Les sorties Constellation de l'automne 2009 : passage en revueCela doit bien faire six mois que je n’ai pas pipé mot sur mon label favori, Constellation. Six mois durant lesquels je n’ai pourtant pas cessé d’écouter certaines galettes du label.
Et puis il y a eu l’album de Clues, merveilleuse collection de chansons rock concoctées entre autre par un ex-Arcade Fire et un ex-Unicorns. La musique n’est pas pile poil entre les deux formations mais un peu plus loin, lorgnant vers le punk, l’arty ou le carrément déprimant, mais sans perdre une verve quasi adolescente (et vous rappeler la nôtre : Fugazi, Blonde Redhead…). Saupoudrez le tout de trompettes, de claviers et de batteries bien crades, vous obtenez des morceaux imparables comme le single "Perfect Fit", le déhanché "Remember Severed Head", ou encore un cathartique "Ledmonton" à beugler dans les grands moments de solitude. A tester en concert le 29 octobre au Glaz’Art !
La rentrée annonce le retour des poids lourds. L’événement, c’est la sortie du nouvel album de Vic Chesnutt, At The Cut, en compagnie de la même équipe que son album précédent : A Silver Mount Zion et Gui Picciotto. Le résultat, peut-être un peu en dessous de North Star Deserter, apporte malgré tout son lot d’émotions. L’écriture à vif de "Coward", la verve de "Philip Guston" ou de "Chinaberry Tree" et ses guitares acides, l’intense mélancolie de "We Hovered With Short Wings", le contrepied champètre de "Flirted With You All My Life" (le meilleur morceau ?) ou le touchant "Granny"… Les perles s’enchaînent dans un album incroyablement riche et cohérent. Pas de doute, Chesnutt a trouvé un écrin adapté à son songwriting hors pair en s’épaulant des gars de Constellation. Le groupe semble n’avoir été qu’un depuis toujours !
Billie Holiday disparaissait il y a 50 ansLa (possible) plus grande chanteuse de jazz américaine du XXème siècle est morte il y a 50 ans tout juste. Vu de 2009, il est difficile de ne pas lire cet événement à l'aune des derniers heureux développements (Obama, Obama !) enregistrés par la cause noire ces derniers mois, même si le talent et l'héritage de Billie Holiday se suffisent à eux seuls.
Pour les amateurs de jazz, de blues et de musique en général, Billie Holiday est une perle à la valeur inestimable, une source d'amour et de tendresse d'autant plus forte que la chanteuse de Baltimore n'est pas la plus connue des grandes divas du jazz (Ella Fitzgerald, Bessie Smith à la rigueur, Amy Winehouse ?) et peut se savourer dans une relative discrétion. La chanteuse est connue pour sa capacité à déguster tout au long de sa vie : quasi abandonnée, pauvresse, violée à l'âge de 10 ans par un voisin, mère prostituée dans un bordel de New York, elle-même âme errante dès son plus jeune, emprisonnée, violée encore puis déçue par des hommes qui la tabassent. La voix de Billie Holiday porte sur elle cet héritage de gnons et de larmes, en même temps qu'elle dégage, lorsqu'elle s'échappe dans les boîtes de jazz de NY, une sensualité triste forcément troublante.
En 1939, elle grave la chanson la plus signifiante de toute sa carrière : le "Strange Fruit" qui est présenté ici. Ecrite par un jeune prof, "Strange Fruit" désigne les noirs pendus aux arbres dans le Sud des Etats-Unis. Le texte est splendide et l'interprétation de Billie Holiday toute en délicatesse. C'est dans ce registre de la gravité, politique, poétique ou amoureuse, que la chanteuse est la plus juste.
Certains épisodes de sa vie ressemblent trait pour trait aux épisodes les plus glauques et médiatisés de nos jeunes stars du rock préférées : arrestations, fuite, découvertes de drogue, tabassage par son mari et ses mecs... Parmi ses péripéties, la chanteuse au physique transformé par l'alcool offre, comme Chet Baker plus tard, de magnifiques moments d'émotion. Si Fitzgerald est la déesse du jazz gai, Holiday est celle du jazz triste, de la mélancolie et de l'avachissement. Sur "I Get Along With You Very Well", sa technique vocale est déjà en retrait mais l'émotion est palpable. La Lady in Satin meurt en juillet 1959, cirrhosée, abîmée, inquiétée jusqu'à la fin par la police et incapable de réformer sa vie pour durer plus longtemps.
Restent la voix qui fait école chez Nina Simone, Diana Ross, l'influence chez Janis Joplin, Amy Winehouse bien sûr, Madeleine Peyroux (peut-être la plus proche vocalement d'Holiday) et les chansons grésillantes d'émotion gravées dans les années 30 ou plus tard. Comme certains l'écriront plus tard à l'occasion de son anniversaire : "la bougie s'est soufflée toute seule mais ne s'est jamais éteinte." Snif.
Bille Holiday - Strange Fruit - rare footage
Billie Holiday - I Get Along With You Very Well
La chanteuse de jazz Blossom Dearie s'est éteinteBlossom Dearie est morte durant le week end à l'âge de 84 ans. Née en 1924, elle a pendant des décennies été une figure importante du jazz new yorkais. Petite femme avec une petite voix, derrière son piano dans les clubs de Manhattan et Greenwich Village elle jouait un répertoire entre jazz et cabaret, puisant allégrement dans les grands classiques de la comédie musicale ou de la bossa nova et imposant quelques standards bebop au passage. Elle a sorti son dernier album en 2000, alors qu'elle avait déjà 76 ans, et elle a donné son dernier concert il y a moins de deux ans en 2006.
