La marche de l'histoire détruit toujours le cool. Vous êtes un mancunien dépressif, vous écoutez du krautrock et David Bowie, personne ne vous la fait, vous n'êtes pas comme les autres, vous êtes un poète. Vous écrivez une chanson en vous inspirant d'Aleister Crowley, parce que c'était "l'homme le plus pervers d'Angleterre" et le premier théoricien du satanisme. Vous êtes contre-culturel, vous-êtes irrécupérable. Vous êtes Ian Curtis.
Et puis non, l'histoire fait inéxorablement son oeuvre et "Love Will Tear Us Apart" finit dans des bandes originales de comédies romantiques hollywoodiennes que vous auriez vomi, et dans les rues de votre ville on célèbre votre mémoire dans des parades festives en faisant jouer "Transmission" à des orchestres de steel drums. Le pire, c'est que des blogueurs qui vous adorent n'osent même pas dire que c'est mal parce que franchement, au vu de la vidéo, ils auraient bien aimé être là pour danser dans la rue. Tant pis pour vous, fallait pas mettre le doigt dans le pot de confiture de la musique populaire.

Bureau B, fameux label de Hambourg, se lance dans une grande opération de réédition d'obscurités issues du krautrock allemand des 70's et de ses séquelles moins connues des 80's.
Une bonne idée, d'autant que les amateurs commençaient à tourner en rond, entre les classiques (cependant intemporels et toujours géniaux) Can, Neu!, Faust, Ashra Temple et autre Amon Düül/Popol Vuh, même si la vague de rééditions récentes de Cluster première période, Harmonia et La Dusseldörf a donné du grain à moudre aux plus exigeants d'entre eux.
Reste que l'on découvre avec plaisir les exercices de transe urbaine de Zero Set, sorte de super trio composé de Dieter Moebius (Cluster, Harmonia), Mani Neumeier (Guru Guru), et du légendaire ingénieur du son, Conny Plank, dont la musique sonnait déjà comme un prototype de Black Meteoric Star (voir Black Meteoric Star et Nisennenmondai : The Motorik Sound of 2009), ou Pan Sonic, redonnant tout son sens au terme "motorik" si tendance aujourd'hui. Idem pour les quelques albums de Cluster (Hans-Joachim Roedelius et Dieter Moebius) post-Zuckerzeit, soit Sowiesoso (1976), Grosses Wasser (1979) et Curiosum (1981), trois albums préfigurant les expérimentations des pionniers de la new wave, mais aussi de l'ambient, parcouru de pulsations sourdes et de trames électroacoustiques. Sans oublier, Tonspuren premier album de Moebius en solo, une perle de pré-electronica, glougloutante et mélodique.
Pour finir, on décollera avec Mandarinen Träume, une compilation de trésors synthétiques coordonnée et réunis par l'excellent label Munichois Permanent Vacation. De Reinhard Lakomy à Pond, en passant par Wolfgang Paulke, Hans-Hasso Stamer, Key, Julius Krebs, Mandarinen Träume s'avère un pur album cosmic compilant les exactions kitsch et les envolées psychédéliques des rejetons obscurs et jusqu'alors inconnus, de la "Deutsche Demokratische Republik" de 1981 à 1989. Pour curieux donc, et pour tout ceux qui veulent savoir ce que "cosmic" voulait dire en Allemagne de l'Est dans les 80's.
En écoute :
Zero Set - " Speed Display "
Cluster -Sowiesoso
Reinhard Lakomy - Eswächst Das Gras Nicht Über Alles

