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Minimale, progessive, trancey ou druggy, toutes les musiques à danser dérivées du disco, de la house et de l'electro, sur Playlist.
Remote, Shonky : l'anti-minimal syndrome![]() Pour beaucoup, et à raison, la techno minimale correspond aux années 90. Etrangement à l'époque personne n'en parlait alors qu'aujourd'hui se trouve taxé de "minimal" toute musique dancefloor un tant soit peu dépouillée. Pour retrouver les racines du genre il faut pourtant revenir à l'époque où des gens comme Robert Hood, Daniel Bell et plus tard, Richie Hawtin, ont décidé d'épurer complètement les productions techno et house de la fin des années 80, la débarassant des influences new wave, funk et disco qu'elle contenait. Alors que de nombreux DJs de l'époque étaient influencés par Kraftwerk, Human League, Depeche Mode, la brit pop, etc. des producteurs comme Bell sont arrivés et ont élagué ces influences, pour ne garder que le rythme. Créant ainsi une musique strictement ascétique mais avec un groove soutenu. Il y a une évidence à l'écoute des productions d'un Robert Hood, par exemple. Malgré l'épure totale du son, l'afro-américain garde un sens du rythme incroyable, un funk froid et complètement pur. En ce sens, le minimalisme des origines, musique exigeante s'il en est, est authentiquement et beaucoup plus funk que ce que l'on veut nous vendre aujourd'hui sous ce nom, dans la house ou la techno.
Cependant, à force de cataloguer le tout venant de "minimaliste", ou au contraire, de reproduire la recette de ces deux pionniers de manière toujours plus mécanique, le public comme les producteurs ont fini par se lasser. Normal. Aujourd'hui, on taxe de "minimal" tout et son contraire. Le son Kompakt en est le parfait exemple. Les productions du label de Cologne sont généralement tout, sauf minimalistes. Kompakt sort des choses plutôt variées, plus souvent proches de la pop que du minimalisme. C'est ce minimal syndrome (titre original de mon billet) qui participa à ce que j'aime appeler aujourd'hui l'anti-minimal syndrome. Des producteurs comme les Français Seb Fouble et Eric Guillanton de Remote, sont par exemple à l'origine d'un son certes épuré, mais qui, par se touffeur et sa densité, ne correspond absolument pas aux canons du minimalisme des 90's (et tant mieux). Sur l'excellent Dark Enough, le premier album à paraître chez Kill The DJ ce mois, le duo explore toute la noirceur d'une techno rigoriste, qui fait parfois penser aux expérimentations jansénistes d'un Plastikman sur Consumed, ou des Finnois de Pan Sonic, mais reste l'aspect cosmique de leur musique, l'usage de synthétiseur, la profondeur de champ en fait tout, sauf un disque minimaliste. Ce qui, soyons en sûr, n'empêchera pas les « spécialistes » de le cataloguer comme tel.
C'est aussi le cas de Shonky, un autre français, dont le spatial et brillant (mais sévère) Time Zero doit tout à la science-fiction et aux visions froides de Detroit et autres lieux mythiques de l'imaginaire electro. Comme ses compatriotes de Remote, la musique de Shonky est, à priori bien loin des émanations filtrées de la French Touch des 90's, reste que le feeling a beau être plutôt straight, le rythme répétitif, le pied rigoureux, l'ensemble propice au headbanging vigoureux et à l'hypnose, Time Zero s'approche plus volontiers d'une musique de transe, pas au sens de "techno-trance" bien sûr, mais plutôt au sens de dérèglement "des sens" justement, de transe dans la répétition. Celle de la junky music pour beat junky, acidulée de ci, de là, de fulgurances laser et de défonce subliminale en réalité complètement virtuelle. Et ça, évidemment, c'est ce qui rapproche la musique de Shonky et Remote de la techno minimal d'origine, cet aspect druggy et transcendant, mais c'est bien la seule caractéristique que ces artistes partagent avec ce que l'on appelait il y a 18 ans, la "minimal techno". Reste que ces deux albums sont bien évidemment, chaudement recommandés !
Remote - Dark Enough (Kill The DJ/Nocturne)
Detroit - Berlin : L'ultime pélerinage des hommes-machines![]() On a tous une théorie sur la techno de Detroit, cette musique de l'âme humaine communiant avec la machine, celle-là même qui la soutient, l'aide, pourvoit à son confort et la détruit dans un même mouvement. Cette musique dont les racines plongent loin dans le blues, le jazz, mais aussi la musique répétitive et minimaliste américaine et les musiques électroniques européennes. Dans cette optique, l'axe Detroit-Berlin en a fait rêver plus d'un. Et même si ses prophètes ne sont pas originaires de Berlin mais de Düsseldorf, cela commence certainement avec ce refrain, "Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn, fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn". Une unité de ton se créait donc, fin des années 70 et début des années 80, entre l'Allemagne industrialisée et les Etats-Unis en pleine crise économique. Et cette unité s'incarnait dans l'automobile. D'un bout à l'autre de l'Atlantique, la présence des usines automobiles, des chaînes de montage, des gestes répétitifs, des pistes d'essais de vitesse, annonçaient l'avènement des rythmes machiniques envoûtants de la musique Techno, créant un pont entre l'Europe et le nouveau monde, ainsi qu'un "mood" psychologique et musical particulier, comme le dira Jacqueline Caux dans son fameux reportage sur Detroit et les origines de la Techno, The Cycle of The Mental Machine.
L'imaginaire n'a pas fini de se nourrir de cette imagerie largement utilisée par les producteurs et les labels de ces deux pays (remember Eddy Flashin Fowlkes, sur Detroit-Berlin, l'album éponyme paru chez Tresor, mythique label techno berlinois, ou encore Basic Channel/Chain Reaction, célébrant dix ans durant l'union de la techno métronomique allemande et de l'ambiance suburbaine évoquée par cette musique, sans oublier le son à la fois mathématique et emphatique de Richie Hawtin, le Landcruising de Carl Craig qui s'ouvre justement sur un véritable hommage à l'Autobahn des Allemands de Kraftwerk, etc. J'en oublie volontairement tant les exemples sont nombreux). A ce titre, et pour prouver que ses influences sont bien vivaces, même au-delà des frontières de l'amitié américano-allemande (Deutsche Amerikan Freundschaft) The Dash de l'Anglais James Ruskin est emblématique du pèlerinage qu'effectuent encore les producteurs contemporains.