Une de ses chanson les plus célèbres aura été "I'm Hip", un portrait au vitriol d'un hipster new yorkais qui aujourd'hui encore reste à quelques noms propres près tout à fait d'actualité :
Lire aussi : Qui veut la peau de Chet Baker ? : Let's get lost et les vidéos volées2008 est comme 2006 et 2007 l'année Chet Baker : publication de la biographie de James Gavin, La Longue Nuit de Chet Baker, enfin traduite en français et (re)sortie en salles du documentaire mythique de Bruce Weber sur le trompettiste, Let's Get Lost. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes (organiser une fête pour le 20ème anniversaire de sa mort, une chambre d'hôtel miteuse, du speedball, un clairon, une platine CD, quelques métisses sexy,...), si étrangement, cette nouvelle chetmania ne s'était accompagnée de la disparition surnaturelle de TOUTES les vidéos de Chet Baker jusqu'ici hébergées sur youtube ou dailymotion et autres sites de partage. Alors que Chet avait passé les dix dernières années de son existence à tapiner dans tous les clubs et jazz-bars d'Europe, alors qu'on pouvait jusqu'ici zieuter à satiété des dizaines et des dizaines de versions de "My Funny Valentine", "All Blue" ou "Embraceable You", plus rien à se mettre sous la dent. Après enquête, impossible de dire ce qui s'est passé au juste mais un indice néanmoins : seule subsiste en ligne la bande-annonce du film de Weber, dont on imagine mal qu'il ait eu la puissance de feu (on n'est pas chez Batman) de faire interdire toutes les autres images. On peut se reporter (anomalie cruelle de l'histoire) sur la chanson éponyme de Vanessa Paradis, qui, encore plus sournoisement, vient parasiter désormais toutes les tentatives de recherche autour de Chesney Henry. Misère. Qui a volé les vidéos de Chet Baker alors ? Michal ? Non, pas encore. Les méchantes maisons de disque ? Les méchants dieux du jazz ? On en sait rien mais c'est un sale coup. Faut-il parler du film de Weber ? Sorti en 1990, le documentaire primé par un Oscar a plutôt bien vieilli même s'il nous présente une image un peu trop travaillée de Chet Baker. Dans un noir et blanc roublard, le réalisateur interviewe à tour de bras les ex-copines du trompettiste, quelques (rares) musiciens et passe quelques séquences épuisées avec le maître en personne. La poésie mélancolique et l'impression d'épuisement qui se dégagent de ces images donnent le sentiment que le document est monté en l'honneur d'un homme déjà mort, alors que Chet Baker ne disparaîtra que quelques mois après. Weber joue beaucoup trop sur la JamesDeanisation de Chet Baker, fait de lui un beau fantôme, un chromo à la fois gisant et ultraséduisant, qui est tout à fait contestable. Les amies encore enamourées mais toutes trompées (on sent poindre en elles parfois le ressentiment, le regret) offrent un panorama plutôt distant de ce que pouvait être la vie avec Baker. Etrangement, et malgré ses effets de manche nombreux, Weber s'approche assez peu de la vérité musicale de Chet Baker. Quelques séquences de lui en train de jouer (à Cannes notamment, dans des bars) contrebalancent la dimension clipesque du documentaire qui "bâtit la légende". Weber en fait un peu trop mais le résultat reste très plaisant et complètement envoûtant. Le visage de Baker suffit à "faire cinéma", comme dirait Godard et évoque par ses traits émasciés et quasi squelettiques, la dureté du combat intérieur. Baker est celui qui ici affiche le plus de retenue, de pudeur. Lorsque Weber l'interroge sur le sens de toutes ces années, sur la réalité de sa "souffrance" (en bonne pute journalistique) Baker refuse de répondre, refuse d'en dire plus. Il y a dans ces quelques dix secondes, un non dit qui suffit à annihiler toute la tentative biographique du réalisateur mais aussi à donner un sens au film. Baker est l'homme tout entier dans sa musique. Il l'est encore plus pour lui-même que pour l'auditeur. Un peu plus loin, et toujours vers la fin, la rencontre des enfants du trompettiste est aussi terrifiante et affolante. Une lignée de doubles, une lignée d'enfants abandonnés, sacrifiés à la beauté du jeu, sur l'autel du speedball. Weber passe à côté de la violence de Baker. Il ne rend pas le corps tendu vers le prochain shoot, la trahison, le mensonge qui font le (mauvais) sel de la biographie de Gavin. Baker est un beau vieillard hollywoodien ici. Un type qui glisse sur la surface des choses mais ne ramasse pas. En réalité, c'est un spectre gorgé de sang et de poudre. Un spectre qui joue de la trompette comme un ange musicien. C'est ce qui est écrit sur l'étiquette justement. "La beauté du diable", un bel argument marketing qui ne dit rien à personne. Un type qui perd sa trompette, ne sait pas lire la musique, ne s'exerce jamais, n'a plus de dents, n'arrive pas à l'heure mais parvient parfois (combien de fois ? à quelle fréquence ?) à jouer comme jamais personne n'a joué. Si ce n'est pas de l'ésotérisme... On en revient toujours là mais il n'y a qu'un livre à lire sur Chet Baker et c'est celui qu'il a écrit lui-même : Comme si j'avais des ailes, aux éditions 10x18. Ca tombe bien, c'est le moins cher et celui à l'aide duquel on comprend tout.
Le spot de l'été : musique sur Pilotis
![]() Non la côte méditerranéenne n'est pas que ce refuge à touristes en goguette, ce repère à beaufs en bermuda et bob Pastis 51, que certains nous dépeignent à longueur d'année, confondant consumérisme sauvage et défouloir estival, avec une quête de dépaysement et d'authenticité que d'autres cherchent encore avidement. La côte méditerranéenne, côté Pyrénées Orientales, devenue ma région d'adoption depuis 10 ans, c'est aussi les étangs d'eaux salées, leurs faunes (hérons, aigrettes garzettes, flamands rose, mouettes et cormorans, mais aussi chevaux sauvages, vachettes, taureaux camarguais, sans oublier les fameux scorpions bruns), leurs flore (lis d'eaux, lêche, roseaux, bambous, ifs, chênes lièges, chênes méditerranéens, jacaranda, pins méditerranéens, etc.), la montagne, les châteaux cathares, le vin de soif, les grillades et les cargolades dans les vignes. Côté plage, beaucoup sont encore sauvages et ils existent des coins réellement magnifiques entre Baynuls et Cerbère, Collioure ou Port-Bou (sans oublier Port Vendre, Sète, Saint-Cyprien, certaines zone d'Argelès...) S'il est un spot réellement bluffant dans l'Aude par exemple, je dois dire que c'est Philippe Gash, restaurateur Catalan et amateur de bonne musique qui en tient la palme. Situé à Leucate, juste après le village, son restaurant sur pilotis (comme son nom l'indique) fait face à la mer, pas la flaque huileuse que beaucoup connaissent généralement, une mer encore vive, sauvage et houleuse (qui ronge son quota de terre chaque année d'ailleurs ! Changement climatique oblige). Là, vous pourrez déguster les petits vins de la région, le muscat bien sûr, mais aussi les pareillades de poissons et crustacés, les grillades maisons, les encornés et les gambas à la plancha, accompagnés de fruit et de légumes frais. Quand le poisson arrive frais dans les caisses quasiment sous votre nez, et que vous savez que Port Leucate est un des plus actifs de la région, vous mangez de bon cœur, sans vous poser de question. L'accueil est sympa, et surtout, Philippe, ancien disquaire renommé de Perpignan, vous fera une petite sélection musicale dont vous vous souviendrez. Ce n'est pas souvent que l'on peu déjeuner face à la mer, en écoutant Chromatics, Glass Candy, Laïka, Burial, Portishead et autres. A noter que le soir, le patron invite des groupes de la région, mais aussi des pointures internationales. Certains restent pour manger. On attend par exemple les Sonic Youth, qui joueront à Port Leucate (à 100 mètre du restaurant), le 04 août par exemple. Les Pilotis - Plage des Pillotis 11370 Leucate - 06.26.35.17.86. Décès de Daniel Caux, la fin d'un beau voyage
Venu du jazz expérimental et de l'école minimaliste américaine, il était de ceux que les musiques électroniques, et en particulier la techno la plus rigoureuse, n'effrayait pas malgré le fossé générationnel. Daniel Caux, défricheur, découvreur et passeur, s'est éteint samedi 12 juillet dernier à 10 heures 30 à Paris. Directeur artistique du fameux label Shandar, journaliste et critique, animateur radio, essayiste, commissaire d'exposition, il découvrit la musique concrète en 1959 avec Pierre Schaeffer, Pierre Henry et Luc Ferrari. Explorateur de tous les sons, il fut le premier à inviter Sun Ra en France. Ami intime de Terry Riley et de La Monte Young, Daniel connaissait son John Cage, Steve Reich et Philip Glass sur le bout des doigts, mais pas seulement. Lui qui avouait avoir vécu l'avènement des musiques électroniques et de la techno au début des années 90 comme une épiphanie, se lia avec les plus grands du genre : Carl Craig, Kevin Saunderson, Jeff Mills, Juan Atkins, mais aussi, bien sûr, Richie Hawtin.
