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Back to the eighties ! Tous les billets consacrés à la Nouvelle Vague (ou New wave) sur Playlist.
Lire ausi notre petite histoire de la new wave. The Cure : Freakshow, de mal en pisCela ne s'arrange pas vraiment pour Robert Smith et sa bande de transcorbeaux dont on avait essayé de sauver (avec un certain courage) le premier single "The Only One", sorti il y a un mois tout juste. "Freakshow", le second single de l'album 13 à venir, est tout bonnement indéfendable. Les textes sont médiocres : "Bitter sweet again / Her Opening Move/ Down and out in black / Soft shiny and smooth / Looks like the alien crowd got groove / she buns her name into my heart / But i Can never get through...", la mélodie qui se veut entraînante n'est pas à la hauteur des créations pop qui figuraient sur Kiss Me Kiss Me Kiss Me ou The Top. Le titre est à la fois prévisible et décevant, plombé selon les fans par la batterie de Jason Cooper, qui est étrangement l'instrument sur lequel se concentrent la majorité des critiques. Le riff de guitares qui zèbre la seconde moitié du titre est à mon avis bien plus embarrassant mais il apparait plus simple aujourd'hui de taper sur Cooper que sur les grands anciens : Porl "le beauf" Thompson ou Simon Gallup, qui n'ont jamais été moins inspirés. Le second titre du single, "All Kinds of Stuff", est dans la lignée des deux derniers albums, une chanson vive et brouillonne qui permet à Robert Smith de s'exciter (ambiance Kiss Me toujours, mais avec un peu moins de conviction) sur un monologue en accéléré, avant que ne soient libérées les guitares en fusion. Beurk. "Freakshow" avait pourtant une allure un peu meilleure lors de ses premières sorties live. A ce rythme-là, et si on en est déjà à ce niveau au single n°2, on se demande comment on va finir lorsque le moment sera venu de découvrir l'album complet. Côté images, les Cure carburent toujours officiellement aux images en noir et blanc, sans doute ce qu'il y a de plus sûr compte tenu des circonstances. On imagine pas ce que donnerait le look atroce de Porl en couleurs.... Rendez-vous dans un mois pour la suite des aventures de notre groupe culte préféré. Albums cultes des géants du bizarre #44 : The Cure - Pornography
Même s'il s'agit d'un classique du bizarre, il est difficile aussi de choisir un disque et un seul, au sein d'une discographie aussi pléthorique en albums cultes et éminemment étranges. J'aurait pu jeter mon dévolu sur l'impressionnant Carnage Visors, mais cette pièce est trop obscure, même pour les connaisseurs, pour représenter de manière globale l'art de Robert Smith et de sa bande. Idem pour The Top, autre monument d'étrangeté, un disque psychédélique torturé et paradoxalement presque pop, mais déjà à cheval entre deux époques et évoquant une autre configuration du groupe. Je l'avoue, le choix de Pornography s'est fait automatiquement. Peut-être parce que cet album qui clôt la fameuse "trilogie noire" réunit tout ce qui fit The Cure de 1979 à 1982, date de sa parution.
Invitation à visiter l'enfer terminal et glacé de Robert Smith, Pornography fait suite à deux autres disques majeurs et non moins marqués, Seventeen Seconds et Faith. Les trois albums formant une trilogie qui fait suite à l'enregistrement douloureux de Three Imaginary Boys et à sa frénétique tournée américaine. Contrairement à ce qu'aimeraient croire les fans, Seventeen Seconds ne marque pas le début d'une dépression, mais plutôt le résultat de la tension qui régnait durant cette tournée. C'est la fatigue et l'usage de drogue de tous calibres permettant au groupe de tenir le rythme qui fera de sa suite, l'album Faith, le parangon asthénique que l'on connaît. La pression, des problèmes créatifs et un fort taux d'alcoolémie engagent le groupe sur le chemin tortueux de l'addiction et de la folie. En ce sens, Pornography est le parfait reflet de cet état. Il clôt également une période trouble, de celle dont on se sort ou dont on meurt.
Si Robert Smith ne meurt pas, il faut bien avouer que le cloaque de Faith ne le laisse pas indemne. Pornography et sa violence contenue est dopé à la colère froide et à l'autodestruction. A l'instar du Closer de Joy Division, sa batterie répétitive quasi tribale, ses riffs de guitare after-punk obsédants (Smith est à son sommet en la matière) et sa basse têtue, font du The Cure de l'époque, un groupe cathartique emblème de la cold wave. De l'entêtant "One Hundred Years" en passant par les cauchemardesques "A Short Term Effect" ou "The Figurehead", pour ne rien dire des malsains "Siamese Twins" ou du sommet de dépression qu'est "Cold", les morceaux évoquent autant les visions scabreuses et iconoclastes de The Atrocity Exhibition de l'écrivain J.G. Ballard que les versets quasi-sataniques de Lautréamont. Visions traumatiques sous acide, à l'image de sa pochette glauque et organique comme vue à travers un voile de sang, Pornography est un cauchemar dont on aimerait vite se réveiller (Smith étant sujet aux mauvais rêves dus aux substances qu'il ingurgite durant cette période) comme l'illustre les paroles de "The Hanging Garden" : In The Hanging Garden, no one sleeps et In the heat of the night / Walking into a dream.
Au bord de la rupture, Pornography est l'antithèse de Faith, l'album d'un homme qui se relève, conscient de sa chute, conscient d'un monde qu'il refuse, mais conscient aussi qu'il va bien falloir vivre avec, même si le chemin n'est que douleur et chagrin. De Pornography, Cioran aurait pu dire : "Nous ne courons pas vers la mort, nous fuyons la catastrophe de la naissance, nous nous démenons, rescapés qui essaient de l'oublier". Une leçon en somme.
The Cure - Pornography (Fiction Records, 1982) Liquid Liquid réédité par Domino
En pleine vague no wave, Liquid Liquid (chez qui le guitariste Eliott Sharp, ami et collaborateur des Sonic Youth, jouait de la clarinette !) s'exprimait aux côtés de DNA, Mars, Glenn Branca, Del Byzantine (le groupe du cinéaste Jim Jarmusch) ou encore James White & Black (aka James Chance), mélangeant groove en boucle sous influence sud américaine (leur leader et chanteur Sal Principato, alias Sal P, est d'origine salvadorienne), tension post-punk, effets dubby et proto-hip hop.
