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Hip Hop : contestation sociale ou rebelles en paillettes qui se descendent au Magnum (de champagne) ?
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Visiter Los Angeles avec Madlib et Peanut Butter Wolf (DVD)

Posté par Maxence le 17.04.08 à 16:55 | tags : hip hop, vidéos musicales, électro

Avec The Other Side : Los Angeles, le producteur et rappeur Madlib, accompagné du patron du label Stone Throw, Peanut Butter Wolf, nous invite à découvrir la capital californienne sous un angle originale et inusité. Sur ce très beau double CD, L.A. nous est offert sur un plateau, ou plutôt sur une platine, avec d'un côté un axe musique et de l'autre une visite guidée en vidéo.

 

On doit la série The Other Side au magazine de voyage branché Time Out. Avant l'opus sur Los Angeles qui nous occupe ici, l'équipe de Time Out s'était penché sur le cas de Berlin, invitant la Berlinette Ellen Allien du label Bpitch Control à nous faire visiter sa ville. Une très bonne idée, d'autant que les artistes natifs des villes choisies ont tendance à connaître tous les bons plans, les petits restos confidentiels, les hôtels pas chers, les coins branchés mais pas trop, les frippes marrantes et les bons disquaires. C'est en tout cas le cas des deux invités de ce volume, épaulés pour l'occasion par le magazine musical et culturel Angeleno, Urb.

Musicalement justement, Madlib étonne par son éclectisme, qui reflète au final assez bien le côté multiculturel et l'excentricité de la ville. Cybotron y côtoie Sun Ra , Jaylib répond au Freestyle Fellowship, Dabrye jamme aux côtés de l'Outlaw Blue Band et de Quasimoto dans une sarabande ininterrompue frayant avec le free jazz, le funk, le hip hop expérimental, l'electro et le rythm'n'blues. La parfaite B.O. pour une balade virtuelle au cœur de la ville ensoleillée.

Ballade que l'on fera en compagnie de Peanut Butter Wolf, très au fait des meilleures boutiques de fringues (fans de baskets, tu vas trembler) comme des restaurants bien fréquentés, des galeries d'art détonnantes et des boites où "ça" se passe. A noter que la série ne se contente pas de vous faire découvrir les coins où consommer, même si ceux-ci sont souvent underground, mais une partie de la visite comprend également l'architecture, qui, à Los Angeles est extrêmement riche et avant-gardiste, est-il besoin de le rappeler ? Du quartier de Long Beach aux églises pittoresques, en passant par les petites rues oubliées, les fresques des artistes latino et les graffitis, The Other Side : Los Angeles s'attarde sur la face cachée de L.A.

 

Le digipack de cette édition est accompagné de l'indispensable plan de la ville, sur lequel on retrouve toutes les adresses et les sites internet des lieux visités. L'idéal pour préparer vos vacances dans une ville souvent décrite comme peu agréable par ceux qui y passent en coup de vent. Ce volume de The Other Side dédié à Los Angeles est là pour les détromper.


Why the song of the sad assassin ?

Posté par 2goldfish le 01.04.08 à 18:33 | tags : hip hop, pop, vidéos musicales, youtube
 
Il semble qu'il y ait eu un petit problème avec la chronique d'Alopecia, le dernier album de Why? par notre ami Myosotis. Quoi qu'il en soit, l'essentiel a été dit : cet album est plus bon que la plus bonne de tes copines. Il est triste aussi, comme on peut le deviner avec des titres comme "Song Of The Sad Assassin". Pourquoi cette chanson a-t-elle fini comme "single" ? Sans être la moins bonne, ce n'est pas vraiment la chanson qui saute aux oreilles à la première écoute d'Alopecia. Ou bien peut-être quelqu'un a-t-il vu le potentiel pour cet excellent clip ?
 

Baby Got Book

Posté par 2goldfish le 26.03.08 à 10:21 | tags : rigolo, vidéos musicales, hip hop

Parfois quand on est chrétien et américain, la vie n'est pas facile, surtout sur le net. Des athées qui à Dieu et George W. Bush préfèrent Darwin et le mariage homosexuel vous harcèlent toute la journée avec des "faits" et des histoires de sexe pré-marital. C'est pour ça qu'existe Godtube, le youtube de dieu. Là vous pouvez trouver le réconfort spirituel et le créationnisme dont vous avez besoin. Vous pouvez aussi y trouver tout un tas de chansons, du plus sérieux des groupes d'emo chrétien à ça :

 

 

 

Quelque part là haut à la droite de Dieu, Sir Mix-A-Lot regarde et pleure.


Albums cultes des géants du bizarre #34 : Antipop Consortium – Arrythmia

Posté par Maxence le 19.03.08 à 17:05 | tags : myspace, culte et bizarre, hip hop, youtube, électro

C'est officiel, Antipop Consortium se reforme et un nouvel album devrait sortir sous peu ! Rien de précis mais le trio est d'ores et déjà booké pour de nombreuses dates à travers l'Europe, dont une ou deux sur le festival GéNéRiQ, de Dijon à Mulhouse en passant par Besançon. L'occasion inespérée de décrire dans le détail un des albums hip hop les plus cultes et bizarres de la fin des 90's. Un de ceux qui ouvrit également, qu'ils l'assument ou non, aux expérimentations de pointures actuelles du genre Dabrye, Lorn, J-Dilla et consorts, sans compter les petits nouveaux comme Harmonic 313 ou Flying Lotus, dont nous parlions il y a peu.

 

Les fans avertis, et les lecteurs de wikipédia le savent, l'aventure Antipop Consortium commence au cœur de la scène slam new yorkaise où se jouaient les joutes oratoires du Nuyorican Cafe. C'est là que, Beans, Sayyid et Priest, les trois MC's d'Antipop affinent leur flow cybernétique et découplé. Dès lors, le trio s'invente une recette unique et totalement bluffante sur fond de radicalisme et de minimalisme. Pas de samples funky-jazzy ici, pas de références au rythm'n'blues, ni de clins d'œil trop évidents à la culture black, ou alors uniquement la plus avant-gardiste. Antipop Consortium, comme son patronyme l'indique clairement, sera "anti-pop". Accompagné par Earl Blaize, leur ingénieur du son, Beans, Sayyid et Priest ajustent leur flow contrapuntique sur les découpes en pointillé d'une musique qui emprunte autant au krautrock, qu'à la techno, sans oublier la musique industrielle, la musique concrète et l'electronica. Ce n'est nullement un hasard donc, si ce Arrythmia cinglant comme l'annonce d'une crise cardiaque dans le bras gauche de sa victime, paraît chez Warp, alors label emblématique du genre electro abstrait. Cinglante, la musique d'Antipop-Consortium l'est. Pour le milieu hip hop c'est même une claque, un revers. Dans ce domaine, où règne encore à l'époque le cliché du hustler "bbco" (pour "bagnole-bitch-chaînes en or"), Beans, Sayyid et Priest font figure de punk.

 

Minimaliste, conceptuel, high-tech et futuriste, Arrythmia est le manifeste d'Antipop Consortium, c'est aussi malheureusement son chant du cygne. Mais avant ça, nos trois héros vont offrir au monde un album hip hop comme nous n'en avions jamais entendu. De la rythmique tendu de "Contraption" à la battle tennis de table de "Ping Pong" en passant par l'inoubliable "Mega", un morceau héroïque, stoppé en plein vol par des choeurs d'opéra reprenant le refrain, Antipop est tout simplement au sommet de sa forme. Avec Arrythmia le trio échappe au formatage hip hop mais n'oublie pas les aînés. Avec ses congas capturées live, "Bubblz" fait penser à du ESG sous amphétamine, speed et grinçant. L'ensemble sonne même un peu old school, mais c'est en hommage à une époque où le hip hop se permettait tout. La leçon de hip hop retenue par Antipop Consortium, c'est celle des novateurs et des avant-gardistes comme Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash. Les grands frères (grands-pères ?) qui n'hésitèrent pas à ce frotter au punk et à la new wave dans les années 80. Des années 80 très présentes également, sur Arrythmia, avec sa pléthore de vocoder, de basses à la fois froides et volumineuses, sa syncope judicieuse à la Erik B. & Rakim, ses dissonances. Antipop Consortium nous parle du futur, mais d'un futur tel qu'on l'imaginait dans le passé. Retro-futuriste.

