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Remote, Shonky : l'anti-minimal syndrome

Posté par Maxence le 14.05.08 à 17:16 | tags : news, électro, techno

Pour beaucoup, et à raison, la techno minimale correspond aux années 90. Etrangement à l'époque personne n'en parlait alors qu'aujourd'hui se trouve taxé de "minimal" toute musique dancefloor un tant soit peu dépouillée. Pour retrouver les racines du genre il faut pourtant revenir à l'époque où des gens comme Robert Hood, Daniel Bell et plus tard, Richie Hawtin, ont décidé d'épurer complètement les productions techno et house de la fin des années 80, la débarassant des influences new wave, funk et disco qu'elle contenait. Alors que de nombreux DJs de l'époque étaient influencés par Kraftwerk, Human League, Depeche Mode, la brit pop, etc. des producteurs comme Bell sont arrivés et ont élagué ces influences, pour ne garder que le rythme. Créant ainsi une musique strictement ascétique mais avec un groove soutenu. Il y a une évidence à l'écoute des productions d'un Robert Hood, par exemple. Malgré l'épure totale du son, l'afro-américain garde un sens du rythme incroyable, un funk froid et complètement pur. En ce sens, le minimalisme des origines, musique exigeante s'il en est, est authentiquement et beaucoup plus funk que ce que l'on veut nous vendre aujourd'hui sous ce nom, dans la house ou la techno.

 

Cependant, à force de cataloguer le tout venant de "minimaliste", ou au contraire, de reproduire la recette de ces deux pionniers de manière toujours plus mécanique, le public comme les producteurs ont fini par se lasser. Normal. Aujourd'hui, on taxe de "minimal" tout et son contraire. Le son Kompakt en est le parfait exemple. Les productions du label de Cologne sont généralement tout, sauf minimalistes. Kompakt sort des choses plutôt variées, plus souvent proches de la pop que du minimalisme. C'est ce minimal syndrome (titre original de mon billet) qui participa à ce que j'aime appeler aujourd'hui l'anti-minimal syndrome. Des producteurs comme les Français Seb Fouble et Eric Guillanton de Remote, sont par exemple à l'origine d'un son certes épuré, mais qui, par se touffeur et sa densité, ne correspond absolument pas aux canons du minimalisme des 90's (et tant mieux). Sur l'excellent Dark Enough, le premier album à paraître chez Kill The DJ ce mois, le duo explore toute la noirceur d'une techno rigoriste, qui fait parfois penser aux expérimentations jansénistes d'un Plastikman sur Consumed, ou des Finnois de Pan Sonic, mais reste l'aspect cosmique de leur musique, l'usage de synthétiseur, la profondeur de champ en fait tout, sauf un disque minimaliste. Ce qui, soyons en sûr, n'empêchera pas les « spécialistes » de le cataloguer comme tel.

 

C'est aussi le cas de Shonky, un autre français, dont le spatial et brillant (mais sévère) Time Zero doit tout à la science-fiction et aux visions froides de Detroit et autres lieux mythiques de l'imaginaire electro. Comme ses compatriotes de Remote, la musique de Shonky est, à priori bien loin des émanations filtrées de la French Touch des 90's, reste que le feeling a beau être plutôt straight, le rythme répétitif, le pied rigoureux, l'ensemble propice au headbanging vigoureux et à l'hypnose, Time Zero s'approche plus volontiers d'une musique de transe, pas au sens de "techno-trance" bien sûr, mais plutôt au sens de dérèglement "des sens" justement, de transe dans la répétition. Celle de la junky music pour beat junky, acidulée de ci, de là, de fulgurances laser et de défonce subliminale en réalité complètement virtuelle. Et ça, évidemment, c'est ce qui rapproche la musique de Shonky et Remote de la techno minimal d'origine, cet aspect druggy et transcendant, mais c'est bien la seule caractéristique que ces artistes partagent avec ce que l'on appelait il y a 18 ans, la "minimal techno". Reste que ces deux albums sont bien évidemment, chaudement recommandés !

 

Remote - Dark Enough (Kill The DJ/Nocturne)
Shonky - Time Zero (Freak N' Chic/La Baleine)

 

http://www.myspace.com/remotektdj

http://www.myspace.com/shonkar


Detroit - Berlin : L'ultime pélerinage des hommes-machines

Posté par Maxence le 28.04.08 à 15:16 | tags : techno, électro, egographie
 

On a tous une théorie sur la techno de Detroit, cette musique de l'âme humaine communiant avec la machine, celle-là même qui la soutient, l'aide, pourvoit à son confort et la détruit dans un même mouvement. Cette musique dont les racines plongent loin dans le blues, le jazz, mais aussi la musique répétitive et minimaliste américaine et les musiques électroniques européennes. Dans cette optique, l'axe Detroit-Berlin en a fait rêver plus d'un. Et même si ses prophètes ne sont pas originaires de Berlin mais de Düsseldorf, cela commence certainement avec ce refrain, "Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn, fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn". Une unité de ton se créait donc, fin des années 70 et début des années 80, entre l'Allemagne industrialisée et les Etats-Unis en pleine crise économique. Et cette unité s'incarnait dans l'automobile. D'un bout à l'autre de l'Atlantique, la présence des usines automobiles, des chaînes de montage, des gestes répétitifs, des pistes d'essais de vitesse, annonçaient l'avènement des rythmes machiniques envoûtants de la musique Techno, créant un pont entre l'Europe et le nouveau monde, ainsi qu'un "mood" psychologique et musical particulier, comme le dira Jacqueline Caux dans son fameux reportage sur Detroit et les origines de la Techno, The Cycle of The Mental Machine.

 

L'imaginaire n'a pas fini de se nourrir de cette imagerie largement utilisée par les producteurs et les labels de ces deux pays (remember Eddy Flashin Fowlkes, sur Detroit-Berlin, l'album éponyme paru chez Tresor, mythique label techno berlinois, ou encore Basic Channel/Chain Reaction, célébrant dix ans durant l'union de la techno métronomique allemande et de l'ambiance suburbaine évoquée par cette musique, sans oublier le son à la fois mathématique et emphatique de Richie Hawtin, le Landcruising de Carl Craig qui s'ouvre justement sur un véritable hommage à l'Autobahn des Allemands de Kraftwerk, etc. J'en oublie volontairement tant les exemples sont nombreux). A ce titre, et pour prouver que ses influences sont bien vivaces, même au-delà des frontières de l'amitié américano-allemande (Deutsche Amerikan Freundschaft) The Dash de l'Anglais James Ruskin est emblématique du pèlerinage qu'effectuent encore les producteurs contemporains.

 

A cheval entre techno onirique et paysage electronica, la musique de ce producteur est typique, comme son look ascétique évocateur, d'une certaine décennie techno (celle des 90's). De "Scene" (où Boards of Canada rencontre Jeff Mills) à l'Autechre-like "Torridon Void", en passant par le sombre "Lahaine", les dynamo techno de "Road Trip", "Outlined" et "Your Journey" ou l'ambient de "Glasshoppers" et "Vox", The Dash s'impose comme un archétype à la fois jouissif et inquiétant de de ce que la techno intelligente peut générer d'atmosphères synthétiques et futuristes tout à fait dignes de Detroit, et ce, sur un label berlinois, le mythique Tresor.

 

Mais les producteurs de la capital du Michigan ne sont pas en reste, puisque de son côté, Osborne, aka Todd Osborn, rejeton de Spectral, sous-label de Ghostly International, sort lui aussi un album sous influence Detroit évidente, avec des titres comme "Downtown", "L8", "Ruling" ou "Afrika", sans oublier ce que le genre doit au hip hop tendance technologique "à la Dabrye" ("Our Definition of Breakdown" ou l'electro-pop inspirée par Kraftwerk ("16th Stage"). Le tout sur un album hétérogène et visionnaire ou, encore une fois, les douceurs rêveuses de l'electronica la plus fine côtoient les rythmes martiaux de la Motor City.

 

En Allemagne enfin, c'est cette fois au tour d'un compatriote de rendre hommage au Beach Boys de Düsseldorf (aka Kraftwerk) et Saint-Patrons de la techno des origines, sous la forme d'un mix album drivé de main de maître par la moitié du duo Wighnomy Brothers, Robag Wruhme, sur son propre label Freude am Tanzen. Un pur moment de bonheur, hors du temps et des contraintes du dancefloorisme (comme  c'est souvent le cas chez Wruhme) où Lisa Gerrard de Dead Can Dance rencontre False (aka Matthew Dear), où Trentemoller croise le fer avec Stewart Walker et où Bugge Wesseltoft jamme avec DJ Koze dans un exemple imparable de groove autoroutier pour rouler (ou danser) jusqu'au bout de la nuit sur l'autobahn imaginaire qui relie Detroit à Berlin et retour !


Scratch Massive s'exhibe sur DVD (trailer)

Posté par Maxence le 07.04.08 à 16:49 | tags : techno, électro, youtube
C'est dur la vie de DJ (mais il y a aussi des bons moments). Si vous n'y croyez pas, regardez Underground Needs Your Money Baby, le "DVD album/concept/tranche de vie/états d'âmes" du duo français Scratch Massive. Un projet qui fait suite à la performance exceptionnelle donnée avec Plaid à la Géode, au printemps 2007.