Le guitariste australien Roland S. Howard s'est éteint hier, mercredi 30 décembre, terrassé par un cancer du foie. Il avait 50 ans.
De Roland S. Howard on se souviendra de la musique bien sûr, mais l'histoire du rock gardera également le souvenir de sa silhouette émaciée et sombre. Un "i" majuscule électrique, esquissé au fusain d'une main nerveuse et terminée par une version en réduction - en plus punk - de la coiffure hirsute de Robert Smith.
Tout comme l'indétrônable leader de The Cure, S. Howard était avant tout un grand guitariste atypique, qui avait mûri son style unique, entre bruitisme et racines rock, au fil des années. C'était aussi un symbole new wave et une figure des années 80.
Son jeu, aussi sec que son créateur, s'était exprimé aux côtés des plus grands, de Nick Cave (au sein de son premier groupe, The Birthday Party) à Lydia Lunch (sur les albums Shotgun Wedding, Queen of Siam ou Honeymoon in Red), en passant par Sonic Youth, Simon Bonney (Crime And The City solution), Mick Harvey (des Bad Seeds), Einstürzende Neubauten (avec Alexander Hacke), These Immortal Souls, Epic Soundtracks (frère de Nikki Sudden) ou encore Jeffrey Lee Pierce et le Gun Club.
Tout de soubresauts épileptiques, vibrant de feedback, ses riffs cisaillaient littéralement la musique de ses partenaires, hachant menu ses compositions torturées, croisement de blues urbain revisité par un enfant de l'underground, de surf music aride et de punk bien sûr, dans une version romantique et ténébreuse quasi gothique.
Australien très tôt émigré à Berlin dans les années 80, Roland S. Howard apparaît dans la fameuse scène de cabaret de Les Ailes du désir de Wim Wenders, avec son groupe, Crime And The City Solution, en première partie de Nick Cave.
Avec lui, c'est tout un pan de l'histoire de la musique du Berlin d'avant la chute du mur, et d'avant le règne de la techno, qui disparaît.
En écoute : "Meet me On The Beach" (sur l'album Rise Above d'Epic Soundtrack, en compagnie de Lee Ranaldo et Kim Gordon de Sonic Youth ou de Jay Mascis de Dinosaur Jr.) :
En écoute : " Wild Situation " sur le même album. Les deux faces de S. Howard :
A voir : Crime and The City Solution live dans Les Ailes du Désir (Wim Wenders, 1987)

"Album le plus attendu de l'année 2010" selon Pitchfork, Real Life is No Cool, vient entériner la collaboration entamée il y a plus d'un an, entre Hans-Peter Lindstrom, le gourou nordique du revival disco, et la norvègo-mauritienne Christabelle, également connue sous le pseudo Solale.
Loin des premières excursions néo-baléaric du duo sous le pseudo Lindstrom & Solale, Real Life is No Cool est un pur exercice de funk cosmic, mêlant les tendances lysergico-psychédéliques sous influences Moroder de l'un, à la voix ultra-sensuelle de l'autre.
Mélange de Grace Jones, de Donna Summer sous amphétamines, sous l'emprise d'une sexualité brute évoquant parfois Vanity 6 (le groupe féminin de Prince), Christabelle, de son vrai nom Christabelle Silje Isabella Birgitta Sandoo (!) possède en effet un organe à vous faire immédiatement vibrer le corps (caverneux, et pas que, heureusement). Le genre de voix à la fois rauque et douce qui n'a pas besoin de se forcer pour vous mettre à genoux. Un talent auquel vient s'ajouter un tempérament de feu et un look de sauvageonne métisse à damner le plus fervent des missionnaires du XVIIIème siècle, tandis que de son côté, Hans-Peter Lindstrom, en père tranquille du néo-disco, fait ce qu'il peut pour coordonner la fougue de cette jeune pouliche que rien ne semble effaroucher.
Après écoute de l'objet, dont l'apparition est prévue dans les bacs le 19 janvier prochain, c'est une évidence : ni le pastiche décalé de r'n'b à la sauce expérimentale Revox de Lindstrom, ni les hommages appuyés au père de l'Euro-Disco, ni les autoroutes rythmiques sur lesquelles la belle s'amuse à passer d'une voie à l'autre, frisant à tout instant le carambolage sans jamais glisser dans le mauvais goût, n'ont raison des envolérs vocales sous ecstasy de cette ravissante gamine échevellée.
Autant dire que cet album, par son ambition et son authentique sensualité à fleur de peau, va en bousculer plus d'une dans le champ des chanteuses potiches jolies/sexy qui passent à la radio... A suivre donc.
En écoute :
Lindstrom & Christabelle - Looking For What
Lindstrom & Christabelle - Let it Happen (Vangelis cover)