Fête de la musique 2008: Paris s'évade avec Thomas Dutronc, Catherine Ringer, Goran Bregovic et Mariee SiouxPosté par Slick Rick le 20.06.08 à 12:00 | tags : agenda, chanson française, fête de la musique, folk, jazz, youtube
Adeptes de nouveaux horizons musicaux, de ciné, de chanson française pas gnan-gnan et de fanfare déglinguée, bref, gens ouverts, vous voilà servis pour la Fête de la musique 2008. Goran Bregovic, l'homme des halluciantes BO de Kusturica, sera présent avec son Orchestre des Mariages et des Enterrements. Oui, car pour ceux qui n'étaient pas au courant, la musique de film est à l'honneur pour ce 21 juin. En plus de ce cher Goran, un invité de marque à cette chouette soirée. Pas Iggy Pop, avec qui le compositeur yougoslave avait collaboré sur l'immense "In the death Car" (video ci-dessus), dans Arizona Dream du maître Emir. Non, ce sera - surprise! - Catherine Ringer. L'univers poético-déluré de l'ex Rita Miksouko devrait coller à l'ambiance foldingue de la soirée. Elle chantera dans la nouvelle création de Mauro Gioia, "Rendez-vous chez Nino Rota". Si vous êtes plus calmes, moins fantasques, une sympatique soirée s'offre à vous, à l'Olympia. Fans de jazz manouche, sachez que Thomas Dutronc donne un concert gratuit. Il sera suivi de Bernard Lavilliers, mais aussi de l'electro latine de Zuco 103 et surtout de l'excellente folkeuse Mariee Sioux (video ci-dessous), qui n'a pas grand chose à envier à sa collègue (et amie) Alela Diane. Attention, pour avoir une chance d'assister à la représentation, il faut foncer retirer son billet samedi 21 juin, à partir de 18h30. Bonne chance.
Thomas Dutronc + Bernard Lavilliers + Mariee Sioux, à partir de 20h à L'Olympia - 75009 – Paris Goran Bregovic et l'Orchestre des Mariages et des Enterrements + Catherine Ringer, à partir de 20h sur la Cour d'Honneur du Palais Royal - 75001 – Paris Le Festival Jazz Nomades libère la voix![]()
Déjà une cinquième bougie pour le festival "La Voix est libre - Jazz Nomades", au Théâtre des Bouffes du Nord. Du 10 au 12 juin, le jazz, la poésie et l'art du spectacle se donneront à nouveau rendez-vous dans le fief de Peter Brook pour trois soirées de création et de rencontres inédites. Louis Sclavis, Dominique Pinon, Joëlle Léandre, Josef Nadj, Akosh S., Fantazio, Mehdi Haddab, Phil Minton, Médéric Collignon, Novarina, Zad Moultaka, Maja Ratkje, Lazare, Jean-François Pauvros, Ramon Lopez, Denis Charolles, Majid Bekkas, Badila...Autant d'artistes venus d'horizons variés, ayant en commun un désir de faire vivre la langue, à travers la musique, le corps ou la voix. Pass 3 soirs : 45/33€ TR Pour plus d'infos: N'y pensez plus
Tout ça n'est en fait que la confirmation scientifique de ce que les bons musiciens savent déjà : quand on improvise, il faut cesser de penser à ce qu'on fait, il faut se laisser porter par ses sens et ses émotions. Ou comme le disait Captain Beefheart à ses guitaristes : "Si vous êtes coupable de pensée, vous êtes viré". J'adore quand la science donne raison aux fous. Teo Macero et Miles Davis à nouveau réunis au studio "Heaven"
Teo Macero est décédé le 19 février dernier à l'âge de 82 ans. Pour beaucoup, Teo Macero restera le petit homme rondouillard derrière Mile Davis. Celui avec lequel l'autoritaire prince du jazz s'enfermait des heures durant dès que les musiciens avaient le dos tourné. Celui qui bricola comme un dieu sur Sketch of Spain, coupant, collant, raccordant à la sauvage, inventant l'échantillonnage et le cut-up sonore, à partir de bandes magnétiques (la technologie électronique high-tech d'alors !) pour un disque sur lequel l'usage de l'électronique justement, ne sera même pas créditée ! Et pourtant, ce disque doit tout aux outils techniques de son époque, aussi artisanaux soient-ils aujourd'hui, et il doit beaucoup plus encore à Macero, tout comme plus tard les fantastiques déconstructions influencées par Sly Stones et Jimi Hendrix de In A Silent Way, On the Corner et Bitches Brew.
