Calexico est le nom d’une ville californienne, résultant de la contraction de « California » et du pays voisin, « Mexico ». C’est aussi un groupe à la musique influencée par ces deux lieux : baignée de mariachis réjouissants, de chansons sèches comme le désert, d’arrangements sobres et poussiéreux. Depuis 1996, Calexico joue un folk hors d’âge et personnel, qui aura entraîné moultes collaborations discographiques avec des musiciens français :
Dominique A,
Jean-Louis Murat et son sublime
Mustango coréalisé avec Calexico, Little Rabbits, Married Monk,
Yann Tiersen,
Françoiz Breut… Certains sont même partis en Arizona, enregistrer chez eux, à Tucson, Arizona.
L’Amérique sauvage et ses héraults
C’est la section rythmique du groupe rock
Giant Sand (emmené par le chanteur Howe Gelb) qui est à l’origine de Calexico. Joey Burns (contrebasse, mais aussi violoncelle, guitare, percussions, accordéon… et voix !) et John Convertino (batterie et percussions) font de leur paranthèse Calexico un projet à part entière dont le succès dépasse aujourd’hui celui du vénérable Giant Sand (qui existe toujours, et produit des albums formidables).
Le son Calexico serait d’ailleurs le fruit d’une rencontre fortuite. Alors qu’ils sont en studio, Burns et Convertino découvrent, dans la cabine voisine, un groupe de mariachis (trompettes et guitares folkloriques du Mexique) venu de Tijuana. Ils leur proposent de venir jouer sur quelques titres…
Leur musique s’est peu à peu étoffée au fil des ans, mais on y retrouve des points de mire : une douceur qui confine parfois à la mélancolie, un sens de la mélodie accrocheuse, et la création de climats très cinématographiques et planants sans tomber dans le cliché, le plagiat morriconien ou la facile copie folklorique.
C’est accompagné d’un groupe multinational – les Allemands Volker Zander (basse) et Martin Wenk (accordéon, trompette, vibraphone, etc.), le sud-américain Jacob Valenzuela (claviers, trompette,vibraphone), l’états-unien Paul Niehaus (steel guitar, entendu chez Lambchop notament) que Calexico enrichit ses prestations live et studio, depuis maintenant une dizaine d’années.
Le chemin discographique de Calexico
En 1996,
Spoke prend à contrepied le rock & roll FM américain, faisant preuve de finesse et de retenue.
The Black Light, paru en 1998, est souvent considéré comme leur premier grand disque : les climats planants ou sombres s’alternent, jalonnés d’instrumentaux mariachis mémorables (
« Minas De Cobre ») et d’une poignée de chansons à faire frémir le blanc-bec (
« Bloodflow »). La renommée arrive en 2000 avec le troisième album, le bancal
Hot Rail, dont le single bilingue
« Ballad Of Cable Hogue » fait un carton en France (un pays qui les appréciera beaucoup). Hot Rail est certes plus accessible, très mariachi (« El Picador », « Tres Avisos», « Muletta » la face B « Crystal Frontier »…), mais il ménage aussi des parts d’ombres avec le jazzy « Fade » ou l’instrumental « Mid-Town », dans une progression pas toujours évidente.
Entre 2000 et 2002, trois albums plus confidentiels sortent sur le label Our Soil, Our Strength :
Travellall en 2000, enregistré en compagnie de musiciens chicagoan : Rob Mazurek (
Exploding Star Orchestra, Jim O’Rourke,
Tortoise, Chicago Underground Duo, Trio, Quartet...), Douglas McComb (
Tortoise, Brokeback) et Noel Kupersmith (Brokeback, Chicago Undergroud Trio & Quartet) ;
Aerocalexico – dont les 2000 copies sont vendues exclusivement sur les concerts au court de l’année 2001 ; le live
Scraping en 2002.
2003 sera l’année du chef-d’œuvre de Calexico,
Feast Of Wire. Chaque parcelle musicale du disque est touchée par la gloire ; le groupe semble donner une version ultime à chacun de ses styles, noyant le mariachi dans des arrangements de cordes très travaillées, atteignant des sommets de tristesse (
« Black Heart » et ses descentes vertigineuses de violons à la Pärt) comme de gaieté contenue (le single lumineux
« Quattro »). Calexico fait voler en éclat ses propres références dans un final joueur, avec une succession de morceaux courts et colorés de salsa, d’electronica, d’ambient ou de jazz.
La suite donnée à
Feast Of Wire reste la rupture la plus importante dans l’impeccable parcours de Calexico :
Garden Ruin confesse son amour, jusque-là caché, pour le rock binaire et immédiat, dans une dizaine de chansons (pas d’instrumentaux) tantôt réussies, tantôt faciles. Bien sûr, l’album garde la patte western du duo, et son voile mexicain, mais la moitié des titres (
« Deep Down »,
« Bisbee Blue »,
« Cruel »…) présente un visage pop-rock davantage convenu. Burns sort de sa réserve et donne de la voix, ce qui lui réussit plutôt bien (
« Letter To Bowie Wife »,
« All Systems Reds ») et sauve l’album de la fadeur dans laquelle les premiers titres se confinent.
Le sixième album,
Carried To Dust, paraît en septembre 2008, et laisse de côté le rock saturé. Cousin proche de
Feast Of Wire, il présente un bel éclectisme musical tout en confirmant la raréfication de l’esprit mariachi.
Le son Calexico à l’export… en France
Que ce soit au sein de leurs multiples collaborations ou lors de concerts généreusement mis à disposition sur la toile (sur archive.org), l’empreinte sonore de Calexico a fait école. De fil en aiguille, ce sont Dominique A, son ex-femme Françoiz Breut (qui enregistre un duo à tomber par terre,
« La Chanson d’Hélène » sur
Vingt à Trente-Mille Jours) et ses amis Nantais des Little Rabbits qui fréquentent les américains. Yann Tiersen les cotoient à plusieurs reprises, notamment sur l’enregistrement de l’album
R/O/C/K/Y des Married Monk.
Un axe se dessine au dessus de l’Océan Atlantique, reliant cette famille d’artistes multi-instrumentistes –
Shannon Wright invite Joey Burns et Yann Tiersen pour deux ou trois albums. Mais la collaboration la plus remarquable (à l’écoute) se produit bien auparavant, en 1999, quand Jean-Louis Murat convoque Joey et John pou dessiner les arrangements de
Mustango. Il leur dédit au passage
« Viva Calexico », un morceau qui rend à la perfection la touche subtile du groupe de l’Arizona.
Aux Etats-Unis, d’autres artistes font appel à leurs services en studio :
Neko Case, Victoria Williams, Richard Buckner. Et ils participent toujours à
Giant Sand, leur premier groupe.
Les prestations live de Calexico sont toujours généreuses, à l’image des traces que le groupe à autorisé sur le site américain
archive.org. Cinq ou six concerts, mixés à partir des sons d’ambiances et de la sortie de la console ont été réalisés par leur propre ingénieur du son et mis à disposition de tous, gratuitement. Durant ces dernières années, ils partagent l’affiche avec Iron & Wine pour une série de concerts dans le monde entier et un EP
In The Reins (2005). Ils tournent aussi avec
Wilco, ce qui explique en partie le nouvel style amorcé par
Garden Ruins, plus axée sur la voix et le songwriting... la pop en général.
A écouterDans la grisaille du matin, avant le travail, afin d’éclater mentalement les espaces confinés du métro.
A ne pas écouterEn mangeant des tacos entre amis, c’est vraiment le comble de la beauferie.