Signé chez 99 Records légendaire label new-yorkais (découvreur d'ESG entre autre), Liquid Liquid ne devait connaître qu'une courte carrière (3 ans) et une discographie qui ne l'est pas moins (uniquement trois EP) mais fut à l'origine de concerts fulgurants et de titres emblématiques de la scène mutant disco de New York dont "Optimo" (qui donna son nom au fameux duo de DJ écossais), "Cavern", ou "Lock Groove" (versions in & Out). Initialement réédité par Grand Central le label des Beastie Boys et par Mo Wax pour l'Angleterre, l'œuvre de ce combo délirant est aujourd'hui disponible en vinyl et en CD chez Domino, histoire de nous rappeler que, s'il est un découvreur et un initiateur du revival disco underground actuel, James Murphy de LCD Soundsystem n'a rien inventé (ce qu'il n'a jamais prétendu d'ailleurs).
En attendant, découvrons ensemble cette vidéo de "Cavern" et allez faire un tour sur notre chronique de Danse Gravite Zero dernière compilation en date de Salvatore Principato.
Liquid Liquid - Slip In And Out Of Phenomenon (Domino/PIAS) The Organ : reformation et nouvel EP ?L'info est à prendre avec des pincettes : ni leur MySpace, ni leur site ne confirment l'annonce...The Organ, puisqu'il s'agit d'elles, seraient sur le point de sortir un nouvel EP, intitulé Thieves, selon le site de la radio 3 de CBC. Le girl group de Vancouver, splitté il y a deux ans, avait sorti un unique et prometteur album (Grab That Gun) en 2004. Les Canadiennes auraient un EP de 6 tîtres en stock, composé en toute discrétion depuis fin 2007. En voici le (probable) tracklisting : 1. Even In The Night 2. Oh What A Feeling 3. Let The Bells Ring 4. Fire In The Ocean 5. Can You Tell me One Thing 6. Don't Be Angry
Pour l'instant, pas de date de concert annoncée pour The Organ. (Et aux dernières nouvelles, les excellentes Electrelane n'auraient pas suivi le mouvement de reformation général des groupes féminins dissous.) Mais pour se remettre dans le bain, on peut toujours réécouter "Steven Smith", magnifique hommage de l'androgyne Katie Sketch aux Smiths de Morrissey :
Jah Division : Unknown Treasures
Retrouvé au détour de la toile grâce au réseau social myspace, il est étonnant de constater à quel point, après l'aridité post-punk des Mancuniens, il est plaisant de visiter les paysages de hautes pressions du collectif de Brooklyn qui adapte de manière à la fois révérencieuse et audacieuse la mélancolie britannique des années 80 aux réverbérations écrasante d'une musique initialement née en Jamaïque. Etonnant mais pas inconvenant, ayant moi-même tenté, avec succès dans des soirées, l'hybridation de la violence contenue sur fond de basse martelée du groupe de Ian Curtis avec le dub de Yabby Yu ou Mickey Dread (RIP), je peux attester de la parfaite compatibilité de ces deux genres supposés antinomiques. Les voix de la musique sont décidément impénétrables !
En attendant, allez visiter le myspace de Jah Division sur lequel est présent leur seul et unique production discographique à ce jour, dont "Dubmission" ("Transmission"), "Dub Disorder" ("Disorder"), "Heart and Soul Dub" ("Heart and Soul") et l'imparable "Dub Will Tear Us Appart" ("Love Will Tear Us Appart" ).
A Place To Bury Strangers, Ask The Dust : nouvelles du front du bruit
Le "truc" d'A Place To Bury Strangers, c'est que leur leader Oliver Ackermann est aussi le fondateur de Death By Audio, un fabriquant de pédales d'effet. Du coup le groupe a des pédales customisées toutes personnelles qui lui donnent son propre son même s'il ne révolutionne pas les recettes de Jesus And Mary Chain, Bauhaus et de l'armée de shoegazers qui les inspirent. Ils ont aussi tendance à mixer un peu fort : leur single "To Fix The Gash InYour Head" est tellement dans le rouge que les bonnes âmes qui ont voulu le transférer sur vinyl pour le Royaume Uni ont vu leurs machines exploser.
C'est terrible puisque j'ai aussi prévu de voir Times New Viking prochainement, qui sur le front du bruit se situent quelque part entre "Sister Ray" et un vieux Boeing. Après de telles recommandations, je crois qu'il est de mon devoir de vous pointer vers France Acouphène.
Post Punk, Cold Wave et Culture Novö en France, exposition à la galerie du jour agnès b
Agnès B présente : « DES JEUNES GENS MÖDERNES »
Avec une trentaine d'années de recul, le projet "Des Jeunes Gens Mödernes" propose de réactiver cette scène post punk / novö diskö / new & cold wave hexagonale, à travers une exposition, un livre, une compilation et un documentaire, mettant ainsi en évidence sa spécificité et sa diversité créative de manière transversale, en s'intéressant aussi bien à sa production musicale, qu'à l'esthétique, l'attitude, et aux problématiques qu'elle a développées en parallèle _et notamment son rapport à la modernité, précisément.