 

Pour finir, les trois garçons s'offrent même le luxe de signer des hits en puissance avec le très electro "Dead in Motion" et l'entêtant "Ghostlawns", titre ultra efficace tout en synthés répétitifs et bondissants, dont vous aurez le bonheur de goûter ici, maintenant, en vidéo. Pour le coup, l'antipop devenait pop. Mais l'ego joue souvent des tours aux groupes et le trio devait se séparer juste avant la sortie d'un extraordinaire album posthume en compagnie de Matthew Shipp. De son côté, Beans produit plusieurs albums ébouriffant en solo, toujours chez Warp. Quant à Sayyid et Priest, ils signèrent ensemble sous le nom d'Airborn Audio, le temps d'un album plutôt réussi chez Ninja Tune. Mais tout ça c'est désormais du passé, nous sommes dans le futur, et Antipop revient !

 

Antipop Consortium - Arrythmia (Warp, 2002)

http://www.myspace.com/antipopny


Neon Neon : My Red Hot Car

Posté par Maxence le 14.03.08 à 15:20 | tags : myspace, youtube, disco, hip hop, électro, vidéos musicales
Retour sur Stainless Style de Neon neon, projet de Bryan Hollon, aka Boom Bip et Gruff Rhys de Super Furry Animals, à l'occasion de la publication d'une interview exclusive du duo sur notre mag. Album concept qui porte fièrement les couleurs des années 80 clinquantes et parvenues, mais qui en fait aussi la critique au vitriol, Stainless Style est un hymne aux années néons décadentes, à la superficialité qui y régnait et à sa fascination pour les incroyables bagnoles dévoreuses de gasoil. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le disque tourne autour du destin tragique de John Zachary DeLorean, playboy créateur de la fameuse DeLoreane DMC 12, bagnole mythique à la calandre profilée et aux fameuses portières papillons, du film Retour vers le futur. La DeLoreane présentait le double avantage de disposer d'une plage arrière permettant d'installer les plus gros caissons de basses du monde tout en gardant assez de place pour lever des filles au châssis de rêve.

 

Tout au long de cet album au kitsch assumé mais au songwriting et à la production impeccable, on retrouve les emblèmes et les fétiches de l'époque : les piscines luxueuses entourées des premiers rappeurs gangsta ("Luxury Pool"), les filles faciles ("Sweet Shop", "Steel Your Girl"), les bluettes sentimentales désenchantées ("I Lust U" sur la prostitution de luxe : "I Lust U if you pay the price..."), les bagnoles de rêve ("Dream Cars"), sans oublier ses jours sombres ("Belfast") et ses "stars", Raquel Welch ("Raquel", l'hymne italo pop que Gruff Rhys entonne d'une voix nasale proche de celle du chanteur de... Men At Work !) et l'implacable electro parano, "Michael Douglas" ("Gimme a soul implant...").

 

Bâti autour d'envolées de synthés new wave lyriques, de poussées de fièvres crunk, de jeux de jambes italo disco et de mélodies cheesy, Stainless Style est un album parfait pour le printemps. Il rebondit sur ses suspensions surgonflées avec la fraîcheur d'une pom pom girl aguerrie sur les genoux d'un quaterback ! A sa manière schizophrène, parce que partagé entre nostalgie et lucidité, Neon Neon crée un pont entre une décennie oubliée et la nôtre. A ce propos n'hésitez pas à télécharger Stainless Style Influences, un mix de 30 minutes que nos deux crate diggers distribuaient dès novembre sur le net, célébrant les influences du concept Neon Neon. Vous y retrouverez Goblin, Neil Young période Trans (l'album electro entièrement chanté au vocoder), Kraftwerk, Tears For Fears, Prince et même Janet Jackson (!). Tous animent de façon plus ou moins subliminale, cet album transgénérationel étonnant et détonnant de bout en bout ! En prime la video fraîchement produite de "I Lust U".

 

Neon Neon - Stainless Style (Lex Records/Differ-Ant, sortie le 17 mars 2008)

http://www.myspace.com/neonx2


NTM se reforme, live au Grand Journal

Posté par LovelyRita le 14.03.08 à 11:28 | tags : agenda, live, télévision, news, hip hop, youtube
On vous en parlait déjà hier, NTM se reforme et était sur le plateau du Grand Journal de Canal+ pour jouer "Seine Saint Denis Style". Live enflammé, Olivier Besancenot dans le public, réactions sur le plateau de Ramzy (Eric et Ramzy), d'Omar et Fred, de Pascal Obispo et de Clotilde Courau.
 
"On doit jouer en septembre à Bercy, on a fait un morceau, on est morts !" (Joey Starr)
 


Pourquoi un retour de NTM ? Une envie mutuelle évidemment et aussi une volonté de prouver que le rap de scène, plutôt moribond actuellement, peut revenir en force, selon Joey Starr. Un rendez-vous manqué pour un concert prévu au Stade de France en 1998, à cause des démélés avec la justice de Starr et donc une série de concerts à Bercy en septembre 2008. Les deux gaillards semblent rabibochés, se vannent mutuellement, mais n'évoquent pas encore la réalisation d'un album. Mais comme dit Starr "L'année dernière, Kool Shen avait arrêté le rap, donc tout est possible".
 
Réservez dès le 15/03 vos places pour les trois Bercy de NTM de septembre 2008, dans la rubrique sortir de Flu.

NTM, la suprême reformation

Posté par LovelyRita le 13.03.08 à 15:53 | tags : news, hip hop, agenda, live

 
Alors que IAM ne s'est jamais séparé et que le groupe s'apprête à fêter ses 20 ans d'existence avec un concert événement au pied des Pyramides du Caire le 14/03, un autre groupe majeur de la scène hip hop française a annoncé sa reformation. Depuis la sortie de leur Best Of en novembre 2007, les deux fortes têtes de NTM, Kool Shen et Joey Starr avaient assuré la promo du dit-cd séparément excluant de fait l'idée de leur réconciliation et de la reformation du groupe dans la foulée. Mais parallèlement, les rumeurs concernant leur possible retour ne faisaient que s'amplifier. Le groupe a finalement officialisé sa reformation par l'annonce d'une série de concerts prévus pour les 18, 19 et 20 septembre 2008 à Paris Bercy. 
 
Les places seront en vente à partir du 15/03. Pour réserver vos places, pensez à la rubrique sortir de Flu.

Why? : Alopecia, drôle à en perdre les cheveux...

Posté par Myosotis le 11.03.08 à 10:01 | tags : électro, hip hop

Pour leur troisième album, les excellents Why? ont décidé de ne pas se prendre au sérieux. Après l'excellent instrumental The Vowels Part 2, Good Friday nous emmène dans le hip-hop le plus explosif et jouissif qu'on avait entendu depuis Handsome Boy Modelling School d'Automator et Prince Paul. Le flow de Yoni Wolf est tranchant, ultra-incisif et l'electro qui le soutient aussi efficace que son refrain binaire : "Witness the fitness. One Hope. One Quest". "These Few Presidents" part comme un interlude de De La Soul avant de revenir à la sophistication sonore des productions Anticon, la tension et la discipline en moins. Il faut beaucoup d'indulgence pour ne pas trouver le single "The Hollows" un rien vulgaire et commercial (ah, cette basse à tomber) avant que le rap nasillard de Wolf ne vienne rattraper le tout à mi-chemin. "Song of the Sad Assassin" semble revenir quelques années en arrière, lorsque le reggae, la world, le hip-hop et l'electro avaient encore à faire ensemble, mais ne convainc pas tout à fait, malgré la qualité de sa production . "Gnashville" est, dans ce même registre, un morceau féminin à l'ancienne tout en délicatesse qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Il faut bien les 7 minutes et 30 secondes de "Fatalist Palmistry" pour qu'on retrouve le Nord (la Northern Soul en l'occurrence) dans un album dont on avait fait semblant d'ignorer la direction jusqu'ici. Alopecia ressemble à un faux film Blaxploitation de Tarantino, avec ses chansons kitsch, son côté lounge de Harlem et ses harmonies soul à la mode Motown. Why? sort les cuivres et son Isaac Hayes (Wolf toujours et sûrement) de supérette sur l'hilarant et excellent "The Fall of Mr Fifths" qui avec son refrain "the pain inside is too much for me to care" fait plus sourire que pleurer.