 

De fait, avec ce DVD concept, Maud Geffray et Sebastien Chenut prouvent une fois encore (la dernière était leur excellente BO pour Broken English, un film de Zoe Cassavettes, sorte d'A bout de souffle britannique que l'on attend toujours sur nos écrans) que nous avions raison de miser sur eux en tant que relève de l'electro francophone au côté de Jennifer Cardini, Ivan Smagghe, Chloé et consort. Scratch Massive vient d'ailleurs du même moule, le Pulp (que nous retrouvons ici dans une petite séquence émotion), ce que le duo ne manque pas d'évoquer dans ce DVD composé de trois parties comprenant un live, un documentaire et des clips. Le spectateur partage ainsi un peu de la trépidante existence de DJ/producteur, entre Paris, Milan, Madrid, New York et plus.

 

Agréable, généreux et sans prétention, Underground Needs Your Money Baby est un parfait exemple d'hybride audio et vidéo. Il illustre à merveille l'univers mental du duo, voyage, absinthe, course dans les coursives d'aéroport... Ici, les deux médias s'imbriquent au point que l'auditeur/spectateur ne sait plus s'il doit fermer les yeux et se trémousser, ou s'assoir et apprécier le flash rémanent du spectacle des photons qui dansent.

 

Pour l'exemple, voici 4 vidéos trailer disponible sur youtube, check it !

 

 

Scratch Massive - Underground Needs Your Money Baby DVD (Modular/Nocturne)

Ivan Smagghe : l'electro, une exception culturelle ?

Posté par Maxence le 04.04.08 à 16:23 | tags : techno, électro

Finalement il ne nous reste que l'electro à nous, les Français. Alors que notre pays fut longtemps considéré comme celui d'une culture pop inexistante (malgré une scène new wave foisonnante dans les années 80 et de nombreux, et non moins passionnants, groupes "pop rock" aujourd'hui), l'hexagone n'est globalement représenté que par ses artistes électro. Air, Daft Punk, Justice, Etienne de Crecy, Chloé, Sébastien Tellier et Ivan Smagghe sont définitivement plus connus dans le reste du monde que The Married Monks, Katerine, A.S Dragon, Bertrand Burgalat ou même Noir Désir.

 

Du coup, on se demande ce qui fait de notre pays une exception culturelle en terme de production musicale ? Pourquoi l'electro, alors qu'en la matière, nous ne sommes pas plus brillants, ou plus originaux que nos voisins? Cela tient peut-être, comme en Allemagne, à une longue tradition d'expérimentateurs, les Schaeffer, Ferrari, Bayle, J. J. Perrey, Henry, Parmegiani, et aujourd'hui Zanési et Dufour (j'en oublie volontairement, cette scène étant d'une richesse et d'une densité que la simple énumération ne peut refléter). Il ne faut pas oublier en effet que c'est le Français Pierre Schaeffer qui, dès 1948, mit au point la théorie de la musique concrète et fonda le fameux Groupe de Recherche Musicales (GRM) quatre ans plus tard. La production concrète et acousmatique cependant, diffèrent complètement de ce que l'on appelle la techno et la house. On ne peut, à la rigueur, que la rapprocher de certaines formes d'electronica, dans sa forme la plus écrite, technique et improvisée. On est loin donc, des artistes calibrés "danse", tels que Justice ou Daft Punk.

 

Restent, les mutants, les drôles d'oiseaux, ceux que le dancefloor intéressent, mais qui ne se laissent pas brider par le formatage ambiant. Et c'est là qu'intervient Ivan Smagghe. L'originalité évidente des mix de Smagghe depuis Hard! en 2002, n'est pas à chercher dans la technique bien que le Français soit un excellent DJ, mais bel et bien dans la "matière première" souvent soigneusement pesée et volontairement choisie hors des sentiers balisés du dancefloor actuel. Prenez "Atlas" de Battles (remixé par DJ Koze) le morceau qui introduit Cocorico 3', son dernier mix album pour les Italiens de Mantra Vibes, c'est en soit un bijou de déviance sautillante et déglingué, un track dansant mais totalement hors normes. Quel choix pour introduire un mix ! Il n'y a que le Français pour oser ça. Idem pour Runaway et leur psychédélique "She Did It for The Money" qui ferme l'album. Le reste est à l'avenant. On pourrait citer "Blood on my hand" de Shackleton remixé par Villalobos, de "Patient Saints" de Two Lone Swordsmen, "Kanibal" de Fred Hush & Noseda, "Face Control" de Danton Eeprom ou "Telescope" de Partial Arts, pas de dancefloorisme facile ici. Par ses choix, la grâce infinie de certains enchaînements, ou au contraire, leur côté "bancal" (l'adjectif étant également le nom du studio qu'il vient de monter avec Eeprom), Smagghe se préoccupe plus de poser une ambiance, que de faire danser le plus grand nombre.

 

En ça, la démarche du DJ rejoint celle du laborantin de l'electroaccoustique et de la musique concrète : ils créent tous deux de nouvelles formes à partir de l'océan de sons disponibles autour d'eux. L'un utilise les productions des autres, déconstruisant, allongeant, triturant, créant véritablement, une histoire. L'autre use des sons du monde quotidien, capturés et interprétés live dans un environnement sonore approprié (l'acousmonium, on en reparle). Nous sommes donc bien en face d'une école ici, dans le sens d'éducation par la pratique, de filiation et d'héritage, que celui-ci soit conscient, ou non.

 

Ivan Smagghe - Cocorico 3' (Mantra Vibes/Import)


Drumpoet Community : Zoorichans Beats

Posté par Maxence le 26.03.08 à 19:08 | tags : label, myspace, techno, électro

Penchons nous un peu sur les productions de nos voisins suisses, histoire de voir ce que ce petit pays nous réserve de bon cette année, en plus du fromage et des cadeaux fiscaux pour grandes fortunes. Côté musique donc, c'est avec plaisir que nous découvrons Drumpoet Community. Un jeune label electronica-techno-house de Zurich qui risque bien de devenir pour beaucoup une étoile montante de la production électronique, du niveau de Warp dans les 90's, ou pas loin. Même si le rapprochement peut sembler tiré par les cheveux, force est de constater que comme son aîné, la communauté Drumpoet bénéficie d'un crew de producteurs aux talents variés et souvent hors du commun, ainsi que d'une identité visuelle forte (voir les fabuleuses pochettes et rondelles de 12" au graphisme naïf et organique, proposées par la structure sur leur site), ce qui n'est plus si évident aujourd'hui.

 

Comme son nom l'indique, Drumpoems Verse 1 est la première carte de visite d'une structure qui n'est, pour le reste, pas avare de sorties maxis toute l'année. Présentée dans un joli petit sac noir en impression tons sur tons bien pratique pour y ranger les fines herbes (par exemple, bien que la label préconise une utilisation plus classique, CD, I-Pod, clé USB, téléphone portable...), cette compilation offre d'excellents moments de détente musical (c'est là qu'interviennent les fines herbes les amis !). Avec son panorama d'electro intelligente, à la fois foncièrement dansante et toujours assez mélodique pour bénéficier d'une écoute attentive et allongée, il faut bien avouer que Drumpoems Verse 1, force le respect. Entre l'electronica soyeuse de Foster ("Quiet Befor The Storm (Quarion remix)" immortalisé sur le Feeling Strange de Jennifer Cardini), la tech-house cool de Soultourist - "Turn Loose (Dixon edit)" et l'entêtante progression lyrique du "Take Root" de Thabo, la minimale house qui balance doucettement de Kawabata - "Movin' On") et la house electronica un rien old school de Quarion ("Karasu"), le groove pulsé de The Lost Men ("The Return") et, surtout, la deep house hypnotique de Sascha Dive (l'ultra funky "DEep (Samuel Davis Deep4Life Mix)") Drumpoet Community semble confirmer le retour annoncé d'un certain classicisme assumé au sein de la sphère dancefloor électronique.

 

L'ensemble se distingue également par une touche singulièrement relax, soul jazz 70 et dubby, qui donne l'impression que Zurich se trouve aux Baléares et non pas dans l'hémisphère nord. Une certaines idée du "Zoorichan Beat" donc, qui rappel parfois la Vienne enfumée des 90's (Kruder & Dorfmeister, Tosca, les compilations Vienna Scientist, etc.) Largement soutenus - et joués - par des pointures mondialement reconnues et aussi diverses que Carl Craig, Derrick May, Âme, Henrik Schwarz, Jazzanova ou Château Flight, gageons qu'on entendra encore parler pendant longtemps de ce petit label prometteur. Et dire qu'il y en a encore pour venir se plaindre de 2008 !!