(via www.90bpm.net)
Lire notre dossier Histoire de la New Wave Neon Neon : And The Winner is...![]() 5/5 London Metro "CD of the week" The Observer 4/5 Uncut - 4/5 URB - 4/5 Q Magazine 4/5 The Guardian - 4/5 The Mirror 4/5 Observer Music Monthly "Like playing Grand Theft Auto on Ecstasy" Vice Magazine 8/10 "A brilliant electro-pop concept album" Dazed & Confused magazine "One of the most brilliantly demented electro-pop albums you'll hear this year"... "The best side-project since Gorillaz"... "Miss it at your peril" NME 8/10 "Damn near perfect... Early contender for album of the year" Record Collector "Utterly Unique...The stuff of dreams" Clash magazine "Neon Neon were bound to get compared to Gorillaz... Stainless Style is more consistent as an album... The potential hits, hit equally hard." Pitchfork "Stainless Style a autant de chance d'accrocher le fluokid que le quadra curieux. Neon Neon réussi le disque trans-générationnel parfait." Trax Magazine Stainless Style est dans les bacs ! Tout l'album, ou presque, en écoute sur le profil myspace du duo. Compass Point Story : Reggatta de Blancs
Avec Compass Point, Blackwell et ses pairs (Sly & Robbie pour ne pas les nommer) définirent carrément le son de toute une époque. Certains affirment que l'on doit cette magie au lieu, d'autres préféreront y voir la qualité et la créativité des artistes invités. Sur Funky Nassau, the Compass Point Story 1980 - 1986, l'auditeur bénéfiocie d'un large panorama de ses talents trangenres : Tom Tom Club, Talking Heads, Grace Jones, la diva disco trash Cristina, Ian Dury ou la punkette world Lizzy Mercier Descloux, souvent proposés en version 12", car Compass se donnait aussi comme mission d'envahir les dancefloors de la planète avec ses productions ensoleillées et sophistiquées. C'est pourquoi on retrouve Larry Levan aux commandes d'un remixe housey sous influence caribéenne de Gwen Guthrie et le pionnier François Kevorkian sur le très electro disco "Dance Sucker" de Set The Tone (aka DJ Guy Cuevas, un autre Français mythique). Funky Nassau est aussi l'occasion de (re)découvrir des titres reggae punk saisissants comme le "Spasticus Autisticus" de Ian Dury & The Seven Seas Players, la world hystérique de "Born Under Punches (The Heat Goes On)" de Talking Heads, un "My Jamaican Guy" sec comme un coup de cravache de Graces Jones ou l'exercice new wave disco "You Rented A Space" de Cristina.
Mais la claque de cette sélection reste le cinglant "River Niger" de Sly Dumbar himself, avec ses basses synthétiques et son riddim hypnotique à souhait. "A classic master pieces" comme on dit. Ce qui est valable pour tout l'album présenté avec un superbe livret offrant des interviews des artistes par David Katz et des photos d'époque inédites d'Adrian Boot, Lynn Goldsmith and Alison Jarvis. Un disque en tout point parfait pour le printemps !
![]() Funky Nassau, the Compass Point Story 1980 - 1986 (Strut/Pias) Vampire Weekend, victime de la hype
C'est terrible, je me rends compte que sur Fluctuat nous n'avons pas encore trouvé le temps de parler de Vampire Weekend là où la plupart de nos confrères on déjà écrit notules enthousiastes et chroniques élogieuses sur ce groupe de jeunes garçons sages mais sautillants du Massachusetts qui aiment le post punk et l'Afrique mais ne sonnent pourtant pas tant que ça comme les Talking Heads et dont le premier album sortira dans trois semaines. C'est terrible parce que, voyez-vous, j'en ai déjà marre de la hype et j'ai peur de ne pouvoir réveiller en moi l'enthousiasme que ce groupe franchement pas mauvais mériterait. Profitez-en si vous ne les connaissez pas encore trop, ce clip pour la chanson "A-Punk" est vraiment sympa. Je n'en dis pas plus, j'ai peur d'alimenter la hype et d'écrire le compliment de trop qui vous gachera le plaisir comme on m'a un peu gaché le mien. Le testament New Wave de Jean-François Bizot
Extrait : Outre de nombreuses formes artistiques innovantes et foncièrement originales, l'époque a en effet vu naître une véritable philosophie (passée largement inaperçue du grand public, il faut bien le dire) : la subversion par la norme. A l'échec patent du punk et contre la léthargie baba, la new wave prêchait pour un ultra conformisme provocateur et ironique. "Conform to Deform" disait Stevo, boss du label Some Bizarre, un slogan qui disait tout. Entrer dans la norme et le conformisme pour mieux le détruire de l'intérieur, parfois en le singeant à outrance. Jamais les principes situationnistes ne furent aussi près d'être appliqués à la lettre. Alors que le punk se targuait de nihilisme en crachant par terre, la new wave célébrait l'énergie atomique et le progrès technologique, tout en fêtant joyeusement l'apocalypse nucléaire et la fin de la civilisation humaine. Quand les babas prêchaient le retour à la terre et les valeurs authentiques, la new wave oeuvrait pour un avenir urbain déshumanisé et concentrationnaire afin de hâter sa fin prochaine et bannissait tout ce qui était "authentique" au profit de ce qui apparaissait comme superficiel et clinquant, moderne et innovant, futuriste et provocant. Pour tout cela, les années new wave furent sans aucun doute les années de l'outrance et du paradoxe, mais aussi des années expérimentales par excellence. (Lire la suite) New Wave de Jean-François Bizot, Mariel Primois et Jean Rouzeaud (ed. Panama) Devo ? -> Mutato !
Mothersbaugh explique aujourd'hui volontiers Devo (le concept était assez transparent de toute façon) mais comment réconcilie-t-il son passé de rockeur subversif avec le fait d'être aujourd'hui à la solde du grand capital ? D'une part il y a le fait que l'argent récolté lui permet de financer ses autres projets (un livre de montage photo "mutato", la fabrication de tapis bizarres et de nombreuses collections ésotériques). D'autre part, on sait que Devo n'a jamais cru au concept de contre-culture. Ils célébraient la dévolution de l'intérieur : en jouant du rock sur MTV. On peut se demander où est la subversion dans une petite musique à peine audible dans le fond d'une pub Apple. Comment est-on subversif sans mots, d'abord ? Peut-être est-ce à nous d'aller chercher le message. Après tout, on nous dit depuis toujours que la société moderne nous abrutit, ça ne nous a jamais fait faire demi-tour. La musique de Mutato est bizarre... légèrement bizarre. Celle de Devo l'était aussi, ils ont pourtant, pendant un temps, été très populaires. Aujourd'hui, le genre de new wave que le groupe jouait il y a vingt-cinq ans est devenu le mode par défaut du groupe de rock faussement alternatif qui rêve d'être le nouveau Bloc Party. La musique de Mutato est bizarre, elle est aussi infantile. Plutôt, elle est dévolué. Oui, elle est fun, elle est stupide, c'est de la pop music. C'est ça que nous voulons. C'est ça que de riches industriels demandent à Mutato. Mutato nous le met dans les oreilles et la question qui se pose, silencieusement, c'est... "veut-on vraiment en arriver là ?". Si la réponse est oui -et à en juger par le succès de Fergie, c'est le cas- qui est Mothersbaugh pour nous le refuser ? Albums cultes des géants du bizarre #26 – Talking Heads – Fear of Music Chef d'oeuvre absolu, Fear of Music est l'un des plus grands disques des années 80. C'est aussi un album véritablement monstrueux. Monstrueusement ambigu, monstrueusement tordu, monstrueusement bien produit, bref, un monstre de talent, mais aussi le parfait exemple de ce que la normalité peut avoir de monstrueux justement. L'écrivain Bret Easton Ellis ne s'y est d'ailleurs pas trompé, lui qui utilise "Heaven" une des plus belles chansons de l'album (et peut-être la seule faisant appel à une véritable émotion) comme bande son pour son abominable American Psycho. Une ambiance que préfigure largement l'excellent Songs about Building And Food de 1978. Forcément culte, Fear of Music est pourtant le moins connu des albums des Talking Heads. Pour beaucoup, l'intérêt de ce groupe phare de la fin des années 70 s'arrête à 77, le mythique album rouge. Il faut dire qu'un titre comme "Psychokiller" l'y aidait bien. Pour d'autres, les expériences world et électroniques de Remain In Light sont bien plus originales et visionnaires. Pourtant, Fear of Music est d'un intérêt bien supérieur. Tout Talking Heads, passé, présent et futur s'y trouve déjà réuni. L'union des talents de producteurs de Brian Eno et de la folie de David Byrne y est à son sommet.
