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Info-label ! Le petit monde des labels et de leurs activités.

Drumpoet Community : Zoorichans Beats

Posté par Maxence le 26.03.08 à 19:08 | tags : label, myspace, techno, électro

Penchons nous un peu sur les productions de nos voisins suisses, histoire de voir ce que ce petit pays nous réserve de bon cette année, en plus du fromage et des cadeaux fiscaux pour grandes fortunes. Côté musique donc, c'est avec plaisir que nous découvrons Drumpoet Community. Un jeune label electronica-techno-house de Zurich qui risque bien de devenir pour beaucoup une étoile montante de la production électronique, du niveau de Warp dans les 90's, ou pas loin. Même si le rapprochement peut sembler tiré par les cheveux, force est de constater que comme son aîné, la communauté Drumpoet bénéficie d'un crew de producteurs aux talents variés et souvent hors du commun, ainsi que d'une identité visuelle forte (voir les fabuleuses pochettes et rondelles de 12" au graphisme naïf et organique, proposées par la structure sur leur site), ce qui n'est plus si évident aujourd'hui.

 

Comme son nom l'indique, Drumpoems Verse 1 est la première carte de visite d'une structure qui n'est, pour le reste, pas avare de sorties maxis toute l'année. Présentée dans un joli petit sac noir en impression tons sur tons bien pratique pour y ranger les fines herbes (par exemple, bien que la label préconise une utilisation plus classique, CD, I-Pod, clé USB, téléphone portable...), cette compilation offre d'excellents moments de détente musical (c'est là qu'interviennent les fines herbes les amis !). Avec son panorama d'electro intelligente, à la fois foncièrement dansante et toujours assez mélodique pour bénéficier d'une écoute attentive et allongée, il faut bien avouer que Drumpoems Verse 1, force le respect. Entre l'electronica soyeuse de Foster ("Quiet Befor The Storm (Quarion remix)" immortalisé sur le Feeling Strange de Jennifer Cardini), la tech-house cool de Soultourist - "Turn Loose (Dixon edit)" et l'entêtante progression lyrique du "Take Root" de Thabo, la minimale house qui balance doucettement de Kawabata - "Movin' On") et la house electronica un rien old school de Quarion ("Karasu"), le groove pulsé de The Lost Men ("The Return") et, surtout, la deep house hypnotique de Sascha Dive (l'ultra funky "DEep (Samuel Davis Deep4Life Mix)") Drumpoet Community semble confirmer le retour annoncé d'un certain classicisme assumé au sein de la sphère dancefloor électronique.

 

L'ensemble se distingue également par une touche singulièrement relax, soul jazz 70 et dubby, qui donne l'impression que Zurich se trouve aux Baléares et non pas dans l'hémisphère nord. Une certaines idée du "Zoorichan Beat" donc, qui rappel parfois la Vienne enfumée des 90's (Kruder & Dorfmeister, Tosca, les compilations Vienna Scientist, etc.) Largement soutenus - et joués - par des pointures mondialement reconnues et aussi diverses que Carl Craig, Derrick May, Âme, Henrik Schwarz, Jazzanova ou Château Flight, gageons qu'on entendra encore parler pendant longtemps de ce petit label prometteur. Et dire qu'il y en a encore pour venir se plaindre de 2008 !!

 

VA - Drumpoems Verse 1 (Drumpoet Community/Nocturne)

 

http://www.myspace.com/drumpoet
http://www.myspace.com/quarion
http://www.myspace.com/soultourist
http://www.myspace.com/lexxmusic 
http://www.myspace.com/thelostmen
http://www.myspace.com/philwuger (Thabo)
http://www.myspace.com/saschadivegoingdeeper


Rod Modell : Réactions en chaîne

Posté par Maxence le 06.03.08 à 18:49 | tags : électro, techno, label

Petite leçon de rattrapage pour ceux qui ont raté le meilleur de la techno des années 90 avec cet opus de Rod Modell, Incense & Black Light. Rod Modell, mystérieux producteur américain et moitié du duo Deepchord, est l'un de ceux qui n'ont pas oublié la décennie passée. Il nous offre ici le parfait flash-back electro techno en évoquant les pulsations minimales et pourtant extrêmement riches de Monolake, Porter Ricks, Maurizio ou encore Substance, Vainqueur ou Various Artist, soit le catalogue impeccable du label berlinois culte et phare, Chain Reaction (et accessoirement Basic Channel aujourd'hui défunt), au grand complet. Attention, je parle de flashback ici, mais au contraire de mettons..., l'album d'Antonelli, chroniqué il y a quelques jours, Incense & Black Light n'a rien de passéiste, ni de lo-tech. Il n'y a de toute façon pas de véritable repères temporels dans cette musique de l'éther, qui doit autant à la techno atmosphérique de Detroit qu'au dub originel de Kingtson. Dans son fuseau temporel, Berlin et Detroit sont toujours les piliers d'une techno austère, futuriste et urbaine. Pas que cela nous déplaise d'ailleurs. Avouons le, cette techno filtrée et chuintante dont les basses puissantes devaient tout au dub, nous manquait terriblement.

 

Depuis dix ans, Rod Modell, que l'on sent irrémédiablement nostalgique, a discrètement développé son propre genre de "Detroit Techno". Comme ses aînés, il use d'effets dubisants, d'échos, de distorsions et de souffles sur des rythmes lents et syncopés, enveloppés dans des textures granuleuses plus communes à l'electronica qu'à ce genre de musique. Avec un sens incontesté de l'hypnose progressive malgré un traitement ascétique du son, une production linéaire et une progression inflexible, "Aloeswood", "Hotel Chez Moi", "Cloud Over", "Ultraviolet World" ou "Red Light", nous bercent comme au sein de doux, mais profonds, remous aquatiques. Parfaitement conscient de l'héritage de ses pères, Incense & Black Light développe ce son reconnaissable entre tous, fait de textures denses, de basses à la fois enveloppantes et étouffées, marinant entre dub électroniques, ambient downtempo et hypnotisme techno rigoriste. Une chape de sons filtrés, de la techno amniotique jouée sous la mer ou écoutée dans un pipe line, ou bien au travers des vitres fumées d'une limousine abandonnée sur un parking à Detroit. A ce titre, Rod Modell a su capturer l'esprit de Berlin, de Detroit, ou de Tokyo et d'Hong Kong si vous préférez, ces mégalopoles ultra-modernes, éternelles insomniaques, véritables décors de film de science-fiction et incarnation d'un futur noir et inquiétant, toujours sous la pluie. De même, le packaging magnifique de ce CD édité par le label japonais Plop, représente la quintessence du style techno des 90's : un fantasme urbain, où rêve de vitesse, corps dansants désincarnés et amours androïdes, hantent l'imaginaire (post)humain dans le continuum de plus en plus vaste de notre modernité. Trippant ! (Et lancinant)

 

Rod Modell - Incense & Black Light (Plop/Differ-Ant)

http://www.silentrecords.net/html/rod_modell.html
http://www.deepchord.com/


Antonelli : Soul Electric pour oldschooler

Posté par Maxence le 04.03.08 à 18:14 | tags : électro, techno, pop, label

Avec Jörg Burger (aka The Modernist, The Bionaut, etc.), Wolfgang Voigt et Thomas Brinkmann, Stefan Schwander dit "Antonelli" fait partie des pionniers discrets et pourtant éminemment respectables, d'une certaine techno allemande mélodique et raffinée née au cœur des années 90. Originaire de Düsseldorf, le fondateur du label Italic est de ces producteurs pour qui l'aspect pop et l'harmonie compte autant que les révélations explosives de la house de Chicago et de la techno découvertes à la fin des années 80. Actif depuis une dizaine d'années sous des pseudos divers (Antonelli, mais aussi Antonelli Electric, Antonelli Electr., A Rocket in Dub, Repeat Orchestra ou Rhythm Maker), une habitude typique des acteurs de la techno de Cologne avec qui Schwander partage de nombreux points communs, l'Allemand est à l'origine d'une house d'orfèvre, à la fois sophistiquée et brute de diamant, qui doit toute sa personnalité à la deepness totalement hypnotique de ses tracks habillés de subliminales et sautillantes mélodies.

 

Sur Soulkiller, son sixième album, Antonelli s'offre un flashback et revient aux bases de ce qui faisait l'electro des années 80. Entièrement produit à partir de machines analogiques, de bons vieux synthétiseurs et des séquencers vintage, l'album est enregistré dans des conditions live sur un simple magnétophone. Warning, all tracks recorded live to tape recorder, no computer used, no overdubs, strictly harware melody, mono machine drum, prévient d'ailleurs l'intéressé dans son livret. Et il y a naturellement une forme de poésie dans cette démarche, le choix résolu d'un ascétisme volontaire dans le sens noble du terme. De fait, rarement techno aura sonné aussi "naturelle" et fraîche. Une fraîcheur qui est paradoxalement la conséquence d'une discipline et d'une austérité assumées, qui viennent redorer le blason d'une techno minimale de plus en plus décriée. Sur "Soulkiller", point de facilitée, malgré l'évidence d'enchaînements répétitifs subjuguant et prononcés. On reste simplement fasciné par la finesse des patterns ("Claps Unlimited"), le groove bondissant ("Hamilton"), les nappes évanescentes ("Ensemble of Eight"), ou le sens du décalage pop en forme de clins d'œil sur l'éponyme "Soulkiller", sans oublier "When Terry Sings", un hommage non déguisé au chanteur des Specials, Terry Hall. Disque généreux à l'énergie rayonnante et aux mélodies directes et franches, Soulkiller bénéficie également d'une "touch of soul" vraiment particulière, de celle qui fait d'Antonelli un artiste unique et l'un plus brillant outsider de l'electro allemande, pas moins.

