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Albums cultes des géants du bizarre #39 : White Noise – An Electric Storm

Posté par Maxence le 12.05.08 à 09:50 | tags : électro, pionnier, culte et bizarre, psychédélique

1968 ne manque certes pas d'albums cultes et bizarres. L'année psychédélique et révolutionnaire fut en effet prolixe en musique azimutée et An Electric Storm de White Noise fait certainement partie du peloton de tête en la matière. White Noise c‘est d'abord la rencontre incongrue de David Vorhaus, spécialiste américain de l'acoustique, de formation technique et musicale, avec les britanniques Brian Hodgson et Delia Derbyshire, tous deux bruiteurs et compositeurs électroniques pour la BBC.

 

Avec An Electric Storm ces trois bricoleurs de génie sont à l'origine d'une pop inouïe, qui doit autant aux divagations psychédéliques du early Pink Floyd, au free rock de Soft Machine, au Sergent Pepper's des Beatles et à l'Odessey And Oracle des Zombies, qu'aux expériences de la musique concrète française et de la musique électronique allemande et américaine des années 50. De l'innocence de "Love Without Sound" qui ouvre le disque, aux lugubres "The Visitation" et "The Black Mass : An Electric Storm in Hell" qui le clôturent, en passant par la bande son pour film porno arty de "My Game of Loving", la fanfare dadaïste de dessin animé de "Here Come The Fleas" ou la comptine acide de "Firebird", An Electric Storm est une saga épique et cosmique, à base de bandes trafiquées, de sons et de bruit réels enregistrés live, de manipulations acoustiques et de bidouillages électroniques pour un album qui a la particularité (entre autre) d'user du premier synthétiseur anglais, le désormais mythique EMS Synthi VCS3.

 

Pièce maîtresse de la musique des 60's, White Noise compose une symphonie électrique donc, un pandémonium électronique même, qui voit se confronter les envolées vocales éthérées de Delia Derbyshire et l'océan infini des sons générés en studio ("Your Hidden Dreams"), précédent en cela de près de 40 ans, les producteurs électroniques et pop actuels, le tout dans l'incompréhension quasi-totale du public de l'époque bien sûr. On se demande d'ailleurs encore ce qui poussa le patron et fondateur d'Island, Chris Blackwell, à signer cet ovni sonore difficilement identifié ? Reste qu'avec An Electric Storm, les trois de White Noise ne feront rien de moins que de vulgariser la musique électronique et ses techniques, les rendant ainsi accessible à la pop pour toutes les générations à venir. Ainsi, on verra Pram, mais aussi le Spacemen 3's Sonic Boom, Adn To X, l'échevelé gourou du bizarre Julian Cope, Delia Gonzales & Gavin Russom (DFA), le duo Air ou plus récemment, Portishead, se revendiquer de l'influence incontournable de cet album extra-terrestre.

 

Dès le deuxième album, le groupe se sépare et devient le projet solo de David Vorhaus. Celui-ci composera une série d'album sous le nom de White Noise, tous numérotés de 2 à 5 (et même 5.5 en 2006, mais tous d'un intérêt moindre comparé au chez d'œuvre précurseur que fut An Electric Storm. Brian Hodgson, lui, continuera son travail à la BBC au côté de Delia, et produira quelques albums (dont ceux de Fleetwood Mac). De son côté, Delia Derbyshire deviendra la muse de toute une génération. Elle produira également de nombreuses oeuvres pour le BBC Radiophonic Workshop et apparaîtra en guest, aux côtés d'artistes allumés comme Sonic Boom (Spacemen 3, Spectrum) tandis que son nom servira même de titres à de nombreux morceaux hommages. Elle est toujours active aujourd'hui.

 

White Noise - An Electric Storm (Island, 1968)


Disparition d'Albert Hofmann, bêta testeur du LSD malgré lui

Posté par Maxence le 30.04.08 à 19:00 | tags : cimetière, news, rigolo, psychédélique

Que serait la génération 68 sans l'usage des drogues psychédéliques et en particulier du LSD ? Les Beatles n'auraient certainement pas composés Sergent Pepper's, ni "Lucy in the Sky with Diamonds", Syd Barrett serait encore un Pink Floyd (au secours !), Charles Manson serait libre (et Rocky Ericsson aussi !), le psychiatre de Brian Wilson serait bien embêté... et les années 60 n'auraient pas été ce qu'elles furent, car au-delà de l'aspect purement politique et révolutionnaire des différents mouvements qui agitèrent la planète, l'usage de cette drogue puissament psychédélique donnera à l'époque une aura de spiritualité, parfois surestimée, souvent naïve, mais certainement pas mensongère, ni critiquable, du moins si l'on en croit les témoignages de ceux qui en consommèrent alors.

 

On ne va de toute façon pas se poser longtemps la question car ce n'est pas le but de cet article, mais il fallait bien en parler puisque c'est en pleine "commémoration" soixante-huitarde que tombe l'annonce de la mort d'Albert Hofmann, chimiste suisse qui inventa le LSD par accident dans les laboratoires Sandoz en 1943 et alimenta bien malgré lui les aspirations à la transcendance de toute une génération.

 

Initialement prévu pour soulager les troubles pulmonaires et respiratoires par le bon professeur Hofmann, le LSD devait connaître une toute autre destinée et devenir, entre autre par le biais d'une autre grande figure de la contre-culture américaines des 60's, Timothy Leary, la drogue privilégiée du mouvement hippie et de tous les jeunes en quête d'expérience dépassant les fameuses "portes de la perception".

 

Créé à partir de l'ergot de seigle, le LSD fut d'abord considéré comme inefficace par son concepteur qui commença par ranger sa découverte dans un placard, jusqu'au jour où il décida de le ressortir afin d'effectuer quelques nouveaux tests. Fatigué d'une longue journée, le doc laisse tomber quelques gouttes sur ses manches et s'essuie malencontreusement la bouche avant de prendre son vieux vélo pour rentrer chez lui. Et là, stupeur, en chemin Albert Hofmann va vivre une "expérience psychédélique" ! Expérience qu'il décrira plus tard comme une perte totale de repères dans l'espace, l'impression de sentir sa conscience se déplier comme un origami, l'autre, plus angoissante, d'être observé par une force incommensurable, bref, le professeur Hofmann est en plein trip sur sa bicyclette !

 

Plus tard il préconisera l'utilisation du LSD dans le traitement de la schizophrénie et Sandoz le produira même sous forme de cachet pour l'armée, toujours en quête de nouveautés bizarres, et les hôpitaux. Testé par des universitaires peut-être un poil trop enthousiastes (dont Leary), le LSD échappe à ses créateurs et se diffuse dans toute la société (certains fanatiques de la conspiration diront, "sur ordre de la CIA", mais passons). Reste que la substance aura le destin qu'on lui connaît et aujourd'hui encore, le véritable LSD est considéré comme le Saint-Graal des stupéfiants.

 

Albert Hofmann ne se lassait pas de dire à quel point il était fasciné par ce qui était arrivé à son produit, réfutant les allégations concernant le fait que cette drogue avait certainement participé aux bouleversements de l'époque, mais ne niant pas en avoir repris quelques gouttes de temps en temps... Sacré Albert !

 

Flu commémore les 40 ans de Mai 68 avec un dossier spécial Mai 68.


Exotica : Le petit village tranquille de la pop culture

Posté par Maxence le 29.04.08 à 16:59 | tags : pop, psychédélique, rigolo

Avec le renouveau Balearic actuel incarné par Aeroplane, Soft Rock, Windsurf, Studio, Sorcerer, Still Going, etc. il est intéressant de revenir aux racines de la Lounge Music et du courant Exotica. Son utilisation précoce de multiples sources musicales hors des frontières occidentales en font l'un des premiers genres populaires à emprunter avec enthousiasme aux divers genres musicaux folkloriques (ou considérés comme tel par le "mâle blanc occidental") de pays exotiques jusqu'alors ignorés ou connus des seuls musicologues et anthropologues. La branche "exotica" du Lounge fut d'ailleurs largement explorée par divers critiques, tel David Toop, qui déclare dans son livre Exotica : "l'exotica offrait des excursions pour touristes sédentaires pressés par le démon de midi, avides de cérémonies païennes entr'aperçues à travers des rideaux de bambous, avides de courir nus sous le soleil comme des démons, le tout sans quitter le confort de la stéréo à domicile, au sein d'une banlieue résidentielle blanche." Forcément second degré pour la génération nomade actuelle, l'exotica ne contenait pas moins une part de fantasme à l'époque ou la mode Tiki battait son plein. Ses héros, Esquivel, Martin Denny, Arthur Lyman, Les Baxter et Yma Sumac, étaient à cette musique de voyage immobile, l'équivalent des divinités polynésiennes en toc des bars de Californie ou de Floride, de l'exotisme 100% formica (cliquez ici pour en savoir plus).