Mais les producteurs de la capital du Michigan ne sont pas en reste, puisque de son côté, Osborne, aka Todd Osborn, rejeton de Spectral, sous-label de Ghostly International, sort lui aussi un album sous influence Detroit évidente, avec des titres comme "Downtown", "L8", "Ruling" ou "Afrika", sans oublier ce que le genre doit au hip hop tendance technologique "à la Dabrye" ("Our Definition of Breakdown" ou l'electro-pop inspirée par Kraftwerk ("16th Stage"). Le tout sur un album hétérogène et visionnaire ou, encore une fois, les douceurs rêveuses de l'electronica la plus fine côtoient les rythmes martiaux de la Motor City.
En Allemagne enfin, c'est cette fois au tour d'un compatriote de rendre hommage au Beach Boys de Düsseldorf (aka Kraftwerk) et Saint-Patrons de la techno des origines, sous la forme d'un mix album drivé de main de maître par la moitié du duo Wighnomy Brothers, Robag Wruhme, sur son propre label Freude am Tanzen. Un pur moment de bonheur, hors du temps et des contraintes du dancefloorisme (comme c'est souvent le cas chez Wruhme) où Lisa Gerrard de Dead Can Dance rencontre False (aka Matthew Dear), où Trentemoller croise le fer avec Stewart Walker et où Bugge Wesseltoft jamme avec DJ Koze dans un exemple imparable de groove autoroutier pour rouler (ou danser) jusqu'au bout de la nuit sur l'autobahn imaginaire qui relie Detroit à Berlin et retour ! Scratch Massive s'exhibe sur DVD (trailer) C'est dur la vie de DJ (mais il y a aussi des bons moments). Si vous n'y croyez pas, regardez Underground Needs Your Money Baby, le "DVD album/concept/tranche de vie/états d'âmes" du duo français Scratch Massive. Un projet qui fait suite à la performance exceptionnelle donnée avec Plaid à la Géode, au printemps 2007.
De fait, avec ce DVD concept, Maud Geffray et Sebastien Chenut prouvent une fois encore (la dernière était leur excellente BO pour Broken English, un film de Zoe Cassavettes, sorte d'A bout de souffle britannique que l'on attend toujours sur nos écrans) que nous avions raison de miser sur eux en tant que relève de l'electro francophone au côté de Jennifer Cardini, Ivan Smagghe, Chloé et consort. Scratch Massive vient d'ailleurs du même moule, le Pulp (que nous retrouvons ici dans une petite séquence émotion), ce que le duo ne manque pas d'évoquer dans ce DVD composé de trois parties comprenant un live, un documentaire et des clips. Le spectateur partage ainsi un peu de la trépidante existence de DJ/producteur, entre Paris, Milan, Madrid, New York et plus.
Agréable, généreux et sans prétention, Underground Needs Your Money Baby est un parfait exemple d'hybride audio et vidéo. Il illustre à merveille l'univers mental du duo, voyage, absinthe, course dans les coursives d'aéroport... Ici, les deux médias s'imbriquent au point que l'auditeur/spectateur ne sait plus s'il doit fermer les yeux et se trémousser, ou s'assoir et apprécier le flash rémanent du spectacle des photons qui dansent.
Pour l'exemple, voici 4 vidéos trailer disponible sur youtube, check it !
Scratch Massive - Underground Needs Your Money Baby DVD (Modular/Nocturne) Ivan Smagghe : l'electro, une exception culturelle ?
Du coup, on se demande ce qui fait de notre pays une exception culturelle en terme de production musicale ? Pourquoi l'electro, alors qu'en la matière, nous ne sommes pas plus brillants, ou plus originaux que nos voisins? Cela tient peut-être, comme en Allemagne, à une longue tradition d'expérimentateurs, les Schaeffer, Ferrari, Bayle, J. J. Perrey, Henry, Parmegiani, et aujourd'hui Zanési et Dufour (j'en oublie volontairement, cette scène étant d'une richesse et d'une densité que la simple énumération ne peut refléter). Il ne faut pas oublier en effet que c'est le Français Pierre Schaeffer qui, dès 1948, mit au point la théorie de la musique concrète et fonda le fameux Groupe de Recherche Musicales (GRM) quatre ans plus tard. La production concrète et acousmatique cependant, diffèrent complètement de ce que l'on appelle la techno et la house. On ne peut, à la rigueur, que la rapprocher de certaines formes d'electronica, dans sa forme la plus écrite, technique et improvisée. On est loin donc, des artistes calibrés "danse", tels que Justice ou Daft Punk.
Restent, les mutants, les drôles d'oiseaux, ceux que le dancefloor intéressent, mais qui ne se laissent pas brider par le formatage ambiant. Et c'est là qu'intervient Ivan Smagghe. L'originalité évidente des mix de Smagghe depuis Hard! en 2002, n'est pas à chercher dans la technique bien que le Français soit un excellent DJ, mais bel et bien dans la "matière première" souvent soigneusement pesée et volontairement choisie hors des sentiers balisés du dancefloor actuel. Prenez "Atlas" de Battles (remixé par DJ Koze) le morceau qui introduit Cocorico 3', son dernier mix album pour les Italiens de Mantra Vibes, c'est en soit un bijou de déviance sautillante et déglingué, un track dansant mais totalement hors normes. Quel choix pour introduire un mix ! Il n'y a que le Français pour oser ça. Idem pour Runaway et leur psychédélique "She Did It for The Money" qui ferme l'album. Le reste est à l'avenant. On pourrait citer "Blood on my hand" de Shackleton remixé par Villalobos, de "Patient Saints" de Two Lone Swordsmen, "Kanibal" de Fred Hush & Noseda, "Face Control" de Danton Eeprom ou "Telescope" de Partial Arts, pas de dancefloorisme facile ici. Par ses choix, la grâce infinie de certains enchaînements, ou au contraire, leur côté "bancal" (l'adjectif étant également le nom du studio qu'il vient de monter avec Eeprom), Smagghe se préoccupe plus de poser une ambiance, que de faire danser le plus grand nombre.
