Rien ne pousse à l'ombre des grands arbres… Celui que l'on nomme Bunny Wailer mais qui s'appelle en réalité Neville O'Reilly Livingstone a fait mentir ce proverbe. Né en 1947, ce personnage légendaire côtoie
Bob Marley et
Peter Tosh alors qu'ils sont encore des gastronomes en culotte courte… Ils montent des groupes, premières moutures des Wailers. Le groupe qui accompagnera ensuite Marley dans son irrésistible ascension avec l'appui de la "famille" Barrett (Aston et Carlton). Mais pour l'heure, l'apprentissage de la musique et du chant se fait sous la houlette de Joe Higgs et dans l'ombre de Clement Coxsone Dodd (Studio One). Viendra après les premiers disques produits par Lee Perry. Bunny Wailer marque ensuite de son empreinte les albums
Burnin' et
Catch A Fire de son ami Robert Nesta Marley. Polyvalent (voix, composition, percu, etc.), il affiche très tôt sa volonté d'indépendance en créant son propre label Solomonic en 1972. Cette structure lui servira de tremplin lorsqu'il décide de voguer de ses propres ailes quelque temps plus tard, mettant fin à sa collaboration avec Marley à la même époque que Peter Tosh. Difficile, donc, de rebondir après une telle expérience; qui plus est au moment même où Bob Marley s'impose sur la scène internationale. C'est pourtant l'exploit que va réussir Bunny Wailer en 1976 avec
Black Heart Man sur lequel figurent d'ailleurs tous ses complices (Marley y compris). Avec sa pochette noire qui laisse apparaître son visage et ses dreads crayonnées, cet album est devenu un classique du reggae : orchestration soignée, voix poignante, ambiance cuivrée, etc. Toujours bien entouré (Robbie Shakespeare, Horsemouth Wallace, Mikey Boo Richards, Dean Fraser, etc.), il récidive dans cette tonalité avec
Protest en 1977 sur Island et
Struggle en 78 sur Solomonic. En 1981, à la mort de Marley, il se fend d'un
Tribute où il reprend des titres emblématique comme
"I shot the sheriff",
"War",
"No woman, no cry". Et chante également les antiennes de son ancien groupe (cf.
Sings The Wailers). Sans surenchère, il égrène ses productions durant les années 80s et 90s. Si ses réalisations se sont faites plus rares depuis le nouveau millénaire, en revanche Bunny Wailers honore régulièrement de sa présence les grands festivals du genre, continuant de galvaniser les fans de reggae bien roots qui voient en lui un des derniers témoins de l'âge d'or…