 

Antonelli - Soulkiller (Italic/Nocturne, fév 2008)

http://www.italic.de/


Harmonic 313 et Flying Lotus : Space is the place

Posté par Maxence le 03.03.08 à 17:28 | tags : électro, hip hop, label, myspace

Serions-nous par hasard en train s'assister à la renaissance du label Warp tel que nous le connaissions il y a un peu plus d'une dizaine d'années ? Vous savez, l'époque, fort lointaine il est vrai, où la structure emblématique de l'electronica des 90's nous livrait un chef-d'oeuvre par mois, innovant tant en matière d'invention musicale, qu'au niveau purement technologique. C'est en tout cas l'impression que l'on retire des dernières productions du label. Juste avant la parution d'un nouvel opus attendu d'Autechre (dont nous reparlerons) et après l'annonce de la reformation d'Antipop Consortium, Warp nous offre coup sur coup deux livraisons electro hip hop déconstruites et innovantes, incarnées par les EP de Flying Lotus et d'Harmonic 313. Deux sorties qui s'avèrent carrément aussi excitante que, mettons, l'hypothétique annonce d'un nouveau Boards of Canada ou d'un Aphex Twin du niveau du Richard D. James Album (on peut rêver).

 

Commençons par Reset de Flying Lotus puisque c'est le premier dans l'ordre des parutions (octobre 2007 pour être exact). De son vrai nom Steven Ellison, Flylo est un jeune producteur afro-américain originaire de Los Angeles. Egalement neveu de feu Alice Coltrane (veuve du saxophoniste du même nom), ce musicien issu d'une lignée plutôt privilégiée se fait connaître en 2006 avec 1983, un premier album étonnant revendiquant à parts égales les influences hip hop funky du Doggystyle de Snoop Dogg et les visions futuristes et expérimentales de Sun Ra . Sur Reset, il revient avec six titres d'electronica soulful, sensuels et racés encore plus aboutis, si riches en fait, qu'ils s'écoutent avec le même plaisir et la même sensation de complétude qu'un album entier. Pour s'en convaincre il suffit de se pencher sur la soul spatiale de "Tea Leaf Dancers" et "Massage Situation", sur lesquels le son soyeux de Massive Attack rencontre les angles aigus d'Autechre, "Vegas Collie" et ses breaks cosmiques, ou encore "Dancefloor Stalker", le sommet de cet EP d'exception, un sublime et planant surplace dans la stratosphère. Pointu, Flying Lotus s'autorise même une incursion dans le dubstep avec un "Spicy Sammich" hypnotique et envoûtant. Six titres disais-je, et pas un à jeter.

 

Idem pour Harmonic 313, projet solo de Mark Pritchard, producteur australien co-fondateur du duo Harmonic 33 (un chiffre ajouté et hop, un nouveau projet !). Aussi bien influencé par la techno de Detroit que par le style très particulier de hip hop produit dans cette ville, Harmonic 313 est un hybride d'electro minimale et de hip hop particulièrement brillant. Présenté sous la forme de cinq problèmes à résoudre pour answer machine de type Speak & Spells (cet ancêtre d'ordinateur éducatif crée par Texas Instruments dans les 80's et proposant des questions et des réponses sur un clavier coloré), EP 1 sous-titré Solve It, est lui aussi un bon exemple de ce que le hip hop peut faire de mieux quand il s'ouvre à l'électronique et surtout sort du formatage imposé par le marché. Entre évocation de la fameuse calculatrice musicale de Kraftwerk sur Computer World ("Problem 1"), ballades downtempo au groove mélancolique ("Problem 2 et 4") et ode urbaine hommage au Detroit nocturne des super-héros d'UR et d'Arpanet ("Problem 3"), Harmonic 313 dépasse nos espérances les plus folles, rivalisant sans peine sur le terrain accidenté d'Antipop Consortium ou Dabrye. Ruez-vous sur ces deux chef-d'œuvres qui, au prix où ils sont, valent largement l'achat d'un album. Album que nous attendons de pied ferme évidemment.

 

http://www.myspace.com/flyinglotus
http://www.myspace.com/officialmarkpritchard


Strange Breaks & Mr Thing : American Boogie

Posté par Maxence le 22.02.08 à 20:40 | tags : funk, soul, hip hop, label, rock

Sur le site de BBE Music, le musicien et label manager Peter Adarkwah s'explique, "Mon idée avec BBE, c'est de fournir une plate-forme créative à mes producteurs favoris. La série existe grâce à une suite de coïncidences - une combinaison de hasards et de rencontres qui doivent beaucoup au pouvoir de la culture hip-hop. Cette initiative a été couronnée de succès car elle m'a permis d'intégrer au sein d'un même label les différentes influences qui m'ont inspiré jusqu'ici. La plupart des producteurs que j'admire ont de vastes collections de disques, de musique brésilienne, de rock, de jazz, de disco, de house etc. Avec BBE, j'ai décidé de donner à ces producteurs et musiciens, la possibilité d'exprimer toutes les facettes de leur talent". Et en effet, avec BBE Music (pour "Barely Breaking Even Records", soit "des disques qui dépassent à peine le seuil de rentabilité", en VO) Adarkwah illustre depuis maintenant 12 ans, une certaine idée de la culture black et de la musique en général. Celle du métissage et de l'ouverture, qui reste pourtant en constante connexion avec ses origines.

 

Pochettes classieuses, sélections impeccables, pointures incontournables (DJ Spinna,Kenny Dope, Keb Darge and Cut Chemist, j'en oublie), autant le dire tout de suite, BBE Music est LE label des fans de musique dont les racines plongent dans la black culture. Ainsi sur Strange Break & Mr Thing, sous-titré avec justesse "Rock, Funk, Soul, Jazz & Soundtrack Breaks for Modern Living", le funky homosapiens qui nous habite redécouvre avec bonheur le pouvoir du funk, au sens large du terme. A l'origine Mr Thing est un membre respecté du fameux crew de turntablistes connu sous le nom de Scratch Perverts. Aujourd'hui son travail de producteur dans le domaine du hip hop lui donne l'occasion d'explorer la musique sous tous ses angles. Sur Strange Break & Mr Thing, il nous offre surtout une rétrospective brillante et chaleureuse du son des 60's et des 70's. Celui de la blackspoitation et des relectures hilarantes de Quentin Tarantino. De Sky King à Steve Smith en passant par The Discoettes, Strange Break & Mr Thing est un trip enfiévré sur la route du groove, une vision américaine du boogie des origines (The Crystal Mansion - "Boogie Man"), métissé avec l'ambiance hyperactive et trépidante de notre époque. Une musique enfin, dont les fondations sont allègrement recyclées et samplées aujourd'hui et dont vous retrouverez certainement les vibrations, rien que des bonnes vibrations, dans les musiques actuelles.

 

 

Dans le même esprit et sur le même label, ruez-vous sur Better Days, de The Million Dollar Orchestra. Réalisé et enregistré à l'ancienne dans un luxe de son chaud et soyeux, Better Days est la biographie musicale funky et imaginaire, d'Al Kent, DJ écossais organisateur des fameuses soirées Million Dollar Disco. Ici, il s'invente une histoire fabuleuse dans laquelle, exilé à New York, il devient "ami de Nicky Siano à l'époque mythique du "Loft" et se retrouve victime d'une expulsion pour cause de trafic de stupéfiants. Ce projet rétro funk full groove pourrait être le manifeste du label BBE. Un parfait pont entre l'imagerie disco funk des 70's (incarné par Salsoul, Prelude, Sugarhill) et notre époque, dans une orgie soul cuivrée qui atteint parfois une dimension extatique et frénétique peu commune.

 

 

A suivre, puisque c'est promis, nous reparlerons de ce label riche et passionnant...

 

Mr Thing - Strange Breaks & Mr Thing
The Million Dollar Orchestra - Better Days
(chez BBE Music/Pias)

 

 

http://www.myspace.com/bbemusic


Monika : Une fille plutôt sage pour son âge

Posté par Maxence le 20.02.08 à 18:26 | tags : myspace, label, rock, pop, électro

A l'image de "l'effet papillon" - celui dont on dit qu'un simple battement d'aile à un coin du globe peut provoquer une tempête à l'autre bout - la mort d'un poisson rouge nommé "Monika" aura eu d'étonnantes répercussions dans le domaine musical. C'est en effet après le "suicide" du dit poisson en 1997, que Gudrun Gut, incarnation du Berlin new wave des années 80, décide de créer Monika Enterprise un an plus tard. Dix ans donc que la structure berlinoise qui se consacre à l'épanouissement des filles dans l'électro, jouit d'une aura de respectabilité chez les connaisseurs du post rock et de l'electronica. Fort d'un catalogue d'un peu plus d'une centaine de références, Monika fait partie de ces labels discrets mais indispensables dont je prends régulièrement des nouvelles, par habitude peut-être, par respect aussi. Un intérêt qui s'explique facilement car sans en avoir l'air, la "petite entreprise" est au cœur d'un réseau qui compte des artistes aussi incontournables que Thomas Fehlmann, Thomas Brinkmann, le boss de ~Scape, Stefan Betke (Pole) ou Robert Lippock (To Rococo Rot, Tarwater). Proche de la mouvance Kompakt et Ladomat, c'est grâce à l'électro pop mélancolique de Barbara Morgenstern, ainsi qu'aux soirées Ocean Club du WMF Club à Berlin, que Monika a acquit sa notoriété. Aborder l'histoire du label revient à faire un saut d'une vingtaine d'années en arrière et à imaginer le Berlin ouest des années 80, le quartier de Kreuzberg, sa scène punk colorée et défoncée, ses premiers soubresauts électroniques.

