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Défricheurs fous, expérimentateurs dézingués ou personnalités borderlines et inventives, les pionniers sont sur Playlist !

The Wire : de l'eau dans le Gas !

Posté par Maxence le 15.05.08 à 16:47 | tags : médias, électro, pionnier

Les amateurs de techno de Cologne sophistiquée et d'expériences sonores aquatiques d'obédience ambient chill out, vont certainement être contents de voir le producteur allemand Wolfgang Voigt alias Gas, en couverture du très pointu magazine britannique The Wire à l'occasion de la réédition par Kompakt de l'intégralité de son œuvre sous ce pseudonyme.

 

Rappelons que Gas forme un des plus ambitieux, énigmatique et magistral projet techno de la fin du siècle dernier. Créé à partir de samples infiniment retravaillés de musique classique et orchestrale allemande sur une base rythmique filtrée downtempo, la musique de Gas est un voyage enivrant au cœur de la mythologie musicale austro-allemande. Voigt, qui a produit une quantité vertigineuse de musique sous d'innombrables pseudonymes, ne s'est jamais caché de vouloir rendre hommage aux grands compositeurs classique de son pays. Lui qui explora les paysages arides de la véritable techno minimal avec son projet Studio 1, lui qui a touché à l'electro-pop matinée de glam rock avec M:I:5 et Wassermann, signa entre 1995 et 2000, une série de pièces maîtresses de la techno contemporaine, l'imposant comme un artistique définitif.

 

Initialement publié sur le mythique label Mille Plateaux au milieu des 90's, les quatres albums de Gas, l'éponyme Gas, Zauberberg, Konigsforst et Pop, initialement épuisés, sont aujourd'hui de nouveau trouvable sur Kompakt. Réunis dans un coffret de quatre CD sous le titre « Gas - Nah un Fern », l'ensemble est accompagné d'un luxueux livret, ainsi que d'une version limitée double vinyle, décorée d'une pochette unique qui va permettre à une nouvelle génération d'auditeurs de se perdre, elle aussi, dans les forêts imaginaires et psychédéliques de Voigt et cela méritait bien une couverture de The Wire.

 

Les 4 CD de Nah un Fern paraîtront sur Kompakt le 26 Mai prochain.


Albums cultes des géants du bizarre #39 : White Noise – An Electric Storm

Posté par Maxence le 12.05.08 à 09:50 | tags : électro, pionnier, culte et bizarre, psychédélique

1968 ne manque certes pas d'albums cultes et bizarres. L'année psychédélique et révolutionnaire fut en effet prolixe en musique azimutée et An Electric Storm de White Noise fait certainement partie du peloton de tête en la matière. White Noise c‘est d'abord la rencontre incongrue de David Vorhaus, spécialiste américain de l'acoustique, de formation technique et musicale, avec les britanniques Brian Hodgson et Delia Derbyshire, tous deux bruiteurs et compositeurs électroniques pour la BBC.

 

Avec An Electric Storm ces trois bricoleurs de génie sont à l'origine d'une pop inouïe, qui doit autant aux divagations psychédéliques du early Pink Floyd, au free rock de Soft Machine, au Sergent Pepper's des Beatles et à l'Odessey And Oracle des Zombies, qu'aux expériences de la musique concrète française et de la musique électronique allemande et américaine des années 50. De l'innocence de "Love Without Sound" qui ouvre le disque, aux lugubres "The Visitation" et "The Black Mass : An Electric Storm in Hell" qui le clôturent, en passant par la bande son pour film porno arty de "My Game of Loving", la fanfare dadaïste de dessin animé de "Here Come The Fleas" ou la comptine acide de "Firebird", An Electric Storm est une saga épique et cosmique, à base de bandes trafiquées, de sons et de bruit réels enregistrés live, de manipulations acoustiques et de bidouillages électroniques pour un album qui a la particularité (entre autre) d'user du premier synthétiseur anglais, le désormais mythique EMS Synthi VCS3.

 

Pièce maîtresse de la musique des 60's, White Noise compose une symphonie électrique donc, un pandémonium électronique même, qui voit se confronter les envolées vocales éthérées de Delia Derbyshire et l'océan infini des sons générés en studio ("Your Hidden Dreams"), précédent en cela de près de 40 ans, les producteurs électroniques et pop actuels, le tout dans l'incompréhension quasi-totale du public de l'époque bien sûr. On se demande d'ailleurs encore ce qui poussa le patron et fondateur d'Island, Chris Blackwell, à signer cet ovni sonore difficilement identifié ? Reste qu'avec An Electric Storm, les trois de White Noise ne feront rien de moins que de vulgariser la musique électronique et ses techniques, les rendant ainsi accessible à la pop pour toutes les générations à venir. Ainsi, on verra Pram, mais aussi le Spacemen 3's Sonic Boom, Adn To X, l'échevelé gourou du bizarre Julian Cope, Delia Gonzales & Gavin Russom (DFA), le duo Air ou plus récemment, Portishead, se revendiquer de l'influence incontournable de cet album extra-terrestre.

 

Dès le deuxième album, le groupe se sépare et devient le projet solo de David Vorhaus. Celui-ci composera une série d'album sous le nom de White Noise, tous numérotés de 2 à 5 (et même 5.5 en 2006, mais tous d'un intérêt moindre comparé au chez d'œuvre précurseur que fut An Electric Storm. Brian Hodgson, lui, continuera son travail à la BBC au côté de Delia, et produira quelques albums (dont ceux de Fleetwood Mac). De son côté, Delia Derbyshire deviendra la muse de toute une génération. Elle produira également de nombreuses oeuvres pour le BBC Radiophonic Workshop et apparaîtra en guest, aux côtés d'artistes allumés comme Sonic Boom (Spacemen 3, Spectrum) tandis que son nom servira même de titres à de nombreux morceaux hommages. Elle est toujours active aujourd'hui.

 

White Noise - An Electric Storm (Island, 1968)


1968 : Albums cultes des géants du bizarre #38 : Silver Apples - Silver Apples

Posté par Maxence le 01.05.08 à 16:41 | tags : pop, culte et bizarre, électro, pionnier

Le voici enfin chroniqué parmi les albums cultes des géants du bizarre, ce premier album des Silver Apples (non pas que le second soit moins bon, mais Silver Apples l'éponyme, est bel est bien l'acte de naissance d'un duo qui, s'il ne s'exprima pas sur le long terme, marqua malgré lui l'histoire de la musique de ces 40 dernières années). Et oui, c'est en 1968 que ce disque mythique atterrit littéralement sur la planète terre. Une planète chamboulée, du nord au sud, par les émeutes et les revendications d'une jeunesse frustrée et en colère. Non pas que cela se sente vraiment sur Silver Apples, mais disons que la musique du duo formé à New York par le batteur et percussionniste Danny Taylor et le chanteur Simeon, n'est pas non plus exempte de vibrations telluriques comparables à celles qui agitent la stratosphère cette année-là.