Le disque s'ouvre sur une des premières tentatives world du groupe, avec "I Zimbra", hymne à la danse et texte dadaïste écrit par le poète Dada Hugo Ball et interpété par David Byrne en hommage aux fondateur du mouvement Tristan Tzara et Kurt Schwitters. Ce morceau plutôt gai et absurde dénotant tout de même d'une certaine folie, est emblématique de Fear of Music. Derrière l'apparente simplicité des mélodies sautillantes et funky qui parsèment cet album, se cachent les affres de la folie et de la paranoïa la plus crue Il suffit d'écouter les sommets d'angoisse que sont "Air", "Animals", "Electric Guitar" ou "Drugs". "Never listen to electric guitar, Someone controls electric guitar" chante Byrne d'un ton alarmé. Fear of Music est aussi le reflet d'une époque où la musique, aussi pop et attachante soit-elle, n'en est pas moins extrêmement complexe. Ecoutez Blondie, écoutez Television. Tous ces disques et tous ces artistes abandonnaient sciemment la simplicité des mélodies aguicheuses pour truffer leurs morceaux de breaks, d'accélérations, d'éclats punk et de bruits étranges (c'est l'époque de l'utilisation intelligente et visionnaire des premiers synthétiseurs bons marchés). C'est particulièrement évident sur Fear of Music où les morceaux ne finissent jamais comme ils ont commencé. Les mélodies bondissantes terminent généralement à plat ventre, sans parler des morceaux réellement dérangeant comme "Drugs", un véritable trip de 5 minutes dans la tête d'un type sous stupéfiants, ou l'angoissant "Memory Can't Wait". Mais Fear of Music c'est aussi des tubes. Des morceaux désabusés beau à pleurer comme "Heaven" ou les purs moments de danse punk music que sont "Cities" et "Life During Wartime" (malgré son thème glaçant évoquant un couple de terroristes).
Derrière la facade d'une new wave américaine hyper-normalisée incarnée par Devo, Blondie et Talking Heads, se cache aussi une vision très sombre de la société. En ce sens, Fear of Music est un disque purement new wave. En surjouant la carte de la normalité à outrance, les Talking Heads de 1977 à 1979 furent 150 foix plus subversifs que ne le furent jamais tous les Sex Pistols, les Iggy Pop et les Ramones de la terre (ces derniers ne surjouaient d'ailleurs rien, ils étaient eux-même point final). En prônant une hyper-normalité maladive Talking Heads démontre combien la banalité du quotidien (Byrne ne parle que de ça) peut se révéler bizarre, voir même effrayante quand elle est observée avec un soin maniaque. Fear of Music ? Un album culte et bizarrement "normal" en somme.
Talking Heads - Fear of Music (Sire, 1979) 10 bonnes raisons d'aller voir Cure en 2008
1. Cette fois c'est promis de chez promis, c'est la dernière fois que le groupe se réunit et tourne. Après le double album qui arrive en 2008, Cure disparaît et Robert Smith se met enfin à cet album solo dont on entend parler depuis au moins 1981.
2. Pour 3h de concert et 47 euros, le tarif horaire met les Cure à un peu plus de 15 euros de l'heure, soit les légendes les moins chères du marché. Pour ce prix là, on peut voir 30 minutes de Madonna, 20 minutes de Johnny et entendre la 1ère partie des Rolling Stone. Robert Smith a beau être gros, il n'est pas si gourmand que ça et offre toujours des shows qui ne déçoivent pas... sur leur durée. Pour ce prix, c'est vrai, vous avez toutes les chances de vous taper "Friday I'm In Love", mais bon....
3. S'il vous reste du khôl et un vieux lipstick acheté en 1985 et que vous avez... 35 ans, ce concert est vraisemblablement la dernière chance pour vous d'aller à un concert de Cure sans passer pour un ou une vieille drag-queen anthropophage et vous faire agresser, au retour, dans le métro par une bande de délinquants juvéniles. Il paraît, en plus, que les produits de maquillage fabriqués avant 1990 contiennent de l'extrait de baleineau, susceptible après un certain temps d'attaquer les lèvres, les grosses joues et le contour des yeux.
4. Tokyo Hotel et Placebo, ça craint un max.
5. Les premières chansons du nouvel album de Cure ressemblent comme deux gouttes d'eau à des titres de Cure mais en mieux. Robert Smith a fait tourner sa base de données spéciale "invente tes titres de Cure" et cela donne ces morceaux prometteurs (révélés pour partie lors d'un enregistrement pirate qui court sur le net à Mexico) : "Lusting Here in Your Mind", "The Hungry Ghost", "The Perfect Boy", "Christmas Without You", "Please Come Home". Pas de titre avec again et world en vue, c'est bizarre, mais il s'agit d'un double album et on peut toujours espérer.
6. A moins d'être un parfait masochiste, aller au concert est à peu près la seule chance que vous ayez (en dehors de toute contrainte) d'entendre les chefs d'oeuvre indépassables que sont "Mint Car", "Jupiter Crash", "Friday I'm In Love", "The 13th" ou encore "Watching Me Fall".
