C'est très intéressant de voir que cinq gars ait pu se réunir pour une si courte période, sortir trois albums - et un seul tube - et avoir un tel impact. (Richie Furay, Sand Pebbles, juillet 1997) ”
Sanctionné en 1997 d’une intronisation au Rock and Roll Hall of Fame, la carrière-météore du groupe ayant servi de matrice au quatuor Crosby, Stills, Nash & Young et qui fut illuminé par une protest-song passée à la postérité du rock, "For What It’s Worth".
La légende du corbillard
La légende veut qu’un corbillard ait joué un rôle dans la genèse de Buffalo Springfield. La scène se passe sur le Sunset Boulevard en 1966 : Stephen Stills se trouve alors en voiture avec Richie Furay lorsque soudain, Stills aperçoit un corbillard immatriculé en Ontario et qu’il jure appartenir à
Neil Young, un guitariste qu’il avait rencontré un jour au Canada. Stills devina juste puisque Young se trouvait être à l’intérieur du véhicule mortuaire en compagnie de Bruce Palmer, ami bassiste avec lequel il passa frauduleusement la frontière canadienne. Buffalo Springfield était né.
Le groupe fait ses débuts en mai 1966 au célèbre club Whisky A Go Go de Los Angeles, dont il occupe la scène durant sept semaines, période durant laquelle il se façonne un début de notoriété auprès de la scène locale, se faisant également remarqué par plusieurs labels et maisons de disque. Signant finalement pour l’Atlantic Records du légendaire producteur Ahmet Ertegün, Buffalo Springfield enregistre et publie son premier album, éponyme, en octobre de la même année, qui passe relativement inaperçu.
Hymne contestataire et crise égotique
C’est suite à l’arrestation brutale par la police municipale de manifestants venus protester contre la fermeture d’une boîte de nuit sur le Sunset Strip et dont il a été témoin, que Stephen Stills va écrire sous le coup de l’émotion la chanson qui va propulser instantanément le groupe sous les feux de la rampe,
"For What It’s Worth" (dont
Public Enemy samplera l’intro pour son morceau
"He Got Game") : profitant de l’atmosphère libertaire et insurrectionnel régnant dans la jeunesse américaine, le titre est un hit retentissant, devenant une des protest-songs érigés en hymnes par les étudiants sur les campus étatsuniens.
Profitant de ce succès inattendu, Atlantic Records réédite dans la foulée leur premier album, remplaçant ingénieusement le titre
Baby Don’t Scold Me par le phénomène composé par Stills. Malgré (ou peut-être à cause de) une notoriété grandissante, l’enregistrement du deuxième album de groupe se fit sous haute tension, essentiellement dû à un conflit d’egos entre Young, Stills et Furay, chacun voulant se couper la part du lion, Young ayant même temporairement quitté la formation.
Again, commercialisé en décembre, sera toutefois une réussite, à la fois salué par la critique et par le public. L’année 1967 est donc une année faste pour Buffalo Springfield, ponctué également par une apparition au légendaire festival de Monterey ; néanmoins, le groupe, rongé par les tensions internes, est au bord de l’implosion.
Ephémérité légendaire
La scission survient en mai 1968, un peu plus de deux seulement après la naissance de la formation, et que la sortie de
Last Time Around, dernier album du groupe, rend plus amère encore, tant cet ultime effort paraît aux yeux de la presse bien décousu et inachevé. Buffalo Springfield aura suscité durant ses 25 mois d’existence les attentes les plus folles chez le public de cette fin des 60’s, convaincu de tenir là l’un des groupes les plus bourrés de talent de la musique folk. En un sens, il n’aura pas tort, aux vues des carrières futures de Neil Young et de Stephen Stills ; pourtant, et ce malgré le mythique "For What It’s Worth", Buffalo Springfield aura échouer à intégrer la Grande Histoire de la country-folk américaine aux côtés des
Byrds, de
Dylan, voire même des
Eagles.