 

Pour preuve, le premier titre "Oscillations", est un véritable manifeste de ce qu'est Silver Apples, soit : un percussionniste au jeu à la fois souple et métronomique, et une batterie d'oscillateurs justement, ces ancêtres de synthétiseurs modulaires composés de multiples "plug-in" à la différence près qu'à l'époque les "patch" et autres "effets" étaient des boîtiers connectés à part sur la machine principale et non pas, dans le programme comme aujourd'hui. Silver Apples c'est l'union improbable de l'esprit hippie, pattes d'eph' et cheveux longs, avec les expériences électroniques et psychédéliques héritées des pionniers de l'electroacoustique comme Morton Subotnick (entre autre), dont le nom du duo s'inspire d'ailleurs pleinement puisqu'il reprend le titre d'une de ses plus fameuses composition : "Silver Apples of The Moon". En 1968, Danny Taylor et Simeon sont donc à l'origine d'une musique inouïe, une electro-pop d'avant l'electro-pop, une série de comptines électroniques bourdonnantes et merveilleusement extra-terrestres, à la fois musique des sphères et transe chamanique pour nomades urbains.

 

On retrouve chez Silver Apples, l'innocence des pionniers et des grands illuminés. D'ailleurs, l'album sombrera rapidement dans les oubliettes de l'histoire, trop bizarre pour son époque. Mais c'était compter sans les fouineurs de bacs à disques, les infatigables gravediggers, qui exhumèrent les perles qu'était "Velvet Cave", "Dancing Gods", "Dust" et plus tard sur Contact, le deuxième album, "A Pox On You" ou "I Have Known Love". Aujourd'hui, 40 ans après sa parution, Silver Apples est plus que jamais entré dans le patrimoine pop mondial. Cité par les membres d'Animal Collective (dont les comptines hystériques doivent beaucoup au duo) comme une influence majeure, Silver Apples influença également Laïka, Suicide, Spacemen 3, Moonshake, Portishead, Zombie Zombie, Boom Bip, et j'en passe. En 1998, le duo sort de l'ombre, en partie grâce à tous ces groupes, et sort deux albums, Decatur (un long morceau de 42 minutes) et The Garden récemment réédité chez Bully Records, le label du rappeur canadien expérimental Sixtoo. Aujourd'hui le projet continue en solo puisque Dan Taylor est mort en 2005, même si Simeon, toujours vert après un léger accident cardiaque, se fait momentanément accompagner d'un nouvel acolyte en la personne de Xian Hawkins. Papi Simeon collabore avec Sonic Boom sur son projet Spectrum et tourne dans le monde entier (comme on a pu le voir il y a peu à Paris), vérifiant l'adage selon lequel, décidément, c'est dans les vieilles converse qu'on fait les meilleurs soupes.

 

Silver Apples - Silver Apples (Kapp Records, 1968)

Silver Apples sur Youtube


Le Tibet n'a pas la primeure des moines révoltés

Posté par Maxence le 24.04.08 à 18:04 | tags : pionnier, rock, youtube, rigolo

Ils furent l'un des plus influents groupes underground des années 60 en Allemagne, et pourtant ils étaient américains ! Si les Beatles furent un electrochoc pour les Allemands, The Monks eux, sont devenus une légende du rock sans qui le Krautrock n'aurait certainement pas existé. Créé par cinq GI's stationnés sur une base allemande, The Monks s'opposait à la guerre du Vietnam (comme à la guerre tout court d'ailleurs) avec un humour qui frisait l'hystérie. On peut en écouter le témoignage sonore sur l'album Black Monks Time (le seul à ce jour). Brièvement reformé en 2006, le groupe s'est aussi vu anobli par l'intelligentsia indé l'année dernière sur une double compilation hommage mélangeant aussi bien des artistes rock que des producteurs electros (voir notre chronique). Un petit coup d'œil sur youtube à leur vidéo endiablées, ainsi qu'un passage sur leur site est certainement bénéfique aujourd'hui, surtout à l'heure du grand n'importe quoi crossover et du "retour du rock qui est mort". Enjoy !

 

D'autres vidéos sont disponibles ici.


Construire soi-même son synthétiseur analogique

Posté par Maxence le 15.04.08 à 18:24 | tags : électro, rigolo, pionnier

Oui je sais, le titre de ce post est alléchant et laisse rêveur et vous allez me dire que la réalité est un peu plus prosaïque. En effet, il ne s'agit nullement de construire son propre synthétiseur vintage analogique (Waldorf Astoria, Moog Voyager ou autre Moog Modular) soi-même, mais d'en fabriquer une réplique rigolote en carton.

 

C'est la nouvelle folie des geeks et des collectionneurs voyez-vous. Certains plans sont distribués gratuitement sur le net, d'autres encore sont carrément payants, tellement l'engouement pour ce loisir puéril mais éminemment sympathique prend de l'ampleur sur le net. La référence en la matière reste certainement l'excellent blog Matrixsynth, qui propose des images des réalisations d'artistes ou d'anonyme. On retrouve l'émulateur EMS de Meat Beat Manifesto, ou le Doepfer Modular (pour connaisseur), le Moog Acid, etc, seuls, ou mis en situation comme ici, avec de petits personnages.

 

 

Totalement inutile, voir régressif, mais mignon tout plein, la maquette de synthé vintage fait ressurgir le grand enfant en nous. Et ça marche aussi pour les ordinateurs de l'âge d'or de l'informatique (voir ce magnifique Commodore Pet 2001).

 


Tom Vek, pionnier malgré lui

Posté par Maxence le 10.04.08 à 14:45 | tags : électro, rock, disco, dailymotion, pionnier

Qui se souvient de Tom Vek ? Ce jeune producteur originaire de Londres et dont les compositions crossover mêlaient allègrement punk et funk, electro et rock, pop et disco lo-fi. A priori pas grand monde. C'est dommage, parce qu'aujourd'hui, de Hot Chip à Neon neon, en passant par MGMT, Glass Candy, Midnight Juggernauts, Chromatics, Yacht ou Cut Copy, tout le monde fait du Tom Vek. Alors bien sûr, pas question ici de verser dans le "c'était mieux avant", mais juste de rappeler à quel point il est parfois dommageable pour un artiste d'avoir dix ans d'avance sur tout le monde (Trax "canal historique" ne s'était pas trompé et l'avait mit en couv' du mag à l'époque).