 

C'est aussi ce qui donne envie de saluer cette compilation, Monika Bärchen - Songs for Bruno, Knut & Tom, réunissant la fine fleur du label, soit des artistes - majoritairement féminins - choisis par la tête pensante de Monika Ent. et enchaînés, avec élégance, comme sur un véritable album. Sur cette rétrospective on notera entre autre l'omniprésence des filles sélectionnées pour la série "4 Women No Cry" initiée en 2005. C'est le cas d'Eglantine Gouzy & Landini, sur le magique "L.A.", un titre oscillant entre electronica et pop, mais aussi des miniatures à la fois expérimentales et mélodiques de Chica & The Folder, Milenasong et Rosario Bléfari (cette dernière étant la plus "rock" des trois). Pour le reste, les amateurs retrouveront avec plaisir l'electro-pop-rock imaginative de Masha Qrella (dans une relecture electroacoustique du "Goodnight Lovers" de Depeche Mode), l'ethno electronica élégante de Robert Lippock, le folk répétitif teinté d'electro de Max Punktezahl, l'autre révélation de ce disque, ainsi que la minimal techno de Gudrun Gut et Quarks ou les paysages sonores de l'exceptionnelle Barbara Morgenstern. Ni cérébral parce que toujours poétique, ni bêtement dansant parce que toujours subtil, Monika Bärchen affiche une ouverture d'esprit bienveillante tout en gardant la pertinence de ton reconnaissable entre tous et propose une agréable alternative au formatage des musiques électroniques actuelles.

 

V/A Monika Bärchen - Songs for Bruno, Knut & Tom (Monika Ent./La Baleine)

 

http://www.myspace.com/monikaenterprise


Triple R Selection 6 in The Mix : Trapez acrobatique

Posté par Maxence le 11.02.08 à 17:20 | tags : myspace, label, techno, électro

Que devient la bonne vieille techno ? Je pose de plus en plus souvent la question sur ce blog car en matière de musiques dansantes la prolifération de productions hybrides electro rock, minimal pop, neo disco punk, mutant funk, etc. qui abondent aujourd'hui tendrait presque à oublier ce qui se produit de bien dans l'underground electro du dancefloor et du 4x4 bien huilé. Un domaine dans lequel Traum Schallplaten et sa sous-division Trapez, n'a plus rien à apprendre. Créé par Richard Riley Reinhold en 1999, Traum est une structure pionnière de la techno allemande. Activiste de la première heure, Riley Reinhold (il mixe dans les environs de Cologne dès 1984 !) a également été l'un des premiers à miser sur le minimalisme mélodique assaisonné d'un poil de trance que nous connaissons - et apprécions - tous, aujourd'hui. Souvent considéré - à tort - comme un sous-Kompakt à cause de sa relative discrétion, la deuxième structure de Cologne n'en est pas moins active et collectionne annuellement les sorties de maxis. Preuve en est une nouvelle fois avec ce sixième volume des Trapez Compilation mixé de main de maître par le boss Triple R, aka Riley Reinhold himself. Adepte du psychédélisme et d'un certain son druggy, Reinhold nous présente comme chaque année une sélection des meilleures parutions Trapez, à l'usage de ceux qui ne peuvent pas s'acheter, ni écouter, toutes les sorties du label.

 

Alors que la sélection 5 parue il y a un an privilégiait une techno minimale plutôt funky, cette Selection 6 se présente comme un volume particulièrement trancey. Les amateurs répondront qu'il s'agit d'une constante des productions Traum et ce n'est pas faux. Le label est en effet connu pour la diffusion d'une musique dont le plaisir se mesure à la qualité de l'hypnose induite par le produit proposé. Ses qualités stupéfiantes, ses combinaisons spatiales, son groove implacable mais subtil, son minimalisme tout sauf stérile qui se prête aussi bien à l'écoute horizontale qu'à l'exutoire vertical les deux pied on the floor, chaque élément semble savamment calculé et mis en place à dessein. Dans ce domaine on retiendra particulièrement l'univers mental de Reggy Von Oers et le minimal funk de SLG, indéniablement les deux révélations de cette sélection. Dès l'intro krautrock (d'aucun dirait "kosmische") de Reinhold lui-même, Triple R transporte l'auditeur vers des sommets répétitifs et entêtants rarement atteints. Echos, rebonds, hypnose et bassline quasiment indécentes, le mix évolue inexorablement vers un orgasme spontané. Du décollage space de "Cytric" (Reggy Von Oers encore), "Endless Ride" (Salvatore freda & Massimon Stefanelli) ou "Dandelion" (Red Robin & Jakob Hilden) au psychédélisme de 3 Channels ou Massi DL jusqu'au final monstrueux toutes sirènes dehors d'un Alex Under en pleine montée acide ("Trapezones Erectos", extrait de son prochain album), Triple R Selection 6 est une invitation pure et simple à l'abandon, une voix royale toute tracée vers la trance, un manifeste techno galactique, bref, encore une très belle invitation au voyage signé Traum.

Triple R Selection 6 : Trapez Compilation - in the mix (Traum/Nocturne)


Smalltown Supersound : Norvegian Mish Mash

Posté par Maxence le 05.02.08 à 18:06 | tags : électro, disco, label, myspace

Une fois encore, cela se passe en Scandinavie. Cette fois il s'agit de la Norvège, avec l'excellent label Smalltown Supersound, déjà à l'origine (entre autre) de la parution du It's a Feedelity Affair de Lindstrom que je chroniquais pour vous il y a un peu plus d'un an, ainsi que de l'excellent mix radiophonique Sunkissed qui présentait l'émission mutant disco et kraut-funk du même nom. Créé en 1997, Smalltown Supersound a fait ses premières armes en exploitant le domaine expérimental pur et dur, invitant et signant des artistes comme les bruitistes Jazzkammer et Bruce Russel (de The Dead C), les break foutraques de Sir Dupermann, l'abstract-electronica de Kim Hiorthøy ou encore les expériences soniques de Mats Gustafsson accompagné de Sonic Youth. Autant dire qu'il fallait s'accrocher. Aujourd'hui, et pour notre plus grand bonheur avouons-le, le label semble s'être spécialisé dans une novö-disco décomplexée, relevée d'une pointe de psychédélisme braque et de néo-krautrock débridée, voire d'electronica poétique, bref, dans tout ce qui brille, vrombie, secoue et fait bouger. Pour autant, le label n'a pas abandonné ses prétentions d'avant-garde, et cette compilation en forme de carte de visite en est la preuve. C'est entre autre une des raisons qui m'a fait acheter cet album (oui, vous avez bien lu, "acheté", pas reçu gracieusement dans ma boîte au lettres). L'autre raison tient tout simplement à mon profond désir de vous faire découvrir ce passionnant pourvoyeur de curiosités.

 

Car The Portable Supersound voyez-vous, c'est un peu The Norvegian Mystery Tour, l'occasion d'effectuer à peu de frais (4 euros 50 exactement, ou son équivalent en livre sterling pour ceux qui comme moi commandent à l'étranger) le tour d'un label qui vous réserve bien des surprises et autant de plaisirs. Sur ce sampler de luxe, on retrouve les têtes d'affiche de la structure d'Oslo bien sûr, mais aussi des petits nouveaux et des découvertes prometteuses, tout ça dans un grand mouvement tournoyant, pulsant du premier au dernier morceau, qui envoie voler auditeurs et ondes bizarroïdes à des années lumières de la terre. Tout sur The Portable Supersound évoque le voyage, en effet, d'autant que la sélection ici présente est internationale. Mais je parlais plutôt d'un trip dans la stratosphère, de ceux qui vous décollent les neurones, font exploser les limites et les repères du monde autour de vous. Qu'il s'agisse de la nouvelle kosmishe musik des Grecs de Arp ("St. Tropez") offerte en guise d'introduction, de l'hypnotique "Come Out, Come Down, Fade Out, Be Gone" des Norvégiens de 120 Days, qui célèbrent assidûment l'union glorieuse du psychédélisme et de l'electro, du disco dub des enfumés Tussle (dont l'album Telescope Mind, nous avait charmé l'an passé), du cosmic disco de Lindstrom ou de Bjørn Tørske, des cavalcades tribales déjetées des New-Yorkais de Sunburned Hand of A Man ("Half-Under") ou encore de l'electronica pop et subtilement groovy de Kim Hiorthøy, tout ici est orchestré pour un décollage immédiat.

