Une sélection transmondiale de sites de potes de potes de potes. Faites-en profiter (ou grincer) vos oreilles et vos amis.Myspace, c'est aussi une occasion pas chère de faire connaître son groupe de rock, de pop, de hip-hop plus ou moins connu. Music makes the world go 'round ! Dig Out Your Soul d'Oasis en pré-écoute sur Myspace![]() Oasis s'apprête à sortir son septième et nouvel album, Dig Out Your Soul le 6 octobre prochain. A moins d'une semaine de la sortie attendue de cet opus et alors que les onze titres circulent déjà sur les différents réseaux de peer-to-peer, le groupe a décidé de mettre en pré-écoute son album sur Myspace. Cette décision peut suprendre suite à la prise de position de son leader Noel Gallagher quant à la sortie du dernier album de Radiohead. Le guitariste avait déclaré en juillet 2008 sur la radio anglaise BBC 6 qu'Oasis ne metterait pas son album en vente uniquement sur le net et "qu'il n'avait pas passé un an dans le studio le plus couteux de Grande-Bretagne, avec le producteur le plus cher des USA, engagé le graphiste le plus cher de Londres pour le donner". Dès le mercredi 1er octobre (en milieu de journée), les internautes pourront pourtant écouter les 11 titres du groupe mancunien. Une écoute en streaming et en toute légalité, qui intervient seulement à quelques jours de la sortie mondiale et qui apporte une dernière pierre au plan marketing ficélé depuis des semaines (voire des mois) par le groupe et son managment. Depuis son entrée dans les studios en octobre 2007, la confirmation de la sortie de ce 7ème opus faite en mai 2008, le processus s'est accéléré et les quatre membres du groupe ont annoncé le titre de l'album, puis diffusé sa pochette et son tracklitsing cet été avant de balancer le premier single "The Shock of The Lightning" en exclu sur la radio Xfm et le clip dans la foulée. Mi-septembre, le management US organisait dans le métro new-yorkais des pré-écoutes de quelques titres de Dig Out Your Soul, interprêtées par des musiciens amateurs triés sur le volet. Ajoutez à cela, les frasques, déclarations en tous genres des frères Gallagher et l'agression récente lors d'un concert à Toronto de Noel et vous obtenez une montée en puisssance médiatique qui dépasse finalement la musique du groupe en elle-même. La pré-écoute de l'album dans son intégralité le 1er octobre (et jusqu'à la fin de cette semaine) devrait être la dernière étape jusqu'à la date de sortie. Lundi 6 octobre, le groupe et son managment auront les yeux rivés sur les ventes de disques et digitales et pourront récolter ou non les fruits d'un plan promo étalé sur plusieurs mois. Pour info, le concert parisien d'Oasis (au Bataclan) initialement prévu pour le 30 septembre a été décalé au 10 novembre. Myspace Music, l'union sacrée contre iTunes
Sur le plateau "contre" de la balance, il y a la situation des labels indépendants, grands "oubliés" de l'union sacré des ennemis de Steve Jobs. Et puis il y a le fait que tout ça a été mis en place dans l'urgence, il y a de gros trous dans le catalogue au lancement et semble-t-il des trous aussi dans le personnel : Myspace Music n'a toujours pas trouvé de PDG, personne de suffisamment expérimenté dans le domaine ne semble se battre pour ce poste, ce n'est pas vraiment bon signe.
Le vrai problème de Myspace Music, c'est que Myspace en tant que réseau social est en grosse perte de vitesse. L'interface est vieillote et sa customisation trop compliquée (on attend avec fatalisme les complaintes de tous ceux dont cette nouvelle update de Myspace aura foutu en l'air la page qu'ils avaient mis si longtemps à mettre en place). De nombreux artistes ont effacé leur page Myspace à cause des gros trous laissés béants dans l'interface de base et dont profitent de nombreux hackers... Moi ça ne me donne pas vraiment envie d'entrer mon numéro de carte de crédit. Du minimalisme à l'ambient : Minilogue![]()
S'il fallait chercher la logique inhérente à la techno minimale, il faudrait peut-être regarder du côté de l'ambient. Bien sûr c'est un paradoxe, puisque la minimale des origines (Robert Hood, Daniel Bell, Richie Hawtin, Thomas Brinkman) était principalement basée sur le rythme justement. Rythme qu'avait en grande partie abandonné l'ambient. En grande partie, mais pas complètement. Preuve en est des pièces ambient-dub de certaines formations des années 90 signées sur les labels Chain Reaction (Monolake, Vainqueur, Substance) ou Mille Plateaux (Gas, Reinhard Voigt, le frère du précédent). Pourtant, nous ne sommes pas étonnés de voir qu'au bout du long chemin emprunté par la techno minimale, un plateau, arrive un moment où le rythme s'assoupit et puis s'abstient. C'est en tout cas l'illustration qu'en donne les Suédois de Minilogue avec leur double album Animals. A ce propos, ne chercheZ plus le chef-d'œuvre de l'electro cette année, c'est Animals. Double CD, "dance" d'un côté (enfin, "dance", narcotic groove plutôt) et ambient de l'autre. Un sommet d'ambient électronique, riche en paysages, en texture et en mélodies subliminales, comme le genre est capable d'en pondre tous les dix ans. De fait, la face ambient d'Animals malgré son humilité, vient enrichir la discothèque idéale aux côtés de, au hasard, Irrlicht de Klaus Schulze, A Huge Ever Growing Pulsating Brain That Rules From The Center Of The Ultraworld de The Orb, Chill Out de KLF et Microgravity de Biosphere. Rien que ça ! Quand aux tracks "dancefloor" du CD1, c'est à de petites perles ondulantes aux milles facettes que l'on a droit. Prenez le clignotant "Hitchhiker's Choice" (ici en vidéo), ou "33 000 Honeybees", le dubby "Cow, crickets and Clay" ou encore "Jamaica". Tous illustrent cette puissance de l'esprit incarné (ou plutôt désincarné) par les musiques électroniques, relançant l'idée de psychédélisme en plein 21ème siècle. Tout n'y est que mesure, élégance et poésie. Deux CD pour deux univers, qui partagent l'hypnose, l'allongement de la durée, la distorsion des sons, les rythmes répétitifs, les nappes synthétiques propices à la méditation et aux dérives de l'esprit... Qui a dit "psychédélique" ?!