Ce talent d'innovateur, le producteur, également saxophoniste et compositeur experimental, l'entretenait depuis les années. Déjà à l'époque de Porgy & Bess, en 1958, il copiait-collait des bandes, redonnant vie aux sons, transformant déjà la musique en flux d'information, s'investissant malgré lui précurseur des méthodes qu'utiliseront 40 ans plus tard, les musiciens et producteurs de house et de techno. Jusqu'à la fin, dans sa maison de Long Island, il fut le gardien du temple de la période électrique de Davis, couvant ses archives avec passion et donnant volontiers des interviews sur le sujet. Evidemment, Miles Davis est un grand du jazz, mais il serait injuste d'oublier les travaux de Macero avec Charles Mingus, Duke Ellington, Dave Brubeck, Thelonious Monk, Dave Brubeck, Leonard Bernstein, et j'en oublies, des années 50 jusqu'au début des années 70.
Grand ami des compositeurs d'avant-garde Edgard Varèse, Otto Luening et Vladimir Ussachevsky avec lesquels il fonde ce qui deviendra le Columbia-Princeton's Electronic Music Center, Teo Macero était de ces esprits curieux pour qui le jazz n'était qu'une ouverture parmi d'autre dans le vaste océan de sons offert par la musique. Pour preuve, au crépuscule de sa vie, ce fan de rock (il adulait Jimi Hendrix) collabora avec Prince Paul, Bill Laswell, DJ Spooky, DJ Logic et bien d'autres outsiders du dub et du hip hop. Autant dire que son lègue dépasse le cadre étroit des puristes jazz, et des autres. Respect. Albums cultes des géants du bizarre #32 : Miles Davis - On The Corner
Ce feeling on le doit à la trompette de Miles évidemment, ou devrais-je dire, la trompette "fantôme" de Miles en ce qui concerne On the Corner, car l'instrument fétiche de l'inventeur d'un certain minimalisme jazz, n'a jamais été autant à la fois présent et absent que sur cette œuvre au groove proprement chamanique. La trompette de Miles donc, électrifiée, branchée sur une pédale wah wah, ne se décline plus qu'en trilles hystériques, injonctions autoritaires, saillies et riffs désarticulés qui accompagnent la guitare de John Mc Laughlin quand elle ne singe pas carrément le jeu du guitariste au point que l'auditeur n'arrive plus à faire la différence entre les deux instruments. Ce qui est logique quand on sait ce qu'On the Corner doit au rock, autant qu'au jazz. Dans cette musique grouillante comme un "Maggot Brain", on sent l'influence de Sly Stones et de Funkadelic bien sûr, mais également celle de Jimi Hendrix ou de Santana, que Miles vient de découvrir par le biais de sa compagne d'alors, la chanteuse Betty Davis. Eternel curieux en quête de sons nouveaux, Miles Davis n'oubliera pas non plus d'inviter les musiques du monde, c'est pourquoi l'album résonne aussi de raggas urbains et de percussions tout droit importés du continent africain.
Mais au milieu de ce fouillis de textures et d'interventions extérieures, l'album bénéficie aussi d'étonnante plages de respiration, des pauses électroniques, qui elles, doivent beaucoup au Karlheinz Stockhausen de Mixture/Kontakt et Telemusik que Miles Davis écoutait avidement à cette époque. A propos de On the Corner les Allemands de Can diront même qu'Ege Bamyasi (1973) n'aurait jamais pu exister s'ils ne l'avaient pas écouté, et il suffit de se concentrer sur le jeu de batterie de Jack de Johnnette et Billy Hart, thème répétitif en constante mutation sur toute la première face d'On the Corner (et particulièrement sur "New York Girls") pour s'en convaincre. Injustement oublié, On the Corner restera l'un des albums les plus groovy du jazzmen emblématique qu'est Miles Davis, à des années lumières de ses expérimentations funk et hip hop des années 80, On the Corner synthétise avec brio la modernité du jazz et son aspect intemporel. Forcément culte !
Miles Davis - On the Corner (CBS, 1972) Albums cultes des géants du bizarre #29 : John Zorn - Naked City
Bien sûr une bonne partie de l'album tient plus du hardcore école Fugazi/Cop Shoot Cop (même si ces groupes n'existent pas encore à sa parution) que de ce qu'il reste du cadavre jazz réanimé de force sans respect aucun par ces suppôts de satan. Les âmes sensibles zapperont certainement l'album de "Reanimator" à "Speedball" le bien nommé, mais ce serait dommage de passer sur ces chef-d'œuvres bruitistes de quelques secondes, des titres comme l'incroyablement funky "Snagglepuss", "You Will Be Shot" rock'n'roll en diable, "Igneous Ejaculation" qui vous ramone les oreilles jusqu'au cervelet ou "A Shot in The Dark", d'Henry Mancini en version cartoon de Tex Avery. Tout ce bruit ne vient pas de nul part et Zorn contrairement à ce que laisse penser son disque a encore du respect pour le jazz, il le montre en reprenant l'incontournable "Lonely Woman" d'Ornette Coleman, son maître à penser. Finalement, ce qu'on retient de ce disque, après le plaisir, c'est son incroyable virtuosité, c'est l'aisance avec laquelle Zorn et sa bande passent de la noise music la plus impitoyable aux mélodies les plus divines comme sur ce "Saigon Pickup", beau à pleurer qui passe du piano solo à la country, au rock et au dub dans le même morceau, ou encore "Den of Sins" convoquant ambiant et free jazz hystérique, "Contempt" la reprise poignante de George Delerue, ou le metal bouillonnant mêlé de jazz saignant de "Graveyard Shift". Une succession de chaud et de froid, de douceur et de brutalité qui sied si bien à John Zorn, adepte des jeux sadomasochistes, en musique comme dans le privé. Et on finit par se demander si par delà l'impertinence, Naked City n'est pas aussi un hommage transversal d'un des plus grands saxophonistes de l'histoire du rock à la culture américaine. Ancêtre du fameux The Director's Cut de Fantômas (un autre grand disque de score cinématographique torturé) et album culte et bizarre indispensable, Naked City remet tout simplement le jazz à sa place dans la grande histoire des musiques populaires, l'imposant à nouveau comme une musique libre, urbaine et sauvage, profondément subversive et enfin, excitante !