 

Les textes sont, du reste, souvent épatants, entre satire du gangsta et évocation goguenarde du malaise adolescent : amour, divorce des parents, petites conneries et questions existentielles bidon. "Brook and Waxing" et ses airs de cold wave ne sont guère plus sérieux et rappellent que le groupe savait jadis taquiner l'indie. "A Sky For Shoeing Horses" ressort les synthés vintage de Prince, époque For You, pour un morceau aussi imparable qu'idiot de plus de 6 minutes. Il faut alors beaucoup d'imagination (d'Imagination) pour se dire que l'on est dans l'expérimental et pas dans un mauvais trip ou un épisode disco de Strasky et Hutch. Tant qu'à être dans le n'importe quoi, Why? en rajoute une couche et enchaîne avec "Twenty-Eight" qui rappelle l'électro aérienne et un rien rigide de Console, avant de déboucher sur l'œcuménique et festif (mais affreux) "Simeon's dilemma". Un chanteur braillard brâme "You were special" tandis qu'un chœur à l'hélium scande "Peace, love, ecstasy, dignity, respect" en arrière-plan. On se dit alors que le groupe de Berkeley a décidé de se payer génialement la tête de tous les Blancs qui écoutent leur musique en parodiant des décennies de chefs d'œuvre... noirs. Et puis non. "By Torpedo or Crohn's" part dans un délire rock FM qui ramène Alopecia à sa déraison mais ne fait pas avancer le schmilblick, avant de laisser le champ libre au terminal "Exegesis" qui vient boucler la boucle par 3 minutes d'electro sans caractère, dignes de faire le pont chez Prodigy.

 

Alopecia a sans conteste de belles qualités (l'étonnement, le divertissement, une production impeccable et ultravariée), voire quelques capacités pour faire danser avec quelques verres dans le nez, mais sûrement pas celles d'être consistant et homogène. Album touche à tout en forme de mix foutraque, Alopecia fait partie des albums trop brillants et moqueurs pour être honnêtes. On peut sûrement en faire son ordinaire mais préférer à cette pochade d'autres groupes moins doués et moins intelligents. Le débat "rap noir" vs "rap blanc" a encore de beaux jours devant lui.

 

Why? - Alopecia (Anticon, mars 2008)

 


Harmonic 313 et Flying Lotus : Space is the place

Posté par Maxence le 03.03.08 à 17:28 | tags : électro, hip hop, label, myspace

Serions-nous par hasard en train s'assister à la renaissance du label Warp tel que nous le connaissions il y a un peu plus d'une dizaine d'années ? Vous savez, l'époque, fort lointaine il est vrai, où la structure emblématique de l'electronica des 90's nous livrait un chef-d'oeuvre par mois, innovant tant en matière d'invention musicale, qu'au niveau purement technologique. C'est en tout cas l'impression que l'on retire des dernières productions du label. Juste avant la parution d'un nouvel opus attendu d'Autechre (dont nous reparlerons) et après l'annonce de la reformation d'Antipop Consortium, Warp nous offre coup sur coup deux livraisons electro hip hop déconstruites et innovantes, incarnées par les EP de Flying Lotus et d'Harmonic 313. Deux sorties qui s'avèrent carrément aussi excitante que, mettons, l'hypothétique annonce d'un nouveau Boards of Canada ou d'un Aphex Twin du niveau du Richard D. James Album (on peut rêver).

 

Commençons par Reset de Flying Lotus puisque c'est le premier dans l'ordre des parutions (octobre 2007 pour être exact). De son vrai nom Steven Ellison, Flylo est un jeune producteur afro-américain originaire de Los Angeles. Egalement neveu de feu Alice Coltrane (veuve du saxophoniste du même nom), ce musicien issu d'une lignée plutôt privilégiée se fait connaître en 2006 avec 1983, un premier album étonnant revendiquant à parts égales les influences hip hop funky du Doggystyle de Snoop Dogg et les visions futuristes et expérimentales de Sun Ra . Sur Reset, il revient avec six titres d'electronica soulful, sensuels et racés encore plus aboutis, si riches en fait, qu'ils s'écoutent avec le même plaisir et la même sensation de complétude qu'un album entier. Pour s'en convaincre il suffit de se pencher sur la soul spatiale de "Tea Leaf Dancers" et "Massage Situation", sur lesquels le son soyeux de Massive Attack rencontre les angles aigus d'Autechre, "Vegas Collie" et ses breaks cosmiques, ou encore "Dancefloor Stalker", le sommet de cet EP d'exception, un sublime et planant surplace dans la stratosphère. Pointu, Flying Lotus s'autorise même une incursion dans le dubstep avec un "Spicy Sammich" hypnotique et envoûtant. Six titres disais-je, et pas un à jeter.

 

Idem pour Harmonic 313, projet solo de Mark Pritchard, producteur australien co-fondateur du duo Harmonic 33 (un chiffre ajouté et hop, un nouveau projet !). Aussi bien influencé par la techno de Detroit que par le style très particulier de hip hop produit dans cette ville, Harmonic 313 est un hybride d'electro minimale et de hip hop particulièrement brillant. Présenté sous la forme de cinq problèmes à résoudre pour answer machine de type Speak & Spells (cet ancêtre d'ordinateur éducatif crée par Texas Instruments dans les 80's et proposant des questions et des réponses sur un clavier coloré), EP 1 sous-titré Solve It, est lui aussi un bon exemple de ce que le hip hop peut faire de mieux quand il s'ouvre à l'électronique et surtout sort du formatage imposé par le marché. Entre évocation de la fameuse calculatrice musicale de Kraftwerk sur Computer World ("Problem 1"), ballades downtempo au groove mélancolique ("Problem 2 et 4") et ode urbaine hommage au Detroit nocturne des super-héros d'UR et d'Arpanet ("Problem 3"), Harmonic 313 dépasse nos espérances les plus folles, rivalisant sans peine sur le terrain accidenté d'Antipop Consortium ou Dabrye. Ruez-vous sur ces deux chef-d'œuvres qui, au prix où ils sont, valent largement l'achat d'un album. Album que nous attendons de pied ferme évidemment.

 

http://www.myspace.com/flyinglotus
http://www.myspace.com/officialmarkpritchard


Dude'N'Em m'a rendu fou

Posté par 2goldfish le 29.02.08 à 15:05 | tags : hip hop, vidéos musicales, youtube

Si vous lisez Playlist depuis suffisamment longtemps, vous avez probablement remarqué que je tiens une rubrique informelle (moins formelle en tout cas que "les albums culte des géants du normal"), une rubrique qu'on pourrait appeler "la meilleure vidéo que j'ai vu sur youtube cette semaine" mais avec un titre plus court et moins didactique. C'est une de mes rubriques favorites et pas seulement parce que c'est celle qui me demande le moins d'effort.

Or donc cette semaine, la meilleure vidéo que j'ai vue sur youtube c'est celle de DudeN'Em pour leur chanson "Crazy". Ces types, déjà auteurs du brillant "Watch My Feet", sont avec Soulja Boy les leaders d'un mouvement qu'on pourrait appeler le "ringtone rap" qui semble être né des mutations du marché de la musique. Leurs morceaux ne sont que des accroches courtes et stupides idéales pour une sonnerie de mobile, leurs clips des infections virales conçues pour youtube avant MTV (avec des pas de danse que le fan reproduira en se filmant puis postera à son tour sur youtube) et tout espoir de vendre un album plutôt qu'un single abandonné en entrant (personne n'a été surpris que les ventes de l'album de Soulja Boy ne représentent qu'une minuscule fraction des ventes de "Crank That").

Le fait que ce soit la meilleure vidéo que j'ai vue cette semaine (et j'en ai pourtant vue plus que d'habitude) indique que soit c'était une très petite semaine soit youtube a fini par réussir à me réduire le cerveau en bouillie. A moins que cette polka hip hop avec son clip post moderne ne soit un véritable chef d'oeuvre de fun attardé.