En ça, la démarche du DJ rejoint celle du laborantin de l'electroaccoustique et de la musique concrète : ils créent tous deux de nouvelles formes à partir de l'océan de sons disponibles autour d'eux. L'un utilise les productions des autres, déconstruisant, allongeant, triturant, créant véritablement, une histoire. L'autre use des sons du monde quotidien, capturés et interprétés live dans un environnement sonore approprié (l'acousmonium, on en reparle). Nous sommes donc bien en face d'une école ici, dans le sens d'éducation par la pratique, de filiation et d'héritage, que celui-ci soit conscient, ou non.
Ivan Smagghe - Cocorico 3' (Mantra Vibes/Import) Drumpoet Community : Zoorichans Beats
Comme son nom l'indique, Drumpoems Verse 1 est la première carte de visite d'une structure qui n'est, pour le reste, pas avare de sorties maxis toute l'année. Présentée dans un joli petit sac noir en impression tons sur tons bien pratique pour y ranger les fines herbes (par exemple, bien que la label préconise une utilisation plus classique, CD, I-Pod, clé USB, téléphone portable...), cette compilation offre d'excellents moments de détente musical (c'est là qu'interviennent les fines herbes les amis !). Avec son panorama d'electro intelligente, à la fois foncièrement dansante et toujours assez mélodique pour bénéficier d'une écoute attentive et allongée, il faut bien avouer que Drumpoems Verse 1, force le respect. Entre l'electronica soyeuse de Foster ("Quiet Befor The Storm (Quarion remix)" immortalisé sur le Feeling Strange de Jennifer Cardini), la tech-house cool de Soultourist - "Turn Loose (Dixon edit)" et l'entêtante progression lyrique du "Take Root" de Thabo, la minimale house qui balance doucettement de Kawabata - "Movin' On") et la house electronica un rien old school de Quarion ("Karasu"), le groove pulsé de The Lost Men ("The Return") et, surtout, la deep house hypnotique de Sascha Dive (l'ultra funky "DEep (Samuel Davis Deep4Life Mix)") Drumpoet Community semble confirmer le retour annoncé d'un certain classicisme assumé au sein de la sphère dancefloor électronique.
L'ensemble se distingue également par une touche singulièrement relax, soul jazz 70 et dubby, qui donne l'impression que Zurich se trouve aux Baléares et non pas dans l'hémisphère nord. Une certaines idée du "Zoorichan Beat" donc, qui rappel parfois la Vienne enfumée des 90's (Kruder & Dorfmeister, Tosca, les compilations Vienna Scientist, etc.) Largement soutenus - et joués - par des pointures mondialement reconnues et aussi diverses que Carl Craig, Derrick May, Âme, Henrik Schwarz, Jazzanova ou Château Flight, gageons qu'on entendra encore parler pendant longtemps de ce petit label prometteur. Et dire qu'il y en a encore pour venir se plaindre de 2008 !!
VA - Drumpoems Verse 1 (Drumpoet Community/Nocturne)
http://www.myspace.com/drumpoet Carl Craig fait ses sessions
La techno de Carl Craig, c'est cette musique en route vers le son pur, pourrait-on dire pour paraphraser le critique allemand Ulf Poschardt. A l'instar de Sun Ra ou de Steve Reich, dont le producteur américain est un fervent admirateur, sa musique se joue des structures fixes et s'engage dans la dissolution des formes. Sur Sessions, Craig expérimente la musique, la sienne sous de multiples pseudonymes (69, Paperclip People, Tres Demented, Psyche) comme celle des autres (Chez damier, Rhythm and Sound, Theo Parrish, Beanfield, etc.), comme un matériau sonore brut en constante évolution. Depuis Landcruising, la musique de ce petit prince du beat au kilomètre vibre en nous avec l'abandon lointain, de ceux qui se sont retirés dans une autre dimension. Musique de flux pour autoroute (de l'information), elle contient toujours en germe la pulsion moderniste des origines, même dans ses émanations les plus oldschool (69 - "Rushed" et "Psychobeat"). A ce titre, Sessions bat le pouls d'une techno éternelle, toujours innovatrice et inventive, celle d'une musique spirituelle, technologique (évidemment) et futuriste.
"Futurisme" n'est pas un vain mot chez Carl Craig, c'est un concept, une ligne de conduite, une philosophie de vie propice à développer un univers de science-fiction. Sa musique d'outre-espace avec ses nappes vibrantes et ses basses profondes (Junior Boys - "Like A Child", sur le CD 1 de Sessions, "Sound of Silver" de LCD Soundsystem, malheureusement absent de cette anthologie mais à se procurer de toute urgence, Xpress 2 - "Kill 100", Faze Action - "In the Trees" et en général tout le second CD) est de celle qui donne l'impression de ne jamais devoir s'arrêter, reliant en cela les poussées de fièvre du free jazz afro-américain de Charlie Parker à Miles Davis, du funk psychédélique surchauffé de Parliament-Funkadelic (Tres Demented - "Demented (Or Just Crazy)") et de l'electro allemande, ce "funk blanc", de Kraftwerk, Manuel Göttsching et plus près de nous, Basic Channel, avec toujours, cette obsession pour le sérialisme (Delia Gonzales & Gavin Russom "Revelee") et le classicisme (Francesco Tristano "The Melody"), quand ce n'est pas un certain académisme jazz (qui fonctionne parfaitement sur la monstrueuse et, il faut bien le dire défrisante, relecture de "Bug in The Bass Bin" d'Innerzone Orchestra). Avec Carl Craig, même l'évocation grave d'"Angola" par Cesaria Evora sonne comme l'incarnation afro-futuriste indépassable d'une vision à la fois ancestrale et moderne, unissant futur et tribalisme dans un vaste continuum chamanique avec une urgence et une vitalité qui font de Sessions l'une des livraisons indispensables de ce début d'année !