 

VA - Drumpoems Verse 1 (Drumpoet Community/Nocturne)

 

http://www.myspace.com/drumpoet
http://www.myspace.com/quarion
http://www.myspace.com/soultourist
http://www.myspace.com/lexxmusic 
http://www.myspace.com/thelostmen
http://www.myspace.com/philwuger (Thabo)
http://www.myspace.com/saschadivegoingdeeper


Carl Craig fait ses sessions

Posté par Maxence le 12.03.08 à 18:18 | tags : myspace, techno, électro

Cette double compilation de remixes célèbre la renaissance d'un enfant prodigue, celle de Carl Craig, légende de Detroit, héritier de Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, digne représentant de la seconde génération de producteurs de la Motor City. Avec cette double ration de Sessions hypnotiques et puissamment évocatrices, les nostalgiques d'une techno américaine aristocratique et cinématique ne seront pas déçus. Ce double CD de plus de deux heures signe en effet le grand retour de celui qui s'était dissipé à la fin des années 90 dans les projets néo-jazz (Innerzone Orchestra) et les velléités orchestrales pour spécialistes. Force est de constater aujourd'hui, et pour notre plus grand bonheur, que Carl Craig a enfin décidé de faire "sécession" d'avec ses ambitions bourgeoises-bohèmes et de revenir aux fondamentaux. Sessions évoque la ligne claire d'un retour aux sources que certains suivaient avec avidité depuis un peu plus de deux ans, traquant les remixes du maître avec l'avidité de velociraptor à jeun. Il faut dire que de Throbbing Gristle ("Hot On The Heels Of Love (Carl Craig re-version)") à LCD Soundsystem hier, l'Américain fait très fort, terrassant les clubbers du monde entier à coup de relectures implacables, pour une bonne part présentes ici.

 

La techno de Carl Craig, c'est cette musique en route vers le son pur, pourrait-on dire pour paraphraser le critique allemand Ulf Poschardt. A l'instar de Sun Ra ou de Steve Reich, dont le producteur américain est un fervent admirateur, sa musique se joue des structures fixes et s'engage dans la dissolution des formes. Sur Sessions, Craig expérimente la musique, la sienne sous de multiples pseudonymes (69, Paperclip People, Tres Demented, Psyche) comme celle des autres (Chez damier, Rhythm and Sound, Theo Parrish, Beanfield, etc.), comme un matériau sonore brut en constante évolution. Depuis Landcruising, la musique de ce petit prince du beat au kilomètre vibre en nous avec l'abandon lointain, de ceux qui se sont retirés dans une autre dimension. Musique de flux pour autoroute (de l'information), elle contient toujours en germe la pulsion moderniste des origines, même dans ses émanations les plus oldschool (69 - "Rushed" et "Psychobeat"). A ce titre, Sessions bat le pouls d'une techno éternelle, toujours innovatrice et inventive, celle d'une musique spirituelle, technologique (évidemment) et futuriste.

 

"Futurisme" n'est pas un vain mot chez Carl Craig, c'est un concept, une ligne de conduite, une philosophie de vie propice à développer un univers de science-fiction. Sa musique d'outre-espace avec ses nappes vibrantes et ses basses profondes (Junior Boys - "Like A Child", sur le CD 1 de Sessions, "Sound of Silver" de LCD Soundsystem, malheureusement absent de cette anthologie mais à se procurer de toute urgence, Xpress 2 - "Kill 100", Faze Action - "In the Trees" et en général tout le second CD) est de celle qui donne l'impression de ne jamais devoir s'arrêter, reliant en cela les poussées de fièvre du free jazz afro-américain de Charlie Parker à Miles Davis, du funk psychédélique surchauffé de Parliament-Funkadelic (Tres Demented - "Demented (Or Just Crazy)") et de l'electro allemande, ce "funk blanc", de Kraftwerk, Manuel Göttsching et plus près de nous, Basic Channel, avec toujours, cette obsession pour le sérialisme (Delia Gonzales & Gavin Russom "Revelee") et le classicisme (Francesco Tristano "The Melody"), quand ce n'est pas un certain académisme jazz (qui fonctionne parfaitement sur la monstrueuse et, il faut bien le dire défrisante, relecture de "Bug in The Bass Bin" d'Innerzone Orchestra). Avec Carl Craig, même l'évocation grave d'"Angola" par Cesaria Evora sonne comme l'incarnation afro-futuriste indépassable d'une vision à la fois ancestrale et moderne, unissant futur et tribalisme dans un vaste continuum chamanique avec une urgence et une vitalité qui font de Sessions l'une des livraisons indispensables de ce début d'année !

 

Carl Craig - Sessions (K7!/Pias, mars 2008)


Jennifer Cardini : A place to be

Posté par Maxence le 11.03.08 à 17:05 | tags : électro, techno

La France doit décidement beaucoup à ses DJ et producteurs féminins, d'un point de vue qualitatif comme d'un point de vue créatif. N'oublions pas que c'est principalement Delphine Palatsi, aka Sex Toy, qui ouvrit le dancefloor au rock et participa ainsi au décloisonnement de la scène techno en France en introduisant ses sets par des morceaux d'AC/DC, Nirvana ou Iron Maiden (et ce, avant même Manu Le Malin). Après sa disparition prématurée, c'est Jennifer Cardini et Chloé qui deviendront les ambassadrices d'une techno aventureuse, curieuse et raffinée, alors qu'on a beau dire, malgré une nette évolution du personnage, Laurent Garnier restera toujours un peu DJ Pedro quelque part. Un bon garçon, ouvert et intelligent, mais dont la musique ne s'embrasera jamais pour le charme déviant un rien sulfureux de ses consoeurs. D'un autre côté les Daft Punk seront toujours un peu trop populaire et Justice franchement trop bourrin. A ce titre, il ne faudrait pas oublier non plus ce que la techno française doit à feu le Pulp. Si cette musique longtemps réputée aseptisée et populiste se voit aujourd'hui parée d'un soupçon de décadence rock'n'roll dans nos contrées, elle le doit tout entière à l'activisme de ce club "hétéro-friendly", fermé après dix ans de bons et loyaux services.

 

Du coup, c'est un peu l'évènement de l'année ce mix de la française Jennifer Cardini. Adoptée depuis plus de trois ans par le label Kompakt, étalon d'une techno finaude et souvent brillante. Sur Feeling Strange, la Niçoise prouve encore une fois qu'elle mérite bien sa réputation de tête chercheuse. Rework, Adam Kroll, False, Lusine, Apparat, Principle of Geometry, Lawrence, Reinhardt Voigt, Maurizio..., sur le papier, la sélection de ce mix album laisse rêveur. Attendue de pieds fermes depuis Lust en 2005, la Française enchaîne rythmiques impeccables, groove sombre et implacable (les quatre premiers titres franchement scotchant !) et surtout impose sa patte si particulière en mêlant finement electronica ("Static" remixé par Robert Lippock de To Rococo Rot, "Push" de Lusine, "Arcadia" d'Apparat, "A Moutain For President" de Principle of Geometry), house soulfull ("May I ?" de Jamie Lloyd remixé par Quarion, Mike Dunn) et minimale, sans pour autant abuser de cette dernière tendance, ce qui, chez Kompakt, représente un véritable tour de force. De l'hypnotique à l'émouvant, du dark au mélodique, le disque est clairement divisé en quatre parties distinctes. Une intro narcotique portée par le poisseux "Love Love Love Yeah" de Rework remixé par Chloé, un interlude sensuel (Jamie Lloyd, Takemussa, Johnny D), une montée troublante ("Fed on Youth" de False, "The Vineyard (Peter Ford Remix)" de Florence Eevo, "Blackbody" d'Alex Smoke, "Eclipse" d'Onur Özer) et un final carrément lyrique ("Missing Billie" de Reinhardt Voigt, Principle of Geometry, Lusine et Apparat).

 

Même si l'ensemble est irréprochable malgré un petit coup de mou en milieu de parcours, on retiendra surtout la première partie avec la succession impeccable Adam Kroll/Joseki/Maurizio, qui nous fait passer des frissons à chaque écoute. Au final Feeling Strange reste un mix de haut niveau et nous offre la plus magnifique soirée qu'on puisse rêver de passer. Définitivement, "a place to be".

 

Jennifer Cardini - Feeling Strange (Kompakt/Nocturne, mars 2008)

http://www.jennifercardini.com/


Rod Modell : Réactions en chaîne

Posté par Maxence le 06.03.08 à 18:49 | tags : électro, techno, label

Petite leçon de rattrapage pour ceux qui ont raté le meilleur de la techno des années 90 avec cet opus de Rod Modell, Incense & Black Light. Rod Modell, mystérieux producteur américain et moitié du duo Deepchord, est l'un de ceux qui n'ont pas oublié la décennie passée. Il nous offre ici le parfait flash-back electro techno en évoquant les pulsations minimales et pourtant extrêmement riches de Monolake, Porter Ricks, Maurizio ou encore Substance, Vainqueur ou Various Artist, soit le catalogue impeccable du label berlinois culte et phare, Chain Reaction (et accessoirement Basic Channel aujourd'hui défunt), au grand complet. Attention, je parle de flashback ici, mais au contraire de mettons..., l'album d'Antonelli, chroniqué il y a quelques jours, Incense & Black Light n'a rien de passéiste, ni de lo-tech. Il n'y a de toute façon pas de véritable repères temporels dans cette musique de l'éther, qui doit autant à la techno atmosphérique de Detroit qu'au dub originel de Kingtson. Dans son fuseau temporel, Berlin et Detroit sont toujours les piliers d'une techno austère, futuriste et urbaine. Pas que cela nous déplaise d'ailleurs. Avouons le, cette techno filtrée et chuintante dont les basses puissantes devaient tout au dub, nous manquait terriblement.