 

 


Strange Breaks & Mr Thing : American Boogie

Posté par Maxence le 22.02.08 à 20:40 | tags : funk, soul, hip hop, label, rock

Sur le site de BBE Music, le musicien et label manager Peter Adarkwah s'explique, "Mon idée avec BBE, c'est de fournir une plate-forme créative à mes producteurs favoris. La série existe grâce à une suite de coïncidences - une combinaison de hasards et de rencontres qui doivent beaucoup au pouvoir de la culture hip-hop. Cette initiative a été couronnée de succès car elle m'a permis d'intégrer au sein d'un même label les différentes influences qui m'ont inspiré jusqu'ici. La plupart des producteurs que j'admire ont de vastes collections de disques, de musique brésilienne, de rock, de jazz, de disco, de house etc. Avec BBE, j'ai décidé de donner à ces producteurs et musiciens, la possibilité d'exprimer toutes les facettes de leur talent". Et en effet, avec BBE Music (pour "Barely Breaking Even Records", soit "des disques qui dépassent à peine le seuil de rentabilité", en VO) Adarkwah illustre depuis maintenant 12 ans, une certaine idée de la culture black et de la musique en général. Celle du métissage et de l'ouverture, qui reste pourtant en constante connexion avec ses origines.

 

Pochettes classieuses, sélections impeccables, pointures incontournables (DJ Spinna,Kenny Dope, Keb Darge and Cut Chemist, j'en oublie), autant le dire tout de suite, BBE Music est LE label des fans de musique dont les racines plongent dans la black culture. Ainsi sur Strange Break & Mr Thing, sous-titré avec justesse "Rock, Funk, Soul, Jazz & Soundtrack Breaks for Modern Living", le funky homosapiens qui nous habite redécouvre avec bonheur le pouvoir du funk, au sens large du terme. A l'origine Mr Thing est un membre respecté du fameux crew de turntablistes connu sous le nom de Scratch Perverts. Aujourd'hui son travail de producteur dans le domaine du hip hop lui donne l'occasion d'explorer la musique sous tous ses angles. Sur Strange Break & Mr Thing, il nous offre surtout une rétrospective brillante et chaleureuse du son des 60's et des 70's. Celui de la blackspoitation et des relectures hilarantes de Quentin Tarantino. De Sky King à Steve Smith en passant par The Discoettes, Strange Break & Mr Thing est un trip enfiévré sur la route du groove, une vision américaine du boogie des origines (The Crystal Mansion - "Boogie Man"), métissé avec l'ambiance hyperactive et trépidante de notre époque. Une musique enfin, dont les fondations sont allègrement recyclées et samplées aujourd'hui et dont vous retrouverez certainement les vibrations, rien que des bonnes vibrations, dans les musiques actuelles.

 

 

Dans le même esprit et sur le même label, ruez-vous sur Better Days, de The Million Dollar Orchestra. Réalisé et enregistré à l'ancienne dans un luxe de son chaud et soyeux, Better Days est la biographie musicale funky et imaginaire, d'Al Kent, DJ écossais organisateur des fameuses soirées Million Dollar Disco. Ici, il s'invente une histoire fabuleuse dans laquelle, exilé à New York, il devient "ami de Nicky Siano à l'époque mythique du "Loft" et se retrouve victime d'une expulsion pour cause de trafic de stupéfiants. Ce projet rétro funk full groove pourrait être le manifeste du label BBE. Un parfait pont entre l'imagerie disco funk des 70's (incarné par Salsoul, Prelude, Sugarhill) et notre époque, dans une orgie soul cuivrée qui atteint parfois une dimension extatique et frénétique peu commune.

 

 

A suivre, puisque c'est promis, nous reparlerons de ce label riche et passionnant...

 

Mr Thing - Strange Breaks & Mr Thing
The Million Dollar Orchestra - Better Days
(chez BBE Music/Pias)

 

 

http://www.myspace.com/bbemusic


Ghislain Poirier : Sono Global

Posté par Maxence le 19.02.08 à 16:11 | tags : hip hop, électro, myspace

Le Québécois Ghislain Poirier évolue sur la scène hip hop et affiliée depuis de nombreuses années. Il a d'ailleurs fait ses premières armes sur le plus que recommandable Chocolate Industries, label ouvert à toutes les expériences, de l'electro hip hop le plus breaké aux délires electronica les plus abstraits. A l'image de ce label hors-normes, Poirier est un gars ouvert, attentif aux échos de la mondialisation culturelle. Constamment en alerte dans une ville cosmopolite, le Montréalais a immédiatement su capter le potentiel artistique et créatif offerts par une approche globale de la musique actuelle. Aussi ce n'est pas une surprise s'il signe aujourd'hui sur Ninja Tune. Structure hybride par excellence, le label anglais symbolise mieux qu'aucun autre le mélange des genres, le croisement du numérique et des instruments, du visuel et de la musique, de l'âme du funk, du jazz et de la soul, avec les hoquets rythmiques des machines. Baptisé No Ground Under, ce nouveau Poirier a beau être electro, il parle avant tout à l'âme.

 

En plus du gros dancehall numérique (Poirier est l'organisateur des fameuses soirées montréalaises "Bounce le gros") et de l'authentique chaleur analogique pour sono mondiale que nous propose le producteur québécois, No Ground Under résonne des tragédies - et aussi des espoirs - du monde dans lequel nous vivons. Ici les rythmiques bounce massives répondent aux secousses géopolitiques qui font résonner notre planète et les titres de nombreux morceaux, tels "Diaspora", "Exils" ou "It's A War War War", en font largement écho. Mais si vous vous attendiez à vous amuser, ne partez pas ! Le fait est qu'on craque avant tout sur cet album pour ses basses "énaurmes", la finesse de ses rythmes, ses nombreux featurings, son crunk cradingue, son electro funk décomplexé et futuriste, ses riddim enthousiastes et communicatifs ("Go Balistic" feat Zulu). Evidemment No Ground Under vaut pour tout ça mais aussi pour les magnifiques perles electronica, "Hit & Red", les trouvailles world déjetées "One Hand Can't Clap" ou "Exils" feat Abdelhak Rahal, le platinisme échevelé, "It's A War War War" ou le jazz tordu mêlé de racines caraïbes de "Mangnen L'Boulé" (feat Nik Myo). Certains adoreront (c'est mon cas) l'hilarant (pour l'accent, je sais c'est méchant) mais touchant et poétique "Jusqu'en haut" des TTC québécois Omnikrom, le funky "City Walking" (feat. Abdominal), à mon humble avis LE hit de cet album jouissif de bout en bout, sans oublier les perles d'electro hip hop bien sûr, "No More Blood" feat Face-T, "Ladies & Gentleman" (feat Ambitieux, DJ Netik), "Dem Nah Like Me" (feat Mr Lee G), un autre sommet d'hypnotisme sombre et pièce maîtresse de l'album.

 

Ils sont peu nombreux les albums qui savent si bien mêler fun et conscience, qui savent faire danser et réfléchir. No Ground Under c'est un peu "la tête et les jambes" et c'est pour ça qu'on l'aime. Je le dis carrément, "achetez-le !"

 

Ghislain Poirier - No Ground Under (Ninja Tune/Pias, fév 2008)

 

http://www.myspace.com/ghislainpoirier


Hip hop : le dossier sur Fluctuat !

Posté par Maxence le 19.02.08 à 11:00 | tags : hip hop, flu, à lire
 

Le hip hop, un vaste courant et mouvement artistique populaire (dans le bon sens du terme) dont l'impact sur notre culture et notre réalité sociale se mesure encore aujourd'hui. Théoriciens du sampling, DJ et producteurs actuels, beaucoup doivent leurs carrières, et l'existence même de leur art, à quelques figures majeures du mouvement hip hop. Sommes-nous bien conscients de l'importance du lègue qu'une poignée de Jamaïcains, d'abord, puis d'afro-américains, nous ont laissés ? Aujourd'hui le hip hop est une économie, il représente plus de quatre billions de dollars au sein de l'économie de loisirs mondiale et compte plus que sa part de railleries et de clichés, mais cela ne doit pas nous faire oublier la richesse de son histoire, la créativité de ses outsiders, ceux qui se sont éloignés du devant de la scène pour œuvrer dans l'ombre, ces peintres de rues, ses chantres et ses prophètes. Fluctuat se devait de revenir sur cette musique bien vivante, ses racines, son histoire, son influence et son futur, dans un dossier à la (dé)mesure de cette vaste nébuleuse artistique. *C'est parti !*

Lire le dossier Histoire du Hip Hop et profitez-en pour écouter notre radio hip hop.