*Eye, qui s'exprime aujourd'hui dans l'univers du neo disco en signant des édits stupéfiants sur le label Smalltown Supersound
John Zorn - Naked City (Nonsuch, 1989) Plus d'infos sur Weegee, le photographe du sordide des rues new yorkaises, ici. Chet Baker Barclay Sessions 1955 : le coffret magique Huit CD rien que ça, c'est ce qu'il a fallu à Universal pour monter cette intégrale splendide des sessions parisiennes de 1955 de Chet Baker et son quartet. Déjà en partie connues par un assez récent disque sélectif (qu'on conseille à ceux qui n'ont pas les 100 euros à investir dans l'intégrale), les sessions Barclay présentent un Chet jeune, fraîchement débarqué des Etats-Unis qui n'a évidemment encore rien à voir avec l'homme fantôme qui hantera le vieux continent 20 ans plus tard. Chet jeune comme Chet vieux parcourt pourtant l'Europe à un rythme de possédé, écume les salles et les bars pour jouer sa musique miellée, démontrant à l'Europe entière qu'il n'est pas que le nouveau James Dean mais possiblement le nouveau Bix Beiderbecke, le cornettiste maudit qui aura été le seul à opposer au jeu enfiévré d'Armstrong un jeu ralenti et aux notes flottantes. Invité par Barclay en étape parisienne, Chet s'associe tout au long de ces enregistrements à des jazzmen relativement peu connus et en devenir, français ou belges, (Jean-Pierre Chautemps, Pierre Michelot ou Bobby Jaspar) mais aussi au pianiste bostonien prodige Dick Twardzick qui décédera d'ailleurs entre deux sessions d'une overdose. Les collaborations incroyables entre les 2 hommes sont reprises en CD depuis longtemps et un titre hommage composé par Baker, In Memory of Dick, est repris ici.Les morceaux rassemblés valent autant par leurs qualités musicales que par leur enveloppe : le coffret est tout bonnement superbe, agrémenté de textes et commentaires en anglais et français qui nous racontent cette époque bénie où l'esprit de Paris pouvait changer un artiste en or. Quelques photographies (jamais vues jusqu'ici ?) relèvent le tout et soulignent la grâce et la poésie du jeune Chet jusqu'à en faire un peu trop. N'oublions pas qu'en bon Dorian Gray, Baker a presque toujours dissimulé sous ses airs d'angelot un personnage assez peu recommandable, certes ultrasensible mais surtout très autocentré et capable de sacrifier à peu près n'importe qui (famille ou amour) à ses intérêts du moment. Toujours est-il que la musique n'en dit rien et est ici d'une luminosité et d'une fluidité étonnantes, quelles que soient les configurations. "Sad Walk" reste un grand morceau, "Cheryl" d'un romantisme à se tailler les veines au couteau à huitres et "These Foolish Things" un sommet de l'oeuvre du trompettiste. On regrettera toutefois, et comme souvent dans ce genre de coffrets "complets", que certains CD soient gorgés de versions alternatives ou cuts qui n'amènent pas grand chose à l'affaire : le CD 6 est à cet égard caricatural qui nous met "Dear Old Stockholm" à 5 versions d'Exitus et à 6 prises du moyen "Chik-Eta". Rebelote en CD 7 où on doit se farcir pas moins de 8 prises de "Anticipated Blues" et autant de "Cheryl". Il faut aimer beaucoup Chet Baker ou être un vrai spécialiste de son travail pour apprécier les nuances, les fautes de doigt qui émaillent ces enregistrements et ne pas regretter (infamie) que ce bel ensemble ait été ramassé sur 3 ou 4 CD et son prix diminué d'autant.
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Reste que ces sessions Barclay sont un bel objet et un bel objet musical et méritent tout à fait de se faire acheter sur ebay ou sur ces nouveaux sites de revente de cadeaux de Noël. Il faudrait être un bon blaireau pour vendre ce coffret mais impossible n'est pas français. Philippe Robert sur les musiques expérimentales et transversales
"Une anthologie comme celle-ci c'est un peu comme une cour de récréation. On n'est pas là pour faire ami-ami avec tout le monde. C'est le moment de vérité, en tête à tête avec l'autre. Au pire, on pourra toujours se faire son album perso des douloureuses, des impossibles et des mochetés. Au mieux, on se sera fait des petites listes et des notes de disques à trouver, que personne n'a chez soi." écrit-il en quatrième de couverture. Et c'est cette simplicité, cette sincérité qui séduit dans la démarche de Philipe Robert, loin de toute prétention et de d'académisme (forcément !), l'auteur échafaude sa petite histoire, tout en en respectant la nécessaire chronologie. D'où, certainement, le choix de présenter ces artistes hors-normes (au sens propre comme au figuré) dans l'ordre chronologique sans parti pris de genres artificiels. De fait, ce livre très complet, reprend où le Experimental music, Cage et au-delà de Michael Nyman, s'étaient arrêtés, puisque Philipe Robert, en plus de recenser les grands "classiques" de l'expérimentale (Russolo, Schaeffer, Isou, Varèse, Scott, Stockhausen, Lucier, etc), fait appel à ses plus "actuels" défenseurs. Citons par exemple Merzbow, Keiji Hano, Phill Niblock, Charlemagne Palestine, Loren Mazzacane Connors, DJ Spooky, Mimeo, Jim O'Rourke, Dean Roberts, Dominique Petitgand, Nurse With Wound, sans oublier l'aspect historique : du psychédélisme pré-ambiant (La Monte Young) à la no wave (DNA), en passant par le krautrock (Damo Suzuki), le post-punk (Throbbing Gristle, Public Image Ltd), les platinistes (Otomo Yoshihide, Martin Trétreault), l'improvisation (Derek Bailey, Joëlle Léandre) et les inclassables (Alan Licht, AMM, Musica Elettronica Viva, Taku Sugimoto). Une bible donc, une somme, allègrement écrite, dans un style fluide et plein de vie par un auteur tout à sa passion, la musique et rien que la musique. On a envie de dire, "exemplaire" ! C'est les fêtes il n'y a pas longtemps, offrez-le !
Philipe Robert - Musiques expérimentales, une anthologie transversale d'enregistrements emblématiques, éditions Le Mot et le Reste, avec le concours du GRIM. John Zorn fait son Malin![]() A 54 ans, John Zorn règne sur le jazz avant-gardiste et multiplie depuis quelques années les enregistrements, solo ou en groupes, les productions, les compositions, les projets sur un rythme qui ne permet plus au suiveur amateur de l'accompagner. Rien qu'en 2007 et avec ce From Silence to Sorcery, le pape du déconstructivisme a dû livrer 4 ou 5 disques qui auraient tous mérité un petit mot et qui, l'un chassant l'autre, ont rendu tout commentaire superflu. Bizarremment et alors qu'il aurait sans doute mieux valu parler du beau Astronome (2006) ou des Six Litanies for Heliogabalus (2007), c'est avec From Silence to Sorcery qu'on se remet à parler de Zorn.
