Difficile de trouver aujourd’hui un artiste français plus méprisé et moqué par les faiseurs d’opinion de France et de Navarre que Cali. Depuis la sortie en 2003 de son premier album solo,
L'Amour Parfait, qui fut un des best-sellers de cette année, Cali est en effet devenu a tête de turc officiel du paysage musical français.
Ne vivant tout d’abord que pour sa passion du rugby, sport qu’il pratiquera intensivement durant sa jeunesse perpignanaise, Bruno Caliciuri envisage pourtant de saborder sa carrière sportive afin de se consacrer entièrement à la chanson après avoir assisté à Toulouse à un concert de
U2 en 1984. Ses premiers pas dans la musique se font pourtant au rythme du punk, qu’il découvre à 17 ans ; Pénétration Anale, son groupe de lycée lui vaut une exclusion de son établissement, due au nom provocateur qui a été choisi. Entre 25 et 28 ans, le jeune chanteur joue dans le groupe Indy, avec lequel il enregistrera deux albums autoproduits. Suit l’aventure Tom Scarlett, qui durera 4 ans, de 1997 à 2001 : cette expérience lui permet de parfaire son songwriting, participant activement à la composition des morceaux du groupe. Malgré ces différents projets peu concluants, Cali parvient tout de même à se bâtir une réputation scénique, participant à l’édition 2001 des Francofolies et en faisant des premières parties de
Brigitte Fontaine ou encore de
Bénabar.
C’est un concert aux Vieilles Charrues en 2002 qui va amorcer son ascension, la maison de disque Labels lui proposant après sa performance de le signer :
L’Amour Parfait sort en août 2003 et est un succès populaire, le single
"Elle m’a dit" devenant l’une des chansons les plus jouées à la radio cette année-là. L’album est plutôt bien reçu par la critique, mais déjà les remarques acides pleuves : trop mièvre, trop maniéré, trop sensible… Il séduit cependant le grand public avec sa pop enflammée, parente du rock celtique des Waterboys, dont il est un fan transi. Les deux albums qui suivent,
Menteur en 2005, et
L'Espoir en 2008, assiéront un peu plus la notoriété de Cali, à défaut de sa respectabilité qui, elle, tombe en flèche.
S’il est (très) loin d’être exempt de défauts, le songwriter catalan peut toutefois se targuer d’avoir su injecter dans la pop française actuelle cette sensibilité exacerbée typiquement anglo-saxonne, héritée d’une écoute intensive des groupes irlandais U2 et The Waterboys (le violoniste Steve Wickham apparaît d’ailleurs sur
Menteur), deux figures de ce rock écorché vif qui n’a pas peur (ou honte) de mettre son cœur à nu. Désormais vedette de la chanson à part entière au même titre qu’une
Amel Bent ou qu’un
Calogero, Cali est un véritable chanteur populaire, un grand showman qui aime son public et à qui on devrait enfin lâcher la grappe tant finalement il fait plus de bien que de mal à la musique de nos contrées, insinuant un peu de bon goût dans la variété française – catégorie à laquelle il appartient, incontestablement.