 

 

 


8 diagrams : ultime joyau du Wu Tang Clan ?

Posté par Myosotis le 01.02.08 à 11:43 | tags : youtube, hip hop, vidéos musicales

 

 

On a fait, à tort, assez peu de cas de ce côté-ci de l'Atlantique de la dernière livraison du Wu Tang Clan. 8 Diagrams est vraisemblablement, et sur ce qu'on a pu en lire, l'ultime production qui pourra se prévaloir d'une réunion des membres originaux du meilleur groupe de rap de ces dix dernières années, combo qui, après le décès d'Ol' Dirty Bastard, est à la fois menacé d'éclatement et miné par les dissensions entre ses membres. Trop de business diront certains, trop d'ambitions personnelles et d'ego diront les autres. Ainsi tout le monde chante sur 8 Diagrams, même si personne ne s'écoute. On n'est pas chez Pow Wow après tout à se tirer des canons en se tenant la main. Comme aux meilleures heures du clan, il appartient au producteur, arrangeur en chef, RZA de tenir la boutique et de lier la sauce.

 

Sans être un album étincelant, 8 Diagrams est suffisamment riche et diversifié pour ravir les amateurs et les spécialistes. Le travail de production, bien que discret et délibérément "low profile", est tout bonnement époustouflant réussissant à donner une cohérence et une densité à ce qui, partout ailleurs, aurait ressemblé à une collection disparate de titres.

 

8 Diagrams, et c'est son seul défaut, bouffe un peu à tous les râteliers. C'est un album qui n'est ni tout noir (on aurait préféré plus d'agressivité parfois), ni vraiment tout rose, un album parfois expérimental, curieux (cet étrange "The Heart Gently Weeps" piqué à George Harrison), foireux (le rnb de "Gun Will Go") mais toujours surprenant. L'affaire démarre low tempo avec un "Campfire" crépusculaire et qui met en évidence ce que sera l'album : le brillant T.P d'un RZA qui n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour épater. La production est aussi solide que discrète : un extrait de film, quelques interludes bien choisis, une rythmique martiale et toute en basse, des flows bien posés et qui devient rarement de leur feuille de route. On scratche un peu sur "Take It Back", on mâchonne son rap sur le très old school "Get Them Out of Ya Way" avant de revisiter le thème de Ghost Dog sur un "Rushing Elephants" à diffuser dans toutes les écoles de rap. Quelques titres ronronnent autour des thèmes de prédilection du Wu : l'esprit de corps, la spiritualité, la morale ("call me a dreamer, i'm just trying to raise my kids" en ouverture), les pétarades ("it's a cold, cold world, i got my gun all the time" sur "Stick Me for My Riches") sans qu'on s'ennuie jamais. Les titres les plus anodins ("Windmill", "Weak Spot") ne sont jamais rasoirs. Le niveau s'élève encore à quelques reprises. George Clinton envoie dans une ambiance de far west galactique un "Wolves" de 4 minutes qui constitue le titre le plus impressionnant du lot. "Life Changes" en 7 minutes et quelques se pose comme une grande chanson d'émotion où s'expriment à la fois la nostalgie pour la solidarité d'antan et les accrocs d'un présent plus compliqué qu'il n'y paraît. Un bel hommage au disparu ("16th chamber odb special") vient terminer en une séquence loufoque, débridée et un poil ragga (on se croirait chez De La Soul) une réunion qui ressemble aux fêtes glorieuses qu'on donnait jadis pour les enterrements. Personne ne s'amuse vraiment. Tout le monde a envie d'être ailleurs mais chacun tient sa place, habilement et suffisamment bien pour qu'on ait envie de prolonger l'instant. 8 Diagrams est assez bon pour rendre jaloux ceux qui n'ont jamais fait partie du clan.

 

 
Wu Tang Clan - 8 Diagrams (Bodog/Pias , déc 2007)

Blitz'n' bass beep : 4 maxis dans le vent

Posté par Maxence le 29.01.08 à 18:31 | tags : électro, hip hop, disco, techno

Petite revue des maxis aujourd'hui, histoire de changer un peu de format. Commençons par notre chouchou de l'an passée, auteur d'un de ses meilleurs albums même s'il n'apparaît quasiment sur aucun top, j'ai nommé Apparat. Sur ce CD quatre titres, l'Allemand Sasha Ring nous offre l'occasion de revisiter "Arcadia", l'un des plus beaux morceaux electro et pop présent sur Walls. Parmi les remixes proposés ici, c'est étonnamment celui de Boys Noize que nous préférons, son beat alerte et soutenu sans l'être trop, ses nappes romantiques qui relèvent la voix de Ring, tout est ici parfait. Les deux versions de Telefon Tel Aviv aussi douillettes et mélodieuses soient-elles semblent un peu ternes après celle-ci, même si la quatrième rebondit agréablement entre deux breaks plutôt bienvenus. On va dire 3/5.

 

Du côté de chez DC Recording, c'est toujours l'extase il faut bien le dire, avec ce nouveau double maxi de The Emperor Machine. Moitié du duo Chicken Lips, Andrew Meecham nous charme depuis plus de 4 ans avec son projet solo. Enfin, "nous charme", ce n'est pas vraiment le mot. Avec son electro vintage clignotante bourrée de clins d'œil krautrock et de gimmick disco, il nous prend plutôt carrément par derrière, tout debout contre le mur ! Et on en redemande ! Avec "Slap On", il s'agit encore de riff, de synthés répétitifs et hypnotiques, bordés de mélodies cosmic qui s'évasent comme l'espace temps autour de nous, dans une orgie de bleep analogiques dignes d'un épisode de Cosmos 1999. Si j'osais un jeu de mot foireux je dirais, quel "épique soundtrack" ! "Gang Bang" parle de lui-même : du funk spatial en veux-tu, en voilà, qui sort tout bourdonnant et tout mouillé d'on ne sait quel orifice de la machine de l'empereur. Il va encore falloir remuer les fesses, et mieux que ça s'il vous plaît mesdemoiselles ! Pour finir (pour "nous finir" plus vraisemblablement), la bête conclut sur un "No Sale No I.D.", revu et corrigé, sévère, par Simian Disco Mobile. Tout bêtement excellent ! Allez 6/5 !!

 

Reprenons nos esprits et revenons sur terre, et pour tout dire, dans la cuisine d'Amon Tobin, qui revient lui aussi, aux fourneaux de son Foley Room originel avec quelques amis de longue date, parmi lesquels Sixtoo, Clark, Noisia et Boxcutter. Quatre versions de "Kitchen Sink" donc, un des morceaux les plus abstraits de l'album. La relecture de Clark est tout bonnement magnifique, basses énormes et cliquetis de boîte à musique, le tout dans une atmosphère enfumée de cuisine vaudou. Sixtoo propose quant à lui de la profondeur, beaucoup de profondeur dans un exercice de simili-hip hop taré dont il a le secret, electro en diable et aussi inquiétant que peu l'être cette B.O. pour film de science-fiction virtuel. Bâtit autour de micro-sons, le remixe de Noisia reprend le morceau dans son abstraction, en mêlant le tout avec des sons de morceaux emblématiques des précédents albums d'Amon. Passionnant pour qui sait écouter. Pour finir, Boxcutter joue sur l'espace, écho et roulement de batterie inversé, entre ambiant et dubstep. Disons 3/5.

 

Concluons cette rubrique avec le nouveau maxi du Québécois Ghislain Poirier, Blazin. "Radio globale", tel est le nouveau leitmotiv de Poirier qui annonce ainsi son prochain album oscillant entre booty bass, ragga, crunk et dubstep. Quatre versions de Blazin ici, originalement un ragga massif scandé par Face-T. On apprécie ou pas, ce genre, pourtant, la version riddim instrumentale du track ne manque ni d'efficacité, ni d'allant (c'est le moins que l'on demande à ce type de musique), avec ses bip et ses grosses basses "bounce". Avec sa version, The Bug aka Kevin Martin, forge les bases d'un grime mondial à la fois lourd et complexe, détournant les sons et s'abandonnant en toute fin sur une boucle mélancolique et froide comme la mort d'un dealer sur un parking de Montréal en plein hiver. Le tout se conclut sur l'excellente relecture de DJ C, avec ses basses à faire trembler les murs et ses riddim saccadés. "Bounce le gros, bounce" ! 3/5 aussi. C'est tout pour aujourd'hui, mais on reparlera bientôt de Poirier promis !

