Brian Wilson n'entend que de l'oreille gauche... mais quelle oreille ! Cité comme influence majeure par tous les artistes pop qui se respectent, l'imaginaire musical de Brian Wilson est l'un des plus foisonnants, ambitieux, dingues et délicats à avoir officié en musique dans la seconde moitié du 20ème siècle. Ce bon génie de la pop est né le 20 juin 1942 à Hawthorne en Californie. Son père Murray Wilson, un chef d'entreprise violent, le martyrisait (d'où sa surdité de l'oreille droite) ainsi que ses deux frères Dennis et Carl. Brian développe des dons précoces pour la musique (il devient rapidement un chanteur et un compositeur doué) et fonde les mythiques
The Beach Boys au début des années 60 avec ses deux frères, son cousin Mike Love et un camarade d'école, Al Jenkin.
Entre 1962 et 1967, il mène ses Beach Boys au succès mondial, alignant les tubes qui deviendront vite des classiques de la musique populaire américaine :
"Surfin' USA", "Fun, Fun, Fun", "I Get Around," "Help Me Rhonda", "California Girls", "Wouldn't It Be Nice", "Sloop John B",
"Good Vibrations", et
"Heroes and Villains". Le groupe devient l'un des plus importants de la décennie et s'offre le luxe de rivaliser avec les
Beatles. Wilson avoue une grande admiration pour le travail des Anglais, admiration réciproque puisqu'à partir de l'album des Fab Four
Rubber Soul, l'histoire des deux groupes peut s'interprêter comme un ping pong artistique entre ces deux poids lourds de la pop. En 1966, Brian Wilson signe avec les Beach Boys sa réponse aux Beatles :
Pet Sounds, un chef d'oeuvre encore souvent considéré comme le plus bel album pop jamais écrit. Il s'agissait ici de la plus notable tentative de Brian de s'éloigner de la surf music popularisée par les Beach Boys pour traiter de sujets plus profonds que la Californie et de ses jolies pépées. De l'aveu de
Paul McCartney (devenu entre-temps un ami intime de Brian Wilson), le chef d'oeuvre des Beatles
Sergeant Pepper's lonely hearts club band n'aurait jamais sonné de la même façon sans
Pet Sounds. Dans ce classique, Brian Wilson allie sa maîtrise des tessitures vocales entremêlées à son génie de la composition et à son travail maniaque et perfectionniste en studio (la source de nombreuses engueulades avec les autres membres du groupe).
A la suite de
Pet Sounds, et en retour à
Sgt Pepper, Brian Wilson s'attèle à son grand-oeuvre, "une symphonie adolescente à Dieu", sur l'album
Dumb Angel, très vite rebaptisé
SMile... Des sessions d'enregistrement sortent le single "
Good Vibrations", énorme carton des deux côtés de l'Atlantique. Mais durant l'enregistrement, les objections du groupe, ajoutées aux dérives paranoïaques et aux crises de folie de Brian Wilson (en studio, il allume un feu de bois dans la corbeille et oblige les membres du groupe, coiffés de casques de pompiers, à en sentir la fumée... pour la chanson "
Fire"). Mais l'enregistrement s'achèvera prématurément. Brian Wilson pique une crise lorsque Mc Cartney lui interprête "
She's leaving home" au piano. Le projet est clôt en mai 1967, et c'est un album incomplet qui sort dans le commerce,
Smiley Smile. Brian Wilson sombre ensuite dans la dépression. A la manière d'un Syd Barett, il s'enferme chez lui, ne se lave plus (sa femme devait le jeter de force sous la douche) et prend beaucoup de poids. Cette grave période de dépression est à mettre au crédit de sa maladie mentale et à sa prise conséquente de drogue. En 1979, il divorce de sa femme Marilyn (auparavant membre des Honeys, un trio surf-music féminin produit par Wilson) avec qui il était marié depuis le 7 décembre 1964. Il a eu deux filles de ce premier mariage : Carnie et Wendy. Elles formeront plus tard les Wilson Philips, en se joignant à la fille de deux membres des
Mamas and Papas. Partiellement remis, il appréhende les années 80 en solo. Il sort un disque assez peu remarqué. Ses efforts sont à la fois encouragés et réfrénés par l'influence de son psychiatre, le docteur Eugene Landy. Landy exerce un très grand contrôle sur la vie et l'oeuvre de Brian, et se sert de lui pour assouvir ses propres envies, musicales ou pécunières. Brian abandonne définitivement les Beach Boys en 1985. Eugène Landy use et abuse de drogues sur Brian. Il est finalement empêché par le frère Carl Wilson. Brian se marie en 1995 avec Melinda Ledbetter, avec qui il adopte deux filles, Daria et Delanie, et un fils en 2004, Dylan. Sa santé mentale s'améliore considérablement et Brian Wilson sort son second album solo,
Imagination, en 1998, avec un succès critique acceptable. Il ose alors affronter son trac maladif et revenir sur scène. Le succès est énorme. Il joue l'intégralité de
Pet Sounds en live, parcourant l'Amérique, le Royaume-Uni et l'Europe. Le 28 septembre 2004, Brian Wilson renaît.
Smile, son grand oeuvre avorté en 1967 sort dans le commerce, après avoir été entièrement remanié, réarrangé et réenregistré. Ce n'est plus Paul Mc Cartney qui fait les bruitages de
"Vegetables" en croquant des carottes mais
Smile se révèle sublime, au moins à la hauteur de
Pet Sounds. L'album est de loin le disque le plus personnel de Brian (pour le symbole, les paroles de la nouvelle version de
"Good Vibrations" sont les paroles originales de Brian, et non celles réécrites par son cousin Mike Love lors de la sortie single, en 1966). Revenu de loin, Brian Wilson part en tournée mondiale défendre son
Smile sur scène. Les orchestrations sont magistrales et le génie renaît dans les oreilles ébahies de ses vieux fans... et de la nouvelle génération. Souriez !