 

The Portable Supersound est aussi l'occasion de découvrir en avant première le nu-disco savante de DiskJokke (dont le premier album est impatiemment attendu cette année) et surtout les pitreries du Japonais The Lift Boys a.k.a EYE, également connu comme Yamatsuka Eye, Yamatsuka Eye, également leader et chanteur (hurleur ?) bien connu des foutraques Boredoms, qui présente ici un exercice proto-world, discoïde et anarchique, à l'origine uniquement disponible en 12" sous le titre judicieux de "Anarchy Village/Anarchy Way". Compilé avec virtuosité, chaque morceau de cette collection "à emporter" est agencé de manière à présenter une nouvelle facette du label tout en préservant le plaisir de l'auditeur. Pas un faux pas, pas un moment de faiblesse, pas un creux dans cette sélection impeccable et implacable. Un équilibre assez rare sur un sampler, qui en fait au final un disque à part entière. Alors, la balade vous tente ?

 

Smalltown Supersound - The Portable Supersound (Smalltown Supersound/Differ-ant)

 

http://www.myspace.com/smalltownsupersound


Disco not Disco : Deep into Disco Culture

Posté par Maxence le 04.02.08 à 18:12 | tags : disco, électro, label, punk, youtube

La fin des années 70 et le début des années 80 n'en finissent plus de révéler leurs trésors, et le mythique label Strut est de retour pour en témoigner. Liquidé en 2003, c'est un véritable bonheur de voir le fameux label anglais spécialiste de l'afro beat, de hard funk et de disco underground ressurgir sous la houlette des Allemands de K7! après quatre ans d'inactivité ! Bien décidée à faire tomber tous les clichés qui catégorisent généralement la musiques et ses multiples chapelles, la structure britannique crée la collection Disco not Disco et ce fait par la même occasion le témoin d'une époque où les acteurs de la new wave et du post-punk redécouvraient avec bonheur, krautrock, dub et disco. Pour le coup cette troisième livraison sous-titrée comme il se doit Post punk, Electro & Leftfield Disco Classics (1974 - 1986) est exemplaire et bénéficie d'ailleurs d'une pochette réellement appropriée. Rayée de noir et de blanc, elle illustre parfaitement le propos : funk blanc et new wave black, ou plus subtilement, "mutant groove et musique globale pour futur multi-ethnique" dans un flash back instantané qui nous relierait subitement aux années 80.

 

Au rayon funk blanc, les amateurs apprécieront les fulgurances synthétiques, les guitares aigrelettes, les voix blanches faméliques, ou leurs pendants viriloïdes vocodés sous influence disco, et les saccades épileptiques évoquant une éjaculation douloureuse. Côté "african reggae" comme dirait Nina Hagen, c'est plutôt assise rythmique énorme, répétitions, avalanches de percussions, basses volumineuses et cuivres à l'hystérie tout droit héritées du punk. Un punk qui aurait réussi le mariage du nihilisme occidental et d'un groove jouissif - mais engagé - tout droit débarqué du palais nigérian du roi Fela Kuti. A ce titre on retiendra les performances de Shriekback, aka Barry Andrews, également membre d'XTC (!), avec l'edit d'un titre emblématique "My Spine Is The Bassline" (grossièrement "Ma colonne vertébrale est la ligne de basse", qui dit mieux ?), mais aussi les New Yorkais de Konk, l'inévitable leader no wave James White & The Blacks (alias James Chance) pour un "Contort Yourself" d'anthologie remixé par August Darnell, ou encore Quando Quango, le all time classic "Sharevari" de A Number Of Names et "l'énaurme" "Don't Lose Control" de Material, groupe formé en 1979 par le bassiste Bill Laswell. Sur ce troisième volume on trouve également Vivien Goldman, co-fondatrice de The Flying Lizards, sur un "Launderette" qui évoque le pendant disco dub d'une Nancy Sinatra élevée aux musiques caribéennes plutôt qu'à la pop, le "Mind Your Own Business" des rejetons de la scene post-punk de Leeds, Delta 5 ou le transcendant "Silent Street/Silent Dub" de Maximum Joy, qui porte décidemment bien son nom. Disco not Disco se veut aussi un hymne à ce que l'on appelait à l'époque la "sono mondiale", d'où la présence des Japonais de Yellow Magic Orchestra (excellent "Seoul Music"), du jazz rock funky et sophistiqué d'Isotope, de l'electro mécanique et moite des pionniers de l'EBM Liaisons Dangereuses (formé à l'époque de Beate Bartel d'Einstürzende Neubauten et Chrislo Haas de D.A.F. pour un mix 12" du cultissime "Los Niños Del Parque". Bref, une fois encore, Strut nous gratifie d'une sélection imparable qui ravira les nostalgiques et étonnera - et séduira - je l'espère les plus jeunes et les plus curieux d'entre vous !

 

Et pour se faire plaisir (ou rire, ça dépend du niveau de nostalgie) matons ensemble le fameux Los Niños Del Parque" de Liaisons Dangereuses

 

 

 

Disco not Disco : Post punk, Electro & Leftfield Disco Classics (1974 - 1986) (Strut/Pias)


French Modern Psychedelic Music : Voyage et Aqua Nebula Oscillator

Posté par Maxence le 31.01.08 à 18:10 | tags : myspace, électro, psychédélique, label

Dans une longue interview donnée à Fluctuat l'an passé, Romain Turzi de Turzi (le groupe) déclarait à propos de Pan European Recording son label : Nous nous proposons de contrer l'hégémonie anglo-saxonne en arborant les couleurs d'un certain psychédélisme. L'idée est de mettre en valeur les groupes talentueux qui nous entourent et nous inspirent (Aqua Nebula Oscillator, One Switch to Collision, Total Peace, etc.). (...) le marché français vomit une musique standardisée, sans saveur et malheureusement sans discours. L'idée est de redorer humblement le blason de la France. En tout cas, dans notre catégorie. Ce qui est surprenant dans tout ça, c'est que les Français attendent cela depuis quelque temps, nous sommes très bien accueillis et notre première sortie "Voyage : Facing the History of French Modern Psychedelia" est américaine !!! Je vous rassure, nous la sortirons en France dans un deuxième temps... On dirait bien que le temps est venu et ce n'est pas sans appréhension, avouons-le, que nous tentons le Voyage à bord de ce vaisseau fantôme mené de main de maître par le krautrocker mystique français, Romain Turzi.

 

Et puisque l'on parle de mystique, parlons phénomènes de hantise. Certains le savent, le psychédélisme est un gaz, un élément délétère et incontrôlable venu du passé qui souffle de manière diffuse dans notre présent et continue de hanter la musique actuelle avec la constance de celui qui revient constamment d'entre les morts, inconscient de sa disparition. On dira alors que que la plupart des artistes présents sur Voyage : Facing the History of French Modern Psychedelia sont possédés. Ils revivent la grande époque du psychédélisme, en y ajoutant les fruits de leurs expériences et en adaptant cette musique de l'esprit, cette musique transcendante, aux expériences contemporaines et à l'époque dans laquelle ils vivent. Car tous ces artistes ou presque (15 au total) sont liés à d'autres projets et d'autre scènes. Wolf Rayet (le folk d'outre-tombe "I Was Down") pose des sons sur des installations d'art contemporain, Etienne Jaumet est la moitié du duo italo-kraut-post-punk Zombie Zombie, Ulysse, fan de Neu! et de LA Dusseldörf, est le fils du cinéaste Nicolas Klotz, One Switch to Collision et Juan Trip enfin, sont d'anciens acteurs de la French Touch. Tous furent contaminés à un moment de leur existence par cette musique rampante et quasi-religieuse, kidnappés par le trip psychédélique en somme. Parmi les titres les plus prometteurs de ces apprentis sorciers on notera l'ascensionnel "Smokes" de One Switch to Collision et l'hypnotique cavalcade de "The Dog" par Service, l'étrange et poétique "The Countess's Smile" d'Ulysse, Etienne Jaumet et son "Doudouk" dadaïste, Turzi bien sûr (une valeur sûre), ou encore Chicros et Mogadishow. Pris séparément les artistes de cette sélection ne sont peut-être pas tous exceptionnels (même si beaucoup le sont) mais il faut avouer que pris dans son ensemble, Voyage, en est vraiment un. De ceux que l'on fait les yeux fermés allongé sur la moquette dans un appartement surchauffé. Normal puisque dans le langage psychédélique, un voyage est un "trip", au sens propre, comme au figuré.

 

L'autre grosse actu du label Pan European Recording c'est l'album d'ANO, aka Aqua Nebula Oscillator. Formé en 1999 autour de David Spher'Os, les membres d'ANO captent les ondes qui émanent du cosmos pour lancer leur musique spatiale à la face du monde. Du rituel spasmodique et chamanique de "Ka" au collage surréaliste de "The Beauty and The Beast", les Français élaborent une musique des sphères, lyrique, emplie d'électricité statique, obéissant aux fluctuations incontrôlables et chaotique de l'espace et du temps. En ce sens ils rejoignent les expérimentations des grandes formations de freak rock que furent Hawkwind ou Ash Ra Temple ainsi que les anthems électroniques et prophétiques de Sun Ra , Silver Apples ou Experimental Audio Research (E.A.R.). Un autre voyage donc, dont le sommet est certainement l'emblématique "Ready To Fly". Cosmic !