 

Depuis dix ans, Rod Modell, que l'on sent irrémédiablement nostalgique, a discrètement développé son propre genre de "Detroit Techno". Comme ses aînés, il use d'effets dubisants, d'échos, de distorsions et de souffles sur des rythmes lents et syncopés, enveloppés dans des textures granuleuses plus communes à l'electronica qu'à ce genre de musique. Avec un sens incontesté de l'hypnose progressive malgré un traitement ascétique du son, une production linéaire et une progression inflexible, "Aloeswood", "Hotel Chez Moi", "Cloud Over", "Ultraviolet World" ou "Red Light", nous bercent comme au sein de doux, mais profonds, remous aquatiques. Parfaitement conscient de l'héritage de ses pères, Incense & Black Light développe ce son reconnaissable entre tous, fait de textures denses, de basses à la fois enveloppantes et étouffées, marinant entre dub électroniques, ambient downtempo et hypnotisme techno rigoriste. Une chape de sons filtrés, de la techno amniotique jouée sous la mer ou écoutée dans un pipe line, ou bien au travers des vitres fumées d'une limousine abandonnée sur un parking à Detroit. A ce titre, Rod Modell a su capturer l'esprit de Berlin, de Detroit, ou de Tokyo et d'Hong Kong si vous préférez, ces mégalopoles ultra-modernes, éternelles insomniaques, véritables décors de film de science-fiction et incarnation d'un futur noir et inquiétant, toujours sous la pluie. De même, le packaging magnifique de ce CD édité par le label japonais Plop, représente la quintessence du style techno des 90's : un fantasme urbain, où rêve de vitesse, corps dansants désincarnés et amours androïdes, hantent l'imaginaire (post)humain dans le continuum de plus en plus vaste de notre modernité. Trippant ! (Et lancinant)

 

Rod Modell - Incense & Black Light (Plop/Differ-Ant)

http://www.silentrecords.net/html/rod_modell.html
http://www.deepchord.com/


Antonelli : Soul Electric pour oldschooler

Posté par Maxence le 04.03.08 à 18:14 | tags : électro, techno, pop, label

Avec Jörg Burger (aka The Modernist, The Bionaut, etc.), Wolfgang Voigt et Thomas Brinkmann, Stefan Schwander dit "Antonelli" fait partie des pionniers discrets et pourtant éminemment respectables, d'une certaine techno allemande mélodique et raffinée née au cœur des années 90. Originaire de Düsseldorf, le fondateur du label Italic est de ces producteurs pour qui l'aspect pop et l'harmonie compte autant que les révélations explosives de la house de Chicago et de la techno découvertes à la fin des années 80. Actif depuis une dizaine d'années sous des pseudos divers (Antonelli, mais aussi Antonelli Electric, Antonelli Electr., A Rocket in Dub, Repeat Orchestra ou Rhythm Maker), une habitude typique des acteurs de la techno de Cologne avec qui Schwander partage de nombreux points communs, l'Allemand est à l'origine d'une house d'orfèvre, à la fois sophistiquée et brute de diamant, qui doit toute sa personnalité à la deepness totalement hypnotique de ses tracks habillés de subliminales et sautillantes mélodies.

 

Sur Soulkiller, son sixième album, Antonelli s'offre un flashback et revient aux bases de ce qui faisait l'electro des années 80. Entièrement produit à partir de machines analogiques, de bons vieux synthétiseurs et des séquencers vintage, l'album est enregistré dans des conditions live sur un simple magnétophone. Warning, all tracks recorded live to tape recorder, no computer used, no overdubs, strictly harware melody, mono machine drum, prévient d'ailleurs l'intéressé dans son livret. Et il y a naturellement une forme de poésie dans cette démarche, le choix résolu d'un ascétisme volontaire dans le sens noble du terme. De fait, rarement techno aura sonné aussi "naturelle" et fraîche. Une fraîcheur qui est paradoxalement la conséquence d'une discipline et d'une austérité assumées, qui viennent redorer le blason d'une techno minimale de plus en plus décriée. Sur "Soulkiller", point de facilitée, malgré l'évidence d'enchaînements répétitifs subjuguant et prononcés. On reste simplement fasciné par la finesse des patterns ("Claps Unlimited"), le groove bondissant ("Hamilton"), les nappes évanescentes ("Ensemble of Eight"), ou le sens du décalage pop en forme de clins d'œil sur l'éponyme "Soulkiller", sans oublier "When Terry Sings", un hommage non déguisé au chanteur des Specials, Terry Hall. Disque généreux à l'énergie rayonnante et aux mélodies directes et franches, Soulkiller bénéficie également d'une "touch of soul" vraiment particulière, de celle qui fait d'Antonelli un artiste unique et l'un plus brillant outsider de l'electro allemande, pas moins.

 

Antonelli - Soulkiller (Italic/Nocturne, fév 2008)

http://www.italic.de/


Bruno Pronsato : mathématiques modernes

Posté par Maxence le 12.02.08 à 18:31 | tags : électro, techno, myspace

En musique, le 21ème siècle est indéniablement celui des transfuges. Ils sont de plus en plus nombreux en effet, les musiciens issus du rock qui viennent à la techno, les groupes pop qui virent leur cutie pour passer au disco, les folkeux qui signent un pacte tardif avec les machines... L'inverse est aussi vrai par ailleurs et plus que jamais le talent semble naître sur le terreau fertile du métissage et de l'ouverture. Pourtant, dans ce domaine il serait malhonnête de dire que nous attendions un album de cette envergure de la part de Bruno Pronsato, Américain originaire de Seattle, batteur dans de nombreux groupes grunge-punk, récemment installé à Berlin. Malgré quelques maxis remarquables sur les labels Orac, Philpot ou Hello ? Repeat, rien ne laissait présager en effet, l'accomplissement inattendu de ce Why Can't We Be Like Us exceptionnel. Cet américain discret doit également être le premier surpris par le buzz souterrain qu'il génère depuis quelques mois. Recommandé par Magda et Troy Pierce, comparé - à raison - à Ricardo Villalobos, Gabriel Ananda ou Dandy Jack, Pronsato passe subitement du statut de total inconnu à celui de meilleur espoir et de star en devenir. Evidemment c'est bluffant.

 

Il faut dire qu'avec Why Can't We Be Like Us, ce producteur maniaque élabore ce que certains pourraient appeler un "exercice d'architecture sonore de haute volée". Assidûment composé strate après strate, ce premier album est bâti à la manière d'un impressionnant mille-feuilles acoustique dans lequel, voix, rythme et espace cohabitent dans un océan de sons fluctuants et continuellement renouvelés. De son apprentissage en tant que batteur Pronsato a gardé le goût des polyrythmies complexes et sophistiquées (voir son travail rythmique quasi-symphonique sur "At Home I'm A Tourist" ou l'incroyable virtuosité de "Who Is Sarah Stern" ses infrabasses et autre micro-percussions), du rock, on retrouve également l'effet de saturation multicouche qui rappelle parfois la travail de production de Kevin Shields sur certains morceaux du dernier album de My Bloody Valentine, quand ce n'est pas les tonalités liquides du jazz mutant de Sun Ra . Savante et exigeante, en un mot "mentale", la musique de Pronsato l'est à bien des égards, mais elle n'est certainement pas dénuée de sensualité, ni d'émotions, comme le prouve "Slowly Gravely", "What They Wish" ou le très sexuel "Same Faces, Different Names". Ses longues dérives aquatiques ("An ill Collage") ont beau parfois rappeler les textures des premiers Two Lone Swordsmen (drivé par Andrew Weatherall, un autre rocker d'origine, qui revient au rock ces dernier temps) elles cultivent aussi un lien de parenté avec le funk cliquetant et hédoniste de Pantytec, dont Pronsato est grand fan. Plus généralement, ses moments de suspension (le très beau "What We Wish" au piano, ou l'éponyme "Why Can't We Be Like Us"), sa fluidité ("Who Is Sarah Stern"), son sens de l'espace (tous les morceaux), mis au service d'un groove subtil et escarpé, font de Why Can't We Be Like Us un des albums les plus fascinants de l'année.

 

Bruno Pronsato - Why Can't We Be Like Us (Hello ? Repeat/Nocturne)


Triple R Selection 6 in The Mix : Trapez acrobatique

Posté par Maxence le 11.02.08 à 17:20 | tags : myspace, label, techno, électro

Que devient la bonne vieille techno ? Je pose de plus en plus souvent la question sur ce blog car en matière de musiques dansantes la prolifération de productions hybrides electro rock, minimal pop, neo disco punk, mutant funk, etc. qui abondent aujourd'hui tendrait presque à oublier ce qui se produit de bien dans l'underground electro du dancefloor et du 4x4 bien huilé. Un domaine dans lequel Traum Schallplaten et sa sous-division Trapez, n'a plus rien à apprendre. Créé par Richard Riley Reinhold en 1999, Traum est une structure pionnière de la techno allemande. Activiste de la première heure, Riley Reinhold (il mixe dans les environs de Cologne dès 1984 !) a également été l'un des premiers à miser sur le minimalisme mélodique assaisonné d'un poil de trance que nous connaissons - et apprécions - tous, aujourd'hui. Souvent considéré - à tort - comme un sous-Kompakt à cause de sa relative discrétion, la deuxième structure de Cologne n'en est pas moins active et collectionne annuellement les sorties de maxis. Preuve en est une nouvelle fois avec ce sixième volume des Trapez Compilation mixé de main de maître par le boss Triple R, aka Riley Reinhold himself. Adepte du psychédélisme et d'un certain son druggy, Reinhold nous présente comme chaque année une sélection des meilleures parutions Trapez, à l'usage de ceux qui ne peuvent pas s'acheter, ni écouter, toutes les sorties du label.