Pour ceux qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents, Zorn est un multi-instrumentiste (saxophoniste de prédilection) qui s'est attaqué dans sa longue carrière à à peu près tous les genres musicaux. Les seuls points de convergence dans son oeuvre sont à chercher autour de la notion de déconstruction qui lui permet de varier les travaux (jazz, punk, rock, compo de films) et les formes (voix qui tuent, orchestres qui pleurent, guitares saturées, objets en tous genres), sa fascination pour l'occulte (option kabbale) mais aussi une forte imprégnation juive (Zorn est le fondateur du label Tzadik records et son seul vrai directeur artistique). Au milieu de tout cela, trônent des projets comme Masada, cycle d'interprétation de la culture juive qui reste indépassable sur le plan musical, ou la série horrifique (pour les oreilles) des Painkiller, où l'avant-garde touche au supplice génial. From Silence to Sorcery consiste en une introduction en demie-teinte à l'univers incroyablement riche et varié mais peut consituer une porte d'entrée comme une autre vers une découverte plus approfondie de Zorn. Le disque qu'on peut découper en 3 sous-ensembles est entièrement dédié à l'occulte et plus spécialement à la kabbale qui semble obséder les productions solo de Zorn depuis 3 ans, et après l'album Magick notamment. Le premier ensemble appelé "Goetia" (numéroté de I à VIII) est une sorte de caisse de résonnance interprétée au violon solo pour des ensorcellements, des sorts et des formules magiques qui ne viendront pas. On entend sur ces séquences de quelques secondes à quelques minutes, la mise en place d'une ambiance lugubre, entre le vieux film d'horreur et les couloirs sordides traversés par des créatures mi-comiques, mi-effrayantes. Le rythme s'accélère de temps à autre ("Goetia III"), se fait plus solennel parfois ("Goetia IV") comme si une messe noire allait bientôt être célébrée. Rappelons, pour mémoire, que le violon est l'instrument du Diable par excellence et celui dont le cri de cordes est le plus susceptible de faire rappliquer le Malin. Les pièces restent assez en deça de ce qu'a l'habitude de servir Zorn mais ont le mérite d'amener rapidement aux deux plats de résistance que constituent les séquences suivantes. "Gris-Gris", inspirée (d'après ce qu'on peut en comprendre) par le vaudou africain ou d'Haïti, le chamanisme coréen et une scène du Port de l'Angoisse d'Howard Hawks, est une superbe composition interprétée uniquement par des percussions, soit une légion d'une douzaine de tambours. De longs passages quasi-silencieux viennent perturber l'organisation du morceau et créer une atmosphère à la fois envoûtante, confortable et inquiétante. Là encore, "Gris-Gris" est à inscrire dans la veine morne et expérimentale de Zorn et ne donne pas une juste image de son extrême dynamisme habituel. Le dernier ensemble, "Shibbolethis" est plus classique (clavecin, cordes et percussions) et rend hommage, sur fond de Shoah (récurrente chez Zorn) à la poésie de Paul Celan. Il faut évidemment pas mal d'imagination pour filer les liens entre Celan et ce qu'on écoute, mais l'influence biblico-poétique est opérante et suffit à nous projeter dans un Ailleurs qui est visé par ce nouvel opus.
C'est bien le talent de Zorn, quels que soient les moyens qu'il emploie pour y parvenir, de nous projeter chaque fois dans un univers sonore nouveau et presque tout le temps déconcertant. Si From Silence to Sorcery n'est (et de loin) pas son travail le plus intéressant, il constitue un jalon supplémentaire dans une oeuvre cohérente, qui vise à établir des liens logiques entre ce qui s'écrit (textes, musiques) et ce qui s'entend. Zorn, en bon kabbaliste, donne à entendre une totalité qui s'adresse à tous les sens et qui, de fait, ne peut pas s'apprécier comme de la seule musique.
Hurtmold : Le lièvre et la tortue
Au-delà de ces considérations techniques, celui que l'on a déjà surnommé "le plus Chicagoan des groupes de Sao Paulo", ou "la réponse brésilienne à Tortoise", exprime surtout son amour de la syncope, du beat qui balance des hanches dans un format jazz rock à la manière des précurseurs du psychédélisme brésiliens, de Os Mutantes à Tom Zé (une influence particulièrement flagrante sur "Miniotoria" et l'usage qu'ils y font de l'électronique). Pourtant, si l'on écoute bien Mestro, leur dernier album, on ne peut s'empêcher de penser qu'Hurtmold n'est pas si loin de Tortoise ("Amarelo E Vermelho", "Sova"), The Sea and Cake ("Kampala") ou des Anglais de Corker/Conboy ("Chuva Negra", "Amansa Louco"). Même sens du flux rythmique, mêmes oscillations irrésistibles, même dynamisme. Quand il tourne, Hurtmold est un vrai moteur bien huilé au service de compositions millimétrées oscillant entre rock et jazz, dub et pop, et même hardcore punk ("Quase 6 De Misticismo"). Guitares véloces, furieuses cavalcades urbaines, à la lisière d'une drum'n'bass acoustique, groove mécanique, musique répétitive pour post-raveurs, Mestro ne manque pas de substance, bien au contraire. Même s'il reste encore du chemin à parcourir pour accoucher d'une œuvre totalement personnelle et passer du statut de bons élèves à la production sympathique à celui de véritables chamans post-rock, par ses ouvertures, ses origines et sa technique, Hurtmold n'a pas vraiment de soucis à se faire pour l'avenir, il est devant lui c'est certain. Et rien ne sert de courir, c'est bien connu...