 

Voyage : Facing the History of French Modern Psychedelia
Aqua Nebula Oscillator - S/t
Tous les deux chez Pan European Recording (dist. PIAS)

 

http://www.myspace.com/paneuropeanrecording
http://www.myspace.com/aquanebulaoscillator


Permanent Vacation : Le retour de l'été sans fin

Posté par Maxence le 31.12.07 à 14:48 | tags : électro, disco, soul, label, myspace

"Le retour de l'été sans fin", quel drôle de titre pour une chronique écrite au cœur de l'hiver ! Et bien justement, oublions un peu l'hiver et profitons des moments que nous passons tous un peu plus longtemps sous la couette pour nous remémorer les merveilleux instants d'oubli et de détente vécus cet été. Il faut dire que l'invitation ne vient pas de moi mais de Permanent Vacation le sympathique label autrichien à qui l'on doit Miss Diamond To You, le bel album de Kathy Diamond produit par Maurice Fulton en juin dernier (encore un que vous aviez oublié, allez, avouez !). Pas très loin des émanations psychédélico-balnéaires de Lindstrom ou Prins Thomas, nos vikings disco favoris, assez proches aussi des arômes italo 80 de Glass Candy ou The Chromatics du label Italians do it Better, ce volume 2 de Permanent Vacation s'amuse avec les clichés nostalgiques souvent attachés à la fin de l'été, et mieux encore, aux souvenirs que l'on en garde les premiers froids venus. Ici les bribes de synthétiseurs nous parviennent de loin, comme portées par le vent, tandis que le rythme se fait nonchalant, comme alangui après une trop longue exposition à l'astre du jour. Un voile de brume s'élève, on peut y aller, car cette compilation est une vraie invitation au voyage.

 

Tout commence par des vagues bien sûr, un ressac qui introduit le très pop et romantique "On the Beach" (rien à voir avec Neil Young ici, quoique) de l'Anglais Nick Nicely, promoteur d'une pop psychédélique largement influencée par le modèle The Beatles/The Byrds/Syd Barrett. Si ces tendances clairement affichées sur son profil myspace sont évidentes à la première écoute, Nicely qui porte décidément bien son nom, nous offre pourtant avec "On the Beach" un morceau aérien beaucoup plus électro, qui évoque autant Dennis Wilson (le "Beach Boys maudit") qu'une version beaucoup plus 80 d'un été sans fin vocoderisé. Si je m'étends un peu sur ce morceau c'est qu'il introduit merveilleusement cette compilation nonchalante toute de douceur et de groove balearic. Et de fait, suivent une douzaine de morceaux languides au groove liquide, ou gazeux c'est selon, portée parfois par un accord de guitare ou un pied house un peu plus énergique ("Flamingo" de Tomboy, "Losing The Will to Survive" de Findlay Brown, sont de bons exemples) mais l'ensemble reste toujours rêveur et estival (Michoacan - "Walk Away", Home Video - "Penguin", Only Fools and Horses - "Spectacle Wins") pour ne pas dire caribéen (Bostro Pesopeo - "Bisogna"), tandis que certains morceaux vocaux viennent ajouter une touche italo new wave (les désormais incontournables Glass Candy et leur "Rolling Down The Hill", "In The Morning" de Junior Boy remixé par Hot Chip) ou electro pop, du meilleur effet à l'ensemble ("Coming Up For Air" de Parker Lewis). Le plus étonnant étant ce remix de "Kindling For The Master" de l'ex-Pavement Stephen Malkmus* par Hot Chip, décidément très présent. Une incontestable réussite et un pur moment de bonheur, Permanent Vacation 2, c'est vraiment l'été en plein hiver !

 

*Malkmus dont on apprend qu'il sort donc un maxi de nu electro disco aux côtés de The Empereur Machine, Hot Chip et Polmo Polpo !

Permanent Vacation 2 selected and mixed by Tom Bioly & Benji Frölich (Permanent Vacation/Nocturne)

http://www.myspace.com/permanentvacationrecords


DJ Hell dans l'enfer de l'italo

Posté par Maxence le 21.12.07 à 18:02 | tags : électro, disco, label, myspace

2007 année italo ? On dirait bien, et ce n'est certainement pas près de s'arrêter. Dernier exemple en date, l'incontournable DJ Hell qui, rappelons-le, fut l'un des plus fervents défenseurs du genre depuis ses débuts (et ceux de son label International Deejay Gigolo). Au rayon "X" de l'histoire de l'electro, il est d'ailleurs impossible de passer à côté de la structure d'Helmut Geier, alias DJ Hell. Fondé en 1997, Gigolo Records incarne un non-conformisme trashy-punky qui trouve sa source dans la jeunesse mouvementée de son fondateur. Punk de la première heure et provocateur né, Hell est un peu l'équivalent techno d'un mélange de John Waters, le cinéaste américain couronné roi du trash, et génial auteur de Pink Flamingos, Hairspray et autres Polyester et d'Andy Warhol. Là où Waters et Warhol cartographient la beauferie et le consumérisme d'un pays dont l'esthétique semble à la fois les horrifier et les amuser, Hell affiche avec bonheur tous les symboles de cette kitscherie, mulette et santiags au vent, tout en retournant l'idée comme une chaussette. La simplicité et l'art populaire peuvent aussi exprimer des idées d'avant-garde, semble ainsi dire la Gigolo Crew et son saint patron.

 

Nul étonnement donc, à voir DJ Hell réunir ces classiques surannés et retro-kitsch de l'italo disco, genre "simplissime et populaire" par excellence, sur ce Hellboys d'anthologie. L'Allemand se fait plaisir et nous contente avec près de 80 minutes de sucreries synthétiques, au glamour aussi dégoulinant et riche en calories que le glacis pur sucre d'un gâteau d'anniversaire (ou d'une belle bûche au beurre, c'est de saison). On y retrouve tous les classiques : "Take a Chance" de Mr. Flagio, "Chase" de Giorgio Moroder, Alexander Robotnick et ses "Problemes d'amour (Ah Ou Ah version)" ou Trans-X qui rêve de "Vivre sur vidéo". La part belle est faite à l'italo italien, bien sûr, mais pas seulement puisqu'on croise également le Canadien Gino Soccio, les Japonais d'YMO, le Français Cerrone ("Supernature"). Particulièrement inspiré par ce qui doit lui rappeler des souvenirs de jeunesse munichoise, DJ Hell suit sa "disco route" sans dévier, de "Livin' Up" de B.W.H au "Spacer Woman" de Charlie, en passant par "Magnifique part 1" de Magnifique, "Dirty Talk" de Klein & M.B.O et autres titres typiques de toute une époque, groove synthétique, soul glacée, voix blanches vocoderisées et paroles idiotes mais tellement plaisantes. On s'extasie surtout devant cet étalage d'harmonies intemporelles, toutes de pulsations de synthé spatial et de boites à rythme séquencées (l'italo étant l'un des rares styles musical où la mélodie est tenue par la rythmique !) Dans le genre la version du "I Feel Love" de Moroder/Summer proposée par Hell est exemplaire. Ici remixée par Patrick Cowley dans une version de 7 minutes délirantes, Cowley y essaye TOUS les effets disponibles sur son synthétiseur grande marque en tentant le grand écart entre hymne disco international et séance de vaudou electro ! Et que dire des mélodies pop et naïves d'Hypnosis sur le space disco "Pulstar" !? A noter que, loin d'être uniforme le mix de Hell commence italo pour finir subtilement electro (les deux écoles étant profondément liées). L'Allemand réussi donc à nous caser un "Control" de son cru, ainsi que l'electro élastique de "Transeurpa Express" de PL, en guise de clin d'œil à Kraftwerk. Pour finir? ajoutons que même si la nostalgie joue en plein dans cette sélection, l'auditeur curieux et ouvert y trouvera certainement son plaisir. Et qui sait, c'est peut-être même le début d'une grande passion ?!

 

Hellboys mixed by DJ Hell (International Dee Jay Gigolo/Nocturne)


Glass Candy & Chromatics : Heart of Glass

Posté par Maxence le 18.12.07 à 17:31 | tags : électro, pop, disco, label, myspace

Au delà de la hype qui se profile à l'horizon depuis quelques mois autour du label (américain comme son nom ne l'indique pas) Italians do it better, les albums de Glass Candy et Chromatics sont surtout symptomatiques de la façon dont toute une génération redécouvre rétrospectivement l'incroyable richesse d'une décennie souvent décriée et mésestimée. Le début des années 80 avec ses divers bouleversements des valeurs morales, économiques et esthétiques, est pourtant emblématique d'une période de grande remise en question, d'expérience et de quête. Alors que la disco tend à devenir commerciale et que la new wave explose littéralement les charts, le hip hop effectue ses premiers pas hors du Bronx sous la houlette d'Afrika Bambaataa et de Grandmaster Flash. De leurs côtés, des valeurs sûres de l'underground s'épanouissent et disparaissent aussi rapidement qu'elles ont éclos au sein des scènes no wave (à New York) et post-punk (quasiment partout). De New York encore, arrive l'electro-funk drivé par Arthur Baker, tandis que l'italo disco envahit l'Europe pour le meilleur et pour le pire. La plupart des groupes innovants délaissent les guitares et s'emparent de nouveaux instruments. C'est le règne des synthétiseurs. Le clinquant côtoie la grisaille des jeunes hommes en impers. Les filles chantent faux dans des robes à pois. On danse, mais on est désenchanté. Tout ce bouillonnement, cette énergie, ces mélanges, se dérouleront durant à peine  4 années hautement emblématiques, soit de 1977 à 1981.