Jah Division : Unknown Treasures
Retrouvé au détour de la toile grâce au réseau social myspace, il est étonnant de constater à quel point, après l'aridité post-punk des Mancuniens, il est plaisant de visiter les paysages de hautes pressions du collectif de Brooklyn qui adapte de manière à la fois révérencieuse et audacieuse la mélancolie britannique des années 80 aux réverbérations écrasante d'une musique initialement née en Jamaïque. Etonnant mais pas inconvenant, ayant moi-même tenté, avec succès dans des soirées, l'hybridation de la violence contenue sur fond de basse martelée du groupe de Ian Curtis avec le dub de Yabby Yu ou Mickey Dread (RIP), je peux attester de la parfaite compatibilité de ces deux genres supposés antinomiques. Les voix de la musique sont décidément impénétrables !
En attendant, allez visiter le myspace de Jah Division sur lequel est présent leur seul et unique production discographique à ce jour, dont "Dubmission" ("Transmission"), "Dub Disorder" ("Disorder"), "Heart and Soul Dub" ("Heart and Soul") et l'imparable "Dub Will Tear Us Appart" ("Love Will Tear Us Appart" ).
Benga : dubstep aquatiquePost pas fatiguant de fin de semaine, juste avant la déferlante dubstep annoncée : je remonte ce clip aquatique et hypnotique des profondeurs de youtube, l'océan de pixels global, offert par l'immensité du cyberespace. "Night" featuring Coki sur l'excellent Diary of an Afro Warrior (chronique), est certainement l'un des meilleurs morceaux du genre depuis "Raver" de Burial sur Untrue. Noir comme le fond des océans, profond comme les abysses, tout en saccade, il a l'élégance maladroite de ce poulpe bionique et gigotant. Les poulpes sont décidément des animaux très intelligents !
De la musique sur Myspace ?!![]() Myspace vient d'annoncer que "Myspace Music" allait bientôt offrir avec l'accord de trois des quatre majors encore debout un truc révolutionnaire qui va tout révolutionner dans la révoltuion actuelle de la musique. Révolution révolution révolution. Ce truc, c'est, tenez vous bien... du streaming financé par la publicité et la vente de mp3 sans DRM. Comme d'autres rédactions ont les nécrologies de Ce qu'on peut dire de particulier à propos de l'annonce de Myspace c'est que, bien que cela semble échapper à ses dirigeants, elle va à l'encontre de ce qui a fait une grosse part du succès du site jusqu'ici. Généralement, quand on annonce qu'on a signé avec les majors, on précise aussi, même si ça ne fait pas les gros titres, qu'on a signé avec un millier de petits labels indépendants. Myspace Music "pourrait les inclure" nous dit-on, mais la nature de l'accord avec les majors leur laisse peu de place : MM va devenir une entitée séparée de Myspace.com dont les trois majors (enfin, quatre, on a gardé une place pour EMI qui n'est pas encore à bord) seront actionnaires. Quelle que soit la place accordée aux labels indépendants, de toute façon, Myspace a fait son succès avec les milliers d'artistes non signés qui, grace à la "longue queue" attirent tout de même une grosse partie de l'audience et qui seront les laissés-pour-compte dans cette histoire. Oubliez la success story/légende urbaine du petit artiste sans label qui s'est fait connaitre via myspace, l'histoire du petit artiste sans label qui a fait gagner beaucoup de revenus publicitaires aux majors est encore mieux ! Drumpoet Community : Zoorichans Beats
Comme son nom l'indique, Drumpoems Verse 1 est la première carte de visite d'une structure qui n'est, pour le reste, pas avare de sorties maxis toute l'année. Présentée dans un joli petit sac noir en impression tons sur tons bien pratique pour y ranger les fines herbes (par exemple, bien que la label préconise une utilisation plus classique, CD, I-Pod, clé USB, téléphone portable...), cette compilation offre d'excellents moments de détente musical (c'est là qu'interviennent les fines herbes les amis !). Avec son panorama d'electro intelligente, à la fois foncièrement dansante et toujours assez mélodique pour bénéficier d'une écoute attentive et allongée, il faut bien avouer que Drumpoems Verse 1, force le respect. Entre l'electronica soyeuse de Foster ("Quiet Befor The Storm (Quarion remix)" immortalisé sur le Feeling Strange de Jennifer Cardini), la tech-house cool de Soultourist - "Turn Loose (Dixon edit)" et l'entêtante progression lyrique du "Take Root" de Thabo, la minimale house qui balance doucettement de Kawabata - "Movin' On") et la house electronica un rien old school de Quarion ("Karasu"), le groove pulsé de The Lost Men ("The Return") et, surtout, la deep house hypnotique de Sascha Dive (l'ultra funky "DEep (Samuel Davis Deep4Life Mix)") Drumpoet Community semble confirmer le retour annoncé d'un certain classicisme assumé au sein de la sphère dancefloor électronique.
L'ensemble se distingue également par une touche singulièrement relax, soul jazz 70 et dubby, qui donne l'impression que Zurich se trouve aux Baléares et non pas dans l'hémisphère nord. Une certaines idée du "Zoorichan Beat" donc, qui rappel parfois la Vienne enfumée des 90's (Kruder & Dorfmeister, Tosca, les compilations Vienna Scientist, etc.) Largement soutenus - et joués - par des pointures mondialement reconnues et aussi diverses que Carl Craig, Derrick May, Âme, Henrik Schwarz, Jazzanova ou Château Flight, gageons qu'on entendra encore parler pendant longtemps de ce petit label prometteur. Et dire qu'il y en a encore pour venir se plaindre de 2008 !!