7. Il y a 99% de chances qu'ils jouent "A Forest", "The Walk" et "Boys don't cry". Même si c'est votre 15ème concert de Cure, cela ne se refuse pas. Comme Porl Thompsonest de nouveau de la partie, le spectacle risque d'être grandiose.....
8. Ils sont pas gothiques pour 2 sous. Il ne faut pas croire ce qu'on raconte sur Fluctuat et sur d'autres sites non spécialistes. Ok, ils s'habillent en noir, ont parfois des allures inquiétantes et chantent des histoires un rien angoissantes, mais on n'a jamais vu aucun membre de Cure avec une chauve-souris gay sur le bras, de la bave de crapaud à la bouche et un bouquetin apprivoisé dans les bras. En plus, Robert Smith aime le football et n'a jamais regardé un match du PSG.
9. Se rendre au concert est le seul moyen de vérifier l'odieuse rumeur qui veut qu'après avoir été un super beau mec, Robert Smith ressemble aujourd'hui de plus en plus à Didier Bourdon, l'affreux jojo des Inconnus. Et puis quoi encore ?
10....parce que le 12 mars à part une soirée au Crazy Horse, il n'y a rien d'autre à réserver sur les sites de réservations de billets en ligne (on a vérifié).
Raison bonus : 11. Parce que Robert Smith a dit (sans déconner) que cette fois c'était sûr c'était "leur meilleur album depuis"....hum.... Pornography. Un son bizarre, étrange qui rappelle la première trilogie mais avec des morceaux hard-rock, des trucs plus contemporains, un peu de tout. Le gros Robert n'avait pas fait de déclarations enthousiastes depuis un bail, depuis... la sortie de l'album précédent en fait. Il avait aussi dit ça en 1996, à la sortie de Wild Mood Swings.
Convaincus ? Trentemøller vu par Trentemoller
Pour l'instant contentons nous d'analyser l'objet. The Trentemøller Chronicles se présente comme un beau double album, toujours marqué de l'emprunte d'une certaine mélancolie new wave (la pochette, déjà, offre une version minimaliste des arbres noyés dans la brume du précédent CD) qui propose sur une première moitié les morceaux les plus ambient de son répertoire, "The Forest", "McKlaren" un remix du duo Klovn de Copenhague et le grandiose "Snowflakes" d'une part, et de l'autre, ses compositions les plus dancefloor. Le disque est parfaitement coupé en deux (6 tracks pour le Trentemoller ambient et downtempo, 6 aussi pour le Trentemoller "techno") et offre également la primeur de deux luxueux inédits : "Klodsmajor" et "Blood in The Streets", des titres presque acoustiques, guitare et piano, pour des ambiances précieuses qui creusent le sillon de son précédent album, tout en en accentuant le côté "rock". On y retrouve l'emphase typique du producteur, son goût pour les basses très en avant, façon post-punk 80, l'art avec lequel il manie les échos tournoyants à la Basic Channel/Chain Reaction sur les morceaux plus "4 to the floor" (c'est particulièrement évident sur "Kink", "Gush", "Physical Fraction"). Tout au long de The Trentemøller Chronicles, les titres ne sont jamais dénués de romantisme, ni de mélodies et son amour de la pop, fut-elle electro transparaît idéalement sur "Always Something Better" feat Richard Davis ou "Moan" feat Ane Troll, tous deux tirés de The Last Resort. Un second CD présentant un large éventail des travaux de remixes du Danois (Royksopp, Mathias Schaffhäuser, Moby...) vient compléter ce Trentemøller Chronicles de haute tenue, même si l'on n'en comprend pas réellement l'utilité, si ce n'est d'annoncer quelque chose, "d'autre". Un nouveau Trentemoller, nous dit-on (mes sources resteront anonymes) qui prépare une nouvelle mue, un voyage vers des continents encore plus pop et rock, voire une tournée mondiale accompagnée d'un groupe, guitare, basse, batterie et chant... A suivre donc. En attendant, gageons que ce producteur danois élevé aux Smiths et aux Cure, nous réserve encore bien des surprises.
En prime, Fluctuat vous offre cette magnifique (bien que très simple) vidéo de "Evil Dub", tirée de The Last Resort, enjoy !
Trentemoller - The Trentemoller Chronicle (Poker Flat/Audiomatique/La Baleine)
Closer, Still, Unknown Pleasures : Joy Division remastered Maxence a parlé récemment d'Unknown Pleasures, unique album vivant de Joy Division et de son importance pour l'histoire des musiques modernes. Dans la foulée de Control, le film plein d'application réalisé par Anton Corbijn, ressortent dans une version remasterisée les 3 pièces principales de la discographie du groupe, augmentées chacune d'un appendice live et d'un superbe livret aux commentaires signés John Savage. Avec Unknown Pleasures, on (re)découvre un live à la Factory du 11 avril 1980 qui faisait partie des préférés des collectionneurs depuis des lustres et dont le son, malheureusement, ne sort pas du tout amélioré par la présente livraison. Ce concert bénéficie d'une belle énergie, d'un duo Hook/Morris absolument impeccable dans ses expérimentations et d'un Ian Curtis comme possédé par le diable. Le chanteur livre une prestation effrayante sur "Atrocity Exhibition" de plus de 6 minutes et un non moins impressionnant "Transmission" en bout de set.
Closer arrive accompagné par un live de février 1980 à l'Université de Londres (ULU), soit quelques mois à peine avant le précédent. Live in Ulu pour Closer de février 1980. Le son est plus métallique et plus cold wave que sur le précédent, le groupe ayant réussi à reproduire sur scène le son symphonique et synthétique proposé par Martin Hannett en studio. On retiendra surtout l'une des premières sorties sur scène du single "Love Will Tear Us Apart" et un "The Eternal" lugubre. Le concert à l'ULU est le compagnon parfait d'un Closer dont il reprend les meilleurs moments : "Colony", "Twenty Four Hours" ou "Isolation". La réécoute successive d'Unknown Pleasures et de Closer rappelle que la postérité du groupe repose en partie sur le caractère monolithique (et presque granitique) de l'oeuvre. C'est cette densité, cette dimension monumentale et monobloc, qui écrase par sa gravité et sa solennité, qui peut expliquer aujourd'hui pourquoi on reste 27 ans après baba devant Joy Division. Enregistrée sur une poignée de mois (12-13 guère plus), les deux albums bénéficient d'un son homogène, d'une inspiration qui n'a presque pas évoluée (Curtis épuise les billets-paroles de sa boîte à chaussures), si ce n'est pour creuser le même sillon : l'oppression, l'étouffement, le dérangement.