Et ce n'est pas Helmut Geier, alias DJ Hell de Gigolo Records qui nous dira le contraire, lui qu'on accuse d'arriver après la bataille avec son fabuleux mix italo disco alors qu'il est clairement l'inventeur du mélange de new wave et de techno que d'aucun (à Paris comme à New York) nommèrent electroclash.

Allez, juste histoire de se rafraîchir la mémoire et de rendre à César ce qui lui appartient, je vous propose de mater la petite vidéo de "Nothing But Green Lights" le titre le plus disco de l'album We Have Sound de Tom Vek l'oublié. Hot Chip ? Vous êtes toujours là ??

 

 

 



Biosphere : Geir Jenssen pionnier du voyage intérieur

Posté par Maxence le 08.01.08 à 17:39 | tags : électro, ambient, pionnier

L'année 2008 commence bien. Une flopée de nouveautés alléchantes (Justus Köhncke, Hot Chip, Neon neon, Zombie Zombie, etc.) et des rééditions croustillantes à la pelle, bref de quoi s'occuper durant les longs mois d'hiver. Commençons par les travaux du Suédois Geir Jenssen sous le nom de Biosphere. De 1991 à aujourd'hui Jenssen produit sous le nom de Biosphere des pièces si singulières que certaines n'ont pas pris une ride malgré les 13 ans qui nous séparent de leur création. Réédités aujourd'hui chez Beat Service, Microgravity, Patashnik et Insomnia sont d'ailleurs symboliques de toute une époque, celle des prémices de l'electronica, quand les compositions entièrement synthétiques d'artistes comme The Black Dog, Bola, Autechre ou B12 faisaient encore rêver. Initialement parus sur Apollo, sub-label ambient du mythique label belge R&S fondé par Renaat Vandepapeliere & Sabine Maes, Microgravity, Patashnik et Insomnia sont l'occasion de découvrir une nouvelle fois l'art de Jenssen, ses nébulosités (é)mouvantes, ses tempêtes au ralenti, son univers unique en constante expansion. Un art souvent imité (voir la série Pop Ambient de Kompakt dont nous parlerons bientôt) mais rarement égalé.

 

Au cours d'un long voyage immobile dans les grands espaces - espaces géographiques (l'arctique avec Cirque) ou espaces intérieurs (Insomnia), quand ce n'est pas l'espace profond (Microgravity aujourd'hui, Dropsond en 2006) - ce pionnier de l'ambient suédois déroule ses obsessions : Les terres désolées, le mythe de la conquête spatiale soviétique (Patashnik) et les interstices labyrinthiques de l'inconscient (Insomnia). Sur ces trois disques on retrouve ses mélodies ambients tellement belles et élémentaires (la plupart du temps de simples nappes) qu'elles donnent tout bonnement envie de pleurer (l'éponyme "Microgravity", "Cloudwalker II", "Cygnus-A" sur Microgravity, "Phantasm", "Startoucher", "Decryption" sur Patashnik). Notez qu'avec Jenssen, ambient ne veut jamais dire ennui; le producteur est aussi capable de morceaux plus enlevés flirtant avec une techno au ralenti (au hasard "Baby Satellite", "The Fairy Tale" sur Microgravity, la cavalcade dans le grand nord de "Novlety Waves" ou "Seti Project" sur Patashnik). L'ajout de voix sur la plupart de ses morceaux enregistrés entre 1992 et 1994 évoque l'influence qu'avait encore la musique industrielle sur l'électro du début des 90's. La rythmique downtempo quant à elle rappel les apports du dub, un courant omniprésent dans le vocabulaire musicale de l'époque (voir "The Shield" sur Patashnik, par exemple). Par la suite, ses travaux tendront vers l'épure, pour ne pas dire le minimalisme. Avec Insomnia, B.O. du film du même nom, sa musique sonne à la fois plus abstraite et apaisé.

 

La réédition de ses trois disques précieux est justement occasion de constater l'évolution des travaux au fil du temps, d'une techno éthérée (Microgravity) à la musique répétitive (Patashnik) puis à l'ambient immobile des moments en suspend d'Insomnia. Aujourd'hui, Geir Jenssen s'adonne sous son nom propre à la création de pièces electroacoustiques, voir concrètes, à base de field recordings (enregistrement de sons "naturels" in situ), généralement sur le très pointu label Touch, également responsable de la réédition du magnifique Cirque en 2006.

 

Biosphère - Microgravity, Patashnik et Insomnia (Beat Service/La Baleine)


Celui par qui tout à commencé, ce soir au Batofar !

Posté par Maxence le 13.12.07 à 11:24 | tags : agenda, électro, techno, pionnier

Dans le cadre des soirées Technorama, le Batofar accueille ni plus ni moins que le pionnier des pionniers : JUAN ATKINS (Metroplex, R&S, Tresor - Detroit) accompagné de DJ JEE (Technorama, Tsugi, Topplers - Paris) et OXYD (Technorama, Triangle Fm - Paris) et c'est CE SOIR (21h à l'aube / Entrée : 12€ & 10€ avant 22h) !

 

Technorama est de retour au Batofar et reçoit l'une des légendes de la musique électronique Américaine. Né en 1962 à Detroit, Juan Atkins est l'un des pères fondateurs de l'électro aux côtés de Derrick May et Kevin Saunderson. Bercé aussi bien par les productions de Funkadelic ou Parliament que par les groupes européens de pop synthétique comme Kraftwerk, Telex ou Devo, Juan a parfaitement su digérer ses influences qu'il retranscrit à merveille dans ses émissions de radio et dans ses sets. On le retrouve en tant que producteur sous les pseudos de Infiniti, Model 500, et sur les projets Cybotron, X-Ray ou Frequency. Son escale à Paris nous promet deux heures de dj set mémorable. Il sera accompagné par les dj's du collectif Technorama, à savoir Dj Jee et Oxyd. Enjoy tonight !