Carl Craig - Sessions (K7!/Pias, mars 2008) Jennifer Cardini : A place to be
Du coup, c'est un peu l'évènement de l'année ce mix de la française Jennifer Cardini. Adoptée depuis plus de trois ans par le label Kompakt, étalon d'une techno finaude et souvent brillante. Sur Feeling Strange, la Niçoise prouve encore une fois qu'elle mérite bien sa réputation de tête chercheuse. Rework, Adam Kroll, False, Lusine, Apparat, Principle of Geometry, Lawrence, Reinhardt Voigt, Maurizio..., sur le papier, la sélection de ce mix album laisse rêveur. Attendue de pieds fermes depuis Lust en 2005, la Française enchaîne rythmiques impeccables, groove sombre et implacable (les quatre premiers titres franchement scotchant !) et surtout impose sa patte si particulière en mêlant finement electronica ("Static" remixé par Robert Lippock de To Rococo Rot, "Push" de Lusine, "Arcadia" d'Apparat, "A Moutain For President" de Principle of Geometry), house soulfull ("May I ?" de Jamie Lloyd remixé par Quarion, Mike Dunn) et minimale, sans pour autant abuser de cette dernière tendance, ce qui, chez Kompakt, représente un véritable tour de force. De l'hypnotique à l'émouvant, du dark au mélodique, le disque est clairement divisé en quatre parties distinctes. Une intro narcotique portée par le poisseux "Love Love Love Yeah" de Rework remixé par Chloé, un interlude sensuel (Jamie Lloyd, Takemussa, Johnny D), une montée troublante ("Fed on Youth" de False, "The Vineyard (Peter Ford Remix)" de Florence Eevo, "Blackbody" d'Alex Smoke, "Eclipse" d'Onur Özer) et un final carrément lyrique ("Missing Billie" de Reinhardt Voigt, Principle of Geometry, Lusine et Apparat).
Même si l'ensemble est irréprochable malgré un petit coup de mou en milieu de parcours, on retiendra surtout la première partie avec la succession impeccable Adam Kroll/Joseki/Maurizio, qui nous fait passer des frissons à chaque écoute. Au final Feeling Strange reste un mix de haut niveau et nous offre la plus magnifique soirée qu'on puisse rêver de passer. Définitivement, "a place to be".
Jennifer Cardini - Feeling Strange (Kompakt/Nocturne, mars 2008) Rod Modell : Réactions en chaîne
Depuis dix ans, Rod Modell, que l'on sent irrémédiablement nostalgique, a discrètement développé son propre genre de "Detroit Techno". Comme ses aînés, il use d'effets dubisants, d'échos, de distorsions et de souffles sur des rythmes lents et syncopés, enveloppés dans des textures granuleuses plus communes à l'electronica qu'à ce genre de musique. Avec un sens incontesté de l'hypnose progressive malgré un traitement ascétique du son, une production linéaire et une progression inflexible, "Aloeswood", "Hotel Chez Moi", "Cloud Over", "Ultraviolet World" ou "Red Light", nous bercent comme au sein de doux, mais profonds, remous aquatiques. Parfaitement conscient de l'héritage de ses pères, Incense & Black Light développe ce son reconnaissable entre tous, fait de textures denses, de basses à la fois enveloppantes et étouffées, marinant entre dub électroniques, ambient downtempo et hypnotisme techno rigoriste. Une chape de sons filtrés, de la techno amniotique jouée sous la mer ou écoutée dans un pipe line, ou bien au travers des vitres fumées d'une limousine abandonnée sur un parking à Detroit. A ce titre, Rod Modell a su capturer l'esprit de Berlin, de Detroit, ou de Tokyo et d'Hong Kong si vous préférez, ces mégalopoles ultra-modernes, éternelles insomniaques, véritables décors de film de science-fiction et incarnation d'un futur noir et inquiétant, toujours sous la pluie. De même, le packaging magnifique de ce CD édité par le label japonais Plop, représente la quintessence du style techno des 90's : un fantasme urbain, où rêve de vitesse, corps dansants désincarnés et amours androïdes, hantent l'imaginaire (post)humain dans le continuum de plus en plus vaste de notre modernité. Trippant ! (Et lancinant)
Rod Modell - Incense & Black Light (Plop/Differ-Ant) http://www.silentrecords.net/html/rod_modell.html Antonelli : Soul Electric pour oldschooler
Sur Soulkiller, son sixième album, Antonelli s'offre un flashback et revient aux bases de ce qui faisait l'electro des années 80. Entièrement produit à partir de machines analogiques, de bons vieux synthétiseurs et des séquencers vintage, l'album est enregistré dans des conditions live sur un simple magnétophone. Warning, all tracks recorded live to tape recorder, no computer used, no overdubs, strictly harware melody, mono machine drum, prévient d'ailleurs l'intéressé dans son livret. Et il y a naturellement une forme de poésie dans cette démarche, le choix résolu d'un ascétisme volontaire dans le sens noble du terme. De fait, rarement techno aura sonné aussi "naturelle" et fraîche. Une fraîcheur qui est paradoxalement la conséquence d'une discipline et d'une austérité assumées, qui viennent redorer le blason d'une techno minimale de plus en plus décriée. Sur "Soulkiller", point de facilitée, malgré l'évidence d'enchaînements répétitifs subjuguant et prononcés. On reste simplement fasciné par la finesse des patterns ("Claps Unlimited"), le groove bondissant ("Hamilton"), les nappes évanescentes ("Ensemble of Eight"), ou le sens du décalage pop en forme de clins d'œil sur l'éponyme "Soulkiller", sans oublier "When Terry Sings", un hommage non déguisé au chanteur des Specials, Terry Hall. Disque généreux à l'énergie rayonnante et aux mélodies directes et franches, Soulkiller bénéficie également d'une "touch of soul" vraiment particulière, de celle qui fait d'Antonelli un artiste unique et l'un plus brillant outsider de l'electro allemande, pas moins.