VA - Drumpoems Verse 1 (Drumpoet Community/Nocturne)
http://www.myspace.com/drumpoet Fuck Buttons : Progressive Attack !
Si l'on voulait faire simple, on pourrait également dire que la musique du duo britannique doit beaucoup au psychédélisme, voire à la musique progressive la plus barrée (pensez au nihilisme proto-punk de Van Der Graaf Generator plutôt qu'aux zigouiguouis ridicules de Jethro Tull ou Gentle Giant). Psychédélisme et prog' donc, auxquelles Fuck Buttons empruntent un goût certain pour l'expérimentation tous azimuts, les mélodies subliminales et aériennes, l'allongement de la durée, la distorsion, les rythmes répétitifs et les nappes synthétiques propices aux dérives de l'esprit. Avec ses percussions tribales et ses cris d'oiseaux ("Ribs Out", "Colours Move"), ses titres en forme de slogans naïfs et ironiques ("Sweet Love for Planet Earth", par exemple, ressemble plutôt à une apocalypse sonique, oscillant entre Dark Side of The Moon et le "Feed Me With Your Kiss" de My Bloody Valentine, interprété par Merzbow) il ne serait pas faux non plus de dire que la musique primitive et tribale de Street Horrrsing (un titre à la The Fall) réinjecte un peu de sauvagerie psychédélique dans l'electro actuelle. A ce titre, les Anglais de Fuck Buttons s'imposent carrément comme les maîtres modernes - et bienvenus - d'un renouveau psychédélique de l'âge des machines ! A la fois bruitiste et gazeux, envapé même malgré l'utilisation de saturations massives et agressives, ce Street Horrrsing semble annoncer avec bonheur le retour d'une certaine innocence électronique (que beaucoup semblent appeler de tous leurs vœux). Reste qu'avec ce disque, les Fuck Buttons redore le blason du psychédélisme, imposant une nouvelle fois ce genre indémodable au rang de Nouveau Testament, Mahabharata et Coran, on pourrait continuer comme ça Ad libitum, bref, de texte sacré célébrant allègrement le dérèglement infini des sens pour le bonheur de tous et de chacun. Amen !
Fuck Buttons - Street Horrrsing (ATP/La Baleine) The Kills : Boom Boom Tchack
La caution il faut bien le dire, le petit détail qui m'a poussé à réitérer l'essai, fut l'annonce d'un album en parti produit - pendant des sessions houleuses - par Alex Epton, alias Armani XXXChange de Spank Rock. Paradoxalement, c'est aussi un contre-argument. On pouvait s'attendre en effet à un énième disque de "rock qui danse", ou pire d'electro-rock, or il n'en est rien. Clairement, si Epton a apporté quelque chose à Midnight Boom, c'est une touche de modernité sexuelle au blues urbain, poisseux et vombrissant de The Kills. Le disque s'ouvre sur un "U.R.A. Fever" fiévreux (facile) aux guitares vicieuses, qui a déjà fait le tour du web en vidéo. On s'attardera donc plutôt sur la (very) noisy pop de "Sour & Cherry" et on s'arrêtera surtout, sur le classieux "Cheap and Cheerfull". Avec son refrain "I need you to be crazy 'cause you boring baby when your straigth, I need you to be crazy 'cause you stupid baby when your sane", je reconnais que ce titre m'aurait certainement sacrément fait bandé au milieu des années 80, surtout chanté par une fille aussi sexy qu'Allison. Nul doute qu'après une ou deux écoutes j'aurais rangé ce disque entre mon exemplaire vinyle du Psychocandy de Jesus and Mary Chain (dont The Kills reprennent sans le vouloir bien des gimmick, voir le chancelant et vénéneux, "Tape Song", très Darkland, ainsi qu'une certaine attitude laid back, agressive passive) et le premier Mazzy Star (que ne manque pas d'évoquer "Goodnight Bad Morning", ultime track qui clôt merveilleusement Midnight Boom). Globalement, la présence d'un Spank Rock aux manettes n'est pas évidente (ce que le duo explique longuement dans le magazine Trax, pour ceux que cela intéresse). C'est finalement sur un "Last Day of Magic" pourtant plutôt apaisé que la production d'Alex Epton se fait plus présente. Presque "Blondiesque" et donc oscillant entre disco, rock et new wave, ce titre répond a un "What New York Use to Be" presque electro, avec sa mélodie à la fois sautillante et tempétueuse. On ne peut pas ignorer non plus "Getting Down" et son refrain totalement addictif, ni le talent vocal d'Alison qui s'offre même une magnifique ballade, en l'occurrence un "Black Balloon" qui vient presque faire de l'ombre à Hope Sandoval des sus-cités Mazzy Star. C'est dire !
Pour finir j'ajouterais que l'option dansante étant tout de même présente de façon subliminale sur tout l'album ou presque (hé oui, qui dit "blues", dit quatre temps primitif qui donne envie de remuer des hanches et de taper dans ses mains), on imagine tout de même très bien notre Ivan Smagghe national ajouter à nouveau un titre de ce boom d'album à son tableau de chasse. A minuit, ou pas d'ailleurs. En attendant profitons du clip étonnant et magique de "Cheap and Cheerfull".