 

Cette ambiance on la retrouve dans l'incroyable et indispensable premier album de Quiet Village, Silent Movie, du duo Joel Martin et la star montante de l'electro Matt Edwards (aka Radio Slave, mais oui !). Faire de l'Exotica la planche (de surf ?) de salut d'une musique pop qui tourne quelque peu en rond (pléonasme), c'est ce à quoi s'attachent en quelque sorte les deux zigotos de Quiet Village. Aujourd'hui, on appel ça néo-balearic, mais Lounge ou exotica, c'est du pareil au même. Martin et Edwards ont d'ailleurs nommé ce side-project en hommage au documentaire de Martin Denny (dont vous pouvez visionner un extrait ci-dessous). Reste que Silent Movie porte merveilleusement son titre avec ses inserts d'ambiance de plage, ses envolées easy Listening, ses choeurs kitsch à souhait, ses prouesses heavy psychédéliques hors du temps, l'album est un vrai film, un voyage onirique dans l'imaginaire exotique de deux producteurs passionnés d'Incredibly Strange Music des 50's, 60's et 70's. Deux doux dingues certainement encore sous le coup des multiples découvertes technologiques de l'époque et animés d'un instinct d'explorateurs naïfs et enthousiastes, dont le seul but est de partager cet amour avec les autres.

 

C'est une réussite, parce qu'avec ce Silent Movie, Quiet Village et la vague Lounge neo-Balearic actuelle se voient parer de tous les atours qui font de la pop musique une véritable culture, tout en en explorant l'angle psychotrope et science-fictionnesque. Impressionnant ! En attendant, découvrez en image l'ambiance exotica et lounge avec le clip original du Quiet Village de Martin Denny ainsi qu'une hilarante vidéo qui transmet - en tout cas visuellement - assez bien l'ambiance qui règne dans ce "Quiet Village" :

 

 

Quiet Village - Silent Movie (K7!/Pias)

 

http://www.myspace.com/quietvillage


Albums cultes des géants du bizarre #37 : Chrome - Alien Soundtracks

Posté par Maxence le 23.04.08 à 16:03 | tags : psychédélique, culte et bizarre, électro, punk

Chrome est né en 1976, soit bien avant la rencontre décisive à San Fransisco de Damon Edge le fondateur du groupe, et d'Helios Creed. Mais c'est pourtant ce dernier qui apportera la touche unique qui caractérisera la musique de ce monstre proto-punk. Avant Creed, sur Visitation donc, Chrome ressemblait à un substitut progressif un peu plus barré que la normale. Avec l'arrivé du guitariste et de sa folie, mêlée à celle, non moins pénétrante, du leader/chanteur, les choses commencèrent à devenir un peu plus incontrôlables et pour tout dire, vraiment excitantes.

 

Dès Alien Soundtracks (quel titre !), deuxième album et véritable mutation du groupe, Chrome s'embarque dans un voyage au long court vers des contrées jusqu'alors uniquement explorées par les plus barges des groupes acid-rock du moment, et encore, très vaguement. Rapidement, le duo met au point une recette à base de synthétiseurs tranchants, de bandes magnétiques triturées, de guitares à l'arrachée, de rythmes dopés au speed et de chant vrillé/hurlé déformé par un vocoder. Ce truc bien à eux, ils décident de l'appeler : acid-punk. On ne pouvait trouver mieux ! Mélange de déviances psychédéliques et d'urgence punk, Chrome entamait son ascension vers... le néant ! Car malgré une batterie d'album plus novateurs et plus brutalement passionnants les uns que les autres, le groupe ne rencontre que peu de succès à la fin des mornes 70's. Et pour cause.

 

Si la musique de Chrome est bel et bien "acide", elle évoque plus un bad trip au LSD mâtiné d'abominations cosmiques évoquées par Lovecraft ou encore les paysages glacés du cyberpunk des années 80 (bien avant que le genre littéraire, et même le mot, n'existe), que son pendant hippie, fleuri et bucolique. En ce sens, Alien Soundtracks ne pouvait mieux porter son titre : début 77 c'est un ovni qui vient d'atterrir dans la baie de San Francisco, et ses occupants n'étaient pas des plus sympathiques, plutôt du genre à vous bouffer tout cru sans états d'âmes.  

                                                                                                                

Sur les 10 titres originaux de cet album prémonitoire (le punk lui doit beaucoup), la voix effroyablement déformée de Damon Edge, les riffs de Moog hallucinés de Gary Spain et la guitare coupante comme des lames de rasoir sur du fil de fer barbelé d'Helios Creed, invoquent la face noire du psychédélisme de la fin des 70's. En ce sens, Alien Soundtracks est clairement le fruit de la rencontre de la paranoïa d'une époque abusée par les drogues et désabusée politiquement et socialement. Mais c'est surtout le témoignage inquiétant des survivants d'un voyage dans l'inconnu. Un périple intensément perturbant, que durent effectuer Edge et Creed pour créer cette musique mutante au beau milieu d'une époque où tout s'écroulait, les idéaux pacifistes, comme la grande vague d'espoir des 60's. Chrome c'est la perte absolue de tout repères, l'ouverture des portes de la perception qui ouvre aussi la boîte de Pandore, le total dérèglement des sens dans le sens flippant du terme, quand le voyage vous échappe et que vous vous réveillez avec le masque grimaçant de quelque succube, ou incube, au dessus de vous. Une musique pour extra-terrestre, faite par des aliens égarés sur terre. Un chef d'œuvre, totalement culte et vraiment, vraiment, bizarre.

 

Chrome  - Alien Soundtracks (Siren Records, 1977)


Fuck Buttons : Progressive Attack !

Posté par Maxence le 25.03.08 à 17:38 | tags : psychédélique, électro, myspace

Vous voulez du bizarre, du déviant, du non-formaté ? Allez les snobinards, levez vos fesses du canapé voilà Fuck Buttons ! Duo anglais composé de Benjamin John Power et d'Andrew Hungs, Fuck Buttons est à la noise music ce que Boards of Canada est à l'electronica (ou James Holden et Nathan Fake à la "techno") : un artefact extra-terrestre. Une aberration. Ou si vous préférez, deux parfaits archétypes de rejetons désaxés, mais pourtant fort respectés, d'une certaine scène "drone-noise-électronique" et néo-psychédélique anglo-saxonne. Si je parle du duo d'autistes écossais ici, où des sympathiques hippies trancey du label Border Community, c'est à dessein. En effet, aux deux premiers, Fuck Buttons empruntent l'éloquence des mélodies qui font presque mal tant elles sont pures, tandis que, comme les seconds, ils n'hésitent pas à rompre la monotonie de leurs vagues de synthétiseurs vintage stridentes à l'aide d'un pied branlant, mais aussi excitant que le motorik sound allemand des années 70 (pour une définition, voir notre chronique de Pilooski Edits) ou l'electro trancey d'une certaine techno progressive britonne.

 

Si l'on voulait faire simple, on pourrait également dire que la musique du duo britannique doit beaucoup au psychédélisme, voire à la musique progressive la plus barrée (pensez au nihilisme proto-punk de Van Der Graaf Generator plutôt qu'aux zigouiguouis ridicules de Jethro Tull ou Gentle Giant). Psychédélisme et prog' donc, auxquelles Fuck Buttons empruntent un goût certain pour l'expérimentation tous azimuts, les mélodies subliminales et aériennes, l'allongement de la durée, la distorsion, les rythmes répétitifs et les nappes synthétiques propices aux dérives de l'esprit. Avec ses percussions tribales et ses cris d'oiseaux ("Ribs Out", "Colours Move"), ses titres en forme de slogans naïfs et ironiques ("Sweet Love for Planet Earth", par exemple, ressemble plutôt à une apocalypse sonique, oscillant entre Dark Side of The Moon et le "Feed Me With Your Kiss" de My Bloody Valentine, interprété par Merzbow) il ne serait pas faux non plus de dire que la musique primitive et tribale de Street Horrrsing (un titre à la The Fall) réinjecte un peu de sauvagerie psychédélique dans l'electro actuelle. A ce titre, les Anglais de Fuck Buttons s'imposent carrément comme les maîtres modernes - et bienvenus - d'un renouveau psychédélique de l'âge des machines ! A la fois bruitiste et gazeux, envapé même malgré l'utilisation de saturations massives et agressives, ce Street Horrrsing semble annoncer avec bonheur le retour d'une certaine innocence électronique (que beaucoup semblent appeler de tous leurs vœux). Reste qu'avec ce disque, les Fuck Buttons redore le blason du psychédélisme, imposant une nouvelle fois ce genre indémodable au rang de Nouveau Testament, Mahabharata et Coran, on pourrait continuer comme ça Ad libitum, bref, de texte sacré célébrant allègrement le dérèglement infini des sens pour le bonheur de tous et de chacun. Amen !

