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Depuis son premier album, Invention, c'est avec bonheur que nous accueillons les productions insolites d'Alfred Weisberg-Roberts, alias Daedelus. Hybride d'Erik Satie et de Robert Wyatt, de hip-hop, de breakbeat et de pure pop électronique, c'est à de mutiples confluents que flotte l'univers musical de Daedelus. Un dédale de sons, de couleur et d'ambiance parfaîtement retranscris dans son nouvel album Denies the Day's Demise. Entretien.

Daedalus : J'ai commencé à jouer d'un instrument très tôt. Pour être exact, je jouais déjà de la clarinette à 6 ans, et vers 12 ans, de la double basse. A cette époque je croyais vraiment que je deviendrais musicien, que je jouerais dans des groupes de jazz, ce genre de chose. Au fil du temps, j'ai fini par comprendre comment ça allait se passer et j'avoue en avoir été un peu désillusionné, les choses n'étant pas aussi simple que je le croyais. Je ne me voyais plus vraiment dans le rôle d'un musicien de studio ou d'un accompagnateur. Durant toute la période où j'ai joué dans des orchestres et des groupes, je collectionnais également les disques de musique électronique de tous genres, particulièrement ceux de la période 1992-93, l'époque des raves et de la jungle des origines, mais aussi l'IDM (Intelligent Dance Music, NDA) et les premiers efforts dans le genre breakcore. Logiquement j'ai commencé à faire le DJ et à m'intéresser à la production.
Pourquoi avoir choisi Daedelus comme pseudonyme ? Est-ce un hommage au roman éponyme de James Joyce ?
En un certain sens oui, mais je dois admettre que je suis dyslexique, j'ai donc eu longtemps de grandes difficultés de lecture. Un roman aussi dense que celui de James Joyce fut donc pour moi un véritable défi. Je préfère faire référence à Dédale, le personnage de la mythologie grecque inventeur du labyrinthe, le père d'Icare. Quand j'étais plus jeune, avant que la musique prenne autant d'importance qu'elle en a aujourd'hui pour moi, je voulais moi aussi devenir inventeur. Mais en plus d'être dyslexique, j'étais nul en maths et dans toutes les matières qui étaient nécessaires pour fabriquer quelque chose de concret. Aussi, aujourd'hui j'espère vraiment réussir à créer quelque chose à travers la musique. Donc, pour revenir à ta question, Joyce y est pour quelque chose en effet, mais plus encore la figure tragique de Dédale.

Toutes les musiques, tous les sons m'intéressent. Rien ne doit être exclu sous prétexte que ça sonne ancien ou étrange. Aussi longtemps que ça fonctionne et concorde avec l'idée de départ, c'est valide. Bien sûr ce n'est pas toujours aussi simple. Etonnement, pour beaucoup de mes anciens travaux, les extraits de disques des années 20 et 30 que je dénichais fonctionnaient aussi bien que les samples groove que l'on peut entendre dans le hip hop commercial par exemple. Tout dans cette musique vient de la soul et du funk des 60's et des 70's. Moi, je voulais créer mes propres références, et chercher des sources qui soient les miennes, des choses plus originales. Aujourd'hui, je suis assez content du résultat quand je réécoute les morceaux d'alors...
L'imagerie elle-même est assez référencée. Sur tes pochettes et dans tes livrets on voit ta fascination pour l'art nouveau ou le graphisme publicitaire rétro. Des personnages comme Little Nemo sur ton dernière album, ou d'autres faisant référence à Alice au pays des merveilles... Qu'est-ce qui t'attire dans cet univers ?
Il est important pour moi que la musique électronique reste humaine. Que le hip hop fasse parti d'une véritable culture est excitant par exemple. Je pense que les musiques instrumentales, comme la mienne, doivent générer cette impression de faire partie d'un ensemble. L'art nouveau était une très belle expression du lien que la culture entretient avec la nature, mais je suis peut-être partial, car l'ère victorienne était aussi synonyme de rigidité et de rigueur. Cette tension entre deux extrêmes fonctionne également très bien en musique je trouve.
Pour ton nouvel album Denies the Day's Demise, tu t'inspires de lieux et d'époques plus exotiques. On y respire des odeurs de cocktails, c'est très Bahia brazil, salsa, bossa, costume blanc et panama's. Est-ce un hommage un peu distordu à la lounge music et à l'exotica ?
Je ne crois pas que l'album soit si imbibé d'attitude lounge et d'ambiance exotica que ça. Il évoque plutôt ce que pourrait éprouver un individu qui manque de sommeil, un jour de plein soleil. Ceci dit, l'interprétation reste ouverte. Si certains veulent danser le Cha Cha ou le Foxtrot sur certains morceaux je ne les empêcherai pas, mais d'autres préféreront certainement exécuter quelques figures de breakdance.

Le processus varie selon les disques. Sur Denies the Day's Demise il n'y a pas beaucoup de samples, il est presque entièrement composé de parties jouées et de synthétiseurs. J'ai essayé d'établir un mix de sons qui soient intemporels, à la fois datés et actuels, samplés et naturels. Mais peu importe d'où viennent ces sons, une fois qu'ils sont étirés, tordus, malaxé dans Protools, je fais en sorte qu'ils conviennent parfaitement à mon univers personnel.
Et en live, joues-tu des instruments ou utilises-tu uniquement ton laptop ?
J'ai de la chance car parfois, mon laptop et la manière dont j'en joue sont moins important que les instruments dont je joue à travers lui. J'utilise Monome, une interface midi originale fabriquée par Brian Crabtree. Cela me permet de jouer avec le son, sa texture, sa profondeur, sa forme, et d'improviser avec ça. Plus d'information sur cette interface peuvent être trouvées sur monome.org. Personnellement, j'utilise une version légèrement modifiée de l'originale, mais cela reste un outil puissant dans tous les cas.
Qu'en est-il de tes collaborations avec des MC's ou des chanteurs ?
Je compte engager des collaborations dans le futur, "Denies the Day's Demise" étant une sorte de break dans la tradition de mes précédents albums. Travailler avec d'autres est toujours fantastique mais ce disque se devait d'être une sorte de voyage en solitaire (même s'il apparaît que la voix sur "Sundown" est celle d'Amir Yaghmai et le synthé sur "Our Last Stand" vient de Jonathan Larroquette).

Tu viens déjà de nous en dire un peu, mais peux-tu nous dévoiler plus en détail tes projets futurs ?
En fait, ce sont des plans sans plans. Le premier est un projet qui se nommera "The Long Lost" avec un single qui verra le jour sous peu chez Ninja Tune. Ensuite il y aura un nouvel EP de Daedelus un peu plus tard dans l'année, qui s'appellera "Throw a Fit". D'autre part, il y a des remixes en route sur d'autres labels ainsi qu'un 7" ("Adventure Time") chez Aim Records en Belgique. Pour finir, un nouvel album est en route. Stay tuned !
Denies the day's demise
Daedelus
Ninja Tune
Sortie le 2 mai
Sur Flu : - La chronique de Denies the day's demise sur Playlist, le blog musique de Flu
Sur le Web : - A voir : le clip de "Sundown" - Le Blog myspace de Daedalus - Le site de Ninja Tune
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