Le CD bonus qui accompagne Still (rappelons-le, disque live composé principalement du dernier concert du groupe, enregistré à Birmingham et agrémenté de quelques autres prises - dont un "Sister Ray" repris brillamment du Velvet) est enregistré une semaine à peine après celui de l'ULU, à la mairie de High Wycombe. La set list (soundcheck et titres live) reprend un mélange heureux des 2 CDs précédents, sans éviter (pas le choix) les répétitions, mais en prenant garde de ne pas doublonner avec ce qui avait déjà pu être vendu sur le coffret indispensable Heart And Soul. On insistera ici sur un enchaînement de milieu de CD qui voit Curtis et sa bande enchaîner "Love Will Tear Us Apart", "Disorder" et "Atrocity Exhibition", soit 3 monstres qui taquinent le punk, la pop et le rock new wave avec autant de succès. Malgré les textes, les rythmes, les graphismes, la production de Hannett, la musique de Joy Division sonne en live comme la plus humaine et la plus chaude qui soit. Les dernières notes qui poussent le groupe dehors sur "The Eternal" annoncent quant à elle les révolutions à venir. Curtis se tait, New Order n'attendra pas pour se faufiler dans son ombre. Il aurait été intéressant de voir, si la mutation qui s'engage parfois ici (les "synthétiseurs étourneaux") aurait pu se produire avec Curtis et comment il y aurait réagi. Le timide et candide Bernard Sumner, assez amusant dans le film Control, allait prendre le pouvoir.
Ian Curtis a-t-il inventé la Tektonik ?A quelques jours de la sortie du biopic d'Anton Corbijn, Control, adapté de la biographie de Deborah Curtis Touching from A distance, le mythe Ian Curtis reprend du poil de la bête. Père officiel de la New Cold Wave (Interpol, Editors, etc), Ian Curtis, suicidé en mai 1980, serait également, selon certains bloggeurs, le grand-père par alliance de la Tektonik, la nouvelle danse venue de Belgique, qui fait depuis quelques semaines fureur chez nous. La danse du papillon crevé caractéristique du jeu de scène épileptique du chanteur de Joy Division, et que l'on peut observer sur ce live de "Colony", peut-elle être rapprochée des mouvements saccadés inspirés du ballet débridé d'un coiffeur technoïde sous acide ? Rien n'est moins sûr, mais on ne peut pas non plus se permettre de rater une occasion de parler de Joy Division. A la question, Ian Curtis a-t-il inventé la tektonik ?, on répond donc non, sans autre commentaire. A worried parents glance, a kiss, a last goodbye, Hands him the bag she packed, the tears she tries to hide, A cruel wind that blows down to our lunacy And leaves him standing cold here in this colony. Albums cultes des géants du bizarre #13 : Joy Division - Unknown Pleasures
A partir des singles "Digital" et "Atmosphere", puis sur Unknown Pleasures, Martin Hannett mettra subtilement en relief l'aspect mélodique du jeu de basse de Peter Hook et les riffs alcalins de la guitare de Bernard Sumner inlassablement soutenue par la batterie métronomique de Stephen Morris. Il exploitera à fond les tons d'aluminium froissé de cette musique tandis qu'au fond, tout au fond, comme enfermée dans une pièce poussiéreuse s'élève la voix caverneuse de leur chanteur, le tristement célèbre Ian Curtis. En studio, celui que l'on nommait "le psychopathe du son" pousse véritablement le groupe dans ses retranchements. Bourré de dope jusqu'aux yeux, Hannett n'hésite pas à déstabiliser une formation déjà fragilisée par un chanteur constamment au bord du gouffre, en imposant points de vue et idées excentriques (comme de pousser la climatisation à fond durant tout l'enregistrement d'Unknown Pleasures). C'est donc dans la douleur, et un froid polaire, que naquit le son inoubliable d'un groupe qui traversa le ciel du post-punk à la vitesse d'une comète en laissant derrière lui les agrégats ionisés d'un mythe en devenir. Mythe qui formera plus tard les fondements de ce que l'on nommera la cold wave. Ignorant les canons du punk rock qui voulaient que la production d'un album se fasse dans les mêmes conditions qu'un enregistrement live, ou presque, Hannett a travaillé sur le premier album des quatre de Salford comme sur un disque de rock psychédélique. Compartimentant chaque musicien, Hannett ira jusqu'à obliger Stephen Morris à démonter entièrement son kit de batterie pour lui faire jouer de chaque éléments séparément. Faisant feu de tout bois on raconte qu'il alla même jusqu'à construire un dôme de plâtre au dessus du batteur pour donner à son instrument cet écho mat que l'on entend sur les sommets du groupe comme "She's Lost Control", "Disorder", "Insight" ou "Wilderness". Fan de dub, Hannett use du studio comme les pionniers du genre. Dispensant sa science de la manipulation des machines, l'intéressé use et abuse d'effets électroniques, du delay AMS, du Marshall Time Modulator (qui étouffe le son de la guitare) et de la chambre d'écho, sur des titres comme "Candidate", "She's Lost Control" ou "New Fades Down". Pionnier, Hannett l'est aussi dans l'utilisation de samples dont le producteur s'est confectionné une impressionnante base de données (aujourd'hui disponible sur le net) pour les besoins de la session. C'est lui qui imposera le son d'une porte d'ascenseur métallique sur "Insight" et celui d'un verre qui se brise sur le titre de clôture "I Remember Nothing".
Paradoxalement, et malgré les manipulations extrêmes expérimentées sur Unknown Pleasures, Closer, l'album suivant, sonnera encore plus déstructuré et expérimental. Toujours produit par Hannett, ce deuxième opus devra son atmosphère à la fois plus éthérée et plus sombre, à l'utilisation récurrente de synthétiseurs que le producteur avait déjà testé sur Unknown Pleasures. Mais c'est clairement ce dernier qui restera dans les annales de l'histoire du post-punk comme l'un des albums les plus aboutis du genre. Une pièce, à la fois totalement originale et parfaitement révolutionnaire, tout en restant relativement accessible. Essentielle.