 

More infos & mailing list :
http://www.myspace.com/technoramaparties
www.myspace.com/68657561 - www.myspace.com/djjee
http://www.myspace.com/oxyd313




Jean-Jacques Perrey & Luke Vibert : Two Men on the Moog

Posté par Maxence le 18.09.07 à 18:10 | tags : label, pionnier, électro

Des jingles radio-télévisés aux disques electro-pop légendaires, le Français Jean-Jacques Perrey est l'exemple même de la personnalité humble et singulière qui réunit dans un même élan enthousiasme pop naïf et musique électronique expérimentale. Presque 60 ans après ses débuts (il a aujourd'hui 78 ans !), son nom est toujours synonyme d'easy listening rigolote et de 60's retro-futuristes. On pense au Moog bien sûr et à l'ORTF, à "Pop-Corn", "EVA", "Le vol du bourdon", mais aussi à l'Ondioline dont il fut le représentant et plus prêt de nous à Air, DJ Premier, Fatboy Slim ou Roudoudou, autant de références à mettre à son actif, autant de jalons dans une carrière bien remplie. De l'autre côté, nous avons Luke Vibert, aka Amen Andrews, Wagon Christ, Plug, Kerrier District et j'en passe, mythique producteur electronica, génial scientist du break beat taré, exégète acid house, un type qui côtoie avec la même décontraction Jeremy Simmonds (alias Voafose, que nous avions chroniqué dans nos pages), Aphex Twin ou... Jean-Jacques Perrey justement ! Des activités dispersées sur des labels aussi variés et respectés que Rephlex, Astralwerks, Ninja Tune ou Warp (vous avez vu, je vous fais la promo là, hein ?) Quant au label Lo Recordings, il fait sa part depuis un moment, en proposant un catalogue d'artistes indépendants, souvent hors-normes et toujours passionnants (The Chap, Barry 7...) et propose son lot de collaborations surprenantes, comme les versions dub de Black Devil Disco Club dont nous vous parlions cet été, ou ce Moog Acid, aboutissement de quelques années de collaboration sous forme d'une poignée de maxis entre le Français et le Gallois.

 

A une époque où pop électronique, genre "cache cœur naïf" et electronica fusionnent de plus belle, réunir ces deux grands fondus du son analogique semblait logique, si ce n'est indispensable, au moins dans une optique pédagogique et historique destinée aux jeunes générations d'ignorants qui hantent le net aujourd'hui. De plus Moog Acid nous rappelle que de tous les pionniers français de l'électronique (ce qui allait devenir la concrète, l'acousmatique et l'électroacoustique) J.J. Perrey est le seul à avoir su développer les délicieuses petites mélodies acidulées qu'on lui connaît, et surtout à avoir su capter comme personne (hormis peut-être Pierre Henry en mode "pop" un peu plus poussif) l'ère du temps psychédélique et futuriste qui allait de tout temps animer ces musiques. C'était déjà le cas de "Pop Corn", composé en compagnie de son ami Gershon Kingsley, qui fut le premier titre électro à entrer dans l'histoire des hits interplanétaires, ça l'est encore aujourd'hui quand il accouche d'une pure merveille de sucre candi filé en apesanteur comme cet "Analog Generique" vibrionnant de pulsations Vibertiennes que ne renieraient ni Plaid, ni AFX. Ça l'est toujours quand ils pondent ensemble le manifeste artistique gentiment naïf "Vision for the Future", ou les hip hop electros "You Moog Me", "Dream 106" qui rappellent l'importance que les edits de Perrey ont eu sur cette scène, sans oublier les downtempo "Ye Old Beatbox" et l'électronique funky de "Messy Hop". Evidemment, "Frere Jacques" ou "JJPLLVDNB", deux tracks ludique en mode bébé-roue-libre régressif sont moins convainquants, mais l'enfance et son univers ludique font aussi partie des délires récurrents du Français, poussés qui plus est par un Vibert qui n'est jamais en reste quand il s'agit d'exploiter son tempérament de grand gamin. L'enfance de l'art en quelque sorte.

 

Jean-Jacques Perrey & Luke Vibert present Moog Acid (Lo Recording/La Baleine, septembre 2007)

 

A noter que l'intégralité de l'album est en écoute libre sur la page d'accueil du label Lo Recordings.


Dopplereffekt : l'électro à géométrie variable

Posté par Maxence le 25.07.07 à 18:47 | tags : électro, contemporaine, pionnier

Gerald Donald principal activiste de Dopplereffekt est un petit rigolo. Ok, on vous dira qu'il existe d'autres membres de cette étrange, et surtout mystérieuse entité, mais n'en tenez pas compte. De toute façon ne tenez compte de rien concernant Dopplereffekt. Né à Detroit dans le sillage d'autres mythologiques bestioles polymorphes et sans visages comme Drexciya ou le collectif U.R., Dopplereffekt et ses membres respectent à la lettre le dogme techno des origines qui veut que tout producteur, musicien, DJ, garde l'anonymat le plus total. On sait pourtant que sous ce pseudonyme aux consonances scientifiques (l'effet doppler, tout simplement) se cache le plus souvent le fameux Gerald Donald plus haut cité. C'est lui qui répond (ou pas, plus souvent pas) aux interviews, c'est lui (?) que l'on voit dans les clips du "groupe" etc...

Profondément impliqué dans le champ de la recherche et de la hard science contemporaine, aussi bien que dans celui de l'activisme politique et scientifique, Gerald Donald a toujours eu à coeur de traduire dans une musique complètement instrumentale (ou presque) les théories scientifiques les plus ardues et avant-gardiste. Une passion qu'il partage à égale mesure (et ce n'est pas le moindre des paradoxes cultivés par ces artistes afro-américains, voir Kool Keith, Lee Perry, etc...) avec le sexe bizarre et/ou extrême (on se souvient du "I wanna be a porno star" plus que souvent joué par tous les DJ de la planète) ainsi que la science-fiction la plus débridée. On lui doit, entre autre, les théories qui accompagnaient son magnifique projet electro-ambient Arpanet, où il annonçait dans un titre d'ouverture d'anthologie (un mantra electronica vocoderisé captivant) et avec 5 ans d'avance, que les technologies sans fil seraient bientôt le vecteur de diffusion numéro un des technologies de l'information. Dopplereffekt aime également parer ses productions de titres scientifiquement évocateurs comme "Cellular Phone", "Linear Accelerator", "Infophysix", une tendance qu'il mixe avec celle des brûlots politiques les plus revendicatifs (voir Fascist State, carrément, le premier album de Dopplereffekt).

Ainsi un titre comme Calabi Yau Spaces n'est pas gratuit. Pour faire court disons que "l'espace de Calabi Yau" est un terme décrivant une variété mathématique utilisée dans divers domaines, dont la géométrie algébrique et la physique quantique (notamment en physique théorique dans l'élaboration de la théorie des supercordes, soit l'une des voies actuelles, envisagées pour régler une des questions majeures de la physique théorique : "comment fournir une description de la gravité quantique en unifiant la mécanique quantique et de la théorie de la relativité générale ?"). Cette théorie est utile pour calculer, la surface, la longueur, la largeur, bref l'espace, d'un tore à multiple points d'interception. Vous savez, ces formes géométriques repliées sur elles-mêmes, et qui selon nos scientifiques, seraient l'image même de notre univers imbriqué avec d'autres univers parallèles. Vous suivez toujours ? Tout cela donne une petite idée des obsessions du bonhomme. Et la musique dans tout ça me direz-vous ? Et bien justement, elle répond parfaitement à ces théories, du moins par ses ambiances et la structure en tore complexe de ses compositions. De fait, les morceaux de Dopplereffekt sont de parfais petits espaces de Calabi Yau. Ses compositions s'enroulent sur elles-mêmes, cliquetantes et vibrantes, partent dans un sens puis dans un autre en se retournant comme une chaussette, imprévisibles, certainement indansables mais fascinantes. On est loin, loin, de la techno ici. Plus proche de l'electronica d'Arpanet ou des compositions abstraites des pionniers de la musique concrète ou de l'ambient. Le tout se déroule dans une impression d'infinitude quasi magique, nous donnant l'impression d'appréhender le vide inconnaissable du cosmos et les mystères physiques de l'univers. Somptueux.