 

Il est également facile de faire un parallèle entre cette époque extrêmement riche et le début des années 90. Période qui vit également l'explosion de la techno grand public puis en réaction, celle de l'electronica plus cérébrale, par le biais des nouvelles technologies de productions musicales (home studio, PC portables, logiciels, programmation, etc). Les tendances sont cycliques, on le sait. Il est donc normal de voir à nouveau une génération qui a baigné dans la musique hi-tech se passionner aujourd'hui pour les technologies vintage et les sons rétro futuristes. Une passion à laquelle les albums respectifs de Glass Candy et Chromatics font remarquablement écho. B/E/A/T/B/O/X et Night Drive, cultivent en effet assez de distance et de nécessaire ironie, tout en faisant preuve d'assez de savoir-faire et de respect, pour réellement toucher l'auditeur qui souhaiterait se laisser prendre au jeu de la nostalgie et du clin d'oeil. Et que demander de plus à deux groupes incarnant le revival d'une époque où l'authenticité était justement une valeur en baisse ? En ce sens Glass Candy et The Chromatics incarnent parfaitement la superficialité feinte et le glamour outrancier qui semblaient régner sur le début des 80's. Les deux groupes, qui partagent un membre en la personne de Johnny Jewel (dont le pseudo à lui seul symbolise toute une époque) ont quasiment suivi le même chemin vers l'italo disco et la new wave romantique, après des débuts plutôt dark et no wave. Difficile de nier qu'ils partagent également les mêmes charmes vénéneux : vagues synthétiques évoquant Moroder pour mélodies pop mélancoliques et sucrées portées par la voix blanche d'Ida No sur B/E/A/T/B/O/X de Glass Candy, electro pop en mode nostalgique, guitares rachitiques et mélopée mi-plaintives, mi-extatiques sur Night Drive de Chromatics. Certains diront qu'il y a plus de John Carpenter dans Chromatics (voir le sinistre "The Killing Spree"), oui, mais il y a aussi cette reprise éloquente du "Running up that Hill" de Kate Bush. D'autres verront plus de Donna Summer chez Glass Candy, oui mais il y a aussi cette reprise pop adolescente du "Computer Love" de Kraftwerk. Moroder, John Carpenter, Kraftwerk, Donna Summer, Kate Bush, ils sont tous là. Finalement, Glass Candy et The Chromatics, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. On est en 1980. Et c'est très agréable.

 

Glass Candy - B/E/A/T/B/O/X (Italians do it better, janv 2008)
Chromatics - Night Drive (Italians do it better, déc 2007)
[Import en vente ici]

 

http://www.myspace.com/italiansdoitbetterrecords
http://www.myspace.com/glasscandy
http://www.myspace.com/chromaticsmusics

A lire aussi notre chronique estivale d'After Dark, la compilation du label Italians do it Better.


Soul Jazz Singles : Radio Babylon

Posté par Maxence le 13.12.07 à 18:34 | tags : label, punk, dub, électro

Le label Soul Jazz, fondé par Stuart Baker en 1992, "parle en langues". Dans un cadre religieux, cette expression est employée pour désigner une personne soudainement capable de parler toutes les langues existantes sur cette planète, et même d'autres, totalement inconnues. Ce phénomène aussi appelé "glossolalie" est particulièrement opérant dans les moments de transe. "Parler toutes les langues existantes", tous les langages musicaux, ou tout du moins les plus intéressants, c'est exactement ce que fait ce curieux label anglais basé à Londres. Du reggae dub le plus traditionnel (mais toujours novateur) aux dernières mutations dubstep, du free jazz éthiopien à l'avant-garde No Wave new-yorkaise de 1978 à 1988, en passant par les expérimentations bruitistes les plus extrêmes et les pièces électroniques finement ciselées de producteurs contemporains, sans oublier les multiples mutations post-punk, new wave, pop ou disco des origines à nos jours, Soul Jazz explore le large spectre de la musique du monde, dans le sens contemporain, urbain et pertinent du terme, depuis près de 15 ans. Et comme la musique vivante se joue dans les clubs, Soul Jazz a inauguré il y a deux ans une série de singles réunis ici sous la forme d'un double CD bourré jusqu'à la gueule de pépites dansantes, trépidantes et rêveuses.

 

Imaginez la radio idéale compilée sur deux CD de plus de 77 minutes chacun (mode random conseillé) et vous avez, peu ou prou, une idée juste de ce que donne Soul Jazz Singles. Une sélection hyper éclectique donc, qui relie le post-funk d'ESG (le fameux "Insane") à l'electronica de Kit Clayton, le space disco tout en arpegiatos de Subway (le tunnel motorick de "Sattelites" et la saga cosmique de "44110"), l'incroyable reprise de "I Will Survive" malicieusement glissée au sein du ragga "Dem a Bomb We" par les filles Ladybug, les clicks et les cut housey de Sutekh ("Kill The Monkey"), le trip hop jazzy de Soul 223, l'acid house de Capracara (excellent "Opal Ruch"), l'electro classic de Private Lives, le funk'n'dub de Mathias Aguayo ("Uno"), etc. Comme la passion originelle de Soul Jazz est avant tout le reggae et le dub (le label tourne d'ailleurs dans le monde entier sous le forme d'un sound system), il était évident de voir Stuart Baker, son patron, se pencher sur le cas dubstep. C'est pourquoi on retrouve également ici la crème du genre, Digital Mystikz, Kode 9 et Skream. Soul Jazz s'est d'ailleurs fendu de deux fameux volumes explorant le sujet, Box of Dub (sous titré "dubstep and future dub") mais c'est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons bientôt. Stay tuned !

 

V/A - Soul Jazz Singles (Soul Jazz/Discograph)

http://www.myspace.com/souljazzrecords


Pole : Steingarten reloaded

Posté par Maxence le 22.11.07 à 18:02 | tags : label, myspace, techno, dub, électro

A l'évidence, il flottait comme un air de post-punk dub sur Steingarten, le précédent album de Stefan Betke, aka Pole. Des réminiscences du Metal Box de PiL, ou même de Gang Of Four assez étonnantes, qui disparaissent complètement sur ce Steingarten Remixes de haute volée proposant l'intégralité des remixes préalablement édités en vinyle, issus de Steingarten. Le patron du label ~Scape, quasi inventeur du click'n'cut et père d'une forme de dub électronique mutant totalement original au milieu des années 90, a le nez creux, c'est le moins qu'on puisse dire au vu de la brochette de talents réunis ici pour retravailler les morceaux arides et véritablement caillouteux de ce "jardin de pierres" (véritable sens de Steingarten en VF). De fait, chaque version proposée ici, présente l'œuvre originale sous un nouveau jour. Si la musique de Pole est souvent considérée comme difficile, voire aride, les versions offertes sur ce Steingarten Remixes réussissent l'exploit de refléter toute la subtilité de l'original, son aspect environnemental, ses innovations, tout en en proposant une vision radicalement différente.

 

D'emblée, on est séduit par la relecture d"Achterbahn remix" par le prince du dark dubstep Shackleton. Un morceau sombre, entêtant et hypnotique sur lequel on revient continuellement sans se lasser. Si les meilleures relectures, comme le "Sylvenstein" de Deadbeat dont le remix polyrythmique est un des grands moments du disque, ou le ragga dancehall obsédant du Canadien Ghislain Poirier sur "Winkelstreben", sont signées par des artistes proches du son dub abstrait de Stefan Betke, d'autres personnalités tirent remarquablement bien leur épingle du jeu. C'est le cas du producteur Colin de la Plante, plus connu sous le nom de The Mole, qui balance "Pferd" sur le dancefloor et revisite le track façon clubbing underground inspiré. Inspirée, Gudrun Gut la patronne du label electronica et electropop Monika Ent, l'est également, elle qui reprend admirablement "Mädchen" en y ajoutant des vocaux de son cru. De son côté Mike Huckaby déshabille "Düsseldorf" et produit une track minimaliste en forme de clin d'œil aux productions Basic Channel/Chain Reaction auxquelles on a souvent rapproché Betke, tandis que le boss de Perlon, Dimbiman, assèche radicalement "Achterbahn", le transformant en une déambulation electro funk à mille lieux de la vision dark ambiant dub de Shackleton. On le sait, l'exercice du remix peut souvent s'avérer lassant, pourtant ce Steingarten Remixes est globalement une réussite. Peut-être même l'un des meilleurs album electro dub de l'année aux côtés du Untrue de Burial, et certainement beaucoup plus marquant que l'original.