The Kills - Midnight Boom (Domino/Pias) Neon Neon : And The Winner is...![]() 5/5 London Metro "CD of the week" The Observer 4/5 Uncut - 4/5 URB - 4/5 Q Magazine 4/5 The Guardian - 4/5 The Mirror 4/5 Observer Music Monthly "Like playing Grand Theft Auto on Ecstasy" Vice Magazine 8/10 "A brilliant electro-pop concept album" Dazed & Confused magazine "One of the most brilliantly demented electro-pop albums you'll hear this year"... "The best side-project since Gorillaz"... "Miss it at your peril" NME 8/10 "Damn near perfect... Early contender for album of the year" Record Collector "Utterly Unique...The stuff of dreams" Clash magazine "Neon Neon were bound to get compared to Gorillaz... Stainless Style is more consistent as an album... The potential hits, hit equally hard." Pitchfork "Stainless Style a autant de chance d'accrocher le fluokid que le quadra curieux. Neon Neon réussi le disque trans-générationnel parfait." Trax Magazine Stainless Style est dans les bacs ! Tout l'album, ou presque, en écoute sur le profil myspace du duo. Albums cultes des géants du bizarre #34 : Antipop Consortium – Arrythmia
Les fans avertis, et les lecteurs de wikipédia le savent, l'aventure Antipop Consortium commence au cœur de la scène slam new yorkaise où se jouaient les joutes oratoires du Nuyorican Cafe. C'est là que, Beans, Sayyid et Priest, les trois MC's d'Antipop affinent leur flow cybernétique et découplé. Dès lors, le trio s'invente une recette unique et totalement bluffante sur fond de radicalisme et de minimalisme. Pas de samples funky-jazzy ici, pas de références au rythm'n'blues, ni de clins d'œil trop évidents à la culture black, ou alors uniquement la plus avant-gardiste. Antipop Consortium, comme son patronyme l'indique clairement, sera "anti-pop". Accompagné par Earl Blaize, leur ingénieur du son, Beans, Sayyid et Priest ajustent leur flow contrapuntique sur les découpes en pointillé d'une musique qui emprunte autant au krautrock, qu'à la techno, sans oublier la musique industrielle, la musique concrète et l'electronica. Ce n'est nullement un hasard donc, si ce Arrythmia cinglant comme l'annonce d'une crise cardiaque dans le bras gauche de sa victime, paraît chez Warp, alors label emblématique du genre electro abstrait. Cinglante, la musique d'Antipop-Consortium l'est. Pour le milieu hip hop c'est même une claque, un revers. Dans ce domaine, où règne encore à l'époque le cliché du hustler "bbco" (pour "bagnole-bitch-chaînes en or"), Beans, Sayyid et Priest font figure de punk.
Minimaliste, conceptuel, high-tech et futuriste, Arrythmia est le manifeste d'Antipop Consortium, c'est aussi malheureusement son chant du cygne. Mais avant ça, nos trois héros vont offrir au monde un album hip hop comme nous n'en avions jamais entendu. De la rythmique tendu de "Contraption" à la battle tennis de table de "Ping Pong" en passant par l'inoubliable "Mega", un morceau héroïque, stoppé en plein vol par des choeurs d'opéra reprenant le refrain, Antipop est tout simplement au sommet de sa forme. Avec Arrythmia le trio échappe au formatage hip hop mais n'oublie pas les aînés. Avec ses congas capturées live, "Bubblz" fait penser à du ESG sous amphétamine, speed et grinçant. L'ensemble sonne même un peu old school, mais c'est en hommage à une époque où le hip hop se permettait tout. La leçon de hip hop retenue par Antipop Consortium, c'est celle des novateurs et des avant-gardistes comme Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash. Les grands frères (grands-pères ?) qui n'hésitèrent pas à ce frotter au punk et à la new wave dans les années 80. Des années 80 très présentes également, sur Arrythmia, avec sa pléthore de vocoder, de basses à la fois froides et volumineuses, sa syncope judicieuse à la Erik B. & Rakim, ses dissonances. Antipop Consortium nous parle du futur, mais d'un futur tel qu'on l'imaginait dans le passé. Retro-futuriste.
Pour finir, les trois garçons s'offrent même le luxe de signer des hits en puissance avec le très electro "Dead in Motion" et l'entêtant "Ghostlawns", titre ultra efficace tout en synthés répétitifs et bondissants, dont vous aurez le bonheur de goûter ici, maintenant, en vidéo. Pour le coup, l'antipop devenait pop. Mais l'ego joue souvent des tours aux groupes et le trio devait se séparer juste avant la sortie d'un extraordinaire album posthume en compagnie de Matthew Shipp. De son côté, Beans produit plusieurs albums ébouriffant en solo, toujours chez Warp. Quant à Sayyid et Priest, ils signèrent ensemble sous le nom d'Airborn Audio, le temps d'un album plutôt réussi chez Ninja Tune. Mais tout ça c'est désormais du passé, nous sommes dans le futur, et Antipop revient !
Antipop Consortium - Arrythmia (Warp, 2002) Prenons The Mountain Goats en marche
Heureusement pour nous, Heretic Pride, le dernier album des Mountain Goats, arrive avec tous les signes annonceurs du train qui entre en gare pour faire monter un maximum de passagers et cette fois j'ai décidé de prendre mon siège. Si la carrière des Mountain Goats est sur les mêmes rails que celle de la plupart des artistes, cet album sera aussi le dernier bon : l'album où ils rassemblent leur forces une dernière fois pour un disque plus poli et travaillé, une œuvre moins personnelle dans l'émotion que dans le style et qui montre un peu tout ce que Darnielle a accompli dans sa carrière. Sauf que ce récapitulatif donne à entendre un artiste beaucoup trop singulier pour suivre une trajectoire prévisible.
