Si vous ne comprenez plus rien à rien, pensez à autre chose. ”
Née à Morlaix en 1940, Brigitte Fontaine, se pique très tôt d’une passion pour le théâtre. A 12 ans, un directeur de troupe remarque son talent, mais ses parents, instituteurs, refusent qu’elle embrasse si jeune une carrière artistique. Son bac en poche, elle monte à Paris, bien décidée à brûler les planches. Dans les cabarets de la capitale (Trois Baudets, Bobino), on remarque son style loufoque et déjanté. En 1964, la rencontre avec
Jacques Higelin inaugure une amitié de trente ans et une complicité artistique. Ensemble, ils montent une pièce de théâtre à la limite du « happening », Maman j’ai peur, jouée pendant plus d’un an. Et sortent en 1966, deux albums extravagants et psychédéliques: 12 chansons d’avant le déluge puis 15 chansons d’avant le déluge. Deux ans plus tard, paraît son premier album solo intitulé Brigitte est folle. Une autre rencontre, décisive: Areski Belkacem, musicien algérien d’origine kabyle, devient son compagnon, à la scène comme à la ville. Brigitte écrit des textes sur les compositions arabisantes d’Areski. Le duo s’affiche en précurseur de la world music, tandis que le trio constitué d’Areski-Fontaine-Higelin fait les beaux jours du théâtre expérimental, notamment avec la pièce Niok. En 1969, Brigitte Fontaine sort sur le label Saravah, l’un de ses albums les plus célèbres : Comme à la radio, enregistré avec l’Art Ensemble of Chicago, figure de proue du free jazz. Si le succès public tarde à venir, elle devient l’égérie de l’underground parisien, et fait des émules au Japon. Les années 1970 marquent pour le couple une période d’intense création musicale, théâtrale et littéraire avec la sortie de plusieurs albums (Un beau matin, Je ne connais pas cet homme, L’incendie, Le Bonheur, Vous et Nous…) et d’un ouvrage Chroniques du bonheur. Les années 1980 représentent en revanche une traversée du désert médiatique, malgré des projets sur le feu –un roman Paso Doble, des pièces de théâtre et des expériences jazz avec Higelin. Mais les producteurs s’en désintéressent. En 1985, son album French Corazon, refusé partout, ne paraît que trois ans plus tard, au Japon, grâce au soutien d’une productrice et journaliste japonaise Reïko Kidachi, et seulement en 1992 en France. En 1988, elle remonte sur la scène du Café de la Danse après dix ans d’absence et la chanson Le Nougat, vite censurée pour ses sonorités arabes en pleine guerre du Golfe, connaît un certain succès. Le retour véritable se situe en 1993 sur la scène du Bataclan, en compagnie d’Higelin, Areski, Moustaki,
Arthur H. La machine du succès semble définitivement lancée. L’album co-écrit par
Etienne Daho en 1995 Genre Humain surfe sur la vague, entre hip-hop et raï. Mais c’est surtout avec Kékéland sorti en 2001, enrichi de la présence de
Sonic Youth,
M,
Noir Désir, que Brigitte Fontaine, désormais le cheveux ras, et toute de noir vêtue, atteint la consécration. Suivront deux autres albums : Rue Saint-Louis en l’île et le tout récent Libido. Artiste complète, et complexe, poétesse bariolée, un peu foldingue et sans compromis musicaux, Brigitte Fontaine se situe toujours là où on ne l’attend pas. Dérangeante et subversive, ses prises de position, en faveur de l’avortement, pour les sans-papier et contre le sida, ne laissent pas insensible.