 

Pole - Steingarten Remixes (~Scape/La Baleine)

 

http://www.myspace.com/poleartist


Le groove tentaculaire de Luciano & Cadenza

Posté par Maxence le 16.11.07 à 17:20 | tags : électro, techno, dub, label, myspace

Qui est mieux placé que Luciano pour symboliser le pendant organique et sensuel des polyrythmies synthétiques savamment millimétrées par le Chilien Ricardo Villalobos ? A l'écoute de cette double compilation en forme de bilan la réponse ne fait plus de doute : personne ! Et tout ceux qui ont eu la chance de les voir à l'œuvre sur scène comprennent parfaitement pourquoi les deux compères s'entendent si bien, à la ville comme derrière les platines... Avec Cadenza Contemporary 01 qui présente les derniers maxis et Cadenza Classics qui compile les "tubes", il s'agissait pour le producteur le plus cool de l'electrosphère, de poser les fondations d'une aventure, celle d'un label bâti dans un esprit underground et familial, mais aussi de miser sur l'avenir. C'est pourquoi, plutôt que de présenter un simple "best off", le producteur suisse, chilien par nécessité (et accessoirement par sa mère) a choisi de résumer cinq ans d'activité sur deux CD (rassurez-vous, il ne s'agit donc pas de "dépôt de bilan" ici) et de présenter ses espoirs. Rappelons que Cadenza a acquis ces dernières années une place vraiment à part dans le champ de la techno contemporaine. Parfaitement autonome, Luciano n'y signe que des coups de cœur.

 

Ainsi, Cadenza Contemporary 01 fourmille de découvertes et de surprises, incarnées par les producteurs directement importés de Bucarest que sont Rhadoo et Petre Inspirescu, dit "Pedro", deux prodiges roumains à qui l'on doit les meilleurs moments du premier CD, comme le spot pour subwoofers "Woa Ovuls", ou le tourneboulant "Racakadoom" et la montée ascensionnelle intergalactique de "Galantar". Sur Contemporary 01, ceux qui connaissent le label reconnaîtront immédiatement la house très deeeeep et toute en finesse des productions Cadenza. Les autres découvriront un son minimal mais toujours organique et subtilement hypnotique ("Amplified" d'Argenis Brito, "Honolulu" de Digitaline), avec une propension à cultiver les basses rondes et dubby ("L Delay" de Audomat 3000 & Jan). Une musique naturellement enfumée, aux structures souples et aux géométries variables. Parfaitement addictive (à ce propos, matez attentivement la pochette), cette sélection mixée par le boss himself vous laisse immanquablement béat et ravi, le nez en l'air noyé sous un déluge de percussions, un sourire idiot aux coins des lèvres ("Honolulu" Digitaline & Luciano mix). Côté, Cadenza Classics, on retrouve les arrangements innovants et les séquences polyrythmiques virtuoses qui font la réputation du label depuis 5 ans. Luciano réunit sur la même galette le "hit", "Orange Mistake" où il s'accompagne de Quenum, le soyeux "Amael" avec Pier Bucci, la randonnée groove de plus de 12 minutes de "Funk Excursion" par Luciano & Serafin et nous achèves avec l'énorme "Bomberos" (qui porte bien son nom, une bombe pour dancefloor terrassante) qui nous laisse sur les genoux. La feuille d'info parle de groove flexible et instable, on ne pouvait pas dire mieux !

 

Luciano - Cadenza Contemporary 01/Cadenza Classics (Cadenza/Nocturne)

http://www.myspace.com/cadenzarecords


Kompakt inside : Gui Boratto au Studio 88 d'Aix en Provence !

Posté par Maxence le 06.11.07 à 15:34 | tags : myspace, label, techno, électro, agenda

Beaucoup de Chiliens, quelques Argentins et maintenant un Brésilien : la scène électronique internationale n'a pas fini d'être jet-laggée ! Surtout que le dernier arrivé n'est pas le moins doué : la finesse des tracks de Gui Boratto, volontiers progressive et trancey (dont les hits underground "Arquipelago" ou "Like You" sont remixés et joués par Supermayer et tout bon DJ qui se respecte) est comparée à celle de James Holden, Fairmont ou Trentemoller ! Ce que confirme le très accrocheur premier album du Brésilien, Chromophobia. Son premier passage au Studio88 il y a un peu plus d'un an a révélé un DJ au mix minimal très accessible, dans la lignée de son boss du label Kompakt Michael Mayer. De quoi faire de ce natif de Sao Paulo une des signatures qui comptent !

 

Gui Boratto au Studio 88 (Aix en Provence) + Résident : Pika & Jack Ollins, vendredi 9 novembre.
Ticket 13€ avec conso avant 1h, 16 € avec conso après, entrée offerte aux groupes de 3 filles avant 1h

http://www.myspace.com/guiboratto


Milky Globe : vider le dancefloor et tout l'immeuble !

Posté par Maxence le 05.11.07 à 17:55 | tags : myspace, label, électro

Rassurez-vous, sous ce titre un rien provocateur initialement inspiré d'une phrase de John Tye, également boss du label Lo Recording et initiateur de ce projet, pas de musique bruitiste, de "power electronic" ou de "microscopic noise" abscons, non, simplement une belle musique électronique non formatée, qui ne perd pourtant jamais le dancefloor de vue à sa manière étrange et alanguie. Milky Globe donc, c'est d'abord le tout dernier pseudonyme de l'activiste John Tye, parton d'un des derniers labels de ce que l'on pourrait appeler de l'incredible strange music futuriste (en référence à la collection de livres explorant les musiques étranges des américains de Re/Search). Sur Magic Waves, ce Britannique à la culture aiguisée s'accompagne d'une bande de potes et de collaborateurs de longue date pour nous offrir une sélection de morceaux aussi hétérogènes - les participants venant parfois d'horizons très différents - que plaisants. Pour tout dire, c'est même carrément tout le gratin de la musique électronique contemporaine qui s'invite sur ce disque puisque l'on retrouve avec bonheur, James Holden, Nathan Fake, Luke Vibert, Isan, Aeroplane ou Secondo, pour ne citer que les plus connus, tous réunis autour d'une série de collaborations electros, psychédéliques et dansantes, mais également jubilatoires et fascinantes.

 

Après Milky Disco, magnifique sélection de nu disco chatoyant et envapé dont nous nous faisions l'écho le mois dernier, c'est donc au tour de ce Milky Globe & Friends, de nous présenter une douzaine de paysages electros analogiques surfant du krautrock cosmique de "Velvet Space" (avec Isan), au trip progressif de "Sun Spots" (avec James Holden), de l'exotica bâtarde de "Cosmic Rider" (avec Andrea's Kit) à la trance electronica de "Magic Waves" (avec Aeroplane) en passant par les ballades downtempo de "Star Fungus" (avec DNCN) ou les breaks sautillants de "Mad As Hell" (avec Luke Vibert) et les moogeries de Secondo sur "Secondo Moogs". Parfois pures comme du cristal ("Moon Milk" avec Walltapper) ou lumineuses et enjouées ("Vortex" toujours avec Walltapper), parfois plus granuleuses et fracturées ("Lava Flow" avec Nathan Fake), ces collaborations exploitent toutes une forme de psychédélisme baroque remis au goût du jour par la modernité des machines (c'est particulièrement le cas de "Fade Away" d'Isan/Milky Globe). Une compilation en forme de friandise et beau cadeau de fin d'année pour les amateurs de musiques électroniques mélodiques et expérimentales.

 

Et, une fois n'est pas coutume (pour ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué), Playlist et le label, vous proposent d'écouter l'intégralité de cette compilation en streaming sur la page d'accueil de Lo Recording.

 

Milky Globe & Friends - Magic Waves (Lo Recording/La Baleine)


Fennesz : Hotel Amnesia

Posté par Maxence le 02.11.07 à 17:24 | tags : électro, contemporaine, label, myspace

Joie ! Les cultissimes labels Touch et Mego (aujourd'hui Editions Mego) semblent vouloir rééditer tout leur catalogue ! Après Cirque de Biosphere et Endless Summer de Fennesz, chez les premiers, c'est au tour des seconds qui honorent Hotel Parale.l, le premier album de l'Autrichien, d'une réédition de luxe avec deux bonus tracks et vidéo ! Avec Hotel Parale.l, Christian Fennesz a su capturer comme peu avant lui, l'âme de la machine. Il a su ausculter ses disfonctionnements intimes, ses processus invisibles et son inaudible dialogue intérieur. Depuis ses débuts, on peu dire de Fennesz qu'il explore avec brio "l'acoustique de l'électronique". Sa musique a une âme, celle du fantôme dans la machine, et le fait que cette mécanique soit une simple guitare (doublée d'un PC ou d'un ordinateur portable également) prouve bien que cette relation fusionnelle homme-machine ne date pas d'hier, qu'elle n'est pas apparue avec les musiques électroniques, et/oui expérimentales du 20ième siècle, mais qu'elle remonte bien plus loin que cela, même si dans notre amnésie collective, nous l'avons (volontairement ?) oublié, ou occulté.