Antonelli - Soulkiller (Italic/Nocturne, fév 2008) Bruno Pronsato : mathématiques modernes
Il faut dire qu'avec Why Can't We Be Like Us, ce producteur maniaque élabore ce que certains pourraient appeler un "exercice d'architecture sonore de haute volée". Assidûment composé strate après strate, ce premier album est bâti à la manière d'un impressionnant mille-feuilles acoustique dans lequel, voix, rythme et espace cohabitent dans un océan de sons fluctuants et continuellement renouvelés. De son apprentissage en tant que batteur Pronsato a gardé le goût des polyrythmies complexes et sophistiquées (voir son travail rythmique quasi-symphonique sur "At Home I'm A Tourist" ou l'incroyable virtuosité de "Who Is Sarah Stern" ses infrabasses et autre micro-percussions), du rock, on retrouve également l'effet de saturation multicouche qui rappelle parfois la travail de production de Kevin Shields sur certains morceaux du dernier album de My Bloody Valentine, quand ce n'est pas les tonalités liquides du jazz mutant de Sun Ra . Savante et exigeante, en un mot "mentale", la musique de Pronsato l'est à bien des égards, mais elle n'est certainement pas dénuée de sensualité, ni d'émotions, comme le prouve "Slowly Gravely", "What They Wish" ou le très sexuel "Same Faces, Different Names". Ses longues dérives aquatiques ("An ill Collage") ont beau parfois rappeler les textures des premiers Two Lone Swordsmen (drivé par Andrew Weatherall, un autre rocker d'origine, qui revient au rock ces dernier temps) elles cultivent aussi un lien de parenté avec le funk cliquetant et hédoniste de Pantytec, dont Pronsato est grand fan. Plus généralement, ses moments de suspension (le très beau "What We Wish" au piano, ou l'éponyme "Why Can't We Be Like Us"), sa fluidité ("Who Is Sarah Stern"), son sens de l'espace (tous les morceaux), mis au service d'un groove subtil et escarpé, font de Why Can't We Be Like Us un des albums les plus fascinants de l'année.
Bruno Pronsato - Why Can't We Be Like Us (Hello ? Repeat/Nocturne) Triple R Selection 6 in The Mix : Trapez acrobatique
Alors que la sélection 5 parue il y a un an privilégiait une techno minimale plutôt funky, cette Selection 6 se présente comme un volume particulièrement trancey. Les amateurs répondront qu'il s'agit d'une constante des productions Traum et ce n'est pas faux. Le label est en effet connu pour la diffusion d'une musique dont le plaisir se mesure à la qualité de l'hypnose induite par le produit proposé. Ses qualités stupéfiantes, ses combinaisons spatiales, son groove implacable mais subtil, son minimalisme tout sauf stérile qui se prête aussi bien à l'écoute horizontale qu'à l'exutoire vertical les deux pied on the floor, chaque élément semble savamment calculé et mis en place à dessein. Dans ce domaine on retiendra particulièrement l'univers mental de Reggy Von Oers et le minimal funk de SLG, indéniablement les deux révélations de cette sélection. Dès l'intro krautrock (d'aucun dirait "kosmische") de Reinhold lui-même, Triple R transporte l'auditeur vers des sommets répétitifs et entêtants rarement atteints. Echos, rebonds, hypnose et bassline quasiment indécentes, le mix évolue inexorablement vers un orgasme spontané. Du décollage space de "Cytric" (Reggy Von Oers encore), "Endless Ride" (Salvatore freda & Massimon Stefanelli) ou "Dandelion" (Red Robin & Jakob Hilden) au psychédélisme de 3 Channels ou Massi DL jusqu'au final monstrueux toutes sirènes dehors d'un Alex Under en pleine montée acide ("Trapezones Erectos", extrait de son prochain album), Triple R Selection 6 est une invitation pure et simple à l'abandon, une voix royale toute tracée vers la trance, un manifeste techno galactique, bref, encore une très belle invitation au voyage signé Traum. Triple R Selection 6 : Trapez Compilation - in the mix (Traum/Nocturne) Justus Köhncke : Emotional Dancer
Composé au cours de deux longues années de périples autour du monde incluant djying et live act, Safe and Sound est le fruit d'un travail acharné sur la forme autant que sur le fond. Après Doppelleben le producteur allemand nous offre un véritable album de "Justus Köhncke", un disque dancefloor, relevé d'une pointe de nostalgie. Le côté crooner, baladin et les reprises de son album précédent, sont désormais du ressort de son alter ego, Kinky Justice. Music and Lyrics son premier 10" vient d'ailleurs juste de sortir chez iCi recs. Ces vélléités pop mises de côté, Köhncke a pu réellement se concentrer sur Safe and Sound. Plus festif tout en étant plus profond, la mécanique de son groove se fait plus complexe, empruntant sans cesse des voies inattendues (le funk contrarié de "Yacht", l'update de "Love and Dancing", ses constructions organiques ne sont jamais mécaniques, au contraire. Malgré son orientation clairement dansante, la passion de son auteur pour les mélodies transparaît sur tout le disque (le poignant et cosmic "Molybdän", le presque ambiant "$26") et celui-ci ne souffre donc pas d'un quelconque formatage dancefloor. C'est particulièrement vrai sur la reprise trancey de "Feuerland", un hymne krautrock et cosmique de plus de sept minutes de l'ex-Kraftwerk et membre d'Harmonia, Michael Rother. Mais l'invité d'honneur de cet album, et cela n'étonnera pas les amateurs du discret producteur, c'est bien sûr le disco. Depuis sa rencontre avec Prins Thomas, l'autre barde nu-disco venu du nord, pour un remarquable remixe d'Elan, l'Allemand semble s'être bel et bien engagé dans la quête d'un groove toujours plus discoïde et exubérant. En ce sens "Parage" est certainement le morceau emblématique de l'album, même si la "touch" disco apparaît en filigrane sur de nombreux autres morceaux de "Molybdän" à "(It's Gonna Be) Alright".