Avec une voix nasillarde difficile à avaler aux premières écoutes et une guitare acoustique traitée avec une délicatesse de bucheron, Darnielle joue des chansons pleines de trop de mots, de solitude, de colère, d'ironie, d'amertume et de beauté. Quelques violons ou chœurs viennent parfois les adoucir ou au contraire des guitares électriques sont rudoyées et des tambours sont battus pour ajouter du poids aux menaces de la guitare de Darnielle. Au cœur pourtant, toutes ces chansons restent avant tout des pièces de folk lettré interprétées avec une intensité pugnace jusque dans les moments les plus doux. "Lovecraft In Brooklyn" est pleine d'une paranoïa à la hauteur de son titre tandis que "Tianchi Lake" est aussi sereine et revigorante que les quelques brassées évoquées dans les paroles, l'étrangeté en plus. "So Desperate" est trop touchante pour être saine pour nous, "Sax Rohmer #1" est sur le papier trop écrite pour être possiblement délivrée avec l'intensité primitive avec laquelle elle ouvre pourtant bien l'album et le final "Michael Myers Resplendent" trop ironique et amer pour que son auteur en reste là très longtemps. C'est ça, l'album accessible des Mountain Goats sur lequel les angles ont été arrondis ? Dois-je avoir peur d'écouter les autres ? Certainement, mais maintenant ça ne suffira plus à me retenir.
The Mountain Goats - Heretic Pride (4AD) Sascha Funke : Duel au soleil
Dès l'éponyme "Mango" on est happé par la précieuse mécanique du Funke. Ses nappes aériennes, sa tonalité à la fois mélancolique et apaisée, son talent de mélodiste. Juteux, ce deuxième album du jeune Allemand l'est de bien goûteuse façon. Empli de bleep et de click, suprêmement hypnotique pour ne pas dire langoureux, Mango a été produit dans le sud de la France (Aix-en-Provence pour être précis) et cela se sent. D'une nonchalance toute méditerranéenne, "We Are Facing The Sun", "Take A Chance With Me" ou "Summer Rain" fascine et séduisent tour à tour, tout en imposant une aura de tranquillité et en dégageant un profond sentiment de bien être. Funke ménage ses effets, offrant généreusement des instants de respiration au cœur d'une techno souvent troublante. Invitant guitare (post -punk sur "Mango", balearic sur "Feather") et piano (le housey "We Are Facing The Sun"), à venir jouer avec ses polyrythmies entêtantes sans pour autant en abuser, juste pour l'ambiance, le côté organique (voire l'orage et les bruits d'oiseaux sur le très zen "Summer Rain"). Et si Mango impose un rythme plutôt "tranquillou" cela ne l'empêche pas de bousculer l'auditeur en lui donnant l'envie de lever les bras en l'air. Sur l'énorme et addictif "Lotre (Mehr Fleish)", par exemple, avec ses samples de voix caverneuses sur basses rebondies, le trépidant "Double Checked" ou encore, le dubby "Chemin des Figons" (aah le Sud !) arrangée d'une basse new wave que n'aurait pas reniée The Cure sur Faith ou Seventeen Seconds et qui pousse à secouer la tête doucettement.
Obsédant, Mango est définitivement le genre d'album qu'on remet immédiatement sur (ou dans) sa platine après être arrivé au bout. A ranger aux côtés de This Bliss de Pantha du Prince, du Coloured in Memory de [peoplePantha du Prince]Fairmont[/peoplePantha du Prince] ou du Why Can't We Be Like Us? de Bruno Pronsato, bref, à garder avec les meilleurs et à surveiller de (très) près.
Sascha Funke - Mango (Bpitch/Pias, fév. 2008) Neon Neon : My Red Hot CarPosté par Maxence le 14.03.08 à 15:20 | tags : myspace, youtube, disco, hip hop, électro, vidéos musicales
Retour sur Stainless Style de Neon neon, projet de Bryan Hollon, aka Boom Bip et Gruff Rhys de Super Furry Animals, à l'occasion de la publication d'une interview exclusive du duo sur notre mag. Album concept qui porte fièrement les couleurs des années 80 clinquantes et parvenues, mais qui en fait aussi la critique au vitriol, Stainless Style est un hymne aux années néons décadentes, à la superficialité qui y régnait et à sa fascination pour les incroyables bagnoles dévoreuses de gasoil. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le disque tourne autour du destin tragique de John Zachary DeLorean, playboy créateur de la fameuse DeLoreane DMC 12, bagnole mythique à la calandre profilée et aux fameuses portières papillons, du film Retour vers le futur. La DeLoreane présentait le double avantage de disposer d'une plage arrière permettant d'installer les plus gros caissons de basses du monde tout en gardant assez de place pour lever des filles au châssis de rêve.
Tout au long de cet album au kitsch assumé mais au songwriting et à la production impeccable, on retrouve les emblèmes et les fétiches de l'époque : les piscines luxueuses entourées des premiers rappeurs gangsta ("Luxury Pool"), les filles faciles ("Sweet Shop", "Steel Your Girl"), les bluettes sentimentales désenchantées ("I Lust U" sur la prostitution de luxe : "I Lust U if you pay the price..."), les bagnoles de rêve ("Dream Cars"), sans oublier ses jours sombres ("Belfast") et ses "stars", Raquel Welch ("Raquel", l'hymne italo pop que Gruff Rhys entonne d'une voix nasale proche de celle du chanteur de... Men At Work !) et l'implacable electro parano, "Michael Douglas" ("Gimme a soul implant...").
Bâti autour d'envolées de synthés new wave lyriques, de poussées de fièvres crunk, de jeux de jambes italo disco et de mélodies cheesy, Stainless Style est un album parfait pour le printemps. Il rebondit sur ses suspensions surgonflées avec la fraîcheur d'une pom pom girl aguerrie sur les genoux d'un quaterback ! A sa manière schizophrène, parce que partagé entre nostalgie et lucidité, Neon Neon crée un pont entre une décennie oubliée et la nôtre. A ce propos n'hésitez pas à télécharger Stainless Style Influences, un mix de 30 minutes que nos deux crate diggers distribuaient dès novembre sur le net, célébrant les influences du concept Neon Neon. Vous y retrouverez Goblin, Neil Young période Trans (l'album electro entièrement chanté au vocoder), Kraftwerk, Tears For Fears, Prince et même Janet Jackson (!). Tous animent de façon plus ou moins subliminale, cet album transgénérationel étonnant et détonnant de bout en bout ! En prime la video fraîchement produite de "I Lust U".