Hotel Parale.l donne immanquablement envie de se laisser bercer par le doux murmure mécanique des robots laborieux et aimants qui nous entourent. Un sommeil que l'on voudrait paisible, seulement troublé par quelques sourds mugissements cycliques, des vibrations, le souffle des ventilateurs, le chuintement des processeurs, le claquement des fusibles et contacteurs. Tel un impossible voyage en profondeur au cœur des ténèbres électroniques et machiniques, Hotel Parale.l est un chef d'œuvre absolu marquant encore un point en faveur de la musique contemporaine germanique de la fin du XXième siècle (l'album date de 1997 !). Edité à l'origine par l'excellent label autrichien Mego, la réédition remastérisée propose une suite de quatorze morceaux, plus deux, savamment démembrés, construits et auscultés avec ferveur et finesse. La quintessence de la guitare passée à la moulinette du laptop. Peu d'albums électroniques peuvent à ce point émouvoir l'auditeur dix ans après. Un étonnant constat toujours vivace dix ans après, surtout quand on est attentif à l'aridité du ton. Paradoxe donc, que cette musique crissante comme des ongles sur du silicium et pourtant émouvante comme un cyborg en mal d'amour. L'explication vient certainement de la façon dont Christian Fennesz aime ses machines et donne envie de leur faire confiance. L'effet est encore augmenté par une magnifique vidéo de Tina Frank. Troublante électronique... "Do Androids Dream of Electric Sheep ?"

 

Christian Fennesz - Hotel Parale.l (Edition Mego/La Baleine)

http://www.fennesz.com/
http://www.myspace.com/fennesz


Say what you Fink !

Posté par Maxence le 01.11.07 à 19:28 | tags : folk, rock, myspace, label
Fink ! Quand on évoque cet imprévisible artiste anglais, impossible de ne pas parler de N-Tone, la fameuse sous-division expérimentale des Anglais de Ninja Tune, au catalogue duquel apparaissaient Flanger, Journeyman, Animal on Wheel ou Neotropic. Hélas, l'aventure pris fin en 2001 avec La Prochaine Fois, l'album de l'étrange Riz Maslen à l'origine du projet Neotropic justement. A l'époque, un jeune DJ originaire de Brighton connu sous le nom de Fink figurait déjà comme jeune espoir abstract electrofunk sur ce même label N-Tone. C'est aussi ce même Fink qui réalise, il y a un an, Biscuits For Breakfast, un surprenant premier album sur lequel l'artiste opte pour un folk moderniste et un blues urbain élégamment assisté de machines et d'électro discrètes (ce qui semblait logique sur un label comme Ninja Tune). Or, si la technologie est encore présente sur Biscuits For Breakfast, Distance and Time le nouvel album de Fink, se contente pour sa part d'une production brute de décoffrage, à l'os même, ce qui n'en exclut ni la profondeur, ni la subtilité, au contraire. Une profondeur entièrement revendiquée et inscrite à la fois dans les textes et dans la musique de l'ancien DJ que le passé de musicien électro ne semblait pas satisfaire entièrement.
 

De "Trouble's What You're In" à "Little Blue Mailbox", chaque morceau de Distance and Time évoque la passion sincère et la tension intérieure d'un artiste souhaitant dépasser la superficialité d'une musique moderne peut-être un peu trop formatée. Fink semble avoir trouvé dans les racines du folk et du blues, revisitées par ses soins, les véritables vecteurs d'expression qui lui conviendraient enfin. Aussi dépouillé soit-il, le folk rock sombre de Fink résonne à nos oreilles d'une manière unique. On y retrouve par ailleurs ce rythme répétitif, hypnotique et posé, typique du blues ("If Only", "Blueberry Pancakes"), une aisance rythmique qui pourrait bien être le dernier lien formel entretenu par l'Anglais avec son passé électro. Des arrangements et un son à la fois primitif et sophistiqué donc, que l'on doit à Andy Barlow moitié du duo drum'n'bass/trip-hop, Lamb. Pas de mélodies sylvestres ici, pas de ballades hippies, ni de références passéistes, non. A la manière de Gravenhurst, qui sera l'unique comparaison de cette chronique, le folk de Fink est sourd au chant des sirènes du revival barbu, il préfère les rues sombres dans lesquelles se délitent des histoires d'amours condamnées d'avance ("This is The Thing"). Si Fink entretient la flamme du blues et du folk originel, c'est plutôt dans des textes souvent mélancoliques, soutenues par des arrangements aussi minimalistes que puissants. Nul besoin d'artifice en effet quand on bénéficie d'un tel songwriting et d'un don hors du commun pour poser les ambiances. Car vous l'avez compris, Distance and Time est avant tout un album d'atmosphères. A la fois fantomatique et chaleureux, il est un peu comme une vieille maison hantée par des souvenirs familiers et sentimentaux. Un lieu de recueillement dans une époque qui va trop vite... A essayer avant de passer à côté.

 

A noter, que (comme d'habitude) de nombreux morceaux (dont "This is The Think", "Little Blue Mailbox" et le single "Make it Good", sont disponible à l'écoute sur le profil myspace de l'artiste.

 

Fink - Distance and Time (Ninja Tune/PIAS)


Albums cultes des géants du bizarre #22 : Fantômas – Delirium Cordia

Posté par Maxence le 31.10.07 à 18:57 | tags : contemporaine, culte et bizarre, label

Attention, avec Delirium Cordia de Fantomas, nous célébrons un post culte et bizarre spécial Halloween ! De fait, il est difficile de trouver un artiste au pedigree aussi totalement extravagant (et monstrueux) que Mike Patton. Personnage insolite, ex-leader des abominables Faith No More (peut-être pas l'une de ses meilleurs références d'ailleurs), maître vocaliste, fondateur et label manager d'Ipecac Records (au catalogue : Kid 606, Numbers, The Melvins, Dub Trio, Dalek, Mouse On Mars, Unsane, Kaada, Circus Devil... etc.), chef de file des projets les plus fous (Mr Bungle, Fantomas, Tomahawk, Peeping Tom), Patton revendique la paternité d'une œuvre hybride. Il est le chantre d'un genre mutant qui doit autant au Kronos Quartet qu'à Sepultura, c'est dire ! Logiquement, tout au long de sa carrière, le bonhomme à su exciter la curiosité de personnalités aussi diverses que John Zorn, The Sparks, Boo-Yaa Tribe, Korn, les Deftones, Fennesz, Björk; ou dernièrement du compositeur contemporain Eyvind Kang. Son œuvre pléthorique, et totalement délirante, est en fait bien à l'image de ce Delirium Cordia, quatrième album de Fantômas et ce n'est pas un hasard si on le retrouve aujourd'hui dans notre rubrique dédiée au "Culte et Bizarre".

Disque monstre, Delirium Cordia est aussi un "disque monde" où se croisent sur un unique morceau de plus de 71 minutes, musique classique, ambiances de B.O. italiennes tarées pour films d'horreur de série B (ou Z), exercices électroacoustiques, bruitisme, exotica bâtarde, electronica, ambient sinistre, rituel satanique, musique industrielle, métal hors normes (deux riffs en tout et pour tout sur cet album) et chant grégorien. A ce propos il est intéressant de noter que bien qu'accompagné du guitariste et leader des Melvins, Buzz Osborne; du batteur de Slayer, Dave Lombardo et du bassiste de Faith No More Mr Bungle, Trevor Dunn; Mike Patton incarne toutes les entités vocales du disque. Quand il interprète ce qui semble être deux minutes d'un chant religieux de la fin du 8ième siècle, Patton exécute donc à lui seul les différentes parties d'un chœur grégorien de plus de 50 moines ! Autant dire que, comme le disait un ami récemment, "ce type n'est pas tout seul". Comprendre, Delirium Cordia semble bel et bien l'incarnation sonore des multiples réincarnations d'une âme damnée, ou de plusieurs, personnifiées dans le même artiste. Plus prosaïquement, on peut cependant noter qu'en ce qui concerne l'exercice de variation musicale à géométrie variable, Delirium Cordia a bel et bien un précédent. Il s'agit du morceau "Ars Moriendi" sur le California de Mr. Bungle, dans lequel Patton et sa bande exécutent peu ou prou, une douzaine de genres différents, allant de la country au chant sacré, en moins de cinq minutes ! Seul différence, le metal pour Tex Avery de Mr Bungle est souvent hilarant, ce qui n'est clairement pas le cas de Delirium Cordia, qui lui est carrément flippant. Evidemment, les puristes et les amateurs de musique aux oreilles grandes ouvertes y verront également beaucoup d'humour, reste qu'écouter Delirium Cordia au casque, dans le noir, fait toujours son petit effet. A déconseiller, peut-être, les soirs d'Halloween, mais bon, vous êtes seuls juges...

Fantômas - Delirium Cordia (Ipecac, 2004)

 

A lire aussi sur notre site, l'excellent papier de Pacôme Thiellement sur la galaxie Mike Patton (portraits des 4 artistes du crime)


Franck Bretschneider & Signal (to Noise)

Posté par Maxence le 30.10.07 à 17:30 | tags : label, contemporaine, électro

Etonnant Franck Bretschneider. En plus d'être musicien, compositeur, vidéaste et co-fondateur du prestigieux label Raster-Noton (avec Carsten Nicolai, aka Alva Noto, et Olaf Bender), cet Allemand touche à tout est un producteur hors pair. Sa particularité ? Il est un des principaux représentants d'un courant discret (mais bien vivace) que l'on nomme "microscopic-music". Le