 

Alors que la sélection 5 parue il y a un an privilégiait une techno minimale plutôt funky, cette Selection 6 se présente comme un volume particulièrement trancey. Les amateurs répondront qu'il s'agit d'une constante des productions Traum et ce n'est pas faux. Le label est en effet connu pour la diffusion d'une musique dont le plaisir se mesure à la qualité de l'hypnose induite par le produit proposé. Ses qualités stupéfiantes, ses combinaisons spatiales, son groove implacable mais subtil, son minimalisme tout sauf stérile qui se prête aussi bien à l'écoute horizontale qu'à l'exutoire vertical les deux pied on the floor, chaque élément semble savamment calculé et mis en place à dessein. Dans ce domaine on retiendra particulièrement l'univers mental de Reggy Von Oers et le minimal funk de SLG, indéniablement les deux révélations de cette sélection. Dès l'intro krautrock (d'aucun dirait "kosmische") de Reinhold lui-même, Triple R transporte l'auditeur vers des sommets répétitifs et entêtants rarement atteints. Echos, rebonds, hypnose et bassline quasiment indécentes, le mix évolue inexorablement vers un orgasme spontané. Du décollage space de "Cytric" (Reggy Von Oers encore), "Endless Ride" (Salvatore freda & Massimon Stefanelli) ou "Dandelion" (Red Robin & Jakob Hilden) au psychédélisme de 3 Channels ou Massi DL jusqu'au final monstrueux toutes sirènes dehors d'un Alex Under en pleine montée acide ("Trapezones Erectos", extrait de son prochain album), Triple R Selection 6 est une invitation pure et simple à l'abandon, une voix royale toute tracée vers la trance, un manifeste techno galactique, bref, encore une très belle invitation au voyage signé Traum.

Triple R Selection 6 : Trapez Compilation - in the mix (Traum/Nocturne)


Justus Köhncke : Emotional Dancer

Posté par Maxence le 01.02.08 à 17:55 | tags : myspace, disco, techno, électro

Ça y est, il arrive le Justus nouveau ! Sachez déjà que Safe and Sound en étonnera plus d'un c'est certain. C'est même un revirement radical pour ceux qui avaient suivi les pérégrinations bucoliques du barde Köhncke sur son précédent album Dopplelebben ("double vie" en VF) en 2005, ou s'étaient arrêtés sur "Albatros", magnifique reprise de Fleetwood Mac, valeur montante au rayon des influences de la nouvelle scène baléarique actuelle. Les autres, ceux qui ont senti les poils de la nuque se dresser à l'écoute des tueries dancefloor, toujours teintées de mélancolie, comme "Durch Die Nacht" (avec Andreas Dorau), "Krieg" ou "Love And Dancing" sur Kompakt Total 7, retrouve là le Justus Köhncke, exubérant et dansant, aussi effervescent qu'une aspirine plongée dans une flûte de champagne. Safe and Sound est aussi l'occasion de fêter les retrouvailles avec cette techno romantique et mélodique qui nous fait tant vibrer, celle qui se dit inspirée par l'émotion disco ("My Forbiden Lover" de Chic par exemple, un des plus grands morceaux de dance music jamais enregistrés selon Köhncke - voir l'interview dans M&CD en mars, de ceux qui font pleurer dans les discothèques).

 

Composé au cours de deux longues années de périples autour du monde incluant djying et live act, Safe and Sound est le fruit d'un travail acharné sur la forme autant que sur le fond. Après Doppelleben le producteur allemand nous offre un véritable album de "Justus Köhncke", un disque dancefloor, relevé d'une pointe de nostalgie. Le côté crooner, baladin et les reprises de son album précédent, sont désormais du ressort de son alter ego, Kinky Justice. Music and Lyrics son premier 10" vient d'ailleurs juste de sortir chez iCi recs. Ces vélléités pop mises de côté, Köhncke a pu réellement se concentrer sur Safe and Sound. Plus festif tout en étant plus profond, la mécanique de son groove se fait plus complexe, empruntant sans cesse des voies inattendues (le funk contrarié de "Yacht", l'update de "Love and Dancing", ses constructions organiques ne sont jamais mécaniques, au contraire. Malgré son orientation clairement dansante, la passion de son auteur pour les mélodies transparaît sur tout le disque (le poignant et cosmic "Molybdän", le presque ambiant "$26") et celui-ci ne souffre donc pas d'un quelconque formatage dancefloor. C'est particulièrement vrai sur la reprise trancey de "Feuerland", un hymne krautrock et cosmique de plus de sept minutes de l'ex-Kraftwerk et membre d'Harmonia, Michael Rother. Mais l'invité d'honneur de cet album, et cela n'étonnera pas les amateurs du discret producteur, c'est bien sûr le disco. Depuis sa rencontre avec Prins Thomas, l'autre barde nu-disco venu du nord, pour un remarquable remixe d'Elan, l'Allemand semble s'être bel et bien engagé dans la quête d'un groove toujours plus discoïde et exubérant. En ce sens "Parage" est certainement le morceau emblématique de l'album, même si la "touch" disco apparaît en filigrane sur de nombreux autres morceaux de "Molybdän" à "(It's Gonna Be) Alright".

 

Globalement hétérogène chaque morceau de Safe and Sound génère son petit moment d'euphorie dans un monde bien à lui. C'est typiquement le genre d'album que vous aimerez poser sur votre platine de retour d'une soirée au petit matin, histoire de vous remettre d'une nuit agitée tout en gardant assez d'énergie pour commencer une nouvelle journée. Tout de strass et de paillettes, propice aux flash-back, Köhncke garde un œil sur le dancefloor contemporain tout en prenant de la distance par rapport aux figures imposées et on se dit que l'Allemand est à l'origine d'une source de fraîcheur qui n'est pas près de s'assécher.

 

Justus Köhncke - Safe and Sound (Kompakt/Nocturne, janv 2008)

 

http://www.myspace.com/justuskoehncke


Blitz'n' bass beep : 4 maxis dans le vent

Posté par Maxence le 29.01.08 à 18:31 | tags : électro, hip hop, disco, techno

Petite revue des maxis aujourd'hui, histoire de changer un peu de format. Commençons par notre chouchou de l'an passée, auteur d'un de ses meilleurs albums même s'il n'apparaît quasiment sur aucun top, j'ai nommé Apparat. Sur ce CD quatre titres, l'Allemand Sasha Ring nous offre l'occasion de revisiter "Arcadia", l'un des plus beaux morceaux electro et pop présent sur Walls. Parmi les remixes proposés ici, c'est étonnamment celui de Boys Noize que nous préférons, son beat alerte et soutenu sans l'être trop, ses nappes romantiques qui relèvent la voix de Ring, tout est ici parfait. Les deux versions de Telefon Tel Aviv aussi douillettes et mélodieuses soient-elles semblent un peu ternes après celle-ci, même si la quatrième rebondit agréablement entre deux breaks plutôt bienvenus. On va dire 3/5.

 

Du côté de chez DC Recording, c'est toujours l'extase il faut bien le dire, avec ce nouveau double maxi de The Emperor Machine. Moitié du duo Chicken Lips, Andrew Meecham nous charme depuis plus de 4 ans avec son projet solo. Enfin, "nous charme", ce n'est pas vraiment le mot. Avec son electro vintage clignotante bourrée de clins d'œil krautrock et de gimmick disco, il nous prend plutôt carrément par derrière, tout debout contre le mur ! Et on en redemande ! Avec "Slap On", il s'agit encore de riff, de synthés répétitifs et hypnotiques, bordés de mélodies cosmic qui s'évasent comme l'espace temps autour de nous, dans une orgie de bleep analogiques dignes d'un épisode de Cosmos 1999. Si j'osais un jeu de mot foireux je dirais, quel "épique soundtrack" ! "Gang Bang" parle de lui-même : du funk spatial en veux-tu, en voilà, qui sort tout bourdonnant et tout mouillé d'on ne sait quel orifice de la machine de l'empereur. Il va encore falloir remuer les fesses, et mieux que ça s'il vous plaît mesdemoiselles ! Pour finir (pour "nous finir" plus vraisemblablement), la bête conclut sur un "No Sale No I.D.", revu et corrigé, sévère, par Simian Disco Mobile. Tout bêtement excellent ! Allez 6/5 !!

 

Reprenons nos esprits et revenons sur terre, et pour tout dire, dans la cuisine d'Amon Tobin, qui revient lui aussi, aux fourneaux de son Foley Room originel avec quelques amis de longue date, parmi lesquels Sixtoo, Clark, Noisia et Boxcutter. Quatre versions de "Kitchen Sink" donc, un des morceaux les plus abstraits de l'album. La relecture de Clark est tout bonnement magnifique, basses énormes et cliquetis de boîte à musique, le tout dans une atmosphère enfumée de cuisine vaudou. Sixtoo propose quant à lui de la profondeur, beaucoup de profondeur dans un exercice de simili-hip hop taré dont il a le secret, electro en diable et aussi inquiétant que peu l'être cette B.O. pour film de science-fiction virtuel. Bâtit autour de micro-sons, le remixe de Noisia reprend le morceau dans son abstraction, en mêlant le tout avec des sons de morceaux emblématiques des précédents albums d'Amon. Passionnant pour qui sait écouter. Pour finir, Boxcutter joue sur l'espace, écho et roulement de batterie inversé, entre ambiant et dubstep. Disons 3/5.