Après presque 4 mois d'attente et maints effets d'annonce pour ce clip d'un des morceaux phares du dernier album de Hell, c'est peu dire que nous sommes contents de pouvoir enfin visionner ce que l'on nous annonçait comme un monument du genre.
Notre déception est à la hauteur de nos attentes. Rien à dire sur "U Can Dance", le morceau, un hymne déjà mythique à la nuit, suavement interprété par celui qui fut le leader de Roxy Music et alimenta longtemps les fantasmes humides de nombreuses adolescentes (et de le leur "mamans qu'on aimerait...", bref !), j'ai nommé, Bryan Ferry.
Que dire par contre sur le clip ? Vague défilé de modèles anorexiques drivés par une esthétique porno chic 80 soft cher à Hell, "U Can Dance" la vidéo n'est pas vraiment à la hauteur de nos espérances, d'autant que l'on aperçoit que très peu le dandy Bryan Ferry, entre deux plans de lèvres glossy, dans une brume ionisée. Réalisé par Jo Apps, déjà auteur du clip "Audacity" de Simian Mobile Disco, accompagné de Nova Dando, le styliste responsable du look de La Roux, pour les costumes (il n'est pas dit que les décors sont de Roger Hart, mais j'en doute), le clip est d'avantage présenté comme un défilé de mode prétexte à un énième exercice de name dropping sans grande saveur, que comme l'oeuvre révolutionnaire qu'on nous annonçait. On comprend bien que pour le Munichois, la présence de Ferry sur un de ses morceaux soit déjà, en soit, un évènement, mais on peut aussi comprendre que cela ne suffise pas en 2009...
Que le titre soit un hommage direct à la musique de Ferry et de sa clique est une chose, mais malheureusement pour Hell, des clippers anonymes faisaient bien mieux dans le même esprit kitsch élaboré et volontairement assumé, il y a 20 ans (comme on peut le constater sur le déjà très bon "The Main Thing" de 1982, qui en dit long sur les obsessions masculines à une époque où internet et youporn n'existait pas.) Reste le E.P. et ses remixes, dans les bacs le 10 janvier. Tous très bons, ils sont signés Carl Craig, Simian Mobile Disco & Tim Goldsworthy de DFA.
En l'occurence, et pour le coup, le casting est parfait.

Megatron Man c'est ce disque de psycho disco halluciné qui balança (malgré lui) le funk instrumental et la disco à papa (Chic, The Hues Corporation, The Temptations...) dans les oubliettes de l'histoire en créant un nouveau genre, plus futuriste et plus rapide, la Hi-NRG.
C'est surtout l'oeuvre de Patrick Cowley, mutant gay né à Buffalo et qui a grandi à New York, producteur émérite à qui l'on doit les meilleurs morceaux de la diva black couillue Sylvester (principalement sur l'album Step II et ensuite sur toute une série de disque dont All I Need et Mind Warp, un autre album solo révolutionnaire de Cowley). Tout ça entre 1980 et 82. Mais en 1976, Cowley s'adonne à d'autres plaisirs avec son comparse (et compagnon d'alors) Jorge Socarras. Sa passion pour la musique le portera très tôt vers l'utilisation de synthétiseurs analogiques, de toutes sortes d'instruments électroniques (séquenceurs, boîtes à rythme et toute la gamme d'effets électroniques disponibles à l'époque). Une inclinaison qui poussera les deux amis à composer un album hors-norme et hors-genre, Catholic, aujourd'hui réédité par Macro, le label de l'excellent DJ allemand, Stefan Goldman.
New wave avant l'heure (nous sommes en 76), Catholic sonne comme un Gary Numan psychédélique (Cowley et Socarras vont jusqu'à reprendre le "Hurdy Gurdy Man" du barde psyché écossais des 60's, Donovan). Ses compositions synth-pop rectilignes et glacées, ses vocaux atones mais plein d'une folie contenue étrangement poignante, place l'album dans une catégorie qui reste à inventer (la cold wave glam ?). On ne peut que féliciter l'Allemand d'avoir réussi à convaincre Jorge Socarras d'exhumer cette petite merveille des archives du label de Cowley malheureusement décédé trop jeune, à 32 ans.
Deux EP de remixes sont d'ores et déjà disponibles, toujours sur le label Macro, dont un d'un autre New Yorkais emblématique de la scène disco, Morgan Geist. En tout point excellent !
Catholic, le teaser sur youtube :
"Burn Brigther Flame", le single :