Dopplereffekt - Calabi Yau Spaces (Rephlex/La Baleine, juillet 2007)


Black Devil in Dub : les fantôme du disco club

Posté par Maxence le 20.07.07 à 18:51 | tags : pionnier, myspace, dub, électro, disco

Aujourd'hui plus de mystère, Black Devil Disco Club n'est autre que le Français Bernard Fèvre (parfois accompagné de Jackie Giordano). Cela n'enlève rien au charme de l'œuvre, gentiment kitsch du français, ni au plaisir de redécouvrir 30 ans après ses pitreries hippie-disco (voir l'hilarant mais émouvant aussi, "I Regret the Flower-power"), ses mélodies rythmées par les "tzzzi tzzzi" qu'on imagine tout droit sortis de pistolets laser au design improbable, les "too-doodoo-woop !" des choeurs et des vagues de synthé planantes dignes de la B.O. de Cosmos 1999. Nous ne sommes pas les seuls d'ailleurs puisque Lo Recordings, label anglais spécialisé dans les confrontations de pionniers et d'outsiders de la pop et de l'électro (on annonce un Luke Vibert vs Jean-Jacques Perrey pour bientôt !) sortait en juin dernier les versions dub et club du fameux disco club de Black Devil.

Les amateurs, mais aussi les autres, retrouveront avec plaisir les "tubes" de l'album précédent, revus et corrigés par les gourous du nu-növo-néo-mutant, italo et space disco, In Flagranti, Prins Thomas, Quiet Village, Unit 4 ou Elite Technique. Ceux qui avaient trippé sur les déferlantes synthétiques de VCS-3 Putney, de Roland System 100 et autres Korg ou Moog millésimés, auront les genoux qui tremblent en découvrant ce nouveau joyau surtout qu'il est augmenté de versions dub (forcément, qui dit "version"...). Du coup, Black Devil in Dub sonne un peu comme si Arthur Russell rencontrait King Tubby dans un dancehall fantôme. Sur cet album, l'équation old technology + new technology = future roots, est la parfaite illustration de ce que le dub a toujours eu de moderne dans son archaïsme. D'ailleurs, à une époque over-technologique, il est toujours aussi paradoxal de constater que l'un des courants musicaux parmi le plus dynamique du 21ième siècle soit issu d'une technologie aussi vétuste. Aujourd'hui tout le monde sait que les studios jamaïcains des années 70, tel le mythique Black Ark de Lee Perry par exemple, étaient bricolés de bric et de broc. Ce n'est un mystère pour personne, non plus, que les premiers dub furent le fruit des erreurs des producteurs un brin enfumés, plutôt que de ceux d'un savant travail de studio. Mais cet esprit aventurier au cœur des machines, au sein du studio, est justement ce qui unit le dub et le disco. Sans le savoir, les deux genres partagent de nombreux points communs. L'allongement de la durée, la perte de repère spatial et temporel, la dictature masochiste et jouissive du groove répétitif qui entraîne les danseurs dans la transe... Autant de critères recherchés conjointement par les artistes du disco et du dub jamaïcains. Logiquement (et joliment) ficelé ici dans des morceaux comme "An Other Skin", "Coach Me" ou "On Just Foot", le dub habille, ou plutôt hante, le disco club de Bernard Fèvre de ses échos à la fois lascif et démoniaques, tout en lui offrant un supplément "d'inquiétante étrangeté". Délicieux.

L'album est entièrement proposé à l'écoute sur la page d'acceuil de Lo Recordings.

Black Devil Disco Club - In Dub (Lo Recordings/La Baleine)


Jazzanova : Mutant Disco Computer Incarnation

Posté par Maxence le 07.04.07 à 11:10 | tags : électro, pionnier, disco

Un mix "mutant disco" coordonné par Jazzanova, bien sûr, ça ne sonne pas comme la même chose par James Murphy (LCD Soundsystem) ou Trevor Jackson (Playgroup). Moins punk et plus funk, la sélection d'Alex Barck (du collectif Jazzanova) et Gerd Janson (Running Back Records) fait la part belle à cette world music dégénérée des années 1981-1982, celle qui, à peine sortie de la new wave s'acoquinait déjà avec le rythme et la danse par le biais des expériences mondialistes de Brian Eno, de Malcolm Mclaren et du Remain In Light de Talking Heads. Les préférences sonores de Jazzanova amènent tout naturellement Barck et Janson à privilégier une approche mélodique et polyrythmique. Computer Incarnation For World Peace est donc plus proche des envolées mystico-transey d'Arthur Russel et de son violoncelle disco planant, que de l'ethno-punk industriel de Cabaret Voltaire. Si vous préférez, ce mix c'est un peu "Grace Jones contre Nina Hagen". De la new wave, il a la froideur, des balbutiements de la world, il garde l'hédonisme et le groove. La sélection est d'ailleurs sous-titrée "Soulful New Wave et Dubby Rock", ce qui illustre particulièrement bien le propos.

Quant à la feuille d'infos, elle indique qu'Alex Barck et Gerd Janson alignent une série de joyaux pop synthétique qui sonnent autant organique qu'électronique, et c'est bien de cela dont il s'agit. Dès l'intro de Codek, ses percussions tribales à la boite à rythme, sa basse new wave, ses cordes synthétiques, l'auditeur plonge dans ce qui faisait la musique des années 80, âge d'or de la production via les premiers sampleurs et les nouvelles technologies de créations musicales. Une excitation particulièrement palpable dans des morceaux atmosphériques comme le splendide "I Need Someone To Love Tonight" de Sylvester, "Reach the Beach" de The Fixx ou "Heartbeat" de Colored Music. Là, synthétiseurs et instruments (basses, guitares, cuivres, piano free sur "Heartbeat") se répondent à l'unisson ou encore jamment de concert à la manière du jazz fusion et du funk. On comprend mieux alors, la fascination d'Alex Barck de Jazzanova pour cette époque où feeling noir et musique blanche se rejoignaient, lui qui est plus couramment porté sur le groove chaleureux des musiques africaines et sud-américaines. Reste que pour les puristes comme pour les novices, cet album est un vrai bonheur. D'autant que la plupart des protagonistes nous sont totalement inconnus et auraient certainement rejoint les limbes de l'histoire de la musique sans cette excellente petite galette. Rendez-vous le site de Sonar Kollektiv, où vous pourrez écouter l'intégralité de ce mix en streaming. Avis aux amateurs.

