Ne pensez pas à l'automne. Il viendra bien à temps, tout comme l'hiver. Profitez au contraire du bonheur que vous donnent Les vrais beaux jours sous les grands arbres verts.
”
Charles Trénet aurait pu figurer dans le livre des records : record de la carrière la plus longue, record de bonne humeur. La joie incarnée, yeux tout ronds et boucles blondes, prêt à avaler la vie, Charles Trénet, surnommé « le fou chantant », fut l'un des plus célèbres représentants du music-hall. Il naît à Narbonne le 18 mai 1913. A la séparation de ses parents, Charles, âgé de sept ans, partage son enfance entre Narbonne, où habite sa mère, et Perpignan, lieu de séjour de son père, notaire et violoniste amateur. Quelques mois après son entrée au collège, Charles est atteint d'une fièvre typhoïde. Une convalescence laborieuse lui permettra de développer sa fibre artistique : modelage, peinture, musique. Baccalauréat en poche, il quitte le Sud de la France pour Berlin en 1927 où se sont installés sa mère et son second mari. Pendant un an, cet adolescent curieux et « branché » fréquente le monde des arts et du cinéma outre-rhin. En 1930, Charles Trénet monte à Paris, où il travaille dans un studio de cinéma. Il rencontre
Antonin Artaud,
Jean Cocteau, et Max Jacob . Par l'intermédiaire de son ami Antoine Bausil et de son journal Le cop catalan, il découvre le théâtre et la poésie. Stimulé par cette ébullition artistique, il commence à écrire des articles de journaux et des poèmes sous le pseudonyme de Jacques Brévin. Avec le pianiste Johnny Hess, il forme le duo « Charles et Johnny », qui s'illustre d'abord par des spots publicitaires diffusés à la radio, comme les célèbres refrains : « Quand les beaux jours seront là » et « Sur le Yang Tsé Kiang ». Ensemble ils dessinent les contours du style « fleur bleue », représentatif des années 1930, adaptation française des comédies américaines. Le service militaire de Charles arrête là l'envolée du duo. En 1936, il rejoint la caserne d'Istres où il compose Y'a d'la joie, l'un de ses tubes, interprété peu après par Maurice Chevalier au Casino de Paris. A la « libération » de Trénet en 1937, l'éditeur Raoul Breton le fait engager au Théâtre de l'ABC de Paris. L'année suivante, il devient l'idole de la jeunesse, et acteur de cinéma dans La route enchantée et Je chante. Pendant l'Occupation, il se produit aux Folies Bergères et à la Gaieté Parisienne, devant un public composé en grande partie d'allemands. Il accepte par ailleurs d'aller chanter pour les prisonniers français en Allemagne en 1943. Taxée de collaborationniste, l'attitude de Trénet durant la guerre est plutôt passive : il préfère distraire l'occupant plutôt que de sacrifier sa carrière. A la Libération, Charles Trénet décide de partir aux Etats-Unis où il vit et chante pendant plusieurs années. Il triomphe au Bagad à New York, se lie d'amitié avec
Louis Armstrong et
Charlie Chaplin, est courtisé par le tout Hollywood. Sa chanson La Mer composée avec Léo Chauliac, en 1943, est traduite en Anglais (avant de faire l'objet de 4000 reprises de par le monde). A la fin des années 1940, il tourne en Amérique latine et au Canada. Il ne revient à Paris qu'en 1951, et fait la scène de l'Olympia en 1954, alors au sommet de sa gloire. La période « yéyé », en revanche, le plonge dans un oubli relatif. Il ne trouve pour se produire que des cabarets, tel le Don Camillo. Son retour s'effectue au Théâtre de la Ville, en 1969. En 1975, coup de théâtre : Il fait ses adieux au public sur la scène de l'Olympia. Mais revient en 1981 avec l'album Que veux-tu que je te dise, maman ? opus nostalgique qui évoque la mort de sa mère. Au terme d'une retraite entrecoupée de quelques galas, il remonte sur scène en 1987 (Théâtre des Champs Elysées, Palais des Congrès, puis une tournée dans le monde entier). De 1992 à 1999, il compose trois albums : Mon cœur s'envole, Fais ta vie, puis Les poètes descendent dans la rue. A 80 ans passés, il enchaîne les scènes et les festivals avec l'énergie primesautière et la joie de ses vingt ans. Il se produit pour la dernière fois en 1999 à la Salle Pleyel, et s'éteint dans un hôpital de Créteil en 2001.