Traditionnellement terre d'asile du rock préhistorique (Johnny, Telephone), la France de 2009 est devenue le pays des mutants ! Abreuvés au krautrock, au post-punk, à l'ambient des pionniers allemands, au cosmic disco, à la new wave avant-gardiste, à l'electropunk et à la synth-pop des 80's. De Turzi à Minitel Rose (deux extrêmes, je vous l'accorde) en passant par Flairs, Etienne Jaumet, Joakim, Bot'Ox, Pilooski, Alexis Le-Than, D.I.R.T.Y., Danton Eeprom, Krikor and The Dead Hillbillies, Anne-James Chaton ou Anoraak, c'est toute une génération d'artistes qui produisent aujourd'hui des oeuvres inclassables et innovantes qui font enfin la une des magazines.
Koudlam est de ceux-là. Emblème de la jeunesse désenchantée issue du milieu désormais mort et enterré des free parties, le Français débarque aujourd'hui avec l'un des albums les plus puissants, poignants et émouvants de 2009. Avec ses basses new wave, ses synthés tremblotants, la voix étrange qui le hante et sa production à l'os, Goodbye, premier véritable album de Koudlam, est l'occasion de dire "Hello" à un artiste français comme on n'en avait pas vu depuis … Alain Bashung et son Play Blessures, pas moins ! Sur ce disque ovni, Koudlam réactualise aussi à sa manière le mythe des "jeunes gens modernes", les Asphalt Jungle, Stinky Toys et autres Metal Urbain.
"See You All", premier single tiré de l'album, est un track typique de l'artiste : boucle de synthé symphonique reprenant un riff d'instruments à cordes, voix hululée d'écorché vif qui ne se prend pas au sérieux et mélodie pourtant addictive. La vidéo, signée par le vidéaste contemporain Cyprien Gaillard, est tout aussi iconoclaste. Témoignage pris sur le vif d'une baston monstre entre supporters lituaniens, "See You All" n'est qu'un témoignage parmi d'autres sur Goodbye, d'une humanité incapable de se battre pour de vraies valeurs, qui sombre tranquillement dans la ruine et la barbarie. Absurde et jouissif Koudlam !

La presse généraliste est en émoi ! Trois ans après les blogs et après Interpol, The Faint, I Love You But I've Chosen Darkness ou The Chromatics (et dans un genre plus techno, Louderbach), elle découvre Cold Cave et intronise le groupe, "nouvel épigone de la new wave aux Etats-Unis".
Sur Love Comes Close, l'album, on pourrait reprocher à Wesley Eisold et son groupe de s'adonner à une version un peu trop facile de synth-pop goth pour ado (en gros, New Order meets The Sisters of Mercy). Ce serait oublier le passé du gaillard dans l'underground hardcore à Philadephie. Ce serait ignorer aussi Painted Nails et The Trees Grew Emotions And Died, les deux premiers EP du groupe qui jouaient plus sur les terreurs saturées, le conceptuel et l'inaudible des plus sombres incarnations de la musique industrielle et du synth-punk des 80's (Throbbing Gristle, This Heat ou Fad Gadget, pour n'en citer que quelques uns), que sur la ritournelle électro gentillette.
Si Eisold met la pédale douce sur le feedback et sort aujourd'hui de sa cave avec des pop song synthétiques comme celles qui font actuellement le tour du net, c'est certainement pour mieux se faire entendre, et on ne peut pas le lui reprocher. Evidemment, Love Comes Close ne va pas révolutionner la musique actuelle, mais ce n'est certes pas le but.
Reste que le single éponyme d'un album dans les bacs depuis quelques jours n'est pas non plus un repoussoir. Avec son air de New Order tout juste remis de la mort de Ian Curtis, ses lignes de basses sombres et synthétiques, sa guitare brit-pop circa 86 et la voix d'Eisold poussant le bouchon un peu trop loin (un curieux mix de Philippe Pascale, frontman de Marc Seberg, et d'Andrew Eldritch de Sisters Of Mercy), "Love Comes Close" fera tout de même sourire quelques semaines en attendant mieux. (un nouveau Windsor for The Derby par exemple ?)
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posté par Caro Michael Jackson vivant ! La preuve par le...
posté par LovelyRita Sauvons Britney Spears, sauvons le monde
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