 

Concluons cette rubrique avec le nouveau maxi du Québécois Ghislain Poirier, Blazin. "Radio globale", tel est le nouveau leitmotiv de Poirier qui annonce ainsi son prochain album oscillant entre booty bass, ragga, crunk et dubstep. Quatre versions de Blazin ici, originalement un ragga massif scandé par Face-T. On apprécie ou pas, ce genre, pourtant, la version riddim instrumentale du track ne manque ni d'efficacité, ni d'allant (c'est le moins que l'on demande à ce type de musique), avec ses bip et ses grosses basses "bounce". Avec sa version, The Bug aka Kevin Martin, forge les bases d'un grime mondial à la fois lourd et complexe, détournant les sons et s'abandonnant en toute fin sur une boucle mélancolique et froide comme la mort d'un dealer sur un parking de Montréal en plein hiver. Le tout se conclut sur l'excellente relecture de DJ C, avec ses basses à faire trembler les murs et ses riddim saccadés. "Bounce le gros, bounce" ! 3/5 aussi. C'est tout pour aujourd'hui, mais on reparlera bientôt de Poirier promis !

 

Apparat - Arcadia remixes (InFiné/Discograph)
The Emperor Machine - Slap On (DC Recording/La Baleine)
Amon Tobin - Kitchen Sink remixes (Ninja Tune/PIAS)
Ghislain Poirier - Blazin (Ninja Tune/PIAS)


Donnacha Costello : Living Colors

Posté par Maxence le 14.01.08 à 17:52 | tags : myspace, électro, techno

Il y a quelques semaines, l'ami Traske et moi-même nous demandions à quoi correspondait le terme "minimal" aujourd'hui ? Galvaudé, vidé de son sens, conspué même, depuis quelques mois, le genre phare du début des années 2000 cherche de toute évidence un deuxième souffle. Personnellement, j'ai toujours pensé que son avenir résidait dans la mélodie, comme Kompakt a si bien su le montrer l'an dernier. Histoire de me donner raison, Donnacha Costello sort providentiellement une compilation regroupant le meilleur de ses fameuses Colorseries, paru en maxi tout au long de l'année 2004. Donnacha Costello, que certains connaissent déjà pour ses productions sur des labels comme Mille Plateaux, Force Inc, Minimise, Kompakt, Raster Noton et bien d'autres. Autant dire, malgré une relative discrétion, que le bonhomme est loin d'être un novice.

 

A l'écoute de ces 10 titres impeccables, on a envie de dire : voilà la minimale qui fait mentir les oiseaux de mauvaise augure qui annoncent la fin du genre, celle qui cloue le bec aux râleurs et remet les choses à leur place. Rarement série aura aussi bien mérité son nom. Colorés, ses morceaux le sont. Le producteur irlandais qui débuta sa carrière en 1989 a d'ailleurs toujours su nous proposer une techno à la fois rigoureuse et chaleureuse, réellement dansante et toujours harmonieuse. Pourtant avouons qu'il n'est pas toujours été aussi convaincant sur le long cours d'un album, qu'ici, au milieu de sa collection de dégradés funky et j'ose le dire, carrément chatoyants. Bourré d'énergie positive, chaque morceau de Colorseries donne envie de lever les bras en l'air, de bouger la tête et de remuer gentiment les hanches. Même les titres les plus répétitifs comme "Pistachio A" ou "Grape B", se parent de mille couleurs, quant aux autres, les "Orange A", "Grape A", "Rubin Red B", ils oscillent doucement entre ritournelles minimales et electronica scintillante. Ajoutez un poil de progressive aux reflets trancey sur "Opal Sessions" (un inédit) avec ses nappes obsédantes, deux belles plages ambiantes sur "Cocoa B" et sa session cousine (encore un inédit) de la même chaude couleur chocolat, pour finir sur une note épicée avec l'electro naïve et cosmique de "Mustard B" et vous aurez de quoi vous faire monter le rouge aux joues. Costello réalise même un "Blue B" qu'on ne peut que concevoir comme un clin d'œil à Plastikman (période Consumed), magique !

 

Donnacha Costello - Colorseries (Minimise/Nocturne, déc 2007)

http://www.myspace.com/donnachacostello


Electro : CLONE NIGHT au Triptyque samedi !

Posté par Maxence le 21.12.07 à 15:33 | tags : agenda, techno, électro

 

Nouvelle soirée Skylax au Triptyque. Hardrock Striker, le big boss de ce label californien précusseur de l'électro rock invite Legowelt et Dexter à se produire en live. Legowelt, aka Danny Wolfers est américain. Il a commencé la musique au début des années 90's en s'inspirant des légendes techno de Detroit et de la house de Chicago. Depuis il a sorti une douzaine de projets, dont l'incroyable tube electro "Disco Rout" en 2002, salué par la presse spécialisée allemande. De son côté, Dexter balance une électro riche en basse, moderne et funky. Ils représentent tous les deux le label de Rotterdam, Clone Records, indispensable bastion de l'electro classic. A ne pas manquer !

Electro Samedi 22 Décembre au Tryptique - 12€ - minuit - guest list ici (valable pour une entrée gratuite avant 1h30)


Fairmont : Confessions d'un automate mangeur d'opium

Posté par Maxence le 17.12.07 à 18:20 | tags : électro, techno, pop, myspace

Oh mais non, non, NON ! Déjà 1 mois que j'ai fini la sélection de mon top 10 électro de l'année et voilà que débarque le Coloured in Memory de Fairmont! Non, c'est pas vrai ! Je fais quoi moi maintenant ? Le Canadien ne peut pas être absent de mon classement, c'est impossible !!! Bon, en même temps c'est très agréable de voir ainsi ses certitudes bousculées au derniers moment d'une année 2007 décidemment parmi les plus riches que l'on ait vécu en matière de musique transgenres, d'electro, de pop ou de rock (ou d'electro-pop-rock). C'est décidé, c'est donc Jake Farley alias Fairmont sur Coloured in Memory, qui "chamboultout" (Dereck, j'espère que tu apprécieras le clin d'œil) sur la dernière ligne droite et m'oblige à revoir mon classement electro 2007 !

 

Mais revenons à ce Coloured in Memory d'exception et à son créateur, Jake Farley. Jusqu'alors plus connu pour son projet dancefloor sous le pseudonyme Jake Fairley, auquel on doit de nombreux maxis sur Sender, Kompakt ou Dumb Unit, entre 2000 et aujourd'hui, ce jeune producteur nord américain né en 1977 officie également très tôt sous le nom de Fairmont. Certains se souviennent peut-être de Paper Stars sur Traum Schallplaten, en 2002 ? Sur cet album hypnotique, et malgré des climats contrastés allant d'une deep techno limite ambiant à des tracks trancey et cotonneux à souhait, on pouvait déjà déceler les talents exceptionnels de mélodiste electro hors pairs qu'il affiche désormais clairement sur Coloured in Memory. Un talent qu'il sait exprimer en club puisque c'est avec "Gazebo" que Fairmont remporte la palme des meilleurs titres d'after de 2005, un an après que Nathan Fake et son "The Sky Was Pink" ne s'impose comme un véritable manifeste. On ne s'étonne plus alors de voir James Holden signer Farley sous son pseudo Fairmont sur son label Border Community, le label par qui le renouveau psychédélique arrive. Au minimalisme austère de ces cinq dernières années, Border Community opposait en effet avec "The Sky Was Pink", une certaine idée de la transe electro techno, teintée de pop mais aussi d'electronica très 90's.

 

Fan de rock (et de hip hop) Farley découvre l'electro au milieu des années 90. Une décennie symbolique à laquelle il rend hommage sur Coloured in Memory avec "1995", track qui célèbre l'année où il découvrit la techno, mais aussi Boards of Canada et "I care because I do" d'Aphex Twin. Mais il n'oubliera jamais ses premiers émois. C'est donc logiquement qu'il nous offre ici un album de techno psychédélique sombre et ambiguë, qui plaira même à ceux qui n'aiment pas la techno. Car Coloured in Memory est empli d'ambiances évaporées, de réminiscences new wave et shoegazer (on pense parfois à Ride ou aux Spacemen 3, allez savoir pourquoi) qui appellent inévitablement à la nostalgie d'une époque révolue. Un spleen palpable surtout quand le Canadien développe une techno vocale et lysergique, portée par un chant détaché mais plein d'une émotion introspective et finalement très "rock". Dans leur genre les titres sont également évocateurs : "Sedative for the sentimental", pour un morceau contemplatif et glougloutant, "I Need Medecine", franchement space-rock pour le fond, même si complètement électronique dans sa forme. Réalisé à partir d'antiques synthés analogiques, Coloured in Memory y gagne une patte antique, psychédélique et pop complètement hantée. Sur "Fade and Saturate" la mélodie est comme prise de léthargie, tout à fait dans l'esprit des productions de Fake et Holden, tandis que "Darling's Waltz" affiche un romantisme glacé derrière lequel on sent une dureté sous-jacente, quant à "Flight of The Albatros", c'est un morceau complexe et saturé de détails. Une pièce miroitante et mouvante, comme le reflet du soleil sur une rivière au crépuscule. Une magie totale qui opère d'un bout à l'autre de l'album, jusqu'à l'éponyme "Coloured in Memory", nouvel hommage aux musiques planantes d'hier et ultime coup d'œil dans le rétroviseur sur plus de 50 années de musiques électroniques ET psychédéliques. Magnifique ! L'album de l'année pas moins, ex-aequo avec... bah, vous verrez très bientôt.