Jazzanova - Computer Incarnation For World Peace (Sonar Kollektiv/Nocturne, avril 2007)


Voafose : Muzak Concrete

Posté par Maxence le 05.03.07 à 18:29 | tags : contemporaine, pionnier, électro

L'electronica doit beaucoup à la musique concrète des années 50, ainsi qu'à la musique électronique de la même époque. En gros, deux écoles : d'un côté le fondateur de la musique, Pierre Schaeffer, de l'autre le chantre de l'électronique allemand, Karlheinz Stockhausen. Pour développer disons que le théoricien, écrivain et compositeur français Pierre Schaeffer, fondent le Groupe de Recherches de Musique Concrète en 1948. Au début simple studio d'enregistrement radiophonique, le groupe participera activement au développement d'une nouvelle forme de musique : la musique dite "concrète" qu'il renommera plus tard musique "électro-accoustique" avec la naissance du Groupe de Recherches Musicales (le fameux GRM). De son côté, et quasi-simultanément, Stockhausen, élève d'Olivier Messiaen et de Darius Milhaud, participe à la fondation du "Studio de musique électronique expérimentale" de la Radio ouest-allemande, la Westdeutscher Rundfunk de Cologne. Ces évènements marquaient le début de ce que nous connaissons aujourd'hui sous le terme générique de "musiques électroniques" (au pluriel, comme vous l'avez certainement déjà constaté, ces musiques, techniques et esthétiques étant multiples).

Or, malgré des filiations évidentes aujourd'hui, il y a un monde entre les pièces radiophoniques et l'électroacoustiques des années 50/60, et les compositions abstraites de l'electronica contemporaine d'Autechre, Arovane, Aphex Twin et consorts. Un "océan de sons" que Jeremy Simmonds aka Voafose explore depuis 20 ans. Pour mémoire, Rephlex réédite ces jours-ci une sélection d'archives sonores de ce maître spirituel de Luke Vibert et d'Aphex Twin. Il s'agit là de plusieurs années de travaux dans lesquels la dimension vibratoire d'une electronica bardée d'ondes électromagnétiques est soumise à l'exigence des expériences de Simmonds. Une architecture sonore donc, composée de courtes pièces délicatement instables, baignées de textures issues de bandes magnétiques de récupération, de boucles de moog modular et de dialogues manipulés, dans une ambiance "psychiatrique", comme aime le souligner le compositeur. Etrangement proche, l'univers de Voafose est totalement intemporel. De la poésie sonore en somme. Proche des travaux acousmatiques de Bernard Parmegianiou Christian Zanési. De la "Muzak Concrete", selon le terme employé pour désigner la "musique au mètre" des années 70, avec laquelle Voafose ose un malicieux parallèle, et voit une pratique cousine et ancestrale de ce que les technologies du XXe et du XXIe siècles ont rendu possible en matière d'édition musicale.

Voafose - s/t (Rephlex/La Baleine)


Simon Reynolds "déchire tout" (comme disent les jeunes)

Posté par Maxence le 12.02.07 à 19:15 | tags : à lire, pionnier, électro, punk

Si la certitude d'un futur inexistant dominé par un chômage endémique, la frustration et l'ennui poussait le punk à tout détruire comme l'affirmait le slogan "no future", le post-punk lui, souhaitait reconstruire sur de nouvelles bases. C'est en substance le message de Simon Reynolds dans son livre Rip it Up and Start Again ("Déchire tout et recommence", emprunté au groupe écossais Joseph K). Il faut certainement chercher dans ce besoin d'émancipation, les raisons de l'attachement profond des formations de cette époque pour l'improvisation, la technologie et le bruit. Un besoin de sortir du carcan du rock'n'roll, qu'il soit rapide et mal joué (le punk) ou pompier (le rock progressif), qui explique, selon Reynolds, les constantes innovations dont firent preuve ces années 1978-1984 explorés par le critique anglais. Alors que le punk rock ne proposait qu'une version accéléré et garage du rock'n'roll, revenant ainsi à ces origines, les formations post-punk n'avaient pas peur d'utiliser les technologies naissantes misent à leur disposition, synthétiseurs, matériel d'enregistrement enfin abordable et premiers micro-ordinateurs. C'est à ce titre que Reynolds prend l'exemple de l'emblématique scène de Sheffield qui ne comptait, selon Phil Oakey, leader de Human League, "pas un seul punk". Les groupes de Sheffield, comme une majorité de formations post-punk, préféraient faire confiance aux machines, même s'ils en usaient d'une façon extrêmement primitive. Human League première période était loin du situationnisme outrancier ou de l'héroïsme fade de ce qui allait devenir la synth-pop des 80's. Leur musique sombre, joué au clavier "avec un doigt", influencée par la science-fiction glaciale de J. G. Ballard et par les transgressions de William Burroughs, n'avait qu'une raison d'être : démolir les clichés du rock d'alors (ainsi que ceux du punk). Reynolds signale par ailleurs ce radicalisme quasi-puritain chez de nombreux groupes de l'époque, de Throbbing Gristle à Coil, en passant par PiL, Devo, DAF, Suicide, Gary Numan, OMD, Ultravox, John Foxx et bien sûr toute la scène mutante disco, les labels ZE et 99 Records. Un âge d'or que Reynolds passe en revue de manière exhaustive dans un pavé de plus de 600 pages dont la traduction était plus qu'attendue. Rip it Up présente l'occasion inespérée de (re)plonger dans une époque où, synth-pop, funk mutant, disco-punk, punk-dub, new wave et industriel cheminaient de concert, accouchant des projets les plus fous dans une diversité de son et d'idées rarement égalée, si ce n'est justement, par le foisonnement des formes et des arts issus des musiques électroniques et du multimédia, dont les artistes post-punk furent sans aucun doute les annonciateurs. On sait maintenant, combien l'influence de cette scène à l'esthétique pré-industrielle, mêlé au rythme disco, fut importante dans la fondation des musiques électroniques actuelles. Elle le fut en tout cas dans la naissance de Cybotron, le premier projet de Juan Atkins, fondateur de la techno de Detroit, aux côtés de Kevin Sauderson et Derrick May. Avec cette véritable bible post-punk Simon Reynolds établit un vaste panorama de la création musicale de 1978 à 1984. Une époque où de nouvelles règles fleurissaient sur les cendres du punk, tandis que l'influence conjuguée du disco, des rythmes robotiques du rock allemand et de la musique industrielle préfigurait la techno. Indispensable !