Globalement hétérogène chaque morceau de Safe and Sound génère son petit moment d'euphorie dans un monde bien à lui. C'est typiquement le genre d'album que vous aimerez poser sur votre platine de retour d'une soirée au petit matin, histoire de vous remettre d'une nuit agitée tout en gardant assez d'énergie pour commencer une nouvelle journée. Tout de strass et de paillettes, propice aux flash-back, Köhncke garde un œil sur le dancefloor contemporain tout en prenant de la distance par rapport aux figures imposées et on se dit que l'Allemand est à l'origine d'une source de fraîcheur qui n'est pas près de s'assécher.
Justus Köhncke - Safe and Sound (Kompakt/Nocturne, janv 2008)
Blitz'n' bass beep : 4 maxis dans le vent
Apparat - Arcadia remixes (InFiné/Discograph) Donnacha Costello : Living Colors
A l'écoute de ces 10 titres impeccables, on a envie de dire : voilà la minimale qui fait mentir les oiseaux de mauvaise augure qui annoncent la fin du genre, celle qui cloue le bec aux râleurs et remet les choses à leur place. Rarement série aura aussi bien mérité son nom. Colorés, ses morceaux le sont. Le producteur irlandais qui débuta sa carrière en 1989 a d'ailleurs toujours su nous proposer une techno à la fois rigoureuse et chaleureuse, réellement dansante et toujours harmonieuse. Pourtant avouons qu'il n'est pas toujours été aussi convaincant sur le long cours d'un album, qu'ici, au milieu de sa collection de dégradés funky et j'ose le dire, carrément chatoyants. Bourré d'énergie positive, chaque morceau de Colorseries donne envie de lever les bras en l'air, de bouger la tête et de remuer gentiment les hanches. Même les titres les plus répétitifs comme "Pistachio A" ou "Grape B", se parent de mille couleurs, quant aux autres, les "Orange A", "Grape A", "Rubin Red B", ils oscillent doucement entre ritournelles minimales et electronica scintillante. Ajoutez un poil de progressive aux reflets trancey sur "Opal Sessions" (un inédit) avec ses nappes obsédantes, deux belles plages ambiantes sur "Cocoa B" et sa session cousine (encore un inédit) de la même chaude couleur chocolat, pour finir sur une note épicée avec l'electro naïve et cosmique de "Mustard B" et vous aurez de quoi vous faire monter le rouge aux joues. Costello réalise même un "Blue B" qu'on ne peut que concevoir comme un clin d'œil à Plastikman (période Consumed), magique !
Donnacha Costello - Colorseries (Minimise/Nocturne, déc 2007) Electro : CLONE NIGHT au Triptyque samedi !
Nouvelle soirée Skylax au Triptyque. Hardrock Striker, le big boss de ce label californien précusseur de l'électro rock invite Legowelt et Dexter à se produire en live. Legowelt, aka Danny Wolfers est américain. Il a commencé la musique au début des années 90's en s'inspirant des légendes techno de Detroit et de la house de Chicago. Depuis il a sorti une douzaine de projets, dont l'incroyable tube electro "Disco Rout" en 2002, salué par la presse spécialisée allemande. De son côté, Dexter balance une électro riche en basse, moderne et funky. Ils représentent tous les deux le label de Rotterdam, Clone Records, indispensable bastion de l'electro classic. A ne pas manquer ! Electro Samedi 22 Décembre au Tryptique - 12€ - minuit - guest list ici (valable pour une entrée gratuite avant 1h30) Fairmont : Confessions d'un automate mangeur d'opium
Mais revenons à ce Coloured in Memory d'exception et à son créateur, Jake Farley. Jusqu'alors plus connu pour son projet dancefloor sous le pseudonyme Jake Fairley, auquel on doit de nombreux maxis sur Sender, Kompakt ou Dumb Unit, entre 2000 et aujourd'hui, ce jeune producteur nord américain né en 1977 officie également très tôt sous le nom de Fairmont. Certains se souviennent peut-être de Paper Stars sur Traum Schallplaten, en 2002 ? Sur cet album hypnotique, et malgré des climats contrastés allant d'une deep techno limite ambiant à des tracks trancey et cotonneux à souhait, on pouvait déjà déceler les talents exceptionnels de mélodiste electro hors pairs qu'il affiche désormais clairement sur Coloured in Memory. Un talent qu'il sait exprimer en club puisque c'est avec "Gazebo" que Fairmont remporte la palme des meilleurs titres d'after de 2005, un an après que Nathan Fake et son "The Sky Was Pink" ne s'impose comme un véritable manifeste. On ne s'étonne plus alors de voir James Holden signer Farley sous son pseudo Fairmont sur son label Border Community, le label par qui le renouveau psychédélique arrive. Au minimalisme austère de ces cinq dernières années, Border Community opposait en effet avec "The Sky Was Pink", une certaine idée de la transe electro techno, teintée de pop mais aussi d'electronica très 90's.
Fan de rock (et de hip hop) Farley découvre l'electro au milieu des années 90. Une décennie symbolique à laquelle il rend hommage sur Coloured in Memory avec "1995", track qui célèbre l'année où il découvrit la techno, mais aussi Boards of Canada et "I care because I do" d'Aphex Twin. Mais il n'oubliera jamais ses premiers émois. C'est donc logiquement qu'il nous offre ici un album de techno psychédélique sombre et ambiguë, qui plaira même à ceux qui n'aiment pas la techno. Car Coloured in Memory est empli d'ambiances évaporées, de réminiscences new wave et shoegazer (on pense parfois à Ride ou aux Spacemen 3, allez savoir pourquoi) qui appellent inévitablement à la nostalgie d'une époque révolue. Un spleen palpable surtout quand le Canadien développe une techno vocale et lysergique, portée par un chant détaché mais plein d'une émotion introspective et finalement très "rock". Dans leur genre les titres sont également évocateurs : "Sedative for the sentimental", pour un morceau contemplatif et glougloutant, "I Need Medecine", franchement space-rock pour le fond, même si complètement électronique dans sa forme. Réalisé à partir d'antiques synthés analogiques, Coloured in Memory y gagne une patte antique, psychédélique et pop complètement hantée. Sur "Fade and Saturate" la mélodie est comme prise de léthargie, tout à fait dans l'esprit des productions de Fake et Holden, tandis que "Darling's Waltz" affiche un romantisme glacé derrière lequel on sent une dureté sous-jacente, quant à "Flight of The Albatros", c'est un morceau complexe et saturé de détails. Une pièce miroitante et mouvante, comme le reflet du soleil sur une rivière au crépuscule. Une magie totale qui opère d'un bout à l'autre de l'album, jusqu'à l'éponyme "Coloured in Memory", nouvel hommage aux musiques planantes d'hier et ultime coup d'œil dans le rétroviseur sur plus de 50 années de musiques électroniques ET psychédéliques. Magnifique ! L'album de l'année pas moins, ex-aequo avec... bah, vous verrez très bientôt.