Neon Neon - Stainless Style (Lex Records/Differ-Ant, sortie le 17 mars 2008) Benga : Messe afro-futuriste pour le temps présent
Partant de l'idée initiale selon laquelle il existe beaucoup plus de liens qu'on ne le croit entre science-fiction et musique noire (volonté de surpasser et de subvertir la technologie, sentiment d'être "en dehors" de la société américaine lié au mythe science-fictionnesque de l'enlèvement par les extra-terrestres, incarnation du noir américain comme un héros underground, éternel rebelle en lutte contre le système, etc.), Eshun écrit "une étude des visions successives de l'avenir de la musique noire, de Sun Ra à 4 Hero". De la naissance de la science du breakbeat (Grandmaster Flash, Kool DJ Herc et tous les visionnaires hip-hop) jusqu'au moment où la mélodie et l'harmonie s'effacent pour laisser place aux rythmes (le scratch et l'electro) et que le son des pionniers de la techno de Detroit rencontrent le minimalisme répétitif de Kraftwerk, Eshun produit une mythologie moderne pour la diaspora africaine. Ces thèmes afro-futuristes sont aujourd'hui largement repris par les ténors du dubstep, et particulièrement par Kode 9, qui diffusait ses idées il y a peu sous forme de manifestes pour guerriers urbains, sur son site internet. A ce titre, des labels 90's underground comme Wordsound, Liquid Sky et Asphodel ne s'y sont pas trompés qui, dès 1992, produisaient déjà des hybrides de dub industriel, de hip hop et de techno dub, sous l'égide des théories afro-futuristes d'Eshun, annonçant ainsi sans le savoir le Grime et le Dubstep actuel.
Ce qui nous ramène à Benga, de son vrai nom Beni Uthman. D'ores et déjà, sachez que dans un monde normal cet album devrait faire autant de bruit, si ce n'est plus, que le Untrue de son confrère Burial. Annoncé comme le messie par la presse spécialisée en Angleterre, Benga représente déjà la relève du dubstep. D'une production nettement plus complexe et sophistiquée que celle du deuxième Burial, la musique de Benga ne se contente pas d'empiler les couches de sons sous protool. Fin musicien, l'Anglais originaire de Croydon dans le sud est de Londres, mêle habillement instruments classiques et éléments électroniques, tout en dégageant les mêmes émotions brutes. Urbain, souvent glacial et bien sûr, futuriste, Diary of An Afro Warrior est d'un intérêt qui ne s'émousse pas au fil des écoutes. Pour l'exemple, des titres comme "Zero M2" et son beat enlevé sur grosses basses inquiétantes se pare de piano, d'ondulations orientales et d'une contrebasse, "Night" est un riddim synthétique et entêtant qui ne vous lâche plus une fois écouté, "B4 The Dual" évoque un hybride de dub et de jazz produit à Detroit, mélancolique, romantique et science-fictionnesque en diable. "E Trips" propose un sorte d'acid-dubstep angoissant et répétitif plus proche d'une techno ralentie que de son homologue londonien. Bref, vous l'aurez compris, avec Diary of An Afro Warrior, non seulement Benga dépasse les attentes les plus folles de l'auditeur de dubstep moyen, mais son album est une torpille qui ouvre une brèche de plus dans la coque du genre oeuvrant dans la continuité du dubstep en tant que genre au devenir global.
Benga - Diary of an Afro Warrior (Tempa/La Baleine)
http://www.myspace.com/bengabeats (1) Par commodité je reprends ici l'introduction d'un article précédemment écrit par mes soins pour le webzine La Spirale. Ceux que le concept intéresse pourront ainsi s'y reporter plus longuement. Carl Craig fait ses sessions
La techno de Carl Craig, c'est cette musique en route vers le son pur, pourrait-on dire pour paraphraser le critique allemand Ulf Poschardt. A l'instar de Sun Ra ou de Steve Reich, dont le producteur américain est un fervent admirateur, sa musique se joue des structures fixes et s'engage dans la dissolution des formes. Sur Sessions, Craig expérimente la musique, la sienne sous de multiples pseudonymes (69, Paperclip People, Tres Demented, Psyche) comme celle des autres (Chez damier, Rhythm and Sound, Theo Parrish, Beanfield, etc.), comme un matériau sonore brut en constante évolution. Depuis Landcruising, la musique de ce petit prince du beat au kilomètre vibre en nous avec l'abandon lointain, de ceux qui se sont retirés dans une autre dimension. Musique de flux pour autoroute (de l'information), elle contient toujours en germe la pulsion moderniste des origines, même dans ses émanations les plus oldschool (69 - "Rushed" et "Psychobeat"). A ce titre, Sessions bat le pouls d'une techno éternelle, toujours innovatrice et inventive, celle d'une musique spirituelle, technologique (évidemment) et futuriste.