Joy Division - Unknow Pleasures (Factory, 1979) Albums cultes des géants du bizarre 6 : Pere Ubu - Dub Housing
Concernant Pere Ubu, il est difficile de tirer un album et un seul dans une discographie essentiellement dédiée au bizarre. Cependant, si l'on devait isoler un album culte ET bizarre, alors Dub Housing s'impose d'emblée. D'aucun auraient certainement préféré The Modern Dance, assurément culte, mais beaucoup moins étrange. Le premier véritable album de Pere Ubu était surtout une subtile variation post-punk à l'américaine, alors que derrière sa sombre pochette représentant une vue nocturne de l'appartement de Cleveland dans lequel les membres du groupe vivait en communauté, ce deuxième effort surpasse carrément toutes tentatives de classification. Sur Dub Housing, point de dub contrairement à ce que laisse entendre son titre. Dés les premières notes trémulantes de "Navyy", sorte de pop song mutante bousculée par la voix stridente, il faut bien le dire, du leader David Thomas, l'auditeur sait qu'il est ailleurs. On est proche ici des pitreries dadaïstes d'un Captain Beefheart et du Magic Band ("On The Surface", l'éponyme "Dub Housing"), mais aussi du Rock Bottom de Robert Wyatt (le magnifique "Codex"). Nous sommes en 1978, et ce qui est surtout évident ici, c'est la manière dont le groupe invente la new wave facilement deux ans avant que les journalistes, eux, n'inventent l'étiquette ! Il n'y a qu'à écouter la guitare de Tom Herman sur "Dub Housing" le morceau, ou "Caligari's Mirror" pour s'en convaincre. Du côté des instruments, c'est orgue, hautbois, clarinette, saxophone, synthétiseurs primitifs et surtout l'organe si particulier de Thomas, qui participent à un sabbat de sorciers ivres au parfum underground et arty. Des morceaux comme "Thriller !" sont, de fait, totalement inintelligibles pour le rock, et même le punk, de l'époque : bruitages sinistres, voix ralenties, absence totale de mélodie, guitare atonale, extrait de dialogue capté sur une vieille télévision, Pere Ubu s'invente ici, un univers sonore unique à base de sons proprement inouïes dont les oscillations électroniques de l'instrumental "Blow daddy-O" forment la colonne vertébrale. L'album n'est pas pour autant dénué de brûlot garage punk surréaliste ("l Will Wait"), d'improbable reggae bancal ("Drinking Wine Spodyody" un morceau dont je ne voix que "The Sad Skinhead" sur Faust IV pour rivaliser d'étrangeté), de "dance music" néo-pop proto-new wave ("Ubu Dance Party") ou de ballade neurasthénique absolument inoubliable (j'insisterais encore une fois sur "Codex" le morceau de cloture, si vous ne pleurez pas sur ce titre, ou si vous n'avez pas de frissons, laissez tomber la musique.) En conclusion, aussi culte et bizarre qu'il puisse être, Dub Housing fait parti de ces albums étranges et parfois agaçants à la première écoute, mais qui deviennent vite addictifs puis indispensables. Un classique précurseur, un disque incontournable. Pere Ubu - Dub Housing (Chrysalis 1978, réédité par Cooking Vinyl en 1999) Youtube de l'été #29 : New Order - Bizarre Love Triangle (1986)Qui l'aurait cru ? En quelques années, après la mort tragique de leur leader et chanteur Ian Curtis, les musiciens de Joy Division dès lors New Order deviennent l'un des piliers de la new wave et de la musique synthétique. En 1980, alors que l'Angleterre résonne à la léthargique et sombre cold-wave, Joy Division groupe emblématique de cette période perd son chanteur, trouvé pendu dans sa cuisine. Le reste du groupe, Peter Hook, Bernard Sumner et Stephen Morris, à qui l'ont promettait de ne plus pouvoir se relever après un évènement comme celui-ci, firent totalement l'inverse et fondèrent New Order, créant une rupture nette entre le post-punk de Joy Division et leur nouvelle orientation, synthétique, hybride et clairement plus lumineuse. En 1986 paraît le quatrième album de New Order, Brotherhood, époque où le groupe est noyé dans sa quête d'expérimentations électroniques et synthétiques. Le single phare "Bizarre Love Triangle" est un succès et bastonne les charts américains, et n'atteint étonnamment pas le même succès au Royaume Uni. Totalement imprégné du son eighties avec ses synthés à tout va et ses séquenceurs à gogo, "Bizarre Love Triangle" brille par l'absence de la guitare qui était encore présente dans les albums précedents, qui ne refera sa réapparition notable qu'avec l'album Get Ready en 2001. New Order est alors un groupe de la culture club, composant des hymnes populaires comme ce "Bizarre Love Triangle" ou "Blue Monday". On aurait donné peu cher de leur peau après le suicide de Curtis, et les voici pourtant dans les années 80 sur les chemins tracés par Kraftwerk et Moroder. Et si Doherty était mort en 2003, vous auriez vu Barat et les Libertines se reconvertir dans le grime ? Aujourd'hui, Hook et Sumner ont annoncé le split de New Order... pour combien de temps ? Tony Wilson est mortIl avait eu un film à son hommage, 24 Hour Party People, sur son oeuvre son activisme sur la scène musicale mancunienne et par extension sur la scène musicale anglaise, il a porté les valeurs de la culture anglaise au travers des groupes qu'il soutenait et promulguait, Tony Wilson a succombé à une crise cardiaque hier 10 août 2007 à l'âge de 57 ans. Diagnostiqué d'un cancer depuis l'an dernier, Tony Wilson est donc parti. Après la vague de décès de cet été dans le milieu du cinéma, la mort de Lee Hazlewood il y a quelques jours, l'hécatombe continue avec la mort de l'un des plus importants activistes culturels Outre-Manche. Lançant sa Factory Records permettant à Joy Division puis New Order, aux Happy Mondays, à A Certain Ratio, aux Durutti Column d'éditer leurs oeuvres, Tony Wilson fut aussi l'un des hommes de la révolution "Madchester" grâce à sa boîte de nuit la Haçienda, lieu mythique de mutation culturelle, qui vit l'arrivée de la house en Europe avant d'être une des scènes incontournables de la scène rave. Quel triste été. Interview de Tony Wilson en 1988