 

Fuck Buttons - Street Horrrsing (ATP/La Baleine)

http://www.myspace.com/fuckbuttons


Thomas Brinkmann : Lourd comme un cheval mort

Posté par Maxence le 26.02.08 à 18:08 | tags : électro, rock, psychédélique, myspace

Thomas Brinkmann est un vieux briscard de l'electro allemande. Plus que ça, c'est même un artiste à part entière, initialement actif dans le domaine de l'art contemporain, qui se découvrit sur le tard un talent pour le Djying et la production électronique au début des années 90. Reconnu comme producteur de techno expérimentale, Brinkmann est de ceux qui mêlent littérature, philosophie, platinisme et performance à leur art. Parmi ses faits d'armes les plus marquants, certains se souviennent peut-être de ses remixes implacables de la série des Concept de Ritchie Hawtin (96:VR, variations by Thomas Brinkmann), de ses compositions minimales techno émaillées de lectures de Gilles Deleuze, Michel Foucault ou Cioran sous le nom d'Ester Brinkmann (sa sœur défunte) sur son propre label Max Ernst ou encore, de son incarnation de godfather electro funk minimal sous le pseudonyme de Soul Center. Aujourd'hui il ajoute une corde à un arc déjà bien fourni en s'improvisant auteur, compositeur et interprète sur un When Horses Die qui en surprendra certainement plus d'un et qui restera comme l'une de ses œuvres les plus noires et inquiétantes.

 

It rocks !, c'est la première impression que l'auditeur éprouvera à l'écoute de ce nouvel opus de l'Allemand qui s'accompagne ici de Winston Tong de Tuxedomoon pour un hommage non déguisé à la new wave et au rock dans sa veine la plus electro. Rassurez-vous, cela reste très raffiné, les filiations ne sont pas évidentes et constamment reliées au présent, à l'ambient et à l'electronica. Avec When Horses Die, ne vous attendez pas à de l'electrorock. Oubliez les sempiternels quatre accords, les rimes faciles et les voix insupportables. A la manière de Suicide dans les années 70, When Horses Die est un album électronique qui véhicule une "idée" du rock, plus qu'il "n'est" rock. L'allemand saisit l'essence, l'ambiance, de cette musique sans en copier les tics et les tropes. Le rock pour Thomas Brinkmann, s'exprime dans toute sa noirceur. Sur "Words" morceau manifeste qui ouvre ce disque éminemment vocal, Brinkmann, tel un Chopin ténébreux, articule son texte d'une voix caverneuse sur fond de piano solitaire. Un sentiment d'abandon plane sur tout l'album d'obédience Velvet/Suicide. When Horses Die semble issu des trottoirs de New York, reflets contemporains des facettes les plus dérangeantes du groupe un temps chaperonné par Andy Warhol (la décadence, l'addiction) ou du duo Alan Vega/Martin Rev (l'obsession du contrôle, l'hypertension). Forcément transgressif et extrémiste, When Horses Die se pare également de stupéfiantes circonvolutions psychédéliques ou d'un tempo martial EBM (voir "Uselessness" qui évoque le croisement de D.A.F. et de Nine Inch Nails dont le leader Trent Reznor est d'ailleurs remercié dans le livret). Sur "Birth & Death" ou "It's Just", pure heroin music teintée d'electronique plutôt discrète, on pense même aux dérives hallucinées de Spacemen 3, le mythique trio de rugby, auquel Brinkmann emprunte le roulement de batterie de "Revolution". Mais le producteur ne se contente pas de cette matrice référentielle, il façonne également de drôle de morceaux hybrides. De l'ambient rampant lourd "comme un cheval mort" ("Spiral"), des ballades désenchantées ("40"), de la jungle amorphe ("Meadows"), du dub industriel ("Souls"), du grime de bikers ("2suns")... A l'image de son créateur, When Horses Die se révèle un album inclassable, innommable et pourtant parfaitement passionnant.

 

Thomas Brinkmann - When Horses Die (Max Ernst/La Baleine, fév 2008)


Quinn Walker, attachant faussaire

Posté par 2goldfish le 15.02.08 à 10:31 | tags : pop, rock, psychédélique, rigolo, myspace
Sur son premier et double album Laughter's An Asshole/Lion Land (véritablement, deux albums emballés ensemble), Quinn Walker propose un intéressant mélange de pastiches branchés et modernes, passant sans vergogne d'Animal Collective à Liars, empruntant un intermède à Sufjan Stevens ou quelques frippes freak folk à Akron/family. Le tout s'enchaîne souvent innocement, nous laissant régulièrement oublier où on est jusqu'à ce qu'on se réveille d'un coup en réalisant que eh, on a déjà entendu ça quelque part.

Quinn Walker parvient cependant à s'établir une identité propre, en partie grâce à une instrumentation de bric et de broc qui doit certainement son originalité aux hasards des brocantes et des puces et à un humour de dingue léger qui aide à faire passer tous ces vols éhontés. Au final, bien que dans ce cas ils se gardent de toute citation directe, les disques de Quinn Walker évoquent principalement ceux des Flaming Lips pré The Soft Bulletin, quand Wayne Coyne ne se prenait pas encore pour le messie et que son groupe pouvait être réellement bizarre.

Laughter's An Asshole et Lion Land sont inégaux et trop longs mais n'en sont que plus attachants. On pourrait bien avoir un très bon disque de ce gars là un jour prochain, ou du moins plus probablement douze bonnes galettes et le double de mauvaises en quelques années.

 

http://www.myspace.com/quinnwalker

Albums cultes des géants du bizarre #31 : Mercury Rev - Yerself Is Steam

Posté par Maxence le 06.02.08 à 17:38 | tags : culte et bizarre, rock, pop, psychédélique

Au milieu des années 90, alors que le hardcore straight de Fugazi, Black Flag et consort se partage la vedette avec la débraille du grunge de Nirvana et Mudhoney, surgit une bande de chevelus dont les références bruitistes et lysergiques vont plus volontiers au psychédélisme de la fin des 60's qu'au punk ou au heavy rock des 70's. Ce groupe, véritablement sorti de nulle part, se nommait Mercury Rev. Oui, vous avez bien lu, Mercury Rev. Ce quatuor de Baltimore n'a pas toujours été le groupe de rock progressif usé porté aux nues par Telerama, que l'on connait aujourd'hui. En 1991 quand paraît l'album Yerself Is Steam, précédé du "stupéfiant" (croyez bien que le terme est choisi à raison) Car Wash Hair EP, le groupe est au mieux totalement inconnu, au pire quasiment inexistant de ce côté-ci de l'Atlantique. En pleine hystérie grunge ces quatre fous furieux amourachés de Pink Floyd, de Sun Ra et d'Incredible Strange Music, sont loins, très loins, des canons du rock d'alors. Ils ont les cheveux longs d'accord, mais c'est bien tout ce qu'ils partagent avec leurs coreligionnaires. Leur folie, elle, dépasse largement les bornes assignées par le rock américain d'alors et franchit allègrement les limites de genres, de styles ou d'écoles. Ce groupe iconoclaste affiche par exemple une admiration sans borne pour Sly And the Family Stone, dont ils reprennent d'une manière extrêmement irrévérencieuse le "If You Want To Stay", quand ce n'est pas carrément le "Shhh / Peaceful" de Mile Davis ! Et ça, croyez moi, ce n'est pas courant à l'époque.

 

Il n'y a pas de place en effet, pour le jansénime du hardcore dans la musique de Mercury Rev, ni pour la pose chemise de bûcheron et barbe hirsute du grunge. A vrai dire leur musique est si étrange que l'on se prend à soupçonner qu'elle est psychédélique par défaut, l'étiquette étant celle qui correspond le mieux à leur chaos intérieur et à leur passion débordante qui les anime (sans compter la présence d'un vrai "dingue" au sein du groupe, en la personne de Grasshopper aka Sean Mackowiak). Sur Yerself Is Steam, c'est le chaos et la passion en effet, qui règnent en maîtres absolus. L'album unit dans une vaste bourrasque sonore, hurlement de synthés déchirants, déflagrations de guitares apocalyptiques, clarinette éthylique, orgue déglinguée, chœurs d'anges déchus et mélodies cosmiques. La plupart de leurs morceaux (le culte "Chasing A Bee", mais aussi "Blue And Black", "Frittering" ou l'épique "Sweet Oddysee Of A Cancer Cell T' Th' Center Of Yer Heart"), dépassent les 7 minutes et se terminent généralement dans l'anarchie ou parfois, plus poétiquement, sur de longs field recordings enregistrés live dans la rue (le captivant final de 30 minutes de "Coney Island Cyclone" sur Car Wash Hair EP). Partagé entre apaisement d'héroïnomanes satisfaits et crise de démence furieuse, Yerself Is Steam est un electrochoc dont beaucoup, à commencer par certains membres du groupe, ne se remettront pas. Un an plus tard, l'album est réédité pour le bonheur de quelques fans, généreusement accompagné de Lego My Ego, un album d'outtakes, de morceaux live et d'inédits. Parmi ceux-ci, "Blood On The Moon", sommet de pop culte et bizarre qui nous laisse encore le cul par terre 16 ans après. Mercury Rev continuera sa route avec l'épatant Boces, puis le flamboyant See You On The Other Side qui les verra s'approprier avec aisance le rôle inattendu de virtuoses, pour finir sur le très beau et avouons-le, un brin ennuyeux, Deserter's Song, qui marque le moment où la virtuosité en question prendra le pas sur la folie et la passion. Le reste appartient à l'histoire, mais jamais les membres de Mercury Rev ne retrouveront la spontanéité purement démentielle de Yerself Is Steam. Peut-être est-ce tant mieux pour eux finalement...