"Futurisme" n'est pas un vain mot chez Carl Craig, c'est un concept, une ligne de conduite, une philosophie de vie propice à développer un univers de science-fiction. Sa musique d'outre-espace avec ses nappes vibrantes et ses basses profondes (Junior Boys - "Like A Child", sur le CD 1 de Sessions, "Sound of Silver" de LCD Soundsystem, malheureusement absent de cette anthologie mais à se procurer de toute urgence, Xpress 2 - "Kill 100", Faze Action - "In the Trees" et en général tout le second CD) est de celle qui donne l'impression de ne jamais devoir s'arrêter, reliant en cela les poussées de fièvre du free jazz afro-américain de Charlie Parker à Miles Davis, du funk psychédélique surchauffé de Parliament-Funkadelic (Tres Demented - "Demented (Or Just Crazy)") et de l'electro allemande, ce "funk blanc", de Kraftwerk, Manuel Göttsching et plus près de nous, Basic Channel, avec toujours, cette obsession pour le sérialisme (Delia Gonzales & Gavin Russom "Revelee") et le classicisme (Francesco Tristano "The Melody"), quand ce n'est pas un certain académisme jazz (qui fonctionne parfaitement sur la monstrueuse et, il faut bien le dire défrisante, relecture de "Bug in The Bass Bin" d'Innerzone Orchestra). Avec Carl Craig, même l'évocation grave d'"Angola" par Cesaria Evora sonne comme l'incarnation afro-futuriste indépassable d'une vision à la fois ancestrale et moderne, unissant futur et tribalisme dans un vaste continuum chamanique avec une urgence et une vitalité qui font de Sessions l'une des livraisons indispensables de ce début d'année !
Carl Craig - Sessions (K7!/Pias, mars 2008) Harmonic 313 et Flying Lotus : Space is the placeSerions-nous par hasard en train s'assister à la renaissance du label Warp tel que nous le connaissions il y a un peu plus d'une dizaine d'années ? Vous savez, l'époque, fort lointaine il est vrai, où la structure emblématique de l'electronica des 90's nous livrait un chef-d'oeuvre par mois, innovant tant en matière d'invention musicale, qu'au niveau purement technologique. C'est en tout cas l'impression que l'on retire des dernières productions du label. Juste avant la parution d'un nouvel opus attendu d'Autechre (dont nous reparlerons) et après l'annonce de la reformation d'Antipop Consortium, Warp nous offre coup sur coup deux livraisons electro hip hop déconstruites et innovantes, incarnées par les EP de Flying Lotus et d'Harmonic 313. Deux sorties qui s'avèrent carrément aussi excitante que, mettons, l'hypothétique annonce d'un nouveau Boards of Canada ou d'un Aphex Twin du niveau du Richard D. James Album (on peut rêver).
http://www.myspace.com/flyinglotus Thomas Brinkmann : Lourd comme un cheval mort
It rocks !, c'est la première impression que l'auditeur éprouvera à l'écoute de ce nouvel opus de l'Allemand qui s'accompagne ici de Winston Tong de Tuxedomoon pour un hommage non déguisé à la new wave et au rock dans sa veine la plus electro. Rassurez-vous, cela reste très raffiné, les filiations ne sont pas évidentes et constamment reliées au présent, à l'ambient et à l'electronica. Avec When Horses Die, ne vous attendez pas à de l'electrorock. Oubliez les sempiternels quatre accords, les rimes faciles et les voix insupportables. A la manière de Suicide dans les années 70, When Horses Die est un album électronique qui véhicule une "idée" du rock, plus qu'il "n'est" rock. L'allemand saisit l'essence, l'ambiance, de cette musique sans en copier les tics et les tropes. Le rock pour Thomas Brinkmann, s'exprime dans toute sa noirceur. Sur "Words" morceau manifeste qui ouvre ce disque éminemment vocal, Brinkmann, tel un Chopin ténébreux, articule son texte d'une voix caverneuse sur fond de piano solitaire. Un sentiment d'abandon plane sur tout l'album d'obédience Velvet/Suicide. When Horses Die semble issu des trottoirs de New York, reflets contemporains des facettes les plus dérangeantes du groupe un temps chaperonné par Andy Warhol (la décadence, l'addiction) ou du duo Alan Vega/Martin Rev (l'obsession du contrôle, l'hypertension). Forcément transgressif et extrémiste, When Horses Die se pare également de stupéfiantes circonvolutions psychédéliques ou d'un tempo martial EBM (voir "Uselessness" qui évoque le croisement de D.A.F. et de Nine Inch Nails dont le leader Trent Reznor est d'ailleurs remercié dans le livret). Sur "Birth & Death" ou "It's Just", pure heroin music teintée d'electronique plutôt discrète, on pense même aux dérives hallucinées de Spacemen 3, le mythique trio de rugby, auquel Brinkmann emprunte le roulement de batterie de "Revolution". Mais le producteur ne se contente pas de cette matrice référentielle, il façonne également de drôle de morceaux hybrides. De l'ambient rampant lourd "comme un cheval mort" ("Spiral"), des ballades désenchantées ("40"), de la jungle amorphe ("Meadows"), du dub industriel ("Souls"), du grime de bikers ("2suns")... A l'image de son créateur, When Horses Die se révèle un album inclassable, innommable et pourtant parfaitement passionnant.
Thomas Brinkmann - When Horses Die (Max Ernst/La Baleine, fév 2008) OM et Buried at Sea : l'anti-musique de greugreuSoyons honnête, pourquoi écrire sur le metal dans ces pages alors que je n'en écoute jamais, ou presque ? Parce que la plupart des disques que je chronique ne sont pas vraiment du metal tout simplement. A la rigueur du metal pour "hipster", et encore. Il est évident de toute façon que les vrais amateurs du genre ne viennent pas sur Playlist pour nous lire, ou alors par hasard. Et puis que reste-t-il du genre lourd bardé de riffs qui correspond à cette musique chez les deux autistes de OM par exemple ? Pas grand-chose en fait.