Ne ratez surtout pas "Fade and Saturate" proposé à l'écoute sur le profil myspace de l'artiste, tout comme "Flight of The Albatros" et "Gazebo" !
Fairmont - Coloured in Memory (Border Community/Sokadisc, nov 2007) Ricardo Villalobos ce soir au Studio 88 (Aix)
Communiqué de presse : Ricardo Villalobos (Playhouse-Perlon) DJ
Avec aussi Sarah Goldfarb (Treibstoff-Dumb Unit/Marseille) live. Le Marseillais n'en finit plus de monter dans la galaxie minimale avec ses tracks toujours plus hypnotiques, toujours plus stratosphériques... & Gallel Da Bitch et Little Sugar.
Celui par qui tout à commencé, ce soir au Batofar !
Technorama est de retour au Batofar et reçoit l'une des légendes de la musique électronique Américaine. Né en 1962 à Detroit, Juan Atkins est l'un des pères fondateurs de l'électro aux côtés de Derrick May et Kevin Saunderson. Bercé aussi bien par les productions de Funkadelic ou Parliament que par les groupes européens de pop synthétique comme Kraftwerk, Telex ou Devo, Juan a parfaitement su digérer ses influences qu'il retranscrit à merveille dans ses émissions de radio et dans ses sets. On le retrouve en tant que producteur sous les pseudos de Infiniti, Model 500, et sur les projets Cybotron, X-Ray ou Frequency. Son escale à Paris nous promet deux heures de dj set mémorable. Il sera accompagné par les dj's du collectif Technorama, à savoir Dj Jee et Oxyd. Enjoy tonight !
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Le thé au Harem de Guillaume & The Coutu Dumonts
Normal, puisque si Guillaume & The Coutu Dumonts est un nouveau projet, ce transfuge du fameux festival Festival Mutek de Montréal et protégé de son directeur artistique, Alain Mongeau, n'est pas moins à la tête d'un nombre étonnant d'initiatives, dont Egg (avec Julien Roy), Luci (avec David Fafard), Chic Miniature (avec Ernesto Ferreyra), Flabbergast (avec Vincent Lemieux) et j'en oublie. Sur Face à l'Est, l'exotisme des influences moyen-orientales ou africaines a beau être présent, le producteur privilégie constamment la subtilité. Ces influences sont plutôt là en filigrane, comme un souffle, uniquement audibles à celui qui sait écouter. Une exception pourtant sur "Les Gans", largement inspiré par la musique éthiopienne, où Coutu Dumonts réunit minimal house et jazz, et qui est une vraie réussite. Sa musique est à la fois très organique et très précise, presque mathématique, mais de ces mathématiques du chaos à la Villalobos (qui joue d'ailleurs régulièrement les maxis du Canadien). Elle joue sur les échos, la polyrythmie et les sons microscopiques. Sur ses morceaux les plus hypnotiques, Coutu Dumonts crée des espaces en apesanteur et des mélodies sous forme de nappes ou de bleep electronica. Des variations qui utilisent également les voix, donnant une teinte housey à des compositions qui gagnent alors en chaleur et surtout en sens, même si c'est souvent de manière subliminale. A ce propos, le Québécois m'expliquait récemment en interview : "L'Occident a les yeux rivés sur l'Orient (et le Moyen-Orient). Pour plein de raisons, je crois que nous courrons vers une confrontation si la machine ne se renverse pas. Parfois je crois que la musique électronique est un peu trop dépourvue de sens. Il n'est pas facile de passer un message lorsqu'il n'y a pas de paroles (quoique l'on retrouve du texte sur l'album). Sans vouloir passer un message politique... j'aime penser que le titre donne le ton à l'album. Pose une question en sourdine...Pour moi les artistes ne doivent pas faire de la politique mais une de leur fonctions est de poser des questions. Sagesse et transcendance, intelligence et goût du risque, réunis sur un même album, décidemment ce Coutu Dumonts est un cas ! Meilleur espoir 2007, pas moins.
A écouter sur son profil myspace "Don't Cheet With Concrete", "Yenon" et "They Only Come Out, tous trois tirés de Face à l'Est.
Guillaume & The Coutu Dumonts - Face à l'Est (Musique Risquée/Nocturne) Uusitalo : Un dancefloor sur la banquise
Si Karhunainen, son nouvel album, délaisse les paysages glacés, c'est pour nous offrir la parfaite fusion electro-organique d'une musique entièrement composée avec des instruments analogiques. C'est certainement ce qui donne à Karhunainen cette sensualité à fleur de peau et cette chaleur, même dans ses compostions les plus abstraites. "Konevista" et "Korpikansa", par exemple, deux tracks hybrides aux ondulations vagues, rappellent les excursions ambiantes à facettes de ses débuts, "Tohtori Kuja", un morceau dubby au skank entêtant et aux pauses impromptues, évoque son passage sur le label berlinois Chain Reaction. Mais l'album est bâti comme une inexorable montée d'endorphine et "Sikojen Juhla", construit sur un sample de voix inaudible mais répétitif, fait basculer le disque dans une techno fluide dont le groove purement électro doit autant aux pionniers de Detroit qu'au click'n'cut des années Mille Plateaux (la décennie des 90's pour être précis). Avec "Satumaa", Delay rend hommage au jazz, allant jusqu'à inclure un saxophone fantomatique et une batterie free, qui donnent tout son éclat à ce morceau upbeat étonnant. Sur l'éponyme "Karhunainen" il s'offre même le luxe d'un véritable hymne clubbing, avec son rythme uptempo et sa ligne de basse quasi-disco singeant le "I Feel Love" de Moroder/Summer. Difficile donc, de synthétiser en quelques mots et de manière abstraite, la richesse de cet album. L'artiste semble y résumer son travail tout en effectuant un retour aux sources instrumentales, y exprimant entièrement sa passion pour les constructions à la fois abstraites et furieusement incarnées (comprendre "de celles qui nous poussent inévitablement à bouger"). Il vous suffira peut-être de savoir que Karhunainen est un grand disque, de ceux que l'on aligne sans hésitation dans son top 10, pour avoir envie d'en faire l'acquisition.
