'est bon ! Cette ambiance immédiatement prenante est le fruit du travail de Guillaume & The Coutu Dumonts, un producteur globe-trotter qui se destinait à devenir ethnologue avant de commencer la musique. Passionné d'ethnomusicologie, même s'il réfute "l'ethno-techno" et ces parodies de musique indienne ou arabisantes accompagnées d'un gros beat techno, Guillaume s'avoue également fasciné par l'orient et surtout transformé par un récent voyage en Afrique au côtés d'un groupe de jazz dans lequel il jouait des percussions. Un art qu'il doit d'ailleurs à une formation en percussions latines, discipline qu'il exerça à l'instar de Ricardo Villalobos (avec qui Coutu Dumonts partage de nombreux points communs) juste avant de se familiariser avec la musique électroacoustique. C'est certainement ce parcours peu orthodoxe qui fait de Face à l'Est, son premier album signé sur Musique Risquée, le label d'Akufen et Vincent Lemieux, un disque unique, à la fois frais et extrêmement abouti.

 

Normal, puisque si Guillaume & The Coutu Dumonts est un nouveau projet, ce transfuge du fameux festival Festival Mutek de Montréal et protégé de son directeur artistique, Alain Mongeau, n'est pas moins à la tête d'un nombre étonnant d'initiatives, dont Egg (avec Julien Roy), Luci (avec David Fafard), Chic Miniature (avec Ernesto Ferreyra), Flabbergast (avec Vincent Lemieux) et j'en oublie. Sur Face à l'Est, l'exotisme des influences moyen-orientales ou africaines a beau être présent, le producteur privilégie constamment la subtilité. Ces influences sont plutôt là en filigrane, comme un souffle, uniquement audibles à celui qui sait écouter. Une exception pourtant sur "Les Gans", largement inspiré par la musique éthiopienne, où Coutu Dumonts réunit minimal house et jazz, et qui est une vraie réussite. Sa musique est à la fois très organique et très précise, presque mathématique, mais de ces mathématiques du chaos à la Villalobos (qui joue d'ailleurs régulièrement les maxis du Canadien). Elle joue sur les échos, la polyrythmie et les sons microscopiques. Sur ses morceaux les plus hypnotiques, Coutu Dumonts crée des espaces en apesanteur et des mélodies sous forme de nappes ou de bleep electronica. Des variations qui utilisent également les voix, donnant une teinte housey à des compositions qui gagnent alors en chaleur et surtout en sens, même si c'est souvent de manière subliminale. A ce propos, le Québécois m'expliquait récemment en interview : "L'Occident a les yeux rivés sur l'Orient (et le Moyen-Orient). Pour plein de raisons, je crois que nous courrons vers une confrontation si la machine ne se renverse pas. Parfois je crois que la musique électronique est un peu trop dépourvue de sens. Il n'est pas facile de passer un message lorsqu'il n'y a pas de paroles (quoique l'on retrouve du texte sur l'album). Sans vouloir passer un message politique... j'aime penser que le titre donne le ton à l'album. Pose une question en sourdine...Pour moi les artistes ne doivent pas faire de la politique mais une de leur fonctions est de poser des questions. Sagesse et transcendance, intelligence et goût du risque, réunis sur un même album, décidemment ce Coutu Dumonts est un cas ! Meilleur espoir 2007, pas moins.

 

A écouter sur son profil myspace "Don't Cheet With Concrete", "Yenon" et "They Only Come Out, tous trois tirés de Face à l'Est.

 

Guillaume & The Coutu Dumonts - Face à l'Est (Musique Risquée/Nocturne)


Roxy Music vs Talking Heads : The same (good) old scene

Posté par Maxence le 02.12.07 à 13:36 | tags : funk, vidéos musicales, youtube, rock

Dimanche en mode nostalgie ? Non, juste le (mon) petit revival Talking Heads annuel, mis en perspective cette année avec le Roxy Music de 1980, "The Same old Scene" (d'ailleurs excellement remixé par The Glimmers cette année) et "Life During Wartime" (1979) dans sa version live sur Stop Making Sense. Guitares, basses en avant, synthés, funky feeling avec du sens, les années 80 quoi. "Old is but good is". Deux fois 5 minutes (et des poussières) de bonheur pur. On reparle de Talking Heads très bientôt.

 

 


Albums cultes des géants du bizarre #24 : Pylon - Gyrate (Plus)

Posté par Maxence le 15.11.07 à 18:47 | tags : funk, culte et bizarre, myspace, punk

La redécouverte de Pylon par Mr. James Murphy est l'occasion rêvée de vous présenter un album "culte et bizarre" bénéficiant d'une actu brûlante. En effet, c'est grâce au Pygmalion de service du "mutant funk disco punk" new yorkais, que nous avons aujourd'hui la chance de pouvoir écouter (et danser !) sur les rythmes mécaniques de cette obscure pépite du post-punk américain. Pour la petite histoire, sachez que Pylon, est un quatuor punk-funk séminal, actif de 1979 à 1983. Originaire d'Athens en Georgie (comme R.E.M. dont ils ont d'ailleurs fait la première partie bien des fois), le groupe est composé de 3 gars et une fille, soit Vanessa Briscoe Hay au chant, Randall Bewley à la guitare, Michael Lachowski à la basse et le batteur Curtis Crowe. Initialement introuvable, leur premier album Gyrate, est aujourd'hui réédité chez DFA, augmenté de maxis et d'inédits, sous le titre Gyrate "Plus". Une forme de clin d'œil certainement ironique, tant l'usage de tout superlatif sied mal à ce groupe à l'origine d'un funk décharné au groove robotique et cyclothymique pourtant tout à fait infernal.

 

Avec Gyrate Plus, Pylon réussit l'exploit de vous faire effectuer les contorsions les plus sauvages tout en restant parfaitement rigide ! La dance du zombie quoi ! C'est la quintessence du disco punk américain, à la fois dansante et désossée, tel qu'entendue chez les tenants de la no wave new yorkaise, comme James Chance, DNA ou Bush Tetras, et dont le slogan pourrait clairement être : "Contort Yourself !". On peut aussi oser une autre comparaison en déclarant que, tout en cultivant le même sens du rythme monolithique et en jouant dans la même cour, celle du punk funk, Pylon c'est un peu ESG à l'os, sans les rondeurs et sans la soul. Deux groupes exécutant le même genre de musique à la fois funky et janséniste, mais dont les origines diamétralement opposées aboutissent au final à un résultat aussi totalement différent qu'étonnamment proche. C'est ce que j'appelle le paradoxe du funk blanc. Sur Gyrate Plus, le combo interprète donc une forme parfaitement froide et minimaliste du funk, mais il l'exécute avec une frénésie communicative et jouissive. Un peu à la manière de Talking Heads période Stop Making Sens, sans les apports ethniques "kora, sanza, balafon et blablabla" ! Musicalement on pense aussi au Wire de Colin Newman, si les Anglais avaient jamais su (et surtout voulu !) nous faire danser, ou encore à une troupe de robots répétant les tubes de Gang Of Four. Soutenu par la voix de félin famélique de Vanessa Briscoe Hay qui nous déchire littéralement le cœur sur "Feast on My Heart", Pylon balance ses bombes dancefloor disco punk avant l'heure, avec une telle facilité qu'on finit par se dire qu'il y a des chances pour que ce soit eux qui aient inventé le genre ! Leur musique aussi répétitive et saccadée soit-elle ("Cool", "Volume") n'en est pas moins rageuse et engagée (écoutez "Human Body", "Driving School" ou "Read A Book" !). Le groupe pond aussi de véritableS tubes en puissance, comme l'hypnotique "Dub", ou "Danger", le morceau que LCD Soundsystem aurait rêvé signer, et c'est ce qu'il a fait en quelque sorte puisque grâce à cette magnifique réédition tout le monde va pouvoir écouter Pylon. Loué soit DFA et son saint patron (on ne le dira jamais assez !)

 

Une fois n'est pas coutume, de nombreux morceaux (dont les excellents "Cool", "Stop it", "Volume" et "Danger 2", la version dub de "Danger", sont disponible à l'écoute sur leur profil myspace.

PYLON - Gyrate Plus (DFA/Differt-Ant)


Prince n'aime pas ses fans

Posté par 2goldfish le 14.11.07 à 09:55 | tags : funk, news, rigolo

Ah, Prince, comment et pourquoi t'aimons-nous toujours malgré tout tes mauvais albums, malgré tous tes caprices de diva ?

La semaine dernière il envoyait ses avocats menacer les sites de fans www.housequake.com, www.princefams.com et www.prince.org de poursuite pour violation de copyright, demandant que soit retiré de ces sites toute musique, vidéo, parole de chanson ou image de Prince ou représentant Prince (jusqu'aux photos des tatouages à son efigie que se sont fait faire quelques fans). Non seulement il n'a pas légalement le droit d'obtenir tout ça mais ce qui choque c'est surtout que Prince s'en prenne ainsi à ses propres fans. Les fans, persuadés que le véritable but de Prince était de les faire taire et d'étouffer toute critique, ont créé le site Prince Fans United pour expliquer leur décision. Ils seraient en pourparler avec les avocats de Prince, tout devrait s'arranger selon eux...

Sauf que Prince vient de créer le site Prince Fams United (la différence est dans le M) qui consiste en une simple page sur laquelle vous pouvez écouter le morceau "PFUnk", une espèce de longue diatribe à moitié incompréhensible adressée à ses fans : "La seule raison pour laquelle vous dites mon nom c'est pour avoir vos quinze secondes de célébrité, personne ne sait ce que vous faites vraiment" puis finalement "J'vous aime tous mais ne m'emmerdez plus jamais". Une série d'insultes ("big fat punk") et de menaces est réservée à un dénommé "Weemolicious". Les forums de fans débattent de son identité, plusieurs sont même persuadés d'être Weemolicious.

Tout ça serait pathétique - Que dis-je ? C'est pathétique. - Tout ça serait uniquement pathétique si la chanson "PFUnk" n'était pas plutôt excellente, un vrai morceau de P Funk avec une méchante guitare funkadélique, des trompettes façon JB's et, parce que Prince est Prince, de l'hélium dans la voix et d'amusantes cochonneries jazzy sur la fin. C'est le genre de morceau que le nain pourpre est capable d'écrire et enregistrer d'une main en se curant le nez de l'autre et c'est pour ça qu'on l'aime toujours. Il a toujours été capable de ça, son problème aujourd'hui, c'est surtout que la plupart des morceaux sur lesquels il se donne de la peine ne sonnent pas aussi bien que ça.


Albums cultes des géants du normal #1 : Stevie Wonder - Fulfilingness' First Finale

Posté par 2goldfish le 13.11.07 à 14:52 | tags : soul, funk, rnb, culte et normal

Un sourd pourrait s'étonner de me voir entamer avec Stevie Wonder cette nouvelle rubrique consacrée à la musique normale des gens normaux, qui aiment leurs parents et le monde et qui ont vendu des disques à la pelle ou, comme on dit nous les critiques, "auraient du". Sur le papier, ça ne peut pas être "normal" un gamin noir aveugle qui a connu le genre de starification infantile qui a fait péter les plombs à Michael Jackson et qui dans les années soixante-dix, à peine agé de vingt ans, a décidé de s'enfermer en studio pour enregistrer en jouant lui même de tous les instruments (personne ne faisait ça, à l'époque) et des synthétiseurs (bis) des disques à l'ambition démesurée, mêlant gospel, funk, R&B, pop et apparement tout ce qui passait à portée d'oreille. Sauf que nous ne sommes pas sourds et il est évident dès qu'on entend une note des albums de Stevie Wonder des années 1970 que nous sommes tous bizarres. Lui seul est normal. Les nombreux publicitaires qui ont profité de son talent (avant que ce soit la mode d'utiliser des groupes branchés dans les pubs) et les rappeurs family friendly qui l'ont samplé sont là pour en attester.

 

 

La question que vous vous posez peut-être, c'est "pourquoi Fulfilingness' First Finale ?". Personne ne cite jamais cet album perçu (avec de bonnes raisons) comme un remake de Talking Book ou un brouillon de Songs In The Key Of Life. Je suis peut-être le seul qui vous dira que Fulfilingness' est le meilleur mais peu importe, c'est moi qui écrit. Cet album contient tout : l'intro pop parfaite "Smile Please" qui contrairement à d'autres ne vous fait pas penser à Cofidis malgré vous, le gospel spacial avec "Heaven Is 10 Zillion Light Years Away", un précoce et rare reggae américain réussi en "Boogie On Reagge Woman", un morceau samba, des chansons d'amour à pleurer et un sens de la mortalité rassurant (je ne sais pas vous, mais moi c'est plutôt les gens qui chantent des "never get old" et des "live forever" qui me font froid dans le dos).

Ce qui fait la force des disques de Wonder des seventies et en particulier de celui ci, c'est que Stevie Wonder nous aime. Qu'il chante sur sa mort dans le sombre gospel "They Won't Go When I Go" ou qu'il pousse Nixon hors de la Maison Blanche avec le furieux funk "You Haven't Done Nothing" (avec les Jackson Five aux choeurs), Stevie garde toujours au coeur son indéfectible foi en la nature humaine. Je suis un pécheur et vous aussi et au moment de l'Ecstase ou de Ragnarok nous prendrons tous cher. Nous ne nous en sentons pas forcément pas digne mais Il nous aime.

Cet amour, qui aurait chez un être moindre viré amer, aura donné à la suite de la carrière de Stevie Wonder des accents sirupeux mais peu importe, en 1974 cet amour a trouvé son expression parfaite. Je n'écoute jamais Fulfilling en été (qui est plutôt la saison d'Innervisions et Music Of My Mind) parce qu'en hiver il me tient littéralement chaud.


LCD Soundsystem : l'heure du bilan ?

Posté par Maxence le 08.11.07 à 17:52 | tags : disco, funk, punk, électro

Et si le vrai talent de LCD Soundsystem était finalement la propension innée de son leader à savoir décliner, toujours à propos, ses albums en singles et vidéos (quand ce n'est pas l'inverse, à l'instar de son premier album qui réunissait tous les premiers maxis du groupe) ? Après "North American Scum" et "All My Friends", voici "Someone Great", le petit dernier. A sa manière décomplexée, LCD Soundsystem rappelle ainsi immanquablement l'époque où les albums de New Order, Grace Jones, Police, The Human League, Depeche Mode ou Peter Gabriel étaient ainsi découpés en tranches, transformés en chair à maxis et en bêtes à dancefloor. Malgré les références pointues que l'on a constamment collé à Sound of Silver (on a évoqué tour à tour Moroder, Brian Eno, Steve Reich, E2-E4 de Manuel Göttsching...) impossible de nier que James Murphy et sa bande jouent de main de maître la carte commerciale du mainstream, pour un album qui réussit clairement à réunir fanatiques de l'electro pointue, indie kids, fluo kids, vieilles barbes disco punk (ou vieilles folles disco tout court) et novices. Pensé du point de vue de Warhol, qui voyait dans l'objet marketing l'oeuvre d'art ultime, cela ne fait que prouver une fois encore l'immense talent de Murphy et son implication totale dans la génération des producteurs-musiciens-entertainer de l'ère post-moderne et numérique.

 

Ceci étant dit, DFA et sa clique ont beau multiplier les supports, à l'heure ou EMI réédite 45:33 en CD et double vinyles (tous ensemble : Wouéééé !) accompagné de bonus énormes comme les titres "Freak Out / Starry Eyes", "North American Scum", "Onastic Dub by James Murphy & Eric Broucek" et "Hippie Priest Bum-Out", trois morceaux préalablement édités sur des 12" uniquement commercialisés aux Etats-Unis, et au moment où Murphy et Mahoney nous offrent un volume 36 de la collection Fabriclive, force est de constater que les marchands du temple, pour une fois, ne se foutent pas du monde ! Prenons le très beau "Someone Great" pour exemple. Sous une pochette minimaliste digne du mouvement De Stij, c'est pas moins de 69 minutes de musiques pour 6 morceaux (+ une vidéo), que nous offre le combo new yorkais. Au programme deux excellents remixes, un "Sound of Silver" electro et grondant par Carl Craig et un "Get Innocuous" salement giflé par Soulwax. Une version clinquante et un peu bitch de "Time To Get Away" par Gucci Soundsystem assez excitante également. Légère déception par contre concernant la relecture molle du genou (pour ne pas dire d'autre chose) de "Us Vs Them" par Windsurf, rapidement rattrapée par la version live du même, enregistrée à la console sur KCRW dans l'emission "Morning Becomes Eclectic". Globalement toutes ces relectures, sauf une, décalottent sec et dépassent les 8 minutes, c'est l'extase !

 

A noter que ces titres n'étaient auparavant trouvables que sur A Bunch of Stuff, une compilation en édition digitale qui inclut la reprise de "All My Friends" par Franz Ferdinand. Au moment où vous lisez ces lignes le 7" LCD Soundsystem/Arcade Fire, est lui aussi dans les bacs, en ligne, bref, partout (!) avec côté LCD, une reprise du "No Love Lost" de Joy Division et côté Arcade, "Poupee De Cire" de Serge Gainsbourg. Aujourd'hui, on a beau dire, on peut aimer ou pas LCD Soundsystem, difficile de nier pourtant que le groupe est sur tous les fronts et qu'il aura largement marqué l'année 2007. Sound of Silver est pour ma par en bonne place dans le palmarès des "disques de l'année."

 

Nous reviendrons très bientôt sur le mix Fabriclive 36 de James Murphy et Pat Mahoney (aka "DJ Tyrant et Disco Dad") dans nos pages, so stay tuned !

En attendant, comme un bonheur ne vient jamais seul, ne ratez pas la winter 2007 edition des DFA free mix !


LCD Soundsystem - Someone Great (EMI/Labels)


Rock et Racisme

Posté par 2goldfish le 01.11.07 à 11:17 | tags : politique, web, à lire, rock, funk

Sasha Frere-Jones, membre de Ui et contributeur régulier de la rubrique musique du new-yorker vient à nouveau de lancer une polémique bancale sur le net, dont Playlist est fier d'être le dernier à parler. Dans son papier titré "A Whiter Shade Of Pale", Frere-Jones se lamentait d'une dérive ségrégationiste de la musique et en particulier du rejet de ses origines noires par l'indie-rock depuis les années 1990. Initialement je me suis dit qu'il s'agissait encore d'un cas de "le rock était tellement mieux quand j'étais jeune" ou de "je joue du funk dans un groupe, pourquoi les autres groupes ne jouent-ils pas tous du funk ?" habillé d'un vieil argument racial pour se donner des airs de justicier. Ensuite je me suis dit que j'avais raison, et j'aurais pu m'arrêter là, j'aime le sentiment d'avoir raison. Frere Jones ressemble beaucoup à un troll comme on en voit partout sur le net, y compris dans les commentaires de ce blog et, d'ailleurs, il nous avait déjà fait à peu près le même coup l'an dernier. Il s'agit cependant d'un vieux débat qui refuse de disparaître et ça vaut le coup de se pencher un peu dessus pour lui tordre le coup ou au moins lui placer quelques bons coups dans les parties.

 

 

L'article de Frere-Jones commence très mal en prenant l'exemple d'Arcade Fire. Certes, la musique des Canadiens ne comporte que très peu des signifiants traditionellement associés à la musique "noire". On pourrait s'arrêter là et dire "et alors ?". Y-a-t-il beaucoup d'artistes blacks qui prennent la peine d'essayer de sonner comme Arcade Fire ? Ce n'est pas pour faire mon Jean-Pierre Pernaud mais pour qu'il y ait la "fusion" à laquelle Frere-Jones aspire, il faut bien tout d'abord des courants musicaux distincts, un terroir qu'on doit entretenir et laisser évoluer indépendament. On pourrait aussi remarquer qu'Arcade Fire est largement influencé par les Talking Heads et Bruce Springsteen, et que même si en dehors du saxophoniste du E Street Band tous ces gens sont blancs comme neige, ils s'inspiraient du rythm & blues, du funk et des polyrythmies africaines. Et puis Frere Jones n'a pas du entendre Haïti.

 

 

Au delà de l'exemple particulier d'Arcade Fire, il est vrai que toute une branche de l'indie-rock a plus à voir avec Brian Wilson qu'avec Robert Johnson. Et pour toute une autre partie, c'est le contraire, ce qu'oublie volontairement Sasha Frere Jones pour concentrer sa paranoïa politiquement correcte sur Sufjan Stevens au mépris de TV On The Radio, de LCD Soundsystem ou de tous ces artistes "indie" d'aujourd'hui qui contredisent sa théorie. C'est ce qu'explique brillamment le blog de Playboy (via Stereogum). Dans un billet très intéressant (Playboy a depuis sa création, mine de rien, une tradition d'articles de qualité) raconte aussi et surtout une histoire de l'appropriation de la musique noire par les rockeurs blancs totalement différente de celle de l'article de Frere Jones. Les Rolling Stones et Led Zeppelin auraient été des racistes et se seraient appropriés la musique de ceux qu'ils considéraient comme des demi-sauvages pour donner libre cours à leurs propres impulsions primaires et misogynes. L'indie rock, né du rejet de ce type de rock bestial serait donc beaucoup moins raciste. On tombe un peu dans l'excès inverse et l'auteur finit par traiter celui qui le contredit de raciste (rarement une bonne façon de mener un débat) mais, quoi qu'il en soit, on en est nettement à Playboy 1, le New Yorker 0.


Jahcoozi : Move your ass, and your mind will follow

Posté par Maxence le 23.10.07 à 18:07 | tags : électro, funk, reggae, myspace

Blitz'n'Ass, quel titre pour ce qui devrait être le disque qui vous fera le plus remuer le bas des reins cette année ! Et autant dire que ça va bouger puisqu'en la matière, Jahcoozi convoque ce que la planète offre de meilleur. Venu du milieu club Berlinois, Sasha Perera, la chanteuse aux origines sri lankaise née à Londres, Robot Koch le Berlinois et l'Israélien Oren Gerlitz, mêlent les rythmes caraïbes, le ragga, la booty bass de Miami et le hip hop aux sons ronflants et pétaradants du hardcore électronique. Cela fait d'ailleurs maintenant 5 ans que le trio rode sa recette à base de basses énormes et moites, d'ambiance punk-funk, de saccades et de roulement de hanches. Sur ce deuxième album le trio propose un mélange plus que détonnant. On pense parfois à Modeselektor (en mieux), à ESG (version éléctro) ou à Kid 606 (en plus structuré), pas vraiment étonnant d'ailleurs puisque l'on retrouve l'Américain parmi les fans de Jahcoozi, aux côtés de personnalités aussi variées qu'Ellen Allien ou Ewan Pearson. Un trio en pleine ascension donc, qui doit tout à une musique subtilement dans l'ère du temps, à la fois brute et riche, sexy et engagée. A ce propos, la production de l'album a beau être faite maison, on y capte déjà le perfectionnisme de grands producteurs electros bénéficiant d'une large culture et d'une belle ouverture d'esprit.

Sur Blitz'n'Ass Robot Koch et Oren Gerlitz, pratiquent en effet de subtils (et radicaux) décalages r'n'b (on n'est pas à Pop Star ici !), technoïdes et noirs, en usant d'instruments sans pour autant négliger les dérapages numériques impromptus et les moments de pures transes industrielles ("Double Barrel Name"). De son côté, Sasha Perera, un improbable mélange de Grace Jones (voir la pochette rappelant le Slave to The Rhythm de la Jamaïcaine) et de Nina Hagen période African Reggae, cultive une sensualité de tigresse et un sens de la syncope à vous faire tomber à la renverse. Ce qui ne l'empêche pas de s'engager aussi, en relevant discrètement le niveau du booty originel. Car, contrairement à ce que son titre laisse penser Blitz'n'Ass (en fait un clin d'œil au classique stéreotype du "tits'n'ass"), l'album ne se contente pas d'aligner les tracks dansants au groove malsain comme "BLN", le très dubstep "Style", "Disposable" (feat. Stereoptyp) et "Gameboy", le quarté gagnant de cet album, il fait également étalage du talent de songwriting de sa chanteuse. Celle-ci défend par exemple la cause gay sur "Rainbow Colored Rizzla" ou dénonce la dictature d'une certaine image de la "plastique" féminine sur "Collagen". Le groupe excelle également dans la composition de morceaux baroques et insolites comme le provocateur "Getyoshitout", une track non dénuée de mélancolique, le mélodique et sombre "Your hand in your pocket", l'imparable "Chill Jill" ou l'inquiétant "Takin' Your Street". A noter que des invités de marque sont également présents sur l'album, parmi lesquels MC Sayid, l'ex-Antipop Consortium et actuel Airborn Audio, et rien que pour ça, il faut poser une oreille attentive sur Blitz 'n' Ass "tropical grindcore" !

 

Jahcoozi - Blitz'n'Ass (A-Sound/PIAS, octobre 2007)

http://www.myspace.com/jahcoozi


Burnt Friedman : Future Funk

Posté par Maxence le 08.10.07 à 18:20 | tags : électro, funk, dub

Attention, Burnt Friedman c'est du lourd. Le bonhomme, de son vrai nom "Bernd Friedmann", n'est pas la moitié d'un artiste, c'est même carrément un pionnier en matière de fusion de musique industrielle et de funk, d'ambient dub et de minimal techno toute en basses. Fondu de reggae dub, cet Allemand de 42 ans est très certainement l'un des bâtisseurs de l'electro allemande à l'origine du son teuton actuel. Hyperactif producteur du début des années 80 (son premier disque est enregistré entre 1978 et 1982 sous le pseudo de THOX) à aujourd'hui, Burnt Friedman est surtout connu actuellement pour son travail au sein de Flanger, un projet abstract jazz sur lequel il s'accompagne d'Uwe Schmidt (alias Atom tm). Ce qui n'est déjà pas rien. Mais se borner à ce duo serait oublier ses nombreuses interventions sous divers autres pseudonymes comme Some More Crime (industrial ambient dub), Drome (ambient industrial), Nonplace Urban Field aka NUF (minimal dub et techno) et bien sûr Burnt Friedman & The Nu Dub Player (reggae dub mutant). Pour sa part, First Night Forever est le nouveau jalon d'un producteur indépendant hors normes, qui délaisse momentanément les terres fumantes de l'electro dub pour rendre un hommage implicite à l'aspect expérimental des musiques noires. Pour cela Friedman bénéficie de l'appui d'une culture musicale sans borne et d'un talent de producteur inégalé, sans oublier une technique et une imagination qui ferait rougir n'importe quels producteurs de RnB contemporain. Des atouts lui permettant une large gamme d'interprétations, du groove déviant au "simple" hit futuriste, qui s'exprime totalement sur ce nouvel album.

 

C'est donc sous la houlette des Sun Ra , Lee Perry, James Brown, Parliament Funkadelic et autres Sly And the Family Stone, qu'il échafaude le groove profond qui parcourt First Night Forever de bout en bout, comme un fil rouge. De "Where Should I Go" (feat Steve Spacek), une track qui rendrait verte de jalousie même sa seigneurie The Artist alias Prince himself, en passant par l'étrange "Machine in The Ghost" porté par la voix grisante de Barbara Panther, tout en saccades africaines et collages rythmiques, sans negliger l'ambient funk de "Walk With Me", le skank spatial de "Need is all you Love", le blues funk de "The Healer" ou le jazz transcendant (et funk toujours) de "Western Smoke, feat Enik", ce nouvel album conceptuel mais crédible, toujours accompagné d'un backing-band fictif mais d'invités bien réels eux (une habitude depuis Burnt Friedman & The Nu Dub Player) impose le plus groovy des producteurs allemands comme un outsider - et un modèle - de l'electro contemporaine. Son album gorgé de funk du troisième type, jette une nouvelle fois un pavé dans la mare des habitudes et des clichés de la scène electro actuelle en nous offrant les effluves d'un air plus pur que celui auquel nous sommes ordinairement habitués, celui des cimes de la création. C'est tout du moins ce que l'on se dit à l'écoute attentive de sa production si particulière sur "Thumb Second" ou "Chaos Breeds" 1 & 2, qui clôturent l'album. Deux morceaux manifestes ("Chaos Breeds" égale "les dompteurs de chaos" en VF) pour celui qui apprivoise manifestement si bien les échos bondissants folâtres et imprévisibles du dub électronique depuis plus de 20 ans déjà. Virtuose !

Burnt Friedman - First Night Forever (Nonplace/Nocturne, oct 2007)


DC Recordings : Dancing astro zombies from outer space part. 1

Posté par Maxence le 20.09.07 à 18:30 | tags : funk, myspace, punk, psychédélique, rock, électro

Welcome freaks, mutant, subhumans, monsters, clones, robots, evils, vampires, zombies, hybrids, pinheads, halfdeads, men machines, cyclops, siamese, android, mummies, psychos, martians, undead, creatures, demons, entombed, skeletons, etc, c'est la rentrée des joyeux mutants de DC Recordings. J'en profiterai d'ailleurs pour présenter deux maxis parus cet été dans une deuxième partie, ça fera un compte rond.

 

Donc voilà, on commence avec les aventures de The Giallos Flame, le projet electro rock gore halluciné de Ron Graham. Le giallo, comme certains d'entre vous le savent certainement c'est l'horror movie à l'italienne, un sous-genre dignement représenté en son temps par Dario Argento, Lucio Fulci ou Mario Bava, pour ne citer que les plus connus. Vous l'aurez compris, avec Live From Dunwich de Giallos Flame nous avons affaire à la version anglaise et provinciale de la bande son fictive d'un film d'horreur italien des années 60 (Dunwich étant une petite ville abandonnée au fin fond du Royaume-Uni). De fait, les six titres de ce Live From Dunwich évoquent un peu le croisement musical délicieux d'un classique de Mario Bava croisé avec Le Chien des Baskerville période Hammer. Ron Graham s'y livre à l'invocation des morts sur fond de nappes de synthés analogiques en mode retro-kitsch. C'est à la fois hilarant ("Out For Justice") et angoissant ("Body Snatcher") et pour notre plus grand plaisir toujours trippant ("Wastelands"). On pense parfois au Gun Club et à Cramps ("Keoma"), à Goblins aussi bien sûr, les mythiques metteurs en son des films d'Argento, bref, que du bon !

 

Toujours en mode rétro (cela fait partie du cahier des charges minimum obligatoire chez DC Recordings), on découvre également ce six titres de Clause Four, alias Tom Giles. Blue on Blue est la déclaration d'amour gentiment psychédélique d'un adepte de jeu d'arcade des années 80 à la culture du vidéo game. Parfait computer geek, fanatique de programmation, Giles mouline sa musique sur de vieux 8-bit accouplés à d'antiques synthétiseurs de type Korg SQ10 pour composer des charmantes ritournelles electronica vintages et pop. Si l'éponyme "Blue on Blue" sonne comme du Plaid en mode archéologique, le reggae dub "Version (#1)" laisse imaginer ce que les pionniers jamaïcains auraient pu faire si l'île avait été équipée en informatique "de pointe" dans les années 70. Clause Four côtoie même les sommets de la poésie quand il abandonne ses tics et ses tropes retro-futuristes et laisse la mélodie s'emballer autour d'une guitare estivale et quelques bleep lumineux sur un "Division" vraiment magique. Idem sur le hip hop cool de "Walking" et la ballade "Soul (version)". Clairement nostalgique d'une époque où la culture électronique était encore ludique, mystérieuse et rigolote, Blue on Blue se présente un peu comme une carte de visite pour un artiste atypique et comme on dit, "attachant". Try it.

 

Giallos Flame - Live From Dunwich
Clause Four - Blue on Blue
(tous les deux chez DC Recordings/La Baleine)

http://www.myspace.com/dcrecordings

Youtube de l'été #42 : Beck - Mixed Business (1999)

Posté par LovelyRita le 27.08.07 à 17:12 | tags : funk, pop, tubes de l'été, youtube

Derrière sa pochette toute suintante avec ce fond vert et cet affreux pantalon moulant en latex, Midnite Vultures de Beck, dissumule bien ses tubes de l'été, oui ses, car en plus de "Mixed Business", "Sexx Laws" avait aussi toutes ses chances. "Mixed Business" et son potentiel funk évident...malheureusement pas de clip officiel, alors je vous ai balancé une vidéo amateur.


Albums cultes des géants du bizarre #9 : James Chance & The Contortions - Buy

Posté par Maxence le 23.08.07 à 18:38 | tags : punk, disco, rock, funk, culte et bizarre

En 1978 James Chance déclenche un tollé au sein de la scène no-wave new yorkaise, cet épiphénomène bruitiste qui ne dura que trois courtes années (juste le temps de tout réduire en cendre) en sortant Buy, son album "disco", sur le label de Michael Zika et Michel Esteban, ZE records. A l'origine, la passion première de James Chance est le funk hystérique de James Brown dans "Super Bad, part. 1 & 2", "Sex Machine" et "I Got Ants In My Pants". "J'ai des fourmis dans le pantalon", la métaphore est parfaite concernant la musique que Chance développera durant toute sa carrière. Avant de débarquer à NYC, ce saxophoniste maigrichon originaire du Wisconsin était à la tête d'un groupe inspiré par les Stooges, Death, mais son goût pour le free jazz le plus sauvage, et particulièrement Ornette Coleman, Albert Ayler et Sun Ra , le projeta rapidement d'une ville où il s'ennuyait à la scène du Mudd Club new yorkais.

La première mouture de son groupe se nommait Flaming Youth et les "contorsions" de son saxophoniste inspirèrent un critique pour finir par en devenir le nom. C'est donc James Chance & The Contortions qui apparaît aux côtés de D.N.A., Mars et Teenage Jesus & The Jerk (conduit par Lydia Lunch) sur No New York, la mythique compilation réunie par Brian Eno en 1978. La musique des Contortions est violente, chaotique et totalement frénétique. C'est un funk tout droit sorti des entrailles du Lower East Side de la fin des 70's, le dernier cri d'agonie du jazz. Le lyrics ne sont pas en reste. Au programme, violence conjugale, bondage, addiction aux drogues et obsessions morbides en tout genre. C'est pourquoi James Chance choqua tout le monde en sortant Buy. A l'époque, le disco était une musique indigne pour les punks. Comme l'écrit Simon Reynolds dans Rip it Up and Start Again (éditions Allia) : "Les punks ignorant pour la plupart que le disco était né dans l'underground gay, ne voyaient en elle que la bande son d'une vie de fuite et de complaisance, une musique d'ascenseur à laquelle on avait ajouté un beat et qui ne s'adressait qu'aux esclaves des apparences et autres nantis du New York uptown. Il y avait la culture disco du Studio 54 et il y avait eux." Comprenez, le disco allait jusqu'à dominer les ondes des radios new wave, et pour un punk virer disco était une abomination. C'est pourquoi à la sortie de Buy, personne ne comprit le choix de Chance et de sa troupe.

Pour le musicien, l'idée était avant tout une provocation qu'il entérina par ces propos : "J'ai toujours été intéressé par le disco. D'accord cette musique a quelque chose de dégueulasse, mais il y a aussi quelque chose qui m'a toujours intéressé : c'est sa monotonie. C'est une sorte de jungle music qu'on aurait blanchie et pervertie". Et "perverti", le disco allait l'être encore plus avec cet album. Présenté tout d'abord sous le nom de "Contortions" sous une pochette représentant Terry Sellers en maillot de bain arty, futur auteure d'un livre sur la domination sexuelle, Buy contient des perles de barjerie comme "Design to Kill", "I Don't want to be happy", l'hymne SM "Bedroom Athlete" et bien sûr l'incontournable "Contort Yourself", morceau manifeste de la "James Chance Attitude" récemment remixé par le duo écossais Optimo pour Tigersushi. Sur "I Don't Want To Be Happy", Chance declare : "I prefer the ridiculous to the sublime". Tout est dit ! Mais par delà la provocation ("My Infatuation"), Buy est avant tout un fabuleux album de punk funk. Tout à fait plaisant, il est bourré de trouvailles et de clins d'oeil ("Throw Me Away", "Twice Removed"). Enthousiaste, Buy célèbre en quelque sorte la rencontre (rêvée) de Sonic Youth et de James Brown ("Roving Eyes", "Contort Yourself"). A conseiller à ceux qui n'ont jamais pu écouter un album de funk de leur vie.

James Chance & The Contortions - Buy (ZE/Discograph, 1979)


Le funk dans l'ère quadra

Posté par LovelyRita le 22.08.07 à 11:42 | tags : anniversaire, agenda, funk

Le funk est né il y a 40, ce serait James Brown qui lui aurait donné naissance en composant "Cold Sweat", morceau considéré comme le 1er titre funk de l'histoire. La plupart des pères fondateurs de ce courant musical sont aujourd'hui morts et pour célébrer l'anniversaire d'un genre encore ignoré des grandes institutions, 2007 a été décrété année funk. A cette occasion le site bien nommé, 40 ans de funk, associé à d'autres acteurs médiatiques (Fonkadelica, Wegofunk, Muziq...), propose une série d'événements et de contenus en ligne pour témoigner de la vivacité du funk et de son patrimoine. Dans la rubrique A la découverte du funk, plein de topos sur le funk (sa définition, les sous-genres du funk, une bibliographie...). Côté événements : concerts de Maceo Parker, Little Barrie, Amp Fiddler... Une programmation, tout de même assez pauvre, qui aurait mérité d'être agrémentée de quelques conférences histoire de fêter comme il se doit "un style fait pour ceux qui veulent danser et s'amuser, un style permettant de lever d'emblée toute inhibition."

Albums cultes des géants du bizarre #8 : Ui - Sidelong

Posté par Maxence le 20.08.07 à 18:44 | tags : label, funk, culte et bizarre, rock

Si Ui fait assurément partie des groupes post-rock cultes du début des 90's (même de manière extrêmement confidentielle et dans des milieux "bien informés", comme dirait l'autre), c'est surtout à cause de leur leader Sasha Frere-Jones, toujours très actif au sein de la scène improvisée et noise actuelle. Concernant Ui, il n'a pas été facile de choisir un album parmi la passionnante discographie de ce groupe défiant toutes normes. Las, j'ai finalement choisi leur premier album Sidelong, pour sa capacité à représenter à la fois le versant le plus expérimental du post-rock et à faire assez de concessions à l'histoire de la musique populaire (rock, funk, krautrock) pour intriguer l'auditeur lambda. Sidelong a aussi l'avantage de comporter nombre de morceaux faciles et même assez dansants, ce qui ne gâche rien. C'est aussi la dernière tentative d'intelligibilité du groupe avant que celui-ci ne sombre dans l'abstraction la plus totale. Et l'abstraction, ces new yorkais connaissent bien, puisqu'ils orbitent autour de la scène improvisée de la Knitting Factory (entre autre), depuis le tout début.

Ceci étant, il a fallu un certain temps au groupe de Sasha Frere-Jones pour s'extirper du carcan rock et devenir l'ovni sonore expérimental que l'on sait. Créé au début des années 90 dans la grande vague post-rock, le groupe sort une tripoté de maxis étonnants et méchamment barrés, avant de signer un véritable premier album. Après ce Sidelong paru en 1996, sortiront donc Lifelike en 98, The Iron Apple en 99 et enfin Answers en 2003. Au même titre que, disons, Tortoise, Ui explore le vaste champs des musiques populaires, country, folk, rock, en y ajoutant là une pincé de dub, là une référence krautrock, une pointe de jazz. Pourtant, on se demande si le groupe a réellement "pensé" sa musique de cette manière, si les effets dub ne sont pas simplement là par hasard, si l'étiquette "krautrock" ne leur a pas été collée de force. La musique d'Ui semble trop naturelle pour être inscrite au sein d'une quelconque filiation. C'est particulièrement évident sur Sidelong, où le groupe est à l'origine d'une musique à la fois profondément marquée par le folklore américain, tout en étant totalement avant-gardiste. Pourtant, le terme "arty" leur va très mal. Alors comment décrire leur americana-krautrock ? Leur dub post-rock ? Leur country funk ? Sur des morceaux envoûtants comme "Golden Child", on jurerait entendre le batteur de Can, Jaki Liebezeit. Sur "Panted Hill", le groupe oscille entre jazz et free rock contemplatif pour finir en ballade de cowboys avinés. Et que dire du dub urbain de "Butterfly Who" et du funk invertébré mais pourtant entraînant de "The Piano" ? Quant à "Johnny", le morceau q