Après le sublime Conference of The Birds, OM, incarné par Al Cisneros et Chris Hakius, soit la section rythmique de feu-l'entité stoner-doom metal Sleep, poursuit sa route vagabonde vers d'autres cieux et nous offre avec Pilgrimage, une nouvelle raison de s'extasier sur les mutations du genre énervé par excellence. Car malgré le calme relatif qui règne sur cet album, à quoi pouvions-nous nous attendre avec un titre pareil si ce n'est à une musique onirique et farouchement mystique ? De fait OM, c'est un peu ce qui reste du metal quand la guitare et les gargarismes viriloïdes ont laissé tomber la partie. Pilgrimage c'est une longue plainte chuchotée où la poésie farouche des bourdonnements profonds générés par les riffs de basse et les roulements de batterie, n'empêchent en rien la mélodie. Un paysage de sons troublés qui se répètent à l'infini, pure drone music de l'âme qui offre une plage de rêve à l'auditeur capable d'une écoute respectueuse et attentive. Quatre morceaux donc, et un peu moins de 40 minutes de délicieuses dérives et vibrations au coeur d'un sanctuaire englouti. Magique !
Dans un genre proche, bien que plus impitoyable, Buried at Sea signe son dernier opus (la séparation du groupe est officielle), avec Ghost. Oeuvre dépressive et angoissante, Ghost est emblématique de ce metal en perte de repères dont on dirait que les exécutants ont glissé dans une faille temporelle le temps de l'enregistrement. Avec Ghost, Buried at Sea perd la boussole pour notre plus grand plaisir. Sur cet unique morceau de plus de 30 minutes, la marée monte lentement, la houle se fait de plus en plus forte, portée par une basse encore une fois omniprésente, jusqu'à ce qu'un déluge de guitare et la furie vocale du chanteur, qui évoque parfois celle d'Aaron Turner d'Isis, déclenchent la tempête tant redoutée. La métaphore marine est facile, mais à l'écoute de Ghost, on ne peut s'empêcher de penser à un ultime voyage. Buried at sea signe là un manifeste post-doom suicidaire, une noyade sonique et tragique dont peu, à commencer par les membres du groupe, se remettront. Prenant mais salvateur. OM - Pilgrimage (Southern Lord/Differ-Ant) Buried at Sea - Ghost (Neurot Recordings/Differ-Ant)
http://www.myspace.com/variationsontheme Marcus Schmickler : un artiste à BabyloneIl n'y a pas de justice en ce bas monde. S'il y en avait, des artistes comme Markus Schmickler seraient reconnus à leur juste valeur, et ce n'est pas le cas. On ne peut pourtant pas reprocher à l'Allemand d'être inactif, ou de se contenter d'un domaine de création restreint puisque cela fera dix ans cette année que ce musicien, producteur et manager se démène comme un beau diable pour faire exister une musique "autre". Avec son label A-Musik, il est le premier à signer Microstoria, Holosud, FX Randomiz, Schlammpeitziger, Data Politic et Felix Kubin. En temps que musicien il se fait connaître sous différents pseudos et différents projets incluant l'ethno électronique de Wabi Sabi, la techno primitive et tribale de Pol (sans "e") ou le néo-krautrock de Pluramon qui nous intéresse ici. Sous son nom propre, il signe également Amazing Daze que nous chroniquions l'an dernier, et aujourd'hui le centrifuge Alter of Science. Vous l'avez compris, Schmickler est un artiste curieux, ouvert, hors de toute chapelles et c'est ce qui fait tout son intérêt.
Pluramon - The Monstruous Surplus (Karaoke Kalk/La Baleine)
"Si tu reviens, j'annule tout", Jeanne Cherhal chante le SMS de Sarkozy Après le groupe Facebook "Si tu reviens, j'annule tout" (d'ailleurs, allez faire un tour sur le groupe Flu sur Facebook), voilà que Jeanne Cherhal, chanteuse de profession, propose sa vision des choses quant à cette histoire de SMS que Nicolas Sarkozy aurait envoyé à son ex-femme Cécilia. L'affaire du SMS envoyé quelques jours avant le mariage Sarko/Bruni a inspiré Cherhal qui en a fait une chanson à écouter sur sa page myspace. Une petite berceuse et des paroles énigmatiques bien que drôles : "J'étais comme un cochon qui danse pas très joli à regarder / j'ose l'avouer, mon existence faisait moins envie que pitié". Qui est le cochon, dans cette histoire ?Monika : Une fille plutôt sage pour son âge
C'est aussi ce qui donne envie de saluer cette compilation, Monika Bärchen - Songs for Bruno, Knut & Tom, réunissant la fine fleur du label, soit des artistes - majoritairement féminins - choisis par la tête pensante de Monika Ent. et enchaînés, avec élégance, comme sur un véritable album. Sur cette rétrospective on notera entre autre l'omniprésence des filles sélectionnées pour la série "4 Women No Cry" initiée en 2005. C'est le cas d'Eglantine Gouzy & Landini, sur le magique "L.A.", un titre oscillant entre electronica et pop, mais aussi des miniatures à la fois expérimentales et mélodiques de Chica & The Folder, Milenasong et Rosario Bléfari (cette dernière étant la plus "rock" des trois). Pour le reste, les amateurs retrouveront avec plaisir l'electro-pop-rock imaginative de Masha Qrella (dans une relecture electroacoustique du "Goodnight Lovers" de Depeche Mode), l'ethno electronica élégante de Robert Lippock, le folk répétitif teinté d'electro de Max Punktezahl, l'autre révélation de ce disque, ainsi que la minimal techno de Gudrun Gut et Quarks ou les paysages sonores de l'exceptionnelle Barbara Morgenstern. Ni cérébral parce que toujours poétique, ni bêtement dansant parce que toujours subtil, Monika Bärchen affiche une ouverture d'esprit bienveillante tout en gardant la pertinence de ton reconnaissable entre tous et propose une agréable alternative au formatage des musiques électroniques actuelles.
V/A Monika Bärchen - Songs for Bruno, Knut & Tom (Monika Ent./La Baleine)
Ghislain Poirier : Sono Global
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