Hurtmold - Mestro (Nacopajaz/Discograph) Ça va jazzer à la Villette du 29 août au 9 septembre![]() "3 univers singuliers, 3 générations d'artistes, 3 cartes blanches", c'est le programme proposé par la Villette et son édition 2007 du festival Jazz à la Villette qui se tiendra cette année du 29 août au 9 septembre. Les amateurs pourront se régaler des prestations d'une pléthore d'artistes invités. La soirée d'ouverture du 29 août à 20h (grande salle de la Villette) verra intervenir Sonic Youth accompagné de Mats Gustafsson, Jean Marc Montera et Michel Doneda. La première partie étant confiée à Caspar Brötzmann & Hann Bennink en duo. De son côté, Julien Lourau, invite Fred Wesley, Eric Legnini Trio, le Vincent Courtois Quartet, Maxime Delpierre, et surtout Tom Jenkinson a.k.a. Squarepusher, Anthony Joseph & The Spasm Band (avec Tikiman, le fameux MC's des berlinois électros de Rhythm & Sound). Steve Coleman propose quant à lui d'explorer les différentes facettes de ses travaux : Coleman et Ravi Coltrane, The Pro-verb Trio, Steve Coleman & Five Elements, etc. Mais Coleman lance aussi des collaborations étonnantes comme cette rencontre de Doug Hammond, batteur de Mingus face aux Français Joakim et Discipline de Tigersushi, ou Aka Moon, où se rencontreront Magic Malik, Baba Sissoko, Sivaraman, etc. Pour finir, Wayne Shorter sera aussi à l'honneur avec l'hommage rendu par le Thomas Savy "Ugetsu" sextet, le rencontre du Wayne Shorter Quartet et de l'Orchestre National d'Ile-de-France et le Gretchen Parlato Quintet & Wayne Shorter. Les plus curieux profiteront également de la Nuit Electro avec Jeff Sharel, DJ Oil (Troublemakers), Charles Webters et Simbad. De nombreux films seront également proposés à la projection, dont Do The Right Things de Spike Lee, Mad Dogs de Larry Bishop, Les aventures du baron de Münchausen de Terry Gilliam, Blue Velvet de David Lynch et La Planète Sauvage de René Laloux, ainsi que des débats, master class et rencontres. Toutes les informations et de plus amples détails sont présents sur le site Jazz à la Villette. Qu'est-ce qu'écoute le grisli ?Le son du grisli c'est le nouveau, enfin presque nouveau venu dans la blogosphère, puisque le site existe tout de même depuis janvier 2007. Le Grisli en question, rédacteur pour Les Inrockuptibles, Jazz Hot ou encore Dmute, propose un blog tout en noir et ocre (est-ce bien du ocre ??) consacré au jazz et aux musiques improvisées. Au programme de ce rejeton de Dmute, des chroniques CD, DVD, livres et des interviews. Pour vous lécher les babines, vous pourez y trouver des chroniques de l'album de Fennesz & Sakamoto (Cendre), de Afternoon in Paris d'Anthony Ortega ou encore du Cornell 1964 de Charles Mingus. Côté interviews : David S. Ware et Ross Bolleter. Ca a commencé avec un post par mois et aujourd'hui le blog en compte de plus en plus !! A suivre, et bon courage au Grisli ! Kuniyuki Takahashi : Le codex jazz de TakahashiPosté par Maxence le 24.07.07 à 18:51 | tags : jazz, électro, dub, disques de l'été, ambient, myspace
Je ne comprends donc pas pourquoi je n'y suis pas revenu plus tôt. Pourtant, ce n'est pas faute d'être resté scotché dès la première écoute (au casque) sur les morceaux de ce disque hors du temps, des modes et des futilités du quotidien. Car derrière son titre en forme de slogan naïf se cache réellement les plus belles combinaisons de musique électronique, de jazz, de dub et de musique afro que j'ai jamais entendues. Dès "People", "Sleepers", "Moonlight" et "Earth Beats", l'auditeur initié retrouvera les ambiances afro-jazz de pointures comme Ornette Coleman ou Pharoah Sanders (dont je conseille à tous l'écoute du formidable Tauhid, un classique de free jazz psychédélique de 1966 qui inspirera autant les amateurs de Liars ou Sonic Youth - pour les prestations du monstrueux guitariste Sonny Sharrock - que ceux de Coltrane, Davis ou Hancock période Headhunter), ambiances ponctuées des trames répétitives de vagues électroniques planantes et des percussions tribales africaines, convergeant dans un crescendo orgasmique totalement hypnotique. Simplement imparable, surtout si vous avez une bonne sono. A partir de "Precious Hall", Kuniyuki Takahashi nous explique à sa manière, c'est-à-dire avec la même expressivité que Jacqueline Caux dans son immense film sur la techno de Detroit, pourquoi house, techno et Afrique sont intimement liées. Ses tracks, à la fois ambient et bondissants dégagent une telle sérénité, et ont un tel impact aussi, que l'on fait évidemment le lien entre les options orientales de la pochette et la musique de Takahashi. Comme Pharoah Sanders en son temps, le jazz electro du Japonais est forcément (racines obligent) imprégné de zenitude. Une philosophie qui transparaît encore mieux sur l'ambient "The Guitar Song", beau à pleurer, avec sons de cloche et field recordings. L'ensemble se conclut sur une ballade croisant Eno et Prince, "Cascades of Colour". Sans commentaire, c'est beau, c'est tout. Pour finir, signalons que We Are Together n'est qu'une compilation (et profitons en pour remercier en même temps le label Mule Musiq pour cette découverte), cela donne une idée de l'ensemble de l'œuvre du Japonais. Donc, si vous avez un minimum de sensibilité, vous ferez comme moi, et commencerez à chercher ses albums antérieurs (un tour sur son myspace serait bienvenu). Bonne chasse ! Kuniyuki Takahashi - We Are Together (Mule Musiq/La Baleine) Cabaret Remixé, ce soir jusqu'au 13 juillet ! Pour sa septième édition, le Cabaret Sauvage organise son festival d'été avec le Cabaret Remixé. A l'affiche, des artistes pop-rock, des mixs électro, de la pop, du jazz, du tango, du trip-hop, du gros son pour faire danser comme du doux son pour faire lover. On pourra ainsi voir les frères barbus d'Herman Düne, le jouasse Sebastien Tellier, les fulgurants et virevoltants Birdy Nam Nam et Bumcello, les fantasques et colorés Hot Chip, les dansants Digitalism, les lancinants Cirkus avec Neneh Cherry, les prometteurs The Teenagers ou encore les fougueux Gotan Project. Une programmation alléchante qui promet quelques soirées folichonnes sur les planches du Cabaret Sauvage. A défaut de faire beau et chaud dans la capitale, il y aura au moins un endroit à Paris où il risque de faire chaud tous les soirs du 3 au 13 juillet. Ah tiens, ça commence ce soir ?