Simon Reynolds - Rip it Up and Start Again (Allia)


Techno des origines, pt.10 : Sylvester, disco make me feel...

Posté par Maxence le 10.02.07 à 05:07 | tags : électro, pionnier, disco

... mighty real ! Culture et expression de la communauté gay noire américaine de New York au début des années 70, le disco n'est pas cette musique mercantile, dénué d'âme et de sens que beaucoup ont voulu voir. Effrayés par un genre qui leur volait la vedette (rappelons que le rock d'alors était dominé par les dinosaures, le punk n'était même pas né) les critiques rocks ont souvent voulu résumer le disco à un hédonisme creux, en opposition à un rock radicalement engagé dans la société de l'époque et ses conflits (guerre du Vietnam, revendication des droits civiques des afros-américains, lutte pour le féminisme, etc.) C'est oublier que la communauté qui a vu naître cette musique a elle aussi supporté sa part de discrimination et de violence. Le disco est né à New York, c'est certain, mais il est surtout le vecteur d'expression alors underground de la communauté gay. De fait, quand Sylvester, figure emblématique du mouvement, chante "You Make Me Feel Mighty Real", c'est bien d'un accomplissement qu'il s'agit. D'une célébration du fait de pouvoir enfin être soi-même, de se revendiquer comme gay ou transgenre, en toute liberté. Une énergie positive, même si celle-ci cachait beaucoup de souffrance. On oublie souvent aujourd'hui, époque où la lutte pour la reconnaissance des droits des homosexuels est considéré comme normal, qu'il fut un temps où, être homo et sortir dehors, signifiait au mieux un bon cassage de gueule, au pire la mort. Rien que pour cela, la célébration de la joie disco qui donna ensuite naissance à une partie de la techno avec le garage et la house, doit être prise au sérieux et reconnue comme une part entière de l'histoire des musiques populaires, au même titre que le rock, la pop et le punk.


Techno des origines : La ligue des machines humaines

Posté par Maxence le 01.02.07 à 21:31 | tags : pionnier, électro, youtube

Au début des années 80, la pop virait électronique sous l'influence conjuguée du disco, des rythmes robotiques du rock allemand (Kraftwerk, Can...) et de la musique industrielle. Naissait alors une nouvelle scène, composée de personnalitées ne connaissant rien à la musique, mais désireuses d'en faire. A la différence du punk, celles-ci ne voulait pas rejouer les fameux "3 accords pour faire un groupe", non, elles préféraient faire confiance aux machines. La scène de Sheffield, sur un mode synthétique, avec Human League (auparavant baptisé "The Future" et réédité sous le titre The Golden Hour of The Future), Cabaret Voltaire, Clock DVA ou ABC et Heaven 17, fut l'une des plus passionnante de l'after-punk. L'influence des deux premiers est toujours particulièrement évidente dans les musiques électroniques actuelles. Human League première période était loin des standarts synth-pop qui s'imposèrent par la suite avec le situationnisme outrancier d'ABC ou l'héroïsme fade d'Alphaville. Leur musique sombre, joué au clavier "avec un doigt", n'avait qu'une raison d'être : démolir les clichés du rock d'alors (ainsi que ceux du punk). On retrouve d'ailleurs ce rigorisme chez l'Orchestral Manoeuvre in The Dark des débuts et l'Ultravox de John Foxx. Le synthé étant l'instrument de tous les instruments, la représentation anti-rock par excellence (ou alors celle du prog-rock, à une différence près : les musiciens de Yes et Emerson Lake and Palmer jouaient généralement de ces instruments de manière classique, comme des organistes). "Being Boiled", superbe titre noir et sévère comme un jour dans le nord de l'angleterre de 78, fut pour beaucoup dans la naissance de Cybotron, le premier projet de Juan Atkins, fondateur de la techno au côté de Kevin Sauderson et Derrick May. A son écoute, on se dit que depuis l'arrivée de l'electro des Dopplereffekt, Bangkok Impact, Ectomorph, GD Luxxe, Solvent et consort, ce premier jet de la ligue des humains (et de leurs machines) n'a pas trop mal vieilli, au contraire.


Two Lone Swordsmen + Alter Ego : Fins duellistes et seconds couteaux

Posté par Maxence le 25.01.07 à 17:58 | tags : news, pionnier, électro

Les musiques électroniques n'en finissent plus de redécouvrir leur passé. Et on ne s'en plaindra pas. C'est aujourd'hui au tour de deux formations phares des 90's de voir leur premiers efforts réédités, Two Lone Swordsmen et Alter Ego. A cette occasion, Flu' le mag, se fend d'une longue chronique, tout en explorant cette période où la techno était pleine de bleep et de scouïc et de bzzz, vers laquelle nous reviendrons bientôt dans un gros dossier sur l'electronica. En attendant n'hésitez pas à lire la chose. On en reparle très vite.


Techno des origines : Le meilleur du pire, pt.2

Posté par Maxence le 23.01.07 à 19:02 | tags : pionnier, électro, youtube
Nous l'avions tous oublié (et c'est tant mieux !), mais l'abominable George Kranz - comme le matou de Graeme Allright - revient ! Si ! Auteur d'un hit interplanétaire (sic!) "Din Daa Daa" en 1980 et des poussières, l'allemand nous fait cadeau d'une nouvelle et encore meilleurement pire version de son morceau, accompagné de Pulsedriver. Aaah, "Din Daa Daa", son fameux roulement de batterie, virile comme les résonnances d'une panse bien pleine un jour de la fête de la bière à Munich ! Et George ! Son charisme de mac de Hambourg... bref, certains diront, "It's pop. It's dumb, but good". On reste quand-même dubitatif. Vous allez me dire, il y a pire, il y a Queen (qui se reforme aussi), oui mais quand-même, on parle de musiques électroniques là ! Enfin, cela fait maintenant parti de l'histoire. Ouf, imaginez que l'on soit obligé de défendre ça comme étant de la techno !!!

Techno des origines part. 8 : Un Garage au Paradis

Posté par Maxence le 16.01.07 à 17:55 | tags : youtube, électro, pionnier, disco

On en parlait il y a quelques jours, le mythique Paradise Garage. Un lieu unique où des DJ comme Larry Levan mixait disco, new wave, funk, synth pop et rock (déjà) et où noirs, blancs, filles, mecs, gay et hétéros se mélangeaient sur la piste de danse (oui là aussi) dans un grand élan hédoniste. Personnellement je n'y ai jamais mit les pieds, lacune aujourd'hui virtuellement corrigée puisque youtube (encore lui) nous permet de visionner l'intérieur du fameux "garage"... 4x4, straight to the floor et bras en l'air. Let's get disco !