Uusitalo - Karhunainen (Huume/La Baleine, oct 2007) (Merci CF) Le Gibus a 40 ans, chapeau !
Du twist au rythm'n'blues, du rock au hip hop, de la house à la jungle, de la techno au RnB, cette salle mythique, drivée de mains de maîtres par les frères Taïeb, sera le temple de la musique, quel que soit son style ou son école. Il faut le dire, peu de gens eurent assez de flaire et de talent pour surfer sur l'avant-garde comme le fit ce clan familial issu de Tunisie. Une équipe à qui l'on doit les premières soirées punk rock en 1977 mais aussi les premières soirées electro. Le Gibus fut pour beaucoup dans l'émergence de la French Touch et l'arrivée des rois de l'electro de Chicago, Detroit ou Berlin, à Paris. A la fin des années 90, c'est au Gibus que naissent les soirées dédiées aux Baby Rockeurs avec les festivals "Passe ton bac d'abord"... C'est ce que racontent Philippe Manoeuvre, Damien Almira, Busty et l'ex-manager de Bijou Jean-William Thoury dans ce très beau livre commandé pour l'anniversaire du club. En 192 pages et plus de 300 photos couleurs et noir et blanc, de nombreux documents d'archives et de témoignages plus nombreux encore, 40 ans de musiques au Gibus (notez le pluriel) retrace l'histoire d'un lieu unique sans lequel l'impact de ce que l'on nomme communément les "musiques actuelles" ne serait certainement pas le même. Un beau livre et un beau cadeau pour Noël d'un coup d'un seul. Chapeau !
40 ans de musiques au Gibus par Damien Almira, Busty et Jean-William Thoury sous la direction de Philippe Manœuvre (éditions Hugo Image)
Chloé : Rêve ambigu d'un dancefloor transgenre Le moins que l'on puisse dire c'est que Chloé (Chloé Thevenin de son vrai nom) cultive l'ambiguïté. Pour commencer, la Française est DJ mais c'est une enfant du rock. Elle se joue d'ailleurs, des clichés de la techno comme de ceux de cette musique primitive des origines. Sur les photos de presse distribuées par son label, elle apparaît en jeune femme sérieuse, bien droite devant l'objectif, chemise blanche et col boutonné. Pourtant, derrière l'apparente austérité, une fièvre couve. Les joues sont rouges, les lèvres pleines et les mains fines semblent nerveuses, comme déjà ailleurs, occupées à de plus intéressantes activités. Sa musique comme l'imagerie qui l'entoure est donc emprunte de paradoxes, de grands écarts, de contradictions qui n'en sont pas, puisque totalement assumées. Après tout, son label se nomme "Kill The DJ". Et quoi de plus normal d'ailleurs, à une époque où le mixage, le métissage, et en un mot, le crossover, est véritablement devenu une seconde nature ? Comme je le disais plus haut, Chloé passe les frontières, déjoue les pièges des conventions, se moque de la hype et finalement, sait mieux qu'aucune autre (excepté peut-être son compère Ivan Smagghe) s'affranchir des canons de la techno tout en captant ce qu'il y a de mieux dans le minimalisme, comme dans le rock : la constance et la répétition. Ce rythme martelé, électronique ou analogique pratiqué du blues à la techno, et qui se prête si bien à l'hypnose et au dérèglement des sens. Un effet que l'on retrouve aussi bien chez Can que chez Derrick May, chez The Fall que chez LCD Soundsystem, chez Carl Craig que chez The Velvet Underground.
Et de fait, il y a du "Sunday Morning" (emblématique morceau du Velvet), dans l'intro de "The Waiting Room", le morceau d'ouverture éponyme de ce très bel album. Les arpèges tintinnabulant, plus electronica que proprement techno (et on devrait même dire, plus pop que proprement techno) ressemblent même à un clin d'œil, si ce n'est à un hommage. Comme pourrait l'être "Around the Clock" d'ailleurs, dont le quatre temps de guitare saturée et le trombone fatigué font office de base rythmique pour un morceau minimaliste évoquant autant le jazz ou le blues du delta que leur arrière-arrière petite fille volage, la techno. Cette ouverture, cet esprit d'aventure, c'est certainement ce qui fait de ce disque un des meilleurs moments de musique de l'année, il faut bien le dire. De l'hypnotique "I Want You", un hymne à la sensualité à la fois débridé et tout en retenue, à "It's Sunday", sa saturation électrique et son psychédélisme rampant, en passant par le romantisme electropop de "Be Kind to Me", la comptine electronica gazouillante de "Amour" ou la ballade electro-folk (chantée !) de "Beneath the Underground", autre grand moment du disque, la musique de Chloé sait varier les genres sans se perdre. Qu'elle compose à partir des machines d'aujourd'hui ou des instruments d'hier, Chloé fait preuve d'une unité de ton évidente et d'une personnalité étonnante, qui unit tous les habitants de cette "salle d'attente" imaginaire. Côté clubbing, ses rythmes en décalage constant ("No One Can"), qui nous laissent danser sur une jambe, déséquilibrés et incontrôlables, comme ivres, sont souvent envoûtants et ne laissent que peu de choix au danseur ; bouger, bouger |