 

Ne ratez surtout pas "Fade and Saturate" proposé à l'écoute sur le profil myspace de l'artiste, tout comme "Flight of The Albatros" et "Gazebo" !

 

Fairmont - Coloured in Memory (Border Community/Sokadisc, nov 2007)


Ricardo Villalobos ce soir au Studio 88 (Aix)

Posté par Maxence le 14.12.07 à 10:31 | tags : techno, électro, agenda

http://www.grossomodo.net présente vendredi 14 décembre l'événement !

 

Communiqué de presse : Ricardo Villalobos (Playhouse-Perlon) DJ
Enfin Ricardo ! Après son faux-bond en mai (un problème de santé : les DJ's ne sont pas des robots !) il débarque au 88 ! Un événement ! On doit au maestro germano-chilien l'avènement de la "minimale" dans laquelle il a mis tout son génie, pulvérisant les barrières et repoussant les limites du genre. Ce performer hors normes (d'Ibiza à Berlin, il est une sorte de messie) met dans la musique toute son insatiable créativité. Après l'accession au statut de référence de la plupart de ses maxis sur Playhouse ou Perlon, Ricardo a décrété qu'il ne composerait plus au sens conventionnel du terme mais que sa création sortirait désormais exclusivement de ses remixes (comme celui invraisemblable pour le "Blood on My Hands" de Shakelton) et de ses DJ sets marathons... C'est ainsi le cas pour l'hallucinant nouveau volume de la prestigieuse série de compilations mixées Fabric ! C'est à un de ces moments de mix privilégiés que le Studio 88, club des clubs sudistes, vous invite !

 

Avec aussi Sarah Goldfarb (Treibstoff-Dumb Unit/Marseille) live. Le Marseillais n'en finit plus de monter dans la galaxie minimale avec ses tracks toujours plus hypnotiques, toujours plus stratosphériques... & Gallel Da Bitch et Little Sugar.

 


Ouverture exceptionnelle : 23h
Résident : Loac
Ticket 20 € avec conso


Celui par qui tout à commencé, ce soir au Batofar !

Posté par Maxence le 13.12.07 à 11:24 | tags : agenda, électro, techno, pionnier

Dans le cadre des soirées Technorama, le Batofar accueille ni plus ni moins que le pionnier des pionniers : JUAN ATKINS (Metroplex, R&S, Tresor - Detroit) accompagné de DJ JEE (Technorama, Tsugi, Topplers - Paris) et OXYD (Technorama, Triangle Fm - Paris) et c'est CE SOIR (21h à l'aube / Entrée : 12€ & 10€ avant 22h) !

 

Technorama est de retour au Batofar et reçoit l'une des légendes de la musique électronique Américaine. Né en 1962 à Detroit, Juan Atkins est l'un des pères fondateurs de l'électro aux côtés de Derrick May et Kevin Saunderson. Bercé aussi bien par les productions de Funkadelic ou Parliament que par les groupes européens de pop synthétique comme Kraftwerk, Telex ou Devo, Juan a parfaitement su digérer ses influences qu'il retranscrit à merveille dans ses émissions de radio et dans ses sets. On le retrouve en tant que producteur sous les pseudos de Infiniti, Model 500, et sur les projets Cybotron, X-Ray ou Frequency. Son escale à Paris nous promet deux heures de dj set mémorable. Il sera accompagné par les dj's du collectif Technorama, à savoir Dj Jee et Oxyd. Enjoy tonight !

 

More infos & mailing list :
http://www.myspace.com/technoramaparties
www.myspace.com/68657561 - www.myspace.com/djjee
http://www.myspace.com/oxyd313




Le thé au Harem de Guillaume & The Coutu Dumonts

Posté par Maxence le 11.12.07 à 18:03 | tags : électro, techno, funk

Ecoutez. Ça commence par la lecture d'une sourate, un passage du Coran pour le Salaat (l'appel à la prière) et puis le rythme arrive, une grosse bourrasque de percussions légères suivies d'une ligne de basse vibrante comme le Semoun, ce vent chaud qui vient du désert et qui fait résonner le sable. Womb, womb. Une nappe enfin, vient rafraîchir l'atmosphère, et c'est bon ! Cette ambiance immédiatement prenante est le fruit du travail de Guillaume & The Coutu Dumonts, un producteur globe-trotter qui se destinait à devenir ethnologue avant de commencer la musique. Passionné d'ethnomusicologie, même s'il réfute "l'ethno-techno" et ces parodies de musique indienne ou arabisantes accompagnées d'un gros beat techno, Guillaume s'avoue également fasciné par l'orient et surtout transformé par un récent voyage en Afrique au côtés d'un groupe de jazz dans lequel il jouait des percussions. Un art qu'il doit d'ailleurs à une formation en percussions latines, discipline qu'il exerça à l'instar de Ricardo Villalobos (avec qui Coutu Dumonts partage de nombreux points communs) juste avant de se familiariser avec la musique électroacoustique. C'est certainement ce parcours peu orthodoxe qui fait de Face à l'Est, son premier album signé sur Musique Risquée, le label d'Akufen et Vincent Lemieux, un disque unique, à la fois frais et extrêmement abouti.

 

Normal, puisque si Guillaume & The Coutu Dumonts est un nouveau projet, ce transfuge du fameux festival Festival Mutek de Montréal et protégé de son directeur artistique, Alain Mongeau, n'est pas moins à la tête d'un nombre étonnant d'initiatives, dont Egg (avec Julien Roy), Luci (avec David Fafard), Chic Miniature (avec Ernesto Ferreyra), Flabbergast (avec Vincent Lemieux) et j'en oublie. Sur Face à l'Est, l'exotisme des influences moyen-orientales ou africaines a beau être présent, le producteur privilégie constamment la subtilité. Ces influences sont plutôt là en filigrane, comme un souffle, uniquement audibles à celui qui sait écouter. Une exception pourtant sur "Les Gans", largement inspiré par la musique éthiopienne, où Coutu Dumonts réunit minimal house et jazz, et qui est une vraie réussite. Sa musique est à la fois très organique et très précise, presque mathématique, mais de ces mathématiques du chaos à la Villalobos (qui joue d'ailleurs régulièrement les maxis du Canadien). Elle joue sur les échos, la polyrythmie et les sons microscopiques. Sur ses morceaux les plus hypnotiques, Coutu Dumonts crée des espaces en apesanteur et des mélodies sous forme de nappes ou de bleep electronica. Des variations qui utilisent également les voix, donnant une teinte housey à des compositions qui gagnent alors en chaleur et surtout en sens, même si c'est souvent de manière subliminale. A ce propos, le Québécois m'expliquait récemment en interview : "L'Occident a les yeux rivés sur l'Orient (et le Moyen-Orient). Pour plein de raisons, je crois que nous courrons vers une confrontation si la machine ne se renverse pas. Parfois je crois que la musique électronique est un peu trop dépourvue de sens. Il n'est pas facile de passer un message lorsqu'il n'y a pas de paroles (quoique l'on retrouve du texte sur l'album). Sans vouloir passer un message politique... j'aime penser que le titre donne le ton à l'album. Pose une question en sourdine...Pour moi les artistes ne doivent pas faire de la politique mais une de leur fonctions est de poser des questions. Sagesse et transcendance, intelligence et goût du risque, réunis sur un même album, décidemment ce Coutu Dumonts est un cas ! Meilleur espoir 2007, pas moins.

 

A écouter sur son profil myspace "Don't Cheet With Concrete", "Yenon" et "They Only Come Out, tous trois tirés de Face à l'Est.

 

Guillaume & The Coutu Dumonts - Face à l'Est (Musique Risquée/Nocturne)


Uusitalo : Un dancefloor sur la banquise

Posté par Maxence le 03.12.07 à 18:15 | tags : myspace, techno, électro

Alerté de la sortie de Karhunainen ("Bear Woman" en anglais), le nouvel opus d'Uusitalo, par l'ami CF en septembre, j'avoue ne pas avoir été immédiatement séduit par les titres proposés sur le profil myspace de ce side-projet du Finlandais Vladislav Delay, dont je suis pourtant un fervent admirateur. Il faut croire que je me suis laissé influencer par l'immédiateté d'un média qui se prête malheureusement souvent aux jugements hâtifs car j'avais laissé son nouvel album de côté, n'en espérant pas grand chose. Et puis, profitant de quelques jours accordés la semaine dernière, je suis revenu dessus, et quelle surprise ! Comment ai-je pu être aussi bête ?! Dès les premières vibrations de Karhunainen et son introduction quasi-symphonique, on est littéralement plongé, submergé même, dans cet océan de sons que Delay manie si bien. Sur "Vesi Virtaa Veri" c'est simple, on se croirait chez Biosphere ! Même lyrisme, même incandescence qui couve sous la glace, même mélancolie. Mais la palette de Delay est bien plus riche et son ambition est tout autre. Une nouvelle fois, cet acteur hors-normes de la communauté électronique va nous emmener à mille lieux du dancefloor global, tout en nous donnant envie de bouger avec le même talent que les plus grands producteurs actuels. Depuis une petite dizaine d'années maintenant, ce personnage discret nous a en effet habitué à sa techno vibrante, fortement teintée de dub. Qu'il pratique l'exercice d'une house vocale décalée sous le pseudonyme de Luomo, qu'il s'adonne à la techno expérimentale sous l'alias d'Uusitalo ou à l'ambient protéiforme sous son nom propre, sa musique de flux et reflux constamment baignée d'échos s'avère aussi fascinante qu'une forme de vie extra-terrestre.