Youtube de l'été #24 : Depeche Mode - Just Can't Get Enough (1981)La new-wave creuse définitivement son trou dès le début des années 80. Sur les cendres du punk et de la disco se forme un hybride, froid comme le futur vu par les punks, synthétisé par les mouvements émergeant en parallèle, la new-wave se développe et explose assez vite. Le monde a besoin d'une rupture, et elle naîtra sous la forme de cette musique qui aura ingéré les travaux en marge de Kraftwerk ou Brian Eno. La tendance est au synthétiseur, et donne ainsi la marque de fabrique du son '80s. Parti principalement d'Angleterre et porté par des groupes comme New Order après la mort de Ian Curtis, les Cure après Pornography, Talk Talk, les Pet Shop Boys et donc Depeche Mode, portent haut le flambeau de ce nouveau genre. 1981, Depeche Mode entre dans la cour des grands. Troisième single de l'année pour le groupe anglais, "Just Can't Get Enough" sera leur premier énorme succès, et le titre le plus connu de leur carrière. Tremplin pour le jeune groupe, ce single marque aussi un tournant dès le début de leur carrière. Le leader, fondateur et compositeur du groupe Vince Clarke, qui composa le titre "Just Can't Get Enough" quitta le groupe avant, pendant la tournée de leur premier album Speak & Spell sorti fin 1981. Trop de succès, trop de mise en avant, trop d'incertitude vis-à-vis de la direction que prenait Depeche Mode, Clarke s'en va et laisse Martin Gore aux commandes. Cela augurait dès le départ les futurs problèmes que va connaître Depeche Mode au fil de sa carrière entre Gore et Gahan. Il n'empêche que la new-wave connaît ses premiers balbutiements, ses premières bribes, la musique encore teintée de restes punk et post-punk avant de sombrer dans la décrépitude de la surenchère, de l'envahissement des synthétiseurs cheap et des expérimentations kitsch. Welcome in the eighties. Gravenhurst remet le couvertJ'ai longtemps boudé la pop indé qui était pourtant le vivier dans lequel j'ai barboté toute ma "jeune jeunesse" (16 - 27 ans). Dès 1992 je me jetais à corps perdu dans les musiques électroniques et me détournais lentement du bouillonnement pop-rock qui me semblait de plus en plus vain et surtout, répétitif au possible. J'avoue également qu'hormis quelques impérissables exceptions comme Yo La Tengo, High Llamas, Pavement, Sonic Youth et autres The Fall, je ne trouvais plus le frisson que m'apportaient auparavant ces musiques. Bien sûr, la curiosité et la nostalgie vous font renouer de temps en temps avec ce que d'autres appelleraient "le bon vieux temps". C'est ainsi que je découvrais Liars, TV On The Radio, le premier album d'Interpol, le premier album des White Stripes, et je dois dire que le temps d'un Formed A Band d'Art Brut, j'ai presque réussi à atteindre le degré d'excitation de mes 20 ans. Pourtant en 2005, je suis resté scotché à l'écoute du Black Hole in The Sand EP d'un certain Gravenhurst alias Nick Talbot, alors seul compositeur et interprète de cet étrange "groupe". Peut-être dois-je cette découverte et celle de l'album suivant au fait qu'il soit signé chez Warp, pourvoyeur d'electronica fine depuis 92, mais j'en doute, n'écoutant plus les productions du label sauf exception depuis 2001. Non, la musique de Talbot se suffisait à elle-même. L'Anglais savait comme pas un marier les contraires. Sombre mais flamboyant, intense et catatonique, mélancolique mais réconfortant, Fire in Distant Building évoquait pour moi tout ce que je ne trouvais plus dans la pop indé des balbutiantes années 2000. Bonne nouvelle, son dernier et quatrième album, à paraître en septembre, est dans la même lignée. Du folk rock sombre, un poil plus apaisé que les précédents où Talbot semble avoir fait la paix avec ses fantômes et surtout, construit un véritable groupe avec lequel il tourne depuis plus d'un an. Un petit avant goût en forme de clip nous est offert sur youtube depuis quelques semaines, et bien que "Trust" soit moins spectaculaire que les précédents, jetez-y un œil et une oreille, se serait dommage de s'en priver. Une chronique de l'album, elle paraîtra en temps et en heure sur Flu', le mag. Nouvelle Vague sans Nouvelle Vague
La compil' en elle même est plutôt pas mal, même si les seules véritables perles qui s'y cachent sont plutôt connues : "Walk On By" par les Stranglers, "Satisfaction" par Devo, "I Heard It Through The Grape Vine" par The Slits, le reste étant diversement inspiré mais toujours au moins un peu intéressant. Sauf peut-être les trucs les plus français comme une reprise de "Nationale 7" ou bien "Arnold Layne" chantée par Etienne Daho et ce n'est pas que ma francophobie qui parle. New Wave donne pourtant tout un tas de raisons d'être francophobe mais c'est surtout par la lumière qu'il jette sur les deux premiers disques "Nouvelle Vague" qu'il le fait. Au cas où on n'aurait pas compris les premières fois, cette compilation montre quels sont les préceptes de base de la new wave et à quel point en n'en respectant pas un seul, le projet Nouvelle Vague est une insulte à l'esprit des chansons et des artistes auxquels il prétend rendre hommage. Toutes les reprises de New Wave approchent leur matériel original dans l'optique de lui apporter des idées nouvelles, de la tension et un nouveau regard. "Satisfaction" par Devo en étant le parfait exemple : l'originale était la plainte d'un animal lubrique prêt à sauter sur tout ce qui passe, la reprise évoque plutôt une tension qui ne trouve jamais d'échappatoire, un priapisme douloureux qui représentait une approche toute nouvelle de la musique rock à l'époque. Sur le premier album du groupe en 1977, "Satisfaction" sonnait comme une déclaration d'intentions. Les versions Bossa de Nouvelle Vague évoquaient tout au plus, elles, un daïquiri dans une piscine d'hotel aux Canaries et sonnaient comme une déclaration d'ennui. V/A - New Wave (District 6/PIAS, mai 2007) QOTSA, Franz Ferdinand et tous leurs amisPosté par 2goldfish le 08.06.07 à 10:26 | tags : disques de l'été, vidéos musicales, pop, new wave, métal, youtube, rock
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