Palace est une musique pour le plaisir. [...] Je pense qu'elle atteint le coeur des gens qui ne sont pas émus par Bon Jovi ou Lynyrd Skynyrd. (Index Magazine, 1996) ”
Elevé au rang de demi-dieu par les plus illustres noms de la critique élitiste actuelle, le songwriter américain Will Oldham, aujourd’hui plus connu sous son alias Bonnie Prince Billy, fait partie, il est vrai, du cercle très fermé d’artistes qui ont su donner une nouvelle impulsion au folk US.
Sur les planches
Si les débuts musicaux de Will Oldham datent de 1992, la carrière artistique du natif du Kentucky commença dès l’année 1987 par le biais du cinéma. En effet, cette année-là sort le film
Matewan de John Sayles et dans lequel Oldham tient son tout premier rôle ; cette apparition cinématographique est suivie deux ans plus tard d’une autre, mais cette fois-ci sur le petit écran, dans le téléfilm
Everybody’s Baby : The Rescue of Jessica McClure. L’année 1991 vient clôturer, avec le film
Thousand Pieces of Gold, cette carrière météorique qui, s’il fallait en tirer un quelconque enseignement, préfigure l’annonce surprenante qu’avait formulé il y a quelques mois Oldham de s’essayer au stand-up. S’immergeant véritablement dans la scène indépendante de Louisville en 1991, il y fait notamment la rencontre du groupe
Slint, qu’Oldham immortalisera sur la pochette de
Spiderland sorti la même année, album aujourd’hui considéré comme une des pierres angulaires de l’indie-rock américain.
Spleen lo-fi
Il fonde son premier groupe, Palace Songs (originellement Palace Flophouse), en compagnie de son frère Ned et de Brian McMahon, de Slint, avec lesquels il enregistre sa première chanson, "Ohio River Boat Song", suivi en 1993 de l’album There Is No-One What Will Take Care of You, oscillant entre indie-rock et country, que le groupe fera paraître sous l’appellation de Palace Brothers. Les chansons, toutes composées et écrites par Will Oldham, sont déjà caractéristiques de l’œuvre à venir, tant les thèmes qui y sont abordés (le péché, l’ivresse, l’amour déçu…) marqueront toute la discographie du songwriter, entre mélancolie et dépression. Days In the Wake, publié l’année suivante, est le deuxième album de Palace Brothers, réduit au seul Will Oldham, qui enregistra l’intégralité des morceaux avec sa guitare acoustique uniquement : l’album, comme son prédécesseur, installe le songwriter du Kentucky comme l’un des fers de lance du folk américain. Prolifique, Oldham délivre deux nouveaux albums en 1995 et 1996, Viva Last Blues et Arise Therefore, cette fois-ci sous le nom de Palace Music, et qui seront les derniers du groupe. Will Oldham tombe enfin le masque en 1997 avec la sortie de Joya, premier album solo, sur lequel il fait une nouvelle fois étalage de ses qualités de parolier.
Un parcours sans fautes
1999 marque une nouvelle étape dans la carrière de l’Américain, qui se choisit un nouvel alias, celui auquel il demeure encore aujourd’hui fidèle, Bonnie Prince Billy. L’intronisation de ce nouveau nom se fait sur son album considéré à l’heure actuelle comme son meilleur,
I See a Darkness. Depuis, Oldham demeure un artiste toujours aussi actif, sortant en moyenne un album chaque année, les plus marquants étant
Master and Everyone (2003),
Bonnie Prince Billy Sings The Greatest Palace Music (2004) et le très beau
The Letting Go (2006), sur lequel le songwriter semble avoir enfin trouver la paix. Le chanteur de country-folk a aussi multiplié les collaborations, avec entre autres
Tortoise (The Brave and the Bold, paru en 2006, étant le résultat de cette association),
Joanna Newsom, le cinéaste
Harmony Korine, mais également le rappeur Sage Francis et le grand
Kanye West, pour lequel il joua les ploucs d’Amérique profonde pour les besoins du clip de
"Can’t Tell Me Nothin’".
Songwriter aux influences éclectiques et aux inspirations pour le moins hétéroclites, Will Oldham est un artiste à la discographie exemplaire, ayant développé un style très personnel, entre thèmes spirituels, existentialistes, et dépouillement au niveau des arrangements, vénéré pour cela par les snobs de la pop tant la radicalité de son œuvre, ne laissant aucune place au compromis, exhale un rare parfum d’authenticité.