 

Apparat - Arcadia remixes (InFiné/Discograph)
The Emperor Machine - Slap On (DC Recording/La Baleine)
Amon Tobin - Kitchen Sink remixes (Ninja Tune/PIAS)
Ghislain Poirier - Blazin (Ninja Tune/PIAS)


Hip Hop Dope

Posté par 2goldfish le 24.01.08 à 15:22 | tags : people, rigolo, news, hip hop

Une longue enquête des stupéfiants de New York aurait selon le site AllHipHop.com révélé un secret de polichinelle : de nombreuses personnalités du hip hop parmi lesquelles Timbaland, 50 Cent, Wyclef Jean et Mary J.Blige feraient usage de stéroïdes. Ils ne devraient pas être inquiétés, les enquêteurs étant plus intéressés par les fournisseurs que les clients.

Ce qui est drôle dans l'histoire c'est de constater qu'un mec comme 50 Cent n'a pas peur de parler de coke dans ses raps mais a toujours passé sous silence les stéroïdes. L'un le fait passer pour un type qui n'a peur de rien et qui aime faire la fête, l'autre, craint-il sûrement, évoque un "tricheur" avec des biscottos guère plus vrais que les seins des filles dans ses clips et qui finira bientôt, si ça ne lui est pas déjà arrivé, avec de minuscules testicules toutes flétries et bleues et un grand besoin des services d'une pompe à pénis suédoise.

C'est aussi d'autant plus problématique pour fifty, qu'il tire une grosse part de ses revenus d'une eau vitaminée. Malheureusement cette eau ne contient pas de stéroïdes et le rêve d'avoir les beaux muscles de 50 Cent en la buvant après le jogging chaque matin risque de s'envoler pour des milliers d'enfants dans le monde si cette affaire s'ébruite. Ce serait dommage, hein ?


Morcheeba : ça groove et c'est doudoubizarre....

Posté par Myosotis le 22.01.08 à 11:19 | tags : hip hop, pop, rock
Le meilleur groupe de trip-hop de.. Douvres est de retour avec une flopée de nouvelles nouvelles voix qui ne parviennent toujours pas à faire oublier les belles heures de Skye Edwards et l'époque Who Can You Trust?, Big Calm. En ces temps éloignés (en 1997-1998), les Morcheeba avaient failli devenir le groupe le plus cool et le plus zen du monde : Skye chantait comme une déesse de la sensualité des titres comme "The Sea", "Friction" ou "Bullet Proof". Morcheeba donnait des frissons et pas que ça. Puis Skye Edwards est partie ou a été virée par les têtes pensantes du groupe, les frères Paul et Ross Godfrey, manitous du son du groupe, alors trip-hop et pionnier, tourné en 2002 (album Charango, qui précipita le départ de Skye) vers la soul, la soupe planante et la bobomusique. Après un The Antidote qu'on a à peine écouté (c'est mal) et une série de compilations best-of, le duo a rempilé avec un nouveau système à la Zero 7 ou à la Death in Vegas, sans chanteur fixe mais en adoptant la bonne vieille technique du roulement des langues.
 

Du coup, Dive Deep, ce 7ème album, ressemble à tout sauf à un album homogène. Les guest stars ont des voix si singulières et différentes qu'il devient impossible de trouver une unité d'émotion ou un ton à l'ensemble. La voix sublime de Judie Tzuke, présente sur 2 ou 3 titres, assure le relais avec le passé du groupe du haut de ses 51 ans. Chanteuse révélée en 1977 par Elton John, Tzuke a une voix qui ne fait pas son âge et qui fait du single "Enjoy The Ride" une petite bombinette cool et érotique mainstream. "Blue Chair", sa deuxième tentative, est moins élégante et un peu molle du genou mais ne casse pas l'harmonie. A l'inverse, les morceaux assurés par le Norvégien (qu'on aime moyennement) Thomas Dybdahl sont un peu plus résistants à l'oreille. Présent sur 3 titres, le chanteur a un grain de voix pop folk qui ne se marie pas (c'est un avis personnel) au fond électro-soul qui lui est proposé. Son "Sleep On it" est un titre valeureux mais qui ne laisse pas de traces. "Riverbed" surprend en bien, tandis que "Washed Away" parvient enfin, après quelques minutes, à suggérer la mélancolie et la peine que les frères Godfrey auraient pu tirer plus tôt de son appendice nordique. Un peu plus loin intervient aussi une affreuse petite Française, Manada, dénichée sur Internet, qui nous ferait presque regretter Vanessa Paradis. "Gained the World" est oubliable mais l'original "Au Delà" (chanté en français comme il se doit) fait frémir. Les véritables bonnes surprises des chefs reposent, d'une part, sur le titre assuré par le rappeur Cool Calm Pete, pas si cool sur un "One Love Karma" impeccable et effrayant (une rythmique lourde comme la fonte - Prodigy sort de ce corps) et une série d'instrumentaux tout à fait intéressants. Le morceau de quasi clôture "The Edge Beyond the Ledge" est à cet égard une belle réussite de composition où les instruments traditionnels et les synthétiseurs se mêlent en toute quiétude. Dans ses meilleurs moments, le son Morcheeba, downtempo, réussit à reproduire les ambiances de bords de mer tristes et gais à la fois qui font le charme des rivages britanniques. Dans ses pires instants, il rappelle un trip halluciné et de mauvais goût au Buddha Bar ou un Archive pris en otage par une diva soul sous LSD.

 

Dive Deep est un album de "mood-music" (comme on appelle ça aujourd'hui) qui a ses bons moments et ne manque pas d'originalité et d'esprit d'exploration. Sans parvenir à refaire de Morcheeba un acteur incontournable des musiques électroniques ou du trip-hop, il les rend de nouveau fréquentables. L'enjeu de ce Dive Deep était de savoir si le groupe allait continuer de s'enfoncer dans le marketing souladelic ou relever la tête indie. Ni l'un, ni l'autre, à vrai dire, mais l'intention y est.

 

http://www.morcheeba.co.uk

http://www.myspace.com/morcheeba

Morcheeba - Dive Deep (Pias, fév 2008)


Leslie Hall et le fat hip-hop

Posté par LovelyRita le 09.01.08 à 18:08 | tags : hip hop, pop, rigolo, youtube, vidéos musicales, myspace
Après Beth Ditto, la chanteuse des Anglais de Gossip, voilà qu'une autre chanteuse pulpeuse pour ne pas dire au physique de bouteille d'Orangina, risque de faire la couv des magazines branchouilles dans les semaines à venir. Oui, comme Dito, Leslie Hall est grosse, arbore un style excessif pour ne pas dire dangereux ! Hall, qui est à la fois chanteuse et performeuse, cultive le goût du terriblement moche version eighties. A elle seule, elle évoque dans son style vestimentaire l'imaginaire US des années collège, des nerds et membres du club d'échecs. Elle portent des pulls à gemmes (fausses pierres précieuses) et des costumes réalisés par sa maman. Musicalement, ça ressemble à quoi ? Je ne le vous dirais pas, regardez la vidéo de "How We Go Out", plutôt.
 
 


Albums Cultes des Géants du Normal #4 : De La Soul - Three Feet High and Rising

Posté par 2goldfish le 04.01.08 à 10:47 | tags : rigolo, culte et normal, psychédélique, hip hop

Les gars de De La Soul n'étaient pas du tout "normaux" dans le hip hop de la fin des années 1980 et sorti aujourd'hui, leur premier album resterait certainement dans la marge mais, pendant une courte période, ces garçons ont cartonné et semblaient partis pour changer le cour de l'histoire du hip hop. Ce qu'ils ont fait, bien sûr, mais pas vraiment dans le mainstream. En 1989 si vous faisiez du hip hop vous étiez soit un Public Enemy, "conscient", aggressif, soit un Nigger With Attitude : inconscient, aggressif. De La Soul était "conscient" mais ni moralisateur ni trop sérieux et surtout n'aurait pas fait de mal à une mouche.