 

Si Karhunainen, son nouvel album, délaisse les paysages glacés, c'est pour nous offrir la parfaite fusion electro-organique d'une musique entièrement composée avec des instruments analogiques. C'est certainement ce qui donne à Karhunainen cette sensualité à fleur de peau et cette chaleur, même dans ses compostions les plus abstraites. "Konevista" et "Korpikansa", par exemple, deux tracks hybrides aux ondulations vagues, rappellent les excursions ambiantes à facettes de ses débuts, "Tohtori Kuja", un morceau dubby au skank entêtant et aux pauses impromptues, évoque son passage sur le label berlinois Chain Reaction. Mais l'album est bâti comme une inexorable montée d'endorphine et "Sikojen Juhla", construit sur un sample de voix inaudible mais répétitif, fait basculer le disque dans une techno fluide dont le groove purement électro doit autant aux pionniers de Detroit qu'au click'n'cut des années Mille Plateaux (la décennie des 90's pour être précis). Avec "Satumaa", Delay rend hommage au jazz, allant jusqu'à inclure un saxophone fantomatique et une batterie free, qui donnent tout son éclat à ce morceau upbeat étonnant. Sur l'éponyme "Karhunainen" il s'offre même le luxe d'un véritable hymne clubbing, avec son rythme uptempo et sa ligne de basse quasi-disco singeant le "I Feel Love" de Moroder/Summer. Difficile donc, de synthétiser en quelques mots et de manière abstraite, la richesse de cet album. L'artiste semble y résumer son travail tout en effectuant un retour aux sources instrumentales, y exprimant entièrement sa passion pour les constructions à la fois abstraites et furieusement incarnées (comprendre "de celles qui nous poussent inévitablement à bouger"). Il vous suffira peut-être de savoir que Karhunainen est un grand disque, de ceux que l'on aligne sans hésitation dans son top 10, pour avoir envie d'en faire l'acquisition.

 

Uusitalo - Karhunainen (Huume/La Baleine, oct 2007)

(Merci CF)


Le Gibus a 40 ans, chapeau !

Posté par Maxence le 30.11.07 à 19:01 | tags : myspace, techno, rock, à lire

Le Gibus a 40 ans ! 40 années de festivités, ce n'est pas rien, surtout si l'on tient compte de l'éclectisme des scènes et des styles accueillis ainsi que de l'ouverture musicale de ce lieu emblématique de la nuit parisienne qui, de 1967 à aujourd'hui a véritablement accompagné l'histoire de la musique populaire dans notre pays. En effet, quel autre club parisien peut se vanter d'avoir fait jouer des figures aussi emblématiques et variées que Sun Ra , James Brown ou Chuck Berry, Johnny Thunder, les Sex Pistols, Iggy Pop ou Nina Hagen, les Rita Mitsouko, Taxi Girl, Les Négresses Vertes ou la Mano Negra et pour finir le meilleurs des producteurs électros des années 90, de DJ Pierre à Daft Punk en passant par LTJ Buken pour la jungle ou The Hacker pour l'electro ? Ce qui n'était au départ qu'une pizzeria un peu plus branchée musique que les autres, deviendra rapidement au cours des années 60 un lieu polyvalent, véritable repère des acteurs de l'underground, qui de tout temps animèrent la capitale.

 

Du twist au rythm'n'blues, du rock au hip hop, de la house à la jungle, de la techno au RnB, cette salle mythique, drivée de mains de maîtres par les frères Taïeb, sera le temple de la musique, quel que soit son style ou son école. Il faut le dire, peu de gens eurent assez de flaire et de talent pour surfer sur l'avant-garde comme le fit ce clan familial issu de Tunisie. Une équipe à qui l'on doit les premières soirées punk rock en 1977 mais aussi les premières soirées electro. Le Gibus fut pour beaucoup dans l'émergence de la French Touch et l'arrivée des rois de l'electro de Chicago, Detroit ou Berlin, à Paris. A la fin des années 90, c'est au Gibus que naissent les soirées dédiées aux Baby Rockeurs avec les festivals "Passe ton bac d'abord"... C'est ce que racontent Philippe Manoeuvre, Damien Almira, Busty et l'ex-manager de Bijou Jean-William Thoury dans ce très beau livre commandé pour l'anniversaire du club. En 192 pages et plus de 300 photos couleurs et noir et blanc, de nombreux documents d'archives et de témoignages plus nombreux encore, 40 ans de musiques au Gibus (notez le pluriel) retrace l'histoire d'un lieu unique sans lequel l'impact de ce que l'on nomme communément les "musiques actuelles" ne serait certainement pas le même. Un beau livre et un beau cadeau pour Noël d'un coup d'un seul. Chapeau !

 

40 ans de musiques au Gibus par Damien Almira, Busty et Jean-William Thoury sous la direction de Philippe Manœuvre (éditions Hugo Image)

 

http://www.gibus.fr

http://www.myspace.com/bigjourvil


Chloé : Rêve ambigu d'un dancefloor transgenre

Posté par Maxence le 29.11.07 à 18:08 | tags : techno, électro
Le moins que l'on puisse dire c'est que Chloé (Chloé Thevenin de son vrai nom) cultive l'ambiguïté. Pour commencer, la Française est DJ mais c'est une enfant du rock. Elle se joue d'ailleurs, des clichés de la techno comme de ceux de cette musique primitive des origines. Sur les photos de presse distribuées par son label, elle apparaît en jeune femme sérieuse, bien droite devant l'objectif, chemise blanche et col boutonné. Pourtant, derrière l'apparente austérité, une fièvre couve. Les joues sont rouges, les lèvres pleines et les mains fines semblent nerveuses, comme déjà ailleurs, occupées à de plus intéressantes activités. Sa musique comme l'imagerie qui l'entoure est donc emprunte de paradoxes, de grands écarts, de contradictions qui n'en sont pas, puisque totalement assumées. Après tout, son label se nomme "Kill The DJ". Et quoi de plus normal d'ailleurs, à une époque où le mixage, le métissage, et en un mot, le crossover, est véritablement devenu une seconde nature ? Comme je le disais plus haut, Chloé passe les frontières, déjoue les pièges des conventions, se moque de la hype et finalement, sait mieux qu'aucune autre (excepté peut-être son compère Ivan Smagghe) s'affranchir des canons de la techno tout en captant ce qu'il y a de mieux dans le minimalisme, comme dans le rock : la constance et la répétition. Ce rythme martelé, électronique ou analogique pratiqué du blues à la techno, et qui se prête si bien à l'hypnose et au dérèglement des sens. Un effet que l'on retrouve aussi bien chez Can que chez Derrick May, chez The Fall que chez LCD Soundsystem, chez Carl Craig que chez The Velvet Underground.

 

Et de fait, il y a du "Sunday Morning" (emblématique morceau du Velvet), dans l'intro de "The Waiting Room", le morceau d'ouverture éponyme de ce très bel album. Les arpèges tintinnabulant, plus electronica que proprement techno (et on devrait même dire, plus pop que proprement techno) ressemblent même à un clin d'œil, si ce n'est à un hommage. Comme pourrait l'être "Around the Clock" d'ailleurs, dont le quatre temps de guitare saturée et le trombone fatigué font office de base rythmique pour un morceau minimaliste évoquant autant le jazz ou le blues du delta que leur arrière-arrière petite fille volage, la techno. Cette ouverture, cet esprit d'aventure, c'est certainement ce qui fait de ce disque un des meilleurs moments de musique de l'année, il faut bien le dire. De l'hypnotique "I Want You", un hymne à la sensualité à la fois débridé et tout en retenue, à "It's Sunday", sa saturation électrique et son psychédélisme rampant, en passant par le romantisme electropop de "Be Kind to Me", la comptine electronica gazouillante de "Amour" ou la ballade electro-folk (chantée !) de "Beneath the Underground", autre grand moment du disque, la musique de Chloé sait varier les genres sans se perdre. Qu'elle compose à partir des machines d'aujourd'hui ou des instruments d'hier, Chloé fait preuve d'une unité de ton évidente et d'une personnalité étonnante, qui unit tous les habitants de cette "salle d'attente" imaginaire. Côté clubbing, ses rythmes en décalage constant ("No One Can"), qui nous laissent danser sur une jambe, déséquilibrés et incontrôlables, comme ivres, sont souvent envoûtants et ne laissent que peu de choix au danseur ; bouger, bouger