 


Techno des origines : Le meilleur du pire, pt.1

Posté par Maxence le 10.01.07 à 14:10 | tags : rigolo, pionnier, électro, youtube

Non, vous ne rêvez pas. La techno des origines c'était aussi ça. Une des explications (parmi tant d'autres, plus ou moins valables) de la mise au banc de cette musique dans le domaine de la création. Bien sûr, certains comme Eudeline ne s'en sont jamais remis et continues de confondre electro pouet-pouet et Vladislav Delay, mais passons. Nous sommes en 1988 et Confetti's, un groupe d'allumé - assorti d'une sorte de proto-Bez habillé en policier (belge) - explose les charts de l'époque avec "This is The Sound of C". Riez si vous voulez (à l'époque, j'étais le premier à cracher dessus) mais ça n'a pas vraiment vieilli... Ne manque plus que les cris "Aciiiiiiid !" qui accompagnaient leur show sur fond de sirène (encore un des clichés, toujours, aussi incroyable que cela paraisse, associé à la scène techno ! O_o). Allez, tous ensemble : "Kanterbrau, Oh oh, Oh oh, c'est la bière qu'on préfèreuuuuuuuuu" !


Techno des origines part. 7 : La filière belge

Posté par Maxence le 06.01.07 à 15:23 | tags : pionnier, électro, youtube

D'aucun entre 1986 et 88 parlaient de la "Belgian Connexion" pour englober ces artistes électros venant du petit pays voisin (Neon Judgement, TC Matic, etc). Parmi ceux-ci, on trouvait les inévitables Front 242, parrain de la scène electro-indus et EBM. Au chapitre de l'histoire de la techno, Head Hunter se placerait entre New Order et D.A.F. Evidemment, il faut aimer les treillis et cultiver un goût pour l'aspect paramilitaire, maintenant les rumeurs d'idées fascistes autour du groupes sont parfaitement infondées. Blague à part, Front 242 vaut surtout pour l'atmosphère de paranoïa et de terreur totalitaire d'un futur puant, que cette vidéo distille toujours très bien. Vous avez dis prophétique ?

 

 


Techno des origines part. 6 : Garçons synthétiques

Posté par Maxence le 03.01.07 à 12:45 | tags : pionnier, électro, youtube

Une spéciale pour notre Myoso, le "jeune homme chic" de Fluctuat (sans les péloches, je vous rassures). Cette fois il s'agit d'"Enola Gay"  des garçons coiffeurs (ceci dit en toute tendresse) Orchestral Manoeuvre in the Dark. Quel rapport avec la techno me direz vous ? Et bien, hormis le fait qu'ils influencèrent largement la bande des 3 de Detroit (Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson) à l'origine de la naissance du genre, n'oublions pas que la pop synthétique d'OMD, Human League, John Foxx et autre Gary Numan, préfigurait largement l'électro pop actuelle d'une part ainsi que l'EBM (Electro Body Music), plus dur et plus "électro" au sens classique (Kraftwerkien) du terme, d'autre part. Et puis ce titre reste inoubliable. Gageons que le clip l'est également (non ?) Allez, tous en choeur et en version Karaoké :

Enola Gay
You should have stayed at home yesterday
Ah-ha words can't describe
The feeling and the way you lied

These games you play
They're going to end in more than tears some day
Ah-ha Enola Gay
It shouldn't ever have to end this way (
insistez sur le "Ah-ha" en prononçant "Oh-ho")


Black Evil : The End of Disco

Posté par Maxence le 02.01.07 à 10:35 | tags : électro, pionnier, disco

Ce n'est pas par commodité, ni par feignantise, que l'on rangera ce 28 After de Black Devil Disco Club dans la catégorie "mutant disco", si prisée aujourd'hui. De fait, 28 After l'est tellement "mutant", qu'à la parution en 2004 sur le label Rephlex d'une réédition du single de "Black Evil" sobrement intitulé Disco Club, le landernau electronica entre en ébullition, soupçonnant un canular et une collaboration entre Richard D. James (Aphex Twin) et Luke Vibert ! Et en effet, les six titres de ce projet naviguant entre italo-disco kitsch et prémices d'afro-house, ont une origine bien obscure.
Initialement crédité comme une œuvre de Joachim Sherylee et Junior Claristidge en collaboration avec le producteur italo, Jacky Gordiano, Black Devil Disco Club a bien été re-découvert par les deux maître de l'électro décalée précités, mais est en réalité le fruit des efforts d'un mystérieux producteur français, Bernard Fevre, qui reste dans les annales de la musique électronique pour les deux étrangetés que sont The Strange World of Bernard Fevre et le très rare Earthmessage (qui fut samplé dans "Got Glint?" par les Chemical Brothers sur l'album Surrender).
Et 28 After étonne, c'est le moins que l'on puisse dire, par ses audaces et ses trouvailles. De "The Devil in Us" à "Coach Me" ou "I Regret The Flower Power", l'auditeur navigue sans boussole dans ce "disco club" hanté, ampli d'échos démesurés, d'hymnes vaudous, de riffs de synthé blafards, d'envolés lyriques et spatiales. Un voyage épique au cœur de la transe, une musique sans âge, sans partie, et donc totalement intemporelle, surtout si l'on compare avec les productions actuelles de DC Recordings, The Emperor Machine ou Lindstrøm. Vous cherchiez ce disco underground des origines, celui dont parle Ulf Poschardt ? C'est clairement ici que vous le trouverez. Un seul regret, celui que l'album ne soit pas plus long, mais quand on aime on ne compte pas.


Black Evil Disco Club - 28 After (Lo Recording/La Baleine)


Techno des origines part. 5 : Un lundi bleu en 1983

Posté par Maxence le 29.12.06 à 10:30 | tags : pionnier, électro, youtube

Souvenez-vous, New Order, "Blue Monday", "The Beach", le maxi mythique en forme de floppy disc, symbole d'une époque où le média informatique était encore une source de rêve et d'espoir. C'était en 1983, soit cinq ans avant le second summer of love de Manchester ("Madchester") et les premiers frémissements de l'Acid-House. Certains appelaient déjà ça de la techno (ne riez pas)...

 


Techno des origines part.3 : Kraftwerk & Funkadelic dans un ascenseur.

Posté par Maxence le 18.12.06 à 19:08 | tags : pionnier, électro, youtube
La phrase est de Derrick May si je me souviens bien : "Techno Detroit music, it's like George Clinton and Kraftwerk stuck 4 hours in an elevator". Et bien là, maintenant, vous pouvez y aller ! Jouer la techno des origines, allez !

 

 




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