 

On les a souvent taxé de hippies à leur corps défendant et c'est vrai que ce premier album sent beaucoup l'herbe qui fait rire. Posdnuos, Trugoy et le DJ Pasemaster Mase ont truffé l'album de petits sketches absurdes et leurs raps parlent d'amour, de paix, des conseils de Mr Crocodile et Mr Ecureuil, du besoin d'utiliser du savon et de trous dans la pelouse. Même quand ils parlent du ghetto et des ravages du crack, ils gardent un ton léger, ludique et poli qui laisse les idiots croire qu'ils ne peuvent pas être sérieux. Pire que tout ça, ces mecs sont positifs : ils ne peuvent qu'être complétement défoncés, non ?

 

Au moins aussi iconoclaste, la production de Prince Paul et Mase a tout simplement révolutionné le sampling. Là où les autres n'utilisaient encore les samples que pour poser un beat ou un hook, 3 Feet... est parsemé de mini-samples de quelques secondes, très souvent utilisés pour une simple blague. Ces samples viennent véritablement de partout : Kraftwerk, Johnny Cash, Bill Cosby, Funkadelic... Le résultat est un véritable collage psychédélique, surréaliste, post-moderne et tout ce que vous voulez d'autre. Sur "Potholes In My Lawn" le hook est un mix de yodel et de guimbarde, tandis que "Transmiting Live From Mars" réunit de vieilles leçons de français et "You Showed Me" des Turtles.

 

Ce dernier sample causera malheureusement beaucoup d'ennuis au groupe et la fin de l'âge d'or du sampling : suite à un procès fait par les Turtles à De La Soul, il est désormais nécessaire aux USA comme en France de demander l'autorisation d'un artiste avant de le sampler. Les licenses Creative Commons étaient encore loin. Ces problèmes judiciaires et les accusations de "hippie" ont mené à la sortie plus de deux ans plus tard de De La Soul Is Dead, un album qui riait très jaune, un autre chef d'oeuvre, sans aucun doute, mais plus un chef d'oeuvre du bizarre.


M.I.A. : All I Wanna Do Is...

Posté par 2goldfish le 21.12.07 à 10:41 | tags : youtube, vidéos musicales, hip hop

M.I.A. vend des avions en papiers, des papiers pour prendre l'avion, vole The Clash et lui tire dessus, prend son argent et plutôt que d'aller droit en enfer elle pose dessus une mélodie aérienne et entêtante pour nous annoncer que l'avion dans lequel nous sommes tous va très bientôt se cracher mais ça va, vive l'hédonisme, nous nous sentons tous plutôt bien et tout le monde donne à Maya Arulpragasam une place dans son top ten 2007 parce que tout le monde aime le Clash et le son de la bouteille de coca vide de Straight To Hell c'est tellement M.I.A., peu importe que Diplo l'ait pas samplé et parce que tout le monde aime la controverse et les converse panthère et le beat de Diplo et parce que LCD Soundsystem c'est bien mais ça nous fait nous sentir vieux alors que M.I.A. nous fait croire que 2007 c'est encore le futur.

 

 


Subtle : Une subtile dislocation des normes

Posté par Maxence le 10.12.07 à 18:16 | tags : rock, électro, hip hop, myspace

En 2006 nous étions (j'étais en fait) totalement passé à coté de For Hero : For Fool, deuxième album du supergroupe Subtle composé du gratin des desperados du hip hop indé US, soit Dose One et Jel, accompagnés de quelques outsiders aventureux dont Alexander Kort, Marty Dowers, Jordan Dalrymple et le malheureux Dax Pierson victime d'un accident de bus durant une de leur tournée. C'est assez incroyable d'ailleurs, car avec For Hero : For Fool, Subtle fut certainement la sensation hip hop rock de l'été 2006. Oserais-je même dire largement au-delà du second TV On The Radio par exemple. D'ailleurs, l'écho généré par cet album ne trompe pas : une note de 8.0 chez Pitchfork, de très bon retours de la presse internationale et finalement une signature chez EMI. Alors évidemment, ceux qui comme moi avaient adoré A New White, leur premier album, furent quelque peu désarçonnés par l'agressivité et la vigueur de ce For Hero : For Fool. Bardé de break monstrueux, bourré d'effets électroniques qui sonnaient pour une fois réellement synthétiques et pas "fait à la maison sur un 4 pistes", d'une complexité mélodique hors du commun, ce deuxième album avait tout d'un slow comer, et pourtant quel bonheur dès qu'on y prêtait vraiment l'oreille. Ceux qui l'ont écouté attentivement se souviennent certainement du fabuleux pastiche des Pixies sur l'intro de "Middleclass Stomp" (où Dose chante comme Frank Black), du dynamisme des rimes de Dose, des hymnes pop soigneusement cachés dans des volutes de beat et de bleep, des morceaux à tiroirs enchâssés compilant folk, rock, pop, electronica et hip hop dans un véritable kaléidoscope de son. Tout comme on n'oublie pas "Call to Dive" et "The Ends", deux sublimes excursions dans le monde de Subtle (plus de 7 minutes chacune). Comme souvent quand il s'agit des transfuges d'Anticon, il était plus question d'indie rock que de hip hop proprement dit, mais quelle importance, c'était un album pour les héros, pour les fous !

 

Tout ça pour dire que ceux qui avaient eu l'oreille fine à l'époque ne seront pas déçus par Yell & Ice, nouvel album sur lequel le groupe nous offre les relectures de For Hero : For Fool par quelques complices de longue date et quelques petits nouveaux. On retrouve donc les inévitables The Notwist (avec lesquels Dose One mène le projet 13&God), mais aussi Wolf Parade, TV On The Radio (quand on parle du loup) ainsi que tous les membres de cLOUDDEAD réactivé pour l'occasion. Signé sur Lex cette fois Subtle se lâche, un peu à la manière de leur mini album de remixes de A New WhiteWishingbone (qui invitait déjà The Notwist, Hrvatski, Mike Patton et une cohorte de collaborateurs éclairés). Du coup, Yell & Ice s'impose comme le parfait crossover entre le Subtle lo-fi de A New White et celui plus énergique de For Hero : For Fool. De la ritournelle pop de "Falling" (feat cLOUDDEAD) aux envolées de "Islandmind", "Requiem for A Dive" ou "The Cut Yell", trois pièces sublimes sur lesquelles on retrouve l'aisance mélodique de Dose One dont les harmonies rappellent parfois Love ou The Beach Boys, en passant par l'indie folk rock de "Middleclass Haunt" (feat. Wolf Parade), les décalages ambiant soul de "Deathfull" (feat. TV On The Radio) ou l'electronica de "Sinking Pinks" (feat. The Notwist), Subtle n'a de cesse d'élargir sa palette. Le groupe se permet aussi des morceaux encore plus expérimentaux, comme "The Pits Within Pits" où l'on entend clairement chanter Markus Acher de Notwist, même s'il n'est pas crédité sur ce track. Au final, on sort encore une fois abasourdi par la virtuosité de ce supergroupe mariant avec aisance des influences multiples pour accoucher des paysages sonores cohérents et d'une richesse sans commune mesure, qu'ils nous offrent sur ce Yell & Ice. Tout simplement virtuose !

 

Subtle - Yell & Ice (Lex Records/Differ-ant)

http://www.myspace.com/subtlesix


Jay-Z, American Gangster et les sportifs japonais

Posté par 2goldfish le 03.12.07 à 11:36 | tags : hip hop

Enfant, je regardais des tas de dessins animés dans lesquels un gamin décidait qu'il serait le plus grand footballeur/cuisinier/judoka du monde et passait ensuite trois cent épisodes à le devenir. Dans les rares cas où ces dessins animés avaient un véritable dernier épisode, celui-ci montrait de façon très optimiste l'état proche du nirvana atteint par le gamin devenu le meilleur dans son domaine à travers l'entraînement et la souffrance. Il était devenu un adulte serein, sage et bon.

En grandissant, j'ai découvert le film de gangster, un genre hollywoodien qui doit bien être le seul à rester imperméable au happy end : le gangster commence jeune, ambitieux et affamé comme Olivier dans Oliv' et Tom ou Jeanne dans Jeanne et Serge et il grimpe rapidement les échelons pour devenir lui aussi le meilleur dans son domaine mais, arrivé au sommet, il ne trouve pas la paix intérieure mais plutôt le désoeuvrement, la solitude, la paranoïa et finalement la mort. Je suis vite arrivé à la conclusion que cette différence ne s'expliquait pas par la justice divine qui n'accorderait au gangster comme au champion que ce qu'ils méritent respectivement mais, au contraire, qu'on m'avait menti toute mon enfance sur le vrai destin des sportifs japonais. Selon toute vraissemblance, devenu le meilleur joueur de foot du monde Olivier aurait perdu tout but dans la vie et aurait fini le nez dans une montagne de coke et un flingue sur la tempe.

