Dur de résumer la carrière d’un artiste du calibre de Busta Rhymes. Avec plus de 25 ans de présence discographique, le natif de Brooklyn, New York, aura traversé toutes les périodes du Hip-Hop, de l’enthousiasme des débuts à l’explosion commerciale d’une musique aujourd’hui plus vraiment rebelle. Trevor John Smith aka Busta Rhymes fait partie de ces rares vieux de la vieille à s’être maintenu au top en évitant la ringardisation qui, dans le rap, frappe encore plus précocement que dans les autres styles. Né en 1972, Bus-A-Bus était encore tout gamin lorsqu’il va vu le phénomène rap envahir la grosse pomme puis de déferler sur le monde. A la fin des années 80, il forme un groupe avec des potes de quartier, Leaders Of The New School. Sous la houlette de
Public Enemy, Trevor trouve son surnom (merci
Chuck D) et Leaders Of New School réalise ses premières scènes en ouvrant pour le groupe phare de l’époque. De cette époque lointaine, on retiendra surtout le titre "
Scenario", sur lequel
A Tribe Called Quest avait invité les Leaders, et son clip délirant où Busta affiche déjà un phrasé déjanté mais un look plutôt sobre – locks courtes, jean serré. La furie vestimentaire n’avait pas encore frappé. Le monde va réellement se rendre compte de la puissance du bonhomme avec la sortie de son premier album solo,
The Coming. Débarrassé de ses encombrants partenaires, Busta fait tourner son imagination et sa créativité à plein régime et traumatise le public dès le premier single, "
Whoo Hah !! Got You All In Check". Le débit et les intonations de voix de ce rappeur d’origine jamaïcaine, accompagnés par un clip stupéfiant, propulsent Busta au rang des nouvelles personnalités incontournables du Hip-Hop. Le succès commercial n’est pas encore énorme, mais ça viendra. La machine est lancée. Un album par an (ou presque), des tubes à gogo et des apparitions sur tous les remixes "chaud" du moment, Busta Rhymes est partout. De
When Disaster Strikes (1997) à
Exctintion Level Event (1998), en passant par
Anarchy (2000),
Genesis (2001) et
It Ain’t Safe No More (2002), Bus n’arrête pas et développe inlassablement ses thèses millénaristes au milieu d’un flot d’onomatopées crachées avec le débit d’un AK 47. Toujours respecté par les fanatiques Hip-Hop les plus intransigeants, il parvient en parallèle à s’imposer comme un artiste crossover qu’aucun style musical ne semble effrayer.
Janet Jackson,
Mariah Carey,
Lenny Kravitz,
Korn,
DMX, Jay-Z ou Pharell Williams, tous y passent. Busta et son flow caméléon s’adaptent à tous les terrains. Son charisme et l’originalité des ses vidéos font la différence alors que le clip supplante la radio en terme d’impact et de promotion. C’est sans doute le secret de jouvence de ce MC insatiable, par ailleurs bête de scène reconnue. Qu’il impose ou suive les tendances, Busta est toujours à la page. Même si sa soif frénétique de featurings le pousse parfois à se soudoyer (remember Lumidee). Non content de mener sa carrière tambour battant, l’énergumène a entraîné dans son sillage un collectif de rappeurs nommé Flip Mode Squad. Malgré un succès confidentiel, leur unique album,
The Imperial, aura tout de même permis l’émergence d’artistes comme Rah Digga ou Spliff Star (oublions son cousin Rampage). Après son premier album "foireux",
It Ain’t Safe No More, la carrière de Busta prend tout de même un coup dans l’aile et, en dehors de ses innombrables featurings, il est condamné au mutisme. Son passage des labels
Elektra à
J Records est un échec et le label de
Dr Dre,
Aftermath, récupère ce beau bébé. Busta laisse passer quatre ans (un record pour lui) avant de revenir avec un nouveau format long,
Big Bang, qui sort en 2006. Porté par "
Touch It", un tube qui n’en a pas l’air, Busta retrouve la pertinence et l’inventivité de sa grande époque tout en explosant les charts américains. Avec ce second souffle retrouvé, on se demande ce que nous réserve maintenant la suite de ses aventures trépidantes. Sûrement un truc de maboul…