mardi 3 juillet : Herman Düne, Sebastien Tellier, Das Pop Tied + Tickled Trio : Galactica in Dub
Vous l'avez compris, tout dans ce nouvel album de Tied + Tickled Trio, un des projets les plus mystérieux de la galaxie The Notwist/Lali Puna/13 & God (entre autre), est prétexte à léviter dans les sphères évanescentes d'un futur fantasmé. Ou plutôt d'un futur tel qu'on le concevait il y a 100 ans, avant la conquête spatiale, son âge d'or et sa décadence actuelle. L'album s'articule autour des trois morceaux mélancoliques qui donnent son titre à l'album. Trois lentes girations en apesanteur, vibraphone, guitare, basse et piano, des ritournelles tristes qui ouvrent et closent le disque. Entre chaque, Tied + Tickled Trio s'offre de longue respiration dans l'espace encore inconquis qui sépare le dub, le jazz et le post-rock. Un peu comme si King Tubby ou Lee Perry avait construit leur studio dans l'espace, ou sur Mars. Autant dire qu'il y a là un océan de possibilités, où tout est encore possible. Et le groupe ne se prive pas de le démontrer sur l'hybride ethno electronica "You said Tomorrow Yesterday", le vacillant "Chlebnikov" ou les très dub "Tamaghis" et "Other Voices Other Rooms", sans oublier le jazz hanté de "A Rocket Debris Cloud Drifts". L'ensemble, totalement organique, à peine relevé d'une pincé de Moog, prend son temps et c'est tant mieux. La plupart des morceaux s'étalent langoureusement sur plus de 8 minutes, soit le temps qu'il faut pour se sentir vraiment azimuté. Les amateurs apprécieront. Avec un disque pareil, plaignez-vous, vous aurez de quoi vous mettre en orbite pour tout l'été ! En passant, sachez qu'une exploration de leur profil myspace n'est pas déconseillée, au contraire. Tied + Tickled Trio - Aelita (Morr Music/La Baleine, juin 2007) Chet Baker : 20 ans après... le silenceEnregistré à Tokyo, il y a tout juste 20 ans, cette version de "My Funny Valentine" est l'une des plus émouvantes livrées par Chet Baker. Le chanteur et trompettiste semblait y célébrer l'anniversaire de sa propre mort qui, coïncidence, aura lieu jour pour jour un an après cette performance, le 13 mai 1988. La technique est peu assurée, la voix...guère plus vaillante mais chaque note manquante est à sa place (absente, coulée). Il y a quelques jours, on a appris que le biopic dont on causait en coulisses depuis quelques années était revenu dans l'agenda des studios hollywoodiens. Leonardo DiCaprio, pressenti pour le rôle depuis dix ans, aurait rendu finalement son tablier, au profit de Josh Hartnett. Bruce Beresford (Miss Daisy et son chauffeur) assurerait la réalisation. Véritable baleine blanche du cinéma musical, ce film devrait être tourné rapidement et sortir sous le titre The Prince of Cool. Le script tournerait autour des débuts du beau Chet et de ses errances en Italie, dans les années 60. En pré-production encore, le film ne serait toutefois pas sur les écrans avant 2008-2009, éternité salutaire pour revoir Let's Get Lost en DVD, le film référence sur le musicien. D'ici là, on aura sûrement eu droit au massacre de la vie de Miles Davis par... Don Cheadle (Hotel Rwanda, Ocean 12...). Jimi Tenor, Benny at Home : Soul & Jazz in the House
Jimi Tenor & Kabu Kabu - Joystone (Sähkö/Differt-ant, avril 2007) Battles : Tribalisme 2.0
Ce qui est évident dès les premières notes, c'est la filiation Liars/Animal Collective. Un rapprochement qui s'impose immédiatement non seulement d'un point de vue géographique (ces groupes sont voisins de paliers, ou presque) mais aussi d'un point de vu sonore. On trouve dans Mirrored la même folie, la même quête de renouveau et d'innocence. A une différence près pourtant. Au contraire des premiers, la musique de Battles est bien souvent lumineuse et enjouée, même si complètement déjantée, et par opposition aux seconds, elle est parfaitement contrôlée, tout en gardant assez d'espace et de liberté pour respirer. "Rainbow" en est le parfait exemple. Mais surtout, par delà ses qualités intrinsèques, relevant principalement d'une habilité technique et d'une maîtrise à toute épreuve (qui aurait pu se révéler saoulante sur la durée), Mirrored contient un vrai tube, ce qui est assez rare dans le domaine de la musique d'avant-garde pour être noté. Cela explique certainement aussi son retentissant et inattendu succès médiatique. Je veux parler d'"Atlas" bien sûr. Un pur moment de folie frénétique et chamanique. Une ritournelle à la fois diabolique et innocente, grisante mais difficile, et pourtant, soyez sûr qu'après deux ou trois écoutes (qui vous laisseront certainement incrédule), vous ne pourrez plus vous en défaire et vous vous surprendrez à imiter les cris égarés de Braxton, ou à chantonner cette litanie exaltée. Ce qui nous amène à la dimension chamanique et tribale de Battles, dont les racines plongent bien évidemment dans le free jazz et par là même, dans l'héritage fantôme de l'Afrique, sa polyrythmie, sa sauvagerie, sa transe, illustrées entre autre par "Prismism", petit insère en forme de rappel séparant l'hypnotique "Bad Trails" et le très math "Snare Hangar" avec ses yodels pygmés. Enfin, Mirrored contient aussi de très belles "chansons", même si le terme peut sembler éculé pour décrire ses compositions dingos. On peut au moins dire que les Battles savent trousser d'envoûtantes mélodies. On pense à "Atlas" bien sûr pour son côté entêtant, mais aussi à "Race In" et ses faux airs d'Ennio Morricone, à "Tonto" et son intro délicate, à "Leyendecker", son rythme lourd, ses nappes, son chant extra-terrestre. Quant aux autres, "Race Out", "TIJ" ou "DDiamondd", ils dégagent une énergie et une folie rarement égalée sur disque depuis Funkadelic, Sly And The Family Stones, Sonic Youth, TV on The Radio ou Don Caballero. A ce propos, ceux qui auront la chance d'assister à ce déchaînement sonore, sur scène, le samedi 26 à la Maroquinerie, risquent bien de rester durablement scotchés puisqu'on annonce des concerts surpassant largement l'album. Ne ratez pas ça ! Quant à Mirrored, il est intégralement en écoute sur le profil myspace du groupe. Battles - Mirrored (Warp/Discograph, mai 2007) Battles en concert le 26 Mai 2007, le samedi de 19h30 à 21h30 à LA MAROQUINERIE, 23 Rue Boyer, 75020 PARIS. Transe en danseLu sur Youtube à propos d'"Atlas", morceau phare du Mirrored des New Yorkais de Battles : "Hated the voice at start, but now i just love the song" hé bien c'est exactement ça. Et tout l'album est de cette trempe, étrange au début (c'est du Battles hein) et de plus en plus prenant au fur et à mesure des écoutes. Une pièce de transe de plus en plus incontrôlable, comme si Animal Collective s'inspirait plus des sons du hardcore 90's (Unsane, Fugazi) et les croisaient avec les délires actuels de Liars. Un ovni ! Prenant. On en reparle bientôt. (Merci 2Goldfish) |
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