 

La pop music est pleine de ce genre d'histoire. Prenez Jay Z : l'an dernier avec l'album Kingdom Come il sonnait comme tout sauf le jeune requin de Reasonable Doubt. On avait l'impression qu'il avait enregistré assis sur un pouf. Pas étonnant, ce type à tout réussi, plus rien à prouver. Pas étonnant non plus qu'il se soit reconnu dans l'histoire de Frank Lucas, le personnage interpreté par Denzel Washington dans le dernier Ridley Scott. Jay-Z a vu American Gangster (le film) en avant-première lors d'une projection privée et se serait dit "mince, ça aurait pu être mon histoire si j'étais resté dealer" et aussi peut-être "voilà une super occasion de faire du cross-marketing" et il s'est mis dans l'urgence au boulot sur un concept album.

American Gangster (le disque) a donc été enregistré dans la hâte et, on serait presque surpris, il est très bon. Que ce soit parce que Jay a eu l'occasion de retrouver des thèmes qui lui sont cher, la pression du temps ou son enthousiasme réel pour l'histoire de Frank Lucas, il sonne rajeuni, enthousiaste et, comme au bon vieux temps, incroyablement malin dans ses rimes. Les beats, fournis pour la plupart par Diddy, Jermaine Dupri et No I.D. ne se font pas vraiment remarquer. Ils sont bourrés de samples de soul et de funk qui sentent bon la poussière mais sont surtout là pour l'atmosphère : l'important ce sont les mots, cette histoire d'ascension et de chute déjà entendue mille fois. Peu importe qu'on la connaisse, l'important c'est qu'elle soit bien racontée et, cette fois, elle l'est.

On pourra regretter que Jay-Z fasse preuve d'immaturité en rajoutant deux morceaux "hors concept" après avoir raconté la chute de Frank Lucas, comme pour dire "Regardez moi, je suis pas Frank Lucas moi, je suis Jay-Z et je suis le plus fort et je suis le roi et je tomberais jamais, je kiffe trop ma race" mais on n'y croit pas. Ca fait longtemps que j'ai arrêté de croire au happy end pour Oliv' et Tom ou pour Jeanne et Serge, on ne me la fait pas à moi, Jay.


Usher - Dat Girl Right There : RnB décadent

Posté par 2goldfish le 23.11.07 à 15:14 | tags : rnb, hip hop

Une fois n'est pas coutume, j'ai envie de vous parler d'une simple chanson. Il s'agit du premier extrait leaké du futur album d'Usher : "Dat Girl Right There" (featuring Ludacris). Même au milieu d'un RNB moderne souvent complétement barré, ce morceau sort du lot. On imagine que la fuite est intentionnelle, destinée à prendre la température pour un éventuel succès dans la lignée de l'innatendu "Yeah" en 2004 mais là, et c'est peut-être le grand père en moi qui parle, ce truc est vraiment trop bizarre pour ça

Rien de bien inhabituel dans les paroles : Usher voit une fille dans un club, passe en mode prédateur et lui explique qu'elle et la seule pour lui etc... Ludacris joue le rôle du pote resté au comptoir et qui commente, romantique, "Peu chère, celle là elle va se faire ramoner la cheminée ce soir". L'important bien sûr, ce n'est pas l'histoire mais comment elle est racontée et c'est le producteur Rich Harrison qui s'en charge. On savait qu'il était talentueux depuis "Crazy In Love", on avait découvert qu'il était bien plus malin encore avec "1Thing" et sur ce nouveau morceau il a l'air d'avoir décidé de nous montrer qu'il est aussi complétement dingue. Ca commence avec un gros synthé qui joue le rôle de la pulsion érotique primale ascendante. Mixé bien au dessous de tout le reste il tient lieu de basse mais la boucle monte aussi dans les aigües avec un son comparable à deux ballons de baudruches frottés l'un contre l'autre. Ce son est si choquant et dominant qu'on n'entend que lui pendant toute la chanson lors des premières écoutes (un peu comme avec "Yeah", souvenons-nous).

L'énormité de ce son de basse laisse aux percussions le loisir de partir dans tous les sens et de multiplier les breaks pour commenter la mélodie, chantée par un Usher démultiplié. Celle-ci est malheureusement assez banale et Usher empile les effets pour nous le faire oublier, laissant le refrain tenter péniblement de tenir tout seul debout. Heureusement le couplet de Ludacris est plus intéressant, Harrison s'amusant avec les boutons du pitch et de la stéréo sur chaque fin de vers. Arrivé au pont, les ballons de baudruche s'arrêtent enfin pour laisser la place à une guitare acoustique et des violons synthétiques. Usher passe en mode romantique, chante l'amour dans son coeur mais au bout de dix secondes à peine le gros méchant synthé revient. Les cordes ne partent pas cependant et la chanson se termine sur une question : sont-elles le déguisement qu'Usher a choisi de donner à cette pulsion animale qui l'anime ou a-t-il a réellement réussi le marriage improbable de l'amour et de la luxure ?

"Dat Girl..." c'est le son de types qui ont vendu suffisamment de disques pour s'enfiler tout ce qu'ils veulent dans le nez, le genre de pervers qui s'amuse à faire fumer des crapauds et à qui on laisse les clés du studio. Un morceau admirable, vraiment.


Sexe, drogue et tout sauf rock'n'roll

Posté par 2goldfish le 20.11.07 à 13:40 | tags : news, hip hop, rock, pop

Une étude récente menée par des chercheurs américains a montré qu'un gros tiers de leurs chansons populaires contiennent des références à la drogue (alcool et cigarettes inclus). L'étude s'est basée sur 279 des chansons les plus vendues de 2005 aux USA. Comme d'habitude les scientifiques nous rappellent qu'ils ne peuvent à partir de ces chiffres prouvé que la chanson pousse à la consommation mais ont cependant noté que toutes ces références étaient généralement "positives", associant les drogues à la fête et au sexe. Les rares conséquences négatives évoquées étant généralement les problèmes légaux que peuvent entraîner la consommation plutôt que les problèmes de santé.

Les chercheurs ont inclu un intéressant classement par genre : le hip hop arrive largement en tête (77% des chansons parlaient de drogues) suivi par la country (37%) puis le RnB (20%), le rock (14%) et enfin la pop (9%). On n'est même pas choqué de découvrir que le rock est devenu plus politiquement correct que la country. Une étude similaire menée dix ans plus tôt apporte un éclairage intéressant : le rap n'a pas beaucoup bougé (75% à l'époque) mais le rock à chuté (de 20% à l'époque à 14% aujourd'hui) pendant que la country devenait alcoolique (passant de 14% à 37%).

Au milieu des années 90, des faux grunges comme Bush, Silverchair, héritiers d'une tradition rock macho, dominaient les charts rock aujourd'hui plus ouverts à des groupes de rock métrosexuels comme Fall Out Boy ou Panic At The Disco! pas vraiment les premiers à chanter les mérites de la drogue et de l'alcool. Ils laissent ça au hip hop.

De l'autre côté, la country est passée d'une période où elle faisait profil bas sous l'administration Clinton, trouvant son champion dans le cow-boy sensible Garth Brooks, à une période où elle jouait les fiers à bras sous la seconde présidence Bush mais qui vire doucement à la dépression, les deux étant prétexte à une forte consommation d'alcool (l'unique drogue évoquée par les chansons country selon les études).


Rap Graphique

Posté par 2goldfish le 19.11.07 à 11:32 | tags : hip hop, web, rigolo
 
 
Un petit malin anonyme a créé une page pleine de raps traduits en graphiques. Il y en a approximativement dix mille et c'est beaucoup trop mais l'idée est trop maline pour ne pas faire le tour du web. En plus si vous êtes à moitié inculte dans le domaine, comme moi, il y a des liens vers tous les morceaux sur youtube.

Inévitablement, quelqu'un va piquer cette idée et l'appliquer à d'autres genres. Laissez moi essayer d'être le premier :

 

 

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