 

Mercury Rev - Yerself Is Steam (Mint Film, 1991)


Avec MGMT, tout devient possible

Posté par 2goldfish le 06.02.08 à 12:44 | tags : vidéos musicales, agenda, psychédélique, pop

Ils s'appellent MGMT (prononcez "managment"), leur chanson s'appelle "Time To Pretend" et parle de devenir des rock stars, d'épouser des top models et de mourir étouffé par son propre vomi. Ils ont un son psyché-glam qui leur a permis d'ouvrir pour Of Montreal pendant tout 2007, une production énorme dont Dave Fridmann semblait avoir perdu la recette sur les derniers Flaming Lips et Mercury Rev, des ambitions démesurées et un réalisme cynique qui leur permet de garder malgré tout les pieds sur terre, ils ont des chats cosmiques et sans doute une bonne dose d'hallucinogènes divers alors même s'ils n'ont pas assez de chemises pour tous, MGMT parvient à nous faire croire en un avenir glorieux.

 

Le duo new-yorkais devrait sortir son 1er album, Oracular Specatcular, en France en mai, voire avant compte tenu du buzz au lendemain de la sortie US. Histoire d'alimenter le buzz en France, MGMT sera en concert le 25 février à la Maroquinerie. Tout devient possible ? On l'espère !


French Modern Psychedelic Music : Voyage et Aqua Nebula Oscillator

Posté par Maxence le 31.01.08 à 18:10 | tags : myspace, électro, psychédélique, label

Dans une longue interview donnée à Fluctuat l'an passé, Romain Turzi de Turzi (le groupe) déclarait à propos de Pan European Recording son label : Nous nous proposons de contrer l'hégémonie anglo-saxonne en arborant les couleurs d'un certain psychédélisme. L'idée est de mettre en valeur les groupes talentueux qui nous entourent et nous inspirent (Aqua Nebula Oscillator, One Switch to Collision, Total Peace, etc.). (...) le marché français vomit une musique standardisée, sans saveur et malheureusement sans discours. L'idée est de redorer humblement le blason de la France. En tout cas, dans notre catégorie. Ce qui est surprenant dans tout ça, c'est que les Français attendent cela depuis quelque temps, nous sommes très bien accueillis et notre première sortie "Voyage : Facing the History of French Modern Psychedelia" est américaine !!! Je vous rassure, nous la sortirons en France dans un deuxième temps... On dirait bien que le temps est venu et ce n'est pas sans appréhension, avouons-le, que nous tentons le Voyage à bord de ce vaisseau fantôme mené de main de maître par le krautrocker mystique français, Romain Turzi.

 

Et puisque l'on parle de mystique, parlons phénomènes de hantise. Certains le savent, le psychédélisme est un gaz, un élément délétère et incontrôlable venu du passé qui souffle de manière diffuse dans notre présent et continue de hanter la musique actuelle avec la constance de celui qui revient constamment d'entre les morts, inconscient de sa disparition. On dira alors que que la plupart des artistes présents sur Voyage : Facing the History of French Modern Psychedelia sont possédés. Ils revivent la grande époque du psychédélisme, en y ajoutant les fruits de leurs expériences et en adaptant cette musique de l'esprit, cette musique transcendante, aux expériences contemporaines et à l'époque dans laquelle ils vivent. Car tous ces artistes ou presque (15 au total) sont liés à d'autres projets et d'autre scènes. Wolf Rayet (le folk d'outre-tombe "I Was Down") pose des sons sur des installations d'art contemporain, Etienne Jaumet est la moitié du duo italo-kraut-post-punk Zombie Zombie, Ulysse, fan de Neu! et de LA Dusseldörf, est le fils du cinéaste Nicolas Klotz, One Switch to Collision et Juan Trip enfin, sont d'anciens acteurs de la French Touch. Tous furent contaminés à un moment de leur existence par cette musique rampante et quasi-religieuse, kidnappés par le trip psychédélique en somme. Parmi les titres les plus prometteurs de ces apprentis sorciers on notera l'ascensionnel "Smokes" de One Switch to Collision et l'hypnotique cavalcade de "The Dog" par Service, l'étrange et poétique "The Countess's Smile" d'Ulysse, Etienne Jaumet et son "Doudouk" dadaïste, Turzi bien sûr (une valeur sûre), ou encore Chicros et Mogadishow. Pris séparément les artistes de cette sélection ne sont peut-être pas tous exceptionnels (même si beaucoup le sont) mais il faut avouer que pris dans son ensemble, Voyage, en est vraiment un. De ceux que l'on fait les yeux fermés allongé sur la moquette dans un appartement surchauffé. Normal puisque dans le langage psychédélique, un voyage est un "trip", au sens propre, comme au figuré.

 

L'autre grosse actu du label Pan European Recording c'est l'album d'ANO, aka Aqua Nebula Oscillator. Formé en 1999 autour de David Spher'Os, les membres d'ANO captent les ondes qui émanent du cosmos pour lancer leur musique spatiale à la face du monde. Du rituel spasmodique et chamanique de "Ka" au collage surréaliste de "The Beauty and The Beast", les Français élaborent une musique des sphères, lyrique, emplie d'électricité statique, obéissant aux fluctuations incontrôlables et chaotique de l'espace et du temps. En ce sens ils rejoignent les expérimentations des grandes formations de freak rock que furent Hawkwind ou Ash Ra Temple ainsi que les anthems électroniques et prophétiques de Sun Ra , Silver Apples ou Experimental Audio Research (E.A.R.). Un autre voyage donc, dont le sommet est certainement l'emblématique "Ready To Fly". Cosmic !

 

Voyage : Facing the History of French Modern Psychedelia
Aqua Nebula Oscillator - S/t
Tous les deux chez Pan European Recording (dist. PIAS)

 

http://www.myspace.com/paneuropeanrecording
http://www.myspace.com/aquanebulaoscillator


Yacht : Yachting in Wonderland

Posté par Maxence le 28.01.08 à 18:11 | tags : pop, psychédélique, myspace, électro

"Electro", "psychédélique", "pop", voilà, tout est dit dans les tags ci-dessus. Mais il serait également dommage de ne pas développer un peu, d'autant que Yacht est l'un des derniers symptômes en date d'une épidémie de folie dansante qui semble toucher la pop depuis quelques mois. En un sens, Jona Bechtolt et son projet Yatch sont les dignes représentants d'un petit monde de la pop indé qui explose et ressemble décidement de moins en moins à ce qu'il était hier. Difficile de l'ignorer en effet, avec le retour du synthé triomphant et depuis la reconnaissance générale de LCD Soundsystem et, disons, Chk chk chk (!!!) au hasard, exit les références trop balisées - et souvent frelatées - du type Beach Boys ou Velvet Underground. Grâce à James Murphy et quelques autres, la pop lorgne aujourd'hui sans vergogne et sans honte vers le funk le plus débridé, l'expérience électronique et mon dieu, même le disco !

 

Mais laissez-moi vous en dire plus sur ce nouvel ovni tout droit débarqué des Etats-Unis. Si son nom ne vous dit rien, sachez déjà que Jona Bechtolt n'est pas un inconnu. Avec son side-project The Blow il a même bénéficié d'un mini-buzz dans les sphères pitchforkiennes. Il joue également de la batterie derrière Devendra Banhart (ce dont à la limite on se contrefout) et I Believe in You, Your Magic is Real est déjà son troisième album sous le nom de Yacht ! Beau palmarès pour un quasi-inconnu. C'est malheureusement le cas de bien des artistes, mais passons... Révélé en première partie de la tournée nord-américaine (scum ! héhéhé) de LCD Soundsystem, Yacht signe avec I Believe in You, your Magic is Real un bijou de pop baroque et échevelée, relevée là où il faut de beat "fou fou dans le vent" de type post-punk, ou carrément techno. Certains évoquent The Flaming Lips croisant le fer avec LCD Soundsystem, ce n'est pas bête. Personnellement je trouve de faux airs de High Llamas à ses mélodies catchy (c'est particulièrement vrai sur "So Post All' Em" qui ouvre l'album, ses bizarreries hawaïennes, sa guitare aigrelette et ses cœurs de sirènes), mais tout cela n'est que détails. Comme dans tout bon disque pop psychédélique, il est difficile d'échapper aux turbulences magnétiques des rythmes répétitifs et des harmonies spiralées générées par Jona Bechtolt. Qu'il s'agisse de rock enfumé ("If Music Could Cure All That Ails You", "It's Coming to Get You"), de ballades étranges ("Drawning in The Dark"), d'electro vocodée ("Don't Stay in Bed"), de proto-RnB dérangé ("The Magic Beat") ou carrément de ce que nous appellerons post-grunge ("Women of The World", "Your Magic is Real"), Bechtolt brouille les repères et se moque des écoles, mélangeant allègrement acoustique et électronique dans des morceaux transgenres qui, comme l'auditeur, ne savent plus où donner de la tête, ni des jambes. Parmi les meilleurs moments de ce disque particulièrement décomplexé, on trouve le disco ralenti de "See A Penny (Pick it Up)", la techno vrillée de "It's All The Same Price", ou encore "Platinium" dont les bourdonnements de synthé sont quasiment pompés ondes pour ondes sur le "Too Much Love" de vous savez qui. Bref, si malgré ses qualités I Believe in You, your Magic is Real n'est certes pas l'album de l'année, il reste néanmoins un bon exemple de ce dont la pop est capable quand elle ouvre les cuisses et fraye sans retenue avec les musiques électroniques.

 

Yacht - I Believe in You, your Magic is Real (ERR/La Baleine)

 

http://www.myspace.com/yacht


A Psychedelic Night Part. II au Point Ephémère !

Posté par Maxence le 17.01.08 à 19:12 | tags : électro, psychédélique, agenda, myspace

A l'occasion de la la sortie de la compilation Voyage, Facing The History of French Modern Psychedelic Music, Pan European Recording présente sa deuxieme Psyche Night au Point Ephémère vendredi 18 janvier 2008 !

Après le succès de sa soirée d'inauguration, et à l'occasion de la sortie de la compilation, Pan European Recording vous invite à la seconde édition de ses nuits psychédéliques. Autour de Tim Blake (Hawkwind, Gong, Crystal Machine...) accompagné de Turzi pour un concert unique, vous retrouverez les piliers fondateurs du label : les grandiloquents Aqua Nebula Oscillator, les cataclysmiques One Switch to Collision et les golden boys de Service. Lisa li Lund nous honorera elle aussi de sa presence. C'est donc toute la nouvelle et très active scène psychédélique française qui se trouvera réunie le vendredi 18 au Point Ephémère.

Ouverture des portes à 20h30
entrée 10 euros

Line up:

20h45 : Service
21h30 : One Switch to Collision
22h30 : Lisa Li Lund
23h15 : Aqua Nebula Oscillator
00h15 : Tim Blake with Turzi

Voyage, Facing The History of French Modern Psychedelic Music (Pan European Recording, distribution Pias) on en reparle bientôt !

http://www.myspace.com/paneuropeanrecording


Albums Cultes des Géants du Normal #4 : De La Soul - Three Feet High and Rising

Posté par 2goldfish le 04.01.08 à 10:47 | tags : rigolo, culte et normal, psychédélique, hip hop

Les gars de De La Soul n'étaient pas du tout "normaux" dans le hip hop de la fin des années 1980 et sorti aujourd'hui, leur premier album resterait certainement dans la marge mais, pendant une courte période, ces garçons ont cartonné et semblaient partis pour changer le cour de l'histoire du hip hop. Ce qu'ils ont fait, bien sûr, mais pas vraiment dans le mainstream. En 1989 si vous faisiez du hip hop vous étiez soit un Public Enemy, "conscient", aggressif, soit un Nigger With Attitude : inconscient, aggressif. De La Soul était "conscient" mais ni moralisateur ni trop sérieux et surtout n'aurait pas fait de mal à une mouche.

 

On les a souvent taxé de hippies à leur corps défendant et c'est vrai que ce premier album sent beaucoup l'herbe qui fait rire. Posdnuos, Trugoy et le DJ Pasemaster Mase ont truffé l'album de petits sketches absurdes et leurs raps parlent d'amour, de paix, des conseils de Mr Crocodile et Mr Ecureuil, du besoin d'utiliser du savon et de trous dans la pelouse. Même quand ils parlent du ghetto et des ravages du crack, ils gardent un ton léger, ludique et poli qui laisse les idiots croire qu'ils ne peuvent pas être sérieux. Pire que tout ça, ces mecs sont positifs : ils ne peuvent qu'être complétement défoncés, non ?

 

Au moins aussi iconoclaste, la production de Prince Paul et Mase a tout simplement révolutionné le sampling. Là où les autres n'utilisaient encore les samples que pour poser un beat ou un hook, 3 Feet... est parsemé de mini-samples de quelques secondes, très souvent utilisés pour une simple blague. Ces samples viennent véritablement de partout : Kraftwerk, Johnny Cash, Bill Cosby, Funkadelic... Le résultat est un véritable collage psychédélique, surréaliste, post-moderne et tout ce que vous voulez d'autre. Sur "Potholes In My Lawn" le hook est un mix de yodel et de guimbarde, tandis que "Transmiting Live From Mars" réunit de vieilles leçons de français et "You Showed Me" des Turtles.

 

Ce dernier sample causera malheureusement beaucoup d'ennuis au groupe et la fin de l'âge d'or du sampling : suite à un procès fait par les Turtles à De La Soul, il est désormais nécessaire aux USA comme en France de demander l'autorisation d'un artiste avant de le sampler. Les licenses Creative Commons étaient encore loin. Ces problèmes judiciaires et les accusations de "hippie" ont mené à la sortie plus de deux ans plus tard de De La Soul Is Dead, un album qui riait très jaune, un autre chef d'oeuvre, sans aucun doute, mais plus un chef d'oeuvre du bizarre.


Pram : Le rock de l'amibe

Posté par Maxence le 19.12.07 à 18:13 | tags : pop, électro, psychédélique, myspace

Crustacés, mollusques, protozoaires et planctons, Bob l'Eponge, son pote Patrick et tous nos amis des profondeurs marines vont pouvoir se réjouir : Pram, le groupe favori des habitants du fond des océans, de la mer des Sargasses au Triangle des Bermudes, sort un nouveau disque ! Pram, vous vous souvenez ? Ce groupe originaire de Birmingham signé chez Too Pure et émule d'un post-rock psychédélique électronique et renversant (pour ne pas dire renversé, à plat ventre sur la moquette même) aux côtés de formations non moins oubliées comme Laïka, Th' Faith Healers, Moonshake et même un temps, des stars indés comme Mouse On Mars et Stereolab ? Non ? Normal, ils ne sortent qu'un disque tous les 3 ou 4 ans et ne furent pas les plus frénétiques de l'écurie Too Pure, loin s'en faut. Chez Pram, on est plutôt gentiment apathique. Et puis le groupe est un peu une affaire de famille, loin de la pression. Hormis Rosie Cuckston et Matt Eaton qui se connaissent depuis l'école, les autres membres vont et viennent à leur guise. Reste qu'ils fascinèrent longtemps un fan base de Krautrocker moderne et de post-rocker addicts, avec leur musique aquatique et ondoyante qui doit autant aux dérives allemandes des 70's qu'au psychédélisme farfisa des 60's quand ce n'est pas au free jazz ou à l'exotica. Le résultat ? Une musique forcément hybride, faussement gentille et souvent traître parce qu'agitée de violents courants marins.

 

The Moving Frontier récemment signé chez Domino, ne déroge pas à la règle. Enfin, "la règle", c'est beaucoup dire. Disons qu'on y retrouve la flamboyance discrète de l'orchestre ivre, clabotant doucettement sur le pont du "fameux trois-mâts fin comme un oiseau" (Hisse et ho ! Hic !) Les bluettes chantonnées de la voix blanche typique de Rosie, entre folk et berceuses pour grands enfants ("Salt and Sand", la mer toujours, "The City Suveyor" qui pourrait être la B.O. d'un film d'Ed Wood, le soft jazz de "Salva"), la guitare lysergique de Matt ("Moonminer", un hommage à My Bloody Valentine ? Ou l'exotique "The Silk Road"), les envolées magnifiques ("The Empty Quarter") dont on dirait qu'elles les dépassent après un retour au calme étonné, comme si le groupe se disait "Oups, sorry, ça nous a échappé". Les ritournelles de boites à musique electronica ("Iske", "Sundew", "Hums Around Us"). On aime aussi les instants en apesanteur qui donnent l'impression de faire la planche sur une mer d'huile ("Beluga") ou les plans grand orchestre à la Sun Ra ("Blind Tiger"). "Les frontières sont mouvantes" en effet chez Pram, c'est une musique fluctuante, une musique de l'âme. Ce n'est pas un lac, mais bien un océan. L'écho des vies et les souvenirs des myriades de créatures qui y vivent, et y vécurent, nous parviennent ici dans un millier de mélodies, complexes comme un kaléidoscope dont les motifs seraient trop éblouissants pour être distingués avec précision. Avec The Moving Frontier, Pram signe encore une fois un disque hors du monde et hors du temps. Tout bonnement parfait. Merci Rosie, merci Matt.

 

PRAM - The Moving Frontier (Domino/PIAS)

http://www.myspace.com/pushthepram


Of Montreal a touché terre

Posté par 2goldfish le 29.10.07 à 10:27 | tags : psychédélique, pop, youtube, vidéos musicales
Depuis des mois je m'interroge sur le choix des singles extraits d'Hissing Fauna, Are You The Destroyer ? l'album de l'année et d'Of Montreal. Heimsdalgate Like A Promethean Curse est une excellente chanson, comme toutes les autres de l'album, et elle a eu droit à un clip surréaliste génial. Suffer For Fashion était très bien aussi (le clip moins) mais bon sang, me suis-je dit toute l'année, LE single évident dans cet album, c'est "Gronlandic Edit" !
Etre un single, de nos jours, ça veut bien sûr surtout dire avoir droit à une illustration vidéo trop compressée dans une petite fenêtre de 425 pixels de large sur Youtube, avec un peu de chance être mis en avant sur iTunes et quelques sites/blogs et éventuellement être pressé sur des disques au tirage limité que n'achèteront que les fans hardcore qui ne sont intéressés que par les faces B. Ce nouveau clip, comme beaucoup d'autres vidéos d'Of Montreal, a été réalisé par David Barnes, frère de Kevin (monsieur Of Montreal), et Nico Danger.

L'incongruité du mariage de ces animations cheap et surréalistes avec la musique de l'Of Montreal de 2007 est saisissante. Quand le groupe de Kevin Barnes jouait à ses débuts une pop psyché infantile et beaucoup trop clairement influencée par Syd Barrett et les Zombies, David Barnes était déjà là pour produire leur visuel et bien qu'il semblait alors bien plus talentueux que son frère leurs travaux allaient de paire de façon évidente. Aujourd'hui quand Kevin Barnes démultiplie sa voix sur ses chansons, il évoque plus Jeff Lynne que Brian Wilson et ses paroles ont tout du plus terre à terre des journaux intimes. Son frère David continue lui, à dessiner des squelettes qui dansent comme des marionnettes de papier et des poissons mécaniques sortis du film Yellow Submarine comme si la chanson n'était pas ancrée au dance floor par le groove de la basse.
Tout clip qui contient un singe qui fait un calin à un chien ne peut être totalement mauvais, cependant, et je suis toujours aussi fan du travail des deux frères Barnes.
 

Zombie Zombie : Debout les morts !

Posté par Maxence le 24.10.07 à 18:21 | tags : électro, myspace, psychédélique, disco

Versatile a eu la gentillesse de m'envoyer le nouvel Ep des français Zombie Zombie, dont je vous parlais il y a presque un an maintenant. Composé d'Etienne Jaumet au synthé (également membre de  Married Monk) et de "Cosmic" Neman, batteur chez Herman Dune. Le duo Zombie Zombie, c'est un peu l'étalon italo qui se fait peur. En fait, ce n'est même pas de l'italo du tout finalement, la filiation serait plus évidente avec des pionniers iconoclastes comme White Noise (1968!) pour leur goût de la digression, Silver Apples, Can et Neu! pour le côté répétitif, Suicide pour l'aspect brut et puis aussi, Sonic Boom, E.A.R. (Experimental Audio Research) et en général toute la galaxie Spacemen 3, pour le trip psychédélique. En définitive, le lien avec l'italo serait plutôt à chercher du côté des Italiens de Goblin et bien évidemment, l'un ne va pas sans l'autre, avec John Carpenter. Zombie Zombie, si vous me permettez le jeu de mot facile, c'est un peu de la disco pour faire danser les morts. Le titre du Ep pour commencer, Driving This Road Until Death Sets You Free, magnifique ! Un titre en forme de manifeste pour la vie en somme. Une déclaration qui ouvre des portes : un hommage aux dernières minutes du Lost Highway de David Lynch ? Une bande son improbable pour le Crash de J.G. Ballard (également valable pour son adaptation par Cronenberg) ? D'accord mais la musique dans tout ça ? Et bien c'est une longue plainte electro résonnante, minimaliste dans sa forme, répétitive et inquiétante. Une sorte de krautrock pulsée et monomane, de la kosmische musik qui resterait collée au plancher, les deux pieds sur la pédale d'accélérateur. Un univers tourmenté donc, en constante contradiction. Contrairement à leur premier EP, pas de lyrics ici, juste cette ligne droite infinie et sinusoïdale dont on aimerait même pas voir le bout, maso que nous sommes. Ça tombe bien, puisque la face deux propose une version de Joakim, un poil plus tendue encore, histoire de ne pas oublier d'où vient cette musique, ni où elle vous emmène. Comment ça "Et où nous emmène-t-elle ?" Vous ne voulez pas que je vous dises tout non plus, non ? Achetez-le !

 

 

 

Zombie Zombie - Driving This Road Until Death Sets You Free (Versatile)

http://www.myspace.com/therealzombiezombie


Circus Devils is REAL

Posté par Maxence le 16.10.07 à 18:07 | tags : psychédélique, électro, pop, myspace, rock

Sidérant ! C'est le mot qui vient à l'esprit à l'écoute des 32 titres (pour 67 minutes) de Sgt Disco, le nouvel album de Circus Devils. Enfin, je dis "nouveau", mais je dois avouer avec humilité que je n'avais jamais entendu parler de ce groupe, pourtant déjà responsable de 5 albums, avant que Mike Patton (dieu le bénisse) ne le signe sur son label Ipecac et que je le reçoive chez moi. J'ai honte, d'autant que Circus Devils est la créature de Robert Pollard de Guided By Voices (rien que ça !) et de Todd Tobias, qui officiait un temps, chez les mêmes. Sur Sgt Disco ne cherchez aucun clin d'œil au revival du genre dansant dont je parle souvent, il n'y en a pas. D'ailleurs, l'album aurait pu être enregistré en 1967, 69, 72 ou 84/85 (période du revival psychédélique californien connu sous le nom de "Paisley Underground") mais certainement pas en 2007 et certainement pas à New York, Oslo, Bruxelles ou Berlin.

 

Musicalement, Sgt Disco est d'une richesse incomparable, guitare, basse, batterie, mais aussi bidouillages électro-cacophoniques, chaque morceau est unique et il faudrait réellement le passer en revue track by track pour en rendre toute l'originalité et l'étrangeté. Volontairement expérimental, le chant de Pollard frôle parfois le spoken word et rappelle le poète punk John Cooper Clarke dont nous parlait Myoso il y a peu. Clairement ce disque n'entre dans aucune catégorie actuelle, si ce n'est le psychédélisme. Je disais sidérant, mais je pourrais ajouter étonnant, saisissant, captivant, ou tout simplement enthousiasmant. Sgt Disco est de ces albums qui vous forcent la main, vous donnent envie de téléphoner à votre meilleur ami pour le partager avec lui. Envie surtout, d'y revenir en boucle, encore et encore (pensez donc, 32 morceaux ! Il faut du temps pour en faire le tour). On pense souvent au psychédélisme californien flamboyant de Love ou des Left Banks, mais aussi à Sebadoh, Julian Cope, au premier Beck, à Captain Beefheart, Butthole Surfers, Devo ou à Rocky Ericsson (le grand timonier du 13Th Floor Elevators), c'est dire si Circus Devils est décalé, loin, très loin de nos préoccupations habituelles. Mais qu'attendre après tout, d'un groupe oeuvrant à Akron, dans l'Ohio ?

 

Sur ces 32 vignettes allumées où l'intrigant ("New Boy", "Bogus Reactions", "In Madonna's Gazebo") croise le magnifique (les belles mélodies de "Zig Zag" ou "Summer Is Set"), Tobbias et Pollard s'amusent à visiter les méandres de l'esprit, lancent de petits cailloux dans les gouffres sans fond de l'inconscient ("Happy Zones"), se font peur ("Nicky Highpockets"), s'engueulent ("Love Hate Relationship With The Human Race") se perdent, s'appellent et finalement se retrouvent épuisés sur une plage inconnue. Tout comme l'auditeur qui les accompagnera durant tout le voyage. Sur ce très beau digipack réalisé par Pollard himself, il manque d'ailleurs cet avertissement : "Toi qui entre ici, sache que tu n'es déjà plus le même que celui qui sortira". Si l'on devait comparer Sgt Disco à un film, se serait certainement au Lost Highway de David Lynch. Les chansons de Circus Devils seraient le couloir obscur de la maison de Fred et Renée Madison, un passage dans lequel on ne s'enfonce pas gratuitement. Et pendant que des femmes inconnues quittent leurs corps en rêvant de piscine et de garçons bronzés, un type bizarre se balade sur votre tombe en secouant des osselets, c'est la fin de l'été, il est temps de se trouver un endroit heureux où les maris disparaissent sans raison et où les animaux du zoo sont inoffensifs les jours verts. Pour le reste, n'ayez pas peur, vous sortirez de cet état second au bout de 67 minutes, promis, mais évitez de regarder dans un miroir immédiatement après, un clown sinistre et ricanant vous y guette peut-être encore en attendant votre retour. Parce que vous reviendrez, forcément. Circus Devils is REAL ! Déjà culte et bizarre.

 

Circus Devils - Sgt Disco (Ipecac/Southern/Differ-Ant)

 

Quelques vidéos donnent une idée de l'univers de Circus Devils, ici. Des morceaux de l'album sont en écoute ici.


Strings Of Consciousness : Syndicat du dream

Posté par Maxence le 04.10.07 à 18:26 | tags : électro, rock, psychédélique, contemporaine, myspace

De par son line up hors-normes et son intensité inégalée Our Moon is Full, le premier album de Strings of Consciousness fait partie de ces albums inclassables à l'impact purement émotionnel, qu'il est forcément difficile de décrire et d'analyser à l'aide de simples mots. Il suffira donc de dire qu'il s'agit d'une très belle surprise, servie par une poignée de musiciens exceptionnels venant d'horizons différents, mais tous attachés à ce que l'on nommera pour faire court, le "rock bizarre". Dans le genre, on ne voit à la rigueur que le Tilt de Scott Walker, le California de Mr Bungle ou Why I Hate Women, le dernier Pere Ubu pour rivaliser avec un tel monstre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si au sein de ce big band, nous retrouvons le trompettiste Andy Diagram, soit une moitié des Two Pale Boys, qui accompagne aujourd'hui le même Pere Ubu. Signé sur Central Control, le label du Bad Seeds et de Barry Adamson (ce qui n'est pas rien en soit) String Of Consciousness est donc une forme de "supergroupe" informel, réunissant en son sein le Français Phillipe Petit (label manager du recommandable Bip_hop, au theremin, laptop et platines), Hervé Vincenti (guitare/laptop), Raphaelle Rinaudo (harpe), Nicolas Dick (guitare), Pierre Fénichel et Abdenor Natouri (contrebasse), Hugh Hopper (electric bass), Perceval Bellone (saxophone), Lenka Zupkova (violon), Alison Chesley (cello) et Stefano Tedesco (vibraphone). Onze musiciens donc, pour huit morceaux, chantés par d'autres pointures tels J.G. Thirlwell (alias Foetus), Scott McCloud de Girls Against Boys, le chanteur d'Oxbow Eugene Robinson, Lisa Smith-Klossner, Pete Simonelli (d'Enablers), Black Sifichi et Barry Adamson, que l'on ne présente plus.

 

Un casting impressionnant en forme de name dropping, mais aussi un exercice incontournable pour nous aider à situer cet étrange objet, et le niveau de son ambition. Concentré abrasif de rock libéré de son carcan de clichés divers, "objet sonore non identifié" bardé d'effets électroniques discrets, Our Moon is Full est une œuvre schizophrène dont les personnalités multiples semblent finalement très à l'aise ainsi à cheval entre musique expérimentale et primitivisme rock. A ce titre, le puissant "Cleanliness is next to Godliness" marmonné et bafouillé avec le talent que l'on sait par Eugene Robinson d'Oxbow, est exemplaire. Tout comme l'incandescent "Crystallize it" interprété par McCLoud. D'une profondeur insondable, ces deux titres présentent la face psychopathe de Strings of Consciousness. Ici, la musique puissante et cathartique de l'une, répétitive jusqu'à l'aliénation pour l'autre, répond parfaitement à la folie qui habite ses interprètes. Cela dit, les 8 titres de cet impossible album n'excluent pas les plages de détente. Comme cet étonnant "Asphodel" qui ouvre l'album, un titre easy listening tordu interprété par J.G. Thirlwell sur fond de trompette envoûtée, de crissements insectoïdes et de slide guitare hantée, ou encore, un "Defrost Oven" minimaliste et léger. A la manière du Dream Syndicate (celui de Tony Conrad, John Cale , La Monte Young et Angus MacLise, pas celui de Steve Wynne, quoique...) les huit musiciens échafaudent une anti-cathédrale, vibrante d'ambiances mystérieuses et urbaines. Des titres dépassant généralement les 8 minutes, qui doivent beaucoup au jazz, au film noir ("Sonic Glimpse" feat Barry Adamson) et à New York en général. Pas de doute, Our Moon is Full est bel est bien un album unique, au moins en ce qui concerne les productions rock et affiliées actuelles qu'elles soient free, post ou expérimentales au sens large. Strings of Consciousness y navigue les yeux fermés même si c'est souvent dans les eaux troubles de la possession au sens vaudou du terme. Futur culte et bizarre, à n'en pas douter.

 

 

Strings of Consciousness - Our Moon is Full (Central Control/La Baleine, sept 2007)

http://www.myspace.com/stringsofconsciousness


Lex Luthor est leur dealer

Posté par 2goldfish le 02.10.07 à 10:14 | tags : vidéos musicales, psychédélique, pop

 

 

 

"Evergreen", premier extrait de The Modern Tribe, nouvel album de Celebration à paraître très bientôt. Avec cette batterie primitive, ces couches d'orgues élégiaques et la voix de diva goth de Katrina Ford difficile à discerner, un peu comme si elle chantait sous l'eau, ce titre sonne comme comme le Wall of Sound d'un Phil Spector défoncé, sauf que là personne ne tire sur personne à la fin. C'est que, même si à en juger d'après le clip le groupe a consommé une grande quantité de kryptonite, celle-ci n'a heureusement d'effet négatif que sur Superman. A moins que ce ne soit pas de la kryptonite et que ce clip soit en fait la suite de celui du "Knife" de Grizzly Bear.

Oh, et il faut que je précise ça pour Flyer : Dave Sitek a produit le second disque du groupe, comme le premier, et il a encore rammené quelques potes de TV On The Radio dans le studio.


M83 : La Californie rêve en allemand

Posté par Maxence le 24.09.07 à 18:05 | tags : électro, pop, ambient, psychédélique

Toutes les musiques psychédéliques dites "lysergiques" des 60's auraient pu être de l'ambient. Elle le sont d'ailleurs par le biais d'un vicieux retournement temporel que j'expliquais il y a peu (les pionniers de l'ambient électronique furent souvent des hippies férus de psychédélisme et de space rock, logique). Elles le sont aussi de toutes les façons possibles et imaginables dans l'esprit. Idem pour les grands compositeurs de kosmische music allemands des années 70, les Cluster, Harmonia, Tangerine Dream, Popol Vuh et autre Klaus Schulze, qui les premiers unirent les atmosphères envapées et les machines à grand coups de synthétiseurs, de beat box primitive et de motorik beat. Evidemment, il fallait quelqu'un pour unir ces deux hémisphères : la contre-culture hippie des 60's et la scolastique mécanique allemande des 70's. Il fallait aussi quelqu'un pour conceptualiser le truc, le rendre plausible, transformer ce qui aurait pu n'être que de la musique de supermarché en un art noble. Ce quelqu'un, par sa curiosité, son talent et ses qualités de visionnaire, c'est Brian Eno quand il inventa l'ambient. Ambient #1 / Music for Airports (1978), puis la même année Music for Films. Ambient #2 / The Plateaux of Mirror (avec Harold Budd) en 1980, l'ensemble se concluant sur Ambient #3 / Day of Radiance et On Land. Mais tout le monde connaît ça aujourd'hui...

 

Anthony Gonzales de M83 a toujours écouté ces musiques. Pour lui c'est même l'essence de l'art, ou, pour être plus précis, "l'essence de son art". Du coup, ce Digital Shades Vol. 1 composé de 10 plages de pure musique ambient minimaliste et dépouillée se présente en fait comme le plus vaste des continents. Un pays à visiter les yeux fermés. Mieux, Digital Shades Vol. 1 s'appréhende logiquement dans la lignée des précédents albums de M83. D'autant plus logiquement que ce travail, proposé comme une pause, une respiration, dans l'ensemble de la discographie et la carrière du groupe, porte en lui les germes (et les "gemmes" aussi, écoutez bien) des mélodies déjà présentes dans les murs de bruit blanc lumineux, l'electronica contemplative et les envolées vocales d'un Before The Dawn Heals Us, par exemple, même si l'album pouvait sembler foisonnant en comparaison. Pour en être sûr, il suffit de se laisser aller et de tendre l'oreille aux mini-symphonies synthétiques que viennent habiter de discrètes variations. Chaleureux, vivant, le son de Digital Shades Vol. 1 doit plus aux pionniers de l'ambient des 70's qu'aux travaux aseptisés expérimentaux des petits maîtres des 90's qui suivirent. En digne héritier d'un vaste continuum ambient analogique, Anthony Gonzales de M83 compose principalement sur de vieilles machines. Il se fit complètement à la magie de l'union synthétiseurs et guitares. Nous ne sommes pas loin du M83 que nous connaissons donc, toujours une histoire d'harmonie et de magie, l'ultime alliance. Et ça marche, la preuve, de 1967 à 2007, la Californie rêve toujours en allemand.

 

Retrouvez notre interview d'Anthony Gonzales de M83 sur Flu' le mag, ainsi que le site Eyeka (la plateforme communautaire ouverte à tous les passionnés d'images numériques et partenaire du concours organisé autour de l'album)

M83 - Digital Shades Vol.1 (Gooon/EMI/Labels)


DC Recordings : Dancing astro zombies from outer space part. 1

Posté par Maxence le 20.09.07 à 18:30 | tags : funk, myspace, punk, psychédélique, rock, électro

Welcome freaks, mutant, subhumans, monsters, clones, robots, evils, vampires, zombies, hybrids, pinheads, halfdeads, men machines, cyclops, siamese, android, mummies, psychos, martians, undead, creatures, demons, entombed, skeletons, etc, c'est la rentrée des joyeux mutants de DC Recordings. J'en profiterai d'ailleurs pour présenter deux maxis parus cet été dans une deuxième partie, ça fera un compte rond.

 

Donc voilà, on commence avec les aventures de The Giallos Flame, le projet electro rock gore halluciné de Ron Graham. Le giallo, comme certains d'entre vous le savent certainement c'est l'horror movie à l'italienne, un sous-genre dignement représenté en son temps par Dario Argento, Lucio Fulci ou Mario Bava, pour ne citer que les plus connus. Vous l'aurez compris, avec Live From Dunwich de Giallos Flame nous avons affaire à la version anglaise et provinciale de la bande son fictive d'un film d'horreur italien des années 60 (Dunwich étant une petite ville abandonnée au fin fond du Royaume-Uni). De fait, les six titres de ce Live From Dunwich évoquent un peu le croisement musical délicieux d'un classique de Mario Bava croisé avec Le Chien des Baskerville période Hammer. Ron Graham s'y livre à l'invocation des morts sur fond de nappes de synthés analogiques en mode retro-kitsch. C'est à la fois hilarant ("Out For Justice") et angoissant ("Body Snatcher") et pour notre plus grand plaisir toujours trippant ("Wastelands"). On pense parfois au Gun Club et à Cramps ("Keoma"), à Goblins aussi bien sûr, les mythiques metteurs en son des films d'Argento, bref, que du bon !

 

Toujours en mode rétro (cela fait partie du cahier des charges minimum obligatoire chez DC Recordings), on découvre également ce six titres de Clause Four, alias Tom Giles. Blue on Blue est la déclaration d'amour gentiment psychédélique d'un adepte de jeu d'arcade des années 80 à la culture du vidéo game. Parfait computer geek, fanatique de programmation, Giles mouline sa musique sur de vieux 8-bit accouplés à d'antiques synthétiseurs de type Korg SQ10 pour composer des charmantes ritournelles electronica vintages et pop. Si l'éponyme "Blue on Blue" sonne comme du Plaid en mode archéologique, le reggae dub "Version (#1)" laisse imaginer ce que les pionniers jamaïcains auraient pu faire si l'île avait été équipée en informatique "de pointe" dans les années 70. Clause Four côtoie même les sommets de la poésie quand il abandonne ses tics et ses tropes retro-futuristes et laisse la mélodie s'emballer autour d'une guitare estivale et quelques bleep lumineux sur un "Division" vraiment magique. Idem sur le hip hop cool de "Walking" et la ballade "Soul (version)". Clairement nostalgique d'une époque où la culture électronique était encore ludique, mystérieuse et rigolote, Blue on Blue se présente un peu comme une carte de visite pour un artiste atypique et comme on dit, "attachant". Try it.

 

Giallos Flame - Live From Dunwich
Clause Four - Blue on Blue
(tous les deux chez DC Recordings/La Baleine)

http://www.myspace.com/dcrecordings

Détendez vous et instruisez vous avec The Orb

Posté par Maxence le 10.09.07 à 18:32 | tags : électro, psychédélique, ambient

S'il est un genre qui unit très tôt électroniques et rock c'est bien l'ambient. Deux styles musicaux que l'on pourrait croire totalement antagonistes mais qui allaient se découvrir contre toutes attentes de nombreux points communs grâce au psychédélisme, au pouvoir du trip et de l'imagination. Les connaisseurs le savent, c'est Steve Hillage de Gong (entre autre) et le minimaliste planant Terry Riley qui furent les premiers à comprendre à quel point la techno et particulièrement sa face Chill Out, celle qui permettait de se reposer après s'être donné à fond sur les rythmes robotiques, offrait de possibilité et de liberté créative pour peu que l'on dispose des substances adéquates. Le sampling et ses nouvelles machines permettaient également de jouer aisément avec les sons de notre environnement pour créer les paysages sonores que les pionniers psychédéliques rêvaient de réaliser depuis toujours. A l'instar des théories new age et de la réalité virtuelle qui allaient largement fusionner au milieu des années 90, la musique électronique et les babas allaient se rencontrer à la fin des années 80.

Sur The Art of Chill #4, c'est donc à une large rétrospective de l'ambient que vous aurez droit. Alex Paterson retrace pour nous la saga de The Orb, à une époque où les salles de repos dites "Chill Out" (les salles de "refroidissement" comme on disait à l'époque à cause de la surchauffe MDMesque, on ne parlait pas encore d'ambient) éclosaient comme des fleurs de lotus au soleil de l'aurore après de longues nuits passées à danser. Ce double CD est aussi un hommage au Land of Oz, la salle du DJ Paul Oakenfold qui fut l'un des premiers à importer la house d'Ibiza et ses sons inouïs en Grande-Bretagne. Dans le livret, Paterson raconte même comment Jimmy Cauty de KLF et lui-même, jouaient parfois durant sept heures d'affilée sans s'arrêter avec juste un "pot" de thé corsé à l'anglaise (ne pas confondre avec le "pot" correspondant à cette herbe merveilleuse offert par mère nature) et bien sûr quelques spliffs, quand même, pour faire bonne mesure. Clairement pédagogique The Art of Chill # 4 est scindé en deux parties distinctes. Le CD 1 regroupe les pionniers de l'ambient selon Paterson et sa bande, et le second CD présente la nouvelle école, celle qui est apparue dans les années 90. Signalons qu'en bons spécialistes, les membres de The Orb ont une vision "élargie" du genre. Le premier CD présente par exemple le fabuleux "Warszawa" de Bowie et Eno, pièce fondatrice tirée de la face deux de LOW et "Taking Tiger Mountain" de l'album éponyme de Brian Eno. On retrouve aussi le pendant dub de l'ambient avec "Dub Power" de Mad Professor. Plus classiquement, The Orb propose "Garden of Paradise" de leur ami Steve Hillage ou "Narcissist" une pièce de leur complice de longue date, Nina Walsh. Mais ce CD contient aussi des surprises comme le fameux "Duck You Sucker" d'Ennio Morricone que Paterson avoue être le morceau favori de sa mère. Et pourquoi pas ? Quant il s'agit de "chiller" Alex Paterson et Jimmy Cauty savent de quoi ils parlent. Preuve en est sur le second CD qui propose l'ambient nouveau de "Gas 1" de Gas (aka l'Allemand Wolfgang Voigt) à Kaito, en passant par Thomas Fehlmann (autre compagnon de route de The Orb), Ulf Lohmann, Schneider TM ou Andrew Thomas. Ce CD 2 fait la part belle à Kompakt bien sûr, The Orb ayant rejoins le label depuis 4 ans.

Au final ce volume 4 de The Art of Chill qui succède au mythique System 7 (soit Steve Hillage et sa femme Miquette Giraudy), possède toutes les qualités d'une excellente introduction à l'univers de l'ambient, des origines à aujourd'hui, tout en participant au plaisir de l'auditeur averti qui retrouvera quelques-uns des titres emblématiques du genre réunis dans un même album.

The Art of Chill # 4 Mixed by The Orb (Platipus/La Baleine, septembre 2007)