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1968, c'était hier pour moi aussi...Je contemplais l'idée d'honorer l'esprit de 68 en renonçant à tous mes idéaux pour m'installer dans un pavillon avec femme et enfants quand j'ai commencé à réfléchir. On reproche souvent aux baby-boomers d'idéaliser leur jeunesse et d'avoir imposé l'idée dans notre culture des années 60-70 comme pinacle de la musique pop et rock, comme une époque où on aurait tout inventé et qu'on ne ferait que copier aujourd'hui. Le pire c'est qu'ils ont été si convaincaints qu'aujourd'hui on se retrouve avec des groupes comme The Kooks qui jouent une musique résignée à ce soi disant état de fait. Peut-on évaluer l'évolution de la musique populaire depuis quarante ans ? Voilà un petit exercice : depuis 1968 il s'est passé autant de temps qu'il s'est passé autant de temps qu'entre ça...
(Bertold Brecht qui chante "Die Moritat von Mackie Messer" ou "Mack The Knife" ou "La Complainte de Mackie le Surineur", chanson de son Opéra de Quat'Sous dont la première a été donnée à Berlin en 1928) et ça.. (Sly & The Family Stone qui jouent "Dance To The Music" et "Higher" a un concours de talents en Ohio) On en est où aujourd'hui ? Dossier Mai 68 sur Flu James Brown était un indien
"Une nuit de l'été 2001, après qu'il l'ait recouverte de vaseline ("Il vous aimait complètement graissée",d it-elle. "Comme une côte de porc") et épuisée en essayant de jouir, il abandonna et quitta la pièce et Gloria s'est endormie. Quand elle s'est réveillée, M. Brown était debout au pied du lit, un long manteau de vison sur son torse nu, un chapeau de cowboy noir et un pantalon de pyjama en soie dont une jambe était fourée dans une botte de cowboy et l'autre pendait. Il avait un fusil à l'épaule et une bande blanche de crème sous chaque opeil. "Je suis un indien ce soir, bébé" annonça-t-il. "Viens, on va leur en donner." Puis il a laissé tomber un bocal de pièces sur le sol, lui a dit d'attraper une machette et est parti vers le garage. Il a pris la Rolls, conduit dix miles vers Augusta en zig-zaguant tout le long de la route, shootant des boites aux lettres, fumant encore plus de dope et criant qu'il était un indien."
J'ai hate de voir comment ils vont édulcorer ça dans le biopic. James Brown a été élevé dans un bordel. il considérait les femmes commes des objets, laissait même des "assistants" s'occuper des préliminaires. Il a aussi passé sa vie défoncé, se faisait régulièrement arrêté pour possession ou pour les comportements violents qu'entrainaient ses abus. Dans les biopics hollywoodiens de ces dernières années, l'idée principale est que ces types dont on nous parle ont le droit d'avoir plus de talent et plus de succès que nous parce qu'ils ont beaucoup souffert, ce qui leur donne aussi le droit de se droguer un peu et d'être un peu un salaud avec leur femme... du moment qu'ils finissent clean et gentils. James Brown ressemblait plus à un personnage de Scorcese. Aux dernières nouvelles Spike Lee devait faire le film, on peu espérer qu'il ne nous livrera pas une version trop expurgée du film mais avec toutes les personnes qui risquent de poursuivre le studio si elles n'aiment ce qu'elles voient d'elles à l'écran, on peut parier que les avocats du studio regarderont de près le scénario. Il va falloir marcher sur des oeufs. James Murphy & Pat Mahoney : Funky Homosapiens
Evidemment, James Murphy qui ne fait rien comme personne, prend ici des libertés avec l'image que la plupart des gens se font de lui. Murphy encore une fois, tourne le dos aux rumeurs qui font de lui un opportuniste uniquement motivé par la reconnaissance et la hype. Secondé par son comparse, le boss de DFA choisit d'exhumer une sélection impeccable de funk d'outre tombe et de disco gay obscur sur lequel flotte encore une odeur musquée de backroom mal ventilée. Pas de punk funk facile ici, pas d'electrorock bas de front, pas de velléités fluo qui piquent les yeux ou de titres vus ou entendus sur toutes les compilations mutant disco actuelles, non, rien que de la bonne vieille musique de dance (to the) underground, la vraie, celle qui sévissait sur les dancefloors de New York de 1976 à 1980. Murphy et Mahoney dégotent par exemple les trépidants "Beginning of the Heartbeat" et "Don't Don't", fameux titres du Love of Life Orchestra parus uniquement sur un single 12", sur lequels s'expriment entre autres, Arto Lindsay, Peter Gordon et David Byrne des Talking Heads, dont la guitare rythmique funky et sèche comme un coup de trique, accompagnée des distorsions géométriques de Lindsay, donnent tout son relief au morceau. Minimal electro funk (un "Primetime (Uptown Express)" pre-Detroit de Baby Oliver, "I Got My Mind Made Up" d'Instant Funk, "Adventures In Bickett Wood" de Mudd), funk à paillette ("Love Has Come Around" de Donald Byrd & 125th St, NYC, , "Lies", GQ), classiques indémodables ("I Feel Your Love Comin' On" de Chic, "Tell Me That I'm Dreaming" de Was (Not Was), tout ça fait à la main, avec en prime ce son compressé et approximatif généré par une bonne vieille Bozak, console analogique mythique et quasiment introuvable. Alors évidemment, on peut reprocher à cet album ses titres enchaînés comme une compilation plutôt que véritablement mixés par un James Murphy et un Pat Mahoney qui s'y connaissent visiblement autant que moi en matière de Djying, mais ce serait injuste, et surtout, hors-propos, Fabriclive 36 étant avant tout un effort de vrais fans de musique qui nous offrent et partagent tout simplement ce qu'ils aiment. Comme dirait Herbert Leonard, "pour le plaisir" et rien de plus". ; )
James Murphy & Pat Mahoney - Fabriclive 36 (Fabric/Pias) Strange Breaks & Mr Thing : American BoogieSur le site de BBE Music, le musicien et label manager Peter Adarkwah s'explique, "Mon idée avec BBE, c'est de fournir une plate-forme créative à mes producteurs favoris. La série existe grâce à une suite de coïncidences - une combinaison de hasards et de rencontres qui doivent beaucoup au pouvoir de la culture hip-hop. Cette initiative a été couronnée de succès car elle m'a permis d'intégrer au sein d'un même label les différentes influences qui m'ont inspiré jusqu'ici. La plupart des producteurs que j'admire ont de vastes collections de disques, de musique brésilienne, de rock, de jazz, de disco, de house etc. Avec BBE, j'ai décidé de donner à ces producteurs et musiciens, la possibilité d'exprimer toutes les facettes de leur talent". Et en effet, avec BBE Music (pour "Barely Breaking Even Records", soit "des disques qui dépassent à peine le seuil de rentabilité", en VO) Adarkwah illustre depuis maintenant 12 ans, une certaine idée de la culture black et de la musique en général. Celle du métissage et de l'ouverture, qui reste pourtant en constante connexion avec ses origines.
A suivre, puisque c'est promis, nous reparlerons de ce label riche et passionnant...
Mr Thing - Strange Breaks & Mr Thing
Erykah Badu de pochette en pochette
Fin Février, Nu Amerykah Part One : Fourth World War sera le premier album d'Erykah Badu depuis Worldwide Underground en 2003 (et encore, il n'était pas censé compter comme album, juste comme Ep malgré ses 50 minutes). J'ai entendu les premiers leaks par la fenêtre d'une voiture voilée qui est passée devant moi à toute allure sans que j'ai le temps de relever son numéro, et le disque s'annonce plutôt bien. Dans le clip du premier single "Honey", produit par 9th Wonder, on la retrouve en plein délire soul-funk 70's comme d'habitude mais avec un côté plus léger, chaleureux et ludique qu'à l'accoutumée dans la voix, les mots et les images. Ce n'est pas déplaisant du tout. Bon, maintenant, avez-vous reconnu toutes les pochettes pastichées ? Thriller, le mythique album de Michael Jackson fête ses 25 ans![]() Après les anniversaires, les anniversaires de mort, nos calendriers doivent maintenant compter avec les dates-anniversaires d'album. L'année dernière, on fêtait les 10 ans de l'album Ok Computer de Radiohead et les 20 ans de Joshua Tree de U2. Aujourd'hui très précisément c'est l'anniversaire de Thriller de Michael Jackson. Anniversaire qui est marqué par la réédition de l'album dans une vesion enrichie. Après 25 ans d'existence, on ne cesse de souligner ses qualités et les chiffres records qui y sont associés. En 1982, quand l'album sort il s'agit d'une petite révolution. Produit par Quincy Jones, Thriller est un déclic pour la musique noire américaine. Pop, funk, soul mais aussi disco, Thriller est clairement un album ancré dans les années 80. Les collaborations et les tubes que contient le disque en font un album impressionnant. Paul McCartney présent sur "The girl is mine", Eddie Van Halen, des membres du groupe Toto et aussi Vincent Price, acteur de films d'horreur. "Beat It", "Thriller", le fabuleux "Billie Jean" et le "Wanna be startin something" que Rihana ne s'est pas privée de sampler pour son single "Please don't stop the music". Thriller est dopé de tubes et arrive sur le marché du disque au moment opportun où le vinyle est à son apogée. A sa sortie, l'album a passé 80 semaines dans le top 10 aux Etats-Unis, a été certifié 27 fois disque de platine ; en 1984 lors de la cérémonie des Grammy Awards Jackson remporte 12 récompenses dont 7 rien que pour cet album. Il reste encore aujourd'hui l'album le plus vendu au monde. Les chiffres varient de 55 millions à 104 millions d'exemplaires. Disque de tous les records, disques aux influences multiples, Thriller et son single du même nom révolutionnent aussi le monde du clip. Pour ce titre, le chanteur fait appel à John Landis pour réaliser pas seulement un clip, mais un court-métrage célébrissime pour avoir fait danser des morts-vivants. Petit bijou, le clip sera largement diffusé à la télévision et parodié par la suite. Pour cette occasion, sort le 11 février 2008, une réédition avec 7 titres supplémentaires et autres bonus. Des remixes signés par des artistes de la jeune génération (Kanye West, Akon, Fergie et Will.i.am), un inédit issu de la session d'enregistrement originale et les clips de "Thriller", "Beat it" et "Billie Jean" sur la partie dvd. Cette ressortie va-t-elle doper les ventes et va-t-elle momentanément détourner l'attention que les fans portent à l'éventualité d'un nouvel album pour 2008. Bon anniversaire Thriller ! Pour ses 25 ans, Flu vous propose de découvrir cette nouvelle édition de Thriller en écoute spéciale cette semaine sur Radio Flu ! Luke Solomon : Freak out !
The Difference Engine tout d'abord c'est le titre d'un fameux roman steampunk (pour faire court, "du cyberpunk à l'époque des machines à vapeur", ou de la "science-fiction victorienne", si vous préférez) écrit à quatre mains par deux maîtres de la SF contemporaine, Bruce Sterling et William Gibson. Luke Solomon avoue s'être livré à une lecture assidue de l'œuvre, y piochant d'édifiantes leçons pour un premier album solo qui restera comme l'un des trucs les plus dingo qu'il nous ait été donné d'entendre dans le champ de la "house music". Attention, ce projet ne manque pas pour autant de cohérence, au contraire. Solomon se livre ici à une exploration en règle de plus de 30 années, de patrimoine électronique, saluant la fin des 70's, surfant sur les 80's et appliquant ça et là les idées retenues durant les 90's. On y retrouve donc des clins d'œil à l'acid house made in Chicago ("Skins"), des accents disco et italo bien sûr, de l'electro funk très moite également, sans oublier des hybrides inclassables, fruits de divers d'expériences inavouables. C'est en quelque sorte le lègue panoramique électro global de Mr. Solomon aux futures générations. "This record is a message to young people, to people under the age of 25", annonce-t-il d'ailleurs sur "The Beat Goes". Entièrement mixé, l'album s'aborde comme un vaste continuum électro house baroque et déjanté. Pour le coup c'est vraiment "A Weird and Wonderful Trip into the Mind of Mr. Solomon" !
Côté "weird" d'abord, l'Anglais s'est clairement donné pour mission de révéler la face tordue de la house. C'est le cas sur "Junkies And Whores", parfaite bande son pour coma éthylique ou abus de GHB, borborygmes inaudibles, boucles acides et "conscious, so conscious" répété comme un mantra afin de conjurer l'évanouissement qui nous guettera immanquablement sur le dancefloor. Autre sommet de groove bizarroïde, "Martin, A Cello And Me" évoque les déconstructions new wave arty du early Tuxedomoon, peu de funk, beaucoup de punk donc. Côté "wonderful", Solomon prouve qu'il est aussi capable de pondre de langoureux moments d'electro house vocale ("Top, Bottom", "People, places Thoughts And Faces"), hypnotique et presque pop ("The Different Engine"), des pièces minimales étranges ("The Darkest Secrets", une batucada éthylique et enjouée) suivies d'envoûtantes ballades electros vrillées, comme ce "Spirits" aux accents balearic délicieusement pervertis. Tout au long de The Difference Engine, Solomon reste maître d'une musique libre, intelligente et respectueuse. Libre quand il se permet un saxophone sur "The Beat Goes", intelligente quand il inclut un sample de l'écrivain William Burroughs sur "Open Fire", respectueuse dans son hommage au mutant disco de Liquid Liquid sur l'éponyme "Liquid" qui clôt le disque. Avec Solomon, le message est clair : à l'instar de la science-fiction rétrofuturiste du roman de Gibson et Sterling, il y a du bon à regarder par dessus son épaule et à jeter un œil dans le rétroviseur pour envisager la culture - et la musique - de l'avenir.
Luke Solomon - The Difference Engine (Rekid/Nocturne, janv 2008)
Solomon ne présente malheureusement presque aucun des morceaux de The Different Engine sur son profil myspace. Kasper Bjørke : Electronic voodoo land
In Gumbo a tout de l'ovni. Sorti de nulle part sous une pochette réellement intrigante, ce premier album solo de Kasper Bjørke (il est également membre du groupe Filure. Qui ça ? Ok, oubliez...) est la carte de visite plutôt salement emballante d'un artiste polymorphe au charisme certain. Je sais, ça sent la formule, mais croyez-moi, c'est totalement sincère. Ce Danois filiforme d'une trentaine d'années que l'on imagine raisonnablement aussi fan de Prince que d'electro classique, accouche avec du genre d'album jouissif que l'on garde par devers soi. Pas par égoïsme, mais avec un peu de honte, de peur de se heurter à l'incompréhension de ses amis. Il faut dire que cette grande bringue frisée ne nous mâche pas le travail. Comme beaucoup de ses compatriotes (au hasard, Oh no Ono), Bjørke flirte constamment avec les limites du
Si vous aimez le gumbo, cette soupe de la Nouvelle-Orléans dans lequel marine un peu de tout, vous y serez ici à votre aise. C'est chaud, épicé, varié, il y a plein de truc bizarre dedans et on ne s'ennuie jamais.
Kasper Bjørke - In Gumbo (Plant Music/Discograph, oct 2007)
James Brown, c'était il y a un an...Noël 2006, on découvrait nos cadeaux au pied du sapin et en allumant la télé ou la radio on apprenait cette triste, trop triste nouvelle. James Brown, the Godfather of Soul venait de mourir. Il avait 73 ans et est mort le jour de Noël, le jour de la naissance de Jésus. Une date de mort hautement symbolique pour ce chanteur qui était, avant même son décès, culte. Des albums à en pleuvoir, des standards plein le tiroir-caisse pour ce chanteur de soul-funk aimé de tous (ou presque ?!). A plus de 60 ans, James Brown avait encore la patate sur scène à en rendre jaloux les plus jeunes artistes. Aujourd'hui 25 décembre 2007, Fluctuat vous souhaite un Joyeux Noël et rend un hommage à JB ! Pour en savoir plus sur le Godfather, sa jeunesse, sa carrière, son succès et son influence dans le rap, lire la bio de James Brown. The Motorik sound of Pilooski Edits
Ce rythme si particulier, c'est justement celui qu'affectionne le Français Pilooski, "l'éditeur venu de l'est" comme le nommait à juste titre, Philippe Azoury, mon collègue de Tsugi, le mois dernier (Cédric Pilooski, puisque c'est son vrai nom, ayant des origines polonaises). De fait, qu'il s'agisse de Prince ou d'Alan Parsons Project, chaque morceau approché par Pilooski semble soudain avoir été écrit et composé par Can, ou Suicide. C'est particulièrement évident sur cette compilation à tirage limitée (1000 exemplaires en tout et pour tout) qui réunit une partie des maxis collectors du Français. Sur Dirty Edits vol. 1, on retrouve sa version du "Send Him Back" joyeusement frénétique des The Pointer Sisters, quelques interludes poétiques et étranges. Un cut de la "La Nuit du Chasseur" en intro, classe. "Le Petit Chevalier" une comptine parfaitement glaçante, ou l'inénarrable reprise de "Black Hole Sun" de Soundgarden, "Franck Sinatra-isée" par Steve and Eydie, mais surtout, des edits cultes du signor Pilooski, comme son travail sur "The Brain of Oscar Panizza" de Michael Bundt, un morceau rendu véritablement cosmique dans une total défonce krautrock, tout comme le "I Robot" d'Alan Parsons ou le "Get Up" du funkateer Edwin Star où l'on croirait entendre Alan Vega jammant avec James Brown ! Bien évidemment, Pilooski ne pouvait pas ignorer Can, et quand il s'attaque à "Mothersky", ses guitares suraiguës (la cinquième minute, gniiiiii !!), ses toms en furies, c'est véritablement l'heart attack qui nous guette ! Pour finir, l'album offre une version à la fois émouvante et hilarante de "The Wicked Game" de Chris Isaac par Les Reines Prochaines. Si vous ne connaissiez pas, c'est le moment de vous y mettre. Bref, il n'y a rien à jeter sur ce volume 1 des Dirty Edits et ceux qui s'étaient rués sur les maxis vinyles avant tout le monde le savent bien. Les autres devraient se dépêcher, il n'y en aura pas pour tout le monde. Quant à nous, on attend la suite avec impatience...
A propos, surveillez avec attention le profil myspace du bonhomme pour écouter ses nouveau travaux souvent proposés en ligne en avant première, et taper "Pilooski" sur le site Hype Machine qui répertorie tous les blogs musicaux qui proposent gratuitement ses édits.
Pilooski - Dirty Edits Vol.1 (Tigersushi/Discograph) Le thé au Harem de Guillaume & The Coutu Dumonts
Normal, puisque si Guillaume & The Coutu Dumonts est un nouveau projet, ce transfuge du fameux festival Festival Mutek de Montréal et protégé de son directeur artistique, Alain Mongeau, n'est pas moins à la tête d'un nombre étonnant d'initiatives, dont Egg (avec Julien Roy), Luci (avec David Fafard), Chic Miniature (avec Ernesto Ferreyra), Flabbergast (avec Vincent Lemieux) et j'en oublie. Sur Face à l'Est, l'exotisme des influences moyen-orientales ou africaines a beau être présent, le producteur privilégie constamment la subtilité. Ces influences sont plutôt là en filigrane, comme un souffle, uniquement audibles à celui qui sait écouter. Une exception pourtant sur "Les Gans", largement inspiré par la musique éthiopienne, où Coutu Dumonts réunit minimal house et jazz, et qui est une vraie réussite. Sa musique est à la fois très organique et très précise, presque mathématique, mais de ces mathématiques du chaos à la Villalobos (qui joue d'ailleurs régulièrement les maxis du Canadien). Elle joue sur les échos, la polyrythmie et les sons microscopiques. Sur ses morceaux les plus hypnotiques, Coutu Dumonts crée des espaces en apesanteur et des mélodies sous forme de nappes ou de bleep electronica. Des variations qui utilisent également les voix, donnant une teinte housey à des compositions qui gagnent alors en chaleur et surtout en sens, même si c'est souvent de manière subliminale. A ce propos, le Québécois m'expliquait récemment en interview : "L'Occident a les yeux rivés sur l'Orient (et le Moyen-Orient). Pour plein de raisons, je crois que nous courrons vers une confrontation si la machine ne se renverse pas. Parfois je crois que la musique électronique est un peu trop dépourvue de sens. Il n'est pas facile de passer un message lorsqu'il n'y a pas de paroles (quoique l'on retrouve du texte sur l'album). Sans vouloir passer un message politique... j'aime penser que le titre donne le ton à l'album. Pose une question en sourdine...Pour moi les artistes ne doivent pas faire de la politique mais une de leur fonctions est de poser des questions. Sagesse et transcendance, intelligence et goût du risque, réunis sur un même album, décidemment ce Coutu Dumonts est un cas ! Meilleur espoir 2007, pas moins.
A écouter sur son profil myspace "Don't Cheet With Concrete", "Yenon" et "They Only Come Out, tous trois tirés de Face à l'Est.
Guillaume & The Coutu Dumonts - Face à l'Est (Musique Risquée/Nocturne) Roxy Music vs Talking Heads : The same (good) old sceneDimanche en mode nostalgie ? Non, juste le (mon) petit revival Talking Heads annuel, mis en perspective cette année avec le Roxy Music de 1980, "The Same old Scene" (d'ailleurs excellement remixé par The Glimmers cette année) et "Life During Wartime" (1979) dans sa version live sur Stop Making Sense. Guitares, basses en avant, synthés, funky feeling avec du sens, les années 80 quoi. "Old is but good is". Deux fois 5 minutes (et des poussières) de bonheur pur. On reparle de Talking Heads très bientôt.
Albums cultes des géants du bizarre #24 : Pylon - Gyrate (Plus)
Avec Gyrate Plus, Pylon réussit l'exploit de vous faire effectuer les contorsions les plus sauvages tout en restant parfaitement rigide ! La dance du zombie quoi ! C'est la quintessence du disco punk américain, à la fois dansante et désossée, tel qu'entendue chez les tenants de la no wave new yorkaise, comme James Chance, DNA ou Bush Tetras, et dont le slogan pourrait clairement être : "Contort Yourself !". On peut aussi oser une autre comparaison en déclarant que, tout en cultivant le même sens du rythme monolithique et en jouant dans la même cour, celle du punk funk, Pylon c'est un peu ESG à l'os, sans les rondeurs et sans la soul. Deux groupes exécutant le même genre de musique à la fois funky et janséniste, mais dont les origines diamétralement opposées aboutissent au final à un résultat aussi totalement différent qu'étonnamment proche. C'est ce que j'appelle le paradoxe du funk blanc. Sur Gyrate Plus, le combo interprète donc une forme parfaitement froide et minimaliste du funk, mais il l'exécute avec une frénésie communicative et jouissive. Un peu à la manière de Talking Heads période Stop Making Sens, sans les apports ethniques "kora, sanza, balafon et blablabla" ! Musicalement on pense aussi au Wire de Colin Newman, si les Anglais avaient jamais su (et surtout voulu !) nous faire danser, ou encore à une troupe de robots répétant les tubes de Gang Of Four. Soutenu par la voix de félin famélique de Vanessa Briscoe Hay qui nous déchire littéralement le cœur sur "Feast on My Heart", Pylon balance ses bombes dancefloor disco punk avant l'heure, avec une telle facilité qu'on finit par se dire qu'il y a des chances pour que ce soit eux qui aient inventé le genre ! Leur musique aussi répétitive et saccadée soit-elle ("Cool", "Volume") n'en est pas moins rageuse et engagée (écoutez "Human Body", "Driving School" ou "Read A Book" !). Le groupe pond aussi de véritableS tubes en puissance, comme l'hypnotique "Dub", ou "Danger", le morceau que LCD Soundsystem aurait rêvé signer, et c'est ce qu'il a fait en quelque sorte puisque grâce à cette magnifique réédition tout le monde va pouvoir écouter Pylon. Loué soit DFA et son saint patron (on ne le dira jamais assez !)
Une fois n'est pas coutume, de nombreux morceaux (dont les excellents "Cool", "Stop it", "Volume" et "Danger 2", la version dub de "Danger", sont disponible à l'écoute sur leur profil myspace. PYLON - Gyrate Plus (DFA/Differt-Ant) Prince n'aime pas ses fans
La semaine dernière il envoyait ses avocats menacer les sites de fans www.housequake.com, www.princefams.com et www.prince.org de poursuite pour violation de copyright, demandant que soit retiré de ces sites toute musique, vidéo, parole de chanson ou image de Prince ou représentant Prince (jusqu'aux photos des tatouages à son efigie que se sont fait faire quelques fans). Non seulement il n'a pas légalement le droit d'obtenir tout ça mais ce qui choque c'est surtout que Prince s'en prenne ainsi à ses propres fans. Les fans, persuadés que le véritable but de Prince était de les faire taire et d'étouffer toute critique, ont créé le site Prince Fans United pour expliquer leur décision. Ils seraient en pourparler avec les avocats de Prince, tout devrait s'arranger selon eux... Sauf que Prince vient de créer le site Prince Fams United (la différence est dans le M) qui consiste en une simple page sur laquelle vous pouvez écouter le morceau "PFUnk", une espèce de longue diatribe à moitié incompréhensible adressée à ses fans : "La seule raison pour laquelle vous dites mon nom c'est pour avoir vos quinze secondes de célébrité, personne ne sait ce que vous faites vraiment" puis finalement "J'vous aime tous mais ne m'emmerdez plus jamais". Une série d'insultes ("big fat punk") et de menaces est réservée à un dénommé "Weemolicious". Les forums de fans débattent de son identité, plusieurs sont même persuadés d'être Weemolicious. Tout ça serait pathétique - Que dis-je ? C'est pathétique. - Tout ça serait uniquement pathétique si la chanson "PFUnk" n'était pas plutôt excellente, un vrai morceau de P Funk avec une méchante guitare funkadélique, des trompettes façon JB's et, parce que Prince est Prince, de l'hélium dans la voix et d'amusantes cochonneries jazzy sur la fin. C'est le genre de morceau que le nain pourpre est capable d'écrire et enregistrer d'une main en se curant le nez de l'autre et c'est pour ça qu'on l'aime toujours. Il a toujours été capable de ça, son problème aujourd'hui, c'est surtout que la plupart des morceaux sur lesquels il se donne de la peine ne sonnent pas aussi bien que ça. Albums cultes des géants du normal #1 : Stevie Wonder - Fulfilingness' First Finale
La question que vous vous posez peut-être, c'est "pourquoi Fulfilingness' First Finale ?". Personne ne cite jamais cet album perçu (avec de bonnes raisons) comme un remake de Talking Book ou un brouillon de Songs In The Key Of Life. Je suis peut-être le seul qui vous dira que Fulfilingness' est le meilleur mais peu importe, c'est moi qui écrit. Cet album contient tout : l'intro pop parfaite "Smile Please" qui contrairement à d'autres ne vous fait pas penser à Cofidis malgré vous, le gospel spacial avec "Heaven Is 10 Zillion Light Years Away", un précoce et rare reggae américain réussi en "Boogie On Reagge Woman", un morceau samba, des chansons d'amour à pleurer et un sens de la mortalité rassurant (je ne sais pas vous, mais moi c'est plutôt les gens qui chantent des "never get old" et des "live forever" qui me font froid dans le dos). Ce qui fait la force des disques de Wonder des seventies et en particulier de celui ci, c'est que Stevie Wonder nous aime. Qu'il chante sur sa mort dans le sombre gospel "They Won't Go When I Go" ou qu'il pousse Nixon hors de la Maison Blanche avec le furieux funk "You Haven't Done Nothing" (avec les Jackson Five aux choeurs), Stevie garde toujours au coeur son indéfectible foi en la nature humaine. Je suis un pécheur et vous aussi et au moment de l'Ecstase ou de Ragnarok nous prendrons tous cher. Nous ne nous en sentons pas forcément pas digne mais Il nous aime. Cet amour, qui aurait chez un être moindre viré amer, aura donné à la suite de la carrière de Stevie Wonder des accents sirupeux mais peu importe, en 1974 cet amour a trouvé son expression parfaite. Je n'écoute jamais Fulfilling en été (qui est plutôt la saison d'Innervisions et Music Of My Mind) parce qu'en hiver il me tient littéralement chaud. LCD Soundsystem : l'heure du bilan ?
A noter que ces titres n'étaient auparavant trouvables que sur A Bunch of Stuff, une compilation en édition digitale qui inclut la reprise de "All My Friends" par Franz Ferdinand. Au moment où vous lisez ces lignes le 7" LCD Soundsystem/Arcade Fire, est lui aussi dans les bacs, en ligne, bref, partout (!) avec côté LCD, une reprise du "No Love Lost" de Joy Division et côté Arcade, "Poupee De Cire" de Serge Gainsbourg. Aujourd'hui, on a beau dire, on peut aimer ou pas LCD Soundsystem, difficile de nier pourtant que le groupe est sur tous les fronts et qu'il aura largement marqué l'année 2007. Sound of Silver est pour ma par en bonne place dans le palmarès des "disques de l'année."
Nous reviendrons très bientôt sur le mix Fabriclive 36 de James Murphy et Pat Mahoney (aka "DJ Tyrant et Disco Dad") dans nos pages, so stay tuned ! En attendant, comme un bonheur ne vient jamais seul, ne ratez pas la winter 2007 edition des DFA free mix !
Rock et Racisme
L'article de Frere-Jones commence très mal en prenant l'exemple d'Arcade Fire. Certes, la musique des Canadiens ne comporte que très peu des signifiants traditionellement associés à la musique "noire". On pourrait s'arrêter là et dire "et alors ?". Y-a-t-il beaucoup d'artistes blacks qui prennent la peine d'essayer de sonner comme Arcade Fire ? Ce n'est pas pour faire mon Jean-Pierre Pernaud mais pour qu'il y ait la "fusion" à laquelle Frere-Jones aspire, il faut bien tout d'abord des courants musicaux distincts, un terroir qu'on doit entretenir et laisser évoluer indépendament. On pourrait aussi remarquer qu'Arcade Fire est largement influencé par les Talking Heads et Bruce Springsteen, et que même si en dehors du saxophoniste du E Street Band tous ces gens sont blancs comme neige, ils s'inspiraient du rythm & blues, du funk et des polyrythmies africaines. Et puis Frere Jones n'a pas du entendre Haïti.
Jahcoozi : Move your ass, and your mind will follow
Sur Blitz'n'Ass Robot Koch et Oren Gerlitz, pratiquent en effet de subtils (et radicaux) décalages r'n'b (on n'est pas à Pop Star ici !), technoïdes et noirs, en usant d'instruments sans pour autant négliger les dérapages numériques impromptus et les moments de pures transes industrielles ("Double Barrel Name"). De son côté, Sasha Perera, un improbable mélange de Grace Jones (voir la pochette rappelant le Slave to The Rhythm de la Jamaïcaine) et de Nina Hagen période African Reggae, cultive une sensualité de tigresse et un sens de la syncope à vous faire tomber à la renverse. Ce qui ne l'empêche pas de s'engager aussi, en relevant discrètement le niveau du booty originel. Car, contrairement à ce que son titre laisse penser Blitz'n'Ass (en fait un clin d'œil au classique stéreotype du "tits'n'ass"), l'album ne se contente pas d'aligner les tracks dansants au groove malsain comme "BLN", le très dubstep "Style", "Disposable" (feat. Stereoptyp) et "Gameboy", le quarté gagnant de cet album, il fait également étalage du talent de songwriting de sa chanteuse. Celle-ci défend par exemple la cause gay sur "Rainbow Colored Rizzla" ou dénonce la dictature d'une certaine image de la "plastique" féminine sur "Collagen". Le groupe excelle également dans la composition de morceaux baroques et insolites comme le provocateur "Getyoshitout", une track non dénuée de mélancolique, le mélodique et sombre "Your hand in your pocket", l'imparable "Chill Jill" ou l'inquiétant "Takin' Your Street". A noter que des invités de marque sont également présents sur l'album, parmi lesquels MC Sayid, l'ex-Antipop Consortium et actuel Airborn Audio, et rien que pour ça, il faut poser une oreille attentive sur Blitz 'n' Ass "tropical grindcore" !
Jahcoozi - Blitz'n'Ass (A-Sound/PIAS, octobre 2007) Burnt Friedman : Future Funk
C'est donc sous la houlette des Sun Ra , Lee Perry, James Brown, Parliament Funkadelic et autres Sly And the Family Stone, qu'il échafaude le groove profond qui parcourt First Night Forever de bout en bout, comme un fil rouge. De "Where Should I Go" (feat Steve Spacek), une track qui rendrait verte de jalousie même sa seigneurie The Artist alias Prince himself, en passant par l'étrange "Machine in The Ghost" porté par la voix grisante de Barbara Panther, tout en saccades africaines et collages rythmiques, sans negliger l'ambient funk de "Walk With Me", le skank spatial de "Need is all you Love", le blues funk de "The Healer" ou le jazz transcendant (et funk toujours) de "Western Smoke, feat Enik", ce nouvel album conceptuel mais crédible, toujours accompagné d'un backing-band fictif mais d'invités bien réels eux (une habitude depuis Burnt Friedman & The Nu Dub Player) impose le plus groovy des producteurs allemands comme un outsider - et un modèle - de l'electro contemporaine. Son album gorgé de funk du troisième type, jette une nouvelle fois un pavé dans la mare des habitudes et des clichés de la scène electro actuelle en nous offrant les effluves d'un air plus pur que celui auquel nous sommes ordinairement habitués, celui des cimes de la création. C'est tout du moins ce que l'on se dit à l'écoute attentive de sa production si particulière sur "Thumb Second" ou "Chaos Breeds" 1 & 2, qui clôturent l'album. Deux morceaux manifestes ("Chaos Breeds" égale "les dompteurs de chaos" en VF) pour celui qui apprivoise manifestement si bien les échos bondissants folâtres et imprévisibles du dub électronique depuis plus de 20 ans déjà. Virtuose ! Burnt Friedman - First Night Forever (Nonplace/Nocturne, oct 2007) DC Recordings : Dancing astro zombies from outer space part. 1Welcome freaks, mutant, subhumans, monsters, clones, robots, evils, vampires, zombies, hybrids, pinheads, halfdeads, men machines, cyclops, siamese, android, mummies, psychos, martians, undead, creatures, demons, entombed, skeletons, etc, c'est la rentrée des joyeux mutants de DC Recordings. J'en profiterai d'ailleurs pour présenter deux maxis parus cet été dans une deuxième partie, ça fera un compte rond.
Giallos Flame - Live From Dunwich Youtube de l'été #42 : Beck - Mixed Business (1999)Derrière sa pochette toute suintante avec ce fond vert et cet affreux pantalon moulant en latex, Midnite Vultures de Beck, dissumule bien ses tubes de l'été, oui ses, car en plus de "Mixed Business", "Sexx Laws" avait aussi toutes ses chances. "Mixed Business" et son potentiel funk évident...malheureusement pas de clip officiel, alors je vous ai balancé une vidéo amateur. Albums cultes des géants du bizarre #9 : James Chance & The Contortions - Buy
La première mouture de son groupe se nommait Flaming Youth et les "contorsions" de son saxophoniste inspirèrent un critique pour finir par en devenir le nom. C'est donc James Chance & The Contortions qui apparaît aux côtés de D.N.A., Mars et Teenage Jesus & The Jerk (conduit par Lydia Lunch) sur No New York, la mythique compilation réunie par Brian Eno en 1978. La musique des Contortions est violente, chaotique et totalement frénétique. C'est un funk tout droit sorti des entrailles du Lower East Side de la fin des 70's, le dernier cri d'agonie du jazz. Le lyrics ne sont pas en reste. Au programme, violence conjugale, bondage, addiction aux drogues et obsessions morbides en tout genre. C'est pourquoi James Chance choqua tout le monde en sortant Buy. A l'époque, le disco était une musique indigne pour les punks. Comme l'écrit Simon Reynolds dans Rip it Up and Start Again (éditions Allia) : "Les punks ignorant pour la plupart que le disco était né dans l'underground gay, ne voyaient en elle que la bande son d'une vie de fuite et de complaisance, une musique d'ascenseur à laquelle on avait ajouté un beat et qui ne s'adressait qu'aux esclaves des apparences et autres nantis du New York uptown. Il y avait la culture disco du Studio 54 et il y avait eux." Comprenez, le disco allait jusqu'à dominer les ondes des radios new wave, et pour un punk virer disco était une abomination. C'est pourquoi à la sortie de Buy, personne ne comprit le choix de Chance et de sa troupe. Pour le musicien, l'idée était avant tout une provocation qu'il entérina par ces propos : "J'ai toujours été intéressé par le disco. D'accord cette musique a quelque chose de dégueulasse, mais il y a aussi quelque chose qui m'a toujours intéressé : c'est sa monotonie. C'est une sorte de jungle music qu'on aurait blanchie et pervertie". Et "perverti", le disco allait l'être encore plus avec cet album. Présenté tout d'abord sous le nom de "Contortions" sous une pochette représentant Terry Sellers en maillot de bain arty, futur auteure d'un livre sur la domination sexuelle, Buy contient des perles de barjerie comme "Design to Kill", "I Don't want to be happy", l'hymne SM "Bedroom Athlete" et bien sûr l'incontournable "Contort Yourself", morceau manifeste de la "James Chance Attitude" récemment remixé par le duo écossais Optimo pour Tigersushi. Sur "I Don't Want To Be Happy", Chance declare : "I prefer the ridiculous to the sublime". Tout est dit ! Mais par delà la provocation ("My Infatuation"), Buy est avant tout un fabuleux album de punk funk. Tout à fait plaisant, il est bourré de trouvailles et de clins d'oeil ("Throw Me Away", "Twice Removed"). Enthousiaste, Buy célèbre en quelque sorte la rencontre (rêvée) de Sonic Youth et de James Brown ("Roving Eyes", "Contort Yourself"). A conseiller à ceux qui n'ont jamais pu écouter un album de funk de leur vie. James Chance & The Contortions - Buy (ZE/Discograph, 1979) Le funk dans l'ère quadra![]() Le funk est né il y a 40, ce serait James Brown qui lui aurait donné naissance en composant "Cold Sweat", morceau considéré comme le 1er titre funk de l'histoire. La plupart des pères fondateurs de ce courant musical sont aujourd'hui morts et pour célébrer l'anniversaire d'un genre encore ignoré des grandes institutions, 2007 a été décrété année funk. A cette occasion le site bien nommé, 40 ans de funk, associé à d'autres acteurs médiatiques (Fonkadelica, Wegofunk, Muziq...), propose une série d'événements et de contenus en ligne pour témoigner de la vivacité du funk et de son patrimoine. Dans la rubrique A la découverte du funk, plein de topos sur le funk (sa définition, les sous-genres du funk, une bibliographie...). Côté événements : concerts de Maceo Parker, Little Barrie, Amp Fiddler... Une programmation, tout de même assez pauvre, qui aurait mérité d'être agrémentée de quelques conférences histoire de fêter comme il se doit "un style fait pour ceux qui veulent danser et s'amuser, un style permettant de lever d'emblée toute inhibition." Albums cultes des géants du bizarre #8 : Ui - Sidelong
Ceci étant, il a fallu un certain temps au groupe de Sasha Frere-Jones pour s'extirper du carcan rock et devenir l'ovni sonore expérimental que l'on sait. Créé au début des années 90 dans la grande vague post-rock, le groupe sort une tripoté de maxis étonnants et méchamment barrés, avant de signer un véritable premier album. Après ce Sidelong paru en 1996, sortiront donc Lifelike en 98, The Iron Apple en 99 et enfin Answers en 2003. Au même titre que, disons, Tortoise, Ui explore le vaste champs des musiques populaires, country, folk, rock, en y ajoutant là une pincé de dub, là une référence krautrock, une pointe de jazz. Pourtant, on se demande si le groupe a réellement "pensé" sa musique de cette manière, si les effets dub ne sont pas simplement là par hasard, si l'étiquette "krautrock" ne leur a pas été collée de force. La musique d'Ui semble trop naturelle pour être inscrite au sein d'une quelconque filiation. C'est particulièrement évident sur Sidelong, où le groupe est à l'origine d'une musique à la fois profondément marquée par le folklore américain, tout en étant totalement avant-gardiste. Pourtant, le terme "arty" leur va très mal. Alors comment décrire leur americana-krautrock ? Leur dub post-rock ? Leur country funk ? Sur des morceaux envoûtants comme "Golden Child", on jurerait entendre le batteur de Can, Jaki Liebezeit. Sur "Panted Hill", le groupe oscille entre jazz et free rock contemplatif pour finir en ballade de cowboys avinés. Et que dire du dub urbain de "Butterfly Who" et du funk invertébré mais pourtant entraînant de "The Piano